10 juillet 2013

Le crépuscule du photovoltaïque

Pas en Suisse, rassurez-vous, mais bien en Allemagne. Dès 2018 et probablement avant, le gouvernement arrêtera de subventionner l'énergie solaire:

Le ministre conservateur Peter Altmaier avait fixé l'an dernier un plafond de capacité solaire installée au-delà duquel les pouvoirs publics arrêteraient de subventionner cette énergie. Il a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que ce seuil de 52 gigawatts serait vraisemblablement atteint en 2017, au plus tard en 2018.


Le ministre de l'Environnement Peter Altmaier - un conservateur précise la dépêche, qu'on puisse identifier l'ennemi - ne fait rien d'autre que d'appliquer les contrats jusqu'à leur terme. Les subventions au photovoltaïque auraient-elles vocation à être éternelles? L'admettre reviendrait à avouer que ce type d'énergie ne sera jamais compétitif. Le compromis politique consiste à lancer la machine en y brûlant de l'argent jusqu'à un certain point. Or, le niveau d'équipement recherché est en passe d'être atteint:

A l'heure actuelle, les panneaux solaires installés en Allemagne ont une capacité cumulée de 34 gigawatts. Le régime de subventions - sous forme d'un prix garanti payé aux producteurs solaires pour chaque kilowatt-heure produit - a conduit à un véritable boom ces dernières années, particuliers et agriculteurs notamment se découvrant des vocations de producteur photovoltaïque. Le prix très bas des panneaux solaires en provenance d'Asie a aussi contribué à cet engouement.


Ah, l'engouement pour le solaire avec des prix d'Asie, quelle élégante tournure!

solaire_cassé.jpgLa semaine dernière, l'entreprise photovoltaïque Conergy de Hambourg a déposé le bilan après plusieurs restructurations, mettant un dernier lot de 1'200 employés allemands sur le carreau. La société existait depuis 1998 et avait un chiffre d'affaire de 473 millions d'euros. Cette faillite s'ajoute à celle de nombreuses autres: Q-Cells (1'700 postes supprimés), First Solar (1'200 postes supprimés), Odesun (260 postes supprimés), le spécialiste bavarois du solaire thermique Solar Millenium, l'entreprise berlinoise Solon, la firme de Westphalie Solarhybrid...

Qu'il est ensoleillé le secteur photovoltaïque allemand!

On voit donc une application concrète du fameux argument des "emplois verts". On savait que chacun de ces "emplois verts" détruit 3,7 emplois dans le privé en moyenne, mais on réalise également que ledit emploi vert a plus de chances d'apparaître dans une usine chinoise que dans un atelier européen, compétitivité oblige.

L'énergie photovoltaïque pas plus que l'éolienne ne contribuent à un approvisionnement sûr. Les aléas de la météo obligent les producteurs d'énergie sérieux à utiliser des sources d'énergie alternatives pour les situations défavorables, autrement dit, des centrales à gaz. Il faut en outre reconstruire entièrement le réseau électrique pour tenir compte de la répartition des sources d'énergie en fonction du vent ou de l'ensoleillement.

La transition énergétique allemande prévoit une utilisation de renouvelable à hauteur de 80% d'ici 2050 ; comme pour toute planification délirante, l'économie du pays aura jeté l'éponge bien avant. Selon le directeur du conglomérat industriel Siemens, l'Allemagne a englouti jusqu'à maintenant 216 milliards d'euros dans les renouvelables. Et pour quel résultat? L'Allemagne a un des prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Cela plombe la compétitivité de toutes les industries allemandes. La fameuse transition énergétique allemande, à peine entamée, est déjà un échec retentissant, au point de s'inviter dans la campagne électorale de Mme Merkel.

Les Allemands voient d'un mauvais oeil la litanie sans fin des dépôts de bilan des entreprises du secteur solaire alors qu'ils se saignent aux quatre veines pour payer l'installation de panneaux photovoltaïques et payent plus cher leur énergie pour subventionner la maigre production d'électricité de ceux-ci. Mais tous ont bien compris que l'engouement pour le renouvelable n'existe qu'à travers les subventions, c'est-à-dire des prix maintenus artificiellement bas grâce à des taxes spéciales sur les sources d'énergie efficaces.

On cherchera en vain la relation entre la subvention au photovoltaïque et l'amélioration de l'efficacité des cellules. Au contraire, l'argent public est un oreiller de paresse amenant les gens à s'équiper de panneaux peu performants et les industriels à corrompre les politiciens plutôt qu'à investir dans la recherche.

Perdant sur toute la ligne - fiabilité de l'approvisionnement, emploi, coût de l'énergie, déficit publics - le gouvernement allemand a décidé de jeter l'éponge. En annonçant le non-renouvellement de la subvention au photovoltaïque, le ministre de l'Environnement Peter Altmaier n'a rien fait d'autre qu'entériner une situation économique prévalant sur l'idéologie énergétique. L'expérience est close. Les nouvelles unités de production photovoltaïques en Allemagne devront être installées sans subventions ; autant dire qu'elles ne verront jamais le jour.

Les lubies écologistes sont tout simplement devenues inabordables, même pour l'Allemagne. Mais la Suisse, elle, a encore de l'argent à jeter par les fenêtres.

28 août 2012

Trop de pauvres sur les routes

5 francs. C'CHF-5-front-small.jpgest le prix auquel la présidente de la confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, souhaite parvenir d'ici 2050 pour chaque litre d'essence.

Vous avez une berline pour transporter votre famille, avec un réservoir de 70 litres? Sortez les 350.- à chaque passage à la pompe...

Dans la même veine, la conseillère fédérale table sur une augmentation de 50% du prix de l'électricité, toujours à l'aide de taxes "incitatives". Les quelques individus qui pensaient esquiver les tarifs délirants de l'essence avec une voiture électrique ne s'en sortiront guère mieux. Pas plus d'ailleurs que les consommateurs et les entreprises utilisant de l'électricité, c'est-à-dire, tout le monde.

Facile de se moquer des décisions sur trente-huit ans que le gouvernement se sent obligé de prendre ce jour. Les difficultés de la Suisse ici et maintenant sont-elles à ce point triviales que les géants intellectuels composant notre Conseil Fédéral n'ont d'autre choix que de s'attaquer aux défis à l'horizon 2050?

Mais la Suisse existera-t-elle seulement encore à cette date?

eveline widmer-schlumpf,écologie,fiscalité,automobileLorsque le projet de fiscalité écologique prendra ses pleins effets, Mme Widmer-Schlumpf ira joyeusement sur ses 94 ans. On devine que, 35 ans après la fin de son mandat, elle ne sera personnellement pas trop affectée.

Evidemment, la proposition suscite un tollé, et il est fort probable que le projet finisse à la corbeille avant même que l'encre ne soit sèche. Si le Parlement a la veulerie de suivre les délires mortifères de l'administration fédérale, il reviendra alors au peuple de remettre ses élites en place. Fichu démocratie directe, n'est-ce pas!

La Suisse dispose de quelques garde-fous pour éviter que les pires utopies ne soient infligées à la population. Malgré tout, le combat fut-il gagné d'avance, la perspective n'a rien de rassurant. Elle amène à s'interroger sur la classe politique tout entière. Avoir installé aussi haut à la tête de l'Etat helvétique des gens capables de pondre des inepties pareilles a quelque chose d'effrayant.

Qu'on ne se méprenne pas, Mme Widmer-Schlumpf n'est pas seule en cause. Le projet annoncé par la Présidente de la Confédération n'est pas sa décision personnelle mais l'émanation de toute une administration qui a longuement travaillé pour établir son plan... Et une part non négligeable de la population (quoique minoritaire, je n'en doute pas) soutient le projet.

J'invite ces visionnaires à faire preuve d'audace. Nul besoin d'attendre 2050. Gagnons du temps: que ces belles âmes s'engagent à payer dès aujourd'hui leur essence 5.- le litre, volontairement. Elles n'ont qu'à me faire don de la différence, par exemple. Je promets solennellement de dépenser cette somme au nom de Gaïa.

La seconde réflexion qu'inspire ce projet de fiscalité écologique tient à son mécanisme. Bonne pâte, L'Etat entend rétrocéder à la population les sommes extorquées au travers de ces taxes énergétiques - moyennant une petite part pour les fonctionnaires, il faut bien vivre... Ces montants seraient reversés par des bonifications d'impôt, une réduction des primes d'assurance-maladie ou des cotisations AVS réduites pour les ménages et les entreprises.

Résumons: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée par des réductions d'impôts.

Résumons encore: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée à tout le monde, sauf à ceux qui sont trop pauvres pour payer des impôts.

Le caractère antisocial du projet devrait faire bondir tout socialiste normalement constitué.

Entre écologie et aide envers les plus démunis, le coeur balance...

L'écologie politique se fait fort de changer les comportements sous la contrainte. Et pour que la population se sente concernée, il faut que ladite contrainte se concrétise en mesures fiscales écologiques frappant durement le porte-monnaie. D'où un implacable énoncé de la logique sous-jacente:

L'écologie implique de changer le comportement du plus grand nombre - c'est-à-dire, de la classe moyenne et des pauvres. Elle est donc foncièrement et nécessairement anti-sociale.

Le moindre sympathisant vert jurera évidemment le contraire. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence, une mesure fiscale ciblant exclusivement les 1% les plus fortunés n'a écologiquement aucun sens. Ce sont les 99% qu'il faut viser.

Les ultra-riches sont volontiers adeptes de l'écologie, en grande partie parce qu'ils peuvent se le permettre. Fiscalement ou socialement, ils tireront toujours leur épingle du jeu. Banquiers, administrateurs de grands groupes, négociants en art ou héritiers de bonnes familles n'auront aucun problème à payer leur électricité le triple, leur essence 5 francs le litre ou leurs sacs poubelles 10 francs pièce. A une époque où les automobiles n'existaient pas, ils disposaient d'une chaise à porteurs! Que la fiscalité devienne trop irrespirable - malgré les considérables moyens d'optimisation fiscale à disposition - et il leur restera toujours la possibilité de déménager vers des horizons plus cléments (ainsi que leurs éventuelles entreprises, mais c'est un autre débat.)

Le Suisse moyen n'a pas cette chance. Prisonnier de la distance entre son logement locatif et son emploi, il ne peut que subir les foudres fiscales en continuant tant bien que mal à se déplacer de son domicile à son travail. On lui fait miroiter un avenir plus vert où en se privant de tout il parviendrait à esquiver certaines des taxes qui le frappent, mais en ces temps difficiles, quelle part de sa consommation relève exclusivement du loisir? A moins que l'éclairage et le chauffage n'en fassent désormais partie...

Rendons grâce à Eveline Widmer-Schlumpf pour sa cohérence écologique: si la réforme fiscale promue par la conseillère férérale et son administration réussit à passer la rampe, les routes helvétiques seront enfin débarrassées des embouteillages provoqués par tous ces pauvres qui parvenaient encore à se payer une voiture.

Plus de place sur la chaussée pour les 4x4 série limitée, c'est aussi ça, l'écologie.

10 juin 2012

L'arnaque au sac

Ca y est, la Municipalité de Lausanne a dévoilé son projet: une taxe au sac reliée à la... facture d'électricité, une formule "plutôt originale", pour reprendre les termes dithyrambiques du quotidien 24Heures.

Les habitants de Lausanne devront donc s'acquitter de deux francs par sac poubelle pour le ramassage des ordures et payer une nouvelle taxe de 26 centimes par mètre cube de logement, et en "échange", recevront une remise sur les taxes qu'ils payent sur leur électricité. Lausanne ne sera pas perdante dans l'affaire, car comme l'explique 20 minutes:

Ces nouvelles taxes rapporteront à Lausanne l'équivalent de 2,5 points d'impôt, dont environ 2 seront rendus aux habitants sous forme d'une ristourne annuelle de 80 francs sur la facture d'électricité.

 

Alors, heureux?

Tout ça ne donne-t-il pas envie de trier ses déchets? Peut-être répondriez-vous par la négative ; vous auriez bien tort, puisque c'est la finalité de cet assemblage complexe de taxes et de redistribution. En tous cas, officiellement.

6806.L.jpgDepuis des années, le canton de Vaud affronte un serpent de mer: la concrétisation du principe du "pollueur-payeur" inscrit dans la nouvelle constitution de 2002, approuvée dans un grand élan général par une population qui n'avait peut-être pas lu tous les petits caractères. Acquis à la cause par quelque documentaire engagé, quelques-uns pensaient peut-être naïvement que ces termes s'appliquaient aux vilaines entreprises vendant des produits trop emballés à leur goût? Toujours est-il que chacun semble réaliser aujourd'hui, un peu tardivement, que le vilain pollueur-payeur est in fine le consommateur, c'est-à-dire, lui-même.

L'engouement public pour le principe du pollueur-payeur s'est progressivement émoussé alors que la population réalisait petit à petit qui serait le dindon de la farce, mais il est désormais trop tard.

Le canton ayant refusé de légiférer en la matière, la concrétisation du principe revient aux communes, ce qui permet d'observer certains particularismes locaux.

Bien des communes vaudoises ont choisi la taxe au sac, posant de nouveaux défis quant à la tarification du service. En effet, dans le système traditionnel, le ramassage des déchets était payé par l'impôt, le rendant plus ou moins transparent. Mais lorsque chacun paie ses déchets, il est mis en face de ses propres coûts: plus possible de faire financer son train de vie par la collectivité, comme le font un certain pourcentage de contribuables vaudois - qui sont aussi des électeurs.

Quand la taxation écologiste se confronte au clientélisme des politiques de redistribution, bien malin qui peut dire qui va l'emporter...

C'est pour cette raison que certaines communes très à gauche du canton de Vaud (Renens et Lausanne pour ne pas les nommer) étaient attendues au tournant pour cette histoire de taxe au sac, Renens se contentant pour l'essentiel de botter en touche en attendant que sa grande soeur capitale du canton ne montre la voie à suivre.

Le chemin est donc tracé et il est bien tortueux. Dans l'équation impossible ménageant la chèvre et le chou, faire payer aux contribuables le ramassage de leurs déchets sans donner l'impression de nuire aux foyers les plus subventionnés, Lausanne aura donc choisi d'ériger une nouvelle usine à gaz:

  1. Taxer le ramassage des sacs à 2 francs pièce (c'est énorme)
  2. Payer un nouvel impôt, lié au volume des logements (?)
  3. Se voir offrir une subvention sur sa facture d'électricité (?!)

brelaz.jpgLe premier point correspond au fameux principe du pollueur-payeur, on l'a compris. Le deuxième serait "la seule solution possible" selon le syndic Daniel Brélaz pour faire contribuer les entreprises ou les collectivités publiques, argument admis sans démonstration. Le troisième enfin, la main douce, rétrocèderait une partie de l'argent collecté aux points 1 et 2 aux familles du canton, pour peu qu'elles n'habitent pas un logement trop volumineux...

On l'aura compris, Lausanne s'est tenue très loin du seul système lisible - baisser les impôts communaux, faire payer au sac, et basta.

Du reste, pas besoin d'être devin non plus pour comprendre que la capitale du canton ne perdra pas d'argent avec le nouveau mode de calcul, loin s'en faut. Non seulement les impôts augmenteront davantage que ce qui sera rétrocédé aux habitants, mais en plus, on peut imaginer qu'avec l'avalanche de nouvelles taxes frappant régulièrement la consommation d'électricité au nom de tel ou tel prétexte écologique, la subvention sera bien vite réduite noyée dans de nouveaux prélèvements "compensatoires".

D'ailleurs, n'est-il pas contre-intuitif de faire payer le ramassage des ordures et de faire un cadeau sur l'électricité? En ces temps troublés où 40% de l'électricité produite en Suisse est d'origine nucléaire et où l'administration envisage de construire de nouvelles centrales à gaz, la subvention s'apparente à une autorisation à consommer davantage, un comble! La conscience écologique des plus sensibles en est ébranlée...

La manoeuvre réussira-t-elle? Les Vaudois ont pris l'étonnante habitude de payer en silence sans rien changer à leurs positions électorales. Ils paient pour le ramassage des déchets, une taxe pour l'efficacité énergétique et le développement durable dans leur facture d'électricité, doivent désormais emmener eux-mêmes et à leurs frais les déchets encombrant aux déchetteries, tout ça pour qu'une usine d'incinération Tridel surdimensionnée brûle leurs ordures et revende l'énergie produite avec de juteux bénéfices. C'est à se demander à quoi servent encore les impôts.

Pourtant, malgré toutes les manipulations, chacun se retrouvera au quotidien à payer deux francs pour chaque sac poubelle ramassé. Semaine après semaine, mois après mois, année après année. Certains essayeront de limiter leur production de déchet, dans des proportions dérisoires au vu de l'effort consenti. D'autres en revanche, verront ces taxes comme une piqûre de rappel sur la fiscalité et en garderont une irritation régulièrement renouvelée, qui pourrait coûter électoralement fort cher aux architectes de la taxe au sac.

Ces gens-là ont oublié un principe fondamental: aucun impôt n'est ressenti plus douloureusement que celui dont on doit s'acquitter jour après jour.

24 janvier 2012

Grèce: les arbres vaincus par la crise financière

Qui aurait cru que même Mère Nature se mettrait à souffrir à cause du surendettement de l'Etat grec? C'est pourtant exactement ce qui se passe, de façon très logique d'ailleurs, comme nous le relate cette dépèche de l'AFP:

Grèce: la crise et les taxes sur le mazout font tomber les arbres

ATHENES - La coupe sauvage de bois de chauffage est en pleine expansion en Grèce, face à une montée en flèche des prix du mazout et une réduction des crédits publics pour la gestion forestière, a indiqué mardi l'Union panhellénique des ingénieurs forestiers.

Il n'y a pas encore de menace sur les écosystèmes forestiers, mais l'Etat doit agir vite, il faut se souvenir de ce qui s'est passé en Albanie à la chute du régime communiste, quand même les arbres longeant les routes étaient coupés, a affirmé à l'AFP le président de cette Union, Nikos Bokaris.

Après constatation d'abattages illégaux, les services forestiers ont émis 1.500 plaintes en 2011, soit deux fois plus que l'année précédente, dans un pays où 70% des forêts sont publiques, le reste appartenant pour l'essentiel à des institutions religieuses.

La branche grecque de l'ONG environnementale WWF s'est aussi émue du problème. Selon son responsable pour les forêts, Konstantinos Liarikos, il y a selon les régions des cas divers, soit d'actions individuelles, soit d'activités organisées par des réseaux de vente.

Le phénomène n'est pas nouveau dans un pays où le chauffage au bois reste fréquent, et les immeubles récents, même à Athènes, sont souvent équipés de cheminées alors que les coupes encadrés par l'Etat ne suffisent pas à répondre à la demande, surtout couverte par des importations en provenance des Balkans.

Mais selon M. Bokaris, la crise économique a fait la différence, entre la hausse du prix du mazout, quasi-multiplié par deux en 2011, et la baisse des crédits alloués à la gestion publique des forêts, passés de près de 20 millions d'euros ces dernières années à désormais moins de 10 millions, dans le cadre des mesures d'austérité dictées à la Grèce surendettée par l'UE et le FMI.

 

Arbre_Coupe.jpgTout est dit. L'Etat grec est aux abois (sans jeu de mots). Il augmente donc les taxes sur tout ce qu'il voit, démesurément, dont celles sur le mazout - une ressource typique dont l'utilisation passe par des canaux faciles à surveiller: cuves de stockage, entreprises spécialisées, camions-citernes agréés...

Le mazout devient hors de prix pour les Grecs, ce qui n'est pas un problème pour les vaillants membres du gouvernement. Mais voilà l'imprévu. Pour leurs besoins de chauffage, les Grecs se tournent vers le bois de chauffage, une ressource naturelle, accessible, bon marché, et hors du contrôle de l'Etat et de ses taxes. Catastrophe!

La désagrégation de l'Etat grec s'accompagne de nombeux phénomènes sociologiques, dont nous n'avons même pas idée. Toutefois, cette péripétie sur le thème du chauffage m'inspire quelques remarques:

  • Dans une crise économique, les impératifs de survie l'emportent sur les considérations écolo-bobo-générations-futures-développement-durable sur lesquelles on pouvait gloser par beau temps.
  • La Grèce expérimente à l'échelle 1:1 la fameuse décroissance prônée par nos écologistes. La vérification empirique montre que ça ne semble pas faire beaucoup de bien à la nature.
  • Les mêmes écolos qui prêchent le changement de mode de vie à chaque repas protestent contre ce virage 100% renouvelable. Remplacer le pétrole par le bois ne leur fait pas du tout plaisir si le bois en question n'a pas eu leur bénédiction. On dirait même qu'ils préfèreraient qu'on en reste au bon vieux mazout!
  • La dépèche n'en parle pas, mais je doute que les taxes instaurées sur le mazout rapportent beaucoup plus à l'Etat grec qu'avant, fussent-elles doublées. Un nombre toujours plus grand de gens se tourne simplement vers des moyens de chauffage alternatifs. Il faut aussi compter les frais supplémentaires qu'engendrent la surveillance des forêts pillées et la traque des contrevenants. La Courbe de Laffer est probablement respectée une fois de plus.

Seule une société prospère a les moyens de protéger son environnement. Laboratoire de la faillite, la Grèce nous en fait la démonstration.

25 mai 2011

Paille, poutre et illusions

L'écologie survivrait-elle en milieu naturel? S'il n'y avait la complicité de politiciens et diverses manipulations aussi économiques que sociales, la question serait ouverte...

 

Homme de paille. En 2007, un groupe issu du milieu "alternatif" lausannois se lança dans la construction d'une hutte de quatre mètres de haut et 35 mètres carrés en plein centre ville, sur un terrain inconstructible en contrebas de "l'espace autogéré". L'opération était entièrement illégale ; mais comme de coutume, le projet fut enrobé d'un sirop de revendications politico-sociales destinées à semer le doute.

straw.jpgLes bâtisseurs se regroupèrent sous le collectif Straw d'la bale (joli sens de la formule) et prétendirent que la construction avait pour but de promouvoir la "construction alternative" avec les bottes de pailles, bien que personne ne leur ait rien demandé, et surtout pas à cet endroit.

La Maison de Paille devint rapidement une buvette altermondialiste où les journalistes locaux purent mettre à l'épreuve leur indépendance rédactionnelle en sirotant un verre...

La Ville de Lausanne oscilla entre la volonté de faire respecter la loi et l'inévitable écho de sympathie que les militants avaient provoqué chez leurs édiles de gauche. On ne saura jamais quelle aurait été la conclusion de cette étrange cirque où les autorités s'appliquaient à reculons à faire respecter la loi. La guerre molle se termina de façon abrupte avec l'incendie accidentel de la bâtisse - un risque domestique pointé par les autorités dès le départ.

C'était sans compter sur les solides amitiés nouées à cette occasion. Aujourd'hui, les autorités de Lausanne décident de reconstruire une Maison de Paille. Quelle subtile idée! Le lien entre la maison détruite et la Maison de Paille 2.0 est assumé, comme l'explique Jean-Christophe Bourquin:

«Cette réalisation, c’est une manière de se racheter pour la Municipalité.» (...) Un mea culpa tardif, allusion à la réaction «trop carrée» des autorités concernant la maison de paille illégale bâtie par les altermondialistes en 2007, puis partie en fumée début 2008. «Nous ne pouvions réagir autrement, même si nous jugions le principe intéressant.»

 

La différence? Cette fois-ci l'addition est à la charge du contribuable. 1.75 millions de francs.

Les délires du collectif Straw d'la bale étaient illégaux et dangereux, mais ils étaient moins cher...

 

manif.jpgChair à canon. 1000 élèves sèchent les cours à Berne pour "dénoncer le nucléaire":

Près d'un millier d'élèves ont fait l'école buissonnière mardi matin à Berne afin de prendre part à une manifestation contre le nucléaire. Ils ont défilé à travers la ville pendant deux heures et demie, bruyamment, mais de manière pacifique. La manifestation les a conduits de la place de la gare jusqu'au siège des FMB - l'exploitant de la centrale de Mühleberg (BE) - en passant par la vieille ville et la fosse aux ours. De nombreux étudiants brandissaient des calicots portant des inscriptions telles que "Stop à l'atome" ou "Pour des énergies renouvelables", tout en scandant "Weg, weg, Mühleberg". Craie en main, les élèves ont aussi griffonné des slogans anti-nucéaire à même le sol et sur les façades de bâtiments. Le cortège, pour lequel aucune autorisation n'a été demandée, a perturbé la circulation au centre-ville.

 

C'est le printemps! Des centaines d'adolescents braillards renonçant à une matinée d'instruction pour servir de faire-valoir à leurs aînés... Manifestation sans autorisation, perturbations, slogans, banderoles politiques standardisées (apparues comme par magie entre leurs mains) et griffonnage sauvage - avec de la craie pour l'instant - tout est en place pour que la relève militante soit assurée.

Bien entendu, les journalistes ne s'inquiètent pas trop de la manipulation inhérente à l'opération. A les en croire, le phénomène serait quasiment spontané, comme la pluie un jour de grisaille. Nous sommes à l'ère Facebook! L'idée qu'un groupe utilise Facebook comme outil de propagande appartient sans doute à la science-fiction. Qui pourrait être à l'origine d'un détournement politique de la jeunesse? On se demande.

Le mouvement a notamment été encouragé sur Facebook, par le biais d'une page intitulée "la jeunesse fait grève". Celle-ci soulignait l'importance pour les élèves de faire entendre leurs voix sur la question nucléaire. Plusieurs partis et organisations soutenaient aussi la manifestation, dont l'Entente verte de la ville de Berne ainsi que les Jeunes socialistes de la ville et du canton.

 

Pur hasard. Ils ont dû découvrir le projet de manifestation le jour même. Et ils passaient par là avec une camionnette de livraison de matériel de propagande, et ils ont décidé sur un coup de tête de le distribuer aux jeunes manifestants...

Bref: les Bernois ont eu mardi le plaisir de voir, depuis les fenêtres des bureaux où ils triment pour gagner leur vie, leurs propres enfants brailler dans une sympathique formation au militantisme grandeur nature. Sans doute une réforme du programme scolaire avant l'heure?

 

photov.jpgLe photovoltaïque, c'est pas automatique. La "filière verte", les énergies renouvelables "profitables" et autres "gisements d'emploi" liés à l'économie écolo-bobo-consciente ont du plomb dans l'aile, en France pour commencer. La faute à la crise financière dans laquelle se trouve l'Etat français, l'obligeant à fermer le robinet de certaines subventions, parmi lesquelles le principal intérêt de la filière photovoltaïque: le rachat de l'électricité produite par ERDF à un prix supérieur au marché. Comme l'explique France-Info, le photovoltaïque est sous le soleil de la crise.

Depuis quelques mois le secteur de l’énergie solaire connaît des difficultés. Des entreprises spécialisées dans les panneaux photovoltaïques ont décidé de se serrer les coudes pour faire face aux nouvelles règles imposée par l’Etat.

Le ciel s’assombrit pour la filière des panneaux des photovoltaïques... Le secteur est entrain de souffrir voire même de mourir à petit feu. En cause: la fin de l’obligation pour l’ ERDF de racheter l’énergie solaire des particuliers.

Lâché par son meilleur allié l’état (sic), des entreprises, fabricants et producteurs se sont réunis au sein d’une association «Touche pas à mon panneau solaire» avec comme objectif de faire valoir une énergie totalement inépuisable et renouvelable à l’infini, celle du soleil.

 

Inépuisable et renouvelable à l'infini - sauf les subventions qui vont avec, et qui sont la seule façon de rendre viable leur activité.

Toute cette histoire est un classique franco-français:

  1. Une filière industrielle se crée et se développe sur une profitabilité artificielle à base d'argent gratuit.
  2. Du jour au lendemain l'Etat change les règles du jeu, faisant vaciller la fragile construction économique.
  3. On assiste ensuite à la formation d'un lobby qui viendra plaider à la cour du roi pour l'extension de ses privilèges, sur le principe du les-temps-sont-durs-mais-notre-secteur-d'activité-devrait-rester-prioritaire-Sire. Mais sur ce créneau la concurrence est rude, et face à la grogne des estomacs et des caisses vides, pas sûr que le photovoltaïque soit en tête de liste.

lestarifsdachatsdellectricitphotovoltaque.gifOn voit en passant les limites du "renouvelable profitable" dont les écologistes nous serinent les oreilles sur tous les tons, passant sous silence que la profitabilité n'existe qu'à travers les poches des contribuables.

Outre le tableau de tarif de rachat ci-contre, mis à mal alors qu'on est encore en 2011 (cliquez pour l'agrandir), je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la "formule de réindexation annuelle" de ces tarifs. C'est encore une fausse promesse de l'Etat français - la réindexation annuelle se dirige nettement plus vite vers zéro - mais la formule vaut son pesant de cacahuètes:

Tous ces tarifs sont réindexés à chaque date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat, par l’application du coefficient L défini ci-après :

L = 0,8 + 0,1 (ICHTrev-TS/ ICHTrev-TS0) + 0,1 (FM0ABE0000/ FM0ABE00000)

ICHTrev-TS est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice du coût horaire du travail révisé (tous salariés) dans les industries mécaniques et électriques ;

FM0ABE0000 est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice des prix à la production de l’industrie française pour le marché français - ensemble de l’industrie - A10 BE - prix départ usine ;

ICHTrev-TS0 et FM0ABE00000 sont les dernières valeurs définitives connues à la date de prise d’effet du contrat d’achat.

 

Simple comme bonjour, non? A défaut d'énergie solaire, il reste les usines à gaz!

18 mars 2011

Nucléaire: il faut raison garder

La terre avait à peine cessé de trembler au Japon que les écologistes étaient déjà sur les rangs pour exploiter politiquement les retombées, si j'ose dire, des problèmes de la centrale nucléaire de Fukushima. Je ne leur ferai pas le procès de l'indécence: chacun a le droit d'exploiter l'actualité comme il l'entend.

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