25 novembre 2010

Coups de Semonce sur l'Euro

Le rythme des mauvaises nouvelles en provenance de la zone Euro s'accélère. On n'en est plus à dénigrer des Grecs dépensiers ou des Irlandais essayant tant bien que mal de sauver leur secteur bancaire sans convaincre, car ils ne sont plus seuls:

De leur côté, les autres pays fragiles de la zone euro étaient également en difficultés, gagnés par la contagion, avec notamment le Portugal et l’Espagne qui inquiètent le plus. Les taux espagnols à 10 ans s’inscrivaient à 5,190% contre 5,064% mercredi soir, après avoir dépassé la veille les 5% pour la première fois depuis 2002. Quant aux taux portugais, ils évoluaient également au plus haut à 7,020% contre 7,016% la veille.

 

europe-flags_1480541c.jpgL'inquiétude ne porte pas que sur le long terme; le taux des emprunts espagnols à court terme augmente d'un coup. De même, l'incendie ne se limite pas non plus à la périphérie de l'Euroland et aux vilains PIIGS. Le coeur de la zone est touché, c'est-à-dire l'Allemagne et la France. Ainsi, la France doit trouver des solutions improvisées pour payer ses fonctionnaires pour ce mois de décembre:

On pensait que cela ne pouvait arriver que dans les pays les plus en difficultés de l'Union européenne [comme si la France n'en faisait pas partie!]. Mais c'est bien l'Etat français qui rencontrerait des difficultés à payer ses fonctionnaires en décembre. La commission des Finances du Sénat s'inquiète dans un communiqué de ce que Bercy cherche 930 millions d'euros pour régler ses factures de personnel à la fin de l'année. Huit ministères sont concernés, dont l'Éducation nationale, la Défense et le Budget.

 

Huit ministères ça semble beaucoup, mais la France est richement dotée en ministères. L'explication avancée fait sourire: le Sénat dénonce des "surcoûts associés à des mesures catégorielles dont la multiplicité conduit à douter de la consistance réelle des efforts de maîtrise de la masse salariale de l’État". Que de termes polis pour dénoncer une abondance de primes de fin d'années s'accommodant bien mal à la rigueur ambiante! Mais ce ne sont que des péripéties; d'ailleurs, dès qu'on manque d'argent on en trouve:

Pas d'inquiétude, les salariés de l'Etat seront payés. L'Etat va ouvrir «en urgence» des «autorisations d'engagement» à hauteur de 1,39 milliard d'euros et des crédits de paiement pour 1,14 milliard, expliquent les sénateurs dans un communiqué, «dont 930 millions d'euros seront destinés à couvrir des dépenses de personnel». Ces dépenses seront compensées par des annulations de crédits dans d'autres postes du Budget et n'aggravent donc pas le déficit, précise la commission des Finances du Sénat.

 

Tout va hyper bien, donc. C'est à se demander comment on arrive à dégotter un ou deux milliards d'euros sans toucher à rien, mais je digresse... Pas très loin, de l'autre côté du Rhin, l'Allemagne est elle aussi à la peine:

Dans le contexte actuellement très troublé pour les marchés de dettes européens, même Berlin éprouve des difficultés à se refinancer. Le Trésor allemand avait prévu mercredi d'emprunter 6 milliards à dix ans. Mais les Bunds, pourtant considérés comme les emprunts les plus solides de la zone euro, n'ont pas réussi à séduire: la demande s'est élevée à 5,67 milliards d'euros, et 4,76 milliards ont été alloués. C'est la quatrième fois cette année, sur 69 émissions menées jusqu'à maintenant, que les demandes ressortent inférieures à l'offre, a expliqué à l'AFP Jörg Müller, porte-parole de l'Agence financière, qui gère la dette allemande.

 

Même si une souscription n'est pas pleinement remplie (ce qui constitue un très mauvais signe par les temps qui courent) il suffit de jouer sur la trésorerie et de souscrire un peu plus la prochaine fois pour espérer retomber sur ses pieds.

Pas de panique à Berlin non plus donc. Il est encore trop tôt.

En réalité, la zone euro est aux prémisses d'une crise qui la fera éclater. L'Euro a permis aux Etats les plus lourdement endettés de l'Euroland de vivre en déficit à bon compte pendant une période beaucoup trop longue, en étant les passagers clandestins d'une monnaie unique dont la seule force tenait à la signature allemande. Alors que leur endettement augmentait démesurément, les taux baissaient en parallèle et la dette restait "indolore". Ce n'est plus le cas aujourd'hui, parce que les taux peuvent difficilement descendre plus bas, que la crise a encore plus creusé les déficits et que les prêteurs se méfient.

Pour d'autres pays dont la dette n'est pas le premier souci, comme l'Espagne, l'Euro a été désastreux par son taux d'intérêt inadapté à l'économie locale. Trop bas, il a rendu trop aisé l'accès à l'emprunt, poussant l'économie dans des investissements non rentables mais donnant l'illusion de l'être - la bulle immobilière en étant l'illustration la plus aboutie.

Pour l'Allemagne et sa croissance atone, engluée dans des politiques socio-démocrates, le taux d'intérêt de la BCE était au contraire trop élevé, poussant l'économie à chercher de la rentabilité à l'extérieur du pays à travers l'exportation.

"Tous ne mouraient pas mais tous étaient frappés" écrivait Jean de la Fontaine dans la fable des Animaux malades de la peste, une situation brillamment démontrée dans L'Etat est mort, Vive l'Etat, le livre de Charles Gave.

dominos-falling.jpgAujourd'hui, les métaphores à base dominos ont le vent en poupe. L'Euroland s'effondre par la périphérie. Le parallèle a ses limites, chaque pays de l'Euroland s'effondrant pour des raisons qui lui sont propres. Si l'Irlande tombe, ce n'est pas la faute de la Grèce. Si le Portugal tombe, ce n'est pas la faute de l'Irlande, à l'inverse de ce que sous-entendent certains analystes. Chaque Etat de l'Euroland ne doit pas chercher à l'extérieur les raisons de ce qui lui arrive. S'ils tombent les uns après les autres, c'est simplement à cause d'une crise de confiance généralisée où les créanciers potentiels commencent - enfin! - à examiner de plus près les bons d'Etat qu'on leur propose. Les causes varient localement mais les symptômes sont les mêmes au bout du compte, une hausse insoutenable des taux d'intérêts réels.

D'ici peu, lorsque les montants réunis pour le fonds européen de stabilité financière seront épuisés, chacun verra que les investisseurs ont cessé pour de bon d'acheter des dettes européennes à des prix praticables. Les cris de triple A des agences de notation - "allez-y, c'est sans danger!" - n'y changeront rien. C'est à ce moment-là que les choses sérieuses commenceront.

Qui paie ses dettes s'enrichit, dit le proverbe. Or, pour payer ses dettes, il faut commencer par dégager un excédent de trésorerie, c'est à dire un bénéfice, peu importe qu'il soit libellé en pourcentage du PIB ou pas. Tant que vous ne verrez pas un pays dégager des excédents budgétaires lui permettant de réduire sa dette nette, sachez-le, quoi qu'en disent les politiciens prêt à tous les mensonges pour finir leur mandat dans le calme, l'Europe ne sera pas sortie de la crise.

20 novembre 2010

Sous-Marins, Dictateurs et tutti quanti

Un "sous-marin", c'est ainsi que Géraldine Savary évoque l'arrivée de Christoph Blocher au sein de la Basler Zeitung, engagé comme "expert" pour redresser la situation désastreuse du journal bâlois. Et de se lancer dans une tirade sur les dangers d'un journalisme acquis à une cause politique portant menace à notre démocratie, Blocher-Dassaut-Sarkozy-Berlusconi même combat. Rien que ça.

Je n'ai rien contre ce genre de posture, on sait très bien que le journalisme professionnel ne saurait qu'être orienté à gauche. Le journaliste de droite est un Dahu médiatique. Mais tout de même, lire ce genre de "craintes" de la main de Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste et disposant de sa tribune libre dans les colonnes du Matin, cela prête à sourire. A sous-marin, sous-marin et demi... Oh, et un autre sujet sur le même thème. Peut-être pour le prochain billet de Mme Savary?

kada.pngCachez ce Dictateur que je ne saurais voir, pourrait dire le Conseil Fédéral. Encore plus prude que la FCC américaine face à un sein de Janet Jackson, le Ministère Public de la Confédération a décidé d'assigner Eric Stauffer en justice. Sa faute? Avoir placé sur des affiches du MCG une photo de Muammar Kadhafi avec le texte suivant: "Il veut détruire la Suisse". La photo n'était pas trafiquée, le texte se référait à une déclaration en ce sens du leader de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste devant l'ONU (on a vu mieux question discrétion) et le peuple genevois, fort sensible, a été heureusement privé du spectacle: l'affiche a été caviardée (découpée) avant son affichage. Il n'y a donc pas grand-chose dans le dossier, à part une publicité gratuite et une tribune pour le MCG, comme d'habitude. Mais M. Stauffer est tout de même menacé de trois ans de prison!

Et Yves Nidegger, conseiller national UDC de Genève de résumer ce qui va se passer: "En faisant du foin autour de cette affiche, le gouvernement genevois n’a fait que donner des arguments supplémentaires aux Libyens qui sont déjà assez créatifs. La procédure va probablement échouer. Je ne vois pas en quoi l’affiche est outrageante. Stauffer ne sera pas condamné. Et cela fournira des arguments à la Libye pour dire que la justice suisse méprise la Libye. Tout ceci est tellement prévisible." L'analyse me paraît juste.

Eh oui, quand on joue les censeurs, on se retrouve souvent ridiculisé. Mais le Conseil Fédéral n'avait peut-être pas encore subit assez d'outrages de la Libye? Pas sûr qu'il comprenne cette fois encore.

L'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers pourrait franchir la barre et cela crée la panique. Un dernier sondage la crédite le Oui de 54% des suffrages: à un jet de pierre de la votation, rien n'est joué ni dans un sens ni dans l'autre. Les médias font donc feu de tout bois et grillent leurs dernières cartouches. Le Temps livre une analyse sociologique qui essaye, sans réussir, de faire passer les partisans du renvoi pour des gros abrutis incultes; mais, hélas, il ne trouve pas de corrélation significative entre le soutien à l'initiative et la présence (ou plutôt l'absence) de livres à la maison. Pourtant, on sait bien que les membres de l'UDC savent à peine lire et écrire, n'est-ce pas! Sans doute les 39% de Verts et 38% de socialistes d'accord avec l'idée d'expulser les étrangers qui commettent des crimes graves font-ils monter la moyenne...

Pendant ce temps, en Europe, l'Irlande continue à crier que tout va bien mais commence à souffrir d'une extinction de voix. Et l'Europe d'une extinction de fonds, en même temps. En cas de "contagion" dans le reste de la zone euro - un scénario très vraisemblable - "les 750 milliards du fonds de stabilisation européen et du FMI ne suffiront plus", souligne Bruno Jacquier, économiste à la Banque Privée Edmond de Rothschild. Pour la zone euro, l'hiver sera chaud.