06 août 2016

Donald Trump, éternelle cible

Quiconque lisant les médias au sujet Donald Trump finira immanquablement par arriver à l'une de ces deux conclusions:

  • Donald Trump est, au minimum, l'antéchrist. L'individu est cinglé, idiot, malhonnête et il s'agit là des qualificatifs les plus présentables. Son élection comme représentant du Parti Républicain est invraisemblable, inexplicable, et n'illustre rien d'autre que la stupidité intrinsèque des électeurs américains de droite, et par extension de tous ces fous d'Américains.
  • Donald Trump est la cible d'une campagne de calomnie absolument sans précédent. Dans un mélange de haine et de terreur, les médias travaillent d'arrache-pied à le démolir, fouillant dans ses poubelles et montant en épingle la moindre anecdote pour nuire au personnage ou à sa famille. Dans l'affrontement entre Clinton et Trump, toute déontologie a été jetée par-dessus bord et les rédactions travaillent ouvertement au succès de la candidate démocrate.

Le biais anti-Trump recopié par nos médias locaux avec un empressement servile trouve sa source outre-Atlantique. Le phénomène est si marqué qu'un éditorialiste poussa le bouchon jusqu'à la caricature, évoquant le candidat aux présidentielles comme "La Créature Démoniaque Surgie des Profondeurs de l'Enfer". Tout le monde comprit l'allusion.

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Plutôt que de s'acharner sur Donald Trump, les médias auraient pourtant de nombreux dossiers à traiter en examinant plus sérieusement les agissements récents de l'administration démocrate au pouvoir. Sous la férule de Barack Obama, l'homme qui décrète qui est qualifié pour être président, les États-Unis viennent de verser 400 millions de dollars en argent liquide étranger (Euro et Francs suisses, excusez du peu) à l'Iran pour la libération de quatre otages américains retenus là-bas.

Sur la fin de son mandat, le président américain ment désormais sans retenue, expliquant avec condescendance que les USA ne versent "jamais" de rançon. Mais le porte-parole de la Maison Blanche refusa de répondre à une simple question, à savoir, l'avion rapatriant les otages décolla-t-il de Téhéran avant l'atterrissage de celui transportant les millions? S'il eut été souhaitable d'obtenir ce détail de la bouche d'un officiel, la vérité est connue. Avant de pouvoir décoller, les otages attendirent sur le tarmac des heures durant que l'argent arrive. Rien à voir avec une rançon, n'est-ce pas!

Toujours sur l'Iran, nous apprenons via l'agence de presse AP que l'accord visant à limiter les capacités d'enrichissement nucléaire n'empêche en réalité rien du tout. Le deal largement négocié par la précédente Secrétaire d’État aux affaires étrangères, Mme Clinton, permettra au pays de disposer dans moins de dix ans, en toute légalité, de centrifugeuses tellement puissantes que l'intervalle entre une décision d'enrichissement militaire et l'obtention d'une bombe nucléaire se réduira à quelques mois.

Hillary Clinton est aussi impliquée dans la direction de Lafarge, une société industrielle française qui versa de l'argent à l’État Islamique et acheta vraisemblablement de son pétrole. La relation entre Mme Clinton et Lafarge, régulière donatrice à la Fondation Clinton, est une vieille histoire ; dans les années 80 déjà, la firme offrait un emploi à la politicienne au moment même où la CIA s'en servait comme couverture pour exporter des armes à un certain Saddam Hussein, nous apprend Wikileaks.

usa,médias,donald trump,hillary clinton,obama,manoeuvres politiques,iranLa bonne vieille guerre d'Irak fait d'ailleurs un retour sur le devant de la scène avec une des dernières anecdotes montées en épingle par les médias sur Donald Trump, la fameuse affaire de la famille du vétéran. Pendant la Convention Démocrate noyautée par Hillary, la parole fut donnée à un certain Khizr Khan, père d'un soldat mort en Irak.

Appuyé en silence par son épouse voilée ("celle-ci doit selon l'islam obtenir l'autorisation de son mari pour s'exprimer", rappela Trump), Khan brandit un exemplaire de la Constitution et attaqua violemment M. Trump en affirmant qu'il ne l'avait jamais lue ni "consenti de sacrifice", et invita finalement tous les américains d'origine immigrée à voter en faveur d'Hillary Clinton.

Les médias s'empressèrent d'appuyer les propos de M. Khan et de l'inviter sur les plateaux de télévision. Eussent-ils fait preuve d'un zeste d'esprit critique, ils auraient pu relativiser son intervention:

  • Le fils de M. Khan, Humayun, était majeur en s'engageant dans l'armée. Le choix d'aller en Irak était sa décision propre, non celle de sa famille. Khizr Khan le soutenait-il? Rien n'est moins sûr, et Humayun n'est évidemment plus là pour en témoigner. Le terme de "sacrifice" implique que les parents auraient appuyé le choix de leur fils de s'engager, mais ne correspond guère aux propos tenus.
  • L'intervention américaine en Irak en 2003 a été formellement approuvée par un vote de Mme Clinton. A l'inverse, M. Trump s'est plusieurs fois distancié de cette décision. Il est d'ailleurs proprement hallucinant de voir tous les médias hurlant continuellement contre la guerre en Irak devenir si subitement silencieux maintenant que cet aspect est devenu gênant pour la candidate démocrate.

"À chaque fois que le président juge que l’entrée de n’importe quel étranger ou de n’importe quelle classe d’étranger aux États-Unis serait au détriment des intérêts des États-Unis, il peut par proclamation, et pour la période qu’il jugera nécessaire, suspendre l’entrée de tout étranger ou de toute classe d’étranger comme immigrants ou non-immigrants, ou imposer sur l’entrée des étrangers toute restriction qu’il pourra juger appropriée."


Depuis, un portrait un peu plus complexe émerge: des gens ont naturellement commencé à s'intéresser à Khizr Khan, et découvert que celui-ci avait un cabinet de conseil juridique tirant directement profit de l'immigration musulmane à destination des États-Unis. Mieux encore, cette immigration se faisait au travers du programme EB-5, lourdement critiqué par des membres du Congrès et des services de renseignement comme une faille permettant l'exportation de technologie sensible, d'espionnage économique, et son détournement par des agents de gouvernements étrangers et des terroristes... Lorsque ces premiers éléments commencèrent à émerger, M. Khan mit rapidement son site hors-ligne.

Il y aurait donc beaucoup à dire et à creuser sur ce qui se passe dans le camp démocrate, du côté d'Hillary Clinton et de la Maison-Blanche, avec de vrais scandales à la clef. Mais les journalistes d'investigation travaillent exclusivement à charge contre Donald Trump. Les médias ne mettent donc en première page que les piètres morceaux qu'ils parviennent à dénicher: quelques phrases du discours de la Première Dame inspirées d'un autre écrit huit ans auparavant, ou un éventuel permis de travail dont elle se serait passée il y a 21 ans, en attendant un prochain "article de fond" sur des amendes de stationnement...

Évidemment, les Américains ne sont pas dupes. La popularité continue de Donald Trump est aussi la marque de la perte d'influence des médias traditionnels en faveur d'Internet où toutes ces informations se diffusent bien plus librement, et c'est le principal enseignement à tirer de cette campagne.

Les journalistes de presse et de télévision ont beau crier leur haine du candidat républicain, qui les écoute encore? En Amérique, plus grand-monde.

16 mars 2016

Ce sera Donald Trump

La victoire de Donald Trump en Floride met probablement un terme au suspense des primaires républicaines. En emportant en mode winner take all les 99 grands électeurs associés à cet État de 20 millions d'habitants, M. Trump prend une telle longueur d'avance dans la course à l'investiture qu'il ne peut plus guère être rejoint.

Marco Rubio a d'ores et déjà jeté l'éponge.

Les derniers développements

usa,donald trump,électionsIl faut prendre la mesure de la Floride pour comprendre la victoire que Trump vient de remporter. Marco Rubio était celui qu'on tentait de présenter comme une alternative. Bien que Républicain et proche de la tendance Tea Party, Marco Rubio était récemment devenu la coqueluche des médias, ces derniers, il faut bien le dire, ayant largement épuisé le filon des nouveaux poulains à mettre sous le feu des projecteurs.

Marco Rubio est en Floride. D'origine cubaine, il est hispanique comme 20% des habitants de L’État. Il a été élu en novembre 2010 pour représenter l’État en question dans la Chambre du Sénat à Washington, ce qui donne une idée de sa popularité locale dans ce swing state - un état qui vote tantôt à gauche, tantôt à droite, marque de nombreux électeurs en théorie modérés et centristes. En début de campagne, Marco Rubio était soutenu par de nombreux supporters simplement parce qu'il "devait" logiquement remporter la Floride et qu'on n'a jamais vu homme politique remporter la présidentielle sans obtenir le soutien de cet État-clé.

Cela n'a pas suffit contre la tornade Trump. Non seulement ce dernier l'emporte, mais en plus, il l'emporte largement: 46% contre 27% pour Rubio. Trump l'emporte également en Caroline du Nord, en Illinois et au Missouri, quoique d'une courte tête face à Ted Cruz. Dans ce nouveau "super-mardi", seul John Kasich tire son épingle du jeu en arrachant l'Ohio - dont il est gouverneur - et ses 66 délégués. Mais même si les médias s'enflamment soudainement pour un n-ième candidat forcément plus fréquentable que Trump, cette victoire survient bien trop tard dans la campagne pour changer significativement les choses.

Le front des primaires républicaines s'est singulièrement éclairci. Seuls trois candidats restent en lice: Donald Trump, Ted Cruz et John Kasich. Au lendemain d'une victoire symbolique, ce dernier ne peut décemment pas se retirer tout de suite, mais son retrait paraît inévitable. Seul Ted Cruz semble pouvoir faire illusion encore quelques temps, même s'il vient de se faire étriller mardi en ne remportant pas le moindre État.

Trump, cet inconnu méprisable

En Europe, il est pratiquement impossible d'avoir la moindre information non biaisée sur Donald Trump. Le niveau de condescendance et de mépris est si proche de l'hystérie que le soutien - en masse! - des Américains à cet individu semble totalement incompréhensible, comme s'ils avaient été saisis d'une sorte de délire collectif. Il y a pourtant bien des raisons à sa popularité.

Certes, Trump dynamite le politiquement correct. Certes, un Trump européen est juste impensable - il aurait tôt fait de croupir en prison sur ce continent, condamné grâce à nos vigoureuses lois sur la "liberté d'expression". Mais Trump est un communicateur expert en accord avec son époque et ses moyens de communication, la télévision bien sûr, mais aussi Internet, ses réseaux sociaux et Twitter. Il en maîtrise les moindres ficelles.

De plus, et contrairement aux propos tenus par nombre de nos éditorialistes, il n'est ni superficiel, ni stupide. C'est sans doute ce qui fait le plus peur aux élites des deux côtés de l'Atlantique. Orgueilleux sans doute mais réel entrepreneur, il connaît le monde des affaires comme personne et porte un jugement sans appel sur la veulerie et la corruption de la classe politique - y compris celle de Mme Clinton.

Le canal TVLibertés fait œuvre de salubrité dans le débat en publiant mardi une vidéo des nombreux discours de campagne de Donald Trump depuis l'annonce de sa course à l'investiture. La séquence de 25 minutes représente un effort méritoire pour comprendre le point de vue authentique de M. Trump sur un certain nombre de sujets - l'immigration, la classe politique corrompue, l'interventionnisme militaire, la diplomatie - et ce qu'il espère accomplir à travers une présidence des États-Unis.

Si vous voulez avoir une idée objective de ce souhaite Trump plutôt que de vous contenter de la bouillie indigeste de propagande servie matin, midi et soir par absolument tous les journalistes, alors prenez le temps d'examiner cette vidéo sous-titrée en français.

M. Trump pourrait bien être le prochain président des États-Unis, cela vaut la peine de chercher un peu à comprendre son point de vue!

Panique républicaine

Trump représente un coup de poing contre le système, les élites, les lobbies, l'immobilisme, le trafic d'influence - tout ce qu'incarne Hillary Clinton. Ce rejet n'est pas limité au camp républicain. Ce n'est donc pas pour rien que celle-ci doit faire face à une autre révolte, à sa gauche cette fois-ci, par le biais de Bernie Sanders. Mais la plus grande menace sur la candidature de Donald Trump ne vient pas du camp démocrate.

usa,donald trump,électionsParce qu'il ne fait pas partie de l'appareil politique, parce qu'il n'a aucun respect pour les lobbies et connaît tous les rouages de la corruption politique pour s'y être adonné lui-même pendant des années en tant qu'entrepreneur immobilier, Donald Trump suscite une véritable terreur au sein des politiciens de carrière du Parti Républicain.

Officiellement bien sûr il s'agit simplement de trouver un "meilleur candidat", c'est-à-dire quelqu'un de plus "consensuel", pour "préserver les chances du camp républicain face à Mme Clinton". Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

L'explication, cousue de fil blanc, repose sur des sondages qui accréditeraient une victoire probable d'Hillary Clinton en novembre dans un duel Clinton-Trump pour la présidence. Mais que valent ces sondages à huit mois du scrutin? La véritable campagne n'a même pas encore commencé. Lorsque Trump s'attaquera à Hillary Clinton, mieux vaudra ne pas traîner dans les parages. Quant aux sondages, si quelqu'un les a bien fait mentir jusqu'ici, c'est le bouillant homme d'affaire. Après tant de débats qui montrèrent la capacité de chacun, on voit mal comment John Kasich ou Ted Cruz, malgré leur qualités respectives, pourraient mieux galvaniser des Américains largement désabusés de la politique.

Car la force de Trump est là: il mobilise hors des cercles politiques établis, chez des gens qui ne votent pas habituellement, dont de nombreux dégoûtés du Hope and Change fallacieux servi par Obama. Des Américains normaux écœurés de l'immobilisme de Washington et de la crise économique dans laquelle ils se débattent depuis des années.

Trump est haï de l'establishment non seulement parce qu'il menace les élites et un bipartisme parfaitement artificiel, mais aussi parce qu'il semble désormais en mesure de l'emporter. La crainte qu'il inspire croît avec chaque nouveau délégué arraché pour la Convention républicaine. L'amusement des débuts a cédé la place à l'incrédulité, puis à l'inquiétude, puis à la panique.

À ce stade, il n'est pas exclu que certains pontes républicains franchissent le Rubicon et appellent carrément à soutenir Mme Clinton. Nous verrons s'ils osent aller jusque là.