23 août 2018

Les socialistes de Renens découvrent le communautarisme

Le verdict est tombé: acquittement. Fadhil*, Conseiller communal socialiste, n'est pas reconnu coupable par la justice vaudoise de s'être livré à de la "captation de vote" lors des dernières élections à Renens.

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L'histoire remonte aux élections communales de 2016. Au-delà des résultats généraux, dont il fut rendu compte dans ce billet, le dépouillement donna lieu à une étrangeté: des dizaines de bulletins de vote socialistes biffés de la même façon avec quatre ou cinq "cibles désignées", éventuellement assortis du cumul de Fadhil. Le soupçon de manipulation est courageusement révélé au grand jour par une dénonciation anonyme... Comme l'explique alors 24Heures,

[Fadhil, candidat PS sortant], aurait manipulé des bulletins de vote pour favoriser sa réélection au détriment de rivaux de son propre parti, qui ont d’ailleurs perdu leur siège. Un recomptage est ordonné, de même qu’une enquête administrative du Canton. Conclusion: le résultat du scrutin est revu, deux élus sont réintégrés, mais l’élection de [Fadhil] est confirmée et l’enquête ne parvient pas à établir l’existence d’irrégularités.


Bien que les faits ne soient susceptibles que d'une amende, la fraude potentielle est ici suffisamment importante - on parle de 120 votes - pour attirer l'attention de tous les acteurs du Canton, médias, Conseil d'État, justice. Le procureur Christian Buffat s'empare de l'affaire et monte un dossier.

Avec l’aide d’autres personnes, que le Ministère public n’a pas pu identifier à ce jour, [l'élu socialiste] aurait cumulé son propre nom et biffé de manière systématique les noms de cinq autres candidats du PS renanais.

L’acte d’accusation précise que [Fadhil] aurait remis ces bulletins notamment à des électeurs de la communauté kurde, qu’il aurait personnellement approchés pour les amener à voter.


Le procès a lieu cette semaine, et voit passer le témoignage à charge de l'ancienne syndique communiste de Renens Mme Huguenin. La Municipale socialiste Patricia Zurcher Maquignaz fait quant à elle état de pratiques locales courantes dans la falsification d'élections:

Selon elle, [l'accusé aurait accédé] à la présidence de l’association des jardins familiaux de Renens à l’issue d’un vote où le nombre de bulletins était supérieur au nombre de membres inscrits. «Elle n’était pas présente, a répliqué [Fadhil]. Chaque fois que je réussis quelque chose, on m’accuse.»


Malgré les nombreux témoignages à charge, les preuves matérielles sont insuffisantes et le tribunal prononce l'acquittement. Il ne s'agit guère d'une surprise ; dès avril 2016, à la suite d’une enquête administrative, le Conseil d'État avait nié toute irrégularité, estimant que «le fait que quelques candidats aient été systématiquement biffés et d’autres régulièrement ajoutés ne permet pas de conclure à une fraude». La vraie fraude, c'est à partir de combien de bulletins Mesdames et Messieurs du Conseil d'État?

Maintenant que Fadhil est blanchi par la justice, il retrouve de plein droit sa place au sein du PS renanais. Entre une Municipale témoignant contre lui et des élus socialistes victimes de ces bulletins biffés mais élus tout de même, l'ambiance des prochaines séances de groupe du Parti Socialiste risque d'être encore plus lourde que pendant ces deux dernières années.

Mais toute cette histoire n'est pas là que pour rendre compte des turpitudes de la vie politique renanaise. Quelle que soit la véracité qu'on accorde à la version des uns et des autres, elles ont en commun que des dizaines d'électeurs de la communauté kurde de Renens ont accepté de suivre les instructions de l'un d'eux, et l'ont fait avec une remarquable discipline. Leur nombre a fini par peser sur le résultat de l'élection elle-même. Cette approche risque de renforcer les nombreuses tensions communautaires à Renens, celles entre les Turcs et les Kurdes n'étant pas des moindres.

La "personnalisation" du communautarisme n'était sans doute pas ce qu'avaient en tête les socialistes suisses lorsqu'ils choisirent de courtiser le vote des étrangers. Au lieu de réunir les électeurs sur des valeurs helvétiques communes comme le fait l'UDC, le parti socialiste se trouve dans une impasse. En jouant la carte des minorités, il se condamne: impossible d'être l'agrégat de toutes les minorités. Le résultat des rapports de force ethnique aura tôt fait de transformer les listes électorales socialistes en champ de bataille où chaque communauté luttera pour la suprématie en doublant les siens et en biffant le reste. Cette trajectoire ne peut que nuire aux candidats d'origine suisses, qui seront les premières victimes du feu croisé des uns et des autres.

Nul doute que les stratèges socialistes vont désormais surveiller de près les statistiques des bulletins modifiés lors des prochaines élections - et pas qu'à Renens.

*prénom d'emprunt, pour la forme.

18 août 2018

L'inexplicable suicide européen

Il suffit de quelques jours de vacances en Europe de l'Est pour prendre la mesure de ce que beaucoup de peuples du Vieux Continent ont perdu.

La Hongrie et la Croatie ne sont pas des sociétés "multiculturelles" dans le sens que ce mot recouvre désormais dans une bonne partie de l'Europe. Il n'y a pas de militaires armés patrouillant dans les rues, parce qu'il n'y en a pas besoin. Il n'y a pas pléthore de miséreux dans les centres-villes, ni de bandes de racailles en maraude, ni de silhouettes noires voilées de pied en cap. Il n'y a pas de sentiment d'insécurité minimisé par des médias partisans, pas d'attentats terroristes réalisés ni déjoués, pas de plots de béton à chaque rue piétonne au cas où, pas de revendications islamistes absurdes à chaque opportunité, accordées avec empressement par une classe politique rivalisant de veulerie. Il n'y a pas de hordes d'envahisseurs venus détruire la société locale en se faisant passer pour des "réfugiés" dans l'hypocrisie générale.

Dans ces contrées, tout n'est pas parfait évidemment, mais la dynamique est positive, l'ambiance est bonne et l'humeur est à l'espoir - une différence notable d'avec l'Europe de l'Ouest où les gens s'enferment à moudre du noir en redoutant, avec raison, que le lendemain soit pire que la veille.

Que ce soit dans la vieille Hongrie ou la jeune Croatie, les habitants sont aussi fiers de leur pays. Au sud-ouest de Budapest se trouve le Lac Balaton, le plus grand lac d'Europe centrale. L'Abbaye bénédictine de Tihany le surplombe. Fondée par le roi András I en 1055, le roi y est enseveli dans une crypte depuis sa mort, en 1060 après Jésus-Christ - plus de deux siècles avant le pacte fondateur de la Suisse primitive. Contempler une sépulture de près de mille ans dans un lieu toujours conforme à l'esprit de son fondateur force le respect. On aimerait pouvoir en dire autant d'autres pays, d'autres pactes. On ne le peut.

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Il suffit de reprendre contact avec l'actualité pour que celle-ci vous gifle, immédiatement. Pas la presse mainstream bien sûr - celle-ci esquive les véritables sujets pour ne laisser, en guise d'information, qu'une coquille vide - mais des vrais sites d'information, de réinformation comme on les présente parfois, comme LesObservateurs.ch. Entre une profession de foi et un billet d'humeur, on y voit surtout des faits divers, innombrables, fragmentaires, les pièces d'un puzzle terrible que seuls les aveugles volontaires les plus acharnés refusent de voir.

Pour ces derniers jours, nous avons la propagande des chemins de fer autrichiens, un "demandeur d'asile" en Allemagne furieux qu'on ne lui accorde pas une BMW à 50'000 euros, un professeur des Pays-Bas qui explique doctement que "les Hollandais doivent s'habituer à devenir une minorité" dans leur propre pays, une musulmane demandeuse d'emploi refusant de serrer la main à un recruteur en Suède (le recruteur sera puni d'une amende), des émeutes raciales coordonnées dans le même pays qui s'est "ouvert à l'autre",  une ex-esclave yézidie qui fuit l'Allemagne après y avoir retrouvé son bourreau de l'État islamique, lui-même réfugié, une famille syrienne qui reçoit gracieusement plus de 5'000 euros mensuels et un appartement de 220 mètres carrés en Allemagne encore, la naturalisation du terroriste islamiste de Westminster au Royaume-Uni, le FMI qui "préconise" 5,5 millions de migrants pour l'Espagne d'ici 2050...

Ces liens, convenablement sourcés et authentifiés, n'ont pas plus d'une semaine. Ils ne couvrent de loin pas l'entier de cette actualité. Il y a des centaines de nouvelles du même acabit, chaque semaine.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a quelques années, la différence entre LesObservateurs.ch et 24Heures (les deux plateformes que je consulte d'un peu plus près que les autres puisque mes billets s'y retrouvent) tenait avant tout à l'interprétation de l'actualité ; en d'autres termes, la teneur de l'information partisane qui pouvait, par exemple, émailler une campagne électorale avant une votation. La publication de Tamedia reflétait fidèlement le point de vue officiel, avec ses invités sempiternellement de gauche, ses débats déséquilibrés, ses éditorialistes sentencieux et sa fidélité acquise à l'Union Européenne. Pour compléter son point de vue il fallait alors aller chercher "aux franges de l'empire" les informations politiquement incorrectes, les arguments contradictoires, les réflexions iconoclastes qui n'avaient pas droit de cité ailleurs.

Cette pluralité d'opinion, indispensable à une compréhension adéquate des enjeux, fut peu à peu phagocytée par le traitement de l'invasion migratoire du continent européen. Lancinante depuis des années, elle entra dans sa phase aiguë vers 2015 sous les encouragements d'Angela "Wir schaffen das!" Merkel. Les médias officiels traitèrent l'information aussi servilement que d'habitude, débordant d'enthousiasme et forçant les populations envahies à la compassion avec des ficelles aussi grosses que nécessaire. Pourtant, ils échouèrent à modeler l'opinion publique selon leurs désirs. Aussi cessèrent-ils purement et simplement de traiter le sujet.

Les seules mentions sur l'immigration qu'on verra dans les médias officiels helvétiques sera par exemple pour dire qu'elle est en baisse, mélangeant allègrement le flux (le nombre de nouveaux entrants) et le stock (les populations installées) pour confondre le grand public. Si seulement quelques centaines de milliers d'immigrés clandestins envahissent le continent, au lieu de quelques millions, on annoncera toute honte bue que "l'immigration diminue" en Europe, et pas un mot sur les dizaines de millions qui s'y prélassent déjà en préparant la future guerre civile. Et pour le reste, silence radio. La divergence de vue entre LesObservateurs.ch et 24Heures ne porta plus sur l'analyse de l'information, mais sur son accès tout court. Évidemment, les gens devinaient qu'on leur cachait certaines réalités et n'aimèrent pas cela. Les courbes d'audience s'en ressentirent.

Froidement analysé, le refus d'un média de traiter une actualité idéologiquement déplaisante, fut-ce au prix de son lectorat, s'apparente à un suicide. Un suicide est un geste totalement irrationnel. Le Matin s'en est rendu coupable il y a quelques mois, d'autres publications s'apprêtent à subir le même sort, mais l'irrationalité des médias n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Des suicides du même genre ont lieu partout dans nos sociétés, à tous les niveaux.

Angela Merkel choisit délibérément de ne pas faire respecter la loi et de laisser des millions de personnes envahir l'Europe en direction de l'Allemagne. Moralité, elle se débat depuis dans les conséquences de sa politique pendant que l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) taille des croupières à son parti. Rien ne l'obligeait à cela. Politiquement, c'est un suicide. D'autres formations politiques font de même ailleurs. Elles lancent leur pays dans une folle trajectoire et se plaignent ensuite d'être chassées du pouvoir par les partis qu'elles haïssent le plus. N'est-ce pas absurde?

Les bien-pensants, les fonctionnaires et les agents des ONG, partout en Europe, souhaitent la bienvenue à des populations musulmanes pour l'essentiel ingérables, inadéquates, revendicatives et agressives. Ils mettent en jeu l'avenir de leurs propres enfants dans des pays dont ils précipitent l'effondrement. Qu'il s'agisse des finances publiques, des politiques de redistribution, des retraites, des assurances sociales, tout part à vau-l'eau, et de plus en plus vite. Et bien entendu les Occidentaux ne font même plus d'enfants, hâtant leur génocide.

Les raisons du suicide européen sont difficiles à cerner, mais le suicide lui-même ne fait aucun doute. C'est comme si toutes les décisions politiques, toutes les alliances, tous les alignements visaient à en finir le plus vite possible.

Lorsque les historiens du futur se pencheront sur les ruines de notre civilisation, ils se poseront certainement des questions quant aux raisons de ce qui est, de toute évidence, un mouvement collectif à l'échelle de l'Europe - un suicide à la fois politique, médiatique, idéologique, économique et culturel. Est-ce un cynique calcul de pouvoir de la part des élites installées? Est-ce la consécration d'un racisme anti-blanc masochiste visant à éliminer la plus grande partie de la civilisation occidentale? Est-ce la dernière pulsion nihiliste de la génération soixante-huitarde avant qu'elle ne s'enfonce dans les limbes? Est-ce la doctrine keynésienne du "à long terme nous sommes tous morts" poussée à son paroxysme? Il y a davantage que l'opportunisme de tous les peuples conquérants entourant l'Europe pour piller le cadavre pendant qu'il est encore chaud. Des forces internes sont à l’œuvre.

Une chose est certaine pourtant, toute l'Europe n'a pas choisi comme un seul homme l'impasse de l'autodestruction. Le futur sera sans pitié pour les peuples de France, de Suède, d'Allemagne, du Royaume-Uni, de Belgique et d'autres pays encore. Demandez ce qui les attend aux Chrétiens du Liban, aux fermiers blancs d'Afrique du Sud ou du Zimbabwe, aux Arméniens de Turquie. Il ne sera pas tendre non plus pour ces peuples faisant dans la mièvrerie et la demi-mesure alors que leur survie est en question. Mais d'autres nations d'Europe ont saisi la nature des enjeux, et se préparent avec habileté et détermination à y faire face. Je n'ai aucun doute dans les capacités de survie de la Hongrie, de la Pologne, et d'autres pays d'Europe de l'Est, quelles que soient les anathèmes lancés par l'ONU ou les manigances de Bruxelles.

Peut-être assistons-nous, à une vitesse accélérée, à la même vague d'effondrement qui emporta l'Empire Romain ; mais si Rome tomba, Constantinople résista pendant encore plusieurs siècles à travers l'Empire Byzantin.

La survie de la civilisation européenne passera forcément par les pays d'Europe de l'Est, ceux de l'Ouest étant sans doute déjà condamnés.

07 juillet 2018

Bébé décapité en public en Allemagne

L'histoire remonte au mois d'avril, mais la vérité n'émerge que maintenant.

Allemagne – Jeudi, sur le quai du RER de la gare Jungfernstieg à Hambourg, Mourtala M., un « réfugié » nigérien, a mortellement poignardé son épouse, une Allemande de 34 ans, et leur enfant âgé d’un an à peine.

Cet immigré africain serait arrivé en Allemagne en 2013, après avoir débarqué à Lampedusa. Il avait été accueilli dans l’église Saint-Paul de Hambourg où l’on suit à la lettre les directives immigrationnistes du pape François.

L’immigré infanticide a été arrêté par la police et incarcéré.

 
Voilà comment l'information fut présentée en France. Elle fut aussi transmise en Suisse, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud et naturellement aux États-Unis. En Français, seule une publication moins "mainstream" se permit de rentrer dans quelques détails du mode opératoire:

Jeudi 12 avril à Hambourg en Allemagne. Plusieurs dizaines de passagers attendent leur train à Jungfernstieg, une station de métro du centre-ville, quand soudain vers 10h30, une scène d’horreur se déroule sous leurs yeux. Un homme d’une trentaine d’années s’approche d’une mère de famille et de sa fille de 1 an. Il sort un énorme couteau de cuisine puis les poignarde toutes les deux. Sauvagement.

La police et les pompiers arrivent sur place très rapidement. Pour la petite fille, hélas, il est déjà trop tard. Elle succombe à ses blessures sur le quai de la gare. La mère, quant à elle, parvient à être réanimée mais elle mourra finalement à l’hôpital…

“Il les a clairement visées et ne leur a laissé aucune chance”, précise aujourd’hui Timo Zill, porte-parole de la police de Hambourg. D’après les déclarations de cet officier, le tueur, originaire du Niger en Afrique, était l’ex-mari de la jeune femme, une allemande de 34 ans. Il était aussi le père de l’enfant. (...)


Quelques termes manquent de ces descriptions:

  • "Bébé". Les médias préfèrent pudiquement évoquer un "enfant âgé d'un an" pour diminuer la perception d'horreur par le public, mais on parle d'une fille de un an, c'est-à-dire d'un bébé.
  • "Décapitation". Parce que l'assassin a bel et bien décapité l'enfant et ne l'a pas seulement poignardé.

Nous le savons à travers des témoignages concordants et parce que désormais des images du crime, commis en plein jour et en pleine foule, circulent. Un citoyen ghanéen, Daniel J., chanteur de gospel dans une église évangélique de Hambourg présent sur le quai à ce moment-là eut la présence d'esprit de filmer. Je vous déconseille d'aller voir.

Mourtala Madou, immigrant illégal du Niger âgé de 33 ans, n'a laissé aucune chance à son ex-petite amie, Sandra P, et leur fille Miriam âgée d'un an. Les médias ne rapportent pas que le premier enfant de la victime, âgé de 3 ans, était lui aussi sur les lieux et vit sa mère et sa sœur assassinées juste devant lui. Ils précisent pudiquement que les coups de couteau étaient "précis". L'assassin a commencé par s'enfuir de la scène de crime ; il n'appela la police pour se rendre que plus tard. Il aurait agi "par colère et esprit de revanche" car une cour de justice lui aurait dénié la veille la garde jointe de sa fille.

En réalité, Madou aurait menacé de s'en prendre à Sandra P. et au bébé depuis des mois. Un inspecteur expliqua aux journalistes que la police avait lancé une enquête mais avait conclu que les "menaces n'étaient pas crédibles" et abandonna les charges. Un an et demi plus tôt, en Octobre 2017, un juge mit fin à une ordonnance restrictive que Sandra P. avait obtenue deux mois auparavant en estimant qu'il ne voyait "aucune preuve" que Madou la menaçait. C'est en même temps que les menaces de Madou se firent plus précises et qu'il annonça clairement: "je vais tuer notre fille, et après ce sera ton tour!"

Or, et c'est là que les choses deviennent instructives, les autorités allemandes font de gros efforts pour supprimer toute trace de cette vidéo du témoin et tous les articles qui l'évoquent, ou qui évoquent le crime lui-même.allemagne,immigration,islam,violence

Voilà pourquoi de nombreux liens fournis dans ce billet pointent vers des archives plutôt que les sites eux-mêmes, où l'information est rapidement purgée. On ne s'étonnera pas que les autorités allemandes essayent de taire la vérité, comme en Suisse d'ailleurs, mais les moyens déployés pour atteindre l'objectif montrent les priorités des pouvoirs publics:

Heinrich Kordewiner, un blogueur de Hambourg qui découvrit la vidéo de Daniel J. sur sa page Facebook, la mit en ligne sur YouTube. Quelques jours plus tard, une équipe d'inspecteurs et d'officier de la cyber-police de Hambourg arriva à l'appartement de Kordewiner avec un mandat de perquisition. Les agents confisquèrent son ordinateur, son téléphone mobile et d'autres appareils électroniques, dans le but avoué de trouver des "preuves" de son "crime". Celui dont il était et dont il est toujours accusé: avoir mis en ligne la vidéo.

Kordewiner et son colocataire racontèrent le raid à Gatestone, qui eut lieu à 6h45 du matin. Alors qu'ils refusèrent d'ouvrir la porte, la police l'enfonça - et lança ses recherches jusque dans la chambre du colocataire, qui n'était même pas concerné par le mandat de perquisition. "L'officier de police dit qu'il pouvaient aussi chercher des cartes SD", raconte le colocataire. "Alors qu'il renversait mes livres des étagères, il sous-entendit qu'il avait le droit de mettre sens dessus dessous l'appartement tout entier. Il m'intima de rester tranquille."


Comme toujours et partout dans les affaires de censure, celle-ci finit par avoir un effet complètement opposé à son objectif initial.

Kordewiner fut mis en accusation pour avoir "envahi la sphère privée" de la victime de l'assassin, en vertu du paragraphe 201a du code pénal allemand, voté en 2015. La législation de censure d'Internet fut poussée par le Ministre de la Justice d'alors, le social-démocrate Heiko Maas - aujourd'hui Ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement Merkel - soi-disant au nom de la protection des victimes d'accident de la route contre d'éventuels voyeurs.

Même alors, la loi controversée fut longuement débattue en 2014 et dénoncée par des associations de journalistes comme mettant en danger la liberté de la presse. Le raid contre Kordewiner fut justifié par une "atteinte à la vie privée" mais cet angle d'attaque est extrêmement faible. Seul le pied de la victime peut être aperçu dans la vidéo, et seulement pendant un bref instant. Comme le quotidien Hamburger Abendblatt le fit remarquer, la prise de vue est "floue, prise à distance et ne permet pas l'identification de qui que ce soit." Pendant ce temps, le journal Die Welt mit en ligne une vidéo montrant un gros plan du corps de la victime - sans rencontrer la moindre réaction des pouvoirs publics. La seule différence entre les deux vidéos est l'évocation d'une décapitation en commentaire sur celle de Daniel J.

De ce point de vue, la prétendue "atteinte à la vie privée" résonne comme un prétexte.

Les pouvoirs publics allemands font de leur mieux pour cacher la décapitation du bébé au grand public. La procureure d'État Nana Frombach évoque une simple "rumeur". Tout au plus admit-elle que le bébé avait subi "de graves blessures au cou". Nana Frombach dépend de l'autorité du gouvernement de Hambourg, une coalition d'écologistes alliés à des socio-démocrates. Le Ministre de la Justice local, Till Steffen, est membre des Verts. En 2016, il empêcha la police de diffuser des photos d'Anis Amri, conducteur responsable de l'attentat au camion de Berlin, alors qu'il était en fuite, craignant que la diffusion des images du suspect n'alimente des "réactions racistes."

Malheureusement pour ces gens, le récit de ce qui s'est passé est dans un document officiel public - le mandat de perquisition utilisé pour forcer et fouiller l'appartement d'Heinrich Kordewiner. Le document, dont Kordewiner reçut une copie, mentionne que Madou "voulait punir la mère de l'enfant" et "faire respecter ses prétentions de pouvoir et de possession." Avec "l'intention de tuer", Madou prit "soudainement" un couteau du sac-à-dos qu'il transportait, puis "poignarda l'enfant dans le ventre et ensuite trancha presque entièrement son cou." Et depuis quelques jours, cette affaire - qui remonte à avril de cette année - est en train de devenir virale.

Pourquoi ne pas mentionner la décapitation? Chacun aura sa propre idée des raisons de cette censure. Mais il est clair que les autorités allemandes disposent désormais d'un vaste arsenal de mesures juridiques pour empêcher toute diffusion d'une vérité dérangeante et n'hésitent pas à s'en servir - au point que certains se demandent s'il est encore possible de rendre compte correctement du prochain attentat islamiste commis en Allemagne. Comment publier la moindre image des victimes, même impossibles à identifier, si ces diffusions suffisent à constituer autant "d'atteintes à la vie privée" ?

Pour le quotidien régional Hamburger Abendblatt, ce double meurtre est un crime passionnel qui n'a pas le moindre intérêt particulier pour le grand public.

Dans la future Allemagne radieuse d'Angela Wir schaffen das! Merkel, il ne faudra pas longtemps avant que les témoins d'une décapitation publique ne soient tous déportés, hurlants, dans les geôles du Ministère de l'Amour de 1984.

01 juillet 2018

Angela Merkel perd (presque) son ministre de la CSU

Avec la démission de son Ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, la CSU est sur le point de quitter la coalition gouvernementale et le poste de la Chancelière ne tient plus qu'à un fil.

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Horst Seehofer et Angela Merkel au temps de l'insouciance migratoire, en 2008

Je reconnais mes erreurs: je pensais que Mme Merkel serait éliminée en novembre déjà. L'échec des pourparlers de coalition avec tous les partenaires envisageables - c'est-à-dire à peu près tous sauf l'Alternative pour l'Allemagne et sa politique anti-immigration illégale, ce qui en dit long sur les lignes idéologiques infranchissables pour la politicienne - devait annoncer sa fin, mais elle parvint in-extremis à ressortir une "grosse coalition" avec la gauche allemande. Les socialistes avaient bien annoncé leur volonté d'être dans l'opposition mais la soupe du pouvoir s'avéra finalement trop bonne.

C'est finalement sur son aile droite que la coalition s'est désagrégée au bout de trois mois. La crise couvait entre la CSU bavaroise de Horst Seehofer et la CDU de la Chancelière, et le poste de Ministre de l'intérieur offert au chef du parti pour l'acheter ne suffit pas à l'éteindre. "Je ne peux plus travailler avec cette femme", aurait confié M. Seehofer à des proches, selon le quotidien Die Welt.

Horst Seehofer serait-il le héros courageux résistant à la corruption idéologique de Berlin au nom du peuple bavarois? Si l'on en croit l'un des nombreux portraits dressés ces derniers jours par les médias (qui savent sentir le vent tourner mieux que personne) on pourrait s'en convaincre:

Le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer a pris la tête d'une croisade contre la chancelière sur l'immigration et pour la défense des intérêts nationaux sur le mode "l'Allemagne d'abord". (...)

Quelles sont les motivations du ministre? Une partie des réponses sont à trouver dans les origines de cet homme de 68 ans, aux racines profondément ancrées dans "l'Etat libre de Bavière", le nom officiel de ce Land qui s'est toujours rêvé un destin à part dans l'histoire allemande.

Aimant régulièrement porter la culotte de cuir traditionnelle bavaroise, ce catholique convaincu est né et a grandi à Ingolstadt, fief de Audi, située entre Munich et Nuremberg. Issu d'un milieu modeste, M. Seehofer, qui se targue de ne pas avoir obtenu son baccalauréat, a néanmoins toujours partagé sa carrière entre sa région fétiche et Berlin: député pendant 28 ans puis ministre-président de Bavière de 2008 à mars 2018, il avait fait son entrée au gouvernement sous Helmut Kohl en tant que ministre de la Santé (1992-1998) puis comme ministre de l'Agriculture (2005-2008) sous Mme Merkel.

Pourtant, sa carrière aurait pu tourner court en 2002. En soins intensifs pendant plusieurs semaines en raison d'une myocardie, il s'en sort avec seulement un coeur affaibli. Les médecins lui suggèrent alors d'arrêter la politique.

La contestation du cap d'Angela Merkel sur les migrants - alors que la CSU et la CDU sont en principe des partis alliés - lui a redonné depuis trois ans une seconde jeunesse. (...)

Le quotidien Tagesspiegel [résume une forme de révolution nationale en Allemagne aux accents trumpiens et en rupture avec l'héritage pro-européen d'après-guerre] ainsi: "L'Allemagne d'abord, l'Europe en deuxième".


La réalité est pourtant un peu plus nuancée que cela. Certes, Horst Seehofer pense sans doute à la Bavière, en première ligne de l'invasion migratoire subie par le pays depuis des années et de façon particulièrement intense depuis 2015, et on peut porter sa démission au crédit de ses convictions. Mais il y a davantage.

En point de mire de l'ex-Ministre se trouve la mainmise totale de la CSU sur le Land allemand.

La CSU dirige de façon ininterrompue la Bavière depuis 1957 - on dressera un intéressant parallèle avec notre PDC valaisan - mais le parti perd progressivement des plumes. Les législatives de septembre dernier représentèrent un score historiquement mauvais pour le parti, avec seulement 38% des voix.

Or, les élections régionales prévues pour octobre 2018 laissent entrevoir un nouveau mauvais résultat, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) le grignotant petit à petit. Avec 40% d'intentions de vote - pour l'instant - la CSU perdrait déjà la majorité absolue, et avec elle sa mainmise historique sur la région.

Cette mainmise lasse les électeurs eux-mêmes. Un sondage de Forsa du 29 juin montra que 54% des électeurs bavarois de la CSU souhaiteraient voter pour la CDU si elle était implantée dans la région (suite à des accords nationaux, la CSU dispose seule de la Bavière, la CDU étant représentée dans tous les autres Länder). Une liste théorique de la CDU en Bavière pourrait donc emporter jusqu'à 33% des suffrages. Plus d'un tiers des Bavarois avouèrent que la domination de la CSU sur leur région était le plus gros problème local, encore plus que le nombre de ceux pointant du doigt l'afflux de réfugiés.

Lorsque Horst Seehofer déclencha une polémique juste après sa nomination en assurant que "l'Islam n'appartient pas à l'Allemagne", ou lorsqu'il réclama le refoulement systématique aux frontières de l'Allemagne des immigrés clandestins déjà enregistré auprès d'un autre pays dans la base de données européenne, il se pourrait qu'il ait eu à l'esprit plus de préoccupations électoralistes pour la CSU qu'il dirigeait depuis 2008 que la volonté de réellement changer les choses. Son intransigeance pourrait relever de la manœuvre, mais la progression fulgurante de l'AfD sur ces terres montre que les citoyens lui font peu confiance.

Dans ce contexte, la démission de M. Seehofer de son poste de ministre et de celui de président de parti pourrait s'apparenter à un ultime coup de poker pour sauver le plus important, la CSU bavaroise. Il n'est pas sûr que la manœuvre réussisse.

Ainsi, la fin de la coalition historique entre la CDU et la CSU n'est pas entérinée. Horst Seehofer a démissionné et n'a pas mis à exécution sa menace d'un projet de renvoi unilatéral des migrants à la frontière bavaroise ; il n'a donc pas été limogé par Angela Merkel. Cela préserve donc "officiellement" le rôle de la CSU comme partenaire de coalition. Mais dans cet enchaînement d'intrigues on voit mal comment la CSU et la CDU pourraient continuer à marcher ensemble. La Chancelière ne semble que très mollement décidée à durcir le ton sur la question du contrôle des frontières et des mouvements de migrants à l'intérieur de l'UE.

Le coup suivant appartient donc à Angela Merkel, au pied du mur.

Si la Chancelière chute, les couteaux seront désormais tirés - la création d'une section bavaroise de la CDU et de sections de la CSU hors Bavière pourraient se produire, dynamitant le centre-droit allemand dans le prétendu "pays du consensus". Ce n'est que de la politique-fiction à ce stade, mais la démission de M. Seehofer est bien réelle. Elle rebat les cartes du pouvoir à Berlin et change l'équilibre des forces autour de la question migratoire dans l'Europe entière, pendant que le gouvernement Merkel vacille encore davantage.

Mise à jour (2 juillet): la relecture de cet article ce lundi, alors qu'il a été écrit dimanche soir peu avant minuit, interpelle. Alors qu'il devait s'exprimer dimanche "dans la journée", puis "à 21h", c'est finalement après 23h que Horst Seehofer annonça sa "démission" suite à des discussions de dix heures (!) à l'interne de la CSU.

Les détails filtrèrent petit à petit. Détail troublant, alors que "l'ultimatum" avait expiré depuis longtemps, on passa d'une décision unilatérale de fermeture des frontières extérieures de la Bavière aux migrants qui aurait provoqué l'éclatement de la coalition au pouvoir, à une simple démission la préservant, et Horst Seehofer aurait aussi démissionné de la présidence de la CSU.

Lundi matin, la fermeté affichée par le politicien bavarois vire à l'eau de boudin. Bien que désignant Mme Merkel comme le "principal obstacle" à une politique migratoire décente (M. Seehofer ne proposait rien de plus que d'appliquer les Accords de Dublin, quel extrémisme!) son opposition frontale à la Chancelière finit de se diluer dans des stratégies politiciennes assez minables:

Le ministre allemand de l’Intérieur a évoqué trois scénarios. Devant les cadres de son mouvement, il a indiqué qu’il pouvait soit céder à la chancelière et rentrer dans le rang, soit passer outre les objections d’Angela Merkel et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières – ce qui entraînerait son limogeage et l’éclatement du gouvernement de coalition – ou enfin démissionner de son poste.


La discussion avec les cadres de la CSU a tempéré les ardeurs du cheval emballé. La CSU prend peur à l'idée d'être responsable de la chute du gouvernement Merkel, tout en admettant qu'elle est un obstacle à la politique cohérente qu'elle réclame. Au pied du mur, elle choisit la soumission - en donnant encore trois jours à la Chancelière, sait-on jamais. La realpolitik revient sur le devant de la scène puissance dix. Le spectacle ridicule est peu goûté par le public, qui n'est pas dupe:

Face à une crise dont l'épilogue est sans cesse repoussé, le site du magazine de référence Der Spiegel se montre acide : "il démissionne, il ne démissionne pas... La dispute entre la chancelière Merkel et son ministre de l'Intérieur devient toujours plus absurde". (...) [Les] intentions de vote pour la CSU en vue d'élections régionales à l'automne en Bavière continuent de baisser au profit de l'extrême droite.


L'Allemagne navigue donc à l'aveuglette mais Horst Seehofer vient clairement de rater sa sortie. Pour la démonstration de la combativité et de l'intransigeance de la CSU sensée détourner l'électorat de voter pour l'AfD, l'échec est total. Rien n'est encore joué dans un sens ni dans l'autre mais on peut être sûr que la CSU se prépare à une débâcle historique dans son fief bavarois en Octobre. Quant à Mme Merkel, elle s'accroche encore et toujours au pouvoir, jusqu'à la prochaine crise...

Mise à jour (2 juillet au soir): la pantalonnade arrive à son terme, le Horst Seehofer et Angela Merkel étant comme par hasard parvenus à un accord de dernière minute:

Le compromis trouvé prévoit qu'à l'avenir les demandeurs d'asile arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans d'autres pays de l'UE, soient conduits dans des "centres de transit" directement à la frontière, et non plus répartis dans des foyers dans l'ensemble du pays. Une fois leurs dossiers examinés, ils seront depuis ces centres - où ils seront tenus de rester - renvoyés dans les pays de l'UE d'où ils viennent. Toutefois ces retours devront être organisés dans le cadre d'accords administratifs conclus avec les pays concernés.


Donc voilà, l'Allemagne va de nouveau appliquer les Accords de Dublin, incroyable. Mais l'existence de centres surveillés à la frontière implique qu'il va de nouveau falloir surveiller ladite frontière et construire lesdits centres. Et le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le parti social-démocrate SPD, doit encore dire s'il accepte les termes de cet accord. La tragicomédie germanique continue donc.

26 juin 2018

L'Europe coule en un mois

La crise des migrants précipite l'effondrement de l'Union Européenne, et celui-ci va s'accélérant.

Las! Ceux qui pensaient que l'UE s'écroulerait sous le poids de la dette publique, du tiraillement économique autour de l'Euro entre les pays du Nord et du Sud, ou des suites du divorce mal fagoté du Brexit, se trompaient tous - et moi le premier. Le caillou qui aura fait trébucher l'éléphant est la crise des migrants.

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Rappelons-le, la "crise des migrants" est une pure invention des pouvoirs politiques de l'Union Européenne et de leurs mentors universalistes de l'ONU. La guerre en Syrie en 2015 est devenue le prétexte d'une invasion du continent à une échelle inégalée dans l'Histoire - des gens qui n'ont pour la plupart jamais vu la Syrie, jamais fui une guerre, et qui ne souffrent même pas de la pauvreté.

La "crise des migrants" est le nom donné à l'abandon de toute politique migratoire organisée. Tous les traités internationaux, toutes les directives, toutes les organisations, contrôles, droits et devoirs liés à la protection des frontières disparaissent, et ce, à l'échelle continentale. Suivant l'appel de la Chancelière allemande Angela Merkel, des hordes se sont mises en marche en direction de l'Allemagne - et parfois au-delà, envahissant l'Europe par le Sud. Elles furent bien aidées, et le sont encore, par des ONG dont personne ne questionne l'origine des fonds, et la bureaucratie mondiale qui associe l'idéologie universaliste la plus aveugle à la haine la plus crasse de l'Occident, de ses richesses et de sa paix.

La pièce est jouée désormais, et nombre de peuples européens - notamment les Allemands, les Suédois, les Italiens ou les Grecs - devront lutter pendant des décennies dans leur propre pays pour en reprendre le contrôle, et simplement survivre aux métastases migratoires qui transforment des enclaves entières de leur territoire en zones de non-droit qui ne dépareilleraient pas dans les banlieues de Mogadiscio. Les Allemands qui trouvaient leur vie monotone et ennuyeuse, les Suédoises qui discutaient du sens de la vie vont pouvoir vibrer de l'expérience vivifiante de la survie dans les zones du tiers-monde qui s'étalent désormais à quelques stations de métro de leur domicile - et entretenues avec leurs impôts par-dessus le marché.

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Les sujets d'inquiétude des populations d'Europe

S'il fallait donner un nom à cette folie, ce serait l'Aquarius - le bateau-passeur de Médecins sans frontières et de SOS Méditerranée. L'Aquarius quitta son port européen début juin pour faire un ramassage de migrants à la limite des eaux territoriales libyennes selon un schéma bien rôdé. Les passeurs remorquent à quelques distances des côtes des embarcations de fortune sans moteur et abandonnent leur cargaison flottante, quelques centaines d'immigrants qui ont payé leur ticket pour l'eldorado européen, puis préviennent les "secours" selon des codes convenus. Le ballet des navires de ramassage s'ensuit. On prend les photos de tous ces gens installés avec leurs gilets de sauvetage dans une embarcation visiblement en panne (s'il venait à quiconque l'idée saugrenue de contester le danger immédiat dans lequel se trouvent les "naufragés") et ramène tout le monde à bord. Puis, voyage de quelques jours vers le nord entre cafés, photo-souvenirs et sourires pris depuis les couvertures, débarquement, rechargement de vivres et nouveau départ.

Des dizaines de milliers de migrants sont venus en Europe par ce chemin. Les navires des ONG - Aquarius, Lifeline, Sea-Watch, Open Arms - se font concurrence entre eux pour ramasser tout le monde. Mais ce que nul n'avait prévu lors du dernier voyage, c'est que l'Italie aurait changé de gouvernement.

Une dépêche de l'AFP tente de donner une chronologie de "deux semaines de tension grandissante en Europe", mais il s'agit de bien davantage - le craquement sinistre et final de la coque.

Dans la nuit du 9 au 10 juin, l'ONG française "SOS Méditerranée" recueille 630 migrants sur son bateau l'Aquarius (...). Le navire, arrêté entre Malte et l'Italie, attend des instructions pour débarquer dans "un port sûr".

Le 10 juin, l'Italie annonce fermer ses ports, une décision sans précédent du nouveau ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, chef de la formation d'extrême droite La Ligue. Malte refuse également l'accès de ses côtes au bateau.

Le 11 juin, le nouveau président du gouvernement espagnol, le social-démocrate Pedro Sanchez, propose le port de Valence à l'Aquarius. Le bateau refuse d'abord d'entreprendre un voyage de quatre jours vers l'Espagne, à cause d'un manque d'essence, de vivres et de mauvaises conditions climatiques. Le lendemain, l'Italie décide de dépêcher deux navires pour transborder des rescapés et accompagner l'Aquarius vers Valence.

Critiqué pour son inaction, le président français Emmanuel Macron dénonce la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien". Rome refuse les "leçons hypocrites" de Paris. Une rencontre entre le président français et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte le 15 juin est toutefois maintenue.

Le 16 juin, l'Espagne accepte l'offre française d'accueillir une partie des migrants de l'Aquarius, qui arrive à Valence le lendemain.

Le 18 juin, l'aile la plus à droite de la coalition au pouvoir en Allemagne, lance à Angela Merkel un ultimatum de deux semaines pour une solution européenne au défi migratoire, cinq jours après la création d'un "axe" contre l'immigration clandestine par les ministres de l'Intérieur italien, autrichien et allemand.

C'est un coup dur pour la chancelière allemande Angela Merkel, chahutée dans son pays pour sa politique d'asile jugée trop généreuse et qui voit menacé le fragile équilibre de sa coalition.

La CSU du ministre de l'Intérieur Horst Seehofer veut, sauf accord européen au sommet des 28 et 29 juin, refouler aux frontières les demandeurs d'asile enregistrés dans un autre pays de l'UE, le plus souvent l'Italie ou la Grèce, soit la quasi-totalité d'entre eux.

Le 21 juin, l'Italie menace de mettre sous séquestre deux navires d'ONG allemandes pour vérifier la correspondance entre leur pavillon néerlandais et leur nationalité. Il s'agit notamment du navire Lifeline, qui a secouru plus de 230 migrants et qui reste depuis bloqué dans les eaux internationales en attente d'une solution.

Le 23 juin, la France et l'Espagne proposent, avec l'appui de Berlin, des "centres fermés" sur les côtes européennes pour gérer les migrants débarquant de Méditerranée. Matteo Salvini dénonce "l'arrogance" du président français.

Le 24 juin, les dirigeants de seize pays se réunissent à Bruxelles pour un mini-sommet sur les questions migratoires, sans aboutir à des mesures concrètes. La réunion est boycottée par le groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne), favorable à une ligne dure sur l'immigration.

Pour contourner l'absence de consensus à 28 qui paralyse l'UE, la France et l'Allemagne appellent à des accords à plusieurs pays.

Rome appelle elle à "dépasser" le principe du règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile. L'Italie demande aussi des "sanctions financières" contre les pays n'accueillant pas de réfugiés, comme M. Macron la veille.

Le bras de fer se poursuit en Méditerranée. L'ONG espagnole Proactiva dénonce le refus de Rome de laisser son navire Open Arms porter secours à un millier de migrants. Matteo Salvini somme les ONG de rester à l'écart des opérations de secours pour laisser les gardes-côtes libyens s'en charger.

Un porte-conteneur de l'armateur danois Maersk Line est lui bloqué au large de la Sicile avec 108 migrants secourus, dans l'attente d'une réponse de l'Italie.

Le 25 juin, Matteo Salvini, en déplacement à Tripoli, indique que l'Italie soutiendra jeudi lors du sommet de l'UE "la mise en place de centres d'accueil et d'identification (de migrants) au sud de la Libye".


Voilà où nous en sommes.

Les brèches sont devenues des fissures qui sont elles-mêmes devenues des failles, puis des gouffres.

Depuis des mois, les pays de l'Est, du groupe de Višegrad rejoint par l'Autriche, ont fermé les chemins d'accès terrestre vers l'UE. Ils ne veulent pas de l'immigration illégale, ils n'en voulaient pas, ils n'en ont jamais voulu, et ils n'en auront pas - et aucune gesticulation d'aucun bureaucrate de Bruxelles ne pourra rien y changer. Toutes les stratégies parisiano-berlinoises à base de quota ou d'amendes pour désobéissance à des règles de répartition qui n'ont jamais été approuvées par personne sont vouées à l'échec.

Au sud, les cartes sont rebattues. L'Espagne est à gauche mais pas suffisamment pour devenir la terre promise de toute l'Afrique. L'Italie a compris que derrière les beaux discours elle doit assumer, seule, l'invasion migratoire - et elle n'en peut plus. Ses ports sont désormais fermés aux ferries des ONG-passeurs.

L'Europe telle que la rêve encore la gauche qui prétendait dominer le continent n'existe plus que dans deux pays - la France et l'Allemagne. Et encore. En Allemagne, Angela Merkel est en sursis - sa fragile coalition menace d'imploser dès la fin du mois, mettant un terme à sa carrière de politicienne. À supposer qu'elle réussisse à traverser l'épreuve, ce qui l'amènerait à trouver par on ne sait quel miracle un chemin médian entre son ministre bavarois qui ne veut plus d'immigrants illégaux et le gouvernement italien qui veut au contraire se décharger des siens en direction de l'Allemagne, elle finira son mandat dans la fragilité et l'immobilisme. Je pense qu'elle ne tiendra pas l'été.

À Paris, on se complaît comme depuis toujours dans la contradiction: Emmanuel Macron tance et sermonne, se réservant effrontément de suivre les obligations qu'il aimerait imposer aux autres. On gronde l'Italie parce qu'elle n'accepte pas les navires des ONG-passeurs, mais on bloque les hordes dépenaillées de clandestins à la frontière de Vintimille. On pérore sur la responsabilité de tout un chacun devant la crise mais on fait débarquer les nouveaux venus à Barcelone plutôt que Marseille. Comme Matteo Salvini le fait remarquer, "si Orban est méchant, Macron est 15 fois plus méchant" simplement parce que le premier a refusé de prendre 300 migrants alors que le second refuse d'en prendre 9'000 - et critique les autres par-dessus le marché. Les contradictions françaises sont béantes.

Non seulement l'Union Européenne s'est effondrée, mais elle le sait. Les pays ne daignent même plus se déplacer pour des "mini-sommets" ou des réunions de travail, lesquels ne débouchent plus sur le moindre "communiqué commun". Personne n'articule même plus de "consensus" parce qu'il n'y a plus de consensus sur rien.

La fin du mois verra la résurgence d'accords bilatéraux entre pays de l'UE pour régler des questions migratoires - l'approche la plus contradictoire à toute la construction européenne où l'uniformité était l'objectif. L'axe franco-allemand tourne à vide et n'a plus d'alliés. Seuls les journalistes parisiens continuent par habitude de transmettre religieusement les déclarations de Macron comme si elles avaient le moindre poids, alors qu'il n'a plus aucune influence sur la marche du continent.

L'Europe n'a pas disparu, bien sûr. Elle continuera à légiférer sur les sacs poubelles ou le commerce des pailles en plastique, ou à exercer son influence prédatrice sur les pays satellites comme la Suisse. Mais en tant qu'entité politique organisée, elle s'est évaporée comme la rosée du matin au lever du soleil.

Voilà pour une fois des nouvelles réjouissantes.

Mise à jour (29 juin): le sommet a donc eu lieu et a accouché d'un accord "au forceps" dixit les médias. Mais tout est vide. L'accord consiste à dire qu'il faut que les pays se montrent solidaire de la vague migratoire sur une base volontaire - je crois que personne ne peut décemment s'opposer à ça puisque ça n'engage à strictement rien. Mais la politique des quotas tentée en force depuis quatre ans n'est plus à l'ordre du jour, donc victoire des pays de l'Est et de l'Autriche.

Sinon, on propose aussi de créer des camps d'enregistrement, qui ne verront évidemment jamais le jour, ni en UE, ni ailleurs. Le Maroc, la Tunisie et la Libye ont dit non, la France, l'Espagne et l'Italie ont dit non aussi.

Il sera très intéressant de voir comment les donneurs de leçon style Macron continueront à l'ouvrir pour sermonner les autres, dans ces circonstances.

Prochain défi médiatique: les bateaux des ONG-passeurs qui errent, surchargés, en Méditerranée pendant que personne n'en veut.

Mise à jour (1er juillet) : le Ministre de l'intérieur Horst Seehofer, chef de la CSU bavaroise, démissionne du gouvernement Merkel suite à ses désaccords avec la Chancelière sur la gestion de la crise des migrants. Les jours d'Angela Merkel à la tête de l'Allemagne sont comptés.

25 janvier 2018

Récits du chômage

Le chômage n'arrive pas qu'aux autres. Mettant à profit ma propre expérience à ce sujet, il m'a paru intéressant de partager avec de nombreuses personnes rencontrées lors de cette période difficile et de rendre compte de leurs témoignages.

Jeunes, vieux, licenciés de fraîche date ou non, personnel en charge de la réinsertion, tous font état d'une réalité dont les médias parlent peu. Elle est pourtant bien là et pour les malheureux jetés dans la précarité, les effets peuvent être ravageurs. Mais avant de réformer les assurances sociales, il faut aussi comprendre où en est réellement le marché du travail...

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Chiffres trompeurs

"Le chômage est bas en Suisse", explique Julien*, qui travaille dans une caisse de chômage, "mais les chiffres sont erronés. La réalité est différente du beau temps permanent sur lequel brodent les médias en brandissant les statistiques macro-économiques. Il existe de multiples façons de tricher pour embellir la situation."

"Par exemple, la loi sur le chômage a changé en 2010 pour réduire la durée d'indemnité de deux ans à environ un an et demi. Cela a eu un effet mécanique sur le taux de chômeurs, puisque ceux qui sortent du chômage ne sont plus comptabilités dans les statistiques, même s'ils pointent à l'aide sociale.
- Mais c'est magique! Il suffit de diminuer la période d'indemnité du chômage pour diminuer le nombre de chômeurs!
- Il faudrait être naïf pour croire qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Moi, je serais politicien, je passerais la durée d'indemnité à un an et ça diminuerait instantanément le taux de chômage d'un tiers. Les médias crieraient au génie. Mais dans la réalité, les chômeurs en fin de droit se déversent dans l'aide sociale, avec une situation encore plus précaire."

"Il y a aussi les stages d'occupation, les cours, les formations..." poursuit Julien. "Ces diverses activités sont financées par le chômage, mais sans qu'il ne lui en coûte grand-chose ; par exemple, la caisse verse la même indemnité à un individu employé dans une cantine industrielle dans le contexte d'un programme de retour à l'employabilité, que s'il restait chez lui. Les cours de remise à niveau en langue sont réellement facturés, en revanche, mais sont aussi relativement bon marché, et s'étendent sur une durée assez longue."

"L'intérêt, c'est que pendant que le demandeur d'emploi se livre à toutes ces activités, il ne compte pas dans les chiffres du chômage. Il est occupé. Et il y a dans le canton [de Vaud], en permanence, des centaines de personnes qui disparaissent ainsi des statistiques."

Ressources humaines

Marcia* raconte comment elle s'est fait licencier. "Un jour de semaine comme un autre, je suis convoquée sans crier gare par les Ressources Humaines (RH). Aucun ordre du jour n'est mentionné. Devant la salle de réunion, trois collègues. L'un d'eux, plus cynique que nous, voit tout de suite clair: On nous convoque à quatre, sans motif, alors qu'on bosse dans des équipes différentes... On va probablement nous dire qu'on est virés."

Les autres restent incrédules, sans réussir à avancer d'autre explication plausible. Le malaise est d'autant plus grand que la société va très bien. Son action bat des records et tout le monde a du travail par-dessus la tête. Alors, pourquoi faire perdre leur emploi aux gens? Mais la réunion survient, interrompant la discussion. Elle confirmera les inquiétudes: le licenciement est prononcé.

"La froide mécanique est lancée" raconte Marcia. "Aucune faute n'est reprochée. La direction a simplement décidé de réduire l'effectif du site. Les victimes recevront une prime liée à l'ancienneté, mais celle-ci est conditionnelle ; elle n'est acquise que si l'employé part sans faire de vagues. Une carotte bien mise en avant pour éviter de traîner l'affaire devant le Tribunal de prud'hommes.
- Et tu n'as pas fait appel à eux alors?
- Bien sûr que non. Personne ne l'a fait. Certains se sont renseignés sur leurs droits mais commencer une période de chômage par un procès n'est pas très engageant. Et même une victoire n'aurait pas évité la recherche d'un nouvel emploi. En fin de compte, ils tiennent le couteau par le manche. Il n'est jamais bon de se fâcher avec son précédent employeur, qui peut être contacté par le suivant au cours du processus de recrutement."

Marcia discute avec un responsable des RH plus loquace qu'à l'accoutumée. Il laisse échapper que les départs "naturels" de l'année représentent juste 10% de l'effectif de la société, à une personne près. "Comme les années précédentes. Il est vrai qu'en licenciant davantage, l'entreprise devrait alors se livrer à un plan social. Celui-ci la soumettrait à diverses contraintes, en plus de verser des primes de départ plus élevées que le deal qui nous a été proposé. Donc les licenciements sont calculés chaque année pour passer juste sous l'écran radar."

"De nombreux postes sont ouverts dans des succursales en Union Européenne ou plus loin encore, avec un descriptif de poste strictement identique à l'emploi que j'occupais. Sans doute le hasard", conclut Marcia avec un sourire grinçant. "En Suisse, à mon niveau hiérarchique, la société n'a plus embauché personne depuis six ans."

Chercheur d'emploi professionnel

Tonio* travaille au sein de la Genève Internationale. Habitué à enchaîner les contrats à durée déterminée, la recherche d'emploi fait partie de son quotidien. Il explique comment le processus de recrutement fonctionne, histoire de briser toute illusion. "Il faut comprendre que les places sont disputées. Très disputées."

"Imaginons qu'un poste soit ouvert, une vraie annonce, pas une fausse pour laquelle le poste est déjà pourvu par piston ou promotion interne. Les responsables du recrutement reçoivent plusieurs centaines de CV, des volumes parfois hallucinants. Dans un premier tri, la plupart sont écartés - des gens qui ont postulé pour beurre, ou dont le profil est vraiment trop éloigné des exigences du poste. Reste encore une centaine de CV potables, des candidats qui pourraient faire le job. Et là, il faut commencer à réfléchir un peu."

Tous les critères sont possibles, tant qu'ils permettent de sélectionner. "Être disponible immédiatement peut être un atout, les RH n'aiment pas attendre. Mais souvent ils écartent les chômeurs identifiés comme tels, en particulier ceux de longue durée." Sinon il y a aussi "l'âge, les qualifications, l'expérience préalable dans le secteur d'activité, le sexe, la présence de divers mots-clés... Les critères sont arbitraires, mais tout le monde s'en fiche. Le but est de réduire la pile par n'importe quel moyen."

Et bien sûr la tâche est finalement accomplie. "Au bout du compte, les RH soumettent au manager une liste de cinq profils préférés, avec une réserve de quelques autres au cas où. Ensuite, c'est à chacun de jouer sa partition en entretien."

"Ce qu'il faut retenir de tout cela", résume Tonio, "c'est que la recherche d'emploi est concurrentielle à un point que les gens n'imaginent même pas. On partait de 100 candidats sérieux sur une annonce ; seulement 5 rencontreront l'employeur. Franchement, les 95 autres auraient aussi bien convenu. Donc, si tu vois une annonce qui te décrit parfaitement - exigences, expérience, caractère, secteur d'activité, que sais-je encore - ne deviens pas dingue si l'entreprise ne daigne même pas te téléphoner. La réalité toute simple, c'est que même si le poste semble fait pour toi, tu n'as que 5% de chances d'arriver à l'entretien."

Des organismes chargés d'accompagner les demandeurs d'emploi corroborent cette description. Les postulations doivent être travaillées pour parvenir à "convertir" 5% d'entre elles en rencontres formelles - une sur vingt, sachant qu'elles ne déboucheront pas toutes, et de loin, sur une promesse d'embauche. Rares sont ceux qui atteignent ce taux.

La vraie concurrence

Un proche me fait part d'un poste aperçu dans le quotidien 24Heures. Bizarrement, l'annonce n'est pas accessible en ligne. Elle ne mentionne qu'une adresse postale. À notre époque, cela paraît incroyable. Même si le descriptif du poste ne colle pas vraiment, je postule par acquis de conscience. Je suis invité à un entretien. Bonne pioche.

Je rencontre le directeur de la branche romande d'une PME alémanique. "Nous cherchons toujours du monde", m'explique-t-il. Malheureusement, il apparaît assez vite que le poste ne convient pas. Tant pis. Mais je profite de l'occasion pour poser la question qui me brûle la langue. "Vous avez publié votre annonce dans le feuillet Carrières de 24 Heures. Version papier uniquement. Pourquoi?
- C'est délibéré. Nous avons essayé plusieurs canaux, divers portails et sites de petites annonces, jobup, etc. mais nous ne trouvions pas les gens que nous souhaitions.
- Comment cela?
- Trop de réponses, trop de n'importe quoi. À chaque fois, nous recevions plusieurs centaines de dossiers candidats. Des postulations venues de l'Europe entière. Portugal, Grèce, Espagne, France... Traiter et filtrer tout cela était infernal. Moi, je veux quelqu'un qui connaisse la région et s'y déplace, qui puisse rencontrer nos partenaires industriels.
- Quelqu'un qui lirait la version papier de 24Heures...
- Exactement. Quelqu'un qui habite sur place."

Méditant sur ces propos, je quitte l'entretien en ayant pour la première fois un aperçu de la concurrence à laquelle est confrontée le demandeur d'emploi helvétique.

Sous-enchère salariale

Les ORP disposent de leurs propres bases de données où les employeurs potentiels peuvent directement publier leurs offres d'emploi. Pourquoi s'embêter à passer par de coûteux portails spécialisés lorsque l'administration propose le même service, gratuitement? Ce que les candidats ignorent, en revanche, c'est que la fiche d'emploi remplie par l'employeur contient plus de champs que ce qu'ils voient sur le site officiel, pour des raisons de statistiques ou de contextualisation. Parmi ces champs se trouve le salaire estimé pour le poste. Et on assiste à de drôles de choses.

"Le phénomène est relativement nouveau", explique Pierre*, informaticien dans l'administration. "Disons, quelques années tout au plus. Mais il prend rapidement de l'ampleur. Des sociétés ont publié des offres d'emploi avec un niveau de salaire très inférieur à ce qui se faisait jusque-là pour ce genre de poste. Vraiment. Pas un salaire annuel en bas de la fourchette, comme on pourrait l'imaginer pour un junior, mais quelque chose de totalement hors-cadre, des dizaines de milliers de francs de moins que l'intervalle habituel."

Mais il y a pire. "Bien entendu, cela a suscité de nombreux débats à l'interne. Certains conseillers ont jugé bon de contacter des entreprises concernées pour les avertir: Monsieur, nous avons vu votre annonce, je dois vous prévenir que le niveau de salaire que vous proposez n'est pas dans la moyenne de la rémunération pour ce genre d'activité dans votre branche...
- Et alors?
- Et alors? Les gens au bout du fil ont poliment pris note de leur remarque, et répondu qu'il n'était pas question de changer quoi que ce soit. En gros, les recruteurs s'en fichent. À partir du moment où ils reçoivent des profils convenables et acceptant le salaire proposé, de leur point de vue, il n'y a pas de problème."

Chasse aux jeunes, chasse aux vieux

Les jeunes galèrent. Suivant l'exemple de la France, ils doivent enchaîner des emplois bidons et des missions payées à coup de lance-pierre avant de parvenir, de plus en plus tard, à décrocher une position stable. Les entreprises hésitent rarement à profiter de la situation, se disant que le jeune pourra compter sur sa famille en cas de coup dur. Un jeune trouvera facilement un emploi - un emploi peut-être minable et sans rapport avec ses qualifications, mais un emploi tout de même.

Les choses sont différentes pour les gens plus âgés, une frontière franchie de plus en plus tôt. Avant le problème n'apparaissait que vers le milieu de la cinquantaine, maintenant il intervient à la fin de la quarantaine. Les ateliers de formation de retour à l'emploi débordent littéralement de travailleurs plus âgés qui s'épuisent à retrouver un emploi, la plupart du temps sans succès. Mais le marché du travail n'a aucune pitié. Pour chaque poste, parmi les innombrables candidatures, les RH privilégient quasiment toujours les postulants plus jeunes. Question d'image et de dynamisme. Alors, pour avoir une chance, il faut lâcher du lest. Beaucoup de lest.

Olga*, experte en conseil de carrière, confirme: "la Suisse est pleine de cadres dans la quarantaine qui s'imaginent les rois du pétrole et pensent qu'ils peuvent réclamer des rémunérations princières en changeant de poste. Au chômage, en abordant la recherche d'emploi de cette façon, la catastrophe est assurée. Ils doivent réaligner rapidement leurs exigences. C'est mon job de leur faire comprendre qu'ils doivent s'attendre à une baisse de 30% de leur niveau de vie, au minimum, lorsqu'ils essayent de se trouver un nouvel emploi."

Jeanne*, employée depuis trente ans dans une grande entreprise, explique le changement de paradigme. "Il n'y a tout simplement plus de respect de l'employé en Suisse. Avant, un licenciement était un traumatisme pour les deux parties, le signe d'un échec, un peu comme un divorce. Mais depuis quelques années ce sentiment a disparu. Les salariés ne sont plus qu'une variable d'ajustement. Le nombre de licenciements sans faute ni raison économique explose. Plus personne n'a la moindre certitude, même s'il fait bien son travail. Cela me terrifie."

Conclusion: une transformation silencieuse, mais violente, du marché du travail

Ces rencontres m'ont beaucoup appris. Auparavant, je pensais comme bien des gens sans doute que la recherche d'emploi n'était qu'une question de volonté. Avec un peu de persévérance, le poste serait au bout du chemin. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Précipitée par des délocalisations, la recherche d'emploi est un processus long, compliqué, et, disons-le, franchement injuste.

En Suisse, les dés sont pipés. Le chômeur local affronte une concurrence venue d'Europe entière. Des gens persuadés que la Suisse va mieux que leur pays d'origine - ce n'est pas difficile - et qui tentent sans relâche de rejoindre l'eldorado helvétique. Ils sont favorisés en cela par une législation qui les met sur un pied d'égalité avec les autochtones, lesquels se retrouvent vulnérables.

Le résultat se concrétise sous la forme d'une furieuse sous-enchère salariale. Si un poste vacant reste en Suisse, il y aura toujours un Européen pour essayer de le reprendre à des conditions défiant toute concurrence. Les Suisses doivent s'aligner par le bas alors qu'ils sont écrasés par le coût de la vie, les loyers et l'assurance-maladie - des contraintes que les frontaliers évitent, ou que les étrangers découvrent après coup une fois le contrat signé. Mais même dans ce cas, les mécanismes sociaux financés par les Suisses pourront toujours leur venir en aide.

Pour les employeurs, au contraire, la situation est idéale: ils ont à disposition un bassin de 500 millions d'habitants où piocher pratiquement au prix qu'ils veulent. La préférence cantonale est une vaste plaisanterie. La situation les rend terriblement exigeants. Ils ne tolèrent pas la plus petite variation par rapport au portrait de leur candidat idéal et n'hésitent pas à annuler entièrement un processus de recrutement s'ils n'ont pas déniché la perle rare. Plus besoin non plus de dépenser de l'argent dans des notions surannées comme la formation continue ; il suffit de licencier et de remplacer.

Beaucoup de Suisses pensent que le chômage ne les concerne pas. S'ils ont la chance d'avoir raison, grand bien leur fasse. Les autres auront la stupeur de découvrir une jungle d'où ils ne sortiront pas indemnes, dans l'hypothèse heureuse où ils ne finissent pas à l'aide sociale. Mais tant que la Suisse reste ouverte aux quatre vents, correspondant aux souhaits de l'alliance sacrée entre les administrateurs de grands groupes et les politiciens mondialistes, il y a peu de chance que les choses changent. Et chacun risque de le comprendre dans une période où il subira cette situation de plein fouet.

*: Prénom fictif.