16 mars 2016

Ce sera Donald Trump

La victoire de Donald Trump en Floride met probablement un terme au suspense des primaires républicaines. En emportant en mode winner take all les 99 grands électeurs associés à cet État de 20 millions d'habitants, M. Trump prend une telle longueur d'avance dans la course à l'investiture qu'il ne peut plus guère être rejoint.

Marco Rubio a d'ores et déjà jeté l'éponge.

Les derniers développements

usa,donald trump,électionsIl faut prendre la mesure de la Floride pour comprendre la victoire que Trump vient de remporter. Marco Rubio était celui qu'on tentait de présenter comme une alternative. Bien que Républicain et proche de la tendance Tea Party, Marco Rubio était récemment devenu la coqueluche des médias, ces derniers, il faut bien le dire, ayant largement épuisé le filon des nouveaux poulains à mettre sous le feu des projecteurs.

Marco Rubio est en Floride. D'origine cubaine, il est hispanique comme 20% des habitants de L’État. Il a été élu en novembre 2010 pour représenter l’État en question dans la Chambre du Sénat à Washington, ce qui donne une idée de sa popularité locale dans ce swing state - un état qui vote tantôt à gauche, tantôt à droite, marque de nombreux électeurs en théorie modérés et centristes. En début de campagne, Marco Rubio était soutenu par de nombreux supporters simplement parce qu'il "devait" logiquement remporter la Floride et qu'on n'a jamais vu homme politique remporter la présidentielle sans obtenir le soutien de cet État-clé.

Cela n'a pas suffit contre la tornade Trump. Non seulement ce dernier l'emporte, mais en plus, il l'emporte largement: 46% contre 27% pour Rubio. Trump l'emporte également en Caroline du Nord, en Illinois et au Missouri, quoique d'une courte tête face à Ted Cruz. Dans ce nouveau "super-mardi", seul John Kasich tire son épingle du jeu en arrachant l'Ohio - dont il est gouverneur - et ses 66 délégués. Mais même si les médias s'enflamment soudainement pour un n-ième candidat forcément plus fréquentable que Trump, cette victoire survient bien trop tard dans la campagne pour changer significativement les choses.

Le front des primaires républicaines s'est singulièrement éclairci. Seuls trois candidats restent en lice: Donald Trump, Ted Cruz et John Kasich. Au lendemain d'une victoire symbolique, ce dernier ne peut décemment pas se retirer tout de suite, mais son retrait paraît inévitable. Seul Ted Cruz semble pouvoir faire illusion encore quelques temps, même s'il vient de se faire étriller mardi en ne remportant pas le moindre État.

Trump, cet inconnu méprisable

En Europe, il est pratiquement impossible d'avoir la moindre information non biaisée sur Donald Trump. Le niveau de condescendance et de mépris est si proche de l'hystérie que le soutien - en masse! - des Américains à cet individu semble totalement incompréhensible, comme s'ils avaient été saisis d'une sorte de délire collectif. Il y a pourtant bien des raisons à sa popularité.

Certes, Trump dynamite le politiquement correct. Certes, un Trump européen est juste impensable - il aurait tôt fait de croupir en prison sur ce continent, condamné grâce à nos vigoureuses lois sur la "liberté d'expression". Mais Trump est un communicateur expert en accord avec son époque et ses moyens de communication, la télévision bien sûr, mais aussi Internet, ses réseaux sociaux et Twitter. Il en maîtrise les moindres ficelles.

De plus, et contrairement aux propos tenus par nombre de nos éditorialistes, il n'est ni superficiel, ni stupide. C'est sans doute ce qui fait le plus peur aux élites des deux côtés de l'Atlantique. Orgueilleux sans doute mais réel entrepreneur, il connaît le monde des affaires comme personne et porte un jugement sans appel sur la veulerie et la corruption de la classe politique - y compris celle de Mme Clinton.

Le canal TVLibertés fait œuvre de salubrité dans le débat en publiant mardi une vidéo des nombreux discours de campagne de Donald Trump depuis l'annonce de sa course à l'investiture. La séquence de 25 minutes représente un effort méritoire pour comprendre le point de vue authentique de M. Trump sur un certain nombre de sujets - l'immigration, la classe politique corrompue, l'interventionnisme militaire, la diplomatie - et ce qu'il espère accomplir à travers une présidence des États-Unis.

Si vous voulez avoir une idée objective de ce souhaite Trump plutôt que de vous contenter de la bouillie indigeste de propagande servie matin, midi et soir par absolument tous les journalistes, alors prenez le temps d'examiner cette vidéo sous-titrée en français.

M. Trump pourrait bien être le prochain président des États-Unis, cela vaut la peine de chercher un peu à comprendre son point de vue!

Panique républicaine

Trump représente un coup de poing contre le système, les élites, les lobbies, l'immobilisme, le trafic d'influence - tout ce qu'incarne Hillary Clinton. Ce rejet n'est pas limité au camp républicain. Ce n'est donc pas pour rien que celle-ci doit faire face à une autre révolte, à sa gauche cette fois-ci, par le biais de Bernie Sanders. Mais la plus grande menace sur la candidature de Donald Trump ne vient pas du camp démocrate.

usa,donald trump,électionsParce qu'il ne fait pas partie de l'appareil politique, parce qu'il n'a aucun respect pour les lobbies et connaît tous les rouages de la corruption politique pour s'y être adonné lui-même pendant des années en tant qu'entrepreneur immobilier, Donald Trump suscite une véritable terreur au sein des politiciens de carrière du Parti Républicain.

Officiellement bien sûr il s'agit simplement de trouver un "meilleur candidat", c'est-à-dire quelqu'un de plus "consensuel", pour "préserver les chances du camp républicain face à Mme Clinton". Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

L'explication, cousue de fil blanc, repose sur des sondages qui accréditeraient une victoire probable d'Hillary Clinton en novembre dans un duel Clinton-Trump pour la présidence. Mais que valent ces sondages à huit mois du scrutin? La véritable campagne n'a même pas encore commencé. Lorsque Trump s'attaquera à Hillary Clinton, mieux vaudra ne pas traîner dans les parages. Quant aux sondages, si quelqu'un les a bien fait mentir jusqu'ici, c'est le bouillant homme d'affaire. Après tant de débats qui montrèrent la capacité de chacun, on voit mal comment John Kasich ou Ted Cruz, malgré leur qualités respectives, pourraient mieux galvaniser des Américains largement désabusés de la politique.

Car la force de Trump est là: il mobilise hors des cercles politiques établis, chez des gens qui ne votent pas habituellement, dont de nombreux dégoûtés du Hope and Change fallacieux servi par Obama. Des Américains normaux écœurés de l'immobilisme de Washington et de la crise économique dans laquelle ils se débattent depuis des années.

Trump est haï de l'establishment non seulement parce qu'il menace les élites et un bipartisme parfaitement artificiel, mais aussi parce qu'il semble désormais en mesure de l'emporter. La crainte qu'il inspire croît avec chaque nouveau délégué arraché pour la Convention républicaine. L'amusement des débuts a cédé la place à l'incrédulité, puis à l'inquiétude, puis à la panique.

À ce stade, il n'est pas exclu que certains pontes républicains franchissent le Rubicon et appellent carrément à soutenir Mme Clinton. Nous verrons s'ils osent aller jusque là.