17 octobre 2019

Pour désinformer, il faut commencer tôt

D'innombrables études le prouvent, l'équilibre droite-gauche au sein d'une population dépend énormément de la classe d'âge. L'opinion politique des gens va vers la droite en vieillissant. Les jeunes sont plus gauchistes que leurs aînés et changent en prenant de la bouteille, comme le résume la célèbre formule: "à vingt ans, celui qui n'est pas de gauche n'a pas de cœur ; à trente, celui qui n'est pas de droite n'a pas de cervelle."

Sachant cela, les tentatives permanentes d'un bord de l'échiquier politique pour accorder le droit de vote à 16 ans s'expliquent aisément. Le but est clair, il faut contrer les vieux. À défaut d'emporter l'adhésion, on se contente de modifier la composition du corps électoral. Ce n'est qu'une des nombreuses façons d'atteindre l'objectif, plusieurs étant tentées simultanément.

Mais pourquoi les jeunes sont-ils plus à gauche que le reste de la population?

La jeunesse a ses propres faiblesses vis-à-vis de la politique ; elle se passionne facilement, manque de recul, croit aux discours de fin du monde, et pense que la responsabilité du futur lui incombe à elle seule. Mais à ces traits de caractère somme toutes véniels s'en rajoute un autre: la vulnérabilité à la propagande.

Rentrons dans le détail avec un exemple, ta_ta_ki.

Ta_ta_ki, kesako?

Vous n'en aviez jamais entendu parler avant, et c'est bien normal si vous avez plus de vingt-cinq ans.

Ta_ta_ki est un canal disponible sur Instagram, qui traite de sujets à destination des 15-25 ans. Il a une certaine popularité avec plus de 26'000 abonnés - pas mal sur ce créneau dans la petite Romandie. L'information est fréquemment renouvelée, colorée, courte, drôle si possible, mais surtout, très engagée. Aux antipodes d'une production naïve "par des jeunes pour des jeunes", on a affaire à des professionnels qui maîtrisent leur sujet et visent leur cœur de cible avec la subtilité d'un pitbull.

L'existence de Ta_ta_ki ne doit rien au hasard. "Découverte, décryptage, lifestyle et relations sociales, tels sont les angles exploités par la nouvelle entité pure player du Service public romand" nous dit-on avec le charabia marketing de circonstance. Autrement dit, Ta_ta_ki est une antenne de la RTS. La chaîne est pilotée par Manon B., une jeune femme de 31 ans qui a fait des études de sciences politiques à l'UNIL et un master de journalisme et communication à l'UNIGE - le cursus idéal pour bien manipuler informer le public. Papa est président d'une association qui, hormis son activisme écolo-conscient, travaille conjointement avec des entreprises pour promouvoir l'Accueil des Migrants Mineurs non Accompagnés, l'Égalité des Femmes et le Développement durable. Maman travaille dans l'association NELA, dont la mission est de développer "une structure de soutien à la transition des jeunes migrants, par parrainage socioéducatif". Certes, les opinions politiques des parents ne présagent pas à 100% de celle de leurs enfants, mais la pomme tombe rarement loin de l'arbre, comme on dit.

Rien de mieux qu'une petite visite sur Ta_ta_ki pour en avoir le cœur net...

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Quelques-unes des dernières contributions de la chaîne avant les élections fédérales 2019.

Au milieu de quelques vignettes humoristiques ou motivantes (montrant je suppose des Suisses typiques de 2019), l'initiative It's a match? vise à "aider les jeunes à choisir" de quel candidat ils se sentent le plus proche. Une campagne qui mérite le détour.

Opération Manipulation

À première vue, rien de bien extraordinaire: cinq interviews de cinq candidats des plus grands partis de Suisse ("5 représentant-e-s des sections jeunes des principaux partis politiques" explique Ta_ta_ki, l'écriture inclusive faisant partie du package).

À gauche des femmes sont interviewées, à droite des hommes. Hasard également, la candidate souriante des Jeunes PS est une femme de couleur - on sera bien en peine de trouver l'équivalent parmi les élus actuels du PS. Cela ne risque pas de changer avec les prochaines élections non plus, parce qu'il n'y a pas un seul candidat de ce type sur les listes officielles du parti. Ceux-là sont relégués sur des listes exotiques ou jeunes, des porteurs d'eau pour la liste principale.

Mais revenons à ces interviews. Courtes et rythmées, elles balancent à l'écran des thèmes auxquels l'interviewé répond simplement "pour" ou "contre", le plus vite possible avec un mouvement de balayage. L'exercice permet de piéger facilement les interviewés. Je préviens d'avance mes lecteurs: ces vidéos sont un supplice à regarder. Pour les courageux, voici les liens: UDC, PLR, PDC, Socialiste, Vert.

Concentrons-nous sur deux d'entre elles: l'UDC et le PS.

greta_ttk.jpgL'UDC est représentée par Oliver Rumo des Jeunes UDC fribourgeois. Le candidat de 21 ans se prête aux deux minutes et demie du jeu selon les instructions reçues: il lance les images d'un bord à l'autre de l'écran le plus vite possible. Les sujets défilent: "Suicide assisté? Pour. Mariage pour tous? Pour. Taxes sur les billets d'avion? Non, déjà trop cher maintenant..." chacune de ces questions mériterait une soirée de débat à elle seule, et ne font même pas consensus au sein de l'UDC.

Les images s'enchaînent par dizaine, parfois sans le moindre rapport avec les sujets politique actuels. Le porno? L'écriture inclusive? L'aigle de Shakiri? Le revenu universel, bien qu'il ait été balayé dans les urnes il y a trois ans par 76,9 % des votants?.. La vitesse ralentit un peu seulement pour se moquer, comme lorsqu'on pose la question de l'hymne national que le malheureux est évidemment invité à chantonner. Une limite d'âge maximale pour voter? Contre, mais peu importe: on voit que chez certains l'idée est dans les cartons, il s'agit donc de l'implanter dans l'opinion. Le Véganisme? "Pour, ça fait plus de viande pour moi". Après de nombreuses images la séquence se clôt sur la question du fromage vegan ("Non parce que c'est pas du fromage") et Beyoncé ("Non mais pas parce qu'elle est noire.")

port_du_voile.jpgLe PS est représenté par une autre fribourgeoise, Immaculée Mosoba de la liste de la Jeunesse socialiste, 25 ans. La séquence est entièrement différente. Le rythme est plus lent. La jeune femme a parfois droit à plusieurs phrases d'explication sur certaines images (montées pour garder le côté rythmé), ce qui lui donne l'air beaucoup plus intelligente et réfléchie, et tant pis si elle traite moins de sujets. Mais ce qui interpelle immédiatement, c'est que certaines questions sont différentes. Uber? Contre. Le Vote à 16 ans? Pour. Le port du voile à l'école? Pour.

On ne verra pas de questions sur l'accord-cadre avec l'Union Européenne, pourtant décisif pour l'avenir de la Démocratie directe ; on ne remettra pas en cause l'assurance-maladie qui étouffe la classe moyenne ; on ne parlera pas de l'initiative contre l'Immigration de Masse qui fut tout simplement ignorée par les élus à Berne, ni du Renvoi des Criminels Étrangers qui fut édulcoré par les mêmes. En fait il n'y a pas une seule question sur les migrants, les frontières, la criminalité ou l'effondrement en cours des assurances sociales.

Il est clair que ni Oliver Rumo ni Immaculée Mosoba n'ont choisi leurs questions - on les a choisies pour eux, à dessein. La manipulation la plus éhontée est dans la séquence de Mosoba. Le port du voile à l'école n'est qu'un apéritif ; un peu plus loin on lui pose une suite de questions sur le Burkini ("Pour, si elles se sentent mieux en burkini qu'en maillot de bain"), le menu hallal à l'école ("Pour") et les chemises à manches courtes ("Pour, pourquoi pas?" répond-t-elle en riant).

Pourquoi demander à une candidate à une élection au Conseil National ce qu'elle pense des chemises à manches courtes? À priori, cela ne semble avoir aucun sens. Il n'est pas question de discuter à Berne du port des chemises à manches courtes. Mais du foulard islamique ou du burkini, oui. Il faut se donner la peine d'y réfléchir cinq minutes pour comprendre. La juxtaposition des questions est conçue pour donner l'impression que le burkini est équivalent au port de chemises à manches courtes. Cette séquence de questions est donc construite pour amener le spectateur à couper le lien entre le burkini et le prosélytisme musulman. Je-m'habille-comme-je-veux, tiens, aujourd'hui je porte un burkini. Et demain une chemise à manches courtes. Ce ne sont que des vêtements.

Il faut une belle connaissance des ressorts de la manipulation pour mettre en place ce genre de désinformation quasi subconsciente. Goebbels serait fier d'une telle séquence.

Entendons-nous bien: Oliver Rumo pas plus qu'Immaculée Mosoba ne seront élus dimanche au Conseil National. Sur des listes "alternatives" des grands partis, ils n'ont aucune chance. L'un comme l'autre ne sont que des outils à travers lesquels Ta_ta_ki imprègne le public-cible de son message, et donne une image de leurs partis respectifs.

L'objectif est pleinement atteint: vue plus de 136'000 fois, la vidéo d'Oliver Rumo est assortie d'une avalanche de près de 3'000 commentaires dont les quatre-cinquièmes oscillent entre le négatif et le franchement haineux.

Les jeunes ont un intérêt pour l'UDC, le nombre de vues de sa vidéo le prouve. Mais ensuite, grâce à Ta_ta_ki, le plus grand parti de Suisse se voit présenté d'une façon simpliste et repoussante, afin de susciter l'hostilité et le dégoût. Plus d'une centaine de milliers de jeunes Romands ont été imprégnés de ce message avant même d'avoir l'âge de voter. L'objectif est donc pleinement atteint, ce qui interpelle certains.

Merci la RTS et son antenne "jeune".

03 octobre 2019

Trump et le piège ukrainien

Un vent de fureur semble s'être emparé des Démocrates américains, qui se sont désormais officiellement lancés dans la procédure d'Impeachment, une destitution légale du Président. Leurs motifs remontent au jour noir de l'élection de Trump, mais une goutte vient faire déborder le vase: l'affaire du coup de fil ukrainien.

Les médias (en Europe et aux États-Unis) oscillent entre l'hystérie et l'éructation dès que Trump est concerné. Comme il est difficile d'enquêter correctement au beau milieu des deux minutes de haine anti-Trump quotidiennes, faisons le travail dont aucun journaliste n'est plus capable...

Le Narrative ukrainien

Commençons par établir la version de l'histoire, un narrative comme disent les médias, comportant des faits suffisamment graves pour lancer une procédure de destitution d'un Président.

Les Démocrates présentent une histoire où Trump conspire avec un leader étranger dans le but d'interférer avec les élections présidentielles américaines de 2020, en salissant le principal adversaire de Trump d'après les sondages, c'est-à-dire Joe Biden, l'ancien Vice-Président d'Obama. Trump ferait donc exactement ce dont il accuse les Démocrates depuis 2016, lorsqu'il leur reproche d'avoir monté un faux "dossier russe" pour miner sa présidence ; au faux "dossier russe" du clan Clinton de 2016, il rétorquerait avec un faux "dossier ukrainien" visant cette fois-ci Joe Biden.

Le point d'orgue de ce crime est un coup de fil passé par Trump à son homologue ukrainien Volodomyr Zelensky, lorsque Trump l'appelle pour le féliciter de sa victoire électorale. Dans celle-ci, il demande carrément à M. Zelensky de trouver de quoi salir M. Biden.

Trump_on_phone.jpg

Lisons la façon Adam Schiff, ténor démocrate et Président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants, parle de cet appel devant les médias et les élus du peuple américain:

Et quelle est la réponse du Président? Eh bien, cela se lit comme un coup monté classique du crime organisé. En substance, le président Trump lance comme suit: "Nous avons été très bons avec votre pays. Très bons. Aucun autre pays n'a fait autant que nous. Mais vous savez quoi, je ne vois pas beaucoup de réciprocité ici. Vous savez ce que je veux dire? J'entends ce que vous voulez. J'ai une faveur que je veux de votre part cependant. Et je vais le dire seulement sept fois, alors vous feriez mieux de bien écouter. Je veux que vous traîniez dans la boue mon adversaire politique, vous comprenez? Beaucoup de saleté, sur ceci et sur cela. Je vais vous mettre en contact avec des gens, et pas n'importe qui. Je vais vous mettre en contact avec le procureur général des États-Unis - mon procureur général, Bill Barr -, il a tout le poids de la police américaine derrière lui. Et je vais vous mettre en contact avec Rudy, vous allez l’aimer. Croyez-moi. Vous savez ce que je vous demande, je ne vais donc le dire que quelques fois de plus, de plusieurs manières. Et ne m'appelez plus. Je vous appellerai quand vous aurez fait ce que je vous ai demandé."


Pire encore, préalablement à son appel, Trump aurait retenu le versement d'aide militaire américaine en Ukraine pour mieux faire pression sur M. Zelensky.

Par chance, l'appel aura été rapporté par un courageux lanceur d'alerte (et agent de la CIA), ce qui permit aux Démocrates de révéler à leur tour l'affaire aux médias et au peuple américain, lançant dans la foulée une procédure de destitution.

Un étrange coup de fil

Depuis sa présentation, le narrative ci-dessus n'en finit pas de prendre l'eau, tant et si bien qu'il coule auprès de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce dossier.

Quelques détails mineurs: le récit du coup de fil relaté par Adam Schiff ci-dessus est entièrement inventé. Livré sans aucune mise en garde ni aucun filtre au Congrès et diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision, il ne s'agit pas des propos tenus par Trump (dont Adam Schiff était au courant) mais seulement de l'interprétation d'Adam Schiff - lequel, coincé par la déclassification de la transcription de l'appel, fut bien obligé d'avouer, énervé et contrit, que son intervention n'était qu'une parodie et qu'il fallait la prendre comme telle. On ne rit pas. Au beau milieu d'une procédure aussi cruciale pour le Gouvernement américain, cela fait un peu tache.

Une fois rendu disponible, tous les médias se penchèrent donc sur le verbatim de l'appel entre Donald Trump et Volodomyr Zelensky. Certains, comme ABC, CNN, MSNBC, CBS, et NPR citèrent une partie de la conversation de cette façon:

"Je voudrais que vous nous fassiez une faveur (...) On parle beaucoup du fils de Biden et du fait que Biden ait arrêté l’enquête et beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus."


Pour situer la bonne foi de ces médias, rien ne vaut une image qui montre ce qui est caché par l'ellipse "(...)":

ellipse_ukraine.jpg
Une ellipse bien calculée (cliquez pour agrandir)

Les médias ne rapportent pas non plus la phrase consécutive, pourtant très importante: "Biden s'est vanté un peu partout qu'il est parvenu à arrêter l'enquête donc si vous pouviez y jeter un œil... Cela semble horrible à mes yeux." Nous allons y revenir.

Trump a rendu publique la conversation qu'il a eu avec le Président ukrainien Volodomyr Zelensky parce qu'il savait qu'elle ne contenait absolument rien de pénalement répréhensible, loin des accusations démocrates virant à l'hystérie.

L'appel a depuis été jugé conforme par tous les juristes consultés. Il s'agit d'une conversation raisonnable et cordiale entre deux chefs d'États. À aucun moment Trump ne menace son homologue de quoi que ce soit. Il n'y a aucun chantage, à l'inverse de ce que rapportèrent initialement les médias.

Au cours de cette conversation, Trump demande au Président ukrainien de vérifier si tout est correct dans l'arrêt soudain de l'enquête (pour corruption) visant Hunter Biden. Il est parfaitement dans son droit, parce qu'il s'agit de vérifier si l'arrêt de cet enquête est régulier. Les États-Unis ont un accord d’entraide judiciaire avec l'Ukraine.

Au cours de l'appel, Trump ne fait que de rares mentions du nom de Biden, et il fait référence au fils, pas à son père. Lorsque Joe Biden proclame que "Trump a voulu s'en prendre à un adversaire politique", il extrapole sur les intentions de Trump et les dégâts d'image éventuels. À aucun moment Trump n'évoque Joe Biden comme cible de quoi que ce soit, ni qu'il souhaite que l'enquête ne permette de l'impliquer.

Les Démocrates étayèrent leur dossier en accusant Trump de retarder le versement d'une aide militaire américaine pour mieux influer sur le Président ukrainien, mais les Ukrainiens n'apprirent le retard dans le versement des fonds que plus d'un mois après le coup de fil...

Pour finir, et c'est sans doute le plus douloureux à admettre pour certains, Joe Biden n'est pas un "adversaire politique" de Trump. À l'heure actuelle, Joe Biden n'est rien de plus qu'un citoyen américain comme les autres. Il n'a pas de mandat depuis 2017 et la fin de sa vice-présidence. Il n'est pas le candidat démocrate faisant face à Trump - le processus d'investiture du parti démocrate a à peine commencé, et compte encore 18 prétendants.

En prétextant qu'on s'attaque au processus démocratique, M. Biden fait seulement référence à des sondages d'opinion dans lesquels il est bien placé, et rien de plus. Ses piètres prestations lors des débats montrent d'ailleurs que rien n'est joué.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la façon dont le scandale a éclaté - et dont certains démocrates semblent en avoir su plus que tout le monde avant même que le "lanceur d'alerte" de la Maison-Blanche ne trouve un écho dans les médias - mais le fait est que juridiquement, le dossier est vide.

Une petite enquête

Peut-être avez-vous remarqué que lorsqu'un "scandale dérangeant" éclate (un scandale dérangeant est un scandale qui pourrait impliquer une personnalité idéologiquement proche du journaliste) l'accent est toujours mis sur le cheminement du scandale, et jamais sur le scandale lui-même.

Transposé ici, cela revient à poser la question: que s'est-il passé avec Hunter Biden en Ukraine? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procureur déposé et d'enquête annulée?

Hunter Biden eut en Ukraine une carrière pour le moins météorique. Deux mois après avoir été chassé de la Navy pour consommation de cocaïne, et après avoir rendu à Hertz Arizona une voiture de location en oubliant une pipe à crack dedans, Hunter Biden, qui n'avait pas la moindre expérience dans le secteur de l'énergie, fut nommé en mai 2014 au Conseil d'Administration de la société Burisma, en Ukraine, pour un salaire annuel de 600'000 dollars. Là-bas, il put siéger aux côtés d'un revenant de la CIA, Joseph Cofer Black.

Tous ceux qui pensent que sa nomination doit quelque chose à son père, alors Vice-Président des États-Unis d'Amérique, ne peuvent être que des cyniques se complaisant dans la médisance. Et lorsqu'une campagne anti-corruption fut lancée en Ukraine, visant notamment Burisma, le risque de conflit d'intérêt entre le père et le fils ne se posa pas davantage, puisque la Maison Blanche dirigée par Obama décréta qu'il en était ainsi.

Par un curieux hasard, l'enquête contre Burisma se termina abruptement avec le renvoi du Procureur général ukrainien Viktor Shokin, en charge des investigations, par le président ukrainien Poroshenko. La raison invoquée est officiellement que M. Shokin n'avait pas assez avancé dans ses enquêtes. Viktor Shokin a une autre explication et la livre dans un témoignage du 4 septembre 2019:

6. [Le Président] Poroshenko me demanda de démissionner à cause de la pression exercée par l'Administration US, en particulier de Joe Biden, qui était le Vice-Président des États-Unis. Biden menaçait de retenir le versement d'un milliard de dollars de subsides destinés à l'Ukraine jusqu'à ce que je perde ma charge.

8. La vérité est que j'ai été forcé de partir parce que je menais une enquête sur la corruption de grande ampleur sur Burisma Holdings ("Burisma"), une entreprise de gaz naturel active en Ukraine, et dont le fils de Joe Biden, Hunter Biden, occupait un siège au Conseil d'Administration.

9. À plusieurs occasions le Président Poroshenko me demanda de regarder où en était l'enquête sur cette société et de considérer la possibilité de diminuer les actions en rapport avec cette compagnie, mais je refusai de clore l'enquête. (...) [Poroshenko] parlait avec emphase de l'arrêt de mes investigations concernant Burisma. Quand je répondis par la négative, il dit que les USA (via Biden) refusaient de libérer un milliard de dollars promis à l'Ukraine. Il me dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de me demander ma démission.

10. Quand Poroshenko [me] demanda de démissionner, il me présenta la chose comme une action faite pour le bien du pays, et avec laquelle je devrais être d'accord, et aussi comme un geste patriotique. J'acceptai de donner ma démission sur cette base.

11. Après ma démission Joe Biden fit une déclaration publique, affirmant - et même se vantant - de m'avoir fait licencier. C'est alors qu'il devint clair que la véritable raison de mon départ était mes actions en rapport avec Burisma et l'intérêt personnel de Biden dans cette société (...)


Peut-être est-ce là le témoignage d'un homme aigri, avide d'accuser un innocent comme Joe Biden. Peut-être. Mais ceux qui croient cela feraient mieux de changer d'avis rapidement, au risque de passer pour des imbéciles. Les faits ont été confirmés de façon décontractée par Joe Biden lui-même, le 23 janvier 2018, devant un parterre de journalistes. Et tout a été filmé.

Donnons une transcription des citations les plus significatives:

J'allais à Kiev pour, je pense, la douzième ou la treizième fois. Et j'étais supposer annoncer qu'il y aurait encore une garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu la promesse de Poroshenko et de Yatsenyuk qu'ils prendraient les mesures contre le procureur du gouvernement. Et ils ne l'avaient pas fait.

Alors ils me dirent qu'ils l'avaient fait - ils ressortaient d'une conférence de presse. Et je dis "Non, je ne vais pas - nous n'allons pas vous donner ce milliard de dollars. Ils dirent, vous n'avez pas autorité. Vous n'êtes pas le Président. Le Président a dit - Je leur dis, appelez-le [rires dans le public]. Je dis, je vous l'affirme, vous n'allez pas avoir le milliard de dollars. Je vais partir d'ici dans, je pense que c'était dans cinq ou six heures. Je les ai regardés et je leur ai dit: Je m'en vais dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent." Bien, fils de pute [rires dans le public]. Il a été viré. Et ils mirent à sa place quelqu'un qui était sérieux à ce moment.


N'importe quel journaliste faisant un travail d'information pourrait facilement trouver et montrer les éléments rassemblés dans ce billet. Aucun ne le fera. Les journalistes ne font pas un travail d'information, mais de propagande.

La triste réalité est que, selon un schéma convenu, les Démocrates reprochent à Trump exactement ce qu'ils ont fait en Ukraine, et en pire. Joe Biden a utilisé l'argent des contribuables américains comme un moyen de chantage pour faire pression sur un gouvernement ami pour limoger un innocent, dans le but de faire cesser une enquête anti-corruption gênante parce qu'elle pouvait atteindre un membre de sa famille.

Tout cela est prouvé, étayé, documenté, et même filmé.

Les Démocrates américains et les médias semblent croire que le grand public est trop stupide pour se rendre compte par lui-même qu'on essaye de l'enfumer avec un dossier anti-Trump aussi minable. Le futur de la procédure de destitution du Président Trump, et la cote du Parti Démocrate américain aux prochaines élections, nous diront ce qu'il en est.

25 septembre 2019

Gretapocalypse

Elle est partout.

Et même en disant "elle", on sait déjà de qui il s'agit: Greta Thunberg, la méga-star planétaire, la nouvelle Kardashian, l'héroïne de politique-réalité, la vedette qui fait vibrer les foules sans avoir vendu un seul disque. "On ne sait pas trop si on a affaire à Fifi Brindacier ou à Mercredi de la Famille Addams", résume un Internaute. On lui accorde volontiers le sens des réalités de la première et la bonne humeur de la seconde.

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Peak Greta: Greta à l'ONU.

Selon l'hagiographie la page Wikipédia qui lui est dédiée, Greta Thunberg est une militante qui, à l'âge de 15 ans, proteste "devant le Parlement suédois contre l'inaction face au changement climatique malgré l'urgente nécessité d'agir (sic)".

Plus précisément, "le , jour de sa rentrée en neuvième année dans une école de Stockholm, Greta Thunberg fait le piquet de grève devant le Riksdag, et explique aux journalistes conviés (?) qu'elle n'ira pas à l'école jusqu'aux élections générales du . (...) Elle reste assise devant le Parlement suédois chaque jour durant les heures d'école."

Dans une société saine, l'adolescente mineure aurait été renvoyée à l'école (obligatoire en Suède de 7 à 16 ans), les parents réprimandés pour leur laxisme, et l'histoire aurait au mieux fait l'objet d'un entrefilet dans la rubrique insolite de la presse locale.

Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, Greta est portée aux nues. Greta signe des articles dans les journaux. Greta va à Davos. Greta rencontre le Pape. Greta prend la parole devant le Parlement britannique, réclame devant le Parlement Européen, tance l'Assemblée nationale française, passe un savon aux chefs d'État devant l'ONU. On frise la Gretoverdose.

Il ne fait pas bon critiquer Greta. Celui qui s'y essaye ne peut être qu'un individu infect s'en prenant aux handicapés ; car Greta est autiste asperger, une forme d'autisme qui, entre autres, traduit un manque d'empathie et des obsessions passagères. Greta est parfaitement consciente de son état (autant que peut l'être une jeune fille de seize ans) mais décrit sa forme d'autisme comme un "super-pouvoir". Il est vrai que d'après sa mère Greta serait capable de voir le CO2. À l’œil nu.

Dans une curieuse asymétrie, si on ne peut pas critiquer Greta parce qu'elle est handicapée, on doit au contraire donner plus de poids à son message, et ce, exactement pour la même raison. Dans ce spectacle médiatique, le grand public assiste à une variante du mythe du Bon Sauvage de Rousseau. Ici, l'esprit différent du handicapé le rendrait plus proche de la nature, donc plus authentique, capable de saisir des subtilités échappant aux hommes communs avilis par la "normalité" de la civilisation.

La messagère autiste asperger a donc le double avantage d'être à l'abri de toute critique et d'avoir une parole supérieure à celle de n'importe qui ; nous contemplons le résultat.

La formule ne vaut que si elle va dans le sens de l'histoire, naturellement. Un trisomique annonçant que le Réchauffement climatique n'existe pas n'aurait aucun écho. Les médias y veillent.

Les médias veillent tant et plus sur Greta qu'elle est, littéralement, leur créature. Greta n'a pas la moindre formation scientifique. Elle n'a pas la moindre connaissance sur son sujet - et évite toute question à ce propos. Elle ne connaît le Réchauffement climatique qu'à travers les médias, qui rivalisent chaque jour d'hystérie sur le même thème sans jamais donner la parole à un avis contraire.

La propagande de masse lessive le cerveau de la jeunesse occidentale à une échelle qui n'est permise que par la prolifération d'écrans devant lesquels les adolescents s'abrutissent. Greta était particulièrement sujette à ce matraquage, elle qui finit par en pleurer devant sa télévision lorsqu'elle avait onze ans. Greta ressent, souffre, éprouve de la colère, mais serait bien incapable d'articuler le moindre raisonnement construit, la moindre démonstration. Elle pointe du doigt et condamne.

Pour tous ceux qui profitent d'elle, l'autisme dont souffre Greta a un avantage: il l'empêche de voir comment elle est instrumentalisée - par ses parents, par des militants extrémistes, par le capitalisme vert, par des antifas, par Georges Soros, et bien entendu par les médias. Greta est une icône publicitaire. Jamais ceux qui applaudissent Greta ne changeraient leur mode de vie, à commencer par les politiciens et leurs richissimes amis.

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Greta est innocente mais ses complices ne le sont pas. Quitte à admettre la réalité douteuse du Réchauffement climatique, aucun de ces gens ne souhaite que la planète aille mieux ; ils sont seulement motivés par leurs propres intérêts. Ils soufflent à Greta un texte qui ne mentionne jamais la Chine, qui est de loin le premier producteur mondial de CO2, ni l'Arabie Saoudite, qui émet le plus de CO2 par habitant.

Le jour où Greta commencera à parler de ces pays, cela montrera qu'elle en connaît un peu plus sur son sujet. Elle aura commencé à se renseigner par elle-même, ce que tout individu sensé devrait faire avant de brandir une pancarte. Et cela vaut aussi pour tous les adolescents de nos contrées, qui s'enflamment pour une icône fabriquée de toute pièce.

20 septembre 2019

Climat: les taxes pleuvent

Pendant que les bobos et fils-à-papa écologistes bloquaient le Pont Bessières à Lausanne  - quelques jours après avoir sali la Limmat à Zurich en la teignant en vert  - le Parlement donnait suite à une motion d'un Vert libéral bernois pour taxer les voyages en avion.

Le National a accepté jeudi par 112 voix contre 62 une motion (...) [demandant] d'introduire une taxe qui soit calculée en fonction de l'impact effet de chaque vol sur le climat. Elle sera répercutée sur les voyageurs.

Après son renvoi en décembre dernier, la révision totale de la loi sur le CO2, qui sera débattue la semaine prochaine au Conseil des Etats, prévoit désormais une taxe sur les billets d'avion. Elle serait comprise entre 30 et 120 francs, sauf pour les passagers en transit ou transfert. Le tarif serait plus élevé sur les vols long courrier.


Chaque passager qui souhaitera prendre l'avion depuis la Suisse se verra donc grevé d'une nouvelle taxe entre 30 et 120 francs suisses sur les trajets les plus courts - soit, sur de nombreuses destinations, bien plus que le prix du billet lui-même.

Que les naïfs au dernier degré qui s'imaginent que le projet soit retoqué au Conseil des États reviennent sur terre ; la Commission dudit Conseil qui examina la révision de la loi sur le CO2 fut particulièrement enthousiaste à l'idée de créer des taxes sur les billets d'avion.

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Une vue bientôt réservée à une élite fortunée. Les gueux n'ont qu'à rester chez eux!

Les commentaires furent rapidement filtrés dans les articles de presse. Si 20 Minutes montre encore quelques réactions négatives sur la manifestation à Lausanne (des commentaires soutenus par plus de 400 lecteurs ont tout bonnement disparu) plus personne ne peut commenter celui sur la taxe sur les billets d'avion, qui avait lui aussi entraîné une vague de plusieurs centaines de réactions négatives avant que la rédaction ne "fasse son travail", dirons-nous pudiquement.

Notons que les compagnies aériennes opérant en Suisse proposaient déjà de nombreux programmes de compensation des émissions de CO2. La classe politique à Berne, empreinte de dirigisme, tient absolument à ne laisser le choix à personne. Les Suisses vont donc s'appauvrir mais ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes, puisque c'est ce qu'ils préconisent dans les sondages. Ils risquent de moins se réjouir dès les prochaines vacances, mais tant pis pour eux.

L'actualité s'accélère alors que les élections fédérales se rapprochent ; la classe politique fait feu de tout bois pour montrer à quel point elle est "sensible" aux questions réchauffistes. Comme par hasard la seule solution sur laquelle les politiciens s'entendent est celle de nouvelles taxes, étant entendu qu'il suffit de délester tout un chacun de son écot pour que l'air rafraîchisse.

D'autres taxes suivront, sur les carburants, les billets de train, les déplacements en voiture à travers des péages urbains, la consommation d'énergie et bien plus encore. Dès octobre et peut-être même avant, les nouvelles taxes vont pleuvoir. Le matraquage médiatique paye ; en Suisse le consentement à l'impôt pour des raisons climatiques n'a jamais été aussi élevé.

Rappelez-vous: 112 voix contre 62 dans le vote de ce jour, soit 64% du Conseil National en faveur de nouvelles taxes. Si le Parlement est encore plus à gauche cet automne, comme les sondages le prévoient, la pluie de nouvelles taxes aura tôt fait de se transformer en orage.

À moins d'un réveil rapide des citoyens, le pouvoir d'achat des Suisses va virer à l'enfer vert.

14 septembre 2019

Les Anti-Brexit tirent leurs dernières cartouches

Mauvaise semaine pour Boris Johnson. À en croire la presse continentale européenne de ces derniers jours, il a été giflé, il a pris une douche écossaise, un camouflet, il s'attire les foudres des Irlandais, il subit revers sur revers, des défaites, il est le dos au mur, il a bu le calice jusqu'à la lie. Pour tout dire, alors qu'il n'est pas en poste depuis un mois et demi, il a déjà un bilan calamiteux.

Fichtre!

On dirait que le Premier Ministre Boris Johnson vit ses dernières heures... Alors qu'en vérité, ce sont plutôt ses adversaires qui grillent leurs dernières cartouches ; aucune surenchère de termes négatifs ne permettra de cacher cette réalité bien longtemps. Mais cela mérite quelques explications.

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Boris face au Marais

De quoi Boris Johnson est-il coupable pour mériter pareille condamnation médiatique? De populisme, bien entendu. Le populisme, voilà l'ennemi. Le populisme, dans ce dossier, revient à vouloir appliquer la décision de quitter l'Union Européenne, exprimée en juin 2016 dans les urnes par près de 52% des citoyens de Sa Majesté.

On l'aura compris au traitement du dossier, la classe médiatique européenne est franchement europhile. Toute subtilité ayant disparu des rédactions depuis longtemps, il faut vraiment être épais pour ne pas s'en rendre compte.

Dans d'autres pays de l'Union, lorsque les gens ne votent pas correctement, on s'adapte. En France ou aux Pays-Bas, on passe les traités refusés par le Parlement. En Irlande, on revote. La Suisse mérite largement sa place dans ce petit monde à travers le refus de la classe politique d'appliquer l'initiative contre l'immigration de masse. Comme disait Coluche, si voter servait à quelque chose, cela aurait été interdit depuis longtemps.

Mais voilà, Boris Johnson a eu le toupet de démissionner du gouvernement précédent parce qu'il estimait qu'il trahissait le vote des citoyens, et souhaite désormais appliquer la décision. Son mandat? Faire en sorte que le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne, ni plus ni moins. Plus de ce Brexit interminable et constamment repoussé. Tant pis si cela doit signifier un hard Brexit, une sortie sans accord.

En face de lui, et c'est ce qui causera leur perte, les anti-hard-Brexit (faute d'un meilleur nom) avancent en ordre dispersé. Il y a ceux qui veulent rester et que les citoyens qui ont voté pour le départ de l'UE en 2016 aillent au diable ; ceux qui sont d'accord pour partir, mais "pas de cette façon" ; et ceux qui souhaitent rejouer le match avec un nouveau référendum.

Une seule chose les unit, la volonté d'arrêter Boris. Cela ne suffira pas.

Qui s'accroche?

Depuis qu'il est au pouvoir, Boris affronte une succession de coups d'éclats. Ils se suivent avec une régularité toute médiatique. Qu'il s'agisse de la démission de la Ministre du Travail Amber Rudd, du passage dans l'opposition d'un député ou de la rupture de Jo, le propre frère de Boris (ce qui a permis au grand public de découvrir que Boris avait un frère), chacun tire son quart d'heure de gloire comme il peut.

Les politiciens et leurs relais dénoncent comme un "coup d'État" la volonté du Premier Ministre de fermer le Parlement pendant cinq semaines, sans mentionner que la session parlementaire qui vient de se dérouler est la plus longue depuis 400 ans, ni qu'il est parfaitement en droit de le faire.

Les décisions du Premier Ministre font quant à elles l'objet de contestations devant les tribunaux, alors même que le Parlement outrepasse ses prérogatives en exigeant "un Brexit avec accord, sinon rien" lorsque la politique étrangère n'est pas de son ressort.

Comme chacun peut le constater, les médias donnent le mauvais rôle à Boris. Ils tentent de le faire passer pour affaibli et isolé. Pourtant, hors du Parlement, il est loin d'être seul contre tous. En plus des deux tiers des membres du Parti Conservateur qui l'ont nommé à son poste en remplacement de la médiocre Theresa May, M. Johnson a avec lui la population anglaise. Selon l'institut de sondage ICMresearch, en cas d'élections anticipées, son parti est crédité de 37% des voix, contre 30% pour les travaillistes et 9% pour le parti du Brexit. Loin d'être "effrayés" par un Brexit sans accord, les Anglais sont tellement excédés par la tragi-comédie de leur classe politique qu'ils sont désormais une majorité à vouloir le Brexit par tous les moyens.

Tout le monde le sait en Angleterre - même et y compris les parlementaires qui s'opposent à Boris Johnson.

Nous en avons eu la preuve définitive lundi soir. Le Parlement refusa l'offre du Premier Ministre de convoquer des élections anticipées pour la mi-octobre. Au pied du mur, les élus anglais ont choisi de s'accrocher à leurs sièges. Les anti-Brexit, majoritaires parmi les élus du Parlement, savent très bien qu'ils sont minoritaires dans l'opinion et le seront dans les urnes au prochain vote.

Nous assistons donc ainsi une nouvelle fois à la démonstration d'une classe politique parfaitement consciente de sa non-représentativité mais accrochée au pouvoir comme une palourde à son rocher. Toute ressemblance avec d'autres pays européens est fortuite...

Remise à plat

Aujourd'hui, David Cameron ne regrette rien, mais peu importe. Il n'a plus aucune crédibilité. Son appel à une réforme de l'Union Européenne et à un référendum du Brexit n'étaient que des miroirs aux alouettes dont la seule finalité était de le maintenir au pouvoir. Mais la population anglaise refusa de suivre le script prévu. Elle s'empara de la première occasion de s'exprimer pour dire ce qu'elle pensait du Super-État européen et de la trajectoire à donner au Royaume-Uni dans cet ensemble.

Depuis, la classe politique britannique se déchire pour donner l'impression qu'elle prend au sérieux l'expression populaire tout en faisant exactement le contraire. Theresa May fut l'incarnation vivante de cette école de pensée ; vidant le référendum de toute substance, elle élabora en connivence avec Bruxelles un accord de soumission perpétuelle tellement honteux qu'elle fut désavouée par son propre camp. Personne ne s'étonnera que les politiciens européens répètent depuis que c'est "le meilleur accord possible" - tout dépend du point de vue où l'on se place.

Boris Johnson est quant à lui un héros aux motivations peut-être moins nobles qu'on souhaiterait. Au pied du mur, il s'aligna et soutint le traité de Brexit ramené de Bruxelles par Mme May. Aujourd'hui, s'il est en butte contre une bonne partie des caciques de son propre parti, c'est parce qu'ils jouent sur des objectifs différents. Eux veulent maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne, quoi qu'il leur en coûte ; lui cherche moins à respecter la volonté populaire qu'à sauver le Parti Conservateur du naufrage, quitte à l'épurer des éléments les plus compromis. Il est sans cesse grignoté par le Parti du Brexit de Nigel Farage, un mouvement à la dénomination aussi limpide que le verbe de son fondateur.

Personne ne veut rien renégocier. Le Parlement britannique rejeta à plusieurs reprise (ce qui est déjà illégal, on ne vote pas plusieurs fois sur le même texte!) le traité de Mme May. L'Union Européenne, calcifiée par la règle de l'unanimité et par une position qu'elle pense avantageuse, refuse de reculer d'un pouce. Côté anglais, le Parlement est incapable de formuler une demande intelligible sur ce qu'il veut précisément renégocier, et de quelle façon.

La "frontière extérieure de l'Union" en Irlande du Nord ne verra jamais le jour, les gouvernements irlandais et britanniques ayant annoncé que ni l'un ni l'autre ne verserait un centime d'euro pour mettre en place une frontière physique. On imagine mal la Commission Européenne envoyer des contingents de douanier européens là-bas pour embêter les Irlandais alors qu'il n'y a plus d'argent anglais dans les caisses. Mais personne ne veut rendre son indépendance politique au Royaume-Uni.

Boris Johnson pliera-t-il? Ira-t-il quémander une nouvelle extension de trois mois du Brexit à la fin octobre, comme ses parlementaires lui imposent? Deviendra-t-il le Winkelried du Brexit? Si personne ne trouve le courage de percer l'abcès, il se pourrait bien que le Brexit dure encore des années. Cela détournera encore plus la confiance des électeurs anglais des partis traditionnels. Voilà ce dont M. Johnson ne veut pas.

Les Anti-Brexit ont trépigné, légiféré, attaqué en justice, vilipendé et trahi. Tout l'arsenal y est passé. Ils n'ont plus rien dans leur besace. Sur ce champ de bataille dévasté, l'initiative appartient maintenant à Boris Johnson.

23 août 2019

Le fruit bien mal défendu

L'UDC vient de lancer en fanfare sa campagne pour les élections fédérales de l'automne, avec une affiche tout à fait explicite: les vers sont dans le fruit. Et ils se gavent.

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Selon un scénario tellement éculé que 24 Heures le décrit en même temps qu'il tombe dedans, les glapissements d'horreur envahissent les médias. Roulant la charge avec des yeux fous, les rédactions romandes rivalisent d'inventivité pour expliquer tout le mal qu'elles pensent de cette affiche - que la plupart des gens découvrent dans leurs pages. Ce faisant, elles font gratuitement le buzz pour le parti libéral-conservateur.

Au Matin, on fouille dans les archives. On aurait pu trouver la trace du ver dans le fruit dans des livres ou même une affiche de mai 68 mais non: le visuel reprend, évidemment dirais-je, l'imagerie d'une affiche nazie des années trente, dont tout le monde se rappelle bien évidemment. "Une caricature (...) où le ver dans la pomme n'est autre que le juif qu'il faut éradiquer. La suite, on la connaît", explique le pigiste de service avec la subtilité d'un soldat au pas de l'oie.

Diantre! Une pomme, des vers, et hop, Auschwitz? Il me semble que quitte à étudier l'histoire pour éviter le retour de la Bête Immonde au Ventre Fécond, l'examen des programmes d'autres mouvements politiques comparé au programme nazi pourrait être plus parlant qu'une affiche. À ce petit jeu des proximités idéologiques avec le parti à la croix gammée je doute que l'UDC arrive en tête. Mais au cours de leur formation, les journalistes passent probablement plus d'heures à travailler leur mauvaise foi que l'histoire.

Par exemple, aucun d'entre eux ne posera la question qui fâche, l'à-propos de cette affiche. Pareille interrogation est taboue. Elle l'est d'autant plus que toute la classe politico-médiatique connaît la réponse. L'affiche va droit dans le mille.

Miam, miam

Les partis politiques et l'UE sont-ils des vers qui dévorent le fruit helvétique? Allez, sans se fouler, prenons quelques exemples en vrac.

À Genève, nous avons l'affaire Maudet, qui a décroché au mois de juin sa rente à vie. La carrière du politicien franco-suisse s'est arrêtée net depuis que les soupçons de corruption l'ont rattrapé, mais on ne pourra pas dire qu'il reparte les mains vides. Et avant qu'un triste sire ne vienne pleurnicher que ce type puant l'ambition dévorante à des kilomètres n'est qu'une erreur de casting du PLR, je rappelle que le parti lui a renouvelé sa confiance dans une assemblée générale extraordinaire. Pour rester dans le fruit, on se serre les coudes!

Mais attention, hein, en Ville de Genève, après quelques scandales de notes de frais, les magistrats "sonnent le glas de la rente à vie". On serre la vis. Un peu. Parce que les malheureux sortants qui ne bénéficient plus de la rente à vie continueront tout de même à toucher un demi-salaire (soit 10'000 francs par mois, à peine de quoi se payer l'eau minérale) pendant dix ans. Si le texte est approuvé par la commission des finances et le Conseil municipal. Mais qu'on se rassure! Si le texte franchit tous ces obstacles, il s'appliquera... Dès la prochaine législature. Les élus en place bénéficieront encore d'une rente à vie. Ouf, on a eu peur pour eux!

Dans les communes du Canton de Vaud on n'en est pas encore à oser la rente à vie - cela viendra sans doute - mais on découvre par exemple une simple augmentation de salaire à deux chiffres pour tous les membres de la Municipalité de Renens, jusqu'à 170'000 francs annuels pour le Syndic. Il fait bon régner sur une commune d'extrême-gauche. Et encore ne parle-t-on que du salaire de base! Tous les partis soutinrent cette augmentation "proposée par la Municipalité" en 2016, y compris le PLR ; seule l'UDC s'y opposa. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres...

Dans le Canton de Vaud encore, on cumule les emplois au sein d'une même (et belle) famille de gauche. Mme Rebecca Ruiz est élue sans coup férir au Conseil d'État vaudois ; les électeurs sont passés comme chat sur braise sur son étrange contrat de travail au sein du Département vaudois de la formation alors dirigé par la socialiste Anne-Catherine Lyon. Un peu plus tard, par pur hasard, son mari élu socialiste Benoît Gaillard se retrouve promu à la Présidence de la Compagnie Générale de Navigation. Ça fait un peu tousser, mais pas plus que ça, et puis comme ils disent qu'il n'y aura pas de conflit d'intérêt, on les croit sur parole. Une chose est sûre, tous les salaires seront versés à la fin de chaque mois.

Et puisqu'il faudrait aussi parler de la Berne fédérale, rappelons la tentative de l'UDC de faire payer de leur poche les abonnements généraux dont bénéficient les élus (et bien d'autres, pourtant grassement payés!) et qui fut balayée par ces derniers! "Les élus sauvent leur AG de première classe", titrait alors la Tribune face au péril de perdre un privilège. Un vote au National enterra la motion de Lukas Reimann à 154 voix contre 28 - comme d'habitude, l'UDC contre tous les autres partis. "[Les économies s'élèveraient] à 600'000 francs si les parlementaires recevaient un AG 2e classe, elle atteindrait «des millions» si cette mesure était appliquée à tout le personnel de la Confédération", lança le St-Gallois, ce qui donne une idée de la quantité de fonctionnaires qui ne payent pas leurs déplacements.

L'Europe quant à elle a droit à ses courbettes, son milliard annuel de cohésion, le paiement du système SIS de Schengen, les accords bilatéraux léonins, le projet d'accord-cadre... En toute amitié avec les partis pro-UE du Parlement, c'est à dire tous sauf un.

On pourrait multiplier les exemples, parler des lobbies pharmaceutiques ou syndicaux, de la porosité des élus avec les conseils d'administration, de la corruption généralisée, des innombrables trafics d'influence, du commerce des permis de construire... Autant de pratiques confortées par un corps électoral apathique et naïf, dont le péché le plus affligeant est sans doute la confiance aveugle qu'il nourrit envers ses élus.

J'écrivais il y a quelques mois que la Suisse était un pays de cocagne, mais seulement pour certains, suivez mon regard. Ils s'y vautrent aussi confortablement, pardonnez-moi l'image, que des vers dans un fruit. L'image est choquante? Peut-être. Mais l'est-elle parce qu'elle est laide, ou parce qu'elle est vraie?