17 juillet 2014

La prison dérange peu les socialistes

...En France, dès lors qu'elle vise des adversaires politiques.

france,justice,liberté d'expression,prisonLa sanction appliquée à l'encontre d'Anne-Sophie Leclere, ex-tête de liste FN aux municipales à Rethel (Ardennes) suite à une image comparant Christiane Taubira à un singe relayée sur Facebook n'en n'en finit pas de provoquer le buzz ; à ceux qui saluent la fermeté de la justice, visiblement minoritaires sur Internet, s'opposent les voix de ceux qui sont abasourdis par l'incroyable sévérité de la peine.

Le Tribunal de Grande Instance de Cayenne est allé au-delà des réquisitions, déjà lourdes, du parquet. Neuf mois de prison ferme, 5 ans d'inéligibilité, 50'000 euros d'amende, de quoi ruiner une vie. Le Front National, qui avait immédiatement coupé les ponts avec la jeune femme dès connaissance de l'affaire, se retrouve lui aussi condamné à 30'000 euros depuis une base légale qu'on aimerait bien connaître. Les peines fiduciaires sont au bénéfice du mouvement Walwari...

Laurent Obertone, le journaliste de talent auteur de France Orange Mécanique donne un aperçu de ce qu'il faut faire dans des circonstances normales pour atteindre une peine de 9 mois de prison ferme - des circonstances normales se définissant ici comme des crimes de droit commun sans implication politique. La liste est tirée d'articles de presse et fait froid dans le dos.

Pour prendre neuf mois ferme en France, il faut:

  • forcer un barrage et blesser sept policiers (Ouest-France, 1er juillet 2014)
  • tabasser sa femme jusqu'à lui briser les côtes et agresser un unijambiste à l'aide d'une massue à pics (L'Observateur du Valenciennois, 9 mai 2011)
  • donner un coup de tête à un cheminot (Le Parisien, 21 janvier 2014)
  • agresser un chauffeur de bus et un passant (Le Phare dunkerquois, 28 décembre 2012)
  • attaquer une famille et menacer de mort des policiers sous l'emprise d'alcool et de cannabis, en état de récidive (Ouest-France, 14 février 2013)
  • tirer des coups de feu sur quelqu'un (L'Observateur du Douaisis, le 29 octobre 2011)
  • être président local de SOS racisme, militant anti-violence, et défigurer sa compagne à coups de pied au visage, "avec acharnement", jusqu'à lui déchausser quatre dents, lui fracturer le nez, la couvrir de sang des pieds à la tête (la Voix du Nord, le 9 août 2012)
  • se livrer à une séance de torture raciste sur un étudiant blanc - agression, séquestration, vol - (Metro, 20 juin 2013).

 
Et de nombreux crimes abominables sont punis de peines de prison moins longues... Autrement dit, pour subir neuf mois d'incarcération en France, il ne faut pas y aller avec le dos de la cuiller.

Dans l'affaire qui nous concerne tous les voyants étaient au rouge: l'accusation portait sur le racisme, l'accusée était candidate du FN, la victime Garde des Sceaux et socialiste, l'affaire jugée dans un tribunal guyanais (alors même que le procès aurait dû avoir lieu dans la région de la défense, soit l'Est de la France), aucun avocat ne daigna prendre la défense de l'accusée, et pour couronner le tout le président du tribunal appartenait au tristement célèbre Syndicat de la Magistrature, profondément ancré à gauche et proche de Christiane Taubira. Carton plein!

La procédure d'appel se déroulant elle aussi en Guyane française, bien malin qui peut dire ce qui en sortira. Il est néanmoins assez symptomatique de constater, à gauche, le contraste entre la satisfaction de voir une commerçante de 33 ans clouée au pilori, et le mépris habituellement affiché pour les prisons et les peines privatives de liberté en général. Comme le dit Laurent Obertone, "la répression est donc une solution ? La prison n'est plus l'école du crime ?"

Il faut croire que oui. Tout dépend du criminel, du crime et de la victime, dira-t-on pudiquement.

"Je pense que si je n'avais pas porté l'étiquette Front National à cette époque-là, je n'aurais pas été condamné aussi lourdement", estime l'ex-candidate. Raciste ou pas, elle n'est pas idiote.

En attendant, la justice française n'a plus de bandeau sur les yeux. Les Français non plus.

17 mars 2014

Tempête dans un verre d'eau à Renens

Lors de la séance du Conseil communal de Renens du jeudi 13 mars, l'extrême-gauche quitta la salle sur un mouvement d'humeur lors de la prise de parole par un membre de l'UDC. L'épisode eut lieu à la toute fin de la séance, lors du dernier point de l'ordre du jour (questions, propositions individuelles et divers).

Le "clash" est perceptible sur la retranscription vidéo de la séance  (point 17, vers 2:28:30) et donna lieu à une mention dans l'édition de 24 Heures du lendemain:

Fin de séance houleuse, hier soir, au Conseil communal de Renens. Après plus de deux heures de débats est arrivé le point dédié aux questions.

Un élu UDC s'est alors lancé dans une série d'interrogations destinées à la Municipalité. Mais, alors qu'il avait encore la parole, le groupe POP (majoritaire à Renens) dans sa très grande majorité, a décidé de quitter la salle.


Ce résumé factuel aura été suivi d'un second article dans l'édition papier de samedi dans laquelle la transcription malheureusement partielle de mes propos m'amène à écrire ce billet.

Ce soir-là, notre conseiller communal Joâo-Batista Domingos fut donc la cible d'un certain nombre d'attaques gratuites, une première salve ayant trait à son rapport de commission sur lequel, pourtant, aucun conseiller ne trouva à redire pendant le délai imparti à la relecture. Saluons l'honnêteté de M. Alberto Mocchi, des Verts, qui releva ce point à la tribune.

depart_cc_renens.pngPlus tard, M. Domingos intervint au sujet du traitement de son préavis et à l'incendie d'un abri accordé par la municipalité à un sans-abri, entraînant la mort de ce dernier.

La gauche de la gauche n'entendit pas les propos de M. Domingos. Elle quitta bruyamment la salle dès le début de son intervention, laquelle ne fut ni longue, ni hors-sujet.

La séance du conseil communal ayant été rapide, il n'était pas spécialement tard non plus (malgré la regrettable erreur d'interprétation de l'incident en ce sens par le Président du Conseil).

Comment expliquer ce geste?

M. Domingos suscite une irritation particulière au sein de l'extrême-gauche de Renens. Il ne cadre pas avec ses idées préconçues sur les membres de l'UDC. Est-ce dû à sa couleur de peau? La sympathie naturelle qu'il inspire? Sa nationalité angolaise? Ses études de philosophie qui lui permettent aisément de rétorquer quelques vérités à de nombreux apprentis-théoriciens du marxisme? Seule une introspection approfondie des "Fourmis rouges" permettrait de le savoir!

Pour ma part, je salue son amour de notre pays et de son système démocratique et je suis fier de le compter parmi nos membres, peu importe l'opinion que le Parti Ouvrier Populaire vaudois peut avoir de lui.

Il est rare de voir un parti politique quitter une séance. Exprimé à l'encontre d'une minorité, le geste se transforme en insulte. J'eus l'occasion d'en être témoin le soir même alors que plusieurs conseillers communaux d'extrême gauche me lancèrent leurs invectives en quittant la salle.

Rien n'empêchait un élu de prendre la parole après M. Domingos pour réagir à ses propos, dire tout le bien ou tout le mal qu'il en pensait, les commenter, répondre, susciter la discussion - ce à quoi sert une assemblée en fin de compte! Mais ces gens ne voulaient pas d'un débat. Ils souhaitaient quitter la séance en faisant un éclat, mêlant la démonstration de force à l'expression de leur mépris.

Je ne suis pas sûr que le message soit bien passé d'ailleurs, car la réaction évoque plus l'irritabilité et le caprice que quoi que ce soit d'autre. Se retirer d'une assemblée démocratique est un acte politique fort qui ne peut se justifier que lorsque les bornes de l'inacceptable ont été franchies, une situation aux antipodes de cette séance du Conseil Communal.

Aussi, je crois aussi volontiers à une autre hypothèse: que cette sortie pleine de mauvaise foi ait été moins liée à des motifs politiques qu'à la volonté de se trouver une excuse pour voir la fin du match de playoff entre Berne et Lausanne qui se jouait au même moment!

Mais ça, aucun protestataire n'osera jamais l'admettre...

30 janvier 2014

Dieudonné se prend une quenelle

Je n'aurais pas cru devoir revenir sur "l'affaire Dieudonné" mais celle-ci prend désormais une nouvelle tournure avec la perquisition du domicile de l'intéressé.

dieudonne_mesnil.jpg
L'humble masure de l'humoriste sans le sou, au Mesnil.

Selon le parquet de Paris, les perquisitions s'inscrivent dans le cadre d'une enquête préliminaire pour organisation frauduleuse d'insolvabilité, blanchiment d'argent et abus de biens sociaux:

[Parmi les différentes enquêtes qui le visent], les enquêteurs veulent se pencher sur son patrimoine et des mouvements de fonds, notamment plus de 400'000 euros expédiés au Cameroun depuis 2009, alors que le polémiste n'avait acquitté le montant d'aucune de ses amendes début janvier.

L'enquête pourrait aussi porter sur les conditions dans lesquelles la boîte de production gérée par sa compagne, Noémie Montagne, a racheté pour 550'000 euros une propriété de Dieudonné, mise aux enchères publiques forcées en raison d'une dette fiscale de près de 900'000 euros.


La justice cherche également à déterminer dans quelle mesure les appels lancés par Dieudonné pour payer ses diverses amendes liées à ses condamnations pour propos antisémites.

Selon les premiers résultats de l'enquête cités par RTL, la police aurait retrouvé pour 650'000 euros au domicile de l'individu - le "produit de la billetterie", selon son avocat. Ainsi que 15'000 dollars qu'on imagine liés à la vente de billet à des touristes américains de passage...

Le premier volet de l'affaire Dieudonné avait trait à la liberté d'expression. L'humoriste avait inventé la "quenelle" un geste antisémite qu'il se bornait à décrire comme anti-système ; clamer autre chose aurait pu l'envoyer en prison, puisqu'en France la liberté d'expression en est réduite à cela. Ses nombreux fans avaient bien entendu lu entre les lignes et s'en donnaient à cœur-joie. Malgré tout, plaidais-je, il ne fallait pas museler le bonhomme, non seulement parce que la censure le faisait passer pour une victime mais surtout parce que seul le débat permet la confrontation des idées.

dieudonne.jpgÉvidemment, la France socialiste de MM. Hollande et Valls et leurs amis du CRIJF et de la LICRA ne pouvaient s'en contenter. Dieudonné fut donc préventivement privé de spectacle un peu partout, un interdit professionnel comme dans les états totalitaires, selon des principes juridiques totalement tirés par les cheveux. Nous sommes depuis passés à l'étape suivante, le procès politique. Les perquisitions chez Dieudonné n'ont pas d'autre but que de le jeter promptement en prison après l'avoir ruiné et humilié. Peut-être pourra-ton assister à une rédemption en public en échange d'une modeste réduction de peine, selon le principe des procès staliniens?

On me rétorquera que les lois sont faites pour être respectées, que l'insolvabilité de l'humoriste a tout de la manœuvre financière destinée à frauder le fisc et la justice. Tout cela est probablement exact mais foin d'hypocrisie: ces arguments sont hors-sujets.

Dieudonné a été inquiété, poursuivi et perquisitionné parce qu'il a osé défié le pouvoir en place, et rien d'autre. De "trublion" à "ennemi du peuple" la nuance est ténue. Le premier provoquera des rires gênés lorsqu'il est invité sur un plateau de télévision, le second une descente de police et un contrôle fiscal.

Aurait-il eu droit à l'examen de ses transactions financières avec le Cameroun s'il avait pratiqué un humour, disons, plus convenu? S'il n'avait pas raillé Manuel Valls? La réponse est évidemment non. Dieudonné subsistait sous le radar médiatique depuis des années et menait sa barque antisémite avec une certaine réussite tant qu'il ne dérangeait pas trop. Le succès de la quenelle le fit ironiquement passer à un stade supérieur de visibilité où l'irritation qu'il suscitait n'était soudainement plus tolérable ; l'humoriste en paye aujourd'hui le prix. Il ne sera pas le dernier.

Le gouvernement français et sa justice ont clairement annoncé la couleur. Les déviants seront traqués, impitoyablement, bien au-delà des griefs qu'on leur reproche. C'est le grand retour de la guérilla fiscale tellement appréciée de François Mitterrand, un autre socialiste, et ce n'est pas un hasard. Le même schéma de pensée se retrouve jusqu'en Amérique. Bien entendu, la diligence de la justice est à géométrie variable: où sont les perquisitions dans l'affaire Fabius? Où sont les condamnations dans l'affaire Cahuzac?

Dieudonné, par maladresse, a oublié que pour se moquer de l’État français il faut être parfaitement en règle. Mais l'eut-il été qu'il aurait été coincé quand même, cela aurait juste pris plus de temps. Le système légal français est tellement complexe que chaque habitant du pays a forcément enfreint au moins une loi. Nul ne saurait être perpétuellement irréprochable ; il suffit juste de surveiller ceux qui sont dans le collimateur, ou leurs proches, et de lancer la machine au moment opportun. La "justice" ne pouvant inquiéter tout le monde, le mode d'action sera réservé aux déviants avec qui le pouvoir a maille à partir. En guise de conclusion me reviennent les mots de Hunter S. Thompson:

"Dans une société bloquée ou tout le monde est coupable, le seul crime est de se faire prendre."


18 décembre 2013

Une histoire de quenelle

Pour le commun des mortels, la quenelle est une spécialité culinaire lyonnaise savoureuse à base de semoule de blé dur ou de farine, de beurre, d’œufs, de lait et d'autres assaisonnements.

quenelle.jpg
La quenelle, avant.

Malheureusement, depuis quelques temps la quenelle est devenue tout autre chose, un geste antisémite lancé par un certain M. Dieudonné, prétendument humoriste, lui-même courroie de transmission d'Alain Soral, prétendument intellectuel. Les adeptes de la gastronomie lyonnaise leur en voudront éternellement, ne serait-ce qu'à cause de la confusion.

A ce stade une première interrogation saisit le lecteur: la quenelle, antisémite?

Selon Alain Soral, la "quenelle" de Dieudonné n'a rien d'antisémite. Elle n'est que le symbole de ralliement, potache et subversif, servant à dire "merde au système" (j'avais prévenu, nous naviguons dans les hautes sphères de la pensée). MM. Soral et Dieudonné ont donné une forme visuelle à leur expression, qui consiste à avoir un bras tendu vers le bas et à placer son autre main sur l'épaule. Une forme de salut nazi détourné ou de bras d'honneur modifié, selon les interprétations.

Ont ainsi commencé à fleurir sur les réseaux sociaux une ribambelle de photos en situation où divers individus se livrent le plus joyeusement du monde à des "quenelles" ici ou là (dont beaucoup par des agents de la force publique, des pompiers ou d'autres fonctionnaires, ce qui rend assez piquante leur dénonciation d'un "système" dans lequel ils s'ébattent avec délice).

Mais ces images donnent aussi lieu à pas mal de dérapages, dirons-nous pudiquement. Une quenelle devant une synagogue par des militaires français du plan Vigipirate? Devant un musée de la Shoah? Devant un panneau de la Rue "Dufour"? Un blog répertorie les clichés de ce genre par dizaines. Tous ceux qui se livrent à des quenelles ne sont pas des antisémites patentés, mais on ne peut pas dire non plus de la quenelle qu'elle soit totalement neutre, ceux qui l'ont inventée n'étant pas vraiment au-dessus de tout soupçon.

soralberlin.jpg
Quenelle d'Alain Soral, du parti Egalité & Réconciliation (sic), au mémorial de la « Shoah » à Berlin.
Pure coïncidence.

Dieudonné lui-même posait fièrement en faisant une quenelle sur l'affiche de son parti antisioniste...

Il n'en fallait pas plus pour que la LICRA (Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme) ne s'empare de l'affaire et ne s'indigne par le biais de son président Alain Jakubowicz. Nous sommes en France: la liberté de pensée n'existe pas, et la liberté d'expression encore moins. La quenelle aurait pu finir par s'étioler et disparaître comme n'importe quel buzz idiot qu'Internet suscite chaque mois, mais non, la vigilante surveillance des gardiens du temple garantit au phénomène un écho retentissant. La quenelle est décrétée antisémite, accomplir une quenelle vaut donc un aller simple vers l'enfer (ou au moins quelques soucis professionnels).

De leur côté, les partisans de la quenelle n'hésitent pas à monter en épingle ces cas pour prouver que le "système" s'évertue à diaboliser et nazifier la quenelle, précisément pour mieux étouffer et délégitimer ceux qui le remettent en cause. Je fais la quenelle, on m'opprime, donc la quenelle gêne! Donc j'ai raison!

La quenelle n'a rien d'anodin. Je pense qu'il y a beaucoup moins de "quenelleurs" ignorant l'aspect antisémite de leur geste qu'on veut bien le dire ; on se rebelle à peu de frais contre un système, mais aussi un peu les juifs sur les bords.

Pourtant, l'attitude consistant à essayer d'interdire la quenelle est tout aussi grotesque. Outre l'impossibilité de faire respecter une telle interdiction, les adeptes de la force légale estiment-ils vraiment qu'empêcher les gens d'exprimer un geste antisémite supprimera leurs pensées antisémites du même coup? C'est d'une naïveté touchante!

La société française est percluse d'antisémitisme. L'épisode pétainiste de la seconde guerre mondiale et l'horreur face aux crimes nazis mirent un frein à l'expression de telles opinions en public, mais une bonne partie des Français continua d'en penser pas moins. Depuis quelques années, l'antisémitisme musulman décomplexé des immigrés et de leurs descendants a donné un nouveau souffle à ce sentiment, s'alliant à merveille à celui des élites institutionnelles à l'encontre d'Israël.

Islam, conflit israélo-palestinien, finance apatride, système politico-économique soit-disant dominé par des groupes occultes, fronde anti-gouvernementale, tout est en place pour une bonne manifestation de quenelles.

Utilisant les menaces et la censure comme un oreiller de paresse, la LICRA et le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) se lancent dans un combat qu'ils ne peuvent gagner. On ne peut pas interdire la quenelle; la censure, toujours et partout, renforce la cible en la faisant passer pour une victime (même les adeptes de la censure anti-nazie feraient bien de s'en rappeler). A la place il faut expliquer, discuter et convaincre. Cela réclame plus d'efforts, c'est certain. Compte tenu du niveau du débat en France, il n'est même pas sûr que cela soit encore possible.

Alors, les quenelleurs continueront à queneller dans la joie et l'impunité, tout émoustillés par le sentiment grisant - et parfaitement illusoire - de défier le monde. Heureusement qu'en France il n'y ait rien de plus urgent.

18 avril 2013

Le sweat-shirt de l'apocalypse

En France, la police veille au grain. Si bien, en fait, que le port d'un sweat-shirt peut vous valoir une amende. Voire vous faire emmener au poste.

Ce qui pourrait aimablement passer pour un poisson d'avril tardif - et qui a parfois été un instant pris comme tel par ses victimes - n'en est pas un. L'histoire est relatée dans un article discret du Figaro de la semaine dernière: une poignée de personnes profitant du beau temps au Jardin du Luxembourg à Paris ont été verbalisées le lundi de Pâques pour port de sweat-shirt.

Évidemment, il ne s'agit pas de n'importe quel vêtement: une pièce de tissu au logo terriblement réactionnaire, rappelant de façon révoltante les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire™ par sa froide logique réactionnaire, rétrograde, contre-progressiste, pétainiste, traditionaliste, voire catho. Limite fasciste donc.

Non non, n'imaginez pas des niaiseries à base de croix gammée, nous parlons ici de choses bien plus sérieuses.

Par un courageuxmanif_pour_tous.jpg souci d'information, ledit logo est reproduit ici-même. N'hésitez pas à vous lavez les yeux au désinfectant après avoir contemplé l'Indiscible. Rincez abondamment à l'eau claire.

D'ailleurs, je ne sais pas pour vous, mais désormais j'écris avec difficulté. Après avoir inséré cette image dans l'article je viens de désinfecter mon clavier et de réinstaller mon ordinateur, mais je suis encore pris de spasmes de nausée...

En attendant que je me reprenne, laissons la parole à un ou deux des terribles criminels arborant le logo:

"Pensant être victime d'une erreur, voire d'un mauvais poisson d'avril, [j'ai écouté les policiers] calmement et accepté de les suivre, encadré et fermement tenu par le bras tel un voleur. Ils m'ont enfermé dans un local aux vitres teintées, m'ont demandé mes papiers d'identité et m'ont fouillé."


Verbalisé pour sa tenue arborant le dessin figurant un père et une mère tenant leurs deux enfants par la main, le père de famille nombreuse venu pique-niquer et cacher les œufs de Pâques recevra à l'issue de son interrogatoire d'une heure une amende pour "port d'une tenue contraire aux bonnes mœurs", changée ensuite, devant le ridicule de la situation sans doute, en "organisation d'une manifestation ludique dans le jardin du Luxembourg sans autorisation spéciale".

Christophe, un jeune chef d'entreprise, a été interpellé par trois agents alors qu'il venait de commencer un jogging. (...) "Ubuesque, juge-t-il. J'aurais eu un tee-shirt à l'effigie d'un dictateur, j'aurais eu moins de problèmes! J'ai été traité comme si j'étais un danger public, capable de violence. C'était ridicule et disproportionné."

france,police,liberté d'expressionUn de ces deux vêtements peut vous valoir des ennuis avec la police. Lequel?

Pour lui, fouille, interrogatoire, vérification d'identité, puis déplacement au commissariat avec amende à la clef. Une étudiante venue faire son jogging eut droit à une qualification différente sur la sienne: "Gêne à la tranquillité des promeneurs par affichage ostentatoire d'éléments relatifs à une manifestation interdite"...

La situation en apparence incroyable requiert un minimum d'explications.

Les jardins du Luxembourg jouxtent le Sénat où la loi sur le mariage homosexuel était en préparation. La police parisienne reçut visiblement des instructions pour prévenir tout débordement, sans hésiter à pousser le zèle assez loin. Était-ce face à quelques promeneurs en ordre dispersé ou à des manifestants sous couverture? Il est difficile de trancher, mais vu le petit nombre d'amendes infligées - une douzaine ce jour-là - le rassemblement populaire semblait pour le moins ténu.

Il ne s'agit pas de s'immiscer dans le pénible débat français sur le mariage homosexuel ou l'opposition à ce dernier, mais d'examiner avec un peu de recul les méthodes employées par l'Etat, garant de la sérénité des débats et des libertés individuelles.

Effrayés par un peuple qui ne les suit plus, députés et sénateurs bien mal élus s'enferment à double-tour dans les bâtiments officiels et s'arc-boutent sur leur dogme quoi qu'il en coûte. Ils mobilisent les policiers face à des révoltes imaginaires alors que l'Etat français lui-même n'a plus guère le contrôle sur une bonne partie de son territoire.

Le parallèle avec des seigneurs médiévaux calfeutrés dans leur dernier donjon n'est pas fortuit.

Le résultat n'est pas brillant. Alors même que selon ses discours elle devrait être sensible au plus haut point à cette dérive, la gauche gouvernementale en France se comporte exactement comme la caricature des "droites aux penchants fascistes" qu'elle dénonce continuellement.

Où sont passés la liberté d'expression, le droit de réunion, la liberté de manifester et bien d'autres droits prétendument sacrés pour la gauche? Droits dont les syndicats, les mouvements écologistes et les révolutionnaires anticapitalistes de tout poil font un usage débridé sous le regard bienveillant des socialistes? Et avec combien de débordements encore!

La légitimité acquise par une élection ne dure qu'un temps. Lorsqu'ils auront perdu leurs mandats et se retrouveront à la place inconfortable des promeneurs arrêtés par la police du nouveau régime sur des critères arbitraires, les socialistes institutionnels auront beau jeu de de dénoncer les agissements du pouvoir: à cause de leurs agissements actuels, ils n'auront même plus de légitimité en tant que manifestants.

Le retournement de situation pourrait survenir plus vite qu'on ne pense. En attendant, vérifiez bien que vos vêtements ne choquent pas le gouvernement en exercice, vous pourriez finir en garde-à-vue.

La France mérite plus que jamais le qualificatif de Terre de Liberté: la liberté y gît probablement quelque part, enterrée.

20 mars 2013

Nazisme, bêtise et punition

Plutôt que de nous attarder sur les déboires chypriotes, sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir, allons faire un petit tour en Grèce où la polémique du moment concerne Giorgos Katidis, joueur de football grec de l'AEK Athènes FC.

Le joueur s'est distingué samedi en célébrant son but victorieux par un... salut nazi, face à un plein stade olympique, rien de moins. Les clichés et la vidéo laissent difficilement place au doute:

 giorgos-katidis.jpg
En plus il a enlevé le maillot, carton jaune direct!

Le milieu de terrain, ex-capitaine de l'équipe nationale grecque espoirs, est sorti de l'anonymat en célébrant le but de la victoire (2-1) contre Veroia à six minutes de la fin du match mais n'aura vraisemblablement plus l'occasion de se faire connaître davantage, ayant été banni à vie de toute participation à la sélection nationale par la fédération grecque de football, réunie en session extraordinaire.

Hitler_foot.jpgSa carrière prometteuse a basculé en une fraction de secondes.

Giorgos Katidis a rapidement regretté son geste ; il a plaidé l'innocence sur twitter, proclamant qu'il n'est pas un un fasciste et qu'il n'aurait jamais fait ce geste s'il avait su ce que cela voulait dire. Son coach Ewald Lienen a lui aussi tenté de prendre sa défense: "C'est un jeune garçon qui n'a pas d'idées politiques. Il a dû voir ce geste sur Internet ou ailleurs et l'a reproduit sans savoir ce que ça voulait dire. Je suis sûr à 100% que Giogios ne savait pas ce qu'il faisait. Il pleurait même dans le vestiaire en voyant les réactions qu'il a provoquées."

Bêtise? Ignorance? Réelles sympathies nationales-socialistes? On ne saura probablement jamais ce qu'il en est. Mais le problème n'est pas là.

Est-il correct qu'un tel geste mette instantanément un terme à une carrière?

Avant cette soirée fatidique, Giorgos Katidis était promis à un bel avenir au sein de la sélection nationale grecque ; depuis, c'est un paria.

Le contraste est d'autant plus frappant avec d'autres comportements, dans le cours du jeu ou non. Des athlètes de haut niveau sont régulièrement démasqués pour des délits de dopage - c'est-à-dire rien de moins qu'une tricherie - et sont soumis à des peines avec sursis ou des interdictions de compétition qui, si elles leur nuisent, ne mettent pas systématiquement fin à leurs carrières.

En Suisse, suite à une charge ultra-violente, un joueur de hockey sur glace se retrouve paraplégique. Une procédure disciplinaire a été ouverte contre l'auteur de la charge, histoire de savoir si son acte était "conforme au jeu" (comme si envoyer un joueur dans un fauteuil roulant pouvait être considéré comme la conséquence d'une action techniquement adéquate...)

A aucun moment, personne n'a plaidé pour que l'agresseur soit banni des patinoires.

psg-raciste.jpgQuitte à aborder la symbolique elle-même, nous en avons des illustrations un peu partout, chez les supporters du PSG français par exemple puisque nous parlons de football. Point besoin d'aller en Grèce et d'évoquer le parti Aube Dorée pour voir des bras raides lors d'un match.

Ces doux amateurs de football sont-ils interdits de stade à vie? Bien sûr que non, ils ne sont même pas inquiétés.

HizballahSalute.jpgDans certains milieux, le salut nazi ne rend pas son auteur infréquentable, loin de là. Je pense notamment au Hezbollah dont les troupes et les commandants semblent particulièrement friands de saluts nazis en toutes occasions, sans que cela ne gêne particulièrement la Suisse par exemple.

Les saluts nazis sont donc répandus, beaucoup plus que l'oukaze contre Giorgos Katidis ne pourrait le faire croire - et beaucoup plus que les bien-pensants ne le souhaiteraient.

Dans ces conditions, la sanction frappant le jeune (et stupide) joueur de l'AEK Athènes FC n'en paraît que plus arbitraire.

Nous avons un sérieux problème de priorité dans nos valeurs. Si aucune opinion politique ne devrait être exprimée dans le cadre d'une rencontre sportive, le manquement à cet usage ne devrait pas amener non plus de sanctions démesurées.

Je ne prends pas la défense de Giorgos Katidis par attrait envers le salut nazi, mais simplement parce qu'il est victime d'une punition particulièrement excessive. Sans avoir aucun goût pour le socialisme, qu'il soit rouge ou brun, je prône la cohérence. Alors que personne ne penserait à exclure à vie un individu de son milieu professionnel pour avoir chanté en public un couplet de l'Internationale, la différence de traitement avec un salut nazi saute aux yeux.

Si les manifestations d'extrémisme en public devaient être combattues de façon impitoyable, peut-être faudrait-il commencer par ne pas faire deux poids deux mesures. Le zèle sélectif laisse un profond sentiment d'injustice.