21 janvier 2014

L'Or du Rhin

La banque centrale allemande pourrait avoir beaucoup moins d'or que ce qu'indiquent ses livres de compte, avec des conséquences imprévisibles sur les relations entre les pays et le système financier mondial.

or_du_rhin.jpgDans l'opéra de Wagner, l'Or du Rhin rend fou ses détenteurs et provoque une guerre entre les dieux. Il pourrait y avoir quelque chose de wagnérien dans la crise à venir... Traduisant ZeroHedge:

Un an après l'annonce stupéfiante - suscitée par les révélations de Zerohedge - de rapatrier 674 tonnes d'or de la Fed de New York et de la Banque de France, la Bundesbank n'a réussi à transférer qu'un maigre volume de 37 tonnes. Ce montant ne représente que 5% de l'objectif annoncé, bien en-dessous des 84 tonnes que la banque devrait annuellement recevoir pour rassembler les 674 tonnes escomptées dans l'intervalle de 8 ans entre 2013 et 2020.

La publication de ces chiffres quant à la lenteur du transfert a promptement entraîné la colère des Allemands et suscité de nombreuses allégations selon lesquelles l'or ne serait simplement plus en possession de ses gardiens outre-atlantique, aurait été loué, ou pire, vendu sans la moindre annonce formelle ou informelle. Les "théoriciens du complot" ne vont certainement pas se calmer en lisant l'article du 19 janvier du journal Die Welt où l'on apprend que seules 5 petites tonnes d'or furent envoyées depuis la Fed de New York. Le reste vient de Paris.


Bien sûr, l'article original du journal allemand s'empresse de livrer des justifications rassurantes: l'or serait livré depuis Paris plutôt pour des raisons de logistique ; le lingot américain aurait en outre un format moins approprié nécessitant une refonte.

Comme le dit la sagesse populaire, une bonne excuse suffit. Pourquoi en apporter deux? Et si l'une ou l'autre de ces explications est parfaitement convenable, pourquoi l'or est-il livré à la fois de New York et de Paris? Et pourquoi dans des volumes si faibles en comparaison de ce qui est dû à la Bundesbank?

On peut donner foi aux explications officielles, aussi incomplètes soient-elles. On peut penser aussi que les débiteurs de la "Buba" (le surnom de la banque centrale allemande) ont eu le plus grand mal à rassembler des lingots en quantité suffisante et font ce qu'ils peuvent pour faire illusion. Cette hypothèse de travail collerait davantage avec les tensions relevées ici-même sur l'or physique.

Mais la véritable nouveauté vient du canal choisi pour diffuser l'information. D'orientation conservatrice, Die Welt est un des trois plus grands quotidiens allemands. Pour la première fois, les préoccupations sur le retour de l'or allemand au pays sont exposées au grand public.

Le stade de la rumeur est dépassé. La population sait désormais, et parmi elle des politiciens. Comme la situation n'est pas vraiment à l'apaisement il y a peu de chances que l'inquiétude s'éteigne, malgré les manœuvres de la Fed et de la Banque de France. Si n'importe quelle banque centrale a des coffres moins bien remplis que ce que prétend sa comptabilité, il va être bientôt impossible de le cacher.

Tout le système international repose in fine sur la confiance entre les acteurs qui en font partie: confiance entre les investisseurs, envers les institutions, envers les publications de bilans financiers et les estimations des agences. Dans le genre, il sera difficile de lui porter un coup plus dévastateur que l'aveu de la disparition du stock d'or de la Buba, confié à ses alliés il y a un demi-siècle pour le protéger d'une éventuelle invasion de la République Fédérale d'Allemagne par l'Armée Rouge.

L'effondrement du château de carte financier pourrait-il venir d'Allemagne?

23 septembre 2013

Angela Merkel, un triomphe au goût de défaite

Le mot revient en boucle dans les médias: Angela Merkel et la CDU ont triomphé ce week-end, c'est un fait sur lequel on ne reviendra pas.

Le terme reste tout de même curieux pour une chancelière condamnée à composer un gouvernement avec la gauche. La "Grande Coalition" vers laquelle l'Allemagne se dirige n'est pas vraiment le reflet d'un pouvoir sans partage.

Angela Merkel est rompue à l'exercice, elle qui a déjà mené ce genre de coalition lors de son premier mandat (2005-2009). Ses options sont ouvertes. Reste à comprendre comment une victoire aussi marquée peut se traduire dans les faits à devoir transiger avec l'opposition.

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A gauche, l'effondrement annoncé ne s'est pas produit. Les variantes de la gauche ressortent même renforcées: 319 sièges pour Die Linke, le SPD et les Verts contre 289 lors de la législature précédente. Avec 8,4% des suffrages, Les Verts en particulier ont beaucoup pâti d'une campagne ratée entachée de soupçons de complaisance envers les pédophiles. Les sondages leur prédisaient 20% il y a seulement deux ans, alors qu'ils se retrouvent aujourd'hui comme la plus petite des forces politiques présentes au parlement. Mais les voix écologistes se sont naturellement reportées sur le grand frère de gauche, le SPD.

La droite quant a elle a été victime du système électoral allemand - mais pas seulement.

En-dessous d'un seuil de 5%, les partis n'accèdent pas au Bundestag. Or, les alliés traditionnels de la CDU, les libéraux du FPD, ont été proprement laminés, passant de 14,6% à 4,8% en une législature. Pourquoi cette dégringolade? Il y a deux raisons.

La première tient au programme du FPD. En s'associant à la CDU, les libéraux pensaient influer sur le gouvernement Merkel. Il n'en fut rien et ils échouèrent à obtenir des baisses d'impôts, la base centrale de leur programme de 2009. Leurs ambigüités face à la "rigueur" dans la gestion de la crise de l'euro firent le reste. Vue de cette façon, la déroute des libéraux du FPD n'augure rien de bon pour le pays.

Ces faiblesses sont certainement pour beaucoup dans l'émergence du nouveau parti révélé par ces élections, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), et cela constitue la seconde raison. Le parti, créé en février et lancé officiellement en avril de cette année, a réussi en quelques mois à réunir 4,7% des électeurs derrière lui. Un électeur sur vingt séduit en si peu de temps, on a rarement vu pareil démarrage!

Bien entendu, vous n'avez probablement jamais entendu parler de l'Alternative pour l'Allemagne, et comme le parti a échoué d'un cheveu à atteindre la barre des 5%, les médias pourront complaisamment continuer à ignorer son existence. L'Alternative pour l'Allemagne dérange, c'est un euphémisme. Que souhaite-t-elle? La fin de l'euro, le rejet des "plans de sauvetage" et de l'union bancaire, la restitution au niveau national de compétences captées par l'Union Européenne, et enfin le respect des critères de Maastricht et l'arrêt des financements indirects que pratiquent les Etats, s'il vous plaît! Alors, oublions-la vite!

Angela Merkel a dû pousser un soupir de soulagement. A quelques milliers de voix près, elle aurait dû affronter l'éventualité d'une coalition avec l'Alternative pour l'Allemagne sur sa droite. Elle se serait alors retrouvée au pied du mur: soit s'allier avec des eurosceptiques et remettre en question la construction européenne, une tâche certainement pas dans son plan de carrière, soit afficher ses vraies couleurs et préférer la gauche, trahissant très officiellement sa base électorale. Par chance, elle n'aura pas à affronter ce choix cornélien. Les seuls partenaires potentiels se trouvent en face.

La gauche retrouvera d'une façon ou d'une autre le chemin du gouvernement ; on peut donc s'attendre à une crise de l'euro continuant sur sa lancée - c'est-à-dire, s'aggravant petit à petit sans qu'aucun problème ne soit résolu - pendant encore quatre ans.

En s'associant à l'opposition pour partager le pouvoir après avoir saigné ses alliés, Angela Merkel inflige à son camp un désastre sur le plan des valeurs ; fort heureusement, la chancelière n'en a aucune. Sur le plan de la conquête et du maintien au pouvoir, en revanche, c'est effectivement un triomphe. Reste qu'il laisse comme un arrière-goût en bouche.

10 juillet 2013

Le crépuscule du photovoltaïque

Pas en Suisse, rassurez-vous, mais bien en Allemagne. Dès 2018 et probablement avant, le gouvernement arrêtera de subventionner l'énergie solaire:

Le ministre conservateur Peter Altmaier avait fixé l'an dernier un plafond de capacité solaire installée au-delà duquel les pouvoirs publics arrêteraient de subventionner cette énergie. Il a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que ce seuil de 52 gigawatts serait vraisemblablement atteint en 2017, au plus tard en 2018.


Le ministre de l'Environnement Peter Altmaier - un conservateur précise la dépêche, qu'on puisse identifier l'ennemi - ne fait rien d'autre que d'appliquer les contrats jusqu'à leur terme. Les subventions au photovoltaïque auraient-elles vocation à être éternelles? L'admettre reviendrait à avouer que ce type d'énergie ne sera jamais compétitif. Le compromis politique consiste à lancer la machine en y brûlant de l'argent jusqu'à un certain point. Or, le niveau d'équipement recherché est en passe d'être atteint:

A l'heure actuelle, les panneaux solaires installés en Allemagne ont une capacité cumulée de 34 gigawatts. Le régime de subventions - sous forme d'un prix garanti payé aux producteurs solaires pour chaque kilowatt-heure produit - a conduit à un véritable boom ces dernières années, particuliers et agriculteurs notamment se découvrant des vocations de producteur photovoltaïque. Le prix très bas des panneaux solaires en provenance d'Asie a aussi contribué à cet engouement.


Ah, l'engouement pour le solaire avec des prix d'Asie, quelle élégante tournure!

solaire_cassé.jpgLa semaine dernière, l'entreprise photovoltaïque Conergy de Hambourg a déposé le bilan après plusieurs restructurations, mettant un dernier lot de 1'200 employés allemands sur le carreau. La société existait depuis 1998 et avait un chiffre d'affaire de 473 millions d'euros. Cette faillite s'ajoute à celle de nombreuses autres: Q-Cells (1'700 postes supprimés), First Solar (1'200 postes supprimés), Odesun (260 postes supprimés), le spécialiste bavarois du solaire thermique Solar Millenium, l'entreprise berlinoise Solon, la firme de Westphalie Solarhybrid...

Qu'il est ensoleillé le secteur photovoltaïque allemand!

On voit donc une application concrète du fameux argument des "emplois verts". On savait que chacun de ces "emplois verts" détruit 3,7 emplois dans le privé en moyenne, mais on réalise également que ledit emploi vert a plus de chances d'apparaître dans une usine chinoise que dans un atelier européen, compétitivité oblige.

L'énergie photovoltaïque pas plus que l'éolienne ne contribuent à un approvisionnement sûr. Les aléas de la météo obligent les producteurs d'énergie sérieux à utiliser des sources d'énergie alternatives pour les situations défavorables, autrement dit, des centrales à gaz. Il faut en outre reconstruire entièrement le réseau électrique pour tenir compte de la répartition des sources d'énergie en fonction du vent ou de l'ensoleillement.

La transition énergétique allemande prévoit une utilisation de renouvelable à hauteur de 80% d'ici 2050 ; comme pour toute planification délirante, l'économie du pays aura jeté l'éponge bien avant. Selon le directeur du conglomérat industriel Siemens, l'Allemagne a englouti jusqu'à maintenant 216 milliards d'euros dans les renouvelables. Et pour quel résultat? L'Allemagne a un des prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Cela plombe la compétitivité de toutes les industries allemandes. La fameuse transition énergétique allemande, à peine entamée, est déjà un échec retentissant, au point de s'inviter dans la campagne électorale de Mme Merkel.

Les Allemands voient d'un mauvais oeil la litanie sans fin des dépôts de bilan des entreprises du secteur solaire alors qu'ils se saignent aux quatre veines pour payer l'installation de panneaux photovoltaïques et payent plus cher leur énergie pour subventionner la maigre production d'électricité de ceux-ci. Mais tous ont bien compris que l'engouement pour le renouvelable n'existe qu'à travers les subventions, c'est-à-dire des prix maintenus artificiellement bas grâce à des taxes spéciales sur les sources d'énergie efficaces.

On cherchera en vain la relation entre la subvention au photovoltaïque et l'amélioration de l'efficacité des cellules. Au contraire, l'argent public est un oreiller de paresse amenant les gens à s'équiper de panneaux peu performants et les industriels à corrompre les politiciens plutôt qu'à investir dans la recherche.

Perdant sur toute la ligne - fiabilité de l'approvisionnement, emploi, coût de l'énergie, déficit publics - le gouvernement allemand a décidé de jeter l'éponge. En annonçant le non-renouvellement de la subvention au photovoltaïque, le ministre de l'Environnement Peter Altmaier n'a rien fait d'autre qu'entériner une situation économique prévalant sur l'idéologie énergétique. L'expérience est close. Les nouvelles unités de production photovoltaïques en Allemagne devront être installées sans subventions ; autant dire qu'elles ne verront jamais le jour.

Les lubies écologistes sont tout simplement devenues inabordables, même pour l'Allemagne. Mais la Suisse, elle, a encore de l'argent à jeter par les fenêtres.

26 juin 2012

Les 7% magiques

Depuis dimanche dernier, l'Espagne ne peut plus se cacher derrière la Grèce. L'explosion de la bulle immobilière, le taux de chômage, la récession, le sur-endettement de toutes les strates de l'administration ont des racines dans la politique locale. Une fois les élections grecques passées, plus possible d'invoquer les faiblesses d'un compère moins bien loti pour justifier la méfiance des investisseurs...

Les analystes financiers gardent donc un oeil sur les taux d'intérêt ibériques:

Le 18 juin, les taux d'emprunts espagnols à 10 ans ont poursuivi leur envol historique, à plus de 7%, un seuil jugé insoutenable sur la durée, alors que les investisseurs attendent avec anxiété de connaître le montant précis de l'aide accordée par la zone euro à Madrid.

Mardi, ces taux à long terme se détendaient légèrement en fin de matinée tout en restant au-dessus des 7%, à 7,003%.

Le rendement espagnol devrait se maintenir autour des 7% au moins jusqu'à ce qu'on ait les résultats (d'un premier) audit sur le secteur bancaire ibérique, a souligné M. Naam, stratégiste obligataire chez Natixis.

 

Et voilà, un journaliste nous refait le coup des 7% magiques. 7%, insoutenables dans la durée? Alors que 6,80%, par exemple, le seraient?

Fadaises, pour rester poli.

Rappelons que depuis des décennies, les Etats occidentaux ne se désendettent jamais ; lorsqu'une obligation d'Etat arrive à terme, le pays concerné se contente tout simplement d'en émettre une nouvelle afin de payer l'ancienne! Ce principe, apparenté à la cavalerie financière, n'est pas le seul domaine dans lequel les Etats s'arrogent des facilités qu'ils refusent (à juste titre) aux acteurs du secteur privé. Mais comme on s'en rend compte depuis le début de la crise, la manoeuvre n'est pas sans risque. La dette étatique constamment renouvelée a tendance à augmenter sous son propre poids.

Alors que les taux d'intérêt en zone euro se sont progressivement affirmés, le seuil distant de 7% s'est concrétisé, mais il ne veut strictement rien dire. Précisons quelques indicateurs réellement significatifs de la dette publique.

Le Taux. Valeur la plus "médiatisée", le taux est simplement le loyer de l'argent emprunté par les Etats sur le marché financier. Quelqu'un empruntant une somme de 100 € à 5% l'an devra s'acquitter d'un coupon annuel de 5€ et retourner à la fin du prêt les 100€ de départ, soit l'intégralité du capital emprunté. Le mécanisme est exactement le même pour un particulier souscrivant un emprunt pour un nouveau véhicule que pour un ministère des finances levant des milliards d'euros dans des adjudications d'Etat.

Evidemment, une variation même infime du taux a un effet énorme sur le coût des emprunts: passer de 2% à 4% d'intérêt, variation somme toute modeste en apparence, fait passer le coupon annuel de 2 à 4 - soit une dette financièrement deux fois plus lourde à entretenir!

La Maturité. Emettre des obligations, d'accord, mais sur combien de temps? Un Etat peut émettre des obligations sur toute une gamme de durées, des obligations "courtes" sur trois mois, six mois ou un an, jusqu'aux obligations longues sur dix ans, voire quinze ou vingt. En général, le taux de référence concerne les emprunts à dix ans. Des durées plus ou moins longues offrent différents avantages. Comme pour un crédit hypothécaire, une durée plus courte amène en général des taux moins élevés, le prêteur se séparant de son argent moins longtemps. Des obligations d'Etat à durée courte sont donc sensées être moins coûteuses pour les pays qui les émettent, un adage devenu moins vrai dans la période de crise que nous traversons. Les obligations d'Etat à durée longue, en revanche, amènent une certaine sécurité. Le taux est fixé pour des années, permettant au pays de se protéger contre tout aléa ponctuel de la conjoncture ou contre les retournements de cycles économiques.

La maturité de la dette n'est pas une valeur souvent évoquée dans les médias ; elle est pourtant importante, parce qu'un pays endetté à court terme est vulnérable au renouvellement de ses obligations. Si vous devez absolument renouveler un crédit alors même que les taux sont historiquement hauts, le surcoût vous frappera de plein fouet.

Bien sûr, aucun pays ne repose que sur une seule durée pour gérer sa dette. Pour des raisons de risque et de coût, ils utilisent tous un panachage de durées courtes, moyennes et longues. C'est pour cela qu'on parle en général de maturité moyenne de la dette - la durée des obligations, pondérée par leur valeur respective. La maturité moyenne de la dette française est de sept ans - plus qu'un quinquennat présidentiel! - ce qui est très long, et tout à l'avantage du pays. En temps de crise, la maturité moyenne a toutefois tendance à se réduire, les pays aux abois tentant de renouveler leurs obligations sur des périodes plus courtes pour diminuer la facture. La maturité moyenne de la dette espagnole serait ainsi passée de 5-6 ans il y a quelques années à 4 ans aujourd'hui. Ce n'est pas sans danger si la crise se prolonge.

L'Endettement rapporté au PIB. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est un indicateur approximatif de l'activité économique d'un pays. Les dettes gouvernementales atteignant des sommets en valeur absolue, les chiffres impliqués n'ont plus aucune signification pour le commun des mortels: que signifient 10 milliards à l'échelle d'un pays? 30 milliards? Une représentation de la dette en pourcentage du PIB est beaucoup plus parlante - ainsi, on peut imaginer qu'une dette "à 100% du PIB" obligerait le pays entier à travailler un an exclusivement à payer sa dette pour la solder. La perspective est complètement illusoire, bien entendu (il faut bien manger, payer son loyer et son essence dans l'intervalle) mais permet une représentation "familiale" de la dette. Le PIB tient alors lieu des revenus annuels du ménage.

En Suisse, la charge d'endettement supportable pour un ménage souscrivant à une hypothèque est fixée à 33% des sur la base d'un taux d'intérêt annuel de 5%. En clair, si la charge des intérêts dépasse 33% des revenus, le foyer est surendetté. Les pourcentages ne sont pas faciles à trouver, mais le service de la dette (c'est-à-dire le paiement des intérêts de celle-ci) est le premier poste budgétaire de l'Etat français depuis 2011...

Les Etats soumis aux critères de Maastricht se sont fixés un seuil d'endettement maximal différent, de 60% du PIB. On aurait tort d'y voir une limite plus stricte: non seulement ce chiffre n'a aucun lien avec les taux, mais il n'a pas non plus de lien avec la charge d'intérêt, qui est à ramener aux revenus de l'Etat - son budget - et non au PIB du pays. D'ailleurs, dépenses publiques aidant, ils ont tous explosé ces limites, l'endettement allant de plus de 80% du PIB pour les pays "bien gérés" comme l'Allemagne à plus de 120% pour l'Italie.

La Croissance. Fut-elle écrasante, une dette n'est pas effrayante si le débiteur garde une marge de manoeuvre financière. Une amélioration continue des revenus diminue la part relative de la dette dans le bilan et permet de se dégager quelques économies, utilisables par exemple pour réduire le solde. Ce facteur s'incarne dans la fameuse croissance du Produit Intérieur Brut, rapportée sous forme de taux annuel. Un accroissement du PIB implique plus de recette fiscales et une économie en bonne santé ; inversement, une récession (c'est-à-dire une croissance négative) grève les recettes de l'Etat et traduit une contraction de l'activité économique.

Nous en avons fini avec les indicateurs. Il en existe bien d'autres - de l'évolution boursière des Credit Default Swaps aux notes délivrées par les agences de notation - mais ils se recoupent souvent les uns les autres ou ne font que donner des "tendances" sur l'évolution des éléments principaux.

Voyons ce que valent ces indicateurs appliqués à quelques économies de la zone euro.

spain.gifEspagne: d'après la banque d’Espagne, la dette publique espagnole a atteint fin mars 72,1% du PIB soit 8 points et demi de plus qu'il y a un an où la dette s‘élevait à 63,6%. Le poids de la dette espagnole rapporté au PIB reste raisonnable comparé à d'autres pays d'Europe, mais elle se creuse très rapidement - la faute à une économie en berne et un Etat qui peine à réduire son train de vie. Le taux espagnol de référence à 10 ans dépasse 6,5%. De plus, la maturité de la dette espagnole est plutôt courte, ce qui oblige à réagir dans l'urgence.

Si l'Espagne devait renouveler l'intégralité de sa dette à dix dans aux conditions actuelles, il lui faudrait une croissance annuelle de 4,68% pour soutenir sa dette (c'est-à-dire, pour que sa dette n'augmente pas sous son propre poids). Or, depuis 2009 l'Espagne est quasiment toujours en récession. La dette augmente donc ménaniquement en pourcentage du PIB, jusqu'à la catastrophe finale.

italy.gifItalie: La croissance italienne est un peu meilleure, avoisinant les 2%. Malheureusement, l'Italie traîne une dette de 120% de son PIB, et son taux d'intérêt à 10 ans tourne autour de 6% - en deçà des fameux 7% magiques de nos mystérieux économistes... Et pourtant, là encore, un rapide calcul nous apprend qu'aux conditions actuelles, l'Italie devrait avoir une croissance annuelle de 7,2% pour renouveler sa dette à dix ans!

A court ou moyen terme, l'Italie va donc s'effondrer sous le poids de sa dette.

germany.gifAllemagne:: un tour d'horizon rapide des pays de la zone euro ne serait pas complet sans l'examen du premier de la classe, l'Allemagne de Mme Mère-La-Rigueur Merkel. La première économie de la zone euro offre quelques gages de confiance ; ses taux d'intérêt à 10 ans ne sont qu'à 1,5% environ. Couplés à une dette de 83,2 % du PIB tout de même (chiffres 2010) il suffit à la locomotive de l'Europe une croissance annuelle de 1,25% pour se dégager une marge de manoeuvre. C'est quasiment assuré mais pas toujours - comme en 2009, où l'Allemagne a subit une sérieuse récession.

Contrairement aux idées reçues, en termes de dette publique même la toute-puissance Allemagne est un colosse aux pieds d'argile. Si la santé financière germanique suscite moins d'inquiétude que les autres pays de la zone euro, elle n'a rien d'enthousiasmant. Angela Merkel a raison quand elle clame que l'Allemagne n'a pas les moyens de sauver l'Europe: c'est la stricte vérité.

Comme vous l'aurez constaté, il n'existe absolument aucun effet de seuil lié à des taux d'intérêt à 7%. Un bon nombre de pays de la zone euro s'apprête à boire la tasse sans être parvenu à ce stade - mais il finiront bien par le franchir au cours de la crise, ce qui permettra sans doute aux prestidigitateurs de service de clamer que tous les problèmes viennent finalement de là.

On peut discuter longuement de la pertinence de tel ou tel indicateur. Selon moi, la croissance est le plus important: sans croissance, le train de vie des Etats amène rapidement la dette à des sommets en pourcentage du PIB. Il n'y a aucune chance de réduire la dette d'un centime sans croissance. Reste à savoir comment la libérer, ce qui n'a que peu à voir avec les solutions apportées par les élites du continent.

Tant que nos hommes politiques seront engoncés dans leur dogme keynésien et persuadés que la croissance économique dépend de leur volontarisme en matière de politique économique, nous ne sortirons pas de l'ornière.

15 janvier 2012

Un point de situation sur la crise de la dette

La vie est injuste. La semaine dernière avait commencé sur les chapeaux de roues: enfermés dans leurs propres délires, les traders (rarement réputés pour leur appréciation pertinente de la réalité) se prenaient à rêver qu'on sortirait de la crise; les taux italiens s'effondraient pendant que les Espagnols empruntaient le double ni vu ni connu, l'argent imprimé par la BCE pour les banques commerciales faisant son office.

sarkozy.jpgTout allait bien, disons, jusqu'au vendredi 13 - ça ne s'invente pas - vers le milieu de l'après-midi, où les fourbes analystes de Standards & Poors annoncèrent soudain qu'ils dégradaient la note d'une ribambelle de pays de la zone euro, dont la France.

Enfin, "soudain", façon de parler.

La perte du triple-A français était dans l'air du temps depuis des mois. Son officialisation n'en reste pas moins gênante, puisqu'elle oblige les politiciens à en tenir compte. Plus possible de jouer les naïfs. Les manoeuvres dilatoires ne dureront pas longtemps; le centre de gravité du couple franco-allemand a franchi le Rhin pour de bon, vraisemblablement pour toujours.

Cerise sur le gâteau, en plus d'avoir dégradé la note de sept membres de la zone euro, S&P a aussi gardé la note de la France sous surveillance négative. Sachant l'équipe d'élite qui gouverne le pays (ou qui se prépare à la remplacer au nom de l'alternance) les prochaines dégradations semblent acquises.

Mais ce n'est pas tout. Les mauvaises nouvelles ne viennent pas seules. Non seulement on apprend sans grande surprise que le triple-A du Fonds Européen de Stabilité Financière est compromis, mais surtout, en Grèce, rien ne va plus. L'accord négocié avec les banques pour leur tordre le bras avec le sourire et leur infliger une décote de 50% sur la dette greque prend encore plus l'eau qu'un paquebot de croisière empalé sur un récif. Or, si les banques refusent et que la Grèce les y contraint, nous sommes en situation de défaut tout ce qu'il y a d'officiel, avec activation des garanties sur les prêts - les fameux CDS - garanties assurées par des banques européennes, qui sauteront devant l'ampleur de la facture...

François Leclerc parle de bombe à retardement sur La Tribune en expliquant plus précisément le mécanisme de la minuterie, le détonateur devant se déclencher le 20 mars. Il ne faut pas se voiler la face sur les chances de fonctionnement d'un plan vicié au départ, auquel le FMI de Mme Lagarde vient de donner le coup de grâce:

L'écart entre le montant initialement envisagé de décote de la dette de 50% et la demande du gouvernement grec de la porter à 75% n'a été que partiellement résorbé, les grandes banques ayant, semble-t-il, accepté d'accroître leur effort pour la porter à 60%. Mais le FMI est venu apporter un soutien inattendu aux autorités grecques, considérant que ce n'était pas suffisant pour que le "plan de sauvetage" puisse remplir sa fonction, étant donné la détérioration de la situation économique du pays, estimant qu'il fallait atteindre la fourchette 65-70%.

 

Il fallait être naïf comme un technocrate pour croire que 90% des détenteurs de dette grecque, possédant pour 206 milliards d'euros de créance, accepteraient sans ciller une décote de 50%, puis de 70% de leurs titres sans jamais perdre le sourire ni évoquer le terme défaut. Les Hedge Funds, "insensibles aux pressions exercées sur les banques par les autorités politiques et les banques centrales" comme le regrettent certains, ont ainsi flairé le bon coup:

[Les hedge funds] ont ces derniers mois considérablement renforcé leurs positions en rachetant de la dette grecque aux banques, trop contentes de s'en délester, et s'arrachent actuellement les titres arrivant à maturité le 20 mars prochain, à des prix bradés en raison des taux très élevés qui prévalent sur le marché secondaire. A l'arrivée, les hedge funds ont acquis le pouvoir de faire capoter l'ensemble du "plan de sauvetage" de la Grèce... Selon JP Morgan Chase, ceux-ci détiendraient avec des fonds souverains la valeur de 80 milliards d'euros de titres de la dette grecque.

Leur calcul est simple : ils attendent soit que la Grèce n'honore pas son échéance, avec pour conséquence l'activation des CDS et le remboursement de leurs pertes par les émetteurs de ceux-ci ; soit d'être remboursés par le gouvernement grec à la valeur nominale, si suffisamment d'autres investisseurs acceptent la décote qu'eux refusent, le "plan de sauvetage" fonctionnant alors. Dans les deux cas, un bénéfice substantiel est à la clé. Le risque qu'ils prennent est relativement mineur, car il faudrait pour qu'ils se pincent les doigts dans la porte que la loi grecque soit changée en urgence, vu qu'elle ne prévoit pas de clauses d'action collective (CAC) obligeant tous les investisseurs à appliquer les décisions prises par une majorité qualifiée d'entre eux.

 

La manoeuvre tombe sous le sens: les hedge funds se sont contentés de racheter à prix cassés les obligations détenues par des banques trop heureuses de s'en défaire, et prévoient de refuser la décote lors du remboursement du nominal. Comme celle-ci est "volontaire", les autorités n'ont pas le choix:

  • soit elles acceptent et remboursent effectivement l'intégralité de la somme due, permettant une grosse plus-value au détenteur de l'emprunt d'Etat ;
  • soit elles refusent, et nous sommes désormais officiellement en situation de défaut - plus de "décote volontaire" qui tienne. Les propriétaires des obligations sont donc en droit d'activer les assurances afférentes au prêt (les fameux CDS) et retrouvent encore leur mise.

C'est gagnant-gagnant - à supposer que personne ne manque d'argent pour payer toutes ces ardoises... Retenez donc la date du 20 mars!

Mais revenons en Europe pour conclure ce point de situation avec l'analyse d'Andreas Hoffert, chef économise de l'UBS, interviewé au journal de la TSR, sur la prétendue "bonne santé retrouvée" de la zone euro:

andreas_hoffert.jpg

Darius Rochebin - Andreas Hoffert, bonjour, vous êtes chef économiste de l'UBS... La grande différence, c'est l'Allemagne qui reste triple-A, la France dégradée, ça ce sera une dimension très importante.

Andreas Hoffert - Oui effectivement, ça à mon avis c'est la mauvaise nouvelle ; la dégradation de la France était prévue mais ce qui était moins prévu, c'est que l'Allemagne ne soit pas dégradée en même temps, donc M. Sarkozy ne pourra pas dire "c'est un problème européen", c'est effectivement un problème français.

DR - L'euro affaibli durablement?

AH - Oui, très certainement, parce que finalement il ne reste plus beaucoup de pays qui ont le triple-A. L'Autriche, probablement, va aussi perdre son triple-A [c'est chose acquise] donc il restera les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Allemagne et peut-être la Finlande.

DR - Le fameux fonds de solidarité européen pour aider les pays en difficultés, alors tout s'aggrave, aujourd'hui même les négociations sur la Grèce bloquent, et ce fonds, il est affaibli par la perte de la France?

AH - Tout à fait, ce fonds était financé en grande partie par l'Allemagne et la France, les deux plus grands contributeurs à ce fonds, et ce fonds profitait du triple-A de la France qu'elle n'a plus à partir de ce soir, et donc ce fonds sera aussi dégradé... Il faut retenir que c'est quand même le fonds qui est sensé sauver les pays faibles de l'Europe qui lui-même s'affaiblit maintenant.

DR - Expliquez-nous pour être très concret. Etre dégradé ça veut dire qu'on va payer sa dette plus cher, les taux d'intérêt montent?

AH - Théoriquement ça signifie cela, ce n'est pas nécéssairement le cas, on a vu par exemple aux Etats-Unis ça n'a pas été le cas, les Etats-Unis ont été dégradés l'année passée et néanmoins les taux d'intérêt ont plutôt eu tendance à baisser, mais dans le cas précis ce qui s'est passé c'est tout simplement que les marchés ont déjà anticipé cela et on a vu les taux d'intérêt français quand même flamber vis-à-vis des taux d'intérêt allemands, le différentiel est relativement important, il est de l'ordre d'à peu près 0.8 à 1%.

DR - Il y a des complotistes, notamment des gens très pro-européens qui disent, ce soir, "l'Europe commençait à aller mieux, voilà une agence de notation anglo-saxonne mal intentionnée qui tape sur la tête de l'Europe..."

AH - Euh non, l'Europe n'allait pas mieux du tout, j'entends, nous avons eu l'année passée cinq sommets de la dernière chance, trois plans de sauvetage pour définitivement sortir l'Europe de la crise, nous allons au devant d'un autre sommet et systématiquement rien n'a été fait pour calmer cette spirale qui est une spirale de la banqueroute.

 

L'année 2012 vient vraiment de commencer.

01 janvier 2012

Dette: demandez le programme 2012!

D'après un sondage disponible un temps sur le site de 24Heures, la crise de la dette publique semble avoir été l'événement le plus marquant de l'actualité économique de 2011 auprès du panel des personnes interrogées. Les choses ne sont pas près de changer en 2012, tel l'illustre ce mignon graphique du Spiegel représentant les dettes arrivant à maturation comme autant de bombes à retardement:

time-bombs.jpg
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Certes, l'illustration date un peu puisqu'elle mentionnait encore les renouvellement de dettes de décembre de l'année écoulée. Mais il n'y a pas de raison de s'arrêter au mois d'avril, ni de se limiter à cet échantillon. Un petit tour d'horizon des principaux pays de la zone euro permet de se faire une idée plus précise des défis à relever en 2012.

greece.gifGrèce: premier pays de la zone euro sous assistance internationale, la Grèce n'est plus en mesure d'emprunter sur les marchés financiers, sauf pour quelques opérations de très court terme (3 mois) et pour des montants modestes. A titre indicatif, le marché évalue les taux grecs à 10 ans à 35%... Selon l'analyse de Natixis, le pays ne devrait pas être capable d'emprunter "normalement" sur le marché financier avant 2020 au moins. Pour ses émissions obligataires, le pays se tourne vers la ligne de crédit dont il dispose auprès du Fonds Européen de Stabilité Financière et l'aide de 200 milliards d'euros à sa disposition - tant que dure ce fonds, bien entendu.

portugal.gifPortugal: Le Trésor portugais est lui aussi hors circuit. S'il a levé encore 12 milliards d'euros en 2011, il n'a plus accès désormais qu'aux 78 milliards d'euros mis à disposition par le reste de la zone euro pour tenter de juguler la crise. Les obligations d'Etat portugaises à 10 ans sont frappées d'un taux d'intérêt à 13%, totalement ruineux.

ireland.gifIrlande: troisième pays de la zone euro bénéficiant d'un plan de soutien, Dublin n'a plus accès au marché obligataire et doit puiser dans les 85 milliards d'euros qui lui sont réservés par le plan d'aide internationale. Si l'Irlande est globalement moins mal lotie que les deux pays précédents - le pays est victime de la chute et du renflouement public de son secteur bancaire, pas d'un secteur public hypertrophié - les taux d'intérêt sont pour l'instant impraticables, autour de 8%. Des trois pays sous assistance financière, l'Irlande est celui qui aura vraisemblablement le moins de mal à revenir au marché.

germany.gifAllemagne: la dette allemande est gérée par la Finanzagentur, qui a levé 275 milliards en 2011, dont 180 en obligations de moyen et long terme. Les objectifs de Berlin sont de lever 170 milliards d'euros en 2012: moins que l'année précédente, et à un prix plus attractif compte tenu de l'évolution favorable des taux d'intérêt allemands, inférieurs à 2% pour 10 ans.

Mais tout n'est pas rose au pays d'Angela. Les risques autour de la note triple-A allemande et l'exposition à la crise de la dette publique du secteur financier et de l'Etat allemand au travers de ses participations font planer de nombreuses incertitudes sur l'état réel des finances du pays.

netherlands.gifPays-Bas: les Pays-Bas visent l'emprunt de 99.6 milliards en 2011, après avoir levé 50 milliards d'euros sur le marché obligataire.

Avec un taux d'intérêt à dix ans à 2.1% pour l'instant, l'Agence néerlandaise du Trésor n'a pas trop de soucis à se faire, le pays se situant clairement dans la partie fiable de la zone euro.

belgium.gifBelgique: tout en ayant traversé 2011 sans gouvernement, le Trésor belge a réussi à emprunter 39 milliards d'euros sur l'année. 2012 s'annonce moins faste puisque les emprunts prévus se montent à 26 milliards seulement, soit deux tiers. Néanmoins, les rendements de l'OLO belge à dix ans tournent autour de 4%, nettement plus haut que les pays de la zone euro jugés fiables. Le taux a même connu un pic à 5.8% fin novembre - la Belgique n'est pas à l'abri d'une hausse rapide et dangereuse de ses conditions d'emprunt.

france.gifFrance: la dette française est gérée par L'Agence France Trésor, qui prévoit de lever 178 milliards d'euros d'obligations à moyen ou long terme en 2012. La France doit financer un déficit budgétaire de 78.7 milliards d'euros et rembourser pour 97.9 milliards d'euros de dette à moyen terme. Elle avait en 2011 un programme de financement de 184 milliards d'euros.

Le rendement des Obligations à Terme françaises à dix ans tourne autour de 3.1%, mais ce chiffre pourrait évoluer fortement une fois que la tragi-comédie autour du triple A français sera officiellement achevée, probablement assez tôt dans l'année. Les élections présidentielles sont un autre facteur d'incertitude, vu le poids de cette fonction au sein des institutions du pays, et sachant qu'aucun des favoris en lice ne semble avoir la carrure ou la volonté d'assainir les dépenses publiques de façon crédible.

spain.gifEspagne: le pays venant de changer de gouvernement, le programme 2012 des emprunts n'est pas encore connu. Les analystes financiers l'estiment à 120 milliards, supérieurs aux 94 milliards de 2011. Le coût de la dette espagnole pourrait exploser, le rendement du Bono espagnol à 10 ans dépassant les 5%. L'Espagne est dans une situation vulnérable, sujette au moindre souffle de panique sur les marchés, sans compter que les collectivités publiques régionales sont elles-mêmes au plus mal. L'année 2012 aura vraiment valeur de test pour l'Espagne.

italy.gifItalie: le Trésor italien a émis 430 milliards d'euros de dette en 2011. Il compte reconduire la mise en 2012 avec des estimations tournant autour de 440 milliards (tous termes confondus). Selon le quotidien Corriere della Sera, l'Italie devra trouver 450 milliards d'euros en 2012. Quelles que soient les estimations - on n'est plus à quelques milliards près - la moitié des besoins italiens devront être couverts durant les quatre premiers mois de l'année, ce qui sera un véritable défi.

Le BTP italien affiche un taux d'intérêt à 10 ans de 7%, ce qui n'est guère soutenable. Plus intéressant, l'Italie est le seul pays de la zone euro à avoir procédé à une émission obligataire à la fin décembre 2011. Si l'opération a immanquablement été saluée comme un succès, ce "succès" laisse augurer d'un avenir bien sombre pour la péninsule italienne: si le taux à dix ans s'inscrit à 6.98%, celui à trois ans atteint encore 5.62%, ce qui est très élevé. On a beau se féliciter qu'il soit en baisse, avec ce que Rome se prépare à drainer au premier trimestre 2012, on sera très vite fixé sur la soutenabilité des 1'900 milliards d'euros de dette italienne sur le long terme.

Les pays de la zone euro devraient lever un total de 800 milliards de nouveaux emprunts en 2012 pour renouveler leurs obligations arrivant à échéance. Ces taux sont-ils praticables? Leur analyse sera l'objet d'un prochain billet.

En attendant, 2012 - que je vous souhaite excellente - va être une grande et longue année pour la crise de la dette publique.