19 octobre 2015

Une victoire électorale pas encore décisive

Les résultats électoraux sont donc sous toit: le parlement de 2015 enregistre une progression de la droite PLR et UDC, principalement au détriment du centre-gauche (PDC, PBD, Verts Libéraux). Les Verts reculent mais le PS reste stable.

élections du 18 octobre 2015,udc,médias
Résultats nationaux provisoires, dimanche à 23h

Sur le plan national, l'UDC obtiendrait 11 sièges supplémentaires et le PLR 3. Les Verts Libéraux reculeraient de 5 sièges et les Verts de 4. Le PS perdrait quant à lui trois sièges.

Vent contraire

Face au barrage continu d'articles négatifs auquel l'UDC a dû faire faire face dans les médias tout au long de la campagne, la progression n'en est que plus méritoire. Pour ne reprendre que les exemples donnés par Le Matin, en fer de lance de cette stratégie, au cours des quatre dernières semaines seulement, nous avons eu:

  • Le voyage à 200'000 francs d'Ueli Maurer au Brésil - "En 2014, le ministre des Sports a assisté à un match de la Nati lors de la Coupe du Monde. Mais il s'est rendu au Brésil en jet privé au lieu de prendre un avion de ligne."
    (Oubliant que M. Maurer remplaçait M. Burkhalter au pied levé - affaire évoquée ici)
  • Une guerre intestine déchire l'UDC aux Grisons - "Un encart paru dans la presse grisonne a mis le feu aux poudres. Il accuse le candidat Heinz Brand d'être un profiteur et appelle à voter pour Magdalena Martullo-Blocher."
    (Une bisbille entre deux candidats UDC ne saurait être moins qu'une "guerre intestine")
  • La chemise Edelweiss, icône de l'UDC urbaine - "Symbole de la paysannerie, l’habit a la cote chez les ténors genevois du parti. Moins chez les candidats réellement paysans…"
    (Critique bas de gamme des visuels de l'UDC genevoise. Au fait, combien de paysans votent écolo?)
  • Une affiche de campagne bien mal placée - "Cette affiche des candidats de l'UDC neuchâteloise pour le Conseil national a été placardée sous un panneau «Sortie de carrière»."
    (Faible tentative d'humour)
  • Un élu UDC ferait vivre l'enfer aux animaux - "Déjà condamné en 2013, Roger Schuwey est encore épinglé pour supplice sur animaux."
    (Mise au pilori médiatique sur la base d'une affaire privée et non jugée, sans aucun rapport avec le mandat de l'élu)
  • Un candidat UDC est aussi un rocker déluré - "Le Schwytzois Roland Lutz brigue un siège au National sous les couleurs UDC. Hic: l'homme fait partie d'un groupe de rock provocateur qui joue nu sur scène."
    (Et tous nos journalistes pro-gay-pride de s'inquiéter de la réputation de l'UDC schwytzoise...)
  • L'UDC ne sait plus sur quel pied danser - "L'UDC déboussole ses membres avec ses déclarations contradictoires sur sa volonté de quitter le Conseil fédéral s'il n'y obtient pas un second siège."
    (Il suffit qu'un élu fasse une déclaration contradictoire pour que le journaliste proclame que les membres de l'UDC soient "déboussolés"...)
  • Christoph Blocher détient-il un Hodler spolié? - "Une œuvre de Ferdinand Hodler dans la collection de Christoph Blocher pourrait relever de l'art spolié par les Nazis. Le vice-président de l'UDC est au courant des soupçons."
    (Un carton plein de mots-clés connotés, sur la base d'une rumeur, à dix jours des élections)

Si Le Matin est emblématique de ce matraquage il n'est en rien unique ; pensons au 20 Minutes et son "enquête" martelant comme d'habitude que l'électorat UDC est pauvre et sans instruction, ou 24Heures proclamant carrément un auto-piratage des affiches du parti... Et il faudrait répéter l'opération pour d'autres journaux encore, les chaînes de radio, les émissions de la RTS. Un travail à plein temps!

A titre de comparaison, voici le seul article négatif à l'encontre du PS que Le Matin est parvenu à publier sur la même période:

Il remonte au 23 septembre. Son titre est en outre trompeur, car il est moins question de tutoiement que de l'utilisation de données privées dans une missive (le candidat socialiste valaisan mentionne l'âge de ses destinataires) ce qui a entraîné près d’une dizaine de plaintes auprès du préposé à la protection des données du canton. On a donc, comme d'habitude, un traitement pour le moins bienveillant de l'information lorsqu'elle ne concerne pas l'UDC.

Si les médias se sont plaints d'une campagne fade et ennuyeuse ils en sont les premiers responsables. Pas un mot sur l'alignement pro-européen des partis politiques, leur attrait pour l'importation de réfugiés, leur absence de respect pour la démocratie directe... Aucune mise en perspective des enjeux, aucune vision d'ensemble des conséquences des élections fédérales 2015: la fouille des poubelles anti-UDC a tenu lieu d'information. Mais le public, de plus en plus conscient de ces manipulations cousues de fil blanc, n'a pas mordu à l'hameçon.

Résultats vaudois

Selon les résultats officiels, la distribution des 18 sièges au Conseil National dans le canton évolue comme suit, avec un PLR soufflant un siège aux socialistes:

  • PLR, 5 sièges (+1)
  • PS, 5 sièges (-1)
  • UDC, 4 sièges (-)
  • Verts, 2 sièges (-)
  • Verts Libéraux, 1 siège (-)
  • PDC, 1 siège (-)

L'UDC n'a que quatre sièges, mais fait venir du sang neuf à Berne par le biais de deux nouveaux élus - Jacques Nicolet et Michaël Buffat. Fabienne Despot, traînant les conséquences du scandale de cet été, est massivement biffée par les électeurs et finit à la 11e place de la liste, tout en refusant de comprendre le message. Les citoyens se sont chargés de prendre les décisions que le congrès vaudois du mois d'août n'a pas eu le courage d'assumer.

Sous de meilleurs auspices, l'UDC vaudoise aurait peut-être pu espérer un cinquième siège. Ce n'est que partie remise. Compte tenu des contrariétés traversées par la formation politique cet été, le score obtenu n'est pas mauvais. La représentation fédérale vaudoise gagne en qualité ce qu'elle échoue à remporter en quantité. Je me réjouis pour ma part d'avoir placé un de mes quatre favoris au Conseil National.

Saluons enfin l'éjection du dogmatique Christian van Singer des Verts et de l'anti-UDC Fathi Derder du PLR, leurs remplaçants ne pouvant certainement pas être pires.

Les prochaines batailles de la fin de l'année

Même si les tendances sont claires, le second tour de l'élection au Conseil des États reste ouvert. Il n'est pas certain du tout que recul du centre-gauche auquel les citoyens ont assisté aujourd'hui ne se confirme lors du second tour de l'élection à la Chambre Haute.

Les alliances, les retraits et les maintiens calculés contribueront probablement davantage à emporter les décisions que la volonté électorale des citoyens helvétiques qui ont clairement poussé à droite ce dimanche. Attendons-nous à un gros effort de mobilisation de la gauche, avec force éditoriaux invitant à sauvegarder l'influence du centre-gauche au Conseil des Etats.

D'une certaine manière, ce second tour sera une très bonne répétition de ce qui attend le peuple suisse lors des élections du Conseil Fédéral en décembre, avec son lot d'alliances et de connivences. L'UDC a clairement droit à un second siège au gouvernement mais Christian Levrat du PS a immédiatement temporisé en décrétant que la situation était "grosso-modo stable", un appel du pied à une reconduction du déséquilibre démocratique actuel - et peu importe que le PBD, qui ne compte plus que 4,1% des suffrages à l'échelle nationale, soit la cheville ouvrière de cette mascarade. Qu'importe le manque de représentativité s'il peut servir à barrer la route à l'UDC!

Plus que jamais, l'élection au CF est elle-même suspendue à la volonté d'Evelyne Widmer-Schlumpf de reconduire ou non sa candidature pour un nouveau mandat de quatre ans. La Grisonne n'a pas encore fait connaître ses intentions.

Les nombreux citoyens suisses qui ont soutenu l'UDC doivent se rappeler que la classe politique ne leur fera pas plus de cadeaux que ne lui en font les médias. Toute progression ne pourra être arrachée que de haute lutte. Aujourd'hui, l'UDC atteint avec 29,5% un plus haut historique. Le record précédent remontait à 2007 avec 28,9% des suffrages... Un score tout aussi historique qui n'empêcha pas la nouvelle Assemblée Fédérale d'évincer du gouvernement un certain Christoph Blocher deux mois plus tard.

S'il y a bien une chose qui distingue les élus fédéraux des gens normaux, c'est leur absence de scrupules. L'UDC a gagné les élections mais rien n'oblige le nouveau Parlement à en tenir compte. Enfin, la progression de la droite est aussi celle du PLR - un parti qui démontre régulièrement sa soumission à l'Union Européenne et refuse de mettre en œuvre l'initiative du 9 février.

Le chemin est donc encore long, et le triomphalisme n'est pas de mise.

09 octobre 2015

Voter UDC, mais pas n'importe comment!

Voilà un billet qui concerne, pour une fois, presque exclusivement mes compatriotes vaudois.

Comme la plupart d'entre vous j'ai reçu mon matériel électoral pour les élections au Conseil National et le premier tour du Conseil des Etats. Et je ne vous cache pas que l'UDC me semble le seul parti à même de prévenir la déliquescence de plus en plus brutale de notre démocratie directe pendant les quatre ans à venir.

Ce qui ne m'empêchera pas de faire preuve de discernement lors du scrutin.

Les rouages d'une élection

Lorsque l'heure de l'élection arrive, la plupart des citoyens se contentent de découper les feuillets correspondant à leur humeur politique, les mettent dans l'enveloppe de vote, et l'affaire est réglée. Cette façon de faire est tout à fait honorable - surtout face à la proportion hallucinante de Suisses qui ne se donnent même pas la peine de voter.

Cependant, il existe un moyen beaucoup plus puissant d'influer sur le résultat d'une élection comme celle du 18 octobre: jouer sur les possibilités offertes au citoyen de doubler, panacher, biffer les candidats sur les listes.

Pourquoi?

Une élection à la proportionnelle se joue en deux temps. D'abord, on détermine le nombre de sièges auxquels la liste peut prétendre. Ainsi, à moins que les Vaudois ne se réveillent sérieusement - ne pêchons pas par excès d'optimisme! - l'UDC vaudoise récoltera quatre sièges.

Ensuite, on détermine qui dans la liste en question a droit à ces sièges: tout simplement les quatre candidats de la liste qui auront réuni le plus de suffrages sur leur nom propre.

Toutes choses étant égales, le résultat de la liste est simplement l'ordre dans lequel les noms apparaissent. Pour l'UDC vaudoise, ce sont d'abord les élus sortants, puis les candidats au Conseil des Etats qui sont aussi sur la liste pour le Conseil National, et enfin les autres candidats, selon le plébiscite obtenu lors du congrès où ils ont été choisis par les délégués.

La plupart des électeurs, on l'a dit, ne s'embarrassent pas de manières et mettront la liste imprimée dans leur enveloppe. On dit qu'ils votent "bloc" ou "compact". Et c'est pour cela que la liste modifiée est un outil si puissant pour influer sur la sélection des élus: il suffit parfois d'une poignée de voix pour faire la différence au sein d'une liste entre celui qui sera envoyé à Berne et celui qui restera sur le quai!

Comment je voterai au Conseil National

Je suis membre de l'UDC vaudoise depuis 2007. J'ai donc eu l'occasion de côtoyer la plupart des ténors du parti lors d'innombrables congrès, élections de présidence, lancements de campagnes, et ainsi de suite, et de me faire une idée. L'UDC étant un parti vaste et ouvert, de nombreux courants s'y retrouvent ; des libéraux, des gens plus conservateurs, voire carrément quelques bons gros collectivistes qui ne dépareilleraient pas s'ils s'étaient plutôt inscrits chez les socialistes!

Il faut donc faire preuve de discernement. Nous ne voudrions pas qu'une nouvelle Evelyne Widmer-Schlumpf émerge cette fois-ci des rangs de l'UDC vaudoise, n'est-ce pas?

Selon moi, quatre personnalités sortent du lot sur la liste n°14 - UDC Vaud:

  • Michaël Buffat. En plus d'être dans la ligne de l'UDC fédérale, M. Buffat est un élu expérimenté qui a siégé pendant plusieurs législatures au Grand Conseil vaudois dont il préside actuellement la Commission des Finances. Il assume également le rôle de chef de groupe de la députation UDC. A l'aise dans un parlement, il dispose de l'entregent nécessaire pour arracher des majorités sur les sujets sensibles sans avoir à transiger sur ses valeurs. Sa réputation au sein de l'UDC vaudoise l'a amené à être également choisi comme candidat pour le Conseil des Etats.
  • Claude-Alain Voiblet, qu'on ne présente plus, est sans doute le candidat qui mérite plus que tout autre d'aller à Berne. Ancien secrétaire général et président du parti, candidat de la droite au Conseil d'Etat vaudois, le dynamique leader de la section lausannoise de l'UDC est directement responsable de la croissance incroyable du parti en milieu urbain ces dernières années. Bourreau de travail, Claude-Alain est à l'aise dans les débats et dispose d'appuis solides dans les instances de l'UDC suisse.
  • Catherine Buchet Bulliard est une élue communale expérimentée qui œuvre aujourd'hui à Montreux après avoir siégé à Genève à une époque plus ancienne. Dotée d'un solide bon sens et d'une position en phase avec les miennes, elle garde d'excellents contacts avec le PLR. J'ai eu l'honneur de beaucoup apprendre des rouages de la politique communale grâce à elle.
  • Fabien Deillon, enfin, est le président de la section communale de Prilly et un analyste d'une grande finesse de la situation politique à tous les niveaux. Ancien président du Conseil Communal de Prilly, membre du Comité Central de l'UDC Vaud, il préside la section UDC du district de l'Ouest Lausannois qu'il a contribué à fonder, tout comme sa section communale d'ailleurs.

Je ne me fais pas trop d'inquiétude pour la reconduction de nos deux Conseillers nationaux sortants, mais le choix est plus ouvert sur les places qui restent à prendre ensuite. Selon moi, ces quatre personnalités sont celles qui réunissent les meilleures chances d'aller à Berne tout en défendant des valeurs proches des miennes, régulièrement présentées sur ce blog.

Mon bulletin de vote devrait donc ressembler à cela (il faut l'écrire à la main!):

élections du 18 octobre 2015,udc
(cliquez pour agrandir)

Utiliser la liste vierge en dernière page du livret est sans doute plus commode que de massacrer la liste 14 avec ratures et retouches. En inscrivant "14 - UDC Vaud" en tête de bulletin, vous vous assurez de donner votre voix à la liste UDC du canton. Elle aura donc autant de sièges ainsi qu'avec le bulletin imprimé. Ensuite, les noms inscrits permettent de donner deux voix à chaque candidat - le maximum - pour le faire remonter dans le classement de la liste.

Bien entendu, vous êtes libre de faire comme vous voulez. J'aurais bien volontiers rajouté quelques noms à cette liste, comme Dylan Karlen, Arthur Petit ou Yohan Ziehli des Jeunes UDC Vaud, au risque de rendre l'exercice indigeste ; et j'avoue humblement ne pas connaître tous les joyaux cachés au sein des quatorze autres candidats de l'UDC cantonale. L'un dans l'autre, je préfère me limiter aux candidats dont je suis vraiment sûrs.

Et pour le Conseil des États?

L'élection pour le Conseil des Etats est à la fois beaucoup plus simple et beaucoup moins favorable à l'UDC, quoi qu'on ne puisse jamais exclure un accident heureux.

Là où l'élection au Conseil National est un scrutin de listes, l'élection aux États est un scrutin nominal à deux tours - on vote pour des personnes, peu importe l'étiquette sous laquelle elles apparaissent dans le livret électoral. Et on ne peut pas cumuler!

Je ne saurais établir de stratégie pour cette élection. Je voterai donc selon mes sentiments, à savoir:

  • Michaël Buffat.

Et personne d'autre!

Je ne soutiendrai pas Mme Fabienne Despot pour des raisons expliquées ici (et je la bifferais volontiers de la liste UDC au Conseil National si j'utilisais la liste imprimée!) simplement parce que non seulement j'estime son comportement indigne d'une candidate UDC mais également parce que je ne me reconnais pas davantage dans certaines de ses convictions politiques, ce qui est tout aussi grave.

On objectera que Mme Despot a été reconduite en tant que candidate par le Congrès du parti - manquant de courage, certes - et je le concède volontiers. Il n'en reste pas moins que le vote est une affaire personnelle entre le citoyen et les élus qui le représenteront. Donc, désolé de causer du chagrin aux plus hautes autorités cantonales de ma famille politique, on ne trouvera nulle trace de Fabienne Despot dans mon enveloppe de vote.

Vous ne me verrez pas davantage soutenir M. Olivier Français du PLR au nom de la Droite ou, tout au moins, du Centre-Droit. Il a peut-être ses chances, mais j'ai assez de mémoire pour me souvenir que M. Français a été amené à la Municipalité de Lausanne grâce à une alliance électorale de droite (dont l'UDC) et qu'une fois élu il n'a eu de cesse de cracher sur ce parti et ses électeurs, une attitude méprisable que je ne peux décemment cautionner. Lorsqu'on accepte d'être soutenu par une coalition, il faut assumer un minimum de respect vis-à-vis de la pluralité de la base électorale à laquelle on doit son poste.

M. Français se passera donc de mon suffrage.

Le soir du 18 octobre, il sera trop tard pour se plaindre

Je ne suis pas candidat. Je n'ai aucun autre intérêt dans ces élections que de voir avancer - fort modestement - les valeurs qui me sont chères, à travers des gens que je crois capables de les défendre.

Tout ceci a l'air d'une sorte de jeu et il y a sans doute matière à me critiquer, en me voyant ainsi vous "conseiller" de voter ceci ou cela. Ne vous privez pas de vous moquer! Rappelez-vous juste que derrière, les enjeux sont terriblement importants.

Voilà pourquoi, cher lecteur, il est temps de prendre l'enveloppe de vote qui traîne quelque part sur votre commode et de vous atteler sérieusement à votre responsabilité de citoyen.

05 octobre 2015

La dernière élection

Discutant avec un candidat UDC au Conseil National, je lui fit part d'une évaluation du contexte de ces élections qui le laissa quelque peu interdit. Voilà une version remaniée de cette conversation:

- Je suis un peu lassé de ces campagnes... Pour le pire ou le meilleur, les élections d'octobre 2015 seront les dernières.

- Ah bon? On change de régime? Personne ne m'a mis au courant!

- Oui, tu peux rigoler. Disons, il y aura encore bien d'autres votes, mais ils ne compteront plus. Ne nous voilons pas la face, c'est maintenant, cet octobre, que l'avenir du pays se joue.

- Pourquoi?

- L'UE dérive dans l'autoritarisme, la crise financière s'étend, les monnaies-papier s'affrontent, les droits du peuple suisse sont niés, les hordes de migrants envahissent l'Europe... Tu vois le tableau?

- On a connu mieux, je te l'accorde. Mais je ne vois toujours pas pourquoi l'horloge s'arrêterait le 18 octobre.

- Aiguillage plutôt qu'horloge. Au train où vont les choses, je pense que c'est notre dernière chance d'échapper à la catastrophe. Et c'est loin d'être gagné. Les gens qu'on va envoyer à Berne vont gouverner la Suisse pendant quatre ans. A la vitesse où tout se désagrège, c'est absolument colossal. Regarde ce qui s'est passé rien que depuis le début de l'année, entre la faillite grecque et la crise des migrants! Alors ensuite, essaye d'imaginer ce que sera le monde en 2019!

- Difficile de ne pas être pessimiste...

- Comme tu dis. Et donc à moins que les gens ne se réveillent très vite, on va continuer sur la lancée du Parlement actuel. Un petit pourcent en plus par ici, deux petits pourcents en moins par là, c'est grotesque. Rien ne va changer. La bande d'idéologues gauchistes, de comploteurs de couloir, de petits roquets ambitieux et autres professionnels du serrage de mains qu'on enverra à la capitale seront les gens sur lesquels il faudra compter pour éviter le chaos.

- C'est pas gagné en effet.

- Pour le moins. Les sondages sont affligeants d'immobilisme. En reconduisant peu ou prou le même parlement aux affaires, on ne va rien éviter du tout. Tu vois un Christophe Darbellay faire preuve de courage politique? Une Isabelle Moret oser tenir tête à l'UE? Une Ada Marra défendre les intérêts du peuple suisse? On plongera dans les ennuis la tête la première.

Coup d’œil dans le rétroviseur

élections du 18 octobre 2015,udcCela fait une quinzaine d'années que je m'intéresse à la politique helvétique. Après l'enthousiasme de la découverte vint le temps des désillusions. J'ai assisté à la dérive soigneusement orchestrée de la Suisse vers l'Union Européenne, sa soumission légale à des juges étrangers amenée par les directives de l'ONU ou les verdicts de la CEDH, des tribunaux hors-sol cassant par leurs verdicts les décisions du Tribunal Fédéral et jusqu'à des dispositions constitutionnelles sans que personne ne bronche.

J'ai vu les frontières disparaître et la criminalité exploser avant que les gens ne se claquemurent et que les politiciens ne commencent, comme partout ailleurs, à manipuler les statistiques et transmettre leurs directives pour répandre le message que tout allait bien.

J'ai vu disparaître le secret bancaire et son corollaire, la relation de courtoisie qui existait entre l'administration fiscale et le citoyen-contribuable. J'ai vu la démocratie directe foulée au pied par des politiciens élus par ce même peuple. J'ai vu les centres-villes transformés en zones du Tiers-monde, l'aide sociale érigée en mode de vie sans honte ni limite, la justice vidée de toute notion de punition et bien d'autres choses encore.

Et surtout j'ai vu, effaré, la plupart des Suisses se moquer complètement de la façon dont la classe politique gérait le pays et ce bien que leur situation personnelle empire régulièrement.

Oh, il y a bien quelques petites irritations de temps à autres, comme lors de l'annonce rituelle de la hausse des primes d'assurance-maladie liées à la LAMal socialiste, ou lors d'un scrutin emporté de justesse à l'occasion de quelque votation. Mais ces échauffements sont de courte durée. Rapidement circonscrits par des médias compétents dans l'abrutissement de l'opinion, les discussions s'enlisent assez vite dans un débat stérile le temps que le flot de l'actualité n'amène un nouveau sujet sur la table.

La dernière piqûre de rappel, la crise des migrants

Toujours grand visionnaire, le PS pensait que la campagne des fédérales 2015 porterait sur le système des retraites. Nous aurons bien d'autres chats à fouetter avant - le thème de l'immigration s'impose, de toute évidence. Mais pas pour les élus sortants à Berne.

élections du 18 octobre 2015,udcLes Suisses au fait de l'actualité ne peuvent être qu'effarés par les gages de soumission que le gouvernement donne quotidiennement à l'Union Européenne, dont sa volonté d'imposer des quotas d'immigrés illégaux même à la Suisse. Le vote du 9 février est ouvertement évacué dans les poubelles de l'histoire.

Il serait réducteur de cristalliser cette trahison sur les seules épaules de la présidente de la Confédération, Mme Sommaruga. Hormis l'UDC toute la classe politique est complice, et cela n'a rien d'une exagération. Histoire de dissiper toute illusion à ce sujet, reprenons un commentaire des Observateurs portant sur la session parlementaire extraordinaire convoquée par l'UDC sur l'asile. L’UDC voulait durcir la loi sur l’asile et concrètement, le PLR et le PDC ont voté comme suit main dans la main avec la gauche (ci-dessous un copié-collé des propositions de l’UDC rejetées):

– Non à la proposition d’obliger les requérants d’asile de déposer leurs documents de voyage, leurs papiers d’identité et leurs empreintes digitales.

– Non au droit de participation des communes et des cantons à la planification et à l’autorisation de nouveaux centres d’accueil pour requérants.

– Non à la proposition de gérer les centres d’accueil comme des installations fermées avec un contrôle des sorties.

– Non à la proposition d’installer les requérants d’asile récalcitrants dans des centres fermés.

– Non à la proposition de mettre fin au droit d’asile lorsque la personne concernée n’a plus besoin de protection.

– Non à la proposition d’enlever le statut de réfugié à une personne qui fait des vacances dans son pays d’origine (alors que le PDC l’avait explicitement demandé cet été).

– Non à la proposition de limiter dans le temps l’aide d’urgence aux personnes en séjour illégal pour les pousser à quitter le pays.

– Non à la proposition de couper l’aide d’urgence aux personnes qui ne répondent pas à leurs obligations de participer à la procédure.

– Non à la proposition de décharger plus longuement les cantons et les communes de l’aide sociale accordée aux personnes de l’asile.

– Oui à des avocats gratuits sans condition pour tous les requérants d’asile aux frais des contribuables (alors que le PLR avait refusé cela lors de la procédure de consultation).

– Oui à l’expropriation de particuliers pour permettre l’exploitation de nouveaux centres d’asile, ce qui équivaut à une atteinte massive aux droits fondamentaux.

 
Ceux qui pensent qu'il suffirait de voter "à droite" pour endiguer la vague de l'asile se bercent d'illusions. La gauche plurielle travaille ouvertement au remplacement du peuple suisse. Le PDC a une attitude totalement hypocrite sur le sujet, plaidant le vrai mais votant le faux ; quant au PLR, sa soumission atavique à l'Union Européenne imprègne l'entier de son positionnement politique.

Ma démocratie est plus directe que la tienne

L'UDC est le seul parti à défendre une position claire, ferme et cohérente vis-à-vis des abus dans l'asile et des relations avec l'Union Européenne. Mais ce n'est pas qu'une question de positionnement politique. A l'heure actuelle, l'UDC est tout simplement le seul parti qui permette la survie du système helvétique de démocratie directe.

Les compromissions des autres partis contre les décisions populaires sont si grandes que pas un, je crois, n'osera se poser en défenseur de la démocratie directe. Mais l'UDC n'est pas faite de ce bois-là et nous en avons une preuve récente à travers la loi d'application de l'initiative Weber contre les résidences secondaires. Il aurait été commode pour le Conseil Fédéral et les chambres du Parlement d'enterrer l'initiative en la transposant dans une loi réduite à l'état de coquille vide - les manœuvres avaient d'ailleurs commencé en ce sens. Mais, bien qu'ayant lutté contre le texte, l'UDC et le PLR décidèrent finalement de respecter la volonté populaire. Adrian Amstutz le rappela clairement:

"Le peuple s’est exprimé et notre parti est celui qui le prend le plus au sérieux. C’est lui notre patron et pas le Conseil fédéral!"


Le joli fait d'armes du PLR resta malheureusement orphelin ; le parti a depuis changé son fusil d'épaule sur les décisions populaires gênantes en demandant par exemple un nouveau vote sur l'initiative du 9 février. La démocratie directe oui, mais pas quand elle dérange...

A quoi sert le droit d'initiative s'il n'est suivi d'aucune décision dans les faits? Cette question en soulève une seconde, encore plus cruciale, car mettant le citoyen face à ses responsabilités: quel sens y a-t-il à approuver des initiatives puis à élire des représentants qui refusent de les appliquer?

L'électorat UDC a pour lui le mérite de la cohérence. Mais je ne parviens pas à comprendre les citoyens qui votent pour l'initiative contre l'immigration de masse ou le renvoi des criminels étrangers et soutiennent par ailleurs des formations politiques qui nient la mise en application de ces décisions. Autant presser sur l'accélérateur et débrayer en même temps.

Bien des citoyens helvétiques devraient se poser des questions sur le sens de leur action politique. Ils avaient certes l'excuse de soumettre des initiatives à un Parlement élu en 2011 et dont nous n'avions alors pas mesuré la teneur profondément anti-démocratique. Mais cet octobre, comment justifier la reconduction au pouvoir de tels politiciens ?

Le problème présente une symétrie au niveau de la classe politique elle-même. Les élus fédéraux font, on l'a vu, bien peu de cas des décisions du souverain. Et si la plupart d'entre eux sont remis en selle à Berne malgré leur mépris affiché de la démocratie directe, comment espérer qu'ils prennent jamais en compte les résultats des initiatives?

Le respect des décisions du peuple souverain doit être la vertu cardinale à l'aune de laquelle se mesurent les candidats, avant toute autre considération. Tant que ce ne sera pas le cas, les initiatives approuvées resteront lettre morte et les politiciens continueront de ne pas prendre le peuple au sérieux.

Les gens votent selon d'autres critères, ou par habitude. Voilà comment la démocratie directe agonise sous nos yeux: l'immobilisme électoral l'étrangle petit à petit.

Le 18 octobre en point de mire

Le peuple suisse n'a l'occasion de faire le ménage qu'une fois tous les quatre ans. Mais la plupart du temps, les gens ne s'intéressent pas à la politique. Pas même lors des votations. Le taux de participation est régulièrement catastrophique.

Lorsqu'ils ne se retranchent pas derrière l'excuse risible du manque de temps, les abstentionnistes se contentent habituellement de deux prétextes: "aucun candidat ne me plaît" et "voter ne sert à rien".

S'il pourrait être vrai dans d'autres pays, le premier argument "aucun candidat ne me plaît" est totalement erroné en Suisse. L'offre est pléthorique. De nombreux partis d'extraction récente - PBD, Verts Libéraux, Parti Pirate, MCG - prouvent que le système des partis est vivant, en particulier lorsque les élections se déroulent selon le système proportionnel. N'importe quel citoyen peut fonder sa propre formation politique ou intégrer un parti existant, et à chaque élection les jeux sont particulièrement ouverts avec de nombreux nouveaux candidats issus de la société civile. Encore faut-il prendre le temps de les découvrir.

Le second, "voter ne sert à rien", est non seulement faux mais encore plus grave: il correspond à l'abdication du citoyen alors même qu'il est au centre du système politique helvétique. Cet abandon est une erreur consternante. Nous sommes tous dans le même bateau. Même les plus désabusés et cyniques des Suisses se prendront de plein fouet, ou leurs familles, ou leurs descendants, les conséquences des choix qu'ils laissent d'autres prendre à leur place.

Si l'argument était déjà fallacieux lors des législatures précédentes, il n'est plus du tout défendable en 2015. Les défis que la Suisse devra relever dans les quatre ans qui viennent sont absolument colossaux et façonneront le destin du pays pour bien davantage que la durée d'une législature. Le futur des relations entre la Suisse et l'UE, la politique migratoire, l'indépendance politique et juridique du pays ne sont que quelques-uns des thèmes qui seront tranchés par le prochain Parlement - chacun d'eux susceptible de mettre un terme au système politique que connaît le pays depuis 1848.

Plus que jamais, le slogan de l'UDC, Rester Libre!, prend tout son sens.

Et peut-être pour la dernière fois.

élections du 18 octobre 2015,udc

02 octobre 2015

Les délires de l'Ofrou

Face au logiciel antipollution truqué de Volkswagen l'Office Fédéral des Routes (Ofrou) ne sait comment réagir. Un reportage de la RTS du 29 septembre résume fort bien ces atermoiements:

Le particulier propriétaire d'une voiture au moteur trafiqué par Volkswagen peut-il continuer à rouler avec en Suisse? Peut-il la revendre sur le marché de l'occasion? Le flottement s'installe ; les communiqués contradictoires se succèdent.

  • Vendredi 25 septembre, 19h00: "L'Office Fédéral des Routes prépare des mesures pour retirer l'autorisation [de circulation] des véhicules concernés, à titre de précaution (...) Cette mesure ne concerne pas les véhicules déjà en circulation."
  • Samedi 26 septembre, 14h41: "L'Office Fédéral des Routes supprime provisoirement l'autorisation [de circulation] des véhicules des marques Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014, version Euro 5. (...) Les véhicules neufs comme d'occasion sont concernés."
  • Lundi 28 septembre, 19h38: "Les véhicules suisses d'occasion et tous les véhicules déjà immatriculés en Suisse (...) peuvent continuer de circuler ou être mis en vente sur le marché de l'occasion."

Guido Bielmann, porte-parole de l'Office Fédéral des Routes et visiblement mal à l'aise à l'antenne, tente une explication qui fleure bon la langue de bois:

Il y avait de la pression de partout alors l'Office Fédéral des Routes [a] pris la décision et maintenant on est sur le bon chemin. (...) C'était une évolution de la solution du problème alors maintenant on est dans un état correct...

 
Pour le grand public, ces hésitations bureaucratiques sont sans doute distrayantes, mais pour les propriétaires des véhicules concernés, elles ont été dramatiques. Quel week-end ont-ils du passer avec une voiture dont la valeur marchande a soudainement été réduite à zéro par décision administrative! De samedi à lundi, ils ne pouvaient plus ni rouler avec votre véhicule ni le revendre. Il ne leur restait plus guère qu'à louer une dépanneuse pour l'emmener à la casse...

Même aujourd'hui, les dégâts financiers restent très concrets. Le moindre acheteur sera méfiant et on le serait à moins. Acquérir un véhicule d'occasion Volkswagen Euro 5 représente un risque réel - non vis-à-vis de son éventuel niveau de pollution, mais à cause de décisions arbitraires que l'Ofrou peut sortir de sa poche du jour au lendemain.

Quelle mouche a piqué le département fédéral? L'explication d'une "pression venue de partout" ne tient pas une seconde. Aucun pays au monde n'est allé aussi loin que réclamer l'interdiction de circuler des véhicules incriminés. Sur ce dossier, la Suisse s'est au contraire fait remarquer dans plusieurs médias internationaux par l'extrémisme de son administration.

De même, sans minimiser les manipulations malhonnêtes de Volkswagen, la pollution engendrée par les véhicules trafiqués n'a rien d'abominable. Le trucage des tests antipollution a duré des années sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit. Lorsqu'un particulier suisse porte plainte hier contre la marque et que ses avocats lui suggèrent d'invoquer carrément l'homicide au nom de la "santé publique", le sommet de l'hystérie est définitivement atteint. On attendra avec impatience la démonstration expliquant de façon irréfutable que la pollution excessive sortie du pot d'échappement d'une Volkswagen aura tué quelqu'un...

Les réactions excessives sont monnaie courante, mais on attend une meilleure tenue des administrations publiques. Si l'Ofrou s'est fait remarquer de si piètre manière, c'est selon moi parce qu'il est bourré de fonctionnaires politiquement engagés. Travaillant habituellement contre la mobilité individuelle - pensons à son enthousiasme face à Via Sicura, un délire législatif où un délit de chauffard est plus grave qu’un homicide par négligence - ces gens-là ont vu l'opportunité de porter un coup terrible à des milliers de propriétaires de véhicule sous couvert de la meilleure excuse du moment, la lutte contre la pollution.

Depuis le sommet de leur tour d'ivoire, ils ont donc décrété que tous les véhicules Audi, Seat, Skoda, et Volkswagen des années 2009 à 2014 version Euro 5 devaient rester au garage, même si ces modèles roulaient normalement la veille, même si pas un seul de ces bureaucrates ne saurait distinguer un diesel trafiqué d'un diesel normal, même si les malheureux propriétaires de ces voitures ne sont pour rien dans ce qui leur arrive.

Et puis, avec le week-end, quelque chef haut placé a réfléchi un peu (peut-être Mme Leuthard?) et s'est rappelé que ces véhicules étaient nombreux en Suisse - 126'000 en tout. Donc autant de propriétaires. Autant de familles. Autant d'électeurs, en fait.

Et que nous étions à moins de trois semaines des élections fédérales.

Alors, le rétropédalage a eu lieu, accouchant d'une nouvelle directive tardive le lundi soir.

Je ne peux prouver cette hypothèse, bien sûr, mais elle me paraît plus plausible que toute autre explication entendue jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup de conducteurs ont eu chaud: si le scandale avait éclaté à un autre moment, il n'est pas certain qu'ils auraient bénéficié de cet étonnant revirement des fonctionnaires de l'Ofrou. Nul ne sait non plus ce qu'ils choisiront de faire, finalement, une fois les échéances électorales derrière nous.

25 septembre 2015

Uli Maurer prend un tacle

Hormis un accessit assez ridicule, l'affaire anti-UDC de cette semaine concerne cette fois-ci Ueli Maurer - dans la rubrique football de 24Heures, ça ne s'invente pas - à la suite d'un voyage au Brésil.

Un voyage à 200'000 francs.

ueli maurer,élections du 18 octobre 2015,médias,manoeuvres politiquesCris, scandale, glapissements: pour se prendre au Brésil pendant la coupe du monde 2014 afin d'assister au match de la Nati contre l'Equateur (match que l'équipe nationale remporta 2-1) le Ministre du sport a fait le voyage dans un jet privé.

Le Blick, d'où vient l'information de première main, explique:

Ueli Maurer et ses deux accompagnants n'ont pas pris un vol de ligne habituel mais un jet privé, relate le journal, qui a pu voir un document de la Confédération présentant une facture de 202'100 francs rien que pour le vol. Le jet, un Falcon 7X, appartient à la famille Schindler - celle des fameux ascenseurs - qui le loue à des clients fortunés, équipage compris.


Et de poser l'inévitable question: "Pourquoi n'avoir pas pris un vol de ligne, qui aurait coûté 10 fois moins cher, même en première classe?" Contactés par le journal, les services d'Ueli Maurer et la Chancellerie fédérale expliquent que le seul jet approprié était à l'inspection à ce moment-là et qu'ils n'avaient pas eu de temps pour les démarches officielles.

Jet en panne, urgence, solution de rechange hors de prix: tout était en place pour un joli scandale et les invités obligatoires des médias se font plaisir. En bon centriste, Christophe Darbellay du PDC "salue le déplacement" d'un côté mais trouve son coût "totalement disproportionné" de l'autre. Christian Levrat, président du PS, a davantage le sens de la répartie: pour lui c'est carrément le billet de match "le plus cher de tous les temps" - une formule pieusement reprise par 20 minutes pour renommer son article. Et l'homme de gauche de prendre le temps de la réflexion:

"J'aurais attendu que l'on recherche une solution plus économique ou alors que l'on renonce à ce voyage."


Mamma mia! Un socialiste soucieux de la bonne utilisation des deniers publics! Muet devant l'affaire Carlos, silencieux le jour où le Parlement décide d'offrir des avocats gratuits aux migrants entrés illégalement sur notre sol, Christian Levrat découvre la bonne gestion! Espérons pour lui qu'il n'apprenne jamais l'existence de prix décernés aux pires gaspillages de l'administration, ni le site web carrément mis en place pour suivre les innombrables voyages douteux des fonctionnaires helvétiques!

Je salue évidemment cette soudaine prise de conscience, mais si je m'écoutais j'aurais l'impression que 200'000 francs ne deviennent un problème que lorsqu'ils concernent M. Maurer.

D'ailleurs, que diable M. Maurer est-il allé faire au Brésil dans un voyage si coûteux? Eh bien, il s'est trouvé embarqué à la suite d'un désistement, car l'hôte d'honneur du match Suisse-Equateur devait à l'origine être nul autre que le président annuel d'alors, Didier Burkhalter, qui eut un empêchement de dernière minute. Le Conseil fédéral aurait alors décidé d'envoyer le ministre des Sports à sa place. C'est donc bien à son corps défendant que M. Maurer serait parti pour un aller-retour au Brésil - le genre de voyage qu'il déteste.

L'information est écrite noir sur blanc dans les articles, bien entendu. Mais qui lit encore les articles lorsqu'on peut simplifier l'histoire avec de si belles manchettes? Seuls les titres resteront dans les esprits à plus long terme alors les médias s'en donnent à cœur-joie:

  • Le voyage à 200'000 francs d'Ueli Maurer au Brésil, dans le Matin du 24 septembre, identique dans 24 Heures et la Tribune de Genève ;
  • Maurer et le "billet le plus cher de tous les temps", dans le 20 minutes du même jour ;
  • Le voyage d'Ueli Maurer pour le Mondial au Brésil aurait coûté 200'000 francs, article sur le site de la RTS.

Et je vous épargne la presse alémanique. Y aurait-il eu pareil scandale si le voyageur avait été M. Burkhalter, comme prévu?

Obéissant à un Conseil Fédéral l'envoyant comme remplaçant à l'autre bout du monde, réduit au silence par la collégialité, M. Maurer fait donc l'objet d'un tir de barrage assez unanime... Plus d'un an après les faits, et à un mois des élections fédérales.

Cela ne peut être que l’œuvre du hasard. La glorieuse incertitude du sport, sans doute.

18 septembre 2015

Tamedia mobilise (certains) des électeurs

Avec les élections fédérales du 18 octobre en point de mire, l'éditeur de presse Tamedia s'est lancé dans une campagne globale visant à augmenter la participation des citoyens dans les urnes. Dans un bel exemple de circularité, d'autres médias s'en font l'écho:

Les rédactions ont anticipé et imaginé les gros titres qui pourraient prendre place en Une des journaux le 18 septembre 2018, trois ans après les élections fédérales. Elles ont mis en avant les dossiers politiques que pourraient traiter les membres nouvellement élus au Conseil National et au Conseil des Etats. Les rédactions du plus grand groupe de médias suisse ont opté pour des thématiques aussi bien nationales que régionales, telles que l'acquisition d'avions de chasse, une autoroute à huit voies entre Lausanne et Genève, un Conseiller fédéral tessinois intégré d'office au gouvernement ou une caserne réaffectée à Berne.


Rien de bien méchant semble-t-il. Le problème devient plus apparent lorsqu'on a un aperçu des différentes thématiques choisies, qui semblent conçues en particulier pour mobiliser l'électorat de gauche.

Attardons-nous sur la plus importante de ces fausses couvertures, celle du quotidien gratuit 20 minutes, qui est la publication avec le plus fort tirage. Tous les Suisses - romands, alémaniques et tessinois - ont donc pu découvrir ce matin la même fausse couverture du 18 septembre 2018, chacun dans sa propre langue:

20min_18sept2018.jpg
(cliquez pour agrandir)

Voyons voir quels sont les thèmes abordés:

  • "Oui à l'achat de 30 avions de combat": la photo de la une ramène inévitablement au référendum contre le Gripen de mai 2014 qui opposa dans un fort clivage la gauche au reste de l'échiquier politique, et qui se traduit par une victoire de la première. L'idée que les avions de combat reviennent en douce par voie parlementaire provoquera une irritation certaine auprès de ceux qui ont lutté contre l'acquisition de ces appareils. Le message en filigrane est limpide: pour éviter que le futur Parlement achète des avions de combat, votez à gauche.
  • "Le cannabis en vente libre dans tout le pays": ici encore nous avons une revendication de longue date de la gauche, la dépénalisation des stupéfiants. A nouveau, l'appel du pied à l'électorat pro-cannabis ne fait pas dans la subtilité: si vous voulez pouvoir un jour profiter du cannabis en toute liberté, votez à gauche.
  • "Prime maladie réduite pour les végétariens": un dernier sucre adressé cette fois-ci à l'attention du public écologiste. Oui, avec un Parlement suffisamment à gauche, prenons-nous à rêver d'une assurance-maladie moins chère pour le culte de Gaïa! La solidarité entre les assurés, fondement de l'assurance-maladie obligatoire martelé par la gauche, passe pour l'occasion à la trappe...

Il serait trop long d'analyser toutes les fausses Unes de ce mardi 18 septembre 2018, mais qu'il s'agisse de thèmes inspirant la gauche (l'arrêt des centrales nucléaires) ou de sujets repoussoirs de la droite (une autoroute huit pistes entre Lausanne et Genève!) l'ambiance générale de ces Unes ne fait guère de doute: avec un Parlement plus à gauche, tout irait drôlement mieux.

Quand Pietro Supino, éditeur de Tamedia, affirme que "nos médias permettent à leurs lectrices et lecteurs de se forger leur propre opinion", il ne pensait pas forcément à l'opinion des lectrices et lecteurs sur l'entreprise Tamedia elle-même.

La campagne a été conçue et réalisée par l'agence zurichoise Rod Kommunikation dont le panel de référence fait une bonne part à l'Etat et ses diverses régies publiques ou semi-publiques (Mobility, Love Life, CFF...). On imagine mal un publicitaire mordant la main qui le nourrit, ces gens-là ont aussi le sens des réalités! Toutefois, comme la rédaction de chaque quotidien a aussi été impliquée dans la composition de sa fausse Une, il est difficile de pointer les responsabilités avec exactitude.

Mais la communication suscite un certain malaise. Pourquoi avoir choisi 2018? Pourquoi pas 2015 ou 2016 déjà? L'actualité récente ne donne-t-elle pas assez de sujets cruciaux pour la Suisse, qu'il s'agisse de la répartition des sièges au Conseil Fédéral, de la gestion de la vague migratoire ou des relations entre la Suisse et l'Union Européenne?

Bienheureux le pays qui devra décider en 2018 de modeler les primes d'assurance-maladie obligatoire selon le régime alimentaire! Si la vie nous porte jusque-là, je parie que les sujets traités alors seront tout autres, et bien plus cruciaux pour le destin de la Suisse.

Les chemins pris par cette campagne sont tortueux mais j'en partage malgré tout les conclusions: il est important que nous, Suissesses et Suisses, fassions usage de nos droits et que nous votions.

La divergence tient dans les bulletins que nous mettrons dans les urnes.