26 mai 2011

Sortie du nucléaire: l'esbroufe

Hier, en annonçant "une sortie ordonnée du nucléaire", le Conseil Fédéral s'est couvert de ridicule avec les félicitations du jury.

leuthard.jpgLa déclaration a plu: les divers lobbys anti-nucléaire et mouvements écologistes boivent du petit lait. Divers campeurs "résistants" ont même levé le camp, c'est dire. Les médias saluent la décision de concert - il suffit de lire les éditoriaux d'aujourd'hui. Les quotidiens romands applaudissent la sortie du nucléaire, titre d'ailleurs Le Matin.

Attendez. Les quotidiens romands? Quel nombrilisme! Voyons plutôt ce qu'en dit la presse internationale, forcément médusée par un engagement aussi audacieux! Quoique... Pas un écho sur la page d'accueil du Figaro. Rien sur Libération. Le Monde? Nada. Sur Le Point ou de l'Express, silence radio. Bon, c'était un tour d'horizon de la presse française; par acquis de conscience, allons voir ailleurs... Eh bien, c'est pareil. Rien sur le Times, le Corriere della Serra, le Washington Post ou le New York Times. Bigre!

C'est vrai, l'information a été annoncée hier. La Suisse est si loin: il faudra peut-être du temps pour que les rédactions étrangères ne rendent compte de ce qui se passe. Mais tout de même, on ne m'enlèvera pas l'impression tenace que tout le monde s'en fiche.

Pourtant, il y aurait matière à un article. Dans la rubrique insolite, par exemple: comment, en Suisse, un Conseil Fédéral dont le mandat expire dans six mois prétend engager le pays sur une trajectoire portant sur vingt-trois ans après sa dissolution.

Peu probable que les Suisses de 2034 se sentent très liés par des "engagements" pris en 2011 (fussent-ils applaudis par les quotidiens romands), de même qu'aujourd'hui nous nous sentons assez peu liés par les déclarations solennelles du Conseil Fédéral de 1988 - à supposer que quelqu'un s'en souvienne.

nucleaire.jpgAutre angle d'attaque, les médias étrangers auraient pu saluer l'historique décision suisse les protégeant d'une catastrophe nucléaire apocalyptique. Les particules radioactives ne s'arrêtent pas aux frontières, n'est-ce pas? Grâce à Doris Leuthard, entre 2019 et 2034, les voisins de la Suisse seront progressivement libérés du terrible risque d'une fusion de réacteur de Beznau II ou de Leibstadt, consécutive à un tremblement de terre de niveau 8 sur l'échelle de Richter, à un tsunami, et à l'échec généralisé des procédures d'alerte mises en oeuvre par les secours pendant quelques jours ("croisons les doigts pour que ça n'arrive pas d'ici 2019", disent les anti-nucléaires en claquant des dents.)

Mais là encore, peut-être que le retrait du modeste parc nucléaire helvétique de 5 réacteurs ne pèse pas lourd face à la terreur muette qu'inspirent les 7 réacteurs belges, les 9 réacteurs Espagnols, les 10 réacteurs Suédois, les 19 réacteurs anglais ou les... 58 réacteurs français (et d'autres encore.) Des pays qui ne semblent pas trop remettre leur capital de production énergétique en question. Bon sang, c'est à croire qu'ils ne craignent pas un tremblement de terre suivi d'un tsunami! Et pourtant, l'Angleterre est une île, non? La Belgique a des côtes! Ne comprennent-ils pas les risques? Si même Fukushima ne les incite pas à tout balancer par-dessus bord sur un coup de tête, c'est à désespérer!

Remarquez, il ne faut pas trop cracher sur le nucléaire étranger. La Suisse va en avoir sacrément besoin.

Aujourd'hui, deux kilowatt-heures sur cinq produits en Suisse sont d'origine nucléaire; cela n'empêche pas la Suisse d'importer jusqu'à 20% de son électricité à l'étranger, en hiver, lorsque la demande est la plus forte. Je vous le donne en mille: cette électricité n'est pas produite par des éoliennes.

Les pieuses déclarations de Mme Leuthard sur de prétendues économies d'énergie ou une croissance soudaine de la part du "renouvelable" dans le mélange énergétique suisse pour remplacer les 40% promis à disparaître tiennent des gesticulations infantiles. Ce scénario n'a pas le moindre sens. Mais nous sommes en 2011, année électorale. La logique n'a plus court.

En réalité, le Conseil Fédéral n'a guère annoncé que le gel ou le retrait des plans de remplacement des centrales existantes. La "mise hors service à partir de 2019" des centrales helvétiques pourrait être repoussée de 10 ans, pour chaque centrale. Peut-être que certains des réacteurs les plus anciens, comme Beznau I, seront effectivement arrêtés; des centrales à gaz combleront le déficit de production.

atomkraft-nein-danke.jpgBref, le Conseil Fédéral a simplement annoncé que peut-être, dans un horizon lointain, à partir de 2019 ou plus tard encore, si par inadvertance certains labos de recherche sauce développement durable réussissent à développer des processus de production d'énergie applicables à l'échelle industrielle et à peu près viables économiquement, la Suisse pourrait lentement arrêter certains réacteurs nucléaires anciens et les centrales à gaz construites pour leur succéder.

Si le déroulement prévu prend du retard, la Suisse se contentera d'importer davantage d'électricité nucléaire de l'étranger.

La décision est susceptible de changer un nombre indéfini de fois d'ici et après sa mise en application, au gré des majorités au sein du gouvernement et dans les chambres fédérales. Et dans les urnes en votation.

Hum.

A la réflexion, je comprends pourquoi la presse étrangère n'a pas plus mis en valeur l'annonce du Conseil Fédéral; cela ne méritait guère qu'un entrefilet dans les pages économiques. Quelque chose comme: "A partir de 2019, la Suisse pourrait augmenter ses achat d'électricité sur le marché international de l'énergie." Et encore.

En guise de révolution ça tombe un peu juste, en effet.

Mais, tout de même, les militants anti-nucléaire ont gobé le morceau. Et ça, ça méritait une première page.

18 mars 2011

Nucléaire: il faut raison garder

La terre avait à peine cessé de trembler au Japon que les écologistes étaient déjà sur les rangs pour exploiter politiquement les retombées, si j'ose dire, des problèmes de la centrale nucléaire de Fukushima. Je ne leur ferai pas le procès de l'indécence: chacun a le droit d'exploiter l'actualité comme il l'entend.

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