10 septembre 2011

11 septembre 2011

Dix ans que les tours jumelles du World Trade Center de New York se sont effondrées. Tout le monde le sait. Les célébrations battent leur plein depuis deux semaines.

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Il y a une première raison, purement médiatique, à ce déferlement. Le 11 septembre a été l'essence même de l'information brute livrée à une échelle inégalée. Les images tournaient en boucle sur les télévisions du monde entier pendant que les commentateurs, aussi sonnés que leur public, se trouvaient incapables de faire autre chose que de contempler, lâchant parfois des jurons d'effroi en prime-time. L'anniversaire représente une forme de revanche, une reprise en main des professionnels de l'information. Le public est inondé à jet continu d'analyses, de mises en perspective et autres rétrospectives - le meilleur moyen de le remettre à sa place.

L'autre trait saillant de cette débauche de commémorations tient sans doute à la volonté de marquer la fin d'une la période. Tant l'intervalle symbolique de dix ans que la mort de Ben Laden des mains des commandos américains au mois de mai représentent des éléments marquants dans la longue guerre contre le terrorisme islamique - guerre précédée de nombreux signes annonciateurs dont personne n'avait pris la réelle mesure.

Que de chemin parcouru, pourtant, depuis la situation en 2001 - un parcours à porter pour l'essentiel au crédit du président américain George W. Bush.

Elu sur un programme isolationniste, le président américain fut le premier à comprendre la nouvelle donne consécutive aux attentats du 11 septembre. La menace était globale (comme les Européens le découvrirent eux-mêmes bien assez tôt), et la réponse se devrait elle aussi d'être globale: Les régimes abritant des réseaux terroristes en toute complicité devraient désormais faire face à leurs responsabilités. Il n'était également plus possible de fermer les yeux plus longtemps sur les dictatures massacrant leur propre peuple, une compromission inacceptable dont le ressentiment résultant lança plus d'une vocation terroriste.

Bush.jpgGeorge W. Bush annonça rarement la couleur aussi clairement que dans un discours prononcé le 7 novembre 2003:

Le fait que, soixante ans durant, les nations occidentales ont excusé et se sont accommodées du manque de liberté au Moyen-Orient n'aide en rien notre sécurité, parce qu'à long terme la stabilité ne peut être achetée au prix de la liberté.

 

Pour ceux que la version longue intéresse, il est toujours possible de se plonger dans l'ouvrage de Guy Millère Ce Que Veut Bush et d'y lire comment, huit ans plus tard, le cheminement de la démocratie au Moyen-Orient s'est impeccablement déroulé.

Cette analyse de l'histoire de ce début de siècle est partagée par Nicolas Sarkozy lui-même dans un discours prononcé récemment:

[Le président français] a affirmé que le printemps de la démocratie arabe constituait «la plus belle réponse» aux auteurs des attentats meurtriers qui avaient ébranlé les États-Unis ce jour-là. Au-delà du souvenir des victimes, le président français a estimé que les dix années écoulées donnaient des raisons d'espérer, les instigateurs des attentats ayant échoué dans leurs objectifs de «porter un coup fatal» aux valeurs des démocraties et de «jeter irrémédiablement l'un contre l'autre» les mondes occidental et musulman. À l'inverse, «chaque jour depuis ce 11 Septembre, davantage de peuples partout dans le monde se réclament de nos valeurs, en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, dans tout le monde arabe et musulman que les terroristes prétendaient incarner, des millions de gens se sont levés pour les valeurs de la démocratie et de la liberté», a-t-il souligné.

 

Le 11 septembre était le pari fou d'une poignée d'islamistes embrassant le jihad - l'idée que le symbolisme d'une attaque meurtrière au coeur du pays le plus puissant du monde amènerait les musulmans du monde entier à se soulever contre l'Occident, et provoquerait une guerre de religion à l'échelle planétaire.

L'échec est patent. Partout depuis l'aspiration des peuples du monde semble être à davantage de justice, de démocratie et de liberté plutôt qu'au rejet de ces valeurs occidentales. De nombreux régimes despotiques sont tombés les uns après les autres - Afghanistan, Irak, Tunisie, Egypte, Libye. Demain peut-être la Syrie, après-demain, qui sait, l'Iran... La présence de l'Occident n'a pas toujours été officielle ni militaire, mais elle a toujours été là - même si elle ne devait ne s'incarner que dans d'humbles vidéos de manifestation postées sur Internet par des rebelles courageux filmant avec leurs smartphones.

L'attentat du World Trade Center a été le Pearl Harbor du XXIe siècle. Depuis le déclenchement de cette nouvelle guerre mondiale, plusieurs batailles ont été remportées mais le combat contre le totalitarisme islamique n'est de loin pas gagné. La guerre est sale. La moralité est mise à l'épreuve. La liberté civile a reculé dans les démocraties. Il y a des victimes innocentes. Les victoires sont incertaines. Personne ne sait quel genre de régime va émerger des pays qui ont été libérés par le printemps arabe. Les Talibans se terrent toujours dans les montagnes afghanes. La jeune démocratie irakienne reste fragile.

Personne ne contestera pourtant que le "camp occidental" progresse sur le terrain. Malheureusement, ces victoires parfois remarquables n'ont pas été suivies sur le plan des idées. L'idéologie ennemie n'est pas vaincue.

Sur ce plan-là, notre retard est inquiétant. L'Occident est loin de contrecarrer le mode de pensée qui sous-tend l'action terroriste islamique. Nous n'osons pas réfuter leurs croyances, les confronter ni les tourner en ridicule, pas plus que nous n'osons démanteler les filières prêchant la haine jusque dans les mosquées de nos villes. Nous fermons même les yeux sur les ennemis infiltrés dans notre camp.

Nos faiblesses expliquent largement ces carences stratégiques:

  1. La social-démocratie a miné les notions de liberté et de responsabilité individuelle, c'est-à-dire les fondements sur lesquels repose une démocratie saine.
  2. Le politiquement correct étouffe la sphère médiatique officielle, interdisant une vraie liberté de débat.
  3. Le multiculturalisme permet aux immigrés de s'épargner la moindre forme d'intégration ou de respect envers leur pays d'accueil, valeurs auxquelles se substituent communautarisme et mépris.
  4. Les valeurs occidentales de démocratie, de liberté de religion, d'universalité de la justice ont elles-mêmes été remplacées par un culte de la culpabilité mâtiné de tiers-mondisme, dépeignant la société existante comme corrompue, épuisée et coupable.

Nous avons peur de manquer de respect à ceux qui veulent nous égorger.

Le danger est grand. A ignorer l'aspect idéologique de la lutte contre le terrorisme et sa base religieuse, on prend le risque de ne jamais l'éradiquer entièrement. Démanteler les cellules terroristes sans s'attaquer leur dogme revient à rentrer au vestiaire avant la fin du match. Les conséquences, le grand public les connaît: la survie d'un terreau fertile d'où émergera immanquablement la prochaine génération de poseurs de bombes.

islam_will_dominate_world1.jpgLes banlieues européennes offrent un cocktail de plus en plus inflammable d'islam, de criminalité et de nihilisme. La propagande anti-occidentale s'y déverse librement. Des populations entière vivent de subventions en méprisant la main qui les nourrit. Les rares esprits libres à dénoncer cet état de fait sont ridiculisés, ostracisés et réduits au silence, à moins qu'ils ne soient carrément poursuivis en justice pour des motifs qui auraient fait pâlir d'envie Torquemada. Les chefs de file de la cinquième colonne islamiste et les mouvements politiques de gauche se manipulent l'un l'autre dans une valse inquiétante où nul ne sait plus qui mène le bal.

A quoi sert de chercher des camp d'entraînement au jihad au Waziristan? Leur utilisation est révolue. L'entier de la filière islamique se déploie désormais dans les banlieues occidentales ; les attentats sont de plus en plus le fait d'individus dont les origines sociales et ethniques ne se démarquent en rien de celles de leurs victimes. La ligne de front a bougé. En conséquences, la destruction d'une franchise locale d'al-Qaeda dans tel ou tel pays d'Afrique ou du Moyen-Orient a bien moins d'importance pour la sécurité européenne que de part le passé - même si les effets positifs sur la sécurité des populations locales sont toujours bons à prendre.

A Ground Zero, les tours jumelles du World Trade Center ne sont plus que des empreintes dans le sol. Le sud de Manhattan a été débarrassé de ses déblais et reconstruit. Les attentats du 11 septembre glissent lentement dans le passé pour s'inscrire dans l'histoire, et ne gardent guère qu'une utilité pratique, comme révélateurs d'esprits malades.

Si les lieux gardent une charge symbolique extrême, aujourd'hui, le combat est ailleurs. Et il n'est, de loin, pas terminé.

28 mars 2011

D'une guerre à l'autre

Vendredi dernier, Ueli Maurer, conseiller fédéral en charge de l'armée, s'est livré à dans les colonnes du Tages-Anzeiger à quelques critiques sur les opérations internationales en cours en Libye. Par sa franchise et son bon sens, il s'est immédiatement attiré une volée de bois vert de la part des éditorialistes et des bien-pensants: mettre en doute une offensive contre Kadhafi, comment ose-t-il!

L'unanimité médiatique contre Kadhafi n'est pas sans me rappeler l'unanimité diamétralement opposée à l'intervention militaire en Irak en 2003, dans les médias francophones en tous cas. Mettons en perspective les deux situations.

L'intervention contre la Libye n'est ni plus ni moins légitime que celle contre l'Irak de Saddam Hussein. Pour chacune, l'ONU a voté des résolutions (la 1441 dans un cas, la 1973 dans l'autre) laissant entrevoir un recours à la force aux contours mal définis. La teneur exacte des textes votés était si floue que les réticences ont été immédiates sur le périmètre d'un recours à la force, seul un conglomérat de "pays coalisés" entrant en action.

kadhafi-et-sarkozy.jpgEn réalité, la justification légale d'une action contre Kadhafi est bien plus faible que celle qui a eu lieu en son temps contre Saddam Hussein. Le leader libyen n'est pas coupable de crimes contre l'humanité comme le despote de Bagdad l'a été; en fait, jusqu'à la mi-février, les puissants du monde considéraient Kadhafi comme quelqu'un de respectable, passant outre ses liens (passés?) avec le terrorisme et la violence de sa dictature. Rien à voir donc avec le Raïs irakien, infréquentable depuis son invasion du Koweit en 1990.

Kadhafi est sans conteste un fou paranoïaque et calculateur; mais pour imprévisible soit-il, il avait apparemment renoncé au terrorisme et même à la recherche d'armes de destruction massive en 2003 - on a beau être fou, paranoïaque et calculateur, le destin de Saddam Hussein a fait réfléchir plus d'un dictateur. Pour nuisible qu'il soit, Kadhafi ne représentait pas une menace contre un pays voisin ni aucun membre de la communauté internationale.

Précisons enfin que, malgré toute la sympathie qu'elle peut susciter, la rébellion libyenne n'a aucune légitimité particulière. La charte de l'ONU empêche de s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays souverain, fut-ce une dictature (comme nombre de membres de l'organisation). Il n'est absolument pas dans les missions de l'ONU de favoriser une insurrection, même contre un tyran. La résolution 1973 évoque explicitement la protection des civils, interdit l'usage de troupes au sol, et exclut toute action visant à renverser le régime.

On pourrait se réjouir de la "distance" prise par les coalisés; elle n'est pas sans conséquences. L'offensive au sol est laissée aux chebabs libyens, à l'armement léger et aux compétences martiales discutables. Renoncer à envoyer des soldats professionnels sur le terrain et laisser faire le sale boulot à civils mal dégrossis sur des pick-up Toyota, est-ce vraiment le meilleur choix lorsqu'il s'agit de préserver des vies humaines?

En utilisant la résolution 1973 comme prétexte, les pays coalisés - France, Etats-Unis et Angleterre en tête, ont largement "interprété" le texte, au point de déclencher les protestations de la Ligue Arabe et même de certains de leurs partenaires de l'OTAN, peu enclins à les suivre dans une aventure militaire aux conditions de sortie indéfinissables.

Barack Obama a déclenché une guerre d'autant plus unilatérale qu'il n'a même pas l'aval du Congrès, à l'inverse de George W. Bush pour l'Irak en 2003. Et, qu'on ne se leurre pas, malgré l'omniprésence médiatique française, ce sont les Etats-Unis, et non la France, qui fournissent l'essentiel de l'effort militaire.

Vu d'ici, l'offensive contre la Libye ressemble moins à de la géopolitique qu'à un conflit de personnes entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, Angela Merkel, Barack Obama, David Cameron, Silvio Berlusconi et d'autres. Comme si une dispute de cour d'école se réglait avec des missiles et des avions parce que les protagonistes sont les leaders de leurs pays respectifs... D'ailleurs, personne ne s'attend à voir la communauté internationale réagir avec une telle diligence sur le Yémen ou la Syrie, où les mouvements d'opposition sont eux aussi descendus à balles réelles.

Je ne défends Kadhafi en aucune manière, loin de là. S'il finissait pendu au bout d'une corde ou écrasé dans l'effondrement de son bunker, cela égayerait agréablement ma journée. Mais en formulant cette opinion je suis cohérent avec la position que je tenais en 2003 face à l'intervention militaire contre Saddam Hussein: quelque part, même si une offensive militaire est lancée pour des raisons douteuses, la chute d'un dictateur est oeuvre de salubrité publique.

On ne peut pas en dire autant de toutes les voix qui protestaient en leur temps contre la guerre en Irak.

Où sont passés les manifestants de 2003 scandant que "la guerre n'est jamais la solution"?

Pourquoi cet assourdissant silence contre les opérations en cours aujourd'hui en Libye? J'ai peine à voir en quoi les deux situations n'auraient strictement aucun rapport. Et quand elles diffèrent, c'est largement en défaveur de la Libye. Par quel bout qu'on la prenne, l'opération "Aube de l'Odyssée" ressemble à une mauvaise copie de l'opération "Liberté en Irak": moins de légitimé internationale, moins de vision à long terme, moins d'union entre les alliés, moins de prise de risque des pays participants, laissant rebelles et civils en première ligne face aux ripostes du régime.

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Rétrospectivement, le silence de 2011 renvoie une bien piètre image des protestations de 2003.

Se pourait-il que l'opposition à la guerre contre Saddam Hussein n'ait jamais été qu'un prétexte visant à salir le président George W. Bush et son équipe républicaine? Prétendre cela, c'est sans doute médire, n'est-ce pas! Difficile pourtant, aujourd'hui, d'interpréter différemment l'étonnant silence des "pacifistes" face aux bombes et aux missiles qui déferlent sur le territoire libyen.

A ce qu'il semble, la guerre n'est jamais une solution - sauf quand elle est décidée par un président démocrate et soutenue par la France.