01 octobre 2014

Pour quelques milliards de plus

La dette française a atteint 2000 milliards d'euros, un symbole dont le gouvernement se serait bien passé.

Si François Hollande se dit inquiet et déterminé - et ce n'est même pas une plaisanterie - le président fait aussi preuve d'une certaine hypocrisie. La tendance est connue depuis fort longtemps et on ne peut décemment imaginer qu'il n'ait pas été au courant. Selon l'Institut Montaigne, le montant avait été atteint au mois d'août dans l'indifférence générale, vacances obligent. Aujourd'hui la nouvelle vient du très officiel INSEE, l'institut français de la statistique, et ne peut donc plus être ignorée.

Cela équivaut à 95,1% du PIB, les critères de Maastricht - 60% - ont été explosés depuis longtemps. Les 100% du PIB, un autre symbole fort, seront franchis dans un an ou deux.

france,dette,failliteUne dette élevée n'est pas forcément un problème fatal si elle est aussi stable ; le gouvernement a alors une petite marge de manœuvre pour tenter de dégager un bénéfice primaire et essayer de réduire cette dette, fut-ce lentement.

Ce n'est pas le cas de la France. Celle-ci emprunte déjà aujourd'hui pour payer les intérêts. La dette française se creuse donc sous son propre poids.

La situation correspond donc à une accélération du processus - ce n'est pas pour rien que l'on parle de la "spirale" de l'endettement. Et bien sûr, depuis des décennies, aucune volonté politique n'est jamais venue pour tenter de tenir le budget de l'Etat. Il est tellement plus facile d'être populaire en achetant des électeurs avec de l'argent qu'on n'a pas!

La dette publique française se situait à 12% du PIB en 1974. En 1981, à la veille du passage "de l'ombre à la lumière" avec l'élection de François Mitterrand, elle était à 20%. En 1994, celle-ci atteignait 50%. La progression se fit à un rythme plus lent pendant quelques années grâce à un cycle mondial plus dynamique ; mais le mouvement ne s'arrêta pas et la dette dépassa les 60% du PIB, la fameuse limite du critère de Maastricht, en 2002. Douze ans plus tard nous en sommes désormais à 95%.

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Une autre façon de réaliser la progression de cette dette est à travers son montant, aujourd'hui 2000 milliards d'euros. Sachant que la Ve République française a été fondée en 1958, quand la France en était-elle endettée à hauteur de 1000 milliards d'euros (ou équivalents)? Quelque part à mi-chemin entre 1958 et 2014, pensez-vous peut-être? Vous n'y êtes pas. Le cap des 1000 milliards d'euros fut franchi en 2004.

La dette publique française a doublé en seulement dix ans.

Poursuivons notre réflexion. Quel sera le niveau de la dette dans dix ans? Trois mille milliards, selon une évolution linéaire? Quatre mille milliards, selon une progression géométrique? Bien malin qui peut le dire. Mais selon moi ces estimations sont de toute façon fausses, car les montants n'obéiront pas à de simples règles mathématiques. Il est plus que probable qu'il se passe quelque chose durant les prochaines années - et tout porte à croire que ce ne sera pas joli-joli.

Ne vous laissez pas leurrer par le calme apparent de la surface ou les taux d'intérêt rassurants (et manipulés) auxquels la France parvient à emprunter sur les marchés financiers. La dynamique du système est instable. Tout pourrait basculer très vite à n'importe quel moment - encore plus aujourd'hui, alors que l'endettement français repose essentiellement sur la confiance.

Depuis des décennies les libéraux tentent d'alerter l'opinion sur les dangers de la dette publique, dans l'indifférence générale et les ricanements de mépris d'une classe politique accro au Keynésianisme. Les dénégations et les sautes d'humeur n'empêcheront pas la vague de la dette de tout emporter sur son passage.

Je fais partie des déçus de François Hollande mais pour des raisons probablement différentes du plus grand nombre. "L'expérience empirique montre que lorsque la rigueur survient, un président et un gouvernement de gauche sont plus à même de faire passer la pilule des réformes auprès de leurs administrés", écrivais-je à la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 2012, plein d'espoir naïf. J'imaginais que François Hollande aurait peut-être, au pied du mur, la stature d'un véritable homme d'état capable de faire les douloureuses réformes que d'autres se contentent formuler timidement, et uniquement lorsqu'ils sont dans l'opposition.

Mais depuis nous avons vu de quoi était capable François Hollande: de rien. L'énergie de l'homme est entièrement tournée vers la communication, la gestion de crise et le placement de ses pions pour donner le change et espérer conserver le pouvoir en 2017.

Ce qui doit donc arriver arrivera.

14 septembre 2014

Et encore merci pour ce moment

Le livre de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment déchaîne les passions, non seulement au sein de la classe politique mais aussi dans la population. Plus d'un Français sur deux (52%) réprouve le choix de l'ex-compagne du Président de la République d'avoir écrit un ouvrage sur leur relation. Pourtant, il est en rupture de stock à peu près partout et en cours de réimpression...

france,françois hollande,valérie trierweilerTant de critiques ont été écrites, tant d'extraits ont été divulgués dans la presse qu'il serait vain de vouloir encore surprendre avec le contenu du livre. Celui-ci a pourtant quelque chose de particulier qui le place à l'écart de tout autre ouvrage politique: une authenticité inégalée, et probablement inégalable.

Valérie Trierweiler n'a rien d'une oie blanche. Journaliste, elle sait écrire. Quarante-neuf ans, mère de  trois enfants, divorcée, elle aura été compagne du président longtemps avant qu'il ne fasse acte de candidature pour l'élection présidentielle. Les Français la jugent sévèrement, et il y a certainement des raisons de la critiquer (comme d'avoir été en couple avec M. Hollande avant de divorcer par exemple) mais la candeur n'en fait certainement pas partie. Mme Trierweiler montre également par son ouvrage qu'elle n'a jamais cherché ni le pouvoir ni le prestige et qu'elle les abandonne sans regrets.

La plupart des œuvres produites en littérature politique sont le fait de journalistes engagés, d'historiens, de polémistes, plus rarement de philosophes ou d'économistes, jamais celles de proches. Ceux-ci ont pourtant partagé l'intimité de celui ou celles dont ils parlent, côtoyé leur vie pendant l'accession au pouvoir, été témoin de leur comportement privé dans les moments les plus secrets, loin des caméras et des projecteurs - les moments particuliers où la sincérité s'exprime enfin. De ce point de vue, Merci pour ce moment est la plus réaliste photographie qui soit du mandat de François Hollande à la Présidence de la République.

Bien sûr, François Hollande n'en sort pas grandi. Le qualificatif de "sans-dents" à l'égard des pauvres peut passer pour un trait d'esprit maladroit (et guère drôle) mais devient glaçant lorsqu'il se moque de l'humble famille de sa compagne. Tout le monde n'a pas la chance d'être né avec une cuillère en argent dans la bouche, vous dira-t-on ; mais cela fait tache pour le chef de file d'un mouvement soit-disant préoccupé par le bien-être des plus faibles.

En réalité, tout cela n'est que prétexte. Comme la plupart des politiciens professionnels, François Hollande n'a d'autre but que la conquête du pouvoir, pour y goûter et s'y maintenir. Il ne cherche rien d'autre. Tout le reste n'est que moyen ou, à la rigueur, divertissement. L'ambition et un cynisme sans bornes sont les principaux traits qui transparaissent de l'ouvrage de Mme Trierweiler.

Malheureusement, les motivations, le comportement et les manières de M. Hollande n'ont rien d'exceptionnels. Qu'on se souvienne des compte-rendus de réunions du quinquennat précédent dérobés chez Patrick Buisson, conseiller du président Sarkozy, et dévoilés dans la presse! MM. Hollande et Sarkozy n'ont pas le même parcours mais appartiennent visiblement à la même espère - ainsi sans doute que leurs prédécesseurs, dont la réputation a seulement été mieux préservée par une mise au secret plus efficace de leur vie privée.

Il n'aurait peut-être pas souhaité être jugé ainsi mais il faut le reconnaître, François Hollande est effectivement un président normal, c'est-à-dire une crapule à la limite de la psychopathie, un être manipulateur, mythomane, imbu de sa personne, dévoré de cynisme, mais étrangement vulnérable de par son décalage constant avec la réalité.

Sauf peut-être pour une minuscule coterie d'irréductibles un peu naïfs, il est loin le temps où l'on pouvait croire en une quelconque supériorité des élites. Comme le rappelle un célèbre blogueur à propos de l'affaire Thévenoud:

[De] Hollande à Valls, dans les rangs de l’UMP autant que dans ceux du PS et, de façon générale de toutes les autres formations politiques, ces gens ont été choisis pour leur capacité inouïe à bobarder, à contourner la vérité, à utiliser le déni comme bouclier psychologique indéboulonnable. Ils sont arrivés là où ils sont non parce qu’ils ont démontré leur capacité à gérer un pays, mais bien pour avoir été plus féroces, plus méchants, plus industrieux en coulisse, plus machiavéliques, plus fourbes et retors que leurs adversaires. Ils sont là parce qu’ils ont survécu, ce qui fait d’eux non des héros, mais les pires magouilleurs, les pires comploteurs, les traîtres les plus veules. Ceux que nous voyons émerger actuellement sont le résultat d’une sélection cancéreuse et perverse qui aura permis de filtrer et ne conserver que ceux qui sont, justement, prêts à tout pour arriver à leur place, des raclures qui n’hésiteront pas à griller un homme et sa famille pour aboutir à leurs fins.


Voilà ce à quoi mène une classe politique professionnelle, alimentée par de jeunes loups qui usent les sièges des assemblées sans avoir travaillé dans la société civile une seule journée de leur vie.

Mais il reste un petit mystère. Pourquoi François Hollande s'est-il si peu défendu? Pourquoi n'a-t-il pas cherché à interdire le livre en référé? Pourquoi n'attaque-t-il pas son ex-compagne pour diffamation ou autre?

On pourrait penser que le Président n'est plus à ça près avec une cote de popularité reflétant l'exacte crédibilité de sa ligne politique ; mais ce serait mal connaître le loup derrière l'homme. Cela ne colle pas avec un individu sans tabou ni manières et prêt à toutes les compromissions pour conserver le pouvoir. Nous avons la réponse en une petite réplique lâchée par inadvertance par un de ses conseillers:

"Elle a encore tous leurs SMS, elle est inarrêtable."


Auriez-vous cru qu'on pouvait contenir un homme politique, a fortiori un président français, avec des notions comme le respect du droit, la séparation des pouvoirs et que sais-je encore? Non. On le tient sous contrôle avec des SMS compromettants.

Sur la situation de l'individu face au pouvoir en France, cette simple phrase en dit plus long que tout le reste.

17 août 2014

La France toujours plus proche de l'heure de vérité

La croissance était attendue, elle n'est pas venue. Selon les chiffres officiels publiés jeudi, le PIB français se débat dans la stagnation depuis deux trimestres.

Le gouvernement du Président François Hollande n'en a cure ; il maintient encore une prévision de croissance de +0,5% sur l'année, qui semble aujourd'hui aussi peu plausible que l'hypothétique 1% annuel formulé pour l'ensemble de 2014.

crise,réforme,françois hollandeQuelles sont les réformes entreprises depuis le début du quinquennat de François Hollande pour restaurer la compétitivité française? Il n'y en a aucune. Où sont l'allègement des charges fiscales et la simplification terriblement nécessaire du code du travail? Où est passée la rigueur, où est l'allègement du poids de la fonction publique sur la société civile? Il n'y a rien eu du tout.

François Hollande s'est contenté de faire de la cosmétique en misant sur un retour de la conjoncture. Après la pluie le beau temps. Celui-ci tarde tant à venir qu'on doute désormais de son existence. Le navire France est à la dérive, les voiles déchiquetées, pendant que le capitaine arpente le pont en espérant une petite brise... L'apparente stagnation de la croissance cache mal la souffrance de la société civile en termes d'emploi, de tissu économique, d'émigration des forces vives, et d'endettement.

Le secrétaire général par interim de l'UMP, Luc Chatel, a des mots très justes pour évoquer l'échec de la non-stratégie du gouvernement:

Au-delà des contradictions qui traduisent l’improvisation permanente d’un exécutif qui navigue à vue, il y a là une position commune : [MM. Hollande et Valls] restent l’un et l’autre les commentateurs passifs de la conjoncture économique.

Ils raisonnent en responsables politiques du XXème siècle, d’avant la crise : nous ne sommes pas dans un cycle et il ne suffit pas d’attendre, en croisant les doigts, l’effet d’entrainement d’une reprise économique venue d’ailleurs : la promesse d’ « inversion de la courbe du chômage en 2013 » relevait très précisément de cette profonde erreur d’analyse.

Ils n’ont pas compris que dans ce XXIème siècle d’après la crise, l’économie mondiale et européenne vivait, non pas un changement de cycle, mais un véritable changement de modèle qui exige des responsables politiques le courage d’agir et d’engager les réformes profondes qu’aucun grand pays n’a plus les moyens de différer.


Si on oublie les tournures de styles un peu faciles (comme l'opposition d'un siècle contre l'autre, alors que les mauvaises politiques sont les mêmes depuis des décennies), l'analyse est correcte. Dommage qu'elle vienne d'une droite française capable de tant de clairvoyance seulement quand elle est dans l'opposition!

Il est facile de se trouver des excuses et l'on saluera la réelle expertise des politiciens français en ce domaine. Ici, la croissance européenne est atone et le PIB allemand se contracte de 0,2%: merveilleuse explication pour maugréer, finalement, que la France ne fait ni mieux ni moins bien que ses voisins.

Malheureusement, la France ne peut pas se le permettre. Elle est vulnérable, comme l'explique l'économiste Gérard Thoris d'une façon très simple:

Il devrait être clair pour tout le monde que le piège de la dette s'est déjà refermé. Techniquement, cela s'appelle l'effet boule de neige: les intérêts de la dette sont alors payés par de nouveaux emprunts. Cela se produit lorsque la masse des intérêts sur la dette passée rapportée au PIB dépasse le taux de croissance nominal de ce même PIB. Pour la France de 2014, les prévisions optimistes donnaient une croissance nominale de 2% tandis que la masse des intérêts représentait 2,3% du PIB. Sur un PIB de 2 000 Mrds€, cela signifie qu'il faut emprunter 6 Mrds€ rien que pour payer les intérêts.


Avec une croissance réelle de 0,5% - donnons crédit aux hypothèses du gouvernement - le résultat sera encore pire. Il faudra emprunter 10 nouveaux milliards pour payer les intérêts cette année, milliards qui viendront s'ajouter au reste. Non seulement la France ne rembourse pas ses dettes mais leur entretient est une charge de plus en plus lourde.

Pas besoin d'être devin pour comprendre que le spectacle ne se poursuivra pas indéfiniment. La chute semblait inévitable, désormais elle paraît aussi très proche.

crise,réforme,françois hollandeLe pays ne peut pas persister dans son immobilisme, sa situation étant de plus en plus visible. Le Pacte de Stabilité européen préconise un endettement maximal de 60% du PIB  ; l'endettement français officiel atteint 93,5% du PIB fin 2013. Le taux de déficit budgétaire est fixé à 3% du PIB ; la France enregistrera un déficit d'au moins 4% cette année. L'objectif d'un retour à 3% en 2015 semble totalement irréaliste, ce qui ne manquera pas d'agacer les dirigeants européens qui se sont donnés la peine de faire des efforts et ruinera le peu de crédibilité dont la France pouvait encore se prévaloir.

Si les taux d'intérêt principaux de la BCE augmentent, la France sera promptement étranglée par la charge de sa dette. Si la défiance s'installe auprès des créditeurs de la France, les taux augmenteront cette fois-ci à cause du risque. Si la France continue à se complaire dans l'immobilisme, l'augmentation continue du service de la dette conduira au même résultat.

Pour éviter la faillite, les réformes restent la seule solution - en espérant que ces dernières ne provoquent pas elles-mêmes les conséquences désastreuses qu'elle sont sensées éviter. Il suffit que le PIB baisse pour que tous les indicateurs macro-économiques s'affolent...

Invité du Figaro, Eric Verhaeghe lance cinq propositions iconoclastes pour arranger la situation. Ses propositions? Réduire le de 40 milliards les dépenses publiques, faire une faillite "partielle", plafonner les dépenses sociales à 30% du PIB, quitter l'Euro ou encore... Faire payer aux autres pays européens les aventures militaires françaises. Autant d'alternative diamétralement opposées les unes aux autres. Beaucoup provoqueront une violente contraction du PIB et donc une aggravation de la situation. D'autres feront éclater l'Europe. L'heure est aux alchimistes et aux astrologues.

La France est fragilisée et n'a plus de temps. Pour désamorcer une situation qui sera bientôt incontrôlable, le gouvernement devra faire preuve de volonté, d'imagination, de talent et de subtilité - autant de qualités dont il semble singulièrement dépourvu.

15 janvier 2014

Hollande, Schettino, même combat

François Hollande n'est pas un capitaine de pédalo, même si son seul antécédent dans un exécutif en Corrèze évoque l'image. François Hollande n'est pas non plus, Dieu nous en préserve, le capitaine du Titanic ; Edward Smith était un commandant agréable, imposant et à l'écoute, dont le destin tragique fut lié à des circonstances indépendantes de sa volonté. M. Smith était aimé et respecté de ses hommes comme de ses passagers ; même la légende selon laquelle il aurait demandé à pousser le navire pour lui faire remporter le Ruban Bleu est sans fondement, le Titanic ne pouvant pas rivaliser avec le détenteur du record à l'époque, le Mauretania.

Non, vraiment, si on doit comparer François Hollande à un capitaine, seul Francesco Schettino vient à l'esprit.

concordia.jpg
Ce n'est pas le France, mais il y a de l'idée.

Pensons aux dernières heures de la carrière du capitaine du Costia Concordia: alors que son navire devait passer dans un chenal de 15 km entre l'île de Giglio et la côte de Porto Santo Stefano, après avoir dîné et bu avec sa maîtresse moldave Domnica Cermortan, il décida de faire l'Inchino - la révérence - en forçant le paquebot à aller au plus près de la côte, juste pour l’esbroufe. Beaucoup trop près. Le naufrage fit 32 victimes et le comportement minable de l'individu pendant la catastrophe est entré dans la légende.

Bien sûr, il y a quelques différences entre le capitaine italien et le président français. Par exemple, le premier était à l'époque officiellement marié avec des enfants ; aujourd'hui, le second trompe sa maîtresse officielle avec une deuxième maîtresse. Ce n'est pas pareil, même si en termes d'irresponsabilité, on s'y retrouve.

france,françois hollande,humourA aucun moment Francesco Schettino n'a osé prétendre que ce qui s'était passé ce soir-là relevait de la vie privée, et pour cause. Il est piquant d'entendre le président français clamer de son côté que "les affaires privées se traitent en privé" lorsque le chef de l'Etat, détenteur des codes de la force de frappe nucléaire française, est amené à cause de ses pulsions sexuelles à s'exposer sans protection face à un paparazzi plusieurs jours de suite, alors qu'ils se rendait auprès de sa Julie (Gayet). Et, puisque nous en sommes à l'inventaire du quinquennat irréprochable, il est bien sûr question aussi de l'argent des contribuables. Combien de bureaux et d'appartements, combien de conseillers particuliers, combien de sièges de luxe en voyage sont réservés pour les différentes courtisanes du président?

Pauvre Valérie Trierweiler! Affaiblie et à l'hôpital, son titre de maîtresse officielle vaut encore moins qu'avant. Dure dégringolade pour celle qui a rompu ses vœux de mariage pour un politicien. L'apprentissage de la vie, dira-t-on.

On a beau jeu de se moquer des Américains et de leur sacro-sainte morale, mais quelque part, ils sont plus cohérents que nous autres européens lorsqu'ils prétendent exiger un président exemplaire jusque dans sa vie privée. Il y a de l'hypocrisie là-dedans, c'est évident, mais on ne peut s'empêcher de penser: que valent les promesses publiques d'un homme incapable d'assumer ses engagements même dans ses relations les plus intimes?

Après la gestion piteuse du mariage homosexuel, après l'affaire Léonarda, après l'affaire Dieudonné, François Hollande semble réduire la fonction présidentielle à sa propre posture: un zeste de ridicule, à côté des vrais enjeux, sans envergure aucune. Espérons que cela se terminera mieux pour la France en crise que pour le Costa Concordia, mais à voir le capitaine, rien n'est moins sûr.

Ce dernier épisode évoque plus que n'importe quel autre un vaudeville bien français: un homme à femmes, des révélations, des mœurs légères et quelques quiproquos amusants.

Et des cocus, beaucoup de cocus.

20 novembre 2013

Destin français

Ce mardi, le ministre de l'Écologie, Philippe Martin, indiqua une suspension de l'écotaxe "jusqu'à la remise à plat de la fiscalité globale". Un report sine die en langage clair. Le ministre fut pourtant désavoué par son supérieur Jean-Marc Ayrault le jour même: l'écotaxe serait de retour en juin 2014.

helico.jpgCet épisode n'est qu'un cafouillage de plus dans un pays où la confusion règne de la base au sommet. Comment mettre en place l'écotaxe, d'ailleurs? Les portiques encore debout doivent être surveillés en permanence par des escadrons de gendarmes mobiles tandis que les hélicoptères de police patrouillent de nuit pour essayer de sauver les radars routiers bretons du vandalisme... A l'instar d'une mafia, les quelques moyens dont dispose encore l'Etat français semblent exclusivement réservés à la préservation des infrastructures qui lui rapportent de l'argent.

Le solde sert sans doute à préserver de la foule un gouvernement historiquement impopulaire. Avec une cote d'amour présidentielle tournant autour de 15% d'opinions favorables, il vaut mieux être sur ses gardes. François Hollande est peut-être plus en sécurité en prenant la parole depuis son voyage en Israël que du perron de l'Elysée. En outre, il a probablement plus à dire à la Knesset qu'aux citoyens français.

Le président n'a pas de vue d'ensemble. Ce n'est pas surprenant. Lorsque l'horizon ressemble à un mur, la myopie devient une forme de défense. Mais qu'attend-t-on de lui au juste? "Le réflexe français est toujours celui d'attendre un sauveur", assure Dominique de Villepin, ancien premier ministre à n'avoir jamais affronté la moindre élection. L'homme providentiel est attendu avec impatience, puisqu'il est doté de pouvoirs magiques permettant de résoudre tous les problèmes sans effort. C'est presque dommage qu'il n'existe pas.

François Hollande est fidèle à son époque. En guise de génies désintéressés, la France n'a subi qu'une succession de politiciens aussi carriéristes qu'inefficaces. Même Jacques Chirac aurait été proprement laminé dès 2002 s'il n'avait été opposé à l'infréquentable patriarche du Front National. Magie de la démocratie française, il réussit le tour de force d'être élu à plus de 80% tout en étant méprisé par tout le monde. Son successeur Nicolas Sarkozy suscita l'enthousiasme en plaidant un programme de réforme, mais se contenta ensuite de naviguer à vue en commandant d'innombrables sondages pour mieux savoir comment être populaire. Las! A force de vouloir plaire à tout prix on se fait détester. L'affaire Strauss-Kahn fut le dernier coup du sort jetant sur le devant de la scène François Hollande, un président normal, basique, étriqué, sans épaisseur et sans programme. Bonne pioche.

Francois_Hollande_inaction.jpgÉlu sur un malentendu, François Hollande est à peu près aussi éloigné qu'on puisse l'être de toute définition de l'homme providentiel. Mais l'individu aime le pouvoir - il n'a fait que le cultiver toute sa vie - et n'y renoncera pas. Il pourrait même le conserver en 2017 à la faveur d'un second tour contre Marine le Pen. Le pari est dangereux mais il tentera sa chance. Le tout est de bien doser les remaniements ministériels et les dissolutions. Si la tendance est au quinquennat unique, le temps des intrigues n'est pas terminé.

Pour la France - le pays réel, pas le microcosme parisien des élites politiques et médiatiques - l'avenir a un goût de brouet. Taxée jusqu'à l'étranglement, la population voit la fuite ou la médiocrité comme seules solutions. Plus d'un tiers des 18-34 ans veut s'expatrier, selon un sondage récent, qui ne tient évidemment pas compte des centaines de milliers de jeunes à avoir déjà plié bagages. Le départ des forces vives n'a rien d'original quand l'argent quitte aussi le pays ou disparaît des circuits officiels pour rejoindre l'économie souterraine. Resteront en France les personnes âgées, les assistés sociaux, des combinards travaillant au noir, et quelques grosses entreprises faisant de toute façon l'essentiel de leur chiffre d'affaire hors des frontières hexagonales.

Sans même chercher à faire des économies, pas facile de boucler un budget dans ces conditions, évidemment. Il n'est donc pas surprenant que la France n'y arrive pas. Bruxelles a accepté du bout des lèvres celui de Paris pour 2014, mais ne nous y trompons pas: il s'agit juste de ménager un pays important avant des élections européennes où les contestataires ont le vent en poupe. Comme "le pays n'a aucune marge de manœuvre", pour reprendre les mots d'un commissaire européen, il est parfaitement fantaisiste d'imaginer que les courbes tracées jusqu'en 2015 résistent à la récession dans laquelle retombe l'économie...

La France n'évolue pas, ne se réforme pas, elle se désagrège. Tous les voyants sont au rouge, certains plus vifs que d'autres: note des agences, chômage, croissance, dette publique, déficits, prélèvements obligatoires, consentement à l'impôt, tissu social, intégration... Quant à deviner d'où viendra le coup de grâce, il est probable qu'il vienne de la fiscalité. Des recettes moindres que prévues et tous les compteurs exploseront. C'est pour bientôt.

La France n'a plus qu'un rôle à jouer, celui de l'exemple à ne pas suivre.

Dans quelques années, en regardant en arrière, les Français se lamenteront du temps perdu, de ces années gâchées dans des réformes cosmétiques sans jamais s'atteler au fond. François Hollande n'est visiblement pas le président des réformes, c'est un fait. Mais qu'aurait-il eu à perdre à essayer? S'il s'était engagé sur ce sentier peu fréquenté, il aurait eu une chance de laisser pour de bonnes raisons son nom dans l'histoire et il n'est même pas certain que sa cote de popularité serait alors aussi basse qu'aujourd'hui.

06 juillet 2013

Un boulevard pour Marine Le Pen

Alors que ses comptes de campagne 2007 ont été invalidés par le Conseil Constitutionnel, privant son parti de 11 millions d'euros de subventions, Nicolas Sarkozy s'est fendu d'un appel sur Facebook à destination de ses "amis". Comme le rapporte Le Figaro:

nicolas_sarkozy.jpgNicolas Sarkozy qualifie cette situation d'"inédite sous la Ve République". "Elle met en péril la formation qui doit préparer l'alternance tellement nécessaire au socialisme".

 

Alternance nécessaire? De la part du politicien qui a été le chantre de l'ouverture à gauche, qui a écrasé les Français sous le RSA et d'innombrables autres prélèvements, introduit la Taxe Tobin chère aux altermondialistes, augmenté l'inquisition fiscale, alourdi la dette et guidé le pays à vue entre sondages d'opinion et agitation stérile, l'évocation d'un danger socialiste a de quoi faire sourire. L'alternance pour quoi, au juste?

L'étatisme, la fiscalité, les déficits et le chômage ont massivement augmenté sous l'ère Sarkozy. La liberté des Français s'est réduite d'autant ; il n'y a guère que son successeur pour faire pire. Mais cela n'empêche pas le retraité politique éternellement sur le retour de se poser désormais en sage: "Au-delà de la seule UMP, cet état de fait doit concerner tous ceux qui sont attachés au pluralisme", ajoute-t-il.

Le pluralisme dont se réclame tardivement M. Sarkozy est au niveau de sa politique, à géométrie variable. Il ne concerne évidemment pas l'infréquentable Front National, par exemple. La volonté d'alternance est pourtant bien là, comme l'expriment récemment les Français en votant de plus en plus pour la formation de Marine Le Pen.

marine-le-pen.jpgLors des élections précédentes, notamment législatives, l'électoral FN arrivait rarement à atteindre le second tour pour provoquer des triangulaires ; cette étape est dépassée. Désormais le FN arrive en premier ou en second, mettant l'UMP et le PS dans une situation inconfortable. Théoriquement, les deux formations sont sensées mettre leurs divergences de côté pour faire barrage au FN, mais les électeurs n'obéissent plus aux états-majors...

Un baromètre TNS/Sofres révèle ainsi l'indiscible: le "verrou républicain" n'existe plus. Marine Le Pen atteint 31% de cote favorable auprès des citoyens, et même 39% au sein des sympathisants de l'UMP. On aurait tort pourtant de croire que le problème ne se pose qu'au sein de la droite traditionnelle. Une étude montre ainsi que lors de l'élection partielle de Villeneuve-sur-Lot, les électeurs du PS se sont reportés au second tour davantage pour le candidat du FN plutôt qu'en faveur de celui de l'UMP. Couplé à la montée en puissance du Front National, ce comportement électoral ne va pas sans poser des problèmes à l'avenir:

Désormais, les stratèges électoraux du PS et de l'UMP s'inquiètent pour les municipales. Les socialistes ont bien compris que, faute d'union dès le premier tour, ils risquaient de se voir reléguer à la troisième place dans un grand nombre de villes. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, l'a rappelé lundi dernier à Matignon: "Il faut l'union de la gauche et des écologistes aux municipales dès le premier tour et dans toutes les villes. Chacun doit prendre ses responsabilités." À l'UMP, on en est pour le moment à exclure ceux qui annoncent leur intention de s'allier avec le FN, en espérant qu'en mars prochain ils ne seront pas trop nombreux à céder aux sirènes du FN entre les deux tours. Jean-François Copé espérait une vague bleue aux prochaines municipales. Si ça continue comme ça, la vague risque de virer au bleu marine…


Les municipales seront un test fort pour les tendances de la politique française.

A gauche, l'équilibre est fragile. Les relations sont tendues entre écologistes et socialistes depuis l'éviction de Delphine Batho du gouvernement Ayrault et les querelles conséquentes à l'échec de Villeneuve-sur-Lot. Les écologistes ne peuvent pourtant pas se permettre de se fâcher, eux qui n'existent qu'à travers les accords électoraux avec les socialistes: 17 députés, 12 sénateurs et une poignée de ministres avec 2.5% des voix à la présidentielle... Mais les socialistes ne peuvent pas jouer les grands seigneurs non plus. Ils ont perdu les huit élections complémentaires depuis la présidentielle. La cote de popularité de François Hollande est en berne et la base électorale semble plus démotivée que jamais. Le groupe PS à l'Assemblée ne compte plus que 292 députés, soit trois voix de plus que la majorité absolue ; encore quelques pertes et il faudra mettre sa fierté dans sa poche pour trouver des alliances.

La droite UMP ne vaut guère mieux. Les candidats se bousculent au portillon sans qu'aucun ne soit convaincant. François Fillon est coupable par complicité du quinquennat précédent et n'a pas le parti avec lui ; Jean-François Copé est fragilisé par les fraudes massives liées à son élection à la présidence ; quant à Nicolas Sarkozy, il est mis en cause dans une multitude d'affaires. Les dossiers s'accumulent: financement libyen de sa campagne, affaire Bettencourt, affaire Karachi, arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais... Tous ne sont pas solides, mais donnent une impression d'ensemble déplorable et ont déjà coûté leur réputation à nombre de proches de l'ancien chef d'Etat. Entre un parti ruiné, une organisation douteuse, des cheffaillons ambitieux et des scandales à répétition, l'élection présidentielle de 2017 paraît bien loin.

Rajoutons pour mémoire que les alliances entre partis, quelle qu'elles soient, résistent mal aux revers électoraux, et que la France n'est pas encore entrée pour de bon dans la crise financière.

François_Hollande.jpgFace à ce sombre tableau, est-il imprudent de poser l'équation en se demandant qui fera face à Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2017? Oui et non. La dynamique est favorable au Front National, c'est une évidence. Mais il n'est pas exclu que le pouvoir français, qui apporte un soin tout particulier aux dossiers contre Nicolas Sarkozy, fasse en sorte d'écarter la dirigeante du Front National sur de fallacieux prétextes. On notera ainsi la récente levée d'immunité de la députée européenne sur des motifs parfaitement discutables (à comparer avec trente contre-exemples à une levée d'immunité...)

Il n'y a qu'un obstacle sur le boulevard ouvert à Marine Le Pen en direction du pouvoir, le risque d'un verdict politique. Une peine d'inégibilité est si commode et si vite prononcée! Si un juge aux ordres de l'Elysée inflige la peine fatidique à Marine Le Pen, bien malin qui peut imaginer ce qui se passera.

Nous sommes en 2013, les vacances d'été commencent à peine. Les grandes lignes de l'avenir sont pourtant déjà tracées jusqu'à 2017: un Front National conquérant, une gauche divisée et en perdition, un François Hollande s'accrochant au pouvoir et livrant une guérilla politico-judiciaire contre ses adversaires les plus menaçants, et pendant ce temps, une France se dirigeant résolument vers une crise financière d'ampleur encore jamais vue. Bien entendu, pas un seul des partis en lice - ni PS, ni UMP, ni Front National - n'est en mesure de mettre en place la nécessaire réduction du périmètre de l'Etat. Les gens au pouvoir en 2017 auront donc à organiser la faillite en bon ordre du pays, à supposer qu'elle ne soit pas intervenue avant.

Le président français n'a accompli qu'un an de son quinquennat. Les quatre années restantes vont être l'enfer.