02 juin 2014

En attendant les autres

Mehdi Nemmouche est le dernier avatar de la longue liste des terroristes islamistes soit-disant surgis de nulle part, bien que connus des services de police. Français de naissance en vertu du droit du sol, il eut droit à un parcours de petite frappe en règle avec plusieurs passages en prison dont il ressortira totalement endoctriné. S'ensuit un voyage en Syrie via le Liban et la Turquie ; il y passera un an à commettre des atrocités au nom du mouvement pompeusement autoproclamé État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais en accord avec nos valeurs puisque selon Bernard-Henri Lévy, à l'aune duquel se mesure la conscience occidentale, Bachar el-Assad est le seul vrai barbare du coin.

Mehdi Nemmouche a été arrêté par hasard à la faveur d'un contrôle de police inopiné d'un bus assurant la liaison entre Amsterdam et Marseille:

Le suspect a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l'enquête, il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro. Parmi ses vêtements, il y avait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge.


Arrêté par des douaniers en quête d'herbe! Et François Hollande de claironner dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté grâce à la vigilance des forces de l'ordre "dès qu'il a mis le premier pied en France"... Toutes les victoires sont bonnes à prendre!

Comme son nom fleure bon l'immigration, les médias suisses s'évertuent à ne pas mentionner le nom de Mehdi Nemmouche et sa consonance trop "stigmatisante". Apparemment il vaux mieux taire certaines vérités, de peur de susciter des sentiments négatifs... Cette inadéquation face aux enjeux est symptomatique de l'incapacité de l'Occident à faire face à ce qui l'attend. Prenons pour exemple un échange surréaliste entre la présentatrice du journal de la RTS et Christian Chesnot, journaliste à Paris, au sujet de cette affaire:

Voilà la transcription du dialogue, les points saillants sont en gras:

Agnès Wuthrich: Il y avait eu Mohammed Merah, il y a maintenant cette deuxième affaire, les similitudes entre les deux cas sont frappantes.

Christian Chesnot: La grande différence c'est que Mohammed Merah a été faire le jihad en Afghanistan où il a été attrapé à Kandahar par les Américains, les Français n'ont pas pu le récupérer à la sortie ; cette fois-ci le suspect a passé un an en Syrie et le problème c'est que des gens comme celui-ci il y en a beaucoup, on parle de 600, 700, 800 Français sur place... Peut-être de dix mille étrangers qui combattent en Syrie, et le problème c'est que si ces gens reviennent en France ou en Europe évidemment ils peuvent être dangereux, ils peuvent commettre des actes comme on a vu à Bruxelles.

AW: Vous dites, la Syrie c'est un peu l'autoroute du jihad?

CC: Eh bien oui, c'est même le low cost du jihad parce que vous prenez un billet à Paris pour aller à Istanbul ça va vous coûter 200 euros, vous prenez un bus d'Istanbul à la frontière c'est 50 euros et donc en moins de 300 euros vous êtes à la frontière, donc c'est vraiment très facile, en plus pour aller en Turquie il n'y a pas besoin de visa pour les Européens, un simple tampon sur le passeport suffit, et donc vous avez plein de jeunes qui partent...

Si on compare avec l'Afghanistan ou le Mali ou le Sahel c'est un jihad très facile à faire, à la portée de tout le monde malheureusement, et donc même un jeune qui est tout seul peut aller jusqu'à la frontière turco-syrienne et puis là-bas, il est pris en charge par des groupes, des passeurs, qui vont l'amener sur les zones de guerre à Alep ou dans le nord, il y a même des femmes qui passent, on a même vu un Américain qui a fait une opération kamikaze... Donc vraiment c'est un vrai problème et tous les services de renseignement en Europe sont maintenant sur les dents parce qu'on assiste au retour de ces djihadistes en Europe.

AW: Ca veut dire que la guerre est perdue d'avance pour ces services de renseignement? Personne n'a les moyens de surveiller autant de gens...

CC: Ça va être très compliqué... C'est-à-dire que évidemment il faut les suivre au départ, il est vrai que la destination Istanbul-Ankara, la Turquie, il va vraiment falloir regarder de très près... Mais c'est vrai qu'au retour le problème c'est comment localiser ces gens, comment les surveiller, encore une fois Mohammed Merah était sous surveillance, il a échappé à la surveillance, il a commis son attaque à Toulouse... Donc pour les services de sécurité c'est un vrai défi, pas simplement pour les Français, pour les Belges, les Anglais, les Allemands, pour tous les Européens, parce que là c'est une masse de personnes, c'est pas une ou deux personnes comme l'Afghanistan ou comme le Mali. Là on a des centaines de personnes, donc forcément ça pose des problèmes de coordination entre les Européens, et trouver une parade pour les arrêter au retour.


Dix mille étrangers fanatiques s’aguerrissant au combat urbain et aux techniques terroristes les plus extrêmes sur le champ de bataille syrien, et ils ne visent pas à passer toute leur existence là-bas. Comme Mehdi Nemmouche, ils disposent du passeport européen et peuvent franchir toutes les frontières de Schengen. En vertu de leur nombre, ils sont incontrôlables - même M. Chesnot ne semble pas croire sérieusement que les services de renseignement européens soient en mesure de surveiller simultanément un si grand nombre de terroristes potentiels. Pour revenir de Syrie, Mehdi Nemmouche est passé par Singapour et Bangkok avant d'atterrir à Francfort en Allemagne, puis s'est déplacé par voie terrestre sans laisser de trace, allant en Belgique, aux Pays-Bas, en France. Comment surveiller tous les mouvements de milliers de personnes?

Et que dire de ceux qui apparaissent pendant ce temps dans les banlieues, les prisons?

On peut croire en notre bonne étoile permanente et se réjouir comme François Hollande que l'ennemi public numéro 1 ait été si promptement arrêté, fut-ce par le plus grand des hasards. On peut penser, la foi républicaine chevillée au corps, que nos Etats occidentaux, bien qu'en faillite, arriveront à mettre en place les institutions, les procédés de désendoctrinement nécessaires à la lutte contre le terrorisme islamiste. On peut espérer que les vaillantes forces de l'ordre suffiront à prévenir la plupart des massacres à venir.

Soyons réalistes. Les élites occidentales n'ont ni la compréhension, ni la compétence, ni la force de caractère de s'opposer à ce qui va déferler sur l'Europe dans peu de temps.

Des milliers de djihadistes reviendront de Syrie dans quelques années si ce n'est moins. Soit ils auront vaincu, soit ils estimeront que l'Europe est un champ de bataille plus profitable. Dans les deux cas ils auraient tort de se priver. En Europe, la peine de mort est interdite. On se contorsionne pour respecter la foi des islamistes emprisonnés. Les allocations familiales payent le voyage en Syrie pour faire le jihad.

Osons l'écrire: nous vivons peut-être nos dernières années de paix.

Hier, aller en Afghanistan était long et compliqué. Aujourd'hui, 300 euros suffisent pour devenir candidat au jihad en Syrie. Demain, le prix sera-t-il celui d'un billet de bus pour la banlieue voisine?

15 mai 2014

Les martyres existent encore

...Mais il faut les chercher du côté du Soudan, où la religion de Mahomet fait encore des siennes, comme nous l'apprend une dépêche glaçante:

Une chrétienne soudanaise condamnée à mort pour apostasie

Khartoum - Un tribunal de Khartoum a condamné jeudi une chrétienne soudanaise de 27 ans à la peine de mort pour apostasie, malgré les appels d'ambassades occidentales à un respect de sa liberté religieuse.

La jeune femme, enceinte de huit mois, est actuellement détenue avec son fils de 20 mois, selon Amnesty International qui a demandé sa libération immédiate.

Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi mais vous avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison, a déclaré le juge, Abbas Mohammed Al-Khalifa, s'adressant à la femme avec le nom de famille de son père, un musulman.

Meriam Yahia Ibrahim Ishag --son nom chrétien-- a également été condamnée à 100 coups de fouet pour adultère.

A l'énoncé du verdict, la jeune femme est restée impassible.

Auparavant, au cours de l'audience, après une longue intervention d'un chef religieux musulman qui a cherché à la convaincre, elle avait dit calmement au juge: Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie.

 

islam,soudan,justiceRappelons que selon l'islam tout enfant de musulman est musulman de naissance ; quiconque décide de quitter la seule vraie religion ( de paix, d'amour, de tolérance, etc ... ) devient apostat, passible de la peine de mort, peine qui n'a rien de théorique.

Vingt-sept ans, mère de famille, enceinte du deuxième, condamnée à la pendaison pour avouer sa foi chrétienne. Ce triste spectacle ne vient pas d'Afrique mais bien des profondeurs obscures d'un Moyen-âge dont l'islam n'est toujours pas sorti.

11 avril 2014

De Renens à la Syrie

Par les hasards de l'actualité, il arrive que la petite histoire de notre commune rejoigne la grande, pas forcément de la façon la plus flatteuse qui soit. Ces temps-ci, c'est le retour d'un ex-islamiste de Syrie qui propulse le nom de Renens dans les journaux.

La faute à "Marc", un Suisse de trente ans d'origine valaisanne embringué dans des péripéties à mi-chemin entre le tragique et le ridicule. Homosexuel déclaré, l'individu est touche-à-tout - parapentiste, photographe, défenseur de la cause palestinienne - mais surtout en situation d'échec personnel. Son parcours est des plus chaotiques, entre agent de sécurité et une formation d'ambulancier inaboutie. En mai 2013, il se convertit à l'islam selon une "procédure accélérée" à la Mosquée de Renens. La formule fait sourire.

islam,terrorisme,syrieDésormais affublé du prénom musulman de Mahdi, il se lance en juillet dans un voyage en Egypte pour rejoindre Gaza et y réaliser un reportage sur le ramadan sur le terrain, dénonçant le blocus imposé par Israël et l'Egypte. A son retour, il passe à la vitesse supérieure:

De retour en Suisse en août 2013, Marc commence à tisser des liens avec des musulmans radicaux basés en Suisse, en France et en Belgique, dont certains ont des connexions claires avec des groupuscules liés à Al-Qaida actifs en Syrie (...)

[Vers mi-décembre il] se rend à Lyon, un mois et demi après avoir subi une opération au col du fémur. Il y rencontre deux «frères français», avec qui il était déjà en contact depuis quelques mois, selon des milieux proches de l’enquête. «Il aurait même payé les trois billets d’avion pour la Turquie», relève une source qui suit l’affaire de près.


La SonntagsZeitung laisse entendre qu'il se serait converti à l'islam pour "soigner" son homosexualité. L'opération n'est guère couronnée de succès, comme en témoignent ses préférences sexuelles sur facebook ou sa fréquentation de forums gays. Visiblement, les islamistes sont prêts à accueillir dans leurs rangs un copain suisse un peu fantasque et légèrement incompatible avec leur religion, pour peu qu'il serve la cause! Qui aurait imaginé une telle largeur d'esprit?

S'ensuit un départ pour la Syrie. Juste avant Noël, il informe officiellement ses parents de son intention de partir combattre les troupes de Bachar El-Assad en s’engageant dans un groupe islamiste. Il n'en mourra pas: après trois mois, le voici de retour en Suisse, expliquant avoir vécu dans une maison partagée par 80 à 150 djihadistes, dont une quinzaine "prêts à se faire sauter" et installés au rez-de-chaussée.

Heureusement, notre homme était logé à l'étage. Il profitera de son séjour pour apprendre le maniement de la Kalachnikov mais restera évasif sur son rôle exact dans la rébellion.

Revenu au bercail, "Marc" est désormais poursuivi par le Ministère Public de la Confédération pour présomption de soutien et/ou de participation à une organisation terroriste. Pourtant, l'homme n'a aucun mal à se faire interviewer par des journalistes et livrer son point de vue, y compris à la télévision.

Si l'ex-rebelle syrien semble exprimer des regrets sincères, les médias sont plus qu'empressés d'appuyer son repentir. Un portrait brossé par un journaliste du Temps devient autant de moyens de lui trouver des excuses: il est "un simple aventurier", en "perte de repères" ou "en proie à des tourments intérieurs". Voire, il aurait juste fait "de mauvaises rencontres sans se rendre compte de ses actes", comme si un hasard impromptu pouvait suffire à vous amener au jihad en Syrie, à votre corps défendant!

Cette bienveillance dépasse la volonté d'accueillir à nouveau une brebis égarée. Jamais journaliste ne servirait pareille soupe bienveillante à un skinhead repenti, par exemple. Il y a autre chose. J'identifie pour ma part trois "strates" de mensonge, du plus véniel au plus grave.

La première couche, la plus superficielle, a évidemment trait au romantisme de la rébellion. Les exactions sur le terrain ont terni l'image du conflit syrien sans éradiquer entièrement cet aspect. Au cœur de la guerre civile syrienne se retrouvent les poncifs tiers-mondistes habituels: émancipation des peuples opprimés, lutte contre un Occident ontologiquement criminel - Bachar el-Assad, tyran éduqué en Angleterre et portant costume-cravate en est la parfaite représentation - fierté de combattre pour une noble cause, même salie par l'enthousiasme excessif de quelques compagnons...

Médiatiquement, la passion est bien vue, voire admirée. Comment jeter la pierre à des combattants syriens venus de Suisse lorsqu'on reproche par ailleurs leur tiédeur aux Helvètes? Comment dénigrer une aventure en Syrie par des gens dont les glorieux ancêtres communistes se sont engagés du côté des nobles Républicains pour combattre le fascisme franquiste en Espagne? Critiquer, ce serait renier son idéalisme, ses aïeux, ses espoirs, ceux qui croient en quelque chose. Impossible.

La deuxième couche a trait aux médias, car il faut bien le dire, ils se sont eux-mêmes fortement impliqués dans la radicalisation de "Marc". Je ne parle pas ici de la couverture continuellement partiale du conflit israélo-palestinien à longueur d'années - pensons par exemple à l'affaire al-Dura! - qui a certainement orienté "Marc" dans sa construction du monde, mais bien à la mise en valeur de sa propre démarche de radicalisation. Ainsi, Edipresse s'est fait l'écho du ramadan du Valaisan d'origine dans une longue chronique suivant ses pérégrinations entre l'Egypte et la Bande de Gaza, avec son vrai nom et de multiples photos à l'appui. Comment les rédactions romandes pourraient avouer qu'elles ont complaisamment valorisé la démarche d'un islamiste en devenir?

La seule attitude possible est de décréter qu'on ne savait pas, qu'on ne pouvait pas savoir et qu'on n'a rien vu venir. Le glissement a eu lieu par inadvertance, indépendamment de notre volonté, d'ailleurs c'était un accident, voyez, il regrette!

La troisième couche, enfin, a trait à son idéologie de gauche. Les parents de "Marc" sont des notables, nous dit-on ; mais on ne s'appesantit guère sur la présence du fils perturbé comme candidat à l'exécutif de Troistorrent au nom de l'alliance de gauche lors des élections communales de 2012 - un an avant sa spectaculaire conversion à l'islam. L'individu a été militant des Jeunesses Socialistes Vaudoises ; difficile de clamer que son ralliement idéologique est une lubie passagère.

Y aurait-il des passerelles entre le socialisme politique et l'islam radical? Si on prend le socialisme comme il se prétend - la recherche du bien commun, la défense des plus pauvres... - le lien n'est pas évident ; si on examine le socialisme comme il se pratique, le mépris de la société occidentale bourgeoise, la croyance dans l'utopie d'un ordre nouveau, l'internationalisme, la recherche du pouvoir, la complaisance envers la violence et les criminels... Les passerelles avec le totalitarisme islamique sont d'un coup beaucoup plus nombreuses.

Plusieurs des opinions de base de "Marc", comme une sympathie pro-palestinienne pas trop regardante, sont partagées par des caciques du PS suisse. Il ne fait pas bon ressasser tout cela, alors on l'évoquera à peine, du bout des lèvres. "Marc" sera donc socialiste comme on porte des jeans ou on choisit une coupe de cheveux: sans signification aucune, juste une esquisse dans son portrait.

"Marc" n'est pas forcément mauvais bougre, même s'il est paumé. Son aventure lui a ouvert les yeux sur la rébellion syrienne:

Un jour j'ai vu une ambulance donnée par une association caritative anglaise avec des explosifs à l'intérieur pour faire un attentat. Il y avait cinq, six blocs d'explosifs et des câbles. Ils ne respectent même pas l'image de l'ambulance.


Son parcours mérite d'être analysé, comme le fait Xavier Colin. Malheureusement, les médias prêchent encore et toujours l'unique influence d'Internet pour mieux éviter de lever le lièvre de prédicateurs locaux - alors même qu'un compagnon clef de "Marc" réside à Neuchâtel et qu'une bonne part de sa radicalisation a eu lieu en banlieue lyonnaise. Bonne nouvelle, la mosquée de Renens semble hors de cause, même si on haussera le sourcil la prochaine fois qu'on entendra l'histoire d'un jeune passé par là et bénéficiaire d'une "conversion accélérée".

Le seul point réellement inquiétant tient à l'étrange clandestinité dont on essaye d'affubler l'affaire. "Marc" ne laisse pas entendre sa voix, on cache son identité, on le floute alors que son portrait se retrouve en un clin d’œil. Un vrai secret de Polichinelle. Alors que les poursuites du MPC semblent engagées vraisemblablement pour la forme, ce luxe de précautions semble dépasser la présomption d'innocence. Le fin mot de l'histoire est donné par l'ex-rebelle lui-même; aujourd'hui il dit regretter son engagement et vouloir rester anonyme pour ne pas être reconnu par ses anciens compagnons d'arme.

Qu'il puisse être terrorisé par ces derniers alors qu'il est sur sol suisse, voilà, en vérité, de quoi nous inquiéter.

28 mars 2014

Une bien belle trajectoire

"J'ai fait une bonne action en tuant ce soldat de la gendarmerie turque", explique Çendrim R. face au juge. L'individu a été arrêté suite à une attaque terroriste le 20 mars en Turquie qui laissa trois morts et cinq blessés sur le carreau. Les assaillants, rapidement arrêtés, sont suspectés d'appartenir à l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), une branche d'Al-Qaeda.

"J'ai fait une bonne action en les tuant. Je n'ai de compte à rendre à personne d'autre qu'à Allah. Je ne dirai rien. Vous êtes tous des païens" a-t-il également ajouté, sans doute pour susciter la clémence de la cour...

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Çendrim R., pétri de remords

La Suisse n'exporte pas que des montres.

Pour l'heure un certain flou règne quant à la nationalité administrative du prévenu, originaire du Kosovo et qui a passé de longues années dans la Confédération. Le "Suisse" s'est retrouvé à combattre pour les islamistes syriens (ces parangons des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté qu'on nous invitait à soutenir il y a peu face à l'infâme Bachar el-Assad). Il n'agissait de toute évidence pas seul et sa présence en Turquie porte à croire qu'il était plutôt sur le chemin du retour.

Un retour pour quoi, au fait? De bonnes vacances, peut-être. Le repos mérité du guerrier, en assassinant peut-être quelques familles de mécréant au passage. Il est vrai que la vie en jihad est assez stressante, surtout quand on a la mauvaise place dans le véhicule:

Attention, vidéo choquante.

Cette hypothèse cadrerait bien avec la découverte de près d'un kilo d'explosif à Mandelieu-La-Napoule près de Cannes en France. L'explosif était réparti dans trois canettes, dont l'une était entourée de vis et de clous fixés avec du scotch - pour ne pas boire trop gras, trop sucré ou trop salé? Le responsable serait cette fois-ci originaire des Alpes-Maritimes. Encore un miracle de l'intégration!

Les affaires de terrorisme se suivent et se ressemblent. Sensibilisation à la cause, endoctrinement, voyage dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de combattant du Jihad, et après s'ouvre un véritable feu d'artifice de possibilités, si j'ose dire.

Les frères Tsarnaev s'étaient formés au Daguestan et en Tchétchénie avant de poser une bombe artisanale à l'arrivée du marathon de Boston. Aujourd'hui la Syrie a le vent en poupe: plus proche, plus simple d'accès, plus violente. Une foire d'empoigne où tous les coups sont permis, jusqu'aux armes chimiques.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le mécanisme de radicalisation est connu:

Qu'ils soient musulman d'origine, sans conviction religieuse, catholique ou athée, élève brillant ou en difficulté, issu de milieu favorisé ou de foyer modeste, ils sont d'abord «orientés» par un copain ou une copine de leur âge vers une pseudo-cause humanitaire, afin de venir en aide au peuple syrien, victime des atrocités du régime de Bachar el-Assad. (...)

Une fois la trame posée, reste à attirer ces jeunes sur internet. Un outil de propagande d'une redoutable efficacité, capable de métamorphoser des gamins boutonneux en kamikazes.

C'est dans l'espace virtuel que les jeunes se font réellement harponner. Tapie derrière des vidéos d'une violence insoutenable, derrière des comptes Facebook glorifiant les moudjahidins, de photos de combattants satisfaits posant en treillis et armes lourdes, la propagande promet l'islam radical comme seul rempart à l'ordre mondial. (...)

Vient le jour du départ, où tout apparaît organisé. Jusqu'à l'approvisionnement en nourriture. (...) Les apprentis djihadistes sont visiblement briefés sur les raisons de leur voyage à donner aux familles: vacances à Dubaï ou missions humanitaires au Proche et Moyen-Orient. Quand ils ne partent pas à l'école, comme tous les matins, sac au dos, sans un mot.


On doute un peu à imaginer qu'un catholique brillant issu d'un milieu favorisé tombe dans la toile islamiste aussi facilement qu'un immigré musulman de deuxième génération, en échec scolaire et à la dérive dans sa banlieue - on dirait presque un sketche de Coluche - mais on mettra tous les individus au même rang. Le politiquement correct s'infiltre jusque dans les analyses du phénomène islamiste, ce qui en diminue la pertinence. Il est apparemment plus important de ne pas "stigmatiser" que d'empêcher un flot d'adolescents se former au Jihad.

Songeons au devenir de ces milliers de combattants "européens", vétérans de la boucherie islamique, lorsque finira la guerre en Syrie. Où iront-ils? Que feront-ils?

En attendant, 34% des musulmans de Suisse ont la nationalité du pays, sans qu'on sache quelle proportion vient de naturalisations ou de conversions. Certains réclament désormais bruyamment que l'islam soit reconnu comme religion officielle. La reconnaissance est en marche: l'islam fait son entrée à l'Université de Fribourg à travers un projet flambant neuf de Centre Suisse pour l'islam et la Société. Selon le recteur, la formation "s’adresse naturellement aux étudiants musulmans de deuxième ou troisième génération qui souhaitent approfondir leur foi". Tout un programme!

L'histoire ne dit pas si la partie pratique de la formation implique un stage humanitaire en Syrie... Il faudra peut-être le suggérer à l'Alma mater fribourgeoise, à moins qu'un pétillant étudiant n'en fasse la demande lui-même.

Comme on le voit, les populations occidentales n'ont aucun souci à se faire: leurs élites compétentes ont parfaitement compris la situation et prennent les mesures adéquates pour y mettre bon ordre.

29 octobre 2013

Mauro Poggia est-il un bon musulman?

Le deuxième tour de l'élection au Conseil d'Etat genevois nous donne l'occasion d'une jolie danse médiatique autour du candidat du Mouvement Citoyen Genevois, Mauro Poggia. Les responsabilités individuelles sont délicates à établir ; quitte à commencer avec un calendrier, prenons celui proposé par Pascal Décaillet lorsqu'il dénonce la cabale:

A l’émission Mise au Point de la TSR, dimanche 6 octobre. Dans un titre du Matin dimanche, le 13 octobre. Dans un blog de Jacques-Simon Eggly, posté dimanche 13 octobre. Trois indices, très clairs, de l’opération « Flinguer Poggia » lancée par l’Entente, et quelques affidés.


Et par les trois canaux, la même révélation insidieuse: Mauro Poggia est converti à l'islam. Comme personne ne pourra m'accuser de rouler pour l'Entente, essayons d'analyser la situation.

Il va de soi que tant la télévision que la presse romande s'opposent au MCG, parfois officieusement par le biais de reportages orientés, parfois ouvertement comme lorsque la rédactrice en chef du Matin Dimanche appelle carrément à ne pas voter pour le mouvement. Dans ce contexte, on imagine sans peine que la "révélation" a pour but de couler sa candidature. La tactique cousue de gros fil part du principe que l'électeur moyen ne saurait donner sa voix à un musulman, quelle que soit la tolérance de façade affichée par chacun.

Qui aurait cru que nos journalistes si empressés de combattre l'islamophobie auraient si peu de réticence à l'employer dès lors qu'elle sert leurs objectifs politiques? Il y a l'élévation des masses et les priorités du moment...

Le blog de Jacques-Simon Eggly, lui, argumente sur un angle plus subtil: il reproche surtout au candidat MCG d'avoir abandonné sa religion d'origine. Pascal Décaillet rétorque à l'artillerie lourde, accuse M. Eggly de chercher à faire un procès d'apostasie, ce à quoi M. Eggly recule, courbe l'échine, s'excuse piteusement de sa propre audace et capitule en rase campagne sur le thème du caractère velléitaire supposé de Mauro Poggia sur les questions de religion et peut-être d'autres. Et de conclure qu'en fin de compte chacun est libre de croire ce qu'il lui plaît dans la sphère privée et, voyons, ne nous fâchons pas pour si peu.

Islam et droite, ce débat qui n'aura pas lieu, commentent ironiquement Les Observateurs. Mais pourquoi n'aurait-il pas lieu? Car enfin la question de fond demeure: être converti à l'islam et candidat au Conseil d'Etat à Genève en 2013, est-ce anodin? La religion est-elle un élément du décor au même niveau que des goûts culinaires ou les préférences en ameublement intérieur?

genève,mcg,mauro poggia,islam,électionsMauro Poggia donna lui-même il y a quelques années une explication tout en nuance quant à sa conversion: en 1996, à cause de la religion de sa compagne. Mais il n'implique pas qu'il s'agisse d'une conversion de convenance, bien au contraire. Même si cela avait été le cas le choix aurait été porteur de sens, puisqu'il était visiblement impensable que la compagne du politicien abandonne la sienne... Il est vrai que l'apostasie est punie de mort selon le dogme de la religion désormais embrassée par le couple, ce qui réduit les risques de changements futurs.

Il importe peu aux électeurs genevois que Mauro Poggia consomme ou non de l'alcool ou du porc, et l'idée qu'il prie cinq fois par jour tourné vers la Mecque prête plutôt à sourire. Mais il semble qu'il ait longuement plaidé devant son parti son rejet de l'initiative contre les minarets, par exemple. Se peut-il que ses convictions religieuses n'aient joué aucun rôle dans la formation de son opinion? Et quels sont ses points de vue sur les repas halal à la cantine, la ségrégation des horaires de piscines publiques selon les sexes, les prières dans la rue, le port du voile en public, la charia comme source du droit? Quelles sont les différences entre ses opinions sur l'islam et celles d'un Tariq Ramadan ou d'un Hafid Ouardiri?

Ce sont là des question légitimes qu'il convient de poser à un candidat de confession musulmane, converti ou non, MCG ou non. La religion fait partie de la sphère privée, mais les convictions, elles, font partie de la sphère publique, spécialement pour un politicien candidat à l'exécutif. Rien n'empêche que ces questions soient posées à tous les candidats - et croyez bien que j'aimerais qu'elles le soient - mais elles prennent un sens particulier pour un musulman.

Pascal Décaillet manie sa plume avec talent et soutient objectivement le MCG, ce qui est son droit le plus strict. Il a raison quand il dénonce d'odieuses manœuvres visant à descendre une candidature. Mais il se trompe en affirmant dans une posture contradictoire que les opinions religieuses des uns et des autres n'auraient finalement aucune importance ou qu'elles relèveraient de la sphère privée. Malgré leurs motivations plus que douteuses, les médias sont dans leur rôle en soulevant cette question. Et foin de faux semblants, le premier responsable de la tonitruante révélation est M. Mauro Poggia lui-même en embrassant la religion de Mahomet il y a dix-sept ans.

Même les horloges arrêtées donnent l'heure juste deux fois par jour, comme on dit.

23 septembre 2013

Pas de surprise, plus de Burqa

Les votations du début d'automne ont donc eu lieu, mais vous ne verrez pas ici de carte montrant comment les citoyens suisses se sont étripés. Ce n'est pas nécessaire: il n'y a guère eu de bataille ce week-end.

Trois objets fédéraux étaient soumis à votation.

Abrogation de l'obligation de servir: la dernière offensive du GSsA contre l'armée suisse, discutée ici,  fit chou blanc. Non seulement l'initiative fut balayée par 73,2% des voix, mais aucun canton, pas même romand, ne parvint à soutenir le texte. L'échec était prévisible depuis plusieurs semaines déjà mais l'ampleur de la déroute des antimilitaristes étonne. Le GSsA a fait un plus mauvais score historique, alors même qu'il prétendait seulement discuter de la façon dont l'armée s'organise. Malheureusement, la défaite sera vite oubliée alors que se profile en 2014 une nouvelle votation concernant les crédits pour l'acquisition du chasseur Gripen.

Révision de la loi sur le travail: évoquée ici, la modification mettait un terme à un ramassis d'absurdités règlementaires, comme l'interdiction dans des commerces ouverts toute la nuit de vendre tous leurs produits entre une heure et cinq heures du matin. La possibilité de vendre des légume frais au milieu de la nuit était suffisamment grave pour lancer un référendum!

La gauche se lança de toutes ses forces dans ce combat ridicule, hurlant et vociférant comme si la lutte finale était déclarée. Mais le peuple suisse ne versa pas dans l'hystérie et accepta à 56% de valider la loi. Rappelons une fois encore que la révision ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins même si la presse, au lendemain de la votation, continue sa campagne de désinformation en évoquant les "horaires des stations-service". Eh non, il ne s'agit que des restrictions sur l'assortiment proposé à la vente.

Loi sur les épidémies, enfin, fut facilement acceptée avec 60% de oui. Ce projet de loi visait à combattre les épidémies et renforçait les prérogatives de l'Etat dans la lutte contre la maladie, avec notamment la possibilité d'instaurer des campagnes de vaccination obligatoire. Il est désormais adopté. Je ne me suis pas exprimé sur le sujet faute d'une opinion arrêtée ; les opposants regroupaient un amas hétéroclite de libéraux opposés à l’immixtion de l'Etat dans les veines de tout un chacun (littéralement), des gogos new-age opposés au principe du médicament et enfin des gauchistes horrifiés à l'idée d'être obligés d'acheter des vaccins à des multinationales.

Le dimanche de votation donna également lieu à des scrutins locaux plus intéressants. Les citoyens de la ville de Zurich refusèrent ainsi un crédit de 216 millions de francs pour la construction d'un "temple du football" de 19'000 places sur le site de l'ancien stade du Hardturm. Les grands travaux publics ne sont plus en odeur de sainteté! A Zurich encore, mais dans le canton cette fois-ci, les étrangers se virent refusé le droit de vote et d'éligibilité à l'échelon communal, refus signifié par trois électeurs sur quatre. Qu'aurait donné un scrutin de ce genre dans le canton de Vaud si le droit de vote communal des étrangers n'avait été accordé par la bande à la faveur d'un "toilettage" de la constitution?

votation du 22 septembre 2013,initiative,islam,tessinLe point d'orgue de cette journée de votation vint évidemment du Tessin, où 66% des citoyens adoptèrent l'interdiction de la burqa et du niqab. Aujourd'hui les journaux laissent la part belle aux adversaires du texte qui épanchent leur bile sans aucune retenue: "un signe inquiétant d'intolérance", explique par exemple 20 minutes ; Le Matin quant à lui joue les naïfs en précisant que "La burqa et le niqab ne sont désignés que de manière implicite" dans l'initiative populaire - sous-entendant que l'initiative visait plus l'identification des gens que leur façon de s'habiller, alors que c'est tout le contraire. Les Tessinois ne s'y trompèrent pas d'ailleurs en préférant l'initiative à un contre-projet limité à ce seul aspect.

Le Tessin n'ayant rien fait de plus que de suivre l'exemple de la France et de la Belgique, il est difficile de le critiquer... Et bien entendu, l'exemple tessinois va se répandre dans le pays.