06 mai 2011

Le Franc Constant

Depuis les prémisses de la crise de la dette publique, dont les effets sur les devises ne sont qu'une des multiples facettes, j'ai toujours tenu un discours selon lequel l'or redeviendrait de facto la monnaie des échanges mondiaux. L'actualité semble gentiment pousser dans cette voie.

Lundi, les cours de l'or ont atteint un nouveau record à près de 1580 dollars l'once. Lundi, c'est-à-dire cette semaine - donc après le "recul des valeurs refuges" annoncé un peu partout suite à la mort d'Osama Ben Laden. Le repli a fait long feu. On s'en doutait: la mort d'un chef terroriste islamique, fut-il le plus recherché du monde, ne pouvait occulter longtemps le surendettement des Etats.

Il est de bon ton de vilipender la "spéculation" sur l'or ou de parler de son caractère de "valeur refuge" face aux incertitudes du monde. Or, pour une fois, une dépêche de l'AFP donne un écho différent à cette hausse: l'or ne serait qu'une nouvelle monnaie destinée à échapper aux manipulation des gouvernements. Tiens tiens!

"C'est lié à la même logique de flux que la semaine dernière: celle de l'argent facile. La Fed ne fait qu'imprimer des billets, comme d'autres banques dans le monde entier. La monnaie perd du pouvoir d'achat, donc l'or, c'est un actif qui permet de protéger le pouvoir d'achat sur de longues périodes", a expliqué un opérateur de marché à l'AFP.

Selon cet analyste, deux grammes d'or permettaient d'acheter environ un baril de pétrole en 1984, comme actuellement.

 

Il n'y a pas plus d'envolée du prix du baril qu'il n'y a de fièvre de l'or; il n'y a qu'un dollar en décrochage (ainsi que toutes les autres monnaies "flottantes", quoiqu'à des vitesses différentes). On ne peut pas tricher avec les matières premières, ou en tous cas, pas autant. En cotant un actif matériel contre un actif immatériel et mensonger comme une devise manipulée par une banque centrale, il arrive forcément un moment où chacun découvre que le roi est nu.

La Fed a maintenu mercredi son taux directeur proche de zéro, et assuré vouloir le garder longtemps à ce niveau. (...) Ce mouvement pousse les investisseurs à placer leur capital dans les matières premières pour le protéger d'une perte de valeur. L'or, qui présente un statut de valeur refuge très sûre, bénéficie à plein de ce phénomène.

 

Valeur refuge, oui, mais la formule est incomplète. Valeur refuge de quoi? Je vous le donne en mille: des manipulations de la monnaie, de la planche à billet, des apprentis-sorciers officiant dans les diverses banques centrales de part le monde! Le cirque cessera quand les politiciens renonceront à essayer de créer de la richesse en trichant avec la monnaie. Ce n'est pas pour demain.

Mais avant qu'ils n'aient renoncé ou ne fassent tous faillite, l'or aura depuis longtemps remplacé leurs monnaies de singe dans les échanges internationaux.

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Pièce de 20 francs, 1883
Alliage à 900 ‰ or, soit 5.8068g d'or fin

19 mai 2010

La nouvelle ruée vers l'or

Ce n'est pas le Klondike mais ça y ressemble: Les cours de l'or s'envolent!

«En ces temps d’incertitudes persistantes, l’or devrait continuer à bénéficier d’une grande demande et les prix devraient être bien soutenus, tandis que des investisseurs supplémentaires devraient être attirés par la barre psychologique importante des 1000 euros», notaient les économistes de Commerzbank vendredi.

Une petite courbe vaut mieux qu'un long discours:

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Un tel graphique évoque immanquablement "l'exubérance irrationnelle des marchés" chère à Alan Greenspan. Mais cela colle peu avec l'or, dont il n'y a rien à attendre. L'or n'offre pas de perspective de gains liés à la technologie et ne verse pas de dividendes. L'or est inerte, amorphe, sans surprise. Avec l'or, pas de bulle possible.

Alors, pourquoi cet engouement?

Bizarrement, on trouve peu d'explications sur les raisons profondes de cette envolée. Les analystes financiers travaillent à partir des courbes et évoquent des "seuils psychologiques" qui seraient enfoncés les uns après les autres, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles hausses. L'explication semble bien peu convaincante. L'or joue à fond son rôle de valeur-refuge, dit-on, mais rares sont les journalistes à tourner leur regard vers la tempête dont les investisseurs cherchent à se prémunir.

En réalité, la courbe ci-dessus ne peut dire qu'une chose: la crise est devant nous.

La zone Euro va mal. Ca ne concerne pas que les finances publiques. Certains économistes ont commencé à s'émouvoir de l'effet des plans de rigueur annoncés ici et là sur l'activité économique. Leur point de vue est exprimé d'une façon étrange, mais il n'est pas entièrement faux: le retrait des Etats de l'activité économique laisse des traces auprès de leurs innombrables clients et fournisseurs. En outre, tous les plans de rigueur introduisent de nouvelles ponctions fiscales et contribuent donc à écraser la croissance. Les politiciens ont jusqu'ici montré très peu d'empressement à s'attaquer aux vraies racines du problème, les dépenses. Gageons que la réalité se chargera de le leur rappeler.

En attendant, les pouvoirs publics essayent encore de faire croire qu'ils peuvent s'en sortir en faisant payer les autres, et les perspectives de croissance des acteurs économiques privés s'en ressentent.

Si les actions sont promises à baisser parce que l'activité économique pâtit, mieux vaut rester à l'écart du marché des actions. Mais où placer ses économies alors? Emprunts d'Etat? Les rendements sont lamentables et les risques pas si minimes que ça. Garder du cash? Certainement pas, à une époque où tant les USA que l'Europe font tourner la planche à billets. Reste les métaux précieux.

L'or est une valeur-refuge parce que la matière première échappe à toute manipulation. Avec l'or, on ne peut pas tricher.

5151584_lingot.jpgSous la pression des politiques, la BCE a renoncé à tous ses principes et à son indépendance. Elle imprime désormais des euros par milliards pour les prêter à des pays en cessation de paiement, comme la Grèce. L'inflation pointe déjà son nez et je parie qu'elle va aller en s'intensifiant.

L'or est hors d'atteinte des astuces comptables des pouvoirs publics et des banques centrales. Les Alchimistes ont bien essayé, mais jusqu'à présent personne n'a trouvé comment créer de l'or à volonté. La perte de valeur des principales monnaies du monde (qu'il s'agisse du Dollar, de l'Euro ou de la Livre Sterling) va donc contribuer à une hausse mécanique de la valeur fiduciaire de l'or, simplement parce que les monnaies contre lesquelles il est mesuré s'affaiblissent.

La crise est loin d'appartenir au passé. Les politiciens européens semblent bien peu enclins à réaliser l'énormité de l'enjeu - une crise dont ils ne comprennent pas l'essence et qui s'apprête à les frapper de plein fouet.

Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération. Je partage son point de vue. N'allez pas croire pour autant que nous serons sortis d'affaire, par la magie du temps qui passe, exactement en 2030. Ce n'est pas qu'il faille plus longtemps - selon moi l'ordre de grandeur avancé est correct - mais, simplement, que cette longue et nécessaire désintoxication n'a pas encore commencé. Voilà ce que j'entends en disant que la crise est devant nous.

Les choses sérieuses débuteront lorsque l'Euro se désintègrera, lorsque les banques semi-publiques sauteront, lorsque les social-démocraties européennes épuisées seront au bout de leur incohérence fondamentale. C'est pour bientôt. Cela va être très douloureux et très violent. Tous ceux qui se précipitent sur les placements en métaux précieux l'ont bien compris. Voilà pourquoi l'or monte - et pourquoi il n'a pas fini de monter.

10 mai 2010

Sauvés par la Corne d'Abondance!

Sauvés! Nous sommes sauvés.

Ils étaient tous là, nos chefs d'Etat européens, venus au chevet d'une Europe financière agonisante. Les discussions se sont poursuivies tout le week-end, avant et après le sommet proprement dit. Il fallait contrer les vils, les odieux spéculateurs. A l'aide de quelques décisions bien senties, il fallait rassurer les marchés. Remettre de l'ordre dans la maison. Exprimer sa confiance dans l'Euroland et restaurer le bon droit européen et la qualité de son économie.

Et ils n'y sont pas allé de main morte. Un fonds de stabilisation de 440 milliards d’euros. 60 milliards d'euros de facilité de paiements pour la Grèce, comme ça, c'est cadeau. 250 milliards d'euros d’aide du FMI. Tout ça prêt à l'emploi, à disposition pour faire taire les ignobles vautours et autres charognards rôdant près des bourses.

Ce lundi, les places financières européennes ont éclaté dans une explosion de vert. Les records ont été battus dans l'euphorie de la confiance revenue.

Tout va bien. Il n'y a plus de raison de s'inquiéter. La crise est jugulée - mieux que ça, elle est résolue. L'Europe en est sortie grandie, plus mature aussi...

Les optimistes feraient mieux de ne pas poursuivre la lecture de ce billet plus avant!

...N'importe quel quidam avec un peu de jugeote, même s'il ne comprend pas grand-chose à la haute finance, devrait se douter que quelque chose ne tourne pas rond. Vendredi, l'Europe est dans l'impasse, la cessation de paiement menace, les pays de la zone euro sont au bord de l'effondrement. Lundi, tout va bien?

L'Europe vient tout simplement de trouver de l'argent frais en quantités homériques.corne_d_abondance.jpg Mazette! Pensez donc, de 500 milliards d'euros - 500'000'000'000 si on l'écrit en chiffres - on peut en faire des choses. Ca représente tout de même 1'500 € par habitant de l'Euroland, du nourrisson au grabataire, car ils ne sont que 322 millions.

C'est une sacrée somme.

C'est étonnant qu'on ne l'ait pas trouvée avant. Voire, qu'on ne s'en serve pas pour résorber les dettes qui étranglent ces états vivant au-dessus de leurs moyens... Après tout, à combien se monte la dette par habitant des social-démocraties européennes, déjà?

A moins qu'il ne s'agisse de nouvelles dettes. Ou de pire encore.

Penchons-nous sur les détails de ce plan, soulevons quelques cailloux.

Si 500 milliards d'euros redonnent de si belles couleurs aux marchés financiers, c'est parce qu'ils détestent l'incertitude. L'Europe politique a engrangé un premier succès: elle a annoncé qu'elle ferait faillite plus tard.

Dans l'intervalle, elle a trouvé le moyen de se couvrir. La Commission Européenne disposera d'un premier niveau de fonds de 60 milliards, qu'elle empruntera. Ensuite Les quinze membres de l'Euroland annoncent qu'ils se protègeront les uns les autres en s'accordant des prêts bilatéraux.

Comme ils sont tous endettés jusqu'au cou, cela ne suffira pas. Les deux premières couches du plan consistent donc en:

  1. davantage de dettes;
  2. des dettes partagées.

Pas terrible. La suite est plus prometteuse. On arrive enfin au centre du dispositif, le coeur de l'étoile noire: la Banque Centrale Européenne (BCE). Celle-ci annonce que, désormais, elle acceptera de prendre en dépôt des obligations souveraines. Certains économistes disent dans les colonnes du Nouvel Observateur que cette décision revient à actionner un bouton nucléaire, et le terme n'est pas trop fort - dans le monde de la finance en tous cas.

Qu'est-ce que cela veut dire?

Eh bien, revenons en arrière de quelques jours. Vous vous rappelez lorsque le gouvernement grec geignait parce que sa note était dégradée? La dette souveraine grecque est descendue au niveau junk bonds, des dettes spéculatives dont on ne sait si l'emprunteur les remboursera ou non.

Désormais, la BCE accepte de prêter à ce genre de clients.

Il s'agit d'un affaiblissement considérable de la signature de la BCE. Car si la BCE accepte de prêter à des débiteurs douteux, ses créances deviennent également douteuses. De proche en proche, son bilan et la confiance qu'elle inspire sont affectées. De plus, avec des conditions aussi "avantageuses", on imagine sans peine que les clients les moins fiables (Portugal, Espagne, Irlande, Grèce...) vont se bousculer au portillon, et remettre leurs plans de rigueur, déjà bien timides, à plus tard.

Il va falloir la créer, toute cette monnaie empruntée. Comment la BCE va sortir tous ses milliards d'euros de ses coffres? Elle ne les a pas. Elle va les créer de toutes pièces (c'est la fameuse "planche à billets"). Nous allons donc assister à un retour de l'inflation et une contamination de l'endettement à tous les pays de la zone euro, banques centrales comprises. La dette des pays d'Europe est devenue la dette de l'Europe. Il sera encore moins possible de contingenter la panique à un seul pays comme la Grèce; tous chuteront ensemble désormais. Lorsque la prochaine crise surviendra, elle sera dix fois plus puissante que celle que nous venons de traverser.

En surface, tout va rester calme pendant quelques mois, mais comme aucun pays ne réduit sa dette d'un iota, la crise est tout sauf résolue.

Il y a de quoi être rassuré, en effet...