15 juin 2012

Le faux problème de l'Asile

Sale ambiance dans les rangs du Parti Libéral-Radical. "Il y a des lâches, des opportunistes et ceux qui n'ont rien compris!" s'énerve Claude Ruey dans la presse romande. Pour l'ancien conseiller national libéral, aujourd'hui président de l'Entraide protestante suisse, toute réforme visant à encadrer un tant soit peu les procédures d'asile s'apparente à une insulte à la tradition humanitaire helvétique. Aujourd'hui, son collègue de parti le genevois Christian Lüscher lui répond:

On garantit tout ce qu’on peut garantir à un requérant: de l’argent mais pas trop, un logement, des assurances, de la nourriture, de l’assistance juridique gratuite. En clair il s’agit d’éviter que des jeunes hommes qui viennent en tant que réfugiés économiques (c’est le cas de 80% d’entre eux) puissent dépenser l’argent de la collectivité pour des téléphones portables et envoyer de l’argent à leurs familles.

 

Voilà qui contraste singulièrement avec les propos indignés du premier:

Les gens ne viennent pas chez nous en fonction de nos lois, mais en fonction de l’actualité chez eux: les guerres civiles, les menaces ou tout simplement à cause de la détresse économique. Un homme qui est mis contre un mur en Syrie se fiche de la législation suisse. Il a envie de partir le plus vite possible.

 

Les deux hommes appartiennent au même courant politique, mais aussi proches soient-ils - ce qui permet d'écarter les incompatibilités idéologiques -  leur perception des demandeurs d'asile change du tout au tout. Ils illustrent ainsi très bien le fossé sur les questions liées à l'asile au sein de la population suisse.

La lecture de l'article "Asile, trop c'est trop" du sociologue Uli Windisch sur le site LesObservateurs.ch est instructive, puisqu'elle permet de remettre l'église au milieu du village: le problème de l'asile n'existe pas.

Oui, il y a des personnes qui ont besoin de l’asile mais il est vrai aussi que la filière de l’asile est devenue l’une des voies choisie par ceux qui cherchent simplement du travail et un avenir meilleur dans un pays comme le nôtre, pays qui donne encore, par  son laxisme, une image d’eldorado.(...) Ensuite, et c’est évidemment le pire, la voie de l’asile est devenue  une filière de la criminalité, et cette dernière n’est pas mineure; en fait elle est de plus en plus importante, organisée et dangereuse. Et c’est le cas depuis longtemps.

 

Depuis des années, le mécanisme de l'asile a été déformé et perverti pour devenir une filière alternative d'immigration pour les étrangers extra-européens, court-circuitant complètement la législation suisse en la matière. Reste-t-il seulement de vrais demandeurs d'asile dans le flot, que la Suisse devrait accueillir? A supposer que 20% d'entre eux soient d'authentiques réfugiés dans le besoin, comme l'estime Christian Lüscher, ce n'est pas sûr.

asile-europe.jpgIl ne s'agit même pas d'une exagération. La Suisse est signataire des Accords de Dublin. Ceux-ci prévoient que la demande d'asile déposée par un requérant soit traitée dans le premier pays signataire traversé - ce mécanisme ayant pour but d'empêcher la multiplication des demandes dans divers pays, et maintient dans une certaine mesure les demandeurs d'asile au plus près des régions qu'ils ont quitté afin de faciliter leur éventuel retour.

De fait, aucun demandeur d'asile ne peut parvenir par voie terrestre en Suisse, au centre de l'Europe, sans avoir traversé la France, l'Allemagne, l'Italie ou n'importe quel pays avec lequel la Suisse partage des frontières, et qui devrait donc traiter sa demande d'asile. Les Italiens, exposés au flot d'immigrés en provenance d'Afrique du nord, ont trouvé le bon moyen de résoudre leur problème d'afflux: ils renoncent à enregistrer les empreintes des demandeurs et se contentent de leur dire d'aller voir ailleurs! Voilà de quelle façon des requérants d'asile inconnus au bataillon apparaîssent en Suisse comme surgis de nulle part! Quant à ceux dont la provenance est clairement identifiée, elle se contente de refuser de les reprendre...

Il n'y a pas que la voie terrestre. On peut aussi très simplement atterrir à Kloten, l'aéroport de Zurich, à travers un vol international, et détruire son passeport à l'arrivée, puis clamer auprès des autorités qu'on vient de tel ou tel pays en guerre ou qu'on est apparenté à telle ou telle ethnie malmenée (hélas, le choix est vaste). A charge des autorités helvétiques de démêler le vrai du faux... La Suisse est donc assaillie de "Kurdes" en provenance de Turquie, "d'Erythréens" réfractaires au service militaire, et ainsi de suite.

Peut-être certains considèreront que pareilles astuces sont de bonne guerre lorsqu'il s'agit de contourner les lois sur l'immigration d'un pays, jugées trop restrictives? Mais cette bienveillance a des conséquences. D'abord, la facilité déconcertante avec laquelle il est possible d'exploiter les procédures décourage tout simplement les candidats à l'immigration légale. Ensuite, le taux de criminalité est très élevé au sein des faux demandeurs d'asile, ce qui n'est guère surprenant: difficile d'espérer un solide respect de la loi de la part de gens qui choisissent de la violer le jour même de leur arrivée, en abusant du principe de l'asile et en mentant aux autorités. Enfin, la population suisse devient de plus en plus hostile au principe de l'asile en tant que tel et semble presque décidée à fermer la porte à tout le monde, vrais et faux réfugiés mêlés.

Pour sauver l'asile, la réforme est indispensable.

Si on veut préserver le principe de l'accueil, il est donc plus que nécessaire de démêler les demandes authentiques des autres. Les modifications récemment adoptées par le Parlement sur la législation de l'asile vont plutôt dans le bon sens. Elles diminuent l'attractivité (notamment financière) de la Suisse pour de faux requérants d'asile. Elles accélèrent le traitement des demandes. Elles font preuve de pragmatisme et suivent enfin la volonté que semble exprimer la population helvétique.

Les vrais requérants d'asile, eux, se moqueront bien de savoir que la Suisse leur accorde X ou Y francs par jour - ils cherchent avant tout leur propre sécurité, et cela n'a pas de prix. Imagine-t-on un leader de l'opposition syrienne à la tête mise à prix par le régime de Bachar el-Assad refusant de saisir l'opportunité de se réfugier en Suisse, au prétexte qu'il n'aurait pas assez d'argent de poche une fois là-bas?

Il y a donc du progrès, mais il manque encore des accords de réadmission pour renvoyer les requérants déboutés. On continue d'entrer en matière pour un individu refusant de coopérer avec les autorités - il encourt juste une amende en cas de fausse déclaration. Et surtout, les agissements criminels qu'un requérant commet en Suisse n'éteignent même pas ses prétentions à l'asile!

La Suisse doit clairement faire la part des choses entre le droit d'asile et l'immigration extra-européenne. Il ne faut plus faire passer l'un pour l'autre. Enfin, toute politique d'immigration crédible se doit aussi de tenir compte des intérêts de la population autochtone.

Comme on voit, il reste encore beaucoup à faire.

10 août 2011

Bienvenue au Londonistan

"Le Londonistan est en effervescence", titre un quotidien aujourd'hui. Effervescence? Depuis plusieurs nuits, les boutiques sont pillées, la police a abandonné le contrôle des rues aux casseurs, et après avoir lancé sans succès la cavalerie, envisage enfin le recours aux canons à eau et aux balles plastiques. Jolie effervescence en vérité. Les Jeux Olympiques de 2012 s'annoncent prometteurs...

incendie.jpgCes tristes scènes de rues permettent même à Mouammar Kadhafi et Mahmoud Ahmadinejad de s'en donner à coeur-joie:

Considérés comme des parias par Londres et la communauté internationale, la Libye et l'Iran n'ont pas raté l'occasion pour dénoncer la répression des émeutiers en Grande-Bretagne, Tripoli allant jusqu'à affirmer que le Premier ministre britannique a perdu sa légitimité. Cameron et son gouvernement doivent partir après les manifestations populaires contre eux et la violente répression exercée par sa police contre ceux qui ont participé à ces manifestations pacifiques, a déclaré le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim. (...)

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a condamné de son côté le comportement sauvage de la police britannique face aux émeutes qui secouent la Grande-Bretagne depuis quatre jours et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'intervenir, a rapporté la télévision d'Etat. (...) Au lieu d'envoyer des troupes en Irak, en Afghanistan, en Libye pour piller le pétrole, ils feraient mieux de penser à leur population, a-t-il ajouté.  Une partie de la population britannique a perdu patience et n'a aucun espoir dans l'avenir, a-t-il affirmé.

 

Malheureusement, le dictateur iranien pourrait être dans le vrai. Une partie de la population britannique pourrait effectivement avoir perdu patience et être sans espoir. Lancer des cocktails molotov contre la police et détruire le mobilier urbain sont sans doute des exutoires pour certains enragés, mais pas un projet de vie valable. Piller des magasins et ramener chez soi un écran plat dernier cri améliorent peut-être le confort à court terme, mais pas un quartier aux commerçant et à la réputation ruinés.

De tous temps, les émeutiers sont apparus comme les incarnations les plus abouties du nihilisme, leur comportement animal traduisant une totale incapacité à se projeter dans un avenir qui, de part leurs agissements, vient singulièrement de s'assombrir.

Reste à préciser le projet de société dans lequel ladite population a perdu patience. La tolérance molle d'une société anglaise tardant à s'effacer devant le communautarisme qui la ronge, peut-être? Un article de causeur publié l'an dernier donne la couleur de l'Angleterre pendant le mythe du multiculturalisme, et de ses dérives.

Un respect inconditionnel de « la diversité culturelle couplée à l’égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle », comme l’affirmait Roy Jenkins, secrétaire du Home office (...) [revient] de fait à accepter sans condition toutes les normes et traditions religieuses, culturelles et sociales.

De l’aristocratie (...) qui y puisa et y puise encore une main d’œuvre à moindre coût, à la gauche travailliste qui s’en fit une clientèle électorale indispensable fidélisée par des dirigeants communautaires très écoutés, tous s’accommodaient bien volontiers du modèle britannique, loué partout pour sa tolérance et la paix sociale qu’il garantissait.

 

Les employeurs avaient leur main d'oeuvre corvéable à merci, les travaillistes leur électorat captif. Tout le monde était content - sauf les principaux concernés, macérant leur rancoeur dans les enclaves qu'on leur avait permis de construire.

Omar Bakri put décerner aux terroristes [du 11 septembre] les épithètes particulièrement bien choisis de « magnifiques ». L’intervention britannique en Irak ? illegals study islam riots_060206_london_protest.jpgTony Blair autorisa les écoles coraniques de façon trop concomitante pour être tout à fait honnête, la discrimination positive battit des records, la parité dans les médias et les administrations se fit pointilleuse. Les caricatures du prophète ? Aucune intervention policière ne vint interdire les calicots appelant au meurtre et les drapeaux danois brûlés. A ceux qui les accusait d’acheter la sanctuarisation de leur territoire, les autorités répondaient respect des religions et des cultures. « Nous devons être attentifs si nous voulons être multiculturels » précisait sans rire le directeur de l’école où les petits cochons durent se travestir en caniches [pour ne pas choquer la "sensibilité" musulmane].

 

Evidemment, cela ne pouvait pas marcher. En cédant sur tout, la société d'accueil ne se montrait pas accueillante, mais naïve; elle laissa entrer sur son sol des gens aux motivations opportunistes (aides sociales, criminalité) sans aucun projet d'intégration, et ouvrit la voie à la création d'enclaves où les immigrés recréèrent des communautés identiques à celles de leurs sociétés d'origine, jusque dans le fonctionnement légal et religieux.

Et bien sûr, tout ceci offra un terreau fertile pour le mépris du pays d'accueil, perçu comme inutile, désuet, faible, et finalement haïssable:

[Dans ce contexte] les attentats [de 2005, où des jeunes ont fait exploser des bombes dans un bus et des rames de métro] ont fait l’effet d’un réveil brutal (...) une série de sondages accablants est venue confirmer que le multiculturalisme avait sacrément du plomb dans l’aile. La moitié des musulmans ne se sentaient pas britanniques. 81% se déclaraient d’abord musulmans. 40% réclamaient l’établissement de la charia là où ils étaient majoritaires. 20% cautionnaient les attentats du 11 septembre. 32% estimaient qu’ils devaient mettre fin à la société occidentale et 7% (soient pas moins de 100'000 gaillards) souhaitaient carrément l’éliminer par la violence.

Vous avez dit société multiculturelle ? Les attentats de Londres ont mis à jour une société gangrenée par 60'000 délits racistes par an et des communautés séparées, figées par la haine, prêtes à s’entretuer comme à Birmingham en octobre 2005.

 

Beau portrait. Et les émeutes récentes à Londres et Manchester ne sont pas sans rappeler celles ayant eu lieu pendant des semaines dans les banlieues françaises en 2005, auxquelles le gouvernement n'avait réussi à mettre un terme qu'en déclarant le couvre-feu.

L'espace Schengen incarnant la protection d'une Europe sûre et confiante était peut-être un concept intéressant sur le papier, mais, outre la faillite de sa mise en application, il correspondait à des préoccupations périmées. Surveiller l'horizon n'a guère d'intérêt quand les barbares sont déjà dans les murs.

riots.jpgDe telles émeutes pourraient-elles avoir lieu en Suisse? A en croire les internautes commentant les articles de presse romands, ce serait "impossible". Cette confiance sereine, que ressentaient peut-être les Londoniens jusqu'à la semaine dernière, est probablement partagée par l'establishment politique et les forces de police helvétiques. Autant dire donc que nous ne sommes absolument pas préparés à de telles émeutes si, par le plus grand des hasards, la confiance sereine devait ne pas suffire.

La juxtaposition des enclaves communautaires conduit précisément à la ségrégation et la haine de l'autre. Pour bâtir une société saine, il faut un minimum de culture commune, de mémoire partagée - une acceptation de l'autre dont trop d'immigrés se sont permis, jusqu'ici, de s'abstenir. Plus que jamais, l'immigration doit être repensée en tenant en compte des intérêts du pays d'accueil.

Les Anglais le comprennent aujourd'hui dans les cris, la fureur et les flammes.

11 mars 2011

Quelques nouvelles des frontaliers

Le Matin, sur la base de dépêches d'agences de presse, livre quelques statistiques intéressantes sur les frontaliers - dans un article où les commentaires ont été prudemment désactivés.

Selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique, l'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. Entre 2005 et 2010, il aurait bondit de plus de 30%.

L'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. L'an passé, il y en avait 231'800, soit une hausse de 4,6% en un an. La croissance s'élève à 30,4% sur la période 2005-2010, a indiqué l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Près d'un tiers de cette main d'oeuvre frontalière travaille dans la Région lémanique et représente 9% des actifs occupés dans cette zone, indique l'OFS lundi à Neuchâtel. Les autres se répartissent principalement dans le Nord-Ouest de la Suisse et au Tessin. Des 231'800 travailleurs frontaliers recensés, un tiers sont des femmes.

Plus de la moitié de cette main-d'oeuvre frontalière provient de France (52,6%). Les autres arrivent d'Italie (22,8%) et d'Allemagne (21,4%). En revanche, seule une petite partie résident en Autriche (3,2%) et une partie infime (0,1%) dans d'autres pays.

 

Notons que le texte évoque la statistique pour toute la Suisse; la pratique semble donc bien plus fréquente en Suisse romande qu'outre-Sarine, puisque les Français sont surreprésentés dans cette catégorie.

Les frontaliers occupent-ils des postes à haute valeur ajoutée ou non? Difficile de conclure: si le niveau d'instruction plaide pour des emplois simples, il ne sont que 0.7% à travailler dans le secteur agricole.

L'an passé, près de 59% des frontaliers étrangers oeuvraient dans les services tandis que 40% travaillaient dans l'industrie. Le secteur agricole n'en employait que 0,7%, soit 1600 personnes. Les statistiques indiquent en outre que les frontaliers étrangers en Suisse exercent en moyenne des activités requérant un faible niveau de qualification.

 

L'augmentation des frontaliers au cours des cinq dernières années est étonnante par son ampleur. On peut comprendre l'exaspération de beaucoup de Genevois au chômage face à ce qu'ils considèrent comme une sous-enchère salariale. Lorsque l'OFS écrit qu'un tiers des frontaliers travaille dans la région lémanique, pensent-ils que ces gens se répartissent équitablement de Genève à Villeneuve? Evidemment pas. Les frontaliers genevois étaient 53'866 en 2009. Ils sont passés à 57'002 en 2010.

douane.jpgLa question des frontaliers ne fait pas consensus à l'intérieur de l'UDC. Les travailleurs frontaliers - à ne pas confondre avec les touristes criminels - ne sont pas des gens malhonnêtes, et contribuent à l'activité économique. Leur démarche est tout à fait compréhensible: un Savoyard serait parfaitement stupide de ne pas chercher à travailler en Suisse tant les salaires y sont plus élevés et les perspectives d'emploi meilleures!

Chaque médaille a aussi son revers, malheureusement. N'étant pas soumis au coûts prévalant en Suisse (le logement par exemple) les frontaliers peuvent accepter des salaires moins élevés et contribuent à une sous-enchère salariale. Une partie d'entre eux vient prendre des emplois autrement occupés par des Suisses. Le chômage est presque deux fois plus élevé dans le canton de Genève qu'ailleurs, et on ne peut pas tout ramener à la dispendieuse politique locale de l'emploi. Les frontaliers y contribuent largement.

Les questions de fiscalité ou d'assurance rendent le chiffrage de l'activité frontalière compliquée si on veut savoir si elle est "profitable" à la Suisse ou non. Un frontalier gagne son salaire en Suisse, mais scolarisera ses enfants dans son pays de résidence et s'y fera sans doute également soigner. Les impôts à la source des travailleurs avec un permis G donnent lieu à des rétrocessions plus ou moins bien négociées selon les cantons.

Bien que le volet économique soit difficile à estimer, comme beaucoup de gens je pense que l'emploi frontalier est plutôt défavorable à la Suisse. La meilleure preuve nous en est fournie par les frontaliers eux-mêmes. Ils ne cherchent absolument pas à s'établir sur le territoire de la Confédération, parce qu'ils y perdraient!

Profitant de la proximité d'une frontière, tout comme les Suisses trouvant logement en France d'ailleurs, ils piochent le meilleur de chaque pays en terme de confort de vie et d'emploi; un opportunisme compréhensible, mais qui fâche à travers quasiment tout le spectre politique.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée d'interdire cette liberté.

Crier haro sur les frontaliers n'a guère de sens, car ils ne sont pas une cause mais un effet: le résultat d'une différence de plus en plus criante entre la santé économique de la Suisse et celle des pays limitrophes. La comparaison entre l'afflux des Français et les modestes chiffres des Allemands est édifiante. Elle révèle la situation réelle de leurs pays respectifs mieux que n'importe quel graphique. Il est vrai que les paramètres du logement influent sur la question différemment à Genève qu'à Zurich, mais n'expliquent pas tout.

Si ces pays avaient des économies comparables, les "travailleurs frontaliers" ne seraient même pas un sujet de conversation - comme entre la Suisse et l'Autriche par exemple. Sur cette frontière-là, le problème n'existe pas.

Au fur et à mesure que l'économie française décroche et s'enfonce dans les méandres de la crise financière, les Genevois doivent s'attendre à voir grossir le trafic pendulaire aux postes de douane. Jusqu'à quel point? Aux électeurs d'en décider; mais s'ils peuvent rendre la traversée de la frontière plus difficile pour le travailleur étranger, la véritable solution - remettre l'économie française sur les rails - est hors de leur portée.

05 mars 2011

Les Migrants votent UDC!

J'ai eu hier le privilège d'animer une conférence de presse sur un thème hautement symbolique alors que le gouvernement s'apprête à brader la nationalité: l'engagement des étrangers au sein de l'UDC. Dans une salle réservée pour l'occasion en gare de Lausanne, sous le thème "Les Migrants Votent UDC", Yorick Cazal, Monika Deillon et moi-même avons tenu à tordre le cou à quelques idées reçues sur les relations entre les étrangers et l'UDC.

Les thèmes abordés:

  1. Les raisons de l'engagement des migrants et des naturalisés au sein de l'UDC.
  2. Le refus des migrants de voir la Suisse adhérer à l'Union Européenne.
  3. La nécessité de renvoyer les étrangers criminels et d'avoir une frontière sûre.
  4. Pour une politique migratoire stricte cessant de mélanger immigration économique et asile.

J'étais notamment en charge du premier point; voici donc l'argumentaire que j'ai livré à aux journalistes présents sur place.


La presse nous donne régulièrement un aperçu de la façon dont certains politiciens mettent en avant leurs origines étrangères pour séduire l'électeur non-suisse aux élections communales. Un article récent faisait ainsi un petit tour d'horizon de ces pratiques à Genève. Rien que dans le canton du bout du lac, les exemples ne manquent pas:

  • Sami Kanaan (PS) rappelle ses origines libanaises à ses compatriotes;
  • Sandrine Salermo (PS) utilise ses racines italiennes;
  • Michel Chevrolet (PDC) met en avant son ascendance argentine et fait des discours électoraux en 6 langues;
  • Carlos Medeiros (MCG) insiste sur sa nationalité portugaise;
  • Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) fait valoir ses séjours en ex-Yougloslavie, en République Démocratique du Congo et en Turquie pour séduire les communautés étrangères correspondantes...

Rien qui sorte de l'ordinaire là-dedans. Des cas similaires pourraient être retrouvés dans la plupart des grandes communes de Suisse romande. Mais vous n'entendrez jamais pareil discours tenu par un candidat de l'UDC d'origine étrangère - et il y en a: 17% des candidats de l'UDC pour ces élections 2011!

migrants_final.jpgPourquoi ces nuances dans le discours? Pourquoi, une fois de plus, cette différence étonnante entre l'UDC et les autres partis?

L'origine étrangère d'un candidat est un élément indéniable de son identité. Il ne s'agit pas de la nier ou de la cacher. Il y a pourtant un monde entre la mention d'une origine étrangère à titre informatif et son utilisation comme argument de campagne. Cela nous ramène à la vision qu'ont les uns et les autres de la place de l'électeur étranger dans la société.

Séduire l'électeur sur la base d'une affinité nationale plutôt que sur un programme politique revient à cultiver un communautarisme démocratique. C'est une perversion dangereuse des droits démocratiques, pour cinq raisons.

1. Elle nie la diversité des opinions individuelles. On aurait ainsi un "vote kosovar" ou un "vote portugais" d'après les papiers de chacun et non de ce qu'il pense, une négation flagrante du libre-arbitre.

2. Elle mine l'assimilation en mettant en exergue l'appartenance envers son pays d'origine; avoir à cœur les intérêts de son pays d'accueil est dès lors présenté comme un reniement de ses racines.

3. Elle dresse les communautés étrangères les unes contre les autres. Dans une élection, les postes à pourvoir ne sont pas légions; seule la minorité étrangère la plus nombreuse a voix au chapitre.

4. Elle divise et corrompt la société sur la base de l'appartenance étrangère, car un élu insistant sur son origine "italienne", une fois élu, renverra nécessairement l'ascenseur à la communauté "italienne" qui l'a porté au pouvoir (à moins que sa démarche ne soit mensongère, ce qui est un autre problème!)

5. Finalement, elle provoque la méfiance de la population suisse vis-à-vis des communautés étrangères et désavoue la classe politique dans son ensemble, le vote communautaire étant par définition guidé par autre chose que l'intérêt commun.

Je pense que cette petite liste décrit assez bien les pièges de l'approche communautaire de la démocratie et les raisons pour lesquelles il faut l'éviter. Et l'UDC l'évite!

L'UDC choisit au contraire une approche unificatrice autour de valeurs communes, au centre desquelles l'amour de la Suisse, indépendamment de toute origine. Il ne s'agit pas d'une affection irrationnelle mais d'un respect raisonné et objectif basé sur des particularités helvétiques reconnues: la démocratie directe, la paix du travail, une fiscalité plus avantageuse que dans le reste de l'Europe, la neutralité, l'aspiration à une vie paisible et en sécurité…

Les étrangers satisfaits de leur pays d'accueil se retrouvent parfaitement dans les valeurs de l'UDC - d'autant mieux qu'ils apprécient en connaisseurs les différences entre la Suisse et leur pays d'origine.

Les politiciens opportunistes rappelant sans cesse leur origine étrangère aux électeurs immigrés les insultent. Ils sous-entendent que l'origine ethnique ou culturelle se suffit à elle-même comme gage de fidélité à une idéologie que, comme par hasard, ils prétendent incarner: "Tel pays est socialiste, moi je suis socialiste, voilà, ça vous suffit, vous autres qui venez de là-bas, votez pour moi!" Mais ils oublient la raison pour laquelle les immigrés se retrouvent en Suisse. Il y a fort à parier que ces politiciens incarnent précisément ce qui a poussé ces gens à émigrer!

Pourquoi les étrangers chercheraient-ils à transformer la Suisse pour qu'elle ressemble davantage à ce qu'ils ont choisi de quitter?

Les hommes et les femmes ne s'installent pas dans ce petit pays simplement parce que les vents les ont poussés ici. Peut-être est-ce vrai pour certaines catégories d'étrangers peu concernés par la vie politique, mais certainement pas ceux qui souhaitent à terme exercer leurs droits démocratiques. Ces gens-là ont un projet de vie. Ils ont choisi la Suisse. Ils s'y sentent bien. Ils souhaitent lui éviter les fondrières dans lesquelles les politiciens europhiles et pusillanimes tirent le pays. S'ils ne le font pas pour eux, ils le font souvent pour les enfants qu'ils ont eu ici.

Quel que soit l'amour qu'ils portent à leur contrée d'origine, les immigrés savent mieux que personne que la prospérité ne doit rien au hasard. Que leurs connaissance économiques et sociologiques soient assez vastes pour saisir les mécanismes de la prospérité ou non, ils reconnaissent le succès helvétique et veulent le préserver. Mieux vaut ne pas jouer aux apprentis-sorciers avec un modèle qui fonctionne!

Naturalisés suisses ou fraîchement arrivés sur place, les étrangers vivant en Suisse connaissent de première mains les recettes étatiques que des politiciens locaux essayent de vendre. Ils ont vu les désastres qu'elles entraînaient ailleurs, là où elles étaient adoptées - paupérisation, corruption, impôts, chômage, absence de sécurité, censure et mépris du peuple. Ils en ont tellement souffert qu'ils ont choisi l'exil!

Voilà pourquoi tous les gens qui se retrouvent dans l'amour de ce pays, Suisses ou étrangers, en viennent naturellement à soutenir l'UDC.

15 décembre 2010

De l'intégration à la désintégration

Alors que la Suède panse les plaies du premier attentat-suicide sur son sol, plusieurs quotidiens analysent la personnalité et le parcours de vie du kamikaze islamiste, Taimour Abdulwahab - un parcours qui ne cadre absolument pas avec la vision convenue du terrorisme islamique au sein des éditorialistes et de certains politiciens.

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11 novembre 2010

Un contre-projet purement politique

Amis de la politique politicienne, bonjour. Bienvenue dans le monde merveilleux du Contre-Projet du Parlement à l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers...

L'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers, déjà évoquée dans ce billet, est clairement l'objet en votation le plus crucial de ces dernières années pour l'UDC. Elle représente la pierre de touche de sa politique de sécurité. Après différentes manoeuvres dilatoires, l'objet a finalement été soumis au vote à peine quelques mois avant les premières élections de 2011. Il est porteur d'une dynamique dangereuse. Pour les adversaires du parti au Parlement, il est donc essentiel de le faire échouer.

Quel meilleur moyen d'y parvenir que de ficeler un contre-projet tactique, destiné uniquement à semer la confusion chez le citoyen?

contre-projet.pngVoilà comment est né le contre-projet soumis au peuple le 28 novembre!

Le Contre-Projet n'est pas, comme on essaye de nous le faire croire, une espèce de compromis raisonnable entre l'initiative (forcément haïssable) proposée par l'UDC et la législation existante. Composé par la gauche et les partis de centre-gauche, ce qui en dit long sur la volonté réelle du parlement de parvenir à une entente avec les initiants, c'est un véritable cheval de troie dont les effets seraient en fait bien pires que la situation actuelle. Quitte à trahir l'esprit de l'initiative, autant y aller à fond!

Pour commencer, le contre-projet inscrirait dans la Constitution l'obligation pour les autorités (confédération, cantons, communes) de procéder à l'intégration des étrangers dans leurs tâches. Qu'est-ce que cela veut dire?

La promotion de l'intégration vise à créer des conditions favorables permettant à la population étranger de disposer des mêmes chances que la population suisse pour ce qui est de la participation à la vie économique, sociale et culturelle.

 

Pas besoin d'être devin pour deviner le fourre-tout que cache l'article constitutionnel: cours de langue et de culture payés par les contribuables, sans compter les subventions massives qu'un étranger pourrait demander dès son arrivée parce que, après tout, il doit avoir les mêmes chances qu'un Suisse de "participer à la vie économique", n'est-ce pas! Plus besoin de faire le moindre effort: les autorités suisses ont désormais à leur charge l'intégration réussie de chaque nouveau venu. Et s'il ne s'intègre pas, c'est probablement qu'il faut l'amadouer encore un peu, lui faire découvrir un peu plus le pays... Je suis sûr que cela va beaucoup motiver les immigrés à s'intégrer!

Cet article, inscrit dans le contre-projet en échange des voix du groupe socialiste au Parlement, permettrait par ailleurs à n'importe quel étranger expulsable de faire recours contre son renvoi, puisque celui-ci, par définition, compromettrait son "intégration". Bien joué!

Mais supposons que, par accident, certains soient encore expulsables. Qui pourrait être expulsé et pour combien de temps? Là encore, l'initiative et le contre-projet diffèrent, et ce n'est pas qu'une question de degrés. Leur façon d'aborder la question est totalement différente.

  • L'initiative et le contre-projet divergent sur les peines justifiant un renvoi. Le contre-projet exclut le renvoi pour cause d'abus d'aide sociale, alors que l'initiative l'oblige, tout en laissant le Parlement décider de critères précis sur ce point. L'initiative renvoie des criminels pour des crimes d'abus sexuels, le contre-projet non. Le contre-projet oblige à une modification de la Constitution pour ajouter une peine à la liste.
  • L'initiative force une interdiction d'entrée en Suisse d'au moins cinq ans, le contre-projet ne prévoit aucune durée minimale. Un étranger expulsé pourrait donc prendre l'avion de retour pour revenir en Suisse le soir même, et il y serait accueilli comme s'il n'avait rien fait.
  • L'initiative instaure une disposition contraignante pour le renvoi. Le contre-projet laisse toute latitude aux tribunaux, avec les possibilités de recours habituelles dont le traitement se compte en années. Entre une décision de renvoi et sa mise en oeuvre, un criminel expulsable aurait largement eu le temps de récidiver sur le sol suisse. Loin de clarifier la situation, le contre-projet laisse les pratiques cantonales divergentes perdurer, ce qui signifie qu'on peut toujours être expulsé à Saint-Gall pour un crime qui ne serait puni que d'un sermon moralisateur dans le canton de Genève...

Avec le contre-projet, non seulement personne ne serait expulsé, mais il y aurait pire encore:

La décision relative au retrait du droit de séjour, à l'expulsion ou au renvoi est prise dans le respect des droits fondamentaux et des principes de base de la Constitution et du droit international, en particulier dans le respect du principe de proportionnalité.

 

Voilà: le contre-projet mentionne pour la première fois le droit international - et seulement pour annoncer sa primauté sur le droit suisse. C'est donc une ouverture majeure dans la sécurité juridique helvétique. En effet, vous noterez qu'il n'est pas fait mention du droit international impératif, auquel la Suisse se soumet volontiers, mais bien au droit international simple, c'est-à-dire n'importe quel traité ouvert auquel la Suisse aurait décidé d'adhérer.

Non seulement la liste de ces traités est amenée à évoluer dans le temps, mais l'exactitude de ce qu'ils couvrent change également. De plus en plus de traités sont "ouverts" et définissent de grandes lignes d'accords qui peuvent être complétés par la suite par des décisions multilatérales ou une cour de justice propre sans que l'accord ne soit renégocié: ils auraient alors priorité sur la Constitution. Imaginons que demain qu'une assemblée de dictateurs comme dans la Commission contre le Racisme de l'ONU décrète, sous les bons conseils de la Lybie par exemple, que le renvoi des criminels étrangers est "condamnable": la Suisse devrait probablement se plier à cette décision. Elle ne pourrait pas se retirer ou renégocier un texte en conflit avec sa législation; elle n'aurait que la possibilité de se soumettre, à cause de cet article constitutionnel.

La Suisse perdrait un pan entier de sa souveraineté!

L'analyse du contre-projet étant faite, il est clair qu'il ne résoudra rien, bien au contraire.

renvoi.pngOn raconte qu'en matière d'initiatives, le peuple préfère souvent l'original à la copie; ici, il ne s'agit même pas d'une copie, mais d'un faux grossier qui trahit et pervertit totalement son esprit. Le contre-projet a été conçu au seul dessein de saper l'initiative.

Ces choses doivent être dites et répétées, parce qu'une part non négligeable de la population approuvera les deux objets le 28 novembre, soutenant l'initiative et croyant qu'au pire, le contre-projet sera un pis-aller acceptable. C'est une erreur. Quiconque soutient l'initiative ne doit surtout pas donner son appui au contre-projet car, comme le disait M. Niddegger sur les ondes d'Infrarouge hier soir, "jamais terme n'a aussi bien porté son nom". Voter pour les deux revient à voter pour l'initative et son contraire.

Personne de sensé ne devrait donner son vote aux deux objets en même temps.

Je ne crois pas et je n'ai jamais cru que les parlementaires, les élus et les politiciens soutenant le contre-projet espéraient sa victoire. Ils n'en veulent pas vraiment. Ce qu'ils veulent, c'est que l'initiative échoue. Ils ont conçu un contre-projet dans ce seul but. Pour eux, toute voix enlevée à l'initiative est une victoire.

Il est regrettable, mais guère surprenant, que le Parlement helvétique se soit laissé entraîner dans ces petites manoeuvres politiques. A un an des élections fédérales, le parti agrarien inquiète ses rivaux plus que jamais et ces derniers sont prêts à toutes les manoeuvres pour lui faire obstacle - la sécurité de la population helvétique étant pour eux une préoccupation très secondaire.

Le peuple sera-t-il dupe? Réponse le 28 novembre.