08 mai 2015

Indicible Robert Ménard

En Absurdie - pays voisin qui s'appelait autrefois France - la chasse aux sorcières bat son plein. La cible du jour: Robert Ménard, maire de Béziers, dont l'aura de respectabilité de fondateur de Reporters Sans Frontières est devenue radioactive depuis qu'il s'est fait élire avec le soutien du Front National.

Depuis, l'odieux, le diabolique Ménard enchaîne les ignominies: armement de la police municipale, changement de nom d'une rue, linge au balcon interdit... Et la dernière d'entre elles, probablement celle de trop, d'avoir évoqué à l'antenne le "fichage" d'élèves musulmans:

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"Robert Ménard dit qu'il y a 64,9% d'enfants de confession musulmane à Béziers. Mais il les tient d'où, ces statistiques ?", interroge un internaute, repris par l'un des chroniqueurs de l'émission. L'intéressé répond sans sourciller :

"Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Les prénoms disent les confessions, il ne faut pas nier l'évidence. Je sais que je n'ai pas le droit, mais on le fait."


Grâce à cette belle tirade, le maire dérangeant encourt 300'000 euros d'amende et 5 ans de prison, ainsi qu'une révocation. Gageons qu'on ne le loupera pas. Il aura probablement droit à la totale, un aller simple vers les poubelles de l'histoire, même si l'acte d'accusation est fragile - il n'y a par exemple pour l'heure aucun élément matériel prouvant l'infraction. Mais détails que tout cela. Qu'importe le Droit lorsqu'on s'attaque au Vive-Ensemble, à la Dignité Humaine, à la République, à la France! Oui, Monsieur, la France! La France éternelle, pays des Lumières, patrie des Droits de l'Homme, fière et intransigeante! Tout ça le jour même où François Hollande, en voyage au Moyen-Orient, assiste à un sommet de chefs d'Etat locaux où chaque réunion commence par une prière solennelle en arabe rappelant la soumission à Allah... malheureuse coïncidence du calendrier.

L'affront commis par M. Ménard est tellement ignoble que même la tenue d'un procès semble une concession déplacée. La machine à broyer, le jihad médiatique est en marche:

[Le gouvernement français] qui a fait rentrer entre 15 et 20 millions d’allogènes en un quart de siècle, monte sur ses grands chevaux républicains pour menacer la tourbe populaire encore trop rétive.(...) Le crime reproché au maire de Béziers est hallucinant, il est incroyable, il relève de la pathologie la plus complète et du renversement des valeurs le plus total, et il consiste, ce crime, à compter le nombre de musulmans dans les écoles ! Or, savoir combien il y a de musulmans en France, dix, quinze ou vingt millions est, pour les fous qui nous dirigent, un crime contre l’humanité.


Robert Ménard eut droit à une  mise en examen et la fouille en règle de ses bureaux et de ceux de ses collaborateurs moins d'un jour après ses commentaires à la télévision ; la célérité avec laquelle la Force Publique est à l'affût contraste avec la franche apathie des autorités lorsqu'il faut défendre quelque chose comme le droit de propriété ou lorsqu'elles conseillent à des victimes à répétition de déménager...

De même, il est probablement déplacé de faire quelques parallèles, comme on dit. Par exemple, rappeler que:

  • Tous les élèves de France et de Navarre eurent au cours de leur scolarité à remplir d'innombrables petites fiches en début d'année pour que leurs professeurs "les connaissent mieux", fiches contenant sempiternellement la profession des parents par exemple, sans que cela ne soit jamais considéré comme du fichage.
  • Le même fichage inexistant qui a lieu à tous les niveaux de l'Etat français et depuis longtemps, et se renforce régulièrement suite à des lois contre le terrorisme (lequel implique essentiellement des témoins de Jéhovah comme chacun sait).
  • Manuel Valls l'indigné-en-chef proclamant crânement sur un tweet que la République ne faisait aucune distinction entre ses enfants, ne se gêna apparemment pas pour en faire entre les adultes quelques années plus tôt.
  • En 2012, SOS Racisme se livra à la même étude sur l'origine basée sur le prénom sans être le moins du monde inquiétée.
  • Question pour les curieux: comment les cantines scolaires de ces fameuses écoles-où-on-ne-dénombre-pas-les-enfants-selon-leur-religion font, sans jamais tenir un fichier, pour fournir des repas halal à ceux qui en font la demande?

On pourrait probablement trouver de nombreux autres exemples de l'absurdité d'une France qui prétend ne ficher soi-disant personne, jamais, et encore moins sur des considérations religieuses, et le fait en réalité en permanence.

L'indignation surjouée a un but, elle permet d'évacuer le vrai débat. Plus personne pour commenter la question de fond, à savoir, deux tiers d'élèves musulmans dans une classe, n'est-ce pas un peu beaucoup? La France n'est-elle pas en train de changer vers autre chose? Après plusieurs décennies, l'immigration et le regroupement familial n'ont-ils pas donné naissance à des défis d'intégration insolubles?

Certains chapitres de l'histoire de France ou certains cours d'éducation civique vont avoir du mal à passer - sans parler des lois de la république... Mais d'autres subsisteront, car il y a deux sortes de lois en France: les lois banales, souvent inapplicables, qu'on exerce quand on le veut bien et quand il n'y a pas trop de danger, et puis les lois spéciales, les lois d'exception, les lois anti-Ménard en quelque sorte, ou anti-Dieudonné, ou autre cible du moment. Celles-ci sont appliquées avec la plus grande sévérité et une célérité proprement stupéfiante. Elles sont réservées aux ennemis du peuple.

Dans un pays comme la Suisse où l'Etat prélève l'impôt ecclésiastique selon la confession déclarée du citoyen-contribuable et où chaque naissance, décès ou déménagement doit être dûment rapporté auprès du Contrôle des Habitants, les scènes d'hystérie collective de la classe politique et des médias français suite aux "révélations" de Robert Ménard suscitent un sourire incrédule.

On aurait tort pourtant de prendre l'hystérie comme une amusante manifestation d'excès. Exprimée par des politiciens au pouvoir, elle se démultiplie à travers un arsenal législatif impressionnant aux conséquences bien concrètes et implacables - et le maire de Béziers ne sera pas le dernier à les éprouver.

Tous ceux qui se réjouissent de la curée anti-Ménard ici ou ailleurs devraient d'ailleurs s'inquiéter qu'un jour le manche de la même trique tombe entre les mains de quelqu'un d'autre.

25 avril 2015

Réflexions iconoclastes sur l'asile

Ce mercredi le Matin nous conte l'histoire de Daouda et Diallo, deux requérants d'asile pour qui "rester voulait dire crever". L'article suit un consternant débat la veille sur Infrarouge sur la question des drames en Méditerranée en interrogeant: "tous coupables?" Au cas où vous en doutiez, la réponse est positive, naturellement, d'ailleurs elle a été donnée un peu plus tôt, le 21 avril, dans un éditorial de Cléa Favre au titre on ne peut plus limpide: "pourquoi nous sommes tous responsables des morts en mer".

L'offensive médiatique a la subtilité et l'opiniâtreté du rouleau-compresseur. Une déferlante idéologique qui fait écho à la déferlante humaine sur les côtes italiennes.

La fable imparfaite

La raison semble avoir déserté le débat ; il est temps de l'y ramener avec un peu d'esprit critique. S'il ne fallait qu'un exemple, prenons la fable des deux Guinéens fuyant la misère, si caractéristique du misérabilisme au nom duquel les autochtones européens devraient tout accepter, et démontons quelques articulations du récit.

"Rester voulait dire crever". La formule-choc est là pour marquer les esprits. Mais de quel enfer proviennent ces gens? De Guinée, apparemment. Le pays d'Afrique de l'Ouest est indépendant depuis 1958 et compte 11 millions d'habitants. Sa densité moyenne est de 45 habitants au kilomètre carré ; pour comparaison, la Suisse est à 204. L'épidémie d'Ebola dans la région fut certes dramatique, mais elle est terminée. Le pays n'est pour l'heure pas la proie d'une quelconque guerre civile. On imagine que l'environnement économique est moins prospère qu'en Europe (et encore, qui est allé voir comment vivent les Roumains ou les Polonais les plus pauvres?) mais n'exagérons rien, les millions d'habitants restés sur place ne sont pas condamnés à mourir de faim dans le dénuement.

Premier mensonge donc: non, rester ne veut pas dire crever.

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Le marché de Madina, à Conakry, illustration terrifiante de l'enfer guinéen

Voyage de riches. Selon la légende éprouvée, les deux requérants se présentent comme des individus risquant héroïquement leur existence pour une vie meilleure... Mais ils étaient déjà aisés en regard de leur pays, et de beaucoup. Ils affirment avoir payé leur traversée 800 euros, soit 860 dollars. D'autres témoignages font état de tarifs divers allant de 600 à 1500 euros. Ce ne sont pas les seuls frais du voyage ; selon la RTS - qu'on pourra difficilement accuser de propagande anti-réfugiés - et les informations glanées sur le démantèlement d'un réseau de passeurs, l'ensemble du trajet "porte à porte" entre l'Afrique et une social-démocratie européenne revient à environ 7'200 dollars par personne.

En venant de Guinée, Daouda et Diallo ont peut-être payé moins que des immigrés clandestins du Yémen ; mais même en prenant pour hypothèse la moitié de ce montant, soit 3'600 dollars chacun, ce sont des hommes riches. Le revenu mensuel moyen par habitant en Guinée s'élève à 38 dollars, soit 460 dollars par an. Leur voyage aura donc coûté presque huit ans de salaire annuel moyen.

Deuxième mensonge donc: le voyage n'est pas fait par des miséreux. Les gens pauvres n'ont pas les moyens de se payer les services des passeurs.

Les meilleurs qui s'en vont. L'énorme somme d'argent réunie par nos deux immigrés pour venir en Europe aura intégralement servi à remplir les poches de passeurs, esclavagistes des temps modernes. En Guinée, cette somme aurait largement pu suffire à rassembler le capital d'une petite entreprise, des locaux et des machines-outils par exemple, et à payer les salaires des premiers employés.

Comme une proportion écrasante des immigrés économiques, Daouda et Diallo sont jeunes, dynamiques, en bonne santé, débrouillards, et même courageux. N'en déplaise à leurs détracteurs, il faut des tripes pour oser se lancer à l'assaut de l'Europe. Pour de nombreux jeunes candidats au voyage, c'est la première aventure de leur existence.

On comprend donc le drame des populations dont ils sont issus: l'immigration leur fait perdre les individus les plus capables, les plus prometteurs, les plus talentueux, en un mot leurs forces vives. Ironie du sort qui fait venir en Europe les gens qui seraient les plus à même de sortir l'Afrique de la misère...

Troisième mensonge donc: les candidats à l'Europe ne sont de loin pas des individus sans importance dans leur société d'origine.

Réfugiés de guerre. Si nos Guinéens ne prétendent pas fuir la guerre, l'antienne est si banale que nous devons nous y frotter. Le mythe du réfugié de guerre est abondamment répété par les médias mais les images les contredisent sans cesse: ce sont des noirs d'Afrique qui débarquent par navires entiers, pas des Syriens. L'abondance d'hommes jeunes par rapport aux femmes, enfants et familles contredit elle aussi l'hypothèse de civils fuyant un conflit.

Considérons l'Ukraine, un pays européen en proie depuis plus d'un an à une guerre civile. Les chiffres de l'ONU affirment que celle-ci a provoqué plus de 5000 victimes. Si pareil conflit était survenu en Afrique ou au Moyen-Orient, d'après les explications habituelles de nos éditorialistes, toute la population locale chercherait asile en Europe pour échapper aux violences et nous aurions l'obligation morale de les accueillir. Mais alors, selon cette logique, où sont les Ukrainiens? Où sont les colonnes de réfugiés venus de Donetsk ou même de Kiev? Où sont ces milliers de pauvres hères inondant les services diplomatiques occidentaux de demandes d'asile? Alors qu'ils n'ont même pas à traverser la Méditerranée sur une coquille de noix!

Les hordes de réfugiés ukrainiens brillent par leur absence. Malgré un conflit dur et un hiver rude, les Ukrainiens ne se sont pas déplacés. La crise du Donbass nous enseigne que les populations malmenées restent tout bêtement chez elles quand elles le peuvent, terrées dans leurs habitations ; si elles doivent partir, elles vont chez des proches moins menacés ou encore dans des zones calmes du même pays, car il est rare qu'il soit tout entier embrasé par la guerre.

Lors de la crise libyenne, les Libyens fuirent en Tunisie et en Égypte. Même dans le cas de la Syrie, le schéma est identique: les civils syriens fuient en Jordanie, en Turquie et au Liban. Parmi tous les immigrés économiques qui mentent sur leur pays d'origine, il y a certainement quelques individus sincères qui ont fui une zone de guerre authentique, mais en allant jusqu'en Europe ils cherchent bien autre chose qu'échapper à la mort - ce premier objectif de survie ayant été atteint bien longtemps auparavant, simplement en traversant une frontière.

Quatrième mensonge donc: pour fuir la guerre, nul besoin d'aller aussi loin qu'en Europe.

Un monde différent du discours

Si pour une fois le récit de deux immigrés clandestins n'est pas instrumentalisé pour dénoncer le sempiternel racisme des Européens, nous avons un aperçu de la façon dont les étrangers sont considérés dans d'autres régions:

«J’étais soudeur, je faisais des portes-fenêtres en aluminium pour un policier libyen que je connaissais et qui avait une petite entreprise. Il m’a annoncé un matin qu’il fallait partir. Que ça allait chauffer pour les étrangers si on restait.»


Les Libyens ont encore a être charmés par les vertus du métissage et autre vivre-ensemble, apparemment. Est-ce du racisme, de la xénophobie ou autre chose? Le lecteur sera seul juge. Le fait est que la tolérance est un concept rare hors de l'Occident ; l'Afrique nous en donne un aperçu régulier, de l'Afrique du nord comme ci-dessus jusqu'à l'Afrique du Sud. Et il ne s'agit pas simplement d'un regard de travers dans la rue ou d'une difficulté à entrer en boîte de nuit - les différends se règlent avec des pneus enflammés autour du cou, des lynchages, ou même une extermination systématique des voisins à coups de machette.

Diallo le Guinéen avait trouvé en Libye sa fameuse vie meilleure ; il avait un travail qui lui permettait d'épargner assez pour payer la suite de son périple. Une fois les tensions devenues trop vives, il aurait pu retourner en Guinée avec un bon pécule et bâtir à partir de là ; mais il rêvait d'Europe. Il finit par embarquer sur un navire surchargé pour finir au chômage ici. Cet exemple - et des milliers d'autres - ne suffira pas à changer le discours officiel selon lequel l'immigration est une chance ou des thèses encore plus absurdes selon laquelle ces gens-là assureraient le futur des régimes de retraite par répartition.

Même si elle ne s'était pas enfermée dans l'idéologie universaliste de la libre-circulation des personnes, l'Europe reste incompétente, impuissante et divisée. Empêtrée dans un dogme égalitariste absurde, elle ne veut pas entendre parler de contrôle des frontières, de reconduite dans le pays d'origine, ni même d'immigration choisie où ceux qui seraient plus compatibles avec les valeurs européennes - par exemple des chrétiens persécutés - seraient favorisés, car pareille attitude fermerait la porte à trop de musulmans. Il n'est pas plus possible de remettre en question les systèmes sociaux redistributifs qui exercent tant d'attrait auprès des immigrés et permettent d'arroser des villages entiers dans leur pays d'origine, alors qu'ils n'ont à l'évidence pas été conçus dans ce but.

N'est pas Australien qui veut. La traque contre les passeurs ne donnera rien puisqu'ils sont une conséquence, et non la cause, des politiques intérieures européennes en matière d'asile. Les solutions pragmatiques et efficaces ne seront employées que quand tout le reste aura échoué, c'est-à-dire jamais ou seulement lorsqu'il sera beaucoup trop tard. Quel sera le portrait de l'Europe alors? Peut-être un continent entier ruiné et en proie à des violences ethniques sporadiques, devenant la copie conforme des fameux "enfers" que tant d'immigrés cherchent si ardemment à abandonner?

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Vision pessimiste? Sans aucun doute, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si les morts en Méditerranée sont une catastrophe, les hordes d'immigrés elles-mêmes en sont une autre.

Combien de millions en faudra-t-il annuellement pour que l'on comprenne que les périls de la mer ne sont pas le seul problème?

20 octobre 2014

Quand les donneurs de leçon n'aiment plus les étrangers

L'EPFL aimerait bien introduire des quotas d'étrangers.

Reformulons: l'EPFL, école d'élite ouverte sur le monde etc. etc., pour laquelle la Suisse est un modeste reliquat du passé et les frontières un carcan dont il faut s'affranchir, dirigée par l'éminent parachuté Patrick Aebischer, lequel n'hésita pas à exprimer dans les journaux toute son "amertume" après un vote du 9 février qui le laissa "furieux et abattu", prêt à lutter contre les "arguments populistes de l'UDC"... Bref, on pourrait continuer longtemps! Eh bien cette EPFL-là, dirigée par ces gens-là, demande, réclame même, l'instauration de quotas pour les inscription d'étudiants étrangers.

Dit comme cela, on comprend mieux l'ampleur de la nouvelle.

Celle-ci fut d'ailleurs révélée en premier par la Schweiz am Sonntag, un quotidien alémanique. On devine que l'EPFL n'était pas trop fière de son changement de cap - un peu comme un prêtre avouant à ses ouailles qu'il a contracté la syphilis - et n'alla pas le clamer sur tous les toits, mais juste auprès des instances concernées, au Département Fédéral de la Formation à Berne. Instances auprès desquelles se renseignent aussi quelques journalistes du cru. Et évidemment l'information de finir par revenir en Romandie... Même au journal télévisé s'il vous plaît!


La nouvelle a de quoi surprendre, annonce la présentatrice...

"L'école polytechnique fédérale de Lausanne souhaiterait donc pouvoir limiter le nombre d'étrangers dès la première année, si besoin, car avec dix mille étudiants elle est victime de son succès", nous explique-t-on. Tout parallèle avec un pays doté d'un drapeau rouge à croix blanche est purement fortuit.

Le plus savoureux est évidemment d'entendre la justification avancée par le président de l'EPFL, joint au téléphone par une journaliste ; en voici la transcription:

"Je suis totalement contre les contingentements mais aujourd'hui si on laissait ouvert les vannes on pourrait avoir trente mille étudiants sur le campus... Il y a une limite à avoir, aujourd'hui [l'université de] Saint-Gall limite à 25% d'étudiants étrangers, ça c'est la réalité. Donc je crois qu'il y a un moment si vous voulez où vous devez trouver des équilibres et 50% me paraît être un bon équilibre..."


Patrick Aebischer a sans doute beaucoup pleuré, il s'est flagellé à de nombreuses reprises, il a perdu l'appétit et ne demande des quotas que la mort dans l'âme, mais bon, il les demande tout de même. Je suis totalement contre les contingents, mais j'en veux pour l'EPFL.

C'est magnifique, magique. On reste interdit par une telle facilité verbale. On en perdrait sa novlangue!

Alors que l'Armée du Bien martèle jour après jour son amour pour le métissage, l'immigration, l'ouverture indiscriminée des frontières, passant comme chat sur braise sur les aspects les moins reluisants de l'afflux d'étrangers... L'EPFL semble, avec 52% d'étrangers, avoir heurté de plein fouet le mur de la réalité. Non, il n'y a pas de place pour tout le monde. Et même la mise en place d'une immigration choisie - que l'EPFL pratique en recrutant sur dossier - ne suffit pas!

La tolérance ne serait-elle donc qu'une question de proportion?

09 février 2014

NON à l'immigration de masse!

Les résultats des votations du week-end sont donc tombés, et nous savons tous sur quel objet les unes des journaux s'attarderont demain!

L'avortement est une affaire privée (évoquée ici) subit un rejet aussi massif que prévisible. L'initiative demandait la fin du remboursement de l'avortement par l'assurance-maladie obligatoire. Les initiants avançaient l'argument - sommes toutes assez logique - que la grossesse n'est pas une maladie, et partant de là, qu'il n'était pas correct d'exiger une participation de tous pour son financement. L'exemple de l'Autriche, ou pareille mesure existe depuis des années sans la moindre conséquence particulière, n'a pas suffit. Avec 69.2% de Non, le rejet est unanime, à l'exception du petit canton alémanique d'Appenzel Rhodes-Intérieures.

Le plan de financement et d'aménagement de l'infrastructure ferroviaire (FAIF) (évoqué ici) a franchi l'obstacle du référendum sans coup férir, le Oui l'emportant à 62,02%. Là encore le résultat était des plus prévisibles au vu de l'excellente image des transports ferroviaires dans la culture historique de la Suisse. Mais en ouvrant les vannes à hauteur de 6,4 milliards pour des infrastructures ferroviaires, les citoyens viennent d'autoriser l'Etat à piocher 6,4 milliards dans leurs poches: hausse de la TVA, des impôts et des taxes sur le carburant.

Étrange approbation venue d'un corps électoral qui refusait - à 60,5%! - la hausse de la vignette autoroutière à 100 francs trois mois plus tôt, et qui s'expose aujourd'hui à subir un surcoût d'une demi-vignette à chaque plein d'essence!

L'initiative contre l'Immigration de Masse était bien entendu le point d'orgue du dimanche, qualifiée par certains de votation de l'année voire de la législature.

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Les résultats finaux (infographie Le Matin)

Le suspense a duré un certain temps et le résultat est serré, mais l'initiative l'emporte avec 50.34% et un peu moins de vingt mille voix d'avance. On notera le rejet aussi net que paradoxal de la Suisse romande, alors même que ses cantons sont en première ligne de l'immigration de masse combattue par l'initiative - un résultat devenu carrément indéchiffrable dans le cas de Genève et des tensions amenées par l'afflux de travailleurs frontaliers menant au succès électoral récent de l'UDC et du MCG. Le Tessin, qui se présente quant à lui comme l'avant-garde de ce qui attend la Suisse en la matière, fait preuve d'un peu plus de cohérence ; il se pose comme le champion du Oui avec 68% d'approbation.

J'avais pour ma part pris position pour le Oui, un Oui libéral sachant que l'accès à un territoire fait intégralement partie des fonctions régaliennes d'un Etat ; c'est donc avec une certaine satisfaction que j'ai assisté au décompte du résultat. En outre, ne boudons pas notre plaisir, la participation a atteint un score inégalé de 50% dans ma ville de Renens (pour 42% de Oui, ce qui constitue une deuxième surprise).

L'alliance sacrée entre grands patrons, socialistes, syndicats, autorités politiques et médias en faveur de la libre-circulation n'aura finalement pas fonctionné, et ce n'est pas faute d'avoir mis les moyens...

Que la classe politique prenne donc acte de la nouvelle constitution modifiée et prenne ses responsabilités ; mais au vu de son attitude méprisante envers les préoccupations des Suisses durant la campagne, je doute qu'elle le fera.

La bataille pour l'indépendance de la Suisse n'est pas terminée, même si une victoire importante vient d'être remportée d'un cheveu.

07 février 2014

La dernière ligne droite

C'est avec un certain soulagement que je verrai se terminer la campagne pour l'initiative UDC "contre l'immigration de masse". Une période intense qui aura décillé les yeux de nombreux suisses sur leur classe politique et leurs médias, quel que soit le résultat.

Depuis trois mois, tout ce que la Suisse compte de corps constitués travaille l'opinion publique pour quelle vote "correctement". Reprendre le contrôle de notre immigration même de façon symbolique serait un suicide économique, un non-sens historique, entraînerait de fortes et immédiates mesures de rétorsions de la part de Bruxelles (avec qui nous sommes très amis tout de même, allons!) provoquerait la fonte des calottes glaciaires et la mort du petit cheval...

marionnettes.jpg

Bien entendu encore, les élites admettent du bout des lèvres qu'il y a tout de même un petit souci d'immigration, celui-là même qu'ils s'évertuent à ne pas voir depuis dix ans. Alors elles se mettront au travail dès le lundi 10 février au matin pour plancher sur de nouvelles mesures d'accompagnement et un contrôle des abus, promis juré! Il suffit juste de voter NON entre-temps. Vous avez compris? Pour que la classe politique aille dans votre sens, il faut rejeter un texte qui la force à agir. Par pure gratitude, vous obtiendrez le même résultat! La logique de la manœuvre laisse pantois.

S'il n'y avait les étranges sondages de gfs.bern dont l'échantillonnage semble avoir été effectué à la sortie d'un congrès socialiste, j'aurais presque confiance dans les résultats du dimanche. Cet espoir n'est pas basé sur la Méthode Coué mais la simple observation.

Ma modeste expérience de terrain a été très différente de celle de Yohann Ziehli, vice-président des jeunes UDC de Suisse romande, filmé dans un reportage de la RTS à la gare de Lausanne. La seule "anecdote" méritant d'être montrée à l'antenne pour ce dernier était naturellement celle d'un individu réclamant ostensiblement un tract pour mieux le déchirer devant lui, avant de lui avouer qu'il était étranger. Les étrangers seraient donc pétris de haine contre l'initiative...

Rien de tel sur le marché de Renens dans la banlieue lausannoise, dans une ville pourtant largement à gauche et où les étrangers représentent plus de 50% de la population. Si une poignée d'individus refusa nos tracts la plupart les accepta sans hésitation, les autres nous gratifiant d'un "nous avons déjà voté!" assorti d'un sourire complice. Les affiches de l'initiative furent étonnamment peu vandalisées.

Enfin, si la presse romande a inondé le public d'articles de propagande contre l'initiative (mention spéciale au Matin avec un voire deux articles quotidiens sur le sujet!) la teneur des commentaires en ligne, et plus encore les votes des internautes en faveur desdits commentaires, ont semblé tracer une réalité bien différente de celle des instituts de sondage. Le tout dans une région de suisse sensée être acquise à la cause de la libre-circulation et à la fusion dans le Grand Tout européen.

Alors, peut-être tout ceci n'est-il qu'une illusion, et que ce dimanche l'initiative sera balayée comme le sont traditionnellement la plupart des initiatives. Dans les rédactions et les état-majors des partis, on soufflera un gros ouf de soulagement avant le retour au business as usual - tout en regrettant bien entendu que tant d'esprits aient cédé aux propositions populistes et simplistes, forcément populistes et simplistes, de l'UDC.

Peut-être même oseront-ils asséner un "nous vous avons compris" face caméra pendant qu'ils jettent à la poubelle leurs dossiers de refonte des mesures d'accompagnement.

En attendant, il n'est pas trop tard pour voter.

10 janvier 2014

Immigration et liberté

Les fêtes de fin d'année sont une excellente occasion de discuter de l'actualité politique avec des amis français de passage.

"...Et donc le 9 février, les Suisses seront amenés à se prononcer sur l'initiative UDC contre l'immigration de masse.

- Un retour au système des quotas, c'est ça?

- Exactement.

- Tout ça ne me paraît pas très libéral", lâche mon interlocuteur avec une pointe de malice.


La réplique interpelle ; elle offre un angle inédit dans une campagne où on se contente de peindre le diable sur la muraille et de le filmer en cinémascope pour l'infliger au public matin, midi et soir sur tous les canaux disponibles, jusqu'au 9 février et au NON tant attendu.

Éloignons-nous donc de l'orchestre médiatique et de ses flonflons assourdissants pour un lieu plus calme où les voix intelligibles peuvent se faire entendre.

L'initiative contre l'immigration de masse serait-elle "contre" le libéralisme? Contre la liberté?

Plusieurs arguments plaident en faveur de cette hypothèse. Le libéralisme n'implique aucun à-priori sur les mouvements de personnes: tant qu'ils n'enfreignent pas les droits d'autrui, les êtres humains peuvent se déplacer comme bon leur semble. Mais nous ne vivons pas dans un monde théorique. Sur un plan plus réaliste et plus concret, le retour à la mise en place d'une politique des quotas signifiera un retour en force de la gestion étatique de l'immigration.

Les entrepreneurs seront repartis pour un round de négociation avec les autorités à chaque demande de délivrance d'un précieux sésame. Que de frais et temps perdu en tracasseries administratives! Les lobbies activeront aussi leurs relais au Parlement chaque année pour influer sur l'établissement des quotas. Le poids de l’État augmentera avec la machinerie bureaucratique (re)mise en place pour contrôler tout ce petit monde.

Tout ceci, en effet, ne semble guère libéral. Il serait cependant dommage de voir le débat sous ce seul angle.

pommier_fatal.jpgCertains libéraux n'abordent les problèmes d'immigration que sous l'aspect du droit de propriété. Ce faisant, ils font fausse route: une frontière représente également une séparation entre plusieurs systèmes légaux. Le propriétaire d'un terrain suisse est chez lui, mais aussi en Suisse et donc soumis au droit suisse. Il n'est pas le maître absolu d'un petit royaume. Il ne pourrait pas davantage décider du jour au lendemain que son carré de pelouse relève du droit français, même si son terrain touchait la frontière.

Un pays représente donc davantage qu'une somme de propriétés privées et cet ensemble se doit de définir une politique commune, comme la défense du territoire face à une armée ennemie. En temps de paix, cette gestion passe par une réglementation sur l'installation des nouveaux arrivants, le regroupement familial, l'accès aux soins et aux systèmes sociaux par les immigrés de fraîche date, le tout étant chapeauté par l’État.

Quoi qu'on en dise, les frontières n'ont pas disparu. Elles sont juste "ouvertes" depuis 2003 - pour le Suisse comme pour le frontalier, pour le chômeur comme pour le travailleur, pour le criminel comme pour l'honnête homme. La Suisse est donc victime de son attractivité, en butte à une criminalité transfrontalière galopante et une grande pression sur les salaires. De même, ses infrastructures et ses œuvres sociales sont mises à rude épreuve. Les cantons frontaliers ont les taux de chômage les plus élevés.

La renonciation de la Suisse à exercer elle-même le contrôle de son territoire, tout comme d'autres pays d'Europe, est une bizarrerie inédite dans l'histoire. Surveiller qui rentre et qui sort - ou pire encore, vouloir décider qui rentre et qui sort - est devenu une sorte de tabou. En ce sens, la libre-circulation représente moins une ouverture qu'une restriction: l'impossibilité d'interdire à qui que ce soit de traverser la frontière, aussi mal intentionné soit-il.

Une maison dont on a délibérément ôté toutes les portes est définitivement plus "ouverte" ; est-elle plus sympathique et accueillante pour autant?

bardonnex.jpgEn l'an 2000, les citoyens votaient pour l'ouverture des frontières en se faisant berner par les mensonges d'une classe politique en adoration devant l'Union Européenne. Dix ans après la disparition quasi-totale des frontières, alors que la prospérité helvétique s'effiloche et que la pression démographique d'une Europe en crise se fait immense, le temps est venu pour le peuple suisse d'arrêter - ou de confirmer - la délégation du contrôle de ses frontières à l'entité supra-nationale.

Compte tenu de leur orientation pro-européenne, on comprend que l'idée de laisser les citoyens suisses décider constitue en soi un crime de lèse-majesté impardonnable pour tout ce que le pays compte d'élites.

L'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse ne vise pas à fermer les frontières. Elle ne vise pas à renvoyer les centaines de milliers d'immigrés vivant et travaillant paisiblement en Suisse - qui a la plus grande proportion d'étrangers dans sa population de tous les pays d'Europe après le Luxembourg. Elle ne vise pas à empêcher de nouveaux venus de s'installer dans le pays. Elle ne vise pas à mettre un terme aux accords bilatéraux, pas plus que le Danemark ou la Grande-Bretagne ne sont expulsés de l'Union en réclamant un retour des frontières. Elle ne fixe elle-même aucun quota, mais demande simplement à la classe politique de le faire.

La question posée au peuple le 9 février est simplement de savoir si la politique migratoire du pays doit revenir de Bruxelles à Berne.

En ce sens, le "retour des quotas" en cas d'acceptation de l'initiative n'est pas moins libéral que la situation actuelle où tout contrôle est impossible. Le libéralisme n'est pas et n'a jamais été l'absence de règles. L'accès au territoire fait partie des fonctions régaliennes d'un État.