20 mars 2012

Lettre aux futurs exilés fiscaux français

Mesdames, messieurs,

Mes chers compatriotes,

Les prochaines élections présidentielles françaises placent les mieux lotis d'entre vous devant un choix impossible. Les deux candidats de tête, François Hollande et Nicolas Sarkozy, semblent rivaliser d'inventivité sur les méthodes à employer pour s'emparer de vos revenus et de votre patrimoine. Ce n'est pas qu'une posture électoraliste ; la France s'abîme toujours plus profondément dans la crise financière et son agressivité fiscale s'en trouve décuplée. Vous en êtes donc parvenu à la seule conclusion logique. Il vous faut quitter le pays.

affiche.pngUne fois le constat établi, reste à trouver la terre d'accueil. La Suisse semble une évidence. La Suisse Romande en particulier allie qualité de vie helvétique, proximité géographique et francophonie. Le TGV met Paris à quelques heures de Lausanne et Genève, et la cité de Calvin dispose même de son aéroport international.

La Suisse bénéficie d'une excellente réputation et d'un attrait indéniable, mais, étant installé dans là-bas depuis quelques années, je me dois d'atténuer l'image un rien idyllique que vous vous faites peut-être de ce petit pays au coeur de l'Europe.

La jalousie, le désir de spoliation et la recherche irrationnelle de boucs émissaires, dont la mise en application vous pousse aujourd'hui à quitter la France, ne se sont pas arrêtés aux frontières de l'Hexagone. Déguisés sous un mince vernis idéologique pour les rendre présentables, ils sont largement présents en Suisse et font leur chemin au sein d'une population économiquement inculte (un comble compte tenu de l'importance historique du secteur bancaire dans le pays) et, parfois, d'une naïveté désarmante.

Prenons l'exemple ô combien parlant du forfait fiscal. Les forfaits fiscaux permettent à des étrangers résidents en Suisse, essentiellement retraités, de subir une imposition sur la base de leur train de vie plutôt que de leurs revenus. Toute activité économique leur est interdite. L'opération n'est rentable qu'à partir d'une certaine fortune ; pendant des décennies, elle a fait de la Suisse un havre de paix pour de riches étrangers souhaitant couler paisiblement leurs vieux jours. Les résidents au forfait profitaient du cadre de vie, les banques de gestion étaient proches de leurs clients et les autorités fiscales locales y trouvaient leur compte.

Aujourd'hui, un peu partout en Europe, les choses ont changé. Qu'un individu se soit acquitté de ses impôts sur chaque centime gagné, paye ses taxes rubis sur l'ongle, sa fortune reste suspecte ; on ne tolère pas l'idée qu'il déplace ses capitaux hors des frontières ; on s'indigne de sa mobilité ; on invoque la "dette sociale" et tous les concepts fumeux qu'on pourra sortir du chapeau. La finalité est évidente. A chaque Etat son troupeau de riches captifs et la tonte sera bien menée.

Aussi absurde que cela paraisse, nombre de citoyens helvétique adhèrent à cette vision.

tonte_mouton.jpgL'idée que l'immigré soit par définition mobile, et l'immigré retraité fortuné encore plus, semble échapper à tout le monde. Or, son absence augmenterait la pression fiscale pour toute la population, parce qu'il faut bien équilibrer les comptes de l'Etat d'une façon ou d'une autre. Cette simple remarque de bon sens n'effleure même pas nos dindes qui s'apprêtent à voter pour Noël.

Entrée en guérilla contre le forfait fiscal, la gauche attaque en suivant la tactique du salami: abattre le forfait fiscal dans quelques cantons, là où il ne concerne finalement personne ; puis progressivement, étendre l'interdiction ; et quand la sauce est bien amenée, imposer brutalement son élimination à toute la Suisse à l'échelle fédérale, suivant la technique éprouvée du "coup de massue venu d'en haut", et au diable l'autonomie cantonale en matière fiscale.

Un jour, on frappe le Valais et ses résidences secondaires, un autre, le canton de Vaud et ses 1200 étrangers au forfait. La mode actuelle consiste à ruiner la Suisse par petits bouts.

Si les forfaits fiscaux en sursis ne concernent qu'une minorité d'entre vous, ils sont symptômatiques d'un état d'esprit. On ferme les frontières aux millionnaires mais pour les autres, et surtout les pires, la porte reste grande ouverte. On loge de vrais-faux requérants d'asile, quitte à expulser des familles. On forme des sans-papiers, quitte à laisser les apprentis en situation régulière sur le carreau. La politique migratoire helvétique marche sur la tête.

L'entrée de la Suisse dans l'Espace Schengen n'a pas influé que sur l'immigration économique. La disparition des frontières profite aussi aux malfrats. Depuis quelques années, la criminalité a explosé. Pour que même un criminologue socialiste l'admette, on devine qu'un certain stade a été franchi.

Baladez-vous dans les rues crottées et taguées de Genève, croisez quelques revendeurs de drogue d'Afrique de l'Ouest au centre de Lausanne, vivez sur l'arc lémanique et faites-vous cambrioler, ou braquer dans une station-service ou une agence de poste ou une banque pas loin de la frontière, et vous comprendrez que la Suisse "propre en ordre" de grand-papa est loin, très loin sous terre, entre deux fossiles de dinosaure.

La Suisse est dans une mauvaise passe. Rien n'indique qu'elle va s'en sortir, bien au contraire. Les priorités de la classe politique sont affligeantes. La population exprime parfois son mécontentement au gré de telle ou telle votation, mais dans les élections générales, c'est l'électroencéphalogramme le calme plat.

Sur un coup d'éclat, les citoyens suisses approuvent parfois des initiatives pour baisser la facture de chauffage ; mais le reste du temps, par habitude, ils continuent d'élire ceux qui laissent les fenêtres ouvertes.

Peut-être aviez vous de ce pays une vision plus proche des clichés habituels, boîtes à coucou, Heidi, montagnes enneigées et délicieux chocolat? La Suisse bénéficie encore d'une belle réputation, elle tombe de haut. Elle n'est pas forcément perdue, d'ailleurs : le chômage reste gérable ; l'Etat est moins endetté que dans le reste de l'Europe ; les citoyens ont encore leur mot à dire, même si, abrutis par la passivité et le fatalisme, ils ne s'en servent plus guère ; le mécanisme des institutions force à une certaine retenue, loin de l'hystérie légaliste française. Mais le réveil de la population tarde à se faire entendre, au point qu'on commence à douter qu'il survienne jamais.

Alors, chers compatriotes français en voie d'exil, sachez-le: la Suisse et ses jolis paysages font une bonne terre d'accueil, mais c'est une terre menacée. En outre, dans sa grande majorité, la classe politique helvétique est servilement soumise à toute organisation supra-nationale, qu'il s'agisse de l'UNESCO, de l'ONU, de la CEDH, de l'Union Européenne, de l'OCDE ou de tout ce que vous pourrez trouver.

Quand on sait que le pays s'est fondé sur l'indépendance des juges étrangers, cela prête à sourire.

Le système politique helvétique favorise aux plus hauts niveaux l'émergence de "candidats de consensus", c'est-à-dire des personnalités les plus faibles. Elles prennent bien plus à coeur de se faire bien voir de leur pairs internationaux que de protéger les intérêts du pays. Oui, la Suisse est bien mal défendue.

En d'autres termes, alors que la Suisse ne cesse de se coucher pour démanteler le peu de secret bancaire qui lui reste, ne vous attendez pas à une grande résistance de sa part lorsque, par exemple, Nicolas Sarkozy mettra à exécution sa menace d'une imposition des Français de l'étranger. Le gouvernement helvétique s'empressera de signer.

Malgré tout, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle française et puisqu'il faut bien aller quelque part, je m'attends à voir arriver un grand nombre d'entre vous ces prochains mois. Ne soyez pas passifs. Intégrez-vous, et luttez pour que votre pays d'accueil garde quelques qualités.

Faute de quoi, dans pas si longtemps, vous pourriez bien devoir déménager encore.

24 janvier 2012

Grèce: les arbres vaincus par la crise financière

Qui aurait cru que même Mère Nature se mettrait à souffrir à cause du surendettement de l'Etat grec? C'est pourtant exactement ce qui se passe, de façon très logique d'ailleurs, comme nous le relate cette dépèche de l'AFP:

Grèce: la crise et les taxes sur le mazout font tomber les arbres

ATHENES - La coupe sauvage de bois de chauffage est en pleine expansion en Grèce, face à une montée en flèche des prix du mazout et une réduction des crédits publics pour la gestion forestière, a indiqué mardi l'Union panhellénique des ingénieurs forestiers.

Il n'y a pas encore de menace sur les écosystèmes forestiers, mais l'Etat doit agir vite, il faut se souvenir de ce qui s'est passé en Albanie à la chute du régime communiste, quand même les arbres longeant les routes étaient coupés, a affirmé à l'AFP le président de cette Union, Nikos Bokaris.

Après constatation d'abattages illégaux, les services forestiers ont émis 1.500 plaintes en 2011, soit deux fois plus que l'année précédente, dans un pays où 70% des forêts sont publiques, le reste appartenant pour l'essentiel à des institutions religieuses.

La branche grecque de l'ONG environnementale WWF s'est aussi émue du problème. Selon son responsable pour les forêts, Konstantinos Liarikos, il y a selon les régions des cas divers, soit d'actions individuelles, soit d'activités organisées par des réseaux de vente.

Le phénomène n'est pas nouveau dans un pays où le chauffage au bois reste fréquent, et les immeubles récents, même à Athènes, sont souvent équipés de cheminées alors que les coupes encadrés par l'Etat ne suffisent pas à répondre à la demande, surtout couverte par des importations en provenance des Balkans.

Mais selon M. Bokaris, la crise économique a fait la différence, entre la hausse du prix du mazout, quasi-multiplié par deux en 2011, et la baisse des crédits alloués à la gestion publique des forêts, passés de près de 20 millions d'euros ces dernières années à désormais moins de 10 millions, dans le cadre des mesures d'austérité dictées à la Grèce surendettée par l'UE et le FMI.

 

Arbre_Coupe.jpgTout est dit. L'Etat grec est aux abois (sans jeu de mots). Il augmente donc les taxes sur tout ce qu'il voit, démesurément, dont celles sur le mazout - une ressource typique dont l'utilisation passe par des canaux faciles à surveiller: cuves de stockage, entreprises spécialisées, camions-citernes agréés...

Le mazout devient hors de prix pour les Grecs, ce qui n'est pas un problème pour les vaillants membres du gouvernement. Mais voilà l'imprévu. Pour leurs besoins de chauffage, les Grecs se tournent vers le bois de chauffage, une ressource naturelle, accessible, bon marché, et hors du contrôle de l'Etat et de ses taxes. Catastrophe!

La désagrégation de l'Etat grec s'accompagne de nombeux phénomènes sociologiques, dont nous n'avons même pas idée. Toutefois, cette péripétie sur le thème du chauffage m'inspire quelques remarques:

  • Dans une crise économique, les impératifs de survie l'emportent sur les considérations écolo-bobo-générations-futures-développement-durable sur lesquelles on pouvait gloser par beau temps.
  • La Grèce expérimente à l'échelle 1:1 la fameuse décroissance prônée par nos écologistes. La vérification empirique montre que ça ne semble pas faire beaucoup de bien à la nature.
  • Les mêmes écolos qui prêchent le changement de mode de vie à chaque repas protestent contre ce virage 100% renouvelable. Remplacer le pétrole par le bois ne leur fait pas du tout plaisir si le bois en question n'a pas eu leur bénédiction. On dirait même qu'ils préfèreraient qu'on en reste au bon vieux mazout!
  • La dépèche n'en parle pas, mais je doute que les taxes instaurées sur le mazout rapportent beaucoup plus à l'Etat grec qu'avant, fussent-elles doublées. Un nombre toujours plus grand de gens se tourne simplement vers des moyens de chauffage alternatifs. Il faut aussi compter les frais supplémentaires qu'engendrent la surveillance des forêts pillées et la traque des contrevenants. La Courbe de Laffer est probablement respectée une fois de plus.

Seule une société prospère a les moyens de protéger son environnement. Laboratoire de la faillite, la Grèce nous en fait la démonstration.

29 novembre 2011

Renens opte pour la dette XXL

Ayant l'insigne honneur d'être membre de la Commission des Finances de la ville, j'ai assisté à la séance concernant le plafond d'endettement de la Municipalité pour la législature 2011-2016 fixé à 200 millions.

Le spectacle était hallucinant.

Je l'ai découvert en avance; la première aura lieu lors de la séance du conseil communal de décembre. Les représentations se poursuivront sur les trente prochaines années, le temps de payer les traites.

L'ambiance risque d'être plus maussade.

Le plafond d'endettement correspond aux sommes que la Municipalité marquée à gauche prévoit de d'emprunter pour mener à bien ses différents projets. Et en la matière, c'est une véritable boulimie. Comptons entre autres une ligne de tram, une nouvelle gare, une ligne de Bus à Haut Niveau de Service, un musée, une participation dans une société de chauffage à distance... L'imagination des élus n'a pas de limite!

Certes, le plafond d'endettement est un maximum. Rien ne force la Municipalité à le dépenser dans son intégralité, comme lors de la législature 2006-2011. Mais cette fois-ci l'espoir est maigre. L'ambition en matière de dépenses est clairement affichée, la Municipalité refusant de reconduire le plafond de 140 millions de la législature précédente - trop modeste, sans doute. Après tout, ce n'est pas parce qu'un type prend son pistolet, glisse une balle dans la chambre, arme, enlève la sécurité et met en joue sa cible qu'il va forcément tirer, n'est-ce pas? Pour le plafond d'endettement, il nous reste le même genre d'espoir...

La planification d'endettement proprement dite permet de dégager quelques chiffres:

TABLEAU SYNTHETIQUE (en milliers de CHF)
  2011 2012 2013 2014 2015 2016
Investissements 12'790 9'474 22'476 28'725 18'410 18'730
Marges d'autofinancement 145 573 300 -1'000 -1'500 -2'000
Emprunts à long terme 60'200 69'100 91'300 121'000 140'900 161'600
Endettement net
par habitant (en CHF)
1'630 2'063 3'147 4'592 5'432 6'286
 
RATIOS
Indicateurs 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Quotité de la
dette brute
82.01% 89.95% 116.06% 151.17% 172.91% 195.30%
  Bon Bon Acceptable Mauvais Mauvais Mauvais
Quotité de la
charge d'intérêts
-0.39% -0.87% -0.24% 0.84% 1.77% 2.57%
  Pas de charge Pas de charge Pas de charge Faible charge Charge moyenne Charge moyenne
Endettement net
par habitant
Moyen Moyen Elevé Elevé Très élevé Très élevé

Ce tableau est une fidèle reproduction de la page 7 du préavis n° 5-2011 - Plafond d'Endettement de la législature, agrémenté de quelques couleurs. Les qualificatifs "mauvais", "très élevé" et autres ne sortent pas de l'imagination fébrile de votre humble serviteur, mais des échelles cantonales d'évaluation de l'endettement définies dans l'annexe n° 2 - Indicateurs financiers du dit préavis.

La quotité de la dette brute représente le rapport entre la dette et le budget. Pour reprendre des termes très en vogue ces temps-ci à l'échelle internationale, c'est l'endettement rapporté au PIB de la commune. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

La marge d'autofinancement représente le résultat net annuel de Renens. S'il est positif, cela signifie que la commune gagne de l'argent; s'il est négatif, la commune s'endette mécaniquement, par la simple hémorragie de la balance de ses comptes courants. Nous y arriverons dès 2014 en perdant un million de francs, la somme passant à deux millions en 2016. Renens se sera enferrée dans la situation inextricable d'emprunter pour payer ses dépenses courantes, sans compter l'entretien de tout ce qui aura été construit.

Difficile à croire, mais les chiffres du tableau pèchent par optimisme; ils ne tiennent compte ni de l'accroissement continu des charges de fonctionnement de la ville, ni de la réduction des recettes à cause du ralentissement de la conjoncture.

Si le plafond d'endettement est atteint, la situation de Renens sera gravissime.  Ce n'est pas là encore une vue de l'esprit, mais les risques très réels de défaut de paiement énoncés devant la Commission des Finances par le boursier communal. En effet, non seulement les niveaux d'endettement atteints par la ville la rapprocheront dangereusement de la mise sous tutelle d'office, mais Renens aura aussi le plus grand mal à renouveler ses prêts en cours de législature.

Dans le climat économique actuel, est-on certain que les banques ouvriront leurs bourses en grand pour financer les projets pharaoniques d'une ville socialo-communiste endettée à mort?

C'est en tous cas le pari effrayant de la Municipalité.

Bien sûr, je ne prône pas le rejet de toute dépense. Mais refuser l'abstinence n'oblige pas à renoncer à toute prudence. Nous traversons une période de grande incertitude; la moindre des choses serait de faire la liste des projets par ordre de priorité et de ne lancer que ceux que la ville peut s'offrir, en suivant les règles de bonne gestion sans cesse répétées par le boursier communal: au moins 50% des coûts d'un investissement, quel qu'il soit, devraient être couvert par l'autofinancement.

Comme pour tout un chacun, quand on n'a pas les moyens, on retarde, on renonce ou on essaye une alternative plus abordable.

Mais ce serait demander trop de bon sens à une Municipalité assoiffée de prix d'architecture. La facture sera pour ses successeurs, ainsi que pour les habitants de Renens, naturellement.

Les forces politiques de Renens étant ce qu'elles sont, l'adoption de ce plafond d'endettement au Conseil Communal par la majorité rouge-rose-verte tient de la formalité. Si quelqu'un a la patience de suivre les débats, je parie que les arguments fallacieux suivants fuseront:

  • "Renens est une ville et il lui faut des équipements en rapport" - non sequitur par excellence. Aux dernières nouvelles, le taux d'occupation était aussi tendu que pour n'importe quelle commune de l'arc lémanique. Renens est parvenue à dépasser vingt mille habitants sans avoir de tram ou de chauffage à distance. Et c'est maintenant qu'il faudrait ces équipements dispendieux pour faire grandir la ville?
  • "Lausanne fait pire" - c'est indéniablement vrai, mais en quoi est-ce une excuse ou même une justification? La dette de Lausanne dépasse celle du canton de Vaud. La Municipalité viserait-elle la palme de la commune la plus mal gérée de Suisse?
  • "Ces investissements sont nécessaires" - je mets au défi quiconque d'en faire la démonstration. Un besoin vital d'un Bus à Haut Niveau de Service? D'un musée de la photographie? Je demande à voir!

Je ne sais pas si la syndique de Renens Marianne Huguenin envisage de se lancer dans un nouveau mandat en 2016, mais au vu de la situation de la commune prévue à cette date, j'en doute. Qui souhaiterait diriger une ville percluse de dettes, à deux doigts de la mise sous tutelle et avec une marge de manoeuvre financière réduite à zéro? C'est la tactique de la terre brûlée d'une gauche en perte de vitesse.

Rendons-lui tout de même hommage, Mme Huguenin aura réussi sa sortie - un véritable feu d'artifice de dépenses dont l'ardoise se payera sur des décennies.

Et tout le monde le sait.

Comme le résuma un conseiller communal amer:

"On sait qu'on va droit dans le mur, on discute juste de la date."

 

Vous seriez surpris de la couleur politique du monsieur.

14 octobre 2011

Baptême du feu au Conseil Communal

Les habitués de ce blog ont peut-être été déçus du manque de billets ces derniers jours. L'activité politique m'a accaparé au plus haut point: non seulement la campagne pour les fédérales, mais surtout la deuxième séance du Conseil Communal de Renens, jeudi 13 octobre, à la Salle de Spectacle de Renens.

Une séance du Conseil Communal représente plus qu'une soirée de plaidoiries. Si le citoyen intéressé peut y goûter quelques joutes verbales et avoir un maigre aperçu de la façon dont sa commune est dirigée, le reste se passe en coulisses. Réunions de la municipalité, séances de commissions permanentes et de commissions de préavis, rédaction de rapports, réunion des groupes politiques pour convenir de décisions communes - ou pas! - lors des votes... Un travail de préparation dépendant de l'implication de chacun.

spectacle.jpgDécidé à me livrer à l'exercice nouveau de la prise de parole, j'avais préparé ma petite intervention pour dénoncer, au travers d'un nouveau règlement communal, la prise de contrôle progressive de l'attribution des logements sociaux par la municipalité de Renens - la porte ouverte à de nombreux abus, avertissais-je. Las! L'offensive choquante de l'extrême-gauche renanaise pour augmenter les impôts chamboula le déroulement d'une séance qui aurait pu être, sinon paisible, au moins, disons, convenable.

Précisons le contexte. Je fais partie de la commission des finances. La commission en question, qui contient un échantillon représentatif des forces politiques au conseil, planifie la politique financière de la commune: dépenses de la municipalité, taxation des contribuables, impact financier des décisions, etc. Les conclusions de la commission - résumées en une phrase: "on fait comme l'an dernier" - devaient être présentées ce soir-là et approuvées par le Conseil.

Mais voilà que les finances vaudoises se sont révélées meilleures que prévu. Une bien mauvaise nouvelle...

Quel rapport avec la choucroute, me direz-vous? A la vérité, aucun. Le Canton de Vaud a sa caisse et la commune la sienne, et il n'y a pas de relation entre les deux. Sauf pour ceux pour qui tout appartient à l'Etat, et qui voient d'un mauvais oeil que le contribuable, ce cochon de payeur, puisse garder à la fin du mois quelques piécettes de plus au fond de la poche.

Tout cela a l'air un tout petit peu étrange, et ça l'est effectivement. Je vais donc dérouler le cheminement intellectuel qui a eu lieu.

  1. Le Canton de Vaud et la Commune de Renens prélèvent, chacun, leurs impôts.
  2. Le Canton de Vaud, géré correctement, dégage un excédent. Après moultes joutes politiques, le Grand Conseil Vaudois décide de baisser le taux d'imposition de 1 point - un geste que lui-même annonce comme symbolique.
  3. L'extrême-gauche de Renens réalise que les contribuables renanais vont payer 1 point d'impôts de moins. "C'est inadmissible!" glapit l'avant-garde du prolétariat.
  4. Le Conseil Communal de Renens à majorité rouge-rose-verte décide de suivre l'extrême-gauche comme un seul homme et augmente de 1 point le taux d'imposition de la commune pour "compenser" la baisse des impôts vaudois.

Voilà, c'est tout simple. Ce que le canton donne, la commune le reprend. Les citoyens de Renens sont privés de baisse d'impôts. Bien fait pour eux.

Bien sûr, les professionnels du boniment s'empresseront de livrer des explications plus oiseuses les unes que les autres pour enfumer le chaland. Allez, dans le tas: de nouvelles règlementations financières cantonales, des charges inattendues, une baisse des revenus des impôts sur les entreprises. C'est le bal des pleureuses...

Il serait trop long de débusquer un à un tous ces arguments fallacieux. Défaussons-les simplement en rappelant que tous étaient déjà connus de la commission des finances lorsqu'elle a établi les plans pour 2011, séances pendant lesquelles le projet cantonal de baisse d'impôts - absolument sans effets sur les revenus de la commune, je le rappelle - était lui-même déjà sur les rails. Et il n'était alors pas question de monter la charge fiscale communale.

Lorsque même la Municipalité parle de "cadeau" devant la nouvelle manne à dépenser, on sait à quoi s'en tenir!

Quant aux transfers de compétence, nouvelle péréquation et autres geignements expiatoires, mon petit doigt me dit que les autres communes du Canton de Vaud réussiront parfaitement à faire face sans augmenter leurs impôts locaux. Question d'efficacité, sans doute.

A Renens, on préfère l'idéologie - avec oeillères en titane triple protection. L'attractivité fiscale? Pas de ça chez moi!

De toutes les communes de la région, Renens est la ville avec les impôts les plus élevés et le revenu par contribuable le plus faible, mais ce n'est pas assez de déjà se traîner une réputation d'enfer fiscal, il faut remettre une bûche au feu. Les records sont faits pour être battus, n'est-ce pas!

En attendant, je suis intervenu trois fois ce soir-là, et si ma prestation n'a de loin pas été à la hauteur de mes espoirs, c'est le métier qui rentre. Seul point positif d'une soirée aussi longue que désastreuse pour Renens, nous avons pu constater une fois de plus l'excellente entente que nous entretenons avec la section communale du PLR.

Cette deuxième séance du Conseil Communal fut un baptême du feu; elle sera suivie de beaucoup d'autres. Nous avons naturellement échoué à contrecarrer cette hausse d'impôts; mais avoir été au bon endroit, au bon moment, et avoir pu dire non!..

Je n'ose imaginer combien de Renanais auraient souhaité être là pour protester avec moi.

01 septembre 2011

Pendant ce temps, à Athènes...

...La dette est hors de contrôle. Et pour une fois, ce n'est pas moi qui le dit mais un panel d'experts indépendants:

La dynamique de la dette grecque est désormais "hors de contrôle" et les dérapages par rapport aux objectifs de réduction du déficit, exacerbés par une profonde récession, menacent d'annuler les bénéfices du nouveau plan de sauvetage, constate la nouvelle commission de contrôle du budget.

Dans un rapport rendu public mercredi, la commission estime qu'"une augmentation importante de la dette, un grand déficit de départ et une profonde récession ont poussé à l'extrême la dynamique de la dette qui est maintenant hors de contrôle".

La commission nouvellement constituée est composée d'analystes indépendants.

"Ces développements semblent contrebalancer dans une large mesure l'impact positif" du dernier plan de sauvetage de l'Union européenne qui s'élève à 159 milliards d'euros (230 milliards de USD) consenti le mois dernier, ajoute la commission dans son rapport dont des extraits sont publiés par l'agence semi-étatique Athens News Agency.

Bridée par les codefaut_grec.jpgupes budgétaires, l'économie grecque se rétracte à un rythme alarmant. Le ministre des Finances Evangölos Venizélos a déclaré la semaine dernière que le Produit Intérieur Brut se rétracterait vraisemblablement de plus de 4,5% en 2011, contre 3,5% prévu initialement.

Entretemps, la dette grecque a enflé pour atteindre 350 milliards d'euros.

La Grèce est actuellement soumise à un audit de la part de l'union Européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne pour savoir si la sixième tranche du prêt de 110 milliards d'euros consenti à Athènes l'année dernière serait débloquée.

Selon certaines informations, les représentants de ces trois organisations arrivés lundi à Athènes pour conduire l'audit auraient constaté des retards dans la mise en oeuvre du programme de relance, notamment dans les secteurs qui peuvent susciter de forts mouvements de protestation de la part des syndicats.

"Les semaines prochaines jusqu'au 15-20 octobre seront cruciales et graves", a déclaré M. Venizélos mercredi à la radio Real FM, dans une interview.

Le déficit public - à l'origine de tous les maux du pays - est devenu insoutenable à 14,69 milliards d'euros (21,3 mrd USD) au premier semestre 2011, alors que l'objectif fixé était de 16,68 milliards pour toute l'année.

Pour combler le déficit, les autorités grecques vont hausser jeudi les taxes sur la nourriture dans les restaurants et les hôtels de dix points à 23%.

Les restaurateurs ont qualifié cette mesure de ruineuse et certains menacent de ne pas percevoir cette taxe pour ne pas être contraints de fermer.

Athènes est également confronté à une cacophonie en Europe concernant un accord controversé consenti par la Grèce à la Finlande pour lui garantir son financement du deuxième plan de sauvetage.

Les dirigeants de la zone euro ont accordé un plan de sauvetage de 109 milliards d'euros en juillet à la Grèce pour éviter la banqueroute au pays. Le secteur privé a aussi avancé 50 milliards d'euros.

 

Les Grecs découvrent tardivement que trop d'impôt tue l'impôt. A force d'essayer de résoudre leur crise des finances publiques par une hausse des prélèvements, ils finissent par anémier le secteur privé, le seul à même de créer efficacement de la richesse.

Une situation de crise implique des mesures de rigueur vigoureuses; celle-ci doit venir des dépenses de l'Etat, non des recettes. Mais c'est trop demander à des politiciens vivant de l'argent public.

16 août 2011

Le Paradoxe de Warren Buffet

 

Warren Buffet est un spéculateurwarren.jpg devant l'éternel. Un spéculateur talentueux, ce qui ne gâte rien. M. Buffet est devenu, par ses judicieux placements, une des plus grandes fortunes du monde. Il draine des milliers de personnes à ses conférences. Il est écouté lorsqu'il prodigue des conseils de gestion. On lui a consacré des émissions de télévision, des livres. Il fascine et joue bien volontiers de cette fascination.

A une époque où les spéculateurs sont unanimement dénoncés comme la source de tous les maux, le respect dont bénéficie le milliardaire de 80 ans a quelque chose d'étonnant - du moins de ce côté de l'atlantique.

Mais il faut dire que Warren Buffet a une qualité rédemptrice : il est de gauche. Bon, démocrate, la gauche américaine, c'est vrai, c'est léger. Mais c'est mieux que rien. On a le droit d'être extraordinairement riche si, au fond de son coeur (donc loin du portefeuille) on déclare oeuvrer pour le Bien Commun.

C'est sans doute au nom de ce profond altruisme que M. Buffet s'est senti obligé de venir en aide à Barack Obama dans ces temps difficiles de gestion de la dette publique, en suggérant d'imposer davantage les riches, dont lui.

Dans une tribune publiée par le New York Times, le patron du fonds d'investissement Berkshire Hathaway propose une hausse d'impôts pour les Américains dont les revenus dépassent au moins un million de dollars par an, et une hausse encore plus élevée pour ceux qui gagnent plus de 10 millions de dollars annuels.

"Nos dirigeants ont appelé à un sacrifice partagé. Mais quand ils ont fait cette demande, ils m'ont épargné. J'ai vérifié auprès de mes amis méga-riches pour savoir à quels sacrifices ils s'attendaient. Eux non plus n'avaient pas été touchés", écrit le milliardaire.

 

La posture a au moins le mérite de l'originalité, même si on ne manquera pas de remarquer que l'Oracle d'Omaha se fend d'une telle tribune après l'accord passé entre Républicains et Démocrates pour le relèvement du plafond de la dette américaine. Le moment est donc bien choisi pour s'éviter d'être pris trop au pied de la lettre!

Il n'en reste pas moins que ce discours reste étrange de la part d'un homme qui emploie probablement des experts fiscaux pour payer le moins d'impôts possible. Reste la possibilité d'une donation. S'il se plaint de ne pas donner assez à l'Etat, qu'est-ce qui l'empêche de faire cadeau du complément? Je ne crois pas qu'il existe, de part le monde, un seul pays où les dons à l'Etat soient interdits.

gare_au_percepteur.jpgLa lecture simpliste de cet appel à plus d'impôt résonnera avec délice aux oreilles des étatistes de tout poil - et c'est naturellement sous cette forme hâtivement résumée que l'information est répétée dans les médias locaux. Si même Warren Buffet le dit, c'est que ça doit être vrai, n'est-ce pas! Pourtant, le milliardaire tient en réalité un tout autre discours:

"Pendant que les pauvres et les classes moyennes combattent pour nous en Afghanistan, et pendant que de nombreux Américains luttent pour joindre les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons à bénéficier d'exemptions fiscales extraordinaires", poursuit-il.

M. Buffet explique que son taux d'imposition par l'Etat fédéral représentait 17,4% de ses revenus imposables l'an dernier, alors que celui des 20 personnes travaillant dans son bureau était compris entre 33 et 41%.

Le taux d'imposition des riches était "beaucoup plus élevé" dans les années 1980 et 1990, et pourtant près de 40 millions d'emplois ont été créés entre 1980 et 2000, rappelle M. Buffet.

 

Eh oui. Un super-riche comme M. Buffet paye des impôts à un taux moyen finalement inférieur aux membres de la classe moyenne. Pourtant, le taux d'imposition américain n'est pas devenu dégressif, loin de là.

La clef du mystère tient effectivement dans les exemptions, ouvrant des possibilités d'optimisation fiscale. Elles sont hors de portée des gens communs mais largement employées par ceux qui en ont les moyens. Donc, en fait, au lieu de militer pour des impôts plus élevés, Warren Buffet réclame une simplification et une harmonisation des réglementations fiscales. Qui sait, peut-être que si on le tannait un peu, il se ferait l'avocat de la Flat Tax!

On peut être d'accord ou pas sur la position de Warren Buffet, notamment en se demandant si l'argent récolté par l'Etat est judicieusement dépensé. Mais sa position est nettement moins "socialiste" qu'il ne semble de prime abord. On peut même penser qu'en augmentant "bêtement" les impôts sans s'attaquer aux exemptions, M. Buffet trouvera probablement de nouveaux moyens de passer au travers, tout le contraire donc de la simple "augmentation du taux d'imposition" dans laquelle on résume abusivement ses propos.

Je conclurai en faisant deux petites remarques.

1. Les exemptions fiscales, les fameuses "niches", sont aujourd'hui décriées. Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage! Mais on oublie un peu vite ceux qui les dénoncent sont les mêmes qui les ont conçues. Un politicien offre des niches fiscales à des catégories de la population (restaurateurs, fonctionnaires, paysans, producteurs d'énergie "verte"...) qui contribuent en retour à le faire élire. Cette façon de faire se retrouve dans pratiquement tout le spectre politique.

Les exemptions fiscales sont l'incarnation même du clientélisme. Si elles changent au cours du temps, elles ne disparaîtront vraisemblablement ni demain, ni jamais.

2. Warren Buffet propose peu ou prou une augmentation des impôts sur le revenu. Pas fou, il laisse de côté sa fortune de 65 milliards de dollars selon le classement Forbes de 2008. Mais même si tout son patrimoine et ses revenus étaient siphonnés par l'Etat, ils ne représenteraient qu'une goutte d'eau dans l'océan... En France par exemple, le patrimoine cumulé des 500 personnes les plus riches atteignait 194 milliards d'euros en 2009. Le patrimoine, pas les revenus. La dette publique de la France atteignait quant à elle près de 1'600 milliards d'euros la même année, soit huit fois plus.

De cela, il découle que hausse des impôts et autres "rabotage des niches" ne suffiront jamais à éteindre la crise de la dette. C'est une impasse. La seule solution consiste à réduire les dépenses de l'Etat.