24 septembre 2011

Troy Davis devait mourir

En dépit des manifestations de soutien, Troy Davis a été exécuté mercredi 21 septembre dans l'Etat de Géorgie, aux Etats-Unis.

Troy-Davis-1.jpgSes dernières heures ont donné lieu à un véritable déferlement médiatique (voir sur le Matin, par exemple) et un engagement politique à tous les niveaux. Jusqu'à l'Union Européenne et au Pape.

Aujourd'hui, tout le monde connaît par coeur les faiblesses du dossier - pas de traces d'ADN, l'arme du crime n'a pas été retrouvée en sa possession, il y a juste eu neuf témoignages mais sept témoins se sont rétractés... - mais réciter le mantra n'est pas signe d'un grand mérite, au vu de la façon dont il a tourné en boucle depuis une semaine.

Avec une telle mobilisation et des failles aussi béantes dans le verdict rendu, il n'en est que plus étonnant que rien ne soit parvenu à empêcher son exécution aux Etats-Unis. Je sais bien, il s'agit des Etats-Unis, un pays affreux où personne n'aurait l'idée d'émigrer. Mais même Obama ne leva pas le petit doigt.

Dans une rubrique intitulée Les Tueurs de Flics sont les Derniers Bébés-Phoques des Médias, Ann Coulter revient d'une façon un peu plus corrosive sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Voici une traduction de l'essentiel:

59% des Américains pensent aujourd'hui qu'au moins un innocent a été exécuté au cours des cinq dernières années. Il y a plus de preuves crédibles que des extraterrestres aient marché parmi nous qu'un innocent ait été exécuté aux Etats-Unis dans les 60 dernières années, et plus encore dans les cinq dernières années.

Mais à moins que les membres du public ne s'attaquent personnellement à la lecture des transcriptions d'audience de chaque jugement débouchant sur un verdict de peine de mort, ils n'ont aucune façon de connaître la vérité, et ne comptez pas sur les médias pour la leur dire.

Il est à peu près impossible de recevoir la peine de mort ces jours - à moins que vous ne fassiez quelque chose de complètement fou, comme tirer sur un flic devant des douzaines de témoins sur le parking d'un Burger King, seulement quelques heures après avoir tiré sur une voiture de passage au sortir d'une fête.

C'est ce que Troy Davis fit en août 1989.

 

Ouch. Passons aux témoins, aux éléments matériels et au reste:

Après un procès de deux semaines avec 34 témoins à charge et 6 témoins pour la défense, le jury de sept noirs et cinq blancs [autant pour le parti-pris de racisme] pris moins de deux heures pour déclarer Davis coupable du meurtre de l'Officier Mark MacPhail, ainsi que de divers autres crimes. Deux jours plus tard, le jury le condamna à mort.

Il a été répété [dans divers médias] qu'il n'y avait pas de "preuves physiques" liant Davis aux crimes commis cette nuit.

Davis sortit un revolver et tira sur deux inconnus en public. Quelle "preuve physique" les médias attendent-ils? Il n'y a pas eu effraction pour pénétrer dans une maison, pas de voiture volée, pas de viols ou de bagarre pour accompagner les tirs. Où faudrait-il chercher de l'ADN? Et pour prouver quoi?

Ann-Coulter.jpgJe suppose que ce serait édifiant si les douilles des tirs de cette nuit correspondaient aux balles. Et ce fut le cas. C'est une "preuve physique".

C'est vrai que l'essentiel du faisceau d'éléments contre Davis vient de dépositions de témoins oculaires. Ce genre de chose a tendance à se produire lorsque vous tirez sur quelqu'un sur le parking encombré d'un Burger King.

Comme toutes les preuves tendant à établir la culpabilité, les témoins oculaires ont mauvaise presse récemment, mais le côté "oculaire" dans cette affaire ne se limitait pas à des inconnus essayant de distinguer un grand type noir d'un autre. Plusieurs des témoins connaissaient Davis personnellement.

L'essentiel des dépositions de témoins établissent ce qui suit:

Deux grands et jeunes noirs harcelaient un vagabond sur le parking du Burger King, l'un dans un t-shirt jaune et l'autre dans un t-shirt Batman blanc. Celui habillé en blanc utilisa un revolver brun pour gifler le vagabond. Lorsqu'un policier leur cria d'arrêter, l'homme en blanc se mit à courir, puis fit demi-tour sur place et tira sur le policier, marcha vers son corps et lui tira encore dessus, souriant.

Quelques témoins décrirent le tireur comme portant un t-shirt blanc, d'autres que c'était un t-shirt blanc avec une inscription, et d'autres encore l'identifièrent comme un t-shirt Batman blanc. Pas un seul témoin ne dit que l'homme en t-shirt jaune ne frappa le vagabond ou ne tira sur le policier.

Plusieurs amis de Davis témoignèrent - sans se rétracter - qu'il était celui en blanc. Plusieurs témoins oculaires, à la fois des connaissances et des inconnus, identifièrent formellement Davis comme celui qui tira sur l'Officier MacPhail.

Maintenant les médias proclament que sept des neuf témoins contre Davis au procès se sont rétractés.

En premier lieu, l'Etat a présenté 34 témoins contre Davis, pas neuf, ce qui donne une certaine idée de la méticulosité des médias au sujet des faits sur les affaires de condamnation à mort.

Parmi les témoins qui ne rétractèrent pas un mot de leur témoignage contre Davis se comptent trois membres de l'Armée de l'Air, qui virent les tirs depuis leur van dans la voie de drive-in du Burger King. L'aviateur qui vécut ces événements d'assez près pour identifier de façon certaine Davis comme le tireur expliqua lors de l'interrogation contradictoire, "vous n'oubliez pas quelqu'un qui se penche sur un homme pour l'abattre."

Les témoignages rétractés sont les preuves les moins fiables qui soient, puisqu'ils prouvent seulement que les avocats de la défense sont parvenu à faire pression sur certains témoins pour affecter leur déposition - après que le procès soit terminé, ce qui s'avère bien commode. (...)

Trois des rétractations vinrent d'amis de Davis, apportant des modifications mineures ou peu crédibles à leur déposition au procès. Par exemple, l'un dit qu'il n'était plus sûr d'avoir vu Davis tirer sur le policier, bien qu'il ait été à un mètre cinquante de lui à cet instant. Le reste de son témoignage impliquait toujours Davis.

Une rétractation présumée de la petite amie du vagabond (décédée depuis) n'était pas une rétractation du tout, mais au contraire une réitération de tous les passages de son témoignage au tribunal, incluant une identification directe de Davis comme le tireur.

Seules deux des "rétractations" alléguées (sur 34 témoins) se rétractent sur quelque chose de valable - et ces deux déclarations écrites et sous serment furent défaussées par la cour parce que Davis refusa aux déclarants de témoigner aux auditions ultérieures au procès, alors même que l'un attendait juste à l'extérieur de la salle d'audience, prêt à venir à la barre.

La cour avertit Davis que son refus de rappeler ses deux seuls témoins sincèrement rétractés rendrait leurs rétractations écrites sans valeur. Mais Davis refusa quand même de les convoquer - ce qui suggère, comme le dit la cour, que leurs déclarations n'auraient pas tenu face à un examen contradictoire.

Avec des adversaires de la peine de mort aussi obsédés par la race de Davis - il est noir - il doit être noté que tous les témoins mentionnés ci-dessus sont eux-mêmes Afro-Américains. Le premier homme sur lequel Davis tira dans une voiture cette nuit était Afro-Américain. (...)

Il y a une raison pour laquelle plus d'une douzaine de cours ont examiné l'affaire Davis et ont refusé de casser sa condamnation à mort. Il est aussi innocent que n'importe quel homme exécuté depuis les années 50 au moins, c'est-à-dire, aussi coupable qu'il est possible de l'être.

 

Troy Davis était coupable de meurtre. Il a été condamné à l'issue d'un procès équitable et de tous les recours garantis par la justice américaine. S'il y a quelque chose de scandaleux, ce n'est pas dans son exécution, mais dans les 22 ans d'attente entre son crime horrible et sa mort méritée, et le tombereau de mensonges et d'approximations livrés par les médias dans la dernière ligne droite de l'affaire.

Lawrence.jpgLe même jour, quelques heures avant Troy Davis mais au Texas, Lawrence Brewer, un Américain de 44 ans, était exécuté lui aussi.

Lawrence Brewer était membre d'une organisation raciste pro-blanche.

Après avoir capturé et battu James Byrd, un père de famille noir rencontré par hasard au bord d'une route, Brewer attacha le corps inconscient à son pickup et le tira sur près de cinq kilomètres de chemins de campagne, en prenant bien soin de faire zigzaguer le véhicule afin que le corps ballote de gauche à droite. Sa victime reprit connaissance, mais fut écorchée aux coudes jusqu'à l'os et mourut décapitée par un obstacle sur la route. Le meurtrier n'exprima jamais le moindre regret pour ses actes.

Il n'y a pas eu beaucoup de manifestants anti-peine de mort pour essayer de sauver Lawrence Brewer. Pourtant, Lawrence Brewer aurait dû susciter encore plus d'engagement anti-peine de mort que Troy Davis. En effet, pour des gens plus avides de brandir une banderole que de s'intéresser au dossier, Troy Davis aurait pu être victime d'une erreur judiciaire, mêlant la lutte contre la peine de mort au simple activisme pour une révision de son procès.

Au contraire, le cas Brewer se ramène à l'essence même du combat anti-peine de mort: la défense envers et contre tout de la vie du pire des salauds, un coupable dénué de remords et méritant largement son exécution.

En renonçant à défendre un cas emblématique pour s'attarder sur un autre plus "sympathique" et plus "douteux" (des sentiments bien superficiels, comme on l'a vu) le militantisme des adversaires de la peine de mort montre qu'il est à géométrie variable, ce qui suffit à conclure que ces derniers suivent des objectifs politiques sans rapport avec la justice ou l'humanisme. Mais on s'en doutait déjà: les Etats-Unis ont pratiqué 46 exécutions en 2010, contre peut-être 8'000 pour la Chine la même année.

Et dans quel silence!

19 septembre 2011

Dominique Strauss-Kahn: suite et faim

Comme plusieurs millions de Français, j'ai sacrifié une demi-heure de mon dimanche soir pour regarder l'interview de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 plutôt que d'assister à la défaite des basketteurs tricolores face à l'Espagne.

Et comme des millions de téléspectateurs, j'ai été assez déçu de la prestation (non, je ne parle toujours pas de basket).

TF1 avait bien joué le coup: dès le générique du journal, on pouvait apercevoir les ombres de Claire Chazal et de Dominique Strauss-Kahn sur un plateau encore plongé dans une semi-obscurité. L'Homme était là. L'actualité fut expédiée en quelques minutes, avant que l'on ne passe dans le vif du sujet pour un long entretien.

Enfin, vif du sujet, façon de parler. Claire Chazal posa ses questions avec bien peu d'insistance. Lorsqu'elle demanda "ce qui s'est passé" dans la suite 2806 du Sofitel de New-York, voilà ce qu'elle et les téléspectateurs reçurent en guise de réponse:

"Ce qui s’est passé ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression, ni aucun acte délictueux. C’est le procureur qui le dit. C’est une relation non seulement inappropriée, mais plus que cela une faute vis-à-vis de ma femme, mes enfants, mes amis, les Français. Ils avaient placé en moi une espérance de changement. J’ai donc manqué mon rendez-vous avec les Français."

 

On s'en fiche de ton "rendez-vous avec les Français", Dominique. Ce qu'on aurait voulu savoir, c'est ta version des faits, pas ce salmigondis insipide sorti de vingt séances de préparation avec une équipe d'experts en marketing.

dsk_TF1.jpg

Dominique Strauss-Kahn rate son rendez-vous avec les Français. Encore.

Face à une réponse aussi creuse, une journaliste un peu moins obséquieuse aurait peut-être froncé les sourcils et relancé son interlocuteur avec quelque chose de plus incisif, comme "Mais enfin, que c'est-il passé? Que vous a-t-elle dit, que lui avez-vous fait?" ou "expliquez-nous comment un homme de 62 ans peut séduire une parfaite inconnue rencontrée par inadvertance en moins de dix minutes, au point d'avoir une relation sexuelle non tarifée avec elle?" Qu'il la dise, sa vérité. Qu'il les lance, ses accusations de complot. Mais il aurait fallu en face de DSK quelqu'un d'un autre calibre qu'une journaliste amie d'Anne Sinclair, l'épouse cocue-et-contente de notre homme.

Auquel cas l'interview ne se serait probablement pas faite.

Car, il faut bien l'admettre, DSK n'est revenu face caméra que parce qu'il était dans un environnement ami. Du coup, cette parodie de confession sera probablement la seule "explication" de l'affaire à laquelle les Français auront droit.

Ne nous leurrons pas, hier soir Dominique Strauss-Kahn jouait pour gagner. Sa prestation n'était pas celle d'un homme à bout de souffle écrivant l'épilogue de sa carrière, mais bien celle d'un politicien avide de préparer son retour.

Ainsi, une combativité toute artificielle, livrée en brandissant le rapport du procureur enterrant l'affaire, face à l'indignation consécutive au manque de respect témoigné à DSK ces quatre derniers mois.

Ainsi, les remarques grotesques sur les péripéties du logement de l'accusé (la famille Strauss-Kahn cherchant un trois pièces, puis un studio, avant de se rabattre faute de mieux sur un véritable palais - on y croit!) ou les attaques contre le pouvoir de l'argent dans la justice américaine, pouvoir dont il a été le premier bénéficiaire.

Ainsi, les sous-entendus et faux-semblants quant aux primaires socialistes, étant entendu qu'il ne faut se fermer aucune porte, quitte à n'avouer que du bout des lèvres son accord secret avec Martine Aubry, pauvresse en difficulté dont il faudra peut-être se séparer en faveur d'un poulain mieux placé.

Croire à la bonne foi de Dominique Strauss-Kahn est un exercice difficile, tant il en a peu dit. Or, le silence ne plaide pas en sa faveur. Toute la mise en scène fleure bon l'opération de communication. Mention spéciale pour le montage, avec une succession de plans serrés et larges, de gros plans sur les mains et la gestuelle... Un beau travail en régie, tout au service de l'ex-futur candidat. Mais où est l'authenticité? Quand un quotidien romand en arrive à lancer un débat sur la sincérité dégagée la prestation sans réaliser l'ironie de la question, on devine qu'on a touché le fond.

Mais n'exagérons rien. Quoi qu'on pense de lui, Dominique Strauss-Kahn n'est pas Hannibal Lecter, et l'affaire DSK n'est pas l'Affaire Dreyfus. La France ayant ses particularités, la carrière politique de DSK n'est pas forcément terminée. Le monarque président français alloue des maroquins de ministre comme il l'entend et ne s'en prive pas. Jacques Chirac a ainsi choisi comme Premier Ministre un individu n'ayant jamais affronté la moindre élection. Nicolas Sarkozy a attribué un portefeuille ministériel à un repris de justice.

Le prochain président français pourrait aller au bout de la logique d'une réhabilitation à tout prix, et, ignorant superbement l'opinion publique, le nommer à un poste prestigieux en rapport avec ses compétences.

Tiens, Directeur du FMI, par exemple.

31 août 2011

L'insécurité-sentiment, mensonge commode

Réalité peu avenante: en matière de sécurité, la Suisse est désormais un pays "comme les autres". L'étude du criminologue Martin Killias vient bousculer tous les clichés véhiculés à travers une certaine vision de la criminalité, à commencer par le plus insultant d'entre eux. Non, l'insécurité n'est pas un sentiment.

L'étude a été réalisée sur mandat de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse (CCPCS). Elle prend la forme d'un vaste sondage effectué auprès de 2000 personnes, interrogées sur les infractions dont elles ont été victimes ces 5 dernières années:

  • 7% des sondés ont été cambriolés entre 2006 et 2011 (5,1% dans l'étude de 2004).
  • 15,4% se sont fait voler des effets personnels.
  • Les vols avec menace touchent 2,2% des sondés.
  • 2,9% sont victimes de violences sexuelles, des femmes essentiellement. Les abus sont plus violents.
  • Le vol de véhicule touche 1,4% des sondés pour la voiture, 6,8% pour la moto, 24,3% pour le vélo (forte augmentation).

Cette triste remise à niveau fait dire au criminologue qu'il faut "prendre congé du mythe selon lequel la Suisse serait le pays le plus sûr au monde". Mais pourquoi devrait-on parler de mythe alors qu'il ne s'agit que de souvenirs?

Les différents titres de quotidiens romands donnent tous peu ou prou la même interprétation sur les raisons de cette hausse. Citons par exemple le Matin d'hier:

Pour Martin Killias, la croissance des actes de violences est probablement due à l’évolution des loisirs nocturnes. Selon le criminologue, cette tendance semble inévitable si l’on songe au nombre considérable de personnes qui sortent très tard le soir, consomment de l’alcool et utilisent les trains ou bus nocturnes.

 

Loisirs nocturnes donc. Admettons. Du côté du Nouvelliste, on nous sert la même soupe:

De l'avis du scientifique comme des policiers, la hausse de la criminalité, qui prend la rue pour théâtre, résulte de la "société des 24 heures": les possibilités de sortie le soir ont explosé, l'horaire d'ouverture des bars a été libéralisé, et on peut désormais boire de l'alcool à toute heure. "Cela n'a rien à voir avec un quelconque effondrement des valeurs dans notre société. Il y a simplement plus de monde dans les rues jusqu'au petit matin", analyse Martin Killias.

 

Voire. L'augmentation continue de la criminalité en Suisse depuis plus de dix ans ne serait-elle dûe qu'à des bagarres d'ivrognes? Difficile à croire. La Suisse dépasse même la moyenne européenne en terme de cambriolages, une activité rarement improvisée au retour de boîte de nuit. Et même au plus fort des restrictions sur le monde de la nuit et le commerce d'alcool, il n'a jamais été interdit aux fêtards de s'acheter quelques bouteilles d'avance pour faire la bringue jusqu'à l'aube.

Toutes les rédactions boivent à la même fontaine, les dépêches des agences de presse. Aucune mention n'est faite du code pénal helvétique, dont la sévérité est sans cesse diluée. On découvrira donc avec stupeur une interview de Martin Killias au journal de la TSR, donnant au criminologue des propos très différents de ceux que rapporte la presse sur les raisons de cette criminalité en hausse constante.

rochebin_killias.jpg
Darius Rochebin fait son métier de journaliste.

Voici une transcription de l'essentiel de l'interview.

Darius Rochebin - Vos chiffres font écho à des réalités dans la pratique, on les constatait dans les dernières semaines encore, par exemple des cambrioleurs, des gens qui violent le domicile privé des gens peuvent ne même pas faire, pas même une nuit de prison?

Martin Killias - Oui, c'est une réalité triste, d'ailleurs les auteurs d'actes de violence d'une gravité parfois sensible ne font quasiment aucun jour de détention préventive. C'est un résultat des lois que le parlement a voté les dernières années.

DR - Vous me disiez, aussi, le sursis, c'est une donnée importante?

MK - Oui, enfin, parce que le sursis, c'est en soi une bonne chose, mais au fil des dix dernières années le sursis est devenu une sorte de Droit de l'Homme, une sorte de garantie fondamentale [à laquelle] a droit quiconque qui n'aurait pas un palmarès extrêmement chargé. Cela fait que même pour des actes de violence moyenne, on peut compter [s'en sortir] sans véritablement subir une sanction. Et puis ce système du sursis systématique et généralisé entraîne des répercussions sur le plan de la procédure pénale parce qu'on va dire que quelqu'un qui ne risque pas de subir une peine ferme ne peut en principe pas être placé en détention préventive, ce qui fait donc justement que, selon le principe de la proportionnalité, des personnes qui commettent des actes parfois atroces sont épargnées.

DR - Il y a un marché du crime européen ; la Suisse dans beaucoup de domaines est plus clémente que les autres? Ca attire?

MK - Ah ça c'est absolument certain. J'entends... Je ne sais pas si les bandes de cambrioleurs plus ou moins organisés - à travers l'Europe, hein, ce n'est pas seulement un phénomène helvétique, soyons clair... Je ne sais pas s'ils font une analyse aussi rationnelle, mais s'ils la faisaient, je cr ois que le choix des villes suisses serait une évidence, d'abord à cause de [l'opulence] de la population, d'autre part à cause de, voilà, des risques qui ne sont nulle part aussi faibles qu'en Suisse.

 

De la bouche du cheval, comme disent les Anglais. Quand ils ne passent pas par le filtre des pigistes, les propos détonnent. Plus aucune mention des joyeux fêtards comme source du mal. Ainsi donc, la recrudescence du crime serait plutôt dûe à une justice pusillanime, elle-même résultat d'une vision angélique des politiciens suisses.

L'argument serait facile à défausser s'il venait d'un de ces sbires de l'UDC, si prompts à peindre le diable sur la muraille. Que n'entendrait-on alors, populisme, démagogie, propagande nauséeuse, etc. Malheureusement, outre son expertise en criminologie, Martin Killias est tout ce qu'il y a de plus fréquentable, il est socialiste.

DR - M. Killias, vous êtes socialiste. Mme Calmy-Rey il y a quelques temps dénonçait il y a quelques temps un problème de sécurité à Genève, j'entendais Mme Savary [conseillère aux Etats, socialiste] à Forum qui disait "Oui aux agents armés dans les trains", on a l'impression tout à coup que vous ne voulez plus laisser le monopole de ce sujet à la droite, à l'UDC, c'est ça?

MK - Alors si je peux m'exprimer en tant qu'homme politique je dirais que ça fait plusieurs années que la tendance angélique qui régnait effectivement depuis un certain temps au PS a été dépassée... C'est plutôt un autre parti, plus vert que nous disons, qui fait plutôt preuve de [inaudible]...

DR - Est-ce que vous êtes toujours crédible là-dessus, en année électorale tout à coup vous redécouvrez la sécurité? Souvent vous êtes le parti de l'indulgence, non?

MK - Oui mais écoutez en ce qui me concerne personnellement c'est depuis 20 ans que je tiens le même discours. J'étais dès le début critique face à ces révisions des différentes lois pénales et je crois que là, il faut dire que peut-être une partie de la gauche n'a pas partagé mes vues c'est bien vrai, mais il faut dire que le parlement tel qu'il est était très largement composé d'une majorité de droite qui a voté massivement ces différentes lois.

 

Peut-être que M. Killias tient le même discours depuis vingt ans, le fait est qu'il n'a jamais été entendu par ses collègues de parti. Si ça change, c'est à un train de sénateur. En outre, nous ne sommes qu'à deux mois des élections fédérales. Que restera-t-il de ce "réveil" une fois le scrutin passé?

Sinon, dommage qu'il termine sa tirade sur une justification d'une grande malhonnêteté. Les errements amenant les politiciens à infliger à la justice le code pénal actuel ne sont pas le fait d'une majorité de droite, mais d'une alliance entre la gauche et le centre. Ces collusions sont extrêmement fréquentes. Si, sur le papier, la majorité du parlement suisse est théoriquement "bourgeoise", dans les faits la réalité est toute autre.

Que personne n'essaye de me faire avaler que les jours-amende, les sursis à tout bout de champ et la culture de l'excuse sont une invention portée par l'UDC et le centre, à laquelle auraient tenté de s'opposer des socialistes et des écologistes clairvoyants!

La réalité criminelle est simple: les gens malhonnêtes commettent leurs méfaits là où les risques sont moindres - non seulement la probabilité de se faire appréhender, mais aussi les conséquences d'un passage devant le juge. Martin Killias n'a rien découvert. Toutefois, comme il est du bon bord politique, peut-être parviendra-t-il à faire bouger quelques lignes. Sachant que la répartition politique du parlement évolue au même rythme que la dérive des continents - nous sommes en Suisse, n'est-ce pas! - si le PS perdait un peu de son angélisme mortifère en matière pénale, la population ne s'en porterait que mieux.

Mes lecteurs français pourront aussi apprécier une interview où surgissent quelques questions gênantes, eux qui vivent dans un pays où pareille liberté de ton est impensable.

24 août 2011

Dominique Strauss-Kahn: La petite porte

Dominique Strauss-Kahn est libre, pas lavé de tous soupçons.

La fin en queue-de-poisson du procès DSK aura durée moins d'un quart d'heure. Une brève audience durant laquelle l'ex-directeur du FMI aura entendu que les preuves d'une relation sexuelle dans la chambre 2806 ne suffisent plus à le faire poursuivre en justice, les faits étant amoindris par les mensonges et les doutes sur la femme de chambre. DSK devrait revenir en France ces prochains jours.

Ses ennuis judiciaires ne sont pas terminés. Si la procédure pénale s'est éteinte, une procédure civile est toujours en cours. Le Ministère Public contre DSK n'est plus, reste Nafissatou Diallo contre DSK.

fight.jpgLe procès pénal étant annulé, DSK ne saurait être jugé coupable. Il n'est de loin pas innocenté pour autant. De nombreux éléments plaident en faveur d'actes criminels: le dossier médical de la victime, les traces de sperme dans la chambre, l'historique des relations que DSK entretient avec la gent féminine. Mais aussi et surtout, son silence. Un silence obstiné, lourd, dérageant.

Depuis deux mois et demi, pas une phrase de DSK n'a filtré sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là à l'hôtel Sofitel de New-York. Nous n'avons jamais eu la version des faits selon l'accusé. Juste une vague mention d'acte consenti, policée par ses avocats, alors qu'ils travaillaient sans relâche à traîner Nafissatou Diallo dans la boue.

Peut-être que la femme de ménage guinéenne est une prostituée, mais même une prostituée peut être violée. Peut-être que DSK a souhaité une relation tarifée, qu'il y a eu méprise sur la valeur de la prestation, à moins qu'il n'ait carrément décidé de décharger sur elle la frustration de s'être fait éconduire plusieurs fois par d'autres femmes la veille au soir. Notre homme a fort appétit.

Qui peut croire qu'une femme de chambre soit séduite par un homme de soixante-deux ans, parfait inconnu, au point de passer à l'acte en lui faisant une fellation, dans une rencontre durant moins de neuf minutes?

Reste, bien sûr, la possibilité que DSK soit tombé dans un piège. Possible, mais clairement peu crédible. Quitte à pigeonner quelqu'un, DSK ne convenait pas du tout. Compte tenu de sa notoriété, il semblait évident qu'il se défendrait. Les multiples contradictions de la victime ne plaident pas non plus en faveur d'une action préméditée. La version d'un guet-apens tendu depuis l'Elysée, quant à elle, est si faible qu'elle ne semble avoir été conçue que pour démasquer les esprits crédules.

Piège ou pas, toute cette affaire restera une tache indélébile sur le parcours d'un homme qui aspirait à la fonction suprême de l'Etat français. Au-delà des accointances politiques, beaucoup ne s'y sont pas trompés. Citons pour mémoire la réaction de Marie-George Buffet du Parti Communiste Français, rompant avec le choeur de félicitations du cercle des fidèles:

La vérité n'est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime. Le refus de faire juger l'affaire dans laquelle l'ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes. (...) En montrant le vrai visage de M. Strauss-Kahn, la politique française a été débarrassée d'un individu indigne de toute représentation démocratique.

 

Indigne de toute représentation démocratique? Les mots sont sans doute excessifs, la représentation démocratique revienant en fin de compte au peuple français. Mais, c'est vrai, celui-ci pourrait être moins conciliant que le procureur Cyrus Vance.

Le corps électoral n'a que faire du bénéfice du doute.

En acceptant avec empressement l'annulation du procès, Dominique Strauss-Kahn s'est épargné une épreuve judiciaire, mais aussi l'occasion de faire la démonstration publique de son innocence. Eut-il combattu pour que la vérité éclate au grand jour, il aurait redoré son blason auprès de beaucoup d'indécis et de sympathisants ébranlés, il aurait exposé publiquement sa version des faits, la seule, la vraie.

Au lieu de cela, le silence, la discrétion, les dénégations hautaines, les avocats faisant mur. Son comportement ne correspondait pas à celui d'un innocent bafoué. Et certainement pas au président que les Français recherchent. Les évolutions lancinantes de la procédure civile empêcheront l'affaire de disparaître dans l'oubli. DSK est parti pour traîner l'affaire Diallo comme un boulet. Eternellement.

Cette semaine, DSK a recouvré la liberté, mais pas l'honneur. Politiquement, il vient sans doute de marquer la fin de sa carrière.

Une sortie par la petite porte.

19 mai 2011

Justice d'exception contre l'homophobie?

Mardi 17 mai, c'était la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Pas de chance, l'affaire DSK, qui aurait mieux convenu à des dates comme le 8 mars ou le 25 novembre, monopolisait l'actualié; mais il restait un peu de place au téléjournal de la TSR pour évoquer le sujet sous un angle original, la sous-estimation des agressions contre les homosexuels.

3148928.image?w=480&h=270

(cliquez sur l'image pour voir le reportage)

Malheureusement, Aline Inhofer monta son reportage pour en faire ressortir une thèse correspondant à des opinions sans grand rapport avec le thème initial, la volonté de légiférer pour créer une justice d'exception contre l'homophobie. Les commentaires en voix off de la journaliste ne laissent aucun doute:

Il y a une loi contre le racisme, il y a une loi contre l'antisémitisme, par contre il n'y a aucune protection contre l'homophobie. (...) Et pour les victimes, cette absence de législation est également ressentie comme un manque de reconnaissance.

 

Manque de reconnaissance? A voir. Un examen minutieux de la construction du reportage montre que la journaliste oriente ses interlocuteurs (et les téléspectateurs) pour faire ressortir sa thèse, alors que le problème réel est tout autre, et bien réel: les homosexuels hésitent à porter plainte quand ils se font agresser.

Monica Bonfanti, cheffe de la police genevoise: "Nous savons que le chiffre noir pour ce type d'infraction est très élevé et aujourd'hui, on compte, on estime que seulement 10 à 15% des actes à caractère homophobes sont portés à la connaissance de la police."

Michaël Häusermann, association Dialogai: "Porter plainte, ça veut dire aller à la police ou à la justice que je suis homosexuel, que la nuit je vais peut-être dans un parc pour rencontrer d'autres hommes, donc il y a encore beaucoup beaucoup de gens aujourd'hui qui n'osent pas faire ce pas parce qu'ils ont honte."

 

Le problème est avant tout d'ordre psychologique. Les homosexuels vivent - ou subissent - leur orientation sexuelle comme une transgression; il en va parfois aussi de leur mode de vie tout entier. Ils se retrouvent tout aussi démunis face aux agressions qu'un drogué arnaqué ou d'une prostituée violentée. Lorsqu'on estime vivre en marge des normes sociales, difficile de pousser la porte d'un poste de police pour porter plainte.

On voit mal en quoi une législation criminalisant spécifiquement les agressions anti-gays pousserait tout d'un coup les victimes à plus de combativité. Un homosexuel violenté ne porterait pas plainte parce que son agresseur encourrait trois ans de prison, mais il prendrait la peine de surmonter sa réticence à porter plainte si l'agresseur risquait le double?

Poursuivons notre exemple et supposons qu'un fait de lésions corporelles simples, valant jusqu'à trois ans dans un cas habituel, soit portée à six ans dans le cas d'une victime homosexuelle. Un individu cogne: ça vaut jusqu'à trois ans. La victime est gay; l'agresseur le sait-il? L'agresse-t-il à cause de cela? Et s'il crie "sale pédé" au milieu d'un pugilat avec un hétérosexuel? Et s'il essaye de "casser la gueule d'un gay" mais qu'il se trompe sur l'orientation sexuelle de sa victime? Et si la victime est bisexuelle? Indécise? N'est jamais passée à l'acte? C'est inextricable. Comme l'explique Stefan, barman dans un club gay, la limite est d'ailleurs difficile à tracer entre le vol simple et l'attaque anti-homosexuelle:

C'est toujours les mêmes choses, ils se font tabasser, ils se font agresser verbalement, mais, avant tout et pour tout, c'est pour leur prendre leur carte bleue, leur argent, leurs espèces, ou leurs bijoux.

 

Les législations spécifiques sont dangereuses et contre-productives. En érigeant les gays - ou d'autres - en minorité spécialement protégées par la loi, on dévalorise la majorité. On fait passer l'acte criminel au second plan face à l'appartenance culturelle, ethnique, religieuse ou sexuelle de la victime. On instaure progressivement une justice différenciée où qui vous êtes est plus déterminant sur la peine du coupable que ce qu'on vous a fait.

Une agression violente doit être punie parce que c'est un acte violent, une atteinte aux comportements civilisés; pas parce que la victime a des orientations sexuelles sortant de la norme. Devrait-il être plus "acceptable", aux yeux de la loi, de démolir à coup de pieds le visage d'un bon père de famille traditionnel, plutôt que celui d'un homosexuel?

Ce n'est pas rendre service aux gays que de les singulariser à travers une disposition particulière du code pénal. Si on veut les aider, ce serait plutôt en les encourageant à exercer leurs droits, au lieu de les laisser imaginer qu'ils ne sont pas dignes d'une enquête de police.

16 mai 2011

Dominique Strauss-Kahn: les dix minutes fatales

Il y a toujours eu quelque chose de très aristocratique dans la haute bourgeoisie incarnée par Dominique Strauss-Kahn - jusque dans sa façon de rejouer une version moderne (et nettement plus improvisée) de la fuite de Louis XVI par Varennes.

DSK.jpgPensez donc: à dix minutes près, le vol retour du Paris / New-York d'Air France décollait avec Dominique Strauss-Kahn à son bord. Le politicien socialiste serait confortablement installé en première classe en sirotant un champagne. Il aurait jeté un dernier regard sur la nuit illuminée par les gratte-ciels de Manhattan avant de rejoindre en Europe le cercle des puissants - rencontrant Angela Merkel le lendemain, et d'autres chefs d'Etat tentant d'endiguer la crise de la dette publique. Il se serait présenté aux primaires du PS, qu'il aurait brillamment remportées. Il se serait opposé à Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle avec de bonnes chances d'être élu.

A dix minutes près, DSK aurait eu toutes les cartes en main et un avenir présidentiel. Il aurait nié en bloc - comme il le fait aujourd'hui, bien sûr - mais en position de force: avec assurance, dans son costume impeccable, il aurait expliqué que le témoignage d'agression sexuelle dont l'accuse une femme de chambre du Sofitel de New-York n'était que pure invention, voire quelque manoeuvre machiavélique pour le salir. Il aurait été hors de la sphère d'influence de la justice américaine. Il aurait eu des centaines d'amis haut placés pour prendre fait et cause contre des "allégations", sans compter les immunités dont il aurait pu se prévaloir.

Qui sait, il aurait peut-être même tourné l'affaire à son avantage en dénonçant des machinations exploitant ses faiblesses ou un acharnement judiciaire. Il aurait été soutenu par sa femme et ses proches, et même par une bonne partie du peuple français pour qui les histoires de fesses sont rarement à prendre au sérieux (en tous cas certainement pas comme ces Américains qui font "tout un drame" de la moindre incartade...)

Au pire, il aurait pu - avec l'assentiment bienveillant du monde entier - se contenter d'éviter ces fous d'Américains si ceux-ci s'étaient mis en tête de le poursuivre à l'étranger; pour ses dernières semaines à la tête du FMI, il aurait délégué les quelques rencontres prévues avec le gouvernement fédéral ou fait en sorte qu'elles aient lieu hors de sa juridiction.

A dix minutes près, DSK aurait pu avoir un destin à la Polanski.

Mais voilà, l'histoire se joue parfois sur des questions de timing. Dix minutes suffisent à changer la face du monde et le destin d'un homme. Du jour au lendemain, la question la plus brûlante de l'actualité, la volonté de Dominique Strauss-Kahn de se présenter aux présidentielles françaises, n'a plus la moindre pertinence. Obsolète. Périmée. Balayée.

dsk_menottes.jpg

DSK, la tête des mauvais jours: la police de New-York vient de lui retirer son triple-A.

Comme d'habitude, l'affaire vaut moins par les faits sordides dont elle est issue que par les réactions qu'elle provoque. Chacun y va de son "je-n'aurais-jamais-cru-ça-de-lui-c'est-pas-possible-ce-n'est-pas-le-DSK-que-je-connais" dégoulinant d'hypocrisie, quand on sait que le bestiau trimballe depuis longtemps une certaine réputation. Dans un parcours typique de récidiviste, le faux-pas final a été précédé de nombreux coups de semonce.

En riche et puissant, DSK se livrait à des penchants dont il était peut-être coutumier à travers ses divers déplacements professionnels. Peu de chances d'être inquiété en agressant une soubrette à Lahore ou à Buenos Aires. Mais à New-York, USA, la justice ne fait pas la même distinction entre les gens du peuple et les VIP. A quel moment s'en est-il souvenu? Etait-ce pendant qu'il violentait sa victime? Lorsqu'il lui imposait une fellation? Ou lorsqu'il l'a vu s'enfuir, terrifiée, dans les couloirs de l'hôtel? Quoi qu'il en soit, c'est sans doute à ce moment qu'il a réalisé le danger et s'est enfui de sa suite, en oubliant effets personnels et téléphone portable - impensable pour un directeur du FMI - pour s'engouffrer dans le prochain avion.

Relations sexuelles illégales, tentative de viol, séquestration, c'est pas joli-joli. Il risque quinze ans de prison. Les charges sont sérieuses et l'enquête avancera sans peine, mais d'autres jouent l'air du "voyons-pas-de-précipitation-laissons-l'enquête-suivre-son-cours-présomption-d'innocence", mélopée entraînante mais rarement jouée. Par exemple, dans l'affaire de Berlusconi et du Rubygate: présomption d'innocence? Allons. Bush qui aurait prétendument menti sur les Armes de Destruction Massive en Irak: présomption d'innocence? Voyons, vous n'y pensez pas! Non, la présomption d'innocence est un concept trop généreux pour en accorder le bénéfice à des adversaires politiques...

Mais foin des postures - elles ne sont là que pour les caméras. En coulisse, maintenant que l'éléphant s'est fait choper pour avoir trop joué de sa trompe, chacun a ressorti sa petite calculette pour actualiser les nouveaux rapports de force au sein du PS. Le calendrier est toujours là, et avec lui les primaires socialistes.

Décidément, au train où vont les choses, il est de plus en plus difficile de prédire qui, en 2012, sera au second tour de l'élection présidentielle française.