20 octobre 2014

Quand les donneurs de leçon n'aiment plus les étrangers

L'EPFL aimerait bien introduire des quotas d'étrangers.

Reformulons: l'EPFL, école d'élite ouverte sur le monde etc. etc., pour laquelle la Suisse est un modeste reliquat du passé et les frontières un carcan dont il faut s'affranchir, dirigée par l'éminent parachuté Patrick Aebischer, lequel n'hésita pas à exprimer dans les journaux toute son "amertume" après un vote du 9 février qui le laissa "furieux et abattu", prêt à lutter contre les "arguments populistes de l'UDC"... Bref, on pourrait continuer longtemps! Eh bien cette EPFL-là, dirigée par ces gens-là, demande, réclame même, l'instauration de quotas pour les inscription d'étudiants étrangers.

Dit comme cela, on comprend mieux l'ampleur de la nouvelle.

Celle-ci fut d'ailleurs révélée en premier par la Schweiz am Sonntag, un quotidien alémanique. On devine que l'EPFL n'était pas trop fière de son changement de cap - un peu comme un prêtre avouant à ses ouailles qu'il a contracté la syphilis - et n'alla pas le clamer sur tous les toits, mais juste auprès des instances concernées, au Département Fédéral de la Formation à Berne. Instances auprès desquelles se renseignent aussi quelques journalistes du cru. Et évidemment l'information de finir par revenir en Romandie... Même au journal télévisé s'il vous plaît!


La nouvelle a de quoi surprendre, annonce la présentatrice...

"L'école polytechnique fédérale de Lausanne souhaiterait donc pouvoir limiter le nombre d'étrangers dès la première année, si besoin, car avec dix mille étudiants elle est victime de son succès", nous explique-t-on. Tout parallèle avec un pays doté d'un drapeau rouge à croix blanche est purement fortuit.

Le plus savoureux est évidemment d'entendre la justification avancée par le président de l'EPFL, joint au téléphone par une journaliste ; en voici la transcription:

"Je suis totalement contre les contingentements mais aujourd'hui si on laissait ouvert les vannes on pourrait avoir trente mille étudiants sur le campus... Il y a une limite à avoir, aujourd'hui [l'université de] Saint-Gall limite à 25% d'étudiants étrangers, ça c'est la réalité. Donc je crois qu'il y a un moment si vous voulez où vous devez trouver des équilibres et 50% me paraît être un bon équilibre..."


Patrick Aebischer a sans doute beaucoup pleuré, il s'est flagellé à de nombreuses reprises, il a perdu l'appétit et ne demande des quotas que la mort dans l'âme, mais bon, il les demande tout de même. Je suis totalement contre les contingents, mais j'en veux pour l'EPFL.

C'est magnifique, magique. On reste interdit par une telle facilité verbale. On en perdrait sa novlangue!

Alors que l'Armée du Bien martèle jour après jour son amour pour le métissage, l'immigration, l'ouverture indiscriminée des frontières, passant comme chat sur braise sur les aspects les moins reluisants de l'afflux d'étrangers... L'EPFL semble, avec 52% d'étrangers, avoir heurté de plein fouet le mur de la réalité. Non, il n'y a pas de place pour tout le monde. Et même la mise en place d'une immigration choisie - que l'EPFL pratique en recrutant sur dossier - ne suffit pas!

La tolérance ne serait-elle donc qu'une question de proportion?

09 février 2014

NON à l'immigration de masse!

Les résultats des votations du week-end sont donc tombés, et nous savons tous sur quel objet les unes des journaux s'attarderont demain!

L'avortement est une affaire privée (évoquée ici) subit un rejet aussi massif que prévisible. L'initiative demandait la fin du remboursement de l'avortement par l'assurance-maladie obligatoire. Les initiants avançaient l'argument - sommes toutes assez logique - que la grossesse n'est pas une maladie, et partant de là, qu'il n'était pas correct d'exiger une participation de tous pour son financement. L'exemple de l'Autriche, ou pareille mesure existe depuis des années sans la moindre conséquence particulière, n'a pas suffit. Avec 69.2% de Non, le rejet est unanime, à l'exception du petit canton alémanique d'Appenzel Rhodes-Intérieures.

Le plan de financement et d'aménagement de l'infrastructure ferroviaire (FAIF) (évoqué ici) a franchi l'obstacle du référendum sans coup férir, le Oui l'emportant à 62,02%. Là encore le résultat était des plus prévisibles au vu de l'excellente image des transports ferroviaires dans la culture historique de la Suisse. Mais en ouvrant les vannes à hauteur de 6,4 milliards pour des infrastructures ferroviaires, les citoyens viennent d'autoriser l'Etat à piocher 6,4 milliards dans leurs poches: hausse de la TVA, des impôts et des taxes sur le carburant.

Étrange approbation venue d'un corps électoral qui refusait - à 60,5%! - la hausse de la vignette autoroutière à 100 francs trois mois plus tôt, et qui s'expose aujourd'hui à subir un surcoût d'une demi-vignette à chaque plein d'essence!

L'initiative contre l'Immigration de Masse était bien entendu le point d'orgue du dimanche, qualifiée par certains de votation de l'année voire de la législature.

immigration,votation du 9 février 2014
Les résultats finaux (infographie Le Matin)

Le suspense a duré un certain temps et le résultat est serré, mais l'initiative l'emporte avec 50.34% et un peu moins de vingt mille voix d'avance. On notera le rejet aussi net que paradoxal de la Suisse romande, alors même que ses cantons sont en première ligne de l'immigration de masse combattue par l'initiative - un résultat devenu carrément indéchiffrable dans le cas de Genève et des tensions amenées par l'afflux de travailleurs frontaliers menant au succès électoral récent de l'UDC et du MCG. Le Tessin, qui se présente quant à lui comme l'avant-garde de ce qui attend la Suisse en la matière, fait preuve d'un peu plus de cohérence ; il se pose comme le champion du Oui avec 68% d'approbation.

J'avais pour ma part pris position pour le Oui, un Oui libéral sachant que l'accès à un territoire fait intégralement partie des fonctions régaliennes d'un Etat ; c'est donc avec une certaine satisfaction que j'ai assisté au décompte du résultat. En outre, ne boudons pas notre plaisir, la participation a atteint un score inégalé de 50% dans ma ville de Renens (pour 42% de Oui, ce qui constitue une deuxième surprise).

L'alliance sacrée entre grands patrons, socialistes, syndicats, autorités politiques et médias en faveur de la libre-circulation n'aura finalement pas fonctionné, et ce n'est pas faute d'avoir mis les moyens...

Que la classe politique prenne donc acte de la nouvelle constitution modifiée et prenne ses responsabilités ; mais au vu de son attitude méprisante envers les préoccupations des Suisses durant la campagne, je doute qu'elle le fera.

La bataille pour l'indépendance de la Suisse n'est pas terminée, même si une victoire importante vient d'être remportée d'un cheveu.

07 février 2014

La dernière ligne droite

C'est avec un certain soulagement que je verrai se terminer la campagne pour l'initiative UDC "contre l'immigration de masse". Une période intense qui aura décillé les yeux de nombreux suisses sur leur classe politique et leurs médias, quel que soit le résultat.

Depuis trois mois, tout ce que la Suisse compte de corps constitués travaille l'opinion publique pour quelle vote "correctement". Reprendre le contrôle de notre immigration même de façon symbolique serait un suicide économique, un non-sens historique, entraînerait de fortes et immédiates mesures de rétorsions de la part de Bruxelles (avec qui nous sommes très amis tout de même, allons!) provoquerait la fonte des calottes glaciaires et la mort du petit cheval...

marionnettes.jpg

Bien entendu encore, les élites admettent du bout des lèvres qu'il y a tout de même un petit souci d'immigration, celui-là même qu'ils s'évertuent à ne pas voir depuis dix ans. Alors elles se mettront au travail dès le lundi 10 février au matin pour plancher sur de nouvelles mesures d'accompagnement et un contrôle des abus, promis juré! Il suffit juste de voter NON entre-temps. Vous avez compris? Pour que la classe politique aille dans votre sens, il faut rejeter un texte qui la force à agir. Par pure gratitude, vous obtiendrez le même résultat! La logique de la manœuvre laisse pantois.

S'il n'y avait les étranges sondages de gfs.bern dont l'échantillonnage semble avoir été effectué à la sortie d'un congrès socialiste, j'aurais presque confiance dans les résultats du dimanche. Cet espoir n'est pas basé sur la Méthode Coué mais la simple observation.

Ma modeste expérience de terrain a été très différente de celle de Yohann Ziehli, vice-président des jeunes UDC de Suisse romande, filmé dans un reportage de la RTS à la gare de Lausanne. La seule "anecdote" méritant d'être montrée à l'antenne pour ce dernier était naturellement celle d'un individu réclamant ostensiblement un tract pour mieux le déchirer devant lui, avant de lui avouer qu'il était étranger. Les étrangers seraient donc pétris de haine contre l'initiative...

Rien de tel sur le marché de Renens dans la banlieue lausannoise, dans une ville pourtant largement à gauche et où les étrangers représentent plus de 50% de la population. Si une poignée d'individus refusa nos tracts la plupart les accepta sans hésitation, les autres nous gratifiant d'un "nous avons déjà voté!" assorti d'un sourire complice. Les affiches de l'initiative furent étonnamment peu vandalisées.

Enfin, si la presse romande a inondé le public d'articles de propagande contre l'initiative (mention spéciale au Matin avec un voire deux articles quotidiens sur le sujet!) la teneur des commentaires en ligne, et plus encore les votes des internautes en faveur desdits commentaires, ont semblé tracer une réalité bien différente de celle des instituts de sondage. Le tout dans une région de suisse sensée être acquise à la cause de la libre-circulation et à la fusion dans le Grand Tout européen.

Alors, peut-être tout ceci n'est-il qu'une illusion, et que ce dimanche l'initiative sera balayée comme le sont traditionnellement la plupart des initiatives. Dans les rédactions et les état-majors des partis, on soufflera un gros ouf de soulagement avant le retour au business as usual - tout en regrettant bien entendu que tant d'esprits aient cédé aux propositions populistes et simplistes, forcément populistes et simplistes, de l'UDC.

Peut-être même oseront-ils asséner un "nous vous avons compris" face caméra pendant qu'ils jettent à la poubelle leurs dossiers de refonte des mesures d'accompagnement.

En attendant, il n'est pas trop tard pour voter.

10 janvier 2014

Immigration et liberté

Les fêtes de fin d'année sont une excellente occasion de discuter de l'actualité politique avec des amis français de passage.

"...Et donc le 9 février, les Suisses seront amenés à se prononcer sur l'initiative UDC contre l'immigration de masse.

- Un retour au système des quotas, c'est ça?

- Exactement.

- Tout ça ne me paraît pas très libéral", lâche mon interlocuteur avec une pointe de malice.


La réplique interpelle ; elle offre un angle inédit dans une campagne où on se contente de peindre le diable sur la muraille et de le filmer en cinémascope pour l'infliger au public matin, midi et soir sur tous les canaux disponibles, jusqu'au 9 février et au NON tant attendu.

Éloignons-nous donc de l'orchestre médiatique et de ses flonflons assourdissants pour un lieu plus calme où les voix intelligibles peuvent se faire entendre.

L'initiative contre l'immigration de masse serait-elle "contre" le libéralisme? Contre la liberté?

Plusieurs arguments plaident en faveur de cette hypothèse. Le libéralisme n'implique aucun à-priori sur les mouvements de personnes: tant qu'ils n'enfreignent pas les droits d'autrui, les êtres humains peuvent se déplacer comme bon leur semble. Mais nous ne vivons pas dans un monde théorique. Sur un plan plus réaliste et plus concret, le retour à la mise en place d'une politique des quotas signifiera un retour en force de la gestion étatique de l'immigration.

Les entrepreneurs seront repartis pour un round de négociation avec les autorités à chaque demande de délivrance d'un précieux sésame. Que de frais et temps perdu en tracasseries administratives! Les lobbies activeront aussi leurs relais au Parlement chaque année pour influer sur l'établissement des quotas. Le poids de l’État augmentera avec la machinerie bureaucratique (re)mise en place pour contrôler tout ce petit monde.

Tout ceci, en effet, ne semble guère libéral. Il serait cependant dommage de voir le débat sous ce seul angle.

pommier_fatal.jpgCertains libéraux n'abordent les problèmes d'immigration que sous l'aspect du droit de propriété. Ce faisant, ils font fausse route: une frontière représente également une séparation entre plusieurs systèmes légaux. Le propriétaire d'un terrain suisse est chez lui, mais aussi en Suisse et donc soumis au droit suisse. Il n'est pas le maître absolu d'un petit royaume. Il ne pourrait pas davantage décider du jour au lendemain que son carré de pelouse relève du droit français, même si son terrain touchait la frontière.

Un pays représente donc davantage qu'une somme de propriétés privées et cet ensemble se doit de définir une politique commune, comme la défense du territoire face à une armée ennemie. En temps de paix, cette gestion passe par une réglementation sur l'installation des nouveaux arrivants, le regroupement familial, l'accès aux soins et aux systèmes sociaux par les immigrés de fraîche date, le tout étant chapeauté par l’État.

Quoi qu'on en dise, les frontières n'ont pas disparu. Elles sont juste "ouvertes" depuis 2003 - pour le Suisse comme pour le frontalier, pour le chômeur comme pour le travailleur, pour le criminel comme pour l'honnête homme. La Suisse est donc victime de son attractivité, en butte à une criminalité transfrontalière galopante et une grande pression sur les salaires. De même, ses infrastructures et ses œuvres sociales sont mises à rude épreuve. Les cantons frontaliers ont les taux de chômage les plus élevés.

La renonciation de la Suisse à exercer elle-même le contrôle de son territoire, tout comme d'autres pays d'Europe, est une bizarrerie inédite dans l'histoire. Surveiller qui rentre et qui sort - ou pire encore, vouloir décider qui rentre et qui sort - est devenu une sorte de tabou. En ce sens, la libre-circulation représente moins une ouverture qu'une restriction: l'impossibilité d'interdire à qui que ce soit de traverser la frontière, aussi mal intentionné soit-il.

Une maison dont on a délibérément ôté toutes les portes est définitivement plus "ouverte" ; est-elle plus sympathique et accueillante pour autant?

bardonnex.jpgEn l'an 2000, les citoyens votaient pour l'ouverture des frontières en se faisant berner par les mensonges d'une classe politique en adoration devant l'Union Européenne. Dix ans après la disparition quasi-totale des frontières, alors que la prospérité helvétique s'effiloche et que la pression démographique d'une Europe en crise se fait immense, le temps est venu pour le peuple suisse d'arrêter - ou de confirmer - la délégation du contrôle de ses frontières à l'entité supra-nationale.

Compte tenu de leur orientation pro-européenne, on comprend que l'idée de laisser les citoyens suisses décider constitue en soi un crime de lèse-majesté impardonnable pour tout ce que le pays compte d'élites.

L'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse ne vise pas à fermer les frontières. Elle ne vise pas à renvoyer les centaines de milliers d'immigrés vivant et travaillant paisiblement en Suisse - qui a la plus grande proportion d'étrangers dans sa population de tous les pays d'Europe après le Luxembourg. Elle ne vise pas à empêcher de nouveaux venus de s'installer dans le pays. Elle ne vise pas à mettre un terme aux accords bilatéraux, pas plus que le Danemark ou la Grande-Bretagne ne sont expulsés de l'Union en réclamant un retour des frontières. Elle ne fixe elle-même aucun quota, mais demande simplement à la classe politique de le faire.

La question posée au peuple le 9 février est simplement de savoir si la politique migratoire du pays doit revenir de Bruxelles à Berne.

En ce sens, le "retour des quotas" en cas d'acceptation de l'initiative n'est pas moins libéral que la situation actuelle où tout contrôle est impossible. Le libéralisme n'est pas et n'a jamais été l'absence de règles. L'accès au territoire fait partie des fonctions régaliennes d'un État.

27 décembre 2013

Une prospérité en trompe-l'oeil

La Suisse va bien, paraît-il. Tellement bien qu'il y a quelques jours France 2 lui a consacré une série de reportages sur le "miracle" suisse, car il va de soi que la réussite helvétique ne peut être que le résultat de l'intervention irrationnelle de quelque force supérieure...

immigration,mensonges,classe moyenne

Hélas non, le succès de la Suisse n'a rien d'un miracle. Une économie ouverte, un système scolaire où le milieu académique méprise un peu moins le monde professionnel qu'ailleurs, un Etat limité par la démocratie et la subsidiarité, voilà quelques recettes fondamentales pour expliquer pourquoi la Suisse s'en sort si bien face à des voisins qui s'en sortent si mal. Mais faire comprendre à un gouvernement socialiste français - exemple au hasard - que le salut vient du retrait de l'Etat, de la baisse des impôts et du recul de la réglementation revient à enseigner la danse classique à un tronc d'arbre. Toute transmission d'information est impossible ; au mieux n'assistera-t-on qu'à un intérêt poli et des rires sincères face à la perspective d'appliquer ici les mêmes recettes que là-bas.

La difficulté à exporter un "modèle suisse" où que ce soit ne vient pas que de l'étroitesse d'esprit d'éventuels auditeurs, mais aussi de la faiblesse des élites du pays à le comprendre - quand elles ne cherchent pas carrément à le détruire. Demandez donc à un socialiste, suisse cette fois, les raisons du succès de son pays: s'il daigne vous répondre, vous aurez droit à un galimatias d'explications confuses dont les rares éléments reconnaissables seront ostensiblement méprisés car en opposition frontale avec le programme de son parti.

Cette attitude recouvre une bonne partie du spectre politique. Centralisation, uniformisation, étatisme, contrôles, fiscalité, plans de relance, grands travaux, dilution des institutions et du peuple dans d'autres ensembles plus grands: le programme de l'establishment politique (et par extension de la proportion importante du corps électoral qui le soutient) ne correspond guère à ce qui fait le succès de la Suisse.

Leur réussite est au rendez-vous puisque la Suisse va de moins en moins bien.

Après le sentiment d'insécurité, le sentiment d'appauvrissement

Bien entendu, médiatiquement, tout est parfait ; en témoigne cette dépêche s'évertuant à marteler que rien n'a changé depuis une dizaine d'années pour la classe moyenne suisse.

Les statistiques ne confirment pas les craintes d'une érosion progressive de la classe moyenne en Suisse. Les groupes de la population à revenus moyens sont restés en grande partie stables entre 1998 et 2011, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS).

D'après la définition de l'OFS, faisaient par exemple partie de la classe moyenne en 2011 les personnes vivant seules qui disposaient d'un revenu brut mensuel compris entre 3719 et 7968 francs ou les couples ayant deux enfants de moins de 14 ans dont le revenu brut s'échelonnait entre 7809 et 16'734 francs.

Dans l'ensemble, la part de la population appartenant aux groupes à revenus moyens est restée stable au cours des années 1998 à 2011, communique l'OFS mardi. Elle était la plus grande (61% de la population) en 2009, et la plus faible (57%) en 1998. En 2011, la part était de 58%. (...)

Pour l'OFS, ces résultats montrent qu'il y a un certain décalage entre le discours public et la réalité des faits. Même si l'on observe une baisse de la part des ménages familiaux traditionnels dans le groupe des revenus moyens, les chiffres ne confirment pas les craintes d'une érosion de la classe moyenne.


Un organisme public se livrant à un peu de complaisance, quelle surprise! Ainsi, le "ressenti" des gens quant à une baisse de leur niveau de vie ne serait qu'une illusion. On nous ressort la vieille martingale du sentiment d'insécurité, appliqué cette fois-ci à la classe moyenne.

Tous ceux vivant en Suisse depuis ces dix dernières années auront sans doute une opinion différente. L'OFS se concentre sur les revenus, pas le revenu disponible ou le pouvoir d'achat. Ce n'est pas innocent.

La classe moyenne laminée

Depuis dix ans, le coût de la vie en Suisse a explosé alors qu'il était déjà très élevé au départ.

Si l'indice des prix à la consommation et l'inflation sont restés raisonnables sur la durée - ainsi que les salaires - les autres facteurs ont augmenté parfois dramatiquement. Taxes sur l'essence et sur l'énergie, taxe-poubelle, prix de l'abonnement général pour les transports publics... Prenons le cas emblématique de l'assurance-maladie, qu'on ne pourra pas discuter puisqu'elle est obligatoire: d'une base 100 en 1999, elle est passée à 183.1 en 2013 d'après les données de l'OFS.

Rapportée graphiquement pour le seul canton de Vaud, l'évolution n'est pas aussi radicale mais suit franchement une courbe ascendante:

immigration,mensonges
Evolution des primes d'assurance-maladie jusqu'à 2013
pour le canton de Vaud, base 100 en 1999

D'après l'ASLOCA (association de défense des locataires, clairement affiliée à gauche) le prix mensuel des loyers en moyenne nationale se montait, pour un trois-pièces, à 976 francs en 2000 contre 1216 francs pour 2010, soit une majoration de 24,6% en dix ans. Mieux, l'association fait clairement le lien entre la pression sur les loyers et l'immigration:

De manière diplomatique tous s’accordent à dire que l’afflux migratoire impacte le niveau des loyers.

«La hausse néanmoins persistante des loyers reflète une demande qui demeure excédentaire. Celle-ci est stimulée par l’afflux de personnel hautement qualifié qui reste important. (…) Les données fondamentales ne devraient pas changer en 2013.» -- Homegate.ch 16.1.2013

«Par contre, les loyers des nouveaux baux sont en hausse constante depuis 2005.(…) L’immigration de l’étranger, principal moteur de la demande de surfaces locatives, est restée constante et à haut niveau pendant l’année 2012. Ces prochains mois, cette dynamique devrait rester inchangée.» -- Wuest & Partner, 2013/2

«L’immigration en Suisse se concentre essentiellement sur les cantons du centre. Avec environ 15 000 personnes, Zurich enregistre le plus grand nombre d’immigrés, suivi par le canton de Vaud (10 000), celui de Genève (5800) et celui de Berne (5200). La pénurie de logements dans l’arc lémanique entraîne aussi un fort taux d’immigration dans les cantons de Fribourg et du Valais, essentiellement constitués d’agglomérations.» -- Credit Suisse, Research News, 29 avril 2013


Les Suisses payent leur énergie, leurs déplacements, leur loyer, leurs déchets, leur assurance-maladie plus chers. Et fort logiquement ils partent moins souvent en vacances et s'inquiètent du chômage, et pendant ce temps la facture sociale explose.

Mais on vous expliquera que tout cela n'est que vue de l'esprit.

A la recherche d'une explication

Si les journalistes de France 2 sont à la recherche de solutions que la France en crise s'empressera d'ignorer, le point de vue idyllique posé par la classe politique et les médias suisses sur la situation du pays obéit selon moi à une toute autre logique: il s'agit de préserver la dynamique, c'est-à-dire la libre-circulation des personnes, la disparition des frontières et la dilution progressive de la Suisse au sein de l'Union Européenne.

Ainsi, la sous-enchère salariale, la pression sur les infrastructures, la criminalité galopante, la pénurie du marché du logement... Tous ces maux n'existent pas. Des illusions. Des "sentiments", tout au plus. Par tous les moyens, le grand public doit avoir l'impression que la Suisse s'en sort mieux que ses voisins, qu'elle est sur la bonne voie et qu'il faut donc continuer le long de cette voie.

En 2014 auront lieu de nombreuses échéances électorales cruciales: l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse, l'initiative Ecopop, l'extension des accords de libre-circulation avec la Croatie, autant d'obstacles possibles sur la voie de la fusion dans l'Union Européenne.

Ces épreuves seront vraisemblablement les dernières. Une fois ces écueils passés, entre l'asservissement de la démocratie directe au droit international ou la suprématie du droit européen sur le droit suisse, on voit mal comment la Suisse pourrait revenir en arrière, même si la crise en Europe continue d'empirer. Il n'y aura plus qu'à briser quelques initiatives populaires gênantes (interdiction des minarets, renvoi des criminels étrangers) par la Cour Européenne des Droits de l'Homme et c'en sera fini du "miracle helvétique": le petit pays au centre du continent sera un pays européen comme les autres, en proie aux mêmes problèmes et gouverné par les mêmes élites.

Le particularisme suisse se terminera dans l'indifférence générale et le soulagement de voisins peu enclins à goûter le succès d'un pays fonctionnant sur d'autres bases.

07 octobre 2013

Leçons de Lampedusa

L'espoir fait vivre, dit-on, mais parfois, comme à Lampedusa, il tue. Des centaines d'immigrants clandestins embarqués pour l'Europe l'ont appris à leurs dépens en coulant à quelques centaines de mètres de la côte de l'île. Combien sont morts, nul ne le sait. La mer continue à relâcher des cadavres et de nombreuses victimes pourraient encore se trouver dans l'épave à quarante mètres de fond. Les dernières estimations font état de 450 à 500 personnes embarquées dans le navire, dont au moins 130 auraient trouvé la mort. 200 seraient encore portées disparues.

lampedusa,italie,immigrationFace à la catastrophe, la réponse se limite à une assourdissante cacophonie. Le pire y côtoie le meilleur. Prenez le pape François, par exemple. Sans hésiter à égrener les pires poncifs, le bon pape s'empressa de fustiger "l'indifférence à l'égard de ceux qui fuient l'esclavage, la faim pour trouver la liberté, et trouvent la mort" et décréta dans la foulée une journée des pleurs. Si l'église brandit sa supériorité morale comme un étendard, au chapitre des solutions concrètes le silence est assourdissant.

Le Vatican n'est pas le seul acteur à manquer de sens commun. Si les pêcheurs de Lampedusa ont su faire preuve de sang-froid, ils sauvent l'honneur d'une Italie en perdition. Car la polémique enfle: les garde-côtes italiens n'aurait pas fait preuve de toute la diligence requise, pour le moins...

Un pêcheur a déclaré qu'il avait fallu environ 45 minutes aux garde-côtes pour arriver sur place, alors que le naufrage avait eu lieu à environ cinq cents mètres de la côte de Lampedusa. (...) Par ailleurs, ce pêcheur a indiqué que lorsque son bateau est rentré au port de Lampedusa avec 47 survivants, il a été empêché de repartir en mer parce que les garde-côtes lui auraient indiqué qu'ils devaient obtenir une autorisation officielle pour le faire.

"J'aurais pu sauver plus de naufragés si les secours étaient arrivés à temps et s'ils nous avaient permis de ressortir plutôt que d'attendre la permission de Rome", a-t-il déclaré samedi. (...)

De plus, le maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, a estimé qu'une loi italienne très controversée pourrait avoir dissuadé certains citoyens de se porter au secours des naufragés. Cette loi réprime les personnes considérées comme ayant facilité une immigration illégale. "Le gouvernement doit changer ces normes inhumaines", a déclaré Mme Nicolini.

 
Eh oui: les pêcheurs ont simplement appliqué les traditionnelles lois de la mer, c'est-à-dire l'obligation de porter secours à des personnes et des navires en difficultés. L'administration italienne considère, elle, qu'ils encouragent l'immigration illégale. Ils sont donc passibles de prison et de la saisie de leur navire! Face à la polémique, les gardes-côtes restent stoïques: ils affirment être arrivés sur les lieux "seulement" 20 minutes après un premier appel de détresse et n'ont bien sûr jamais cherché à empêcher le courageux sauveteur à reprendre la mer - juste à coordonner les secours "pour éviter le chaos", bien entendu. Des sauveteurs portant librement assistance à des naufragés, et puis quoi encore?!

Si l'île compte 6'000 Italiens, elle supporte aussi 2'000 requérants d'asile dans un camp destiné à en accueillir 800. Depuis le funeste naufrage, les survivants reprennent leurs esprits en attendant d'être transféré ailleurs. Où? C'est toute la question.

Les politiques gardent l’ambigüité: à l'humanisme d'une situation critique s'oppose une immigration illégale dont personne ne veut. Qu'on estime que les survivants du naufrage aient gagné leur entrée parce qu'ils ont assez souffert et tous les prochains boat-people à destination de l'Europe couleront à leur tour à cinq cent mètres des côtes, surnage qui peut. Et personne pour poursuivre les politiciens au nom de l'encouragement à l'immigration illégale...

L'Europe définit simplement quel est le prix du ticket et les modalités de paiement.  Il est facile - populiste même, pour employer un terme à la mode - de plaider la clémence et l'ouverture, mais cela ne fera que provoquer un appel d'air. Comme le répondit le président Deng Xiaoping à des journalistes américains s'inquiétant de l'impossibilité pour les Chinois de quitter leur pays:

"Mais qu'à cela ne tienne, combien de millions en voulez-vous?"


Les donneurs de leçon se tinrent coi. Les journalistes de l'époque avaient plus de jugeote que les humanistes de la nôtre.

Combien de millions en voulons-nous?

Et lesquels voulons-nous?

Entrer en Europe aujourd'hui n'implique pas d'être en règle avec les autorités, instruit ni porteur de talents. Pas besoin non plus de respecter la société occidentale, puisque le voyage implique de violer dès son arrivée les lois du pays d'accueil. Il faut simplement s'arranger avec des passeurs.

D'innombrables familles se privent ou empruntent à des individus peu recommandables un budget pour un aller simple vers l'Europe. S'ils survivent, les candidats au voyage auront une dette auprès des mafias. Comme ils auront rarement des compétences à faire valoir, ils se cantonneront à des travaux au noir, de petits trafics ou la criminalité pure et simple - une vie entièrement aux dépens de la société.

Pour entrer en Europe aujourd'hui il faut être sans scrupule et bon nageur. Pas besoin d'être devin pour se douter que cette "immigration choisie" n'est pas la meilleure.

On se prend à rêver à ce que pourrait être une immigration au mérite où les familles candidates soucieuses de s'intégrer investiraient dans les compétences de leurs enfants, où elles auraient le droit de venir en Europe par la grande porte après avoir passé un concours, plutôt qu'à payer des réseaux de passeurs comme maintenant. On pourrait imaginer une immigration au parrainage où les hôtes se porteraient garant de leurs invités étrangers, y compris sur le plan financier. On pourrait imaginer des solutions créatives et constructives.

Mais il est apparemment plus facile de criminaliser les pêcheurs portant secours et de décréter une journée des pleurs que d'avoir un discours cohérent sur l'immigration, pour le plus grand malheur des prochains noyés.