12 septembre 2016

La santé d'Hillary en question

Il a suffi d'un "léger malaise" de la candidate démocrate lors des cérémonies de commémoration du 11 septembre pour que la santé d'Hillary Clinton revienne sur le devant de la scène. L'épisode, filmé par plusieurs journalistes [correction: de simples spectateurs] selon des angles différents, fut diffusé sur la toile suffisamment vite pour qu'il ne soit plus possible de nier.

Quant à la légèreté du malaise, jugez-en par vous-même:

Clinton_Shoe.jpgAttendant la voiture en tenant à peine debout, la candidate, promptement soutenue par ses gardes du corps, rentre dans son véhicule blindé en abandonnant une chaussure dans le caniveau. Une photo qui aurait fait la une des journaux si elle avait pu concerner Trump.

On notera l'extrême détachement du personnel de sécurité pendant l'entier de cette scène: les agents observent les alentours et ne jettent pas un regard à Mme Clinton, alors que d'autres la soulèvent et l'embarquent dans le plus grand calme, comme si tout cela était une danse parfaitement chorégraphiée.

Est-ce le professionnalisme d'agents rompus à toutes les situations, ou l'expérience d'un personnel pour qui ce genre de passage à vide n'est pas une première?

Quelques jours plus tôt, Mme Clinton donnait une conférence publique très importante à Cleveland, pendant laquelle elle fut prise de quintes de toux incontrôlables pendant plusieurs minutes, provoquant un certain malaise dans le public. Elle réussit à glisser entre deux toux que son comportement était dû à "une allergie à M. Trump". La scène est moins embarrassante que la précédente mais reste tout de même singulière:

Les interrogations sont récurrentes quant à l'état de santé de Mme Clinton - mais il a suffi d'une vidéo accablante pour que ce qui n'était jusque-là que des "spéculations houleuses lancées par des adeptes de la théorie du complot", voire des rumeurs lancées à dessein par son adversaire, ne devienne en moins de 24 heures une vérité établie.

Un retournement de veste assumé avec tant de souplesse force le respect. Deux tweets d'un journaliste à quelques années d'intervalle permettent de se faire une idée de l'hypocrisie de la presse...

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2008: La santé de McCain: Ce Que Cela Signifie
2016: Ne peut-on pas arrêter de parler de la santé d'Hillary maintenant?

Dès 2012 Hillary Clinton ne donnait plus vraiment l'image d'une santé éclatante. Elle souffrit d'un virus gastrique et d'une déshydratation, puis d'une commotion cérébrale après s'être évanouie. Un caillot de sang fut ensuite découvert entre le cerveau et le crâne. A cette occasion elle vit double pendant quelques semaines. Même alors des soupçons planaient sur sa condition réelle, notamment parce qu'elle reçut des anticoagulants qui, de l'avis de médecins consultés par plusieurs médias, n'étaient d'aucune utilité pour des caillots dus à un traumatisme.

Aujourd'hui, l'entourage médical de la candidate démocrate affirme qu'elle a été victime d'une pneumonie détectée vendredi et qu'elle annulait tous ses rendez-vous pour les prochaines 48 heures. Ce diagnostic soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses.

  • Si Mme Clinton est diagnostiquée avec une pneumonie depuis le 9 septembre, comment se fait-il qu'elle ait participé à de multiples apparitions publiques impliquant de nombreux contacts avec la foule entre cette date et aujourd'hui? La pneumonie est une maladie grave, et contagieuse.
  • Mme Clinton serait traitée par des antibiotiques. Normalement l'amélioration du patient est rapide et notable avec ces médicaments. Or, son malaise du 11 septembre intervient après plusieurs jours de médication et semble donc d'autant plus étonnant à ce stade.
  • De nombreux épisodes de quinte de toux et de comportements étranges de Mme Clinton ont été rapportés (et filmés) depuis longtemps auparavant, et ne cadrent pas avec une simple pneumonie diagnostiquée il y a trois jours.
  • L'apparition forcée d'Hillary Clinton en bas de son immeuble peu de temps après son malaise, et l'affirmation livrée alors qu'elle aurait été victime d'une simple "insolation" (malgré une modeste température de 26° à New York) est un mensonge de plus, entachant encore la réputation d'une politicienne jugée peu sincère par la majorité des Américains.

Hillary Clinton vient de perdre gros aujourd'hui ; même ses partisans les plus déterminés auront des doutes quant à sa capacité à assumer la charge de Président. En termes d'image, une apparence de faiblesse et de maladie n'est guère motivante. Ces ennuis de santé s'ajoutent à la dernière polémique à peine retombée où elle clame que "la moitié" des électeurs de Trump sont des racistes, des xénophobes et des bigots, entre autres termes élégants!

L'élection présidentielle américaine a lieu dans moins de 60 jours. Pendant cet intervalle, l'état de santé de Mme Clinton sera épié, scruté, déchiffré en permanence - et probablement pas à son avantage. Si elle n'est effectivement atteinte que d'une pneumonie et qu'elle en guérit rapidement et complètement, elle garde quelques chances. Autrement, la maigre avance dont elle dispose dans les sondages promet de ne pas durer, d'autant plus que le plus dur arrive avec les trois débats prévus contre Donald Trump, qui ne lui fera pas de cadeaux.

Hillary Clinton sera-t-elle prête et en grande forme à temps? Imagine-t-on l'effet d'un de ces malaises ou d'une quinte de toux en direct sur un plateau de télévision?

Les médias et les démocrates américains réalisent soudainement que la candidature à la présidence d'Hillary Clinton n'a plus rien d'une marche triomphante vers la victoire.

06 août 2016

Donald Trump, éternelle cible

Quiconque lisant les médias au sujet Donald Trump finira immanquablement par arriver à l'une de ces deux conclusions:

  • Donald Trump est, au minimum, l'antéchrist. L'individu est cinglé, idiot, malhonnête et il s'agit là des qualificatifs les plus présentables. Son élection comme représentant du Parti Républicain est invraisemblable, inexplicable, et n'illustre rien d'autre que la stupidité intrinsèque des électeurs américains de droite, et par extension de tous ces fous d'Américains.
  • Donald Trump est la cible d'une campagne de calomnie absolument sans précédent. Dans un mélange de haine et de terreur, les médias travaillent d'arrache-pied à le démolir, fouillant dans ses poubelles et montant en épingle la moindre anecdote pour nuire au personnage ou à sa famille. Dans l'affrontement entre Clinton et Trump, toute déontologie a été jetée par-dessus bord et les rédactions travaillent ouvertement au succès de la candidate démocrate.

Le biais anti-Trump recopié par nos médias locaux avec un empressement servile trouve sa source outre-Atlantique. Le phénomène est si marqué qu'un éditorialiste poussa le bouchon jusqu'à la caricature, évoquant le candidat aux présidentielles comme "La Créature Démoniaque Surgie des Profondeurs de l'Enfer". Tout le monde comprit l'allusion.

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Plutôt que de s'acharner sur Donald Trump, les médias auraient pourtant de nombreux dossiers à traiter en examinant plus sérieusement les agissements récents de l'administration démocrate au pouvoir. Sous la férule de Barack Obama, l'homme qui décrète qui est qualifié pour être président, les États-Unis viennent de verser 400 millions de dollars en argent liquide étranger (Euro et Francs suisses, excusez du peu) à l'Iran pour la libération de quatre otages américains retenus là-bas.

Sur la fin de son mandat, le président américain ment désormais sans retenue, expliquant avec condescendance que les USA ne versent "jamais" de rançon. Mais le porte-parole de la Maison Blanche refusa de répondre à une simple question, à savoir, l'avion rapatriant les otages décolla-t-il de Téhéran avant l'atterrissage de celui transportant les millions? S'il eut été souhaitable d'obtenir ce détail de la bouche d'un officiel, la vérité est connue. Avant de pouvoir décoller, les otages attendirent sur le tarmac des heures durant que l'argent arrive. Rien à voir avec une rançon, n'est-ce pas!

Toujours sur l'Iran, nous apprenons via l'agence de presse AP que l'accord visant à limiter les capacités d'enrichissement nucléaire n'empêche en réalité rien du tout. Le deal largement négocié par la précédente Secrétaire d’État aux affaires étrangères, Mme Clinton, permettra au pays de disposer dans moins de dix ans, en toute légalité, de centrifugeuses tellement puissantes que l'intervalle entre une décision d'enrichissement militaire et l'obtention d'une bombe nucléaire se réduira à quelques mois.

Hillary Clinton est aussi impliquée dans la direction de Lafarge, une société industrielle française qui versa de l'argent à l’État Islamique et acheta vraisemblablement de son pétrole. La relation entre Mme Clinton et Lafarge, régulière donatrice à la Fondation Clinton, est une vieille histoire ; dans les années 80 déjà, la firme offrait un emploi à la politicienne au moment même où la CIA s'en servait comme couverture pour exporter des armes à un certain Saddam Hussein, nous apprend Wikileaks.

usa,médias,donald trump,hillary clinton,obama,manoeuvres politiques,iranLa bonne vieille guerre d'Irak fait d'ailleurs un retour sur le devant de la scène avec une des dernières anecdotes montées en épingle par les médias sur Donald Trump, la fameuse affaire de la famille du vétéran. Pendant la Convention Démocrate noyautée par Hillary, la parole fut donnée à un certain Khizr Khan, père d'un soldat mort en Irak.

Appuyé en silence par son épouse voilée ("celle-ci doit selon l'islam obtenir l'autorisation de son mari pour s'exprimer", rappela Trump), Khan brandit un exemplaire de la Constitution et attaqua violemment M. Trump en affirmant qu'il ne l'avait jamais lue ni "consenti de sacrifice", et invita finalement tous les américains d'origine immigrée à voter en faveur d'Hillary Clinton.

Les médias s'empressèrent d'appuyer les propos de M. Khan et de l'inviter sur les plateaux de télévision. Eussent-ils fait preuve d'un zeste d'esprit critique, ils auraient pu relativiser son intervention:

  • Le fils de M. Khan, Humayun, était majeur en s'engageant dans l'armée. Le choix d'aller en Irak était sa décision propre, non celle de sa famille. Khizr Khan le soutenait-il? Rien n'est moins sûr, et Humayun n'est évidemment plus là pour en témoigner. Le terme de "sacrifice" implique que les parents auraient appuyé le choix de leur fils de s'engager, mais ne correspond guère aux propos tenus.
  • L'intervention américaine en Irak en 2003 a été formellement approuvée par un vote de Mme Clinton. A l'inverse, M. Trump s'est plusieurs fois distancié de cette décision. Il est d'ailleurs proprement hallucinant de voir tous les médias hurlant continuellement contre la guerre en Irak devenir si subitement silencieux maintenant que cet aspect est devenu gênant pour la candidate démocrate.

"À chaque fois que le président juge que l’entrée de n’importe quel étranger ou de n’importe quelle classe d’étranger aux États-Unis serait au détriment des intérêts des États-Unis, il peut par proclamation, et pour la période qu’il jugera nécessaire, suspendre l’entrée de tout étranger ou de toute classe d’étranger comme immigrants ou non-immigrants, ou imposer sur l’entrée des étrangers toute restriction qu’il pourra juger appropriée."


Depuis, un portrait un peu plus complexe émerge: des gens ont naturellement commencé à s'intéresser à Khizr Khan, et découvert que celui-ci avait un cabinet de conseil juridique tirant directement profit de l'immigration musulmane à destination des États-Unis. Mieux encore, cette immigration se faisait au travers du programme EB-5, lourdement critiqué par des membres du Congrès et des services de renseignement comme une faille permettant l'exportation de technologie sensible, d'espionnage économique, et son détournement par des agents de gouvernements étrangers et des terroristes... Lorsque ces premiers éléments commencèrent à émerger, M. Khan mit rapidement son site hors-ligne.

Il y aurait donc beaucoup à dire et à creuser sur ce qui se passe dans le camp démocrate, du côté d'Hillary Clinton et de la Maison-Blanche, avec de vrais scandales à la clef. Mais les journalistes d'investigation travaillent exclusivement à charge contre Donald Trump. Les médias ne mettent donc en première page que les piètres morceaux qu'ils parviennent à dénicher: quelques phrases du discours de la Première Dame inspirées d'un autre écrit huit ans auparavant, ou un éventuel permis de travail dont elle se serait passée il y a 21 ans, en attendant un prochain "article de fond" sur des amendes de stationnement...

Évidemment, les Américains ne sont pas dupes. La popularité continue de Donald Trump est aussi la marque de la perte d'influence des médias traditionnels en faveur d'Internet où toutes ces informations se diffusent bien plus librement, et c'est le principal enseignement à tirer de cette campagne.

Les journalistes de presse et de télévision ont beau crier leur haine du candidat républicain, qui les écoute encore? En Amérique, plus grand-monde.

06 juillet 2016

Le FBI pardonne à Hillary

comey_0.jpgDans une présentation attendue, le directeur du FBI James Comey a enfin donné le point de vue des autorités sur l'affaire des emails qui empoisonne la campagne présidentielle d'Hillary Clinton. Le FBI recommande au ministère de la Justice de n'entreprendre "aucune poursuite judiciaire" à l'encontre de l'ancienne secrétaire d'État.

Le texte intégral de l'intervention de James Comey se trouve en ligne sur le site du FBI.

La déclaration de M. Comey clôt des mois d'enquête et d'examens. André Archimbaud donne un résumé du contexte et des enjeux sur Boulevard Voltaire. Tout démarre avec l'attaque de Benghazi, où un ambassadeur américain réclamant en vain des renforts se fait assassiner par des commandos islamistes bien préparés. Après ce fiasco, l'opinion publique est abreuvée d'une fable rocambolesque où l'attentat n'aurait été qu'une "simple manifestation dégénérant en émeute", elle-même consécutive à la présence sur YouTube de la bande-annonce d'un film américain islamophobe. La mort du fonctionnaire entraîne la création de deux commissions d'enquête qui vont révéler bien des choses:

Le 11 août 2014, la seconde commission d'enquête découvre, après injonction, que seuls dix courriels sur Benghazi sont produits par le ministère... parce que l'ancienne secrétaire d'État utilisait un serveur privé pour les affaires d'État. Suspicion supplémentaire : au lieu de remettre le serveur aux enquêteurs, Hillary les inonde de dizaines de milliers de pages de photocopies... en spécifiant royalement que 30'000 courriels ont été détruits du fait de leur nature "privée". Intervention du FBI, qui exige poliment la remise du serveur... déjà effacé. On saisit alors le serveur de sauvegarde installé dans la salle de bains d'une micro-société de consultants, avant de passer à l'archéologie numérique : 100 employés du FBI sont sur le pont... sachant que le respect d'une multitude de lois et règlements fédéraux est en jeu, en particulier sur les secrets d'État.


L'affaire se termine donc, apparemment, en queue de poisson:

Le FBI a tranché: Hillary Clinton a fait preuve d'une "négligence extrême" en utilisant inconsidérément sa messagerie personnelle, via un serveur privé, lors de son passage à la tête du Département d'État, de 2009 à 2013, mais elle n'avait "pas l'intention de violer la loi".


Les partisans pro-Clinton seront aux anges, mais ils seront bien vulnérables face à des accusations de partialité de la justice. Rappelons juste quelques éléments contextuels:

  • La loi américaine exige l'utilisation d'une infrastructure spécifique pour les communications électroniques conduites dans le cadre d'un mandat officiel, pour des raisons de transparence, d'archivage, et de contrôle, et punit la destruction de preuves.
  • Par une heureuse coïncidence, le nom de domaine clintonmail.com utilisé pour les échanges de mail "privés" des Clinton fut enregistré le 13 janvier 2009, soit exactement huit jours avant que Mme Clinton ne soit officiellement nommée secrétaire d'État de l'administration Obama.
  • Mme Clinton a utilisé de grands moyens pour effacer ses archives, et a en partie réussi: de nombreux trous de plusieurs mois subsistent dans sa correspondance, notamment autour d'un voyage de Mme Clinton en Libye en 2011. Nous savons que ces lacunes existent parce que des traces d'e-mails envoyés durant ces périodes se retrouvent dans des conversations avec des tiers.
  • Malgré le nettoyage opéré par Mme Clinton, certains de ses mails montrent encore des échanges d'informations top-secrètes, et qui l'étaient déjà au moment de la conversation électronique. Les traces de 110 e-mails "classifiés" ont ainsi été retrouvées alors qu'elle avait affirmé la main sur le cœur qu'il n'y en avait aucun. La transmission d'informations classifiées est un crime fédéral.
  • La semaine dernière, Bill Clinton rencontra "par hasard" la ministre de la Justice Loretta Lynch (en charge du FBI) sur l'aéroport de Phoenix. Pendant les trente minutes d'un entretien informel, ils ne discutèrent que "de golf et de leurs enfants et petits-enfants", affirment-ils.
  • Le Président Obama est tout autant impliqué comme témoin ou complice, ayant entretenu des conversations électroniques avec Mme Clinton sur cet e-mail privé et étant donc parfaitement au courant de son existence.
  • En 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé par Mme Clinton, et ensuite licencié, pour avoir utilisé une adresse e-mail privée dans le cadre d'affaires professionnelles. Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles. Peut-on parler d'hypocrisie?

En résumé, Mme Clinton mit en place un serveur mail privé pour déroger délibérément aux obligations de transparence liées à son rôle officiel, s'en servit avec abandon et, une fois découverte, chercha à effacer toute trace compromettante.

usa,hillary clinton,james comey,justiceOn peut s'interroger sur ce qu'Hillary Clinton avait à cacher. Sa responsabilité dans le fiasco de Benghazi et le scénario échafaudé ensuite pour l'excuser, certainement. Mais aussi, sans doute, un mélange des genres assumé entre son rôle de secrétaire d'État, la fondation Clinton - qui n’a distribué "humanitairement" que 10% des fonds levés depuis sa fondation en 2001 - et la caisse politique des Clinton en vue, notamment, de la campagne d'Hillary pour l'élection présidentielle. Autrement dit, les e-mails manquants portent certainement la marque des innombrables trafics d'influence auxquels s'adonne le couple présidentiel le plus célèbre du monde.

Jamais la législation américaine n'a prévu que quelqu'un ne devrait pas être inculpé pour avoir violé la loi sans le savoir, sans même considérer la légèreté de l'excuse dans ce cas précis. Compte tenu d'autres affaires où les accusés n'ont pas bénéficié de la même mansuétude, il est évident que Mme Clinton a bénéficié d'un traitement de faveur.

La non-entrée en matière du FBI n'est donc pas surprenante. Malgré les dénégations de son directeur, c'est évidemment un verdict politique, le seul qui puisse épargner la candidate démocrate dans sa campagne électorale. Mais Hillary Clinton n'en sort pas indemne. Le grand public américain est bien plus au courant des tentants et aboutissants de cette affaire, et la décision du FBI suscite une indignation légitime.

Beaucoup de gens ont le sentiment qu'il y a une justice pour le bas peuple et une autre justice, infiniment bienveillante, pour les puissants ; difficile de les contredire. Lorsque Donald Trump qualifie continuellement Clinton de "crooked Hillary" (crooked pour malhonnête, véreuse, tordue...) sur Twitter, il n'est que l'écho du sentiment de nombreux Américains. Mme Clinton s'en sort peut-être indemne légalement, mais elle aura fort à faire jusqu'aux élections pour changer son image de politicienne corrompue, hypocrite et au-dessus des lois.

20 avril 2015

Les casseroles d'Hillary

En annonçant sa candidature à la présidence des Etats-Unis, Hillary Clinton mit fin au suspense le plus faible de toute l'histoire politique américaine.

usa,hillary clintonChoisie cinq fois par le Time pour figurer sur la liste des cent personnes les plus influentes au monde, elle ne fait face à aucune concurrence dans son propre camp. Personne dans le camp démocrate ne semble prêt à en découdre face à elle - ce qui donne un aperçu de sa mainmise sur le parti de gauche. Cependant, la victoire devant les électeurs ne sera pas forcément acquise, Hillary Clinton traînant derrière elle un certain nombre d'affaires gênantes. Revenons sur trois d'entre elles.

Whitewater Development Corporation

Les médias sont prompts à ramener sur la table l'épisode Clinton-Lewinski, mais cette affaire n'en est pas une ; Hillary Clinton était la victime trompée - et en joua avec talent dans les médias - alors que son mari était poursuivi pour avoir menti sous serment. En évoquant l'affaire Lewinski comme un des épisodes négatifs émaillant l'histoire d'Hillary, les médias lui rendent en fait service, mêlant un faux scandale à d'autres, bien vrai ceux-là, pour affaiblir la crédibilité de l'ensemble.

Le plus ancien scandale sérieux porté à notre connaissance est celui de la Whitewater Development Corporation, un projet de développement immobilier dans lequel le couple Clinton s'était associé avec Susan et Jim McDougal dans les années 70. Selon un certain témoignage, Bill Clinton, alors gouverneur de l'Arkansas, aurait fait pression sur un investisseur afin qu'il accorde un prêt illicite (car adossé à des fonds fédéraux) de 300'000 dollars à Susan McDougal.

Des enquêtes mirent en cause plusieurs proches collaborateurs des Clinton, dont Jim Guy Tucker, le successeur de Bill Clinton comme gouverneur de l'Arkansas. Il fut reconnu coupable et emprisonné pour fraude.

Bien qu'une quinzaine de personnes soient concernées et malgré les soupçons planant sur les Clinton, les enquêteurs ne parvinrent pas à les mettre en cause directement. La façon dont ils furent protégés était des plus étranges. Ainsi, Susan McDougal accepta d'aller en prison essentiellement pour avoir refusé de témoigner devant la cour face à des questions sous serment sur l'implication des Clinton. Ils ne furent blanchis que grâce à des silence de ce genre. Les Clinton surent toutefois démontrer leur gratitude quelques années plus tard ; ainsi Bill gracia Susan McDougal dans les tous derniers jours de sa présidence.

Encore voilée de mystère quarante ans après, l'affaire Whitewater est symbolique de l'opacité dans laquelle les Clinton maintiennent leurs affaires.

L'attaque anti-américaine de Benghazi

Le 11 septembre 2012, la représentation américaine à Benghazi, en Libye, fut attaquée par des terroristes islamistes. La responsabilité de la protection du personnel incombait à la secrétaire d'Etat en charge des affaires étrangères d'alors, c'est-à-dire Hillary Clinton. L'assaut, en deux endroits différents et à plusieurs heures d'intervalle, se solda par la mort de l'ambassadeur Christopher Stevens, du chef du renseignement Sean Smith et de deux agents de la CIA, tous deux anciens navy SEALs, ainsi que d'une dizaine de blessés. La mort d'un ambassadeur à l'étranger était la première depuis plus de trente ans. Un mois plus tôt, il s'était inquiété du faible niveau de protection de la mission américaine dans la ville...

La gestion de la protection de l'ambassade, de l'attaque puis de la crise politique qui s'ensuivit fut un échec à tous les niveaux.

usa,hillary clintonL'attaque commença le 11 septembre à 21h (3h de l'après-midi à Washington). Entre 125 et 150 assaillants, "certains portant les tuniques de style afghan prisées par les militants islamistes", d'autres équipés de masques et de gilets pare-balles, lancèrent l'attaque avec des lance-roquettes, des grenades à main, des AK-47, des fusils d'assaut de l'OTAN, des mortiers et des mitrailleuses lourdes montées sur des pick-ups. L'ambassadeur trouva la mort dans cette première attaque qui montra des défenseurs fort peu préparés, un système d'alerte défaillant, une chaîne de commandement désorganisée et une force de réaction inexistante.

Une seconde attaque eut lieu un peu plus tard, à 4h du matin heure locale, contre une annexe de la CIA située à moins de deux kilomètres de là. De nouveau, les défenseurs durent faire face à des tirs nourris, dont des tirs de mortier. L'un d'eux dévasta le sommet du bâtiment, tuant deux Américains.

De façon stupéfiante, et alors même que la veille le chef d'al-Qaeda Ayman al-Zawahiri annonçait pour l'anniversaire du 11 septembre une vague d'attaque contre les Américains en Libye, la première réaction américaine officielle fut de lier ces événements à une obscure vidéo de bande-annonce d'un film improbable,  "l'innocence des musulmans" dont l'existence fut évoquée pour la première fois le jour même de l'assaut. Aussi absurde soit-elle, la manœuvre - relayée par quatre médias - visait sans aucun doute à couvrir les innombrables manquements du fiasco de Benghazi.

Le mensonge dura quelques temps, appuyé par toute la force de persuasion de l'administration Obama et empoisonna même le débat de l'élection présidentielle: l'attaque de Benghazi était une manifestation qui avait "dégénéré". Mais le récit fut de plus en plus difficile à tenir face aux témoignages et à l'étalage d'armes lourdes employées contre les Américains. La thèse finit par s'effondrer complètement, le rapport d'enquête officiel ne laissant planer aucun doute sur le ridicule de la version d'une manifestation anti-américaine improvisée ayant basculé dans la violence.

Sans aller jusqu'à les qualifier de négligences criminelles, les conclusions de la commission d'enquête pointèrent directement l'incompétence de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton en termes de leadership et de gestion de crise.

Le scandale des emails

La plus récente affaire en date concerne les emails de la politicienne. Le quotidien Libération donne avec sa complaisance habituelle un aperçu du sujet:

Pendant ses quatre années passées au département d’Etat, lors du premier mandat de Barack Obama, Hillary Clinton n’a jamais disposé d’une adresse électronique du gouvernement fédéral. L’ancienne secrétaire d’Etat (...) utilisait sa boîte personnelle, moins protégée des risques de piratage. Une adresse mail personnelle ne peut être utilisée qu’en cas d’urgence lorsque l’on travaille pour les services de l’Etat fédéral, rappelle le New York Times.


"Moins protégée des piratages?" En effet. C'est d'ailleurs par le biais d'un hacker roumain prenant le contrôle du compte mail d'un proche des Clinton que l'on appris l'existence de l'email particulier d'Hillary - employé dans son rôle de Secrétaire d'Etat.

Hillary avait bien une adresse email gouvernementale mais choisit délibérément de ne pas s'en servir. Pendant quatre ans, elle utilisa expressément un email privé, non encrypté et sans supervision, pour traiter d'affaires d’État officielles. Elle savait exactement ce qu'elle faisait puisque c'était précisément ce qui avait été reproché à des responsables de l’administration Bush en 2007, surpris à utiliser leurs boîtes mail personnelles pour ne pas avoir à livrer des échanges compromettants. A l'époque, Hillary était sénatrice, mais dans l'opposition.

Une fois dans le rôle de Secrétaire d'Etat, elle céda elle-même à la facilité d'un mail "officieux", bien pratique pour entretenir une correspondance parallèle sans rendre de compte à personne. Quelle excellente façon d'éviter d'avoir à divulguer quoi que ce soit à une éventuelle commission d'enquête!

Il est assez ironique de rappeler qu'en 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé et ensuite licencié pour avoir utilisé un email privé dans des affaires professionnelles. Histoire de lever le doute sur une éventuelle naïveté, Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles...

Prise la main dans le sac, Hillary prétendit que tout cela était en fait très transparent et livra des milliers de pages d'échanges comme preuve de sa bonne foi. Les enquêteurs eurent donc un aperçu de ce qu'Hillary voulait bien leur livrer, mais évidemment pas de ce qu'elle avait omis. Ensuite, par le plus grand des hasards, le serveur mail des Clinton clintonemail.com fut purement et simplement... Formaté.

Nous ne saurons peut-être jamais les secrets que Mme Clinton a décidé d'effacer, mais elle n'est pas sortie d'affaire pour autant. Écrits dans le cadre de son travail de Secrétaire d’État, ces messages étaient propriété du gouvernement américain ; elle est donc susceptible d'être accusée de destruction de biens de l’État. En outre, selon la date du formatage "accidentel" du serveur mail, elle pourrait également être poursuivie pour destruction de preuves. Enfin, tout son comportement est une violation flagrante des lois fédérales américaines sur l'archivage et la transparence.

L'affaire suit son cours.

Faire table rase du passé, un exercice difficile

D'une certaine façon, les auspices sont favorables à la candidature d'Hillary. D'une part, les médias acquis à sa cause veilleront à la présenter sous le jour le plus favorable possible, tout en dénigrant sans vergogne les candidats républicains. D'autre part, une proportion importante des électeurs démocrates votent en faveur d'un système et non d'une personne ; ils soutiendront simplement le candidat officiel qu'on leur désignera.

Cependant, Hillary Clinton ne pourra pas profiter de l'engouement qui avait porté Barack Obama avant son premier mandat. Présente dans le panier de crabes politique depuis l'université, première dame sous Bill Clinton, sénatrice de l'Etat de New-York sous la présidence Bush fils, secrétaire d'Etat dans le gouvernement d'Obama, elle est l'incarnation parfaite de la politicienne professionnelle, voguant au sein des arcanes du pouvoir comme un poisson dans l'eau, allant se cacher sous un rocher si les courants sont défavorables.

La promesse du Hope and Change de Barack Obama avait beau être creuse, elle amenait les foules à se mobiliser ; Hillary représente tout le contraire de ce message. Elle illustre à merveille les élites de Washington corrompues et éloignées des réalités, repoussant les gens normaux. Coupée du commun des mortels, voguant de congrès en sommets internationaux, considérant les allées du pouvoir comme son jardin, Hillary Clinton ne fait pas partie du sérail - elle incarne le sérail.

Les "affaires" suffiront-elles à ternir son éclat? Cela dépend de la curiosité des électeurs à aller au-delà des médias mainstream et de leur hagiographie permanente. Mais, surtout aux Etats-Unis, qu'on ne prenne pas à la légère la menace des sites alternatifs sur Internet ; ce sont eux, par exemple, qui contraignirent le président en exercice Barack Obama à éclaircir la controverse de son lieu de naissance.

Le premier adversaire d'Hillary ne viendra pas du camp républicain mais de son propre passé. Les médias parviendront-ils à le faire oublier pour la présenter comme une candidate toute neuve? Son succès repose sur le maintien de cette illusion.