11 mai 2018

Quand les journalistes appellent à la pénalisation du discours

Dans son éditorial de la Tribune de Genève, Sophie Simon, journaliste Rubrique Genève, rebondit sur la polémique liée aux propos homophobes tenus par l'ancien député PLR René Desbaillets à l'encontre de Thierry Apothéloz sur Facebook.

Facebook_smartphone_application_market_medium.jpgPour ceux qui ignoreraient encore cette histoire gonflée aux amphétamines, elle fut évoquée dans plusieurs quotidiens et même dans un sujet du 19:30 de mardi, au sein d'une actualité pourtant autrement plus chargée. Elle se résume en trois messages postés sur Facebook:

Acte I: "De tout cœur avec toi Luc! Genève préfère les beaux parleurs et les homos. Lamentable!"

Acte II: "Homos est un terme général, mais on y trouve malheureusement un grand nombre de pédophiles."

Acte III: "Hier en commentant les résultats des élections [au Conseil d'État genevois] j'ai eu sur FB des propos inacceptables à l'égard du Conseiller d'État élu hier. Je regrette ceux-ci et lui présente mes excuses ainsi qu'à toutes les personnes que j'ai pu choquer."

Et c'est tout.

D'aucuns dissèquent ces messages en pensant établir le degré de sincérité (ou de sobriété) de M. Desbaillets en rédigeant chacun, ou supputent que le vigneron aurait été sensibles à des appels lancés au boycott de sa production et aurait alors cherché à calmer le jeu.

Thierry-apotheloz-2015.jpgOn pourrait contempler cette "affaire" comme un témoignage de la vacuité des discussions sur Facebook ou de la capacité de nos contemporains de s'indigner de tout et n'importe quoi, mais prenons le parti de nos médias et supposons que nous assistons réellement à quelque chose d'important. L'agresseur est un ancien député et la victime un Conseiller d'État fraîchement élu ; cela suffit apparemment pour en faire un symbole.

Mme Simon s'estime "rassurée" par la condamnation quasi unanime des propos de l'ancien député PLR - on ne se sent bien qu'au milieu du troupeau - et évoque ensuite l'homosexualité de M. Apothéloz en illustrant l'ambiguïté de l'élu qui, "s’il ne cache pas son orientation sexuelle, n’est pas dans l’affichage". Quelle formule alambiquée!

En réalité, et c'est aussi d'ailleurs ainsi que l'affaire est dépeinte par la RTS, M. Apothéloz a bel et bien fait campagne en mettant l'accent sur son homosexualité, comme le font d'ailleurs régulièrement d'autres politiciens, surtout en Suisse alémanique. On pourrait se plaindre que ce genre de détail n'a rien à faire en politique, mais les candidats choisissent librement les aspects de leur personnalité qu'ils décident de présenter. La faute consiste à invoquer ensuite la vie privée:

Nombre de magistrats cantonaux en Suisse ont tu leur préférence sexuelle jusqu’à maintenant. (...) . La sexualité d’un élu ne concerne personne, sauf si elle contredit son discours ou si elle viole la loi.


La sexualité d'un élu ne concerne personne, sauf s'il en fait un étendard. De nombreux aspects d'une personnalité publique peuvent être connus du grand public, et le sont si elle les met en avant. Mais alors, se plaindre d'éventuelles critiques en retour est parfaitement puéril. Si on décide de monter sur un ring armé de certaines valeurs, il faut accepter de prendre des coups au nom de celles-ci.

Plus inquiétant ensuite, la journaliste Rubrique Genève s'immisce sur le terrain politique:

L’appel au boycott des vins Desbaillets est lancé par un Vert. Ce parti ferait bien de balayer devant sa porte. Il a présenté deux candidates au Grand Conseil opposées à l’initiative pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés.

L’enjeu est maintenant fédéral. Les normes pénales contre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle se font attendre. Après leur approbation en commission du National, il faut espérer qu’elles soient adoptées avant le prochain dérapage.


L'appel à la cohérence chez les Verts est étonnant: apparemment, la journaliste ne distingue pas une prise de position face à des insultes contre un élu d'une prise de position politique sur l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés. Pour elle, les deux se valent. Autrement dit, si on n'apprécie pas qu'un élu homosexuel se fasse malmener sur Facebook, on doit militer pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés!

Mais le plus grave est évidemment dans la conclusion, un appel du pied sans nuance à légiférer sur la liberté d'expression, une marotte sortie avec beaucoup trop de régularité pour ne pas soulever quelques soupçons. De puissantes forces sont à la manœuvre. On se moque du politiquement correct mais on en réclame encore quelques louches.

Le texte de Sophie Simon est assez court ; il aurait manqué quelques paragraphes sur la nécessaire définition de l'homophobie - sauf à prétendre qu'un homosexuel n'est pas critiquable en quoi que ce soit, ce qui en ferait un Übermensch légal - et la pesée d'intérêt entre cette nouvelle entorse à la liberté d'expression et l'information du public, un concept dont on aurait pu penser qu'il avait quelque importance pour des journalistes.

Mais ça, c'était il y a bien longtemps.

09 mai 2018

Le traité iranien passe à la trappe

Trump rejette le pseudo traité de non-prolifération négocié avec l'Iran sous l'ère Obama, et l'Histoire s'écrit.

À quoi joue Trump ?, Le bulldozer Trump biffe l'accord iranien, Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs, Donald Trump n'a pas de plan B, Et pourtant les généraux soutenaient l'accord sur le nucléaire iranien... Voilà quelques-uns des titres des articles de presse du lendemain du 8 mai, tous sortis du même tonneau. La même antienne servie par toutes les chancelleries, tous les ministres des affaires étrangères, tous les Premiers Ministres, tous les Présidents.

À les entendre, et il est difficile d'entendre autre chose tant leur voix écrase les autres, Trump est irrationnel, fou, imprévisible, et sa décision l'est tout autant. Mais il y a d'autres explications possibles, par exemple qu'ils mentent ou se trompent. Je penche pour cette approche, pour des raisons expliquées récemment.

Ils omettent par exemple de dire que le Traité de non-prolifération signé avec l'Iran en 2015 est tout sauf un traité de non-prolifération. En "échange" de la levée des sanctions internationales, l'Iran a obtenu:

  • Le droit de faire progresser la technologie de ses missiles balistiques, vecteurs indispensables pour projeter l'arme atomique à distance et menacer ainsi toutes les contrées à portée de tir, d'Israël aux États-Unis en passant par l'Arabie Saoudite et l'Europe ;
     
  • Le droit d'enrichir le minerai d'uranium sur son sol, ce qui est strictement interdit par le Traité international de Non-Prolifération nucléaire dont l'Iran était signataire avant que sa violation manifeste ne soit prouvée au grand jour ; [rappelons que les pays souhaitant disposer de nucléaire civil peuvent faire enrichir gratuitement du minerai d'uranium auprès des puissances nucléaires existantes]
     
  • Le droit de moderniser son parc de centrifugeuse, le traité limitant leur nombre mais pas leur puissance, permettant de décupler les capacités de production de matière fissile du pays tout en respectant le texte à la lettre ;
     
  • Le droit d'obtenir l'arme atomique officiellement en 2025, à l'épuisement du traité.

Difficile de parler de non-prolifération sans éclater de rire, si le sujet n'était si grave. Mais tous ces cadeaux obtenus sans contrepartie ne suffisaient pas encore aux mollahs. Il fallut l'intervention commando du Mossad en plein territoire iranien pour ramener les preuves que l'Iran continuait encore et malgré tout à enrichir de la matière fissile en vue d'un usage militaire, pendant les négociations et après la signature du traité. L'Iran n'a jamais, à aucun moment, considéré le texte diplomatique comme autre chose qu'une diversion.

L'Iran pourrait reprendre l'enrichissement, s'inquiètent aujourd'hui des éditorialistes. Leur inquiétude devrait plutôt venir de ce que l'Iran ne l'a jamais cessé.

Trump n'appartient pas à la sphère des politiciens professionnels de Washington. Il résista à l'incitation internationale lancée par les héritiers de Chamberlain, M. Macron et Mme Merkel. Il résista à la pression de ses rivaux politiques, des médias, des doctes analystes. Il resta sourd aux "bons conseils" de membres de sa propre équipe comme Rex Tillerson ou le général Flynn. Pourtant, les Républicains faisaient parfois preuve de plus de courage, en paroles en tout cas.

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Trump annonce qu'il sort les États-Unis du traité avec l'Iran (image: capture d'écran vidéo)

Armé de son bon sens et d'une transparence qui l'amena à aborder le sujet dès la campagne électorale, Trump annonça qu'il retirerait les États-Unis du traité signé avec l'Iran. Les seuls qui voient quelque chose d'imprévisible dans cette affaire sont nos médias, aveuglés par leur haine anti-Trump.

Les Européens gesticulent en affirmant qu'ils veulent "sauver" le traité. Ils n'ont rien compris. Les États-Unis ont tué le traité. Trump réinstalle unilatéralement les sanctions économiques américaines avec l'Iran. Trump ne peut pas empêcher quiconque de commercer avec l'Iran ; mais il peut empêcher ceux qui commercent avec l'Iran de commercer avec les États-Unis. Les vendeurs d'Airbus, de voitures, de téléphones portables et de matériel à usage potentiellement militaire vont devoir faire des choix. Commercer avec Téhéran, ou avec les États-Unis? Les deux seront exclusifs. Plus possible, comme aiment tant à le faire les Européens, de manger à tous les râteliers.

De la même façon, Trump n'est pas tombé dans le piège d'une "réforme" du traité. Celle-ci aurait volontairement traîné en longueur sur des années, largement plus qu'il n'en faut pour que l'Iran ne termine sa bombe. L'annonce surprise de sa décision le 8 mai - alors qu'il avait laissé entendre à plusieurs reprises qu'il se déciderai vraisemblablement le 12 - participe de cette stratégie de déstabilisation de l'adversaire. Selon certains analystes et les sous-entendus de responsables iraniens eux-mêmes, l'Iran pourrait n'être qu'à quelques semaines de l'assemblage d'une bombe nucléaire. À ce stade, chaque minute gagnée compte. Gageons que les satellites espion et les agents infiltrés sont sur la brèche, scrutant la réaction iranienne dans ses moindres détails.

L'avenir est toujours incertain face aux islamistes iraniens et à leurs rêves apocalyptiques. Une guerre reste possible. Mais en agissant comme il vient de le faire, Trump diminue le risque que cette guerre soit nucléaire.

03 mai 2018

Les mensonges de l'Iran dévoilés

Le régime iranien lança avant l'an 2000 un programme nucléaire militaire secret. C'est un fait avéré et documenté. En 2003, alors que les soldats de la coalition menée par les États-Unis envahissaient l'Irak pour mettre à bas le régime de Saddam Hussein, les mollahs iraniens prirent peur et gelèrent immédiatement le programme - l'Amérique était trop proche. C'est un fait avéré et documenté. En 2008, alors que le Messie Obama entra à la Maison Blanche, les mêmes mollahs purent soupirer de soulagement et relancer le programme: la menace que faisaient peser George W. Bush et les faucons républicains s'était éloignée. L'Amérique était désormais conduite par un ami des musulmans - un individu né d'un père musulman, qui effectua une partie de sa scolarité dans une classe coranique, et qui prit de nombreuses positions pro-musulmanes au cours de sa carrière. Ce sont des faits avérés, documentés.

Ils furent tant et plus avérés et documentés que, devant le vague danger de quelques millions de personnes directement consumées par le feu nucléaire lancé par le régime fou et millénariste comme celui des mollahs d'Iran, les puissances de ce monde lancèrent les "négociations" pour donner l'illusion de faire quelque chose. Comme le négociateur en chef du Monde Libre s'appelait alors Barack Obama, il y avait peu de chances que cela débouche sur quelque chose de concret. Et c'est ainsi qu'après d'interminables palabres et autant de dîner de galas et de petits fours, la montagne diplomatique accoucha du fameux traité en 2015 - un traité qui repoussait juste de... dix ans l'obtention légale de la bombe atomique par l'Iran.

En Occident, il faut être un grand naïf pour gober ne serait-ce qu'une minute la fable du nucléaire civil iranien, de l'efficacité des sanctions, de la solution que représente le fameux traité entre l'Iran et les 5+1 (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) pour empêcher l'Iran de construire la bombe. Au sein des sociétés occidentales biberonnées à la propagande officielle, mélange de minimisation et de mensonges apaisants pour éviter toute panique improductive, de tels individus existent. Toute population contient une proportion irréductible de crédules, en particulier si leur seule source d'information sont ces médias officiels qui leur veulent du bien. Ces zombies se retrouvent dans toutes les strates du pouvoir, mais plus on prend de la hauteur plus ils se font rares.

D'autres sont des adeptes de la realpolitik la plus extrême: qu'importe que l'Iran soit nucléaire si on peut lui vendre des Airbus, des téléphones portables ou des autoroutes. La France est à l'avant-garde de ce courant de pensée, l'Europe la suit, l'Asie trottine derrière. Dans cette catégorie on peut aussi placer la Suisse qui, se pensant abritée par sa neutralité, ne voit dans le dossier que l'occasion de se faire de la pub en faisant venir des gens importants à Genève. Variante russe: "ils sont totalement fous mais ils sont nos alliés, et c'est ce qui compte". Ces gens savent parfaitement que le chemin qu'ils prennent amènera à courte ou moyenne échéance l'arrivée d'un champignon atomique quelque part mais ils s'en lavent les mains - entre-temps, ils se seront fait un maximum d'argent. Les affaires sont les affaires, et lorsque ce qui doit arriver arrivera, eh bien, il sera temps de voir.

Une troisième catégorie, enfin, est la plus cynique de toutes: ce sont des gens qui imaginent avec un appétit non dissimulé quelle sera la cible - vraisemblablement Tel-Aviv. Bien fait pour la gueule de ces sales Israéliens, de ces sales juifs. Les Iraniens, pensent-ils, finiront le travail commencé par le petit moustachu au XXe siècle, et ce sera très bien pour tout le monde. Évidemment, ce n'est pas le genre de chose que l'on dit en bonne société - si on n'est pas complètement sûr de son auditoire - mais on n'en pense pas moins. En petit comité, on lâche parfois une allusion.

Je passe rapidement sur les nombreux éléments allogènes de nos sociétés qui attendent "l'incident nucléaire" avec impatience pour pouvoir faire la fête avec force klaxons et youyous dans les rues, façon but en finale de Coupe du Monde de football.

Au milieu de cet océan de mensonges, une démocratie, Israël, petit morceau d'Occident perdu au milieu d'une marée d'ennemis vivant dans l'obscurantisme, la violence et la haine, tente de survivre.

Netanyahou fait son spectacle...

Les politiciens sont attirés par les projecteurs et les caméras comme les papillons de nuit par la lumière, et Benyamin Netanyahou ne fait pas exception.

Israël doit sa survie à la qualité de ses services de renseignement - les mêmes qui accumulèrent suffisamment de preuves pour que plus personne, pas même Téhéran, ne puisse remettre en question la réalité du programme d'enrichissement militaire du régime. Le Mossad identifia en 2016 un entrepôt lié au programme nucléaire iranien et lança une opération commando en territoire ennemi, visant à rapatrier ce qui pouvait s'y trouver. Citant un quotidien israélien évoquant des informations publiées dans le New York Times:

Un haut responsable israélien, qui a parlé sous couvert de l’anonymat pour évoquer la mission secrète, a déclaré au Times que le Mossad avait découvert l’entrepôt en février 2016 et que le bâtiment était sous surveillance depuis lors.

Les agents sont entrés par effraction dans le bâtiment une nuit de janvier dernier, ont retiré les documents originaux et les ont ramenés clandestinement en Israël la même nuit, selon le journal.

Le président américain Donald Trump a été informé de l’opération par le chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d’une visite à Washington en janvier dernier.

Le haut responsable a déclaré que le retard dans la publication des documents était dû au temps qu’il a fallu pour les analyser, la grande majorité d’entre eux étant en persan.


Que trouvèrent-ils? Juste un ensemble hallucinant d'archives sur le programme nucléaire militaire des mollahs, que le régime iranien avait placé là en pensant que la discrétion suffirait à les protéger, et que le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou présenta en début de semaine avec une mise en scène étudiée.

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Benyamin Netanyahou se donne en spectacle devant la capture de renseignements par le Mossad.
(Crédit : Bureau du Premier ministre)

Cherchant à maximiser l'impact médiatique de la découverte, le Premier Ministre présenta l'archive de documents iraniens révélant que Téhéran a œuvré à développer un arsenal d’armes nucléaires, menti à la communauté internationale à ce sujet, et pris les mesures nécessaires pour que le pays puisse travailler à l'élaboration de sa bombe dans le cadre du pacte de 2015.

Lors d’une présentation brève mais dévastatrice depuis le siège du ministère de la Défense de Tel-Aviv, Netanyahu a dévoilé ce qu’il a qualifié de l’une des plus grandes réussites des services du renseignement israéliens : mettre la main sur des documents rédigés par l’Iran et consacrés à son propre programme sur les armes nucléaires, à savoir 55'000 pages auxquelles sont venus s’ajouter encore 55'000 documents sur CD, a-t-il expliqué. Ces archives retracent fidèlement les progrès réalisés par le programme global de construction d’armes nucléaires de la république islamique, qui porte le nom de projet Amad, a-t-il noté – s’exprimant en anglais, pour un retentissement maximal à l’international. Et en obtenant ces fichiers, a-t-il déclaré, Israël est dorénavant en mesure de prouver de manière irréfutable que les leaders iraniens ont menti « éhontément » au monde et que l’accord de 2015 est fondé sur une « duperie ».

 
Les faits sont précis, documentés, disponibles, indiscutables. L'Iran n'a que sa mauvaise foi pour répliquer.

...Et personne n'applaudit.

Rien ne se passe, rien ne se passera, et rien ne pouvait se passer ; avant même la présentation de Netanyahou, chacun devait s'en douter, à commencer par le principal intéressé. Le grand public - divisé en naïfs, affairistes cyniques et antisémites, comme expliqué plus haut - est généralement insensible à de nouvelles informations ; l'indignation est réservée aux causes que les médias officiels ont décrétées importantes. La vie de quelques millions d'innocents menacés par le feu nucléaire n'en fait pas partie. Rien que de plus normal: ce ne sont que des juifs. Au pire se laisse-t-on surprendre par quelque sympathie pour les millions d'Iraniens qui seraient vitrifiés à leur tour lors d'une riposte.

D'autres tenteront faiblement de se faire l'écho de la propagande iranienne et de clamer que tout cela n'est qu'un tissu de mensonge, tentant éventuellement un parallèle hasardeux avec la déclaration de Colin Powell aux Nations-Unies avant la seconde guerre d'Irak en 2003. Nous appellerons cette sous-catégorie les "fidèles de Meyssan", selon un affairiste dont le nom se perd dans les brumes du temps. "Meyssianistes", peut-être?

Le manque de sincérité des dénégations face aux preuves apportées par les Israéliens n'a pas d'importance, parce que la vérité n'en a pas dans ce dossier. Il est probable, sinon certain, que les 5+1 négociant avec l'Iran pour soi-disant l'empêcher de construire la bombe savaient parfaitement qu'ils avaient en face d'eux un interlocuteur plein de duplicité et indigne de confiance. Mais ils étaient prêts à s'en accommoder. Alors, comme tout bon politicien, ils firent ce qu'ils font à chaque fois en pareil cas: ils baissèrent drastiquement leurs exigences jusqu'à ce qu'il n'en reste quasiment plus rien, mais encore assez pour proclamer un "succès" et le fêter, tout sourire, face aux objectifs des journalistes.

Aujourd'hui, les chancelleries s'agitent mais toutes les déclarations vont dans le même sens: "On ne va pas en faire un fromage". Même Netanyahou, relèvent les observateurs, s'est abstenu d'exiger quoi que ce soit. Des analystes estiment que c'est un aveu de la faiblesse de ses nouvelles preuves. D'autres, dont je fais partie, pensent que c'est pour s'éviter l'humiliation d'une fin de non-recevoir par ses "alliés" occidentaux, pour lesquels la perspective d'un Iran nucléaire a bien moins d'importance que la tranquillité de leurs prochaines excursions diplomatiques.

La seule inconnue - et le seul espoir pour Israël de ne pas avoir à agir seul - vient des États-Unis, où Trump occupe la Maison Blanche, et se montre depuis très longtemps le premier Président américain sincèrement intéressé par le destin d'Israël (autrement que lorsqu'il faut récupérer les voix des juifs américains). Trump met en doute la ratification du pseudo-traité de non-prolifération et entend y donner une réponse le 12 mai.

Malgré son nom, le traité actuel garantit à l'Iran l'accès légal à la production d'armes nucléaires à terme - une filière totale, allant du yellow cake à l'ogive nucléaire soigneusement placés sur un missile longue-portée. La non-ratification du traité ouvre une période d'incertitude qui pourrait elle aussi déboucher sur un Iran nucléaire, ou sur une guerre. Mais elle ouvre aussi la mince perspective d'un nouvel accord, réellement contraignant cette fois-ci, empêchant pour de bon les mollahs de concrétiser leurs délires de fin du monde.

Le chemin est étroit mais il existe.

28 avril 2018

James Comey se met à table

Le journalisme n'est pas mort, mais il faut aller le chercher sur Fox News.

usa,donald trump,médias,espionnageJeudi soir, le présentateur de la chaîne Bret Baier interviewait un invité de marque - James Comey, ancien directeur du FBI débarqué par Trump, actuellement en tournée de promotion pour son livre A Higher Loyalty - Truth, lies and leadership. Dans cet ouvrage, Comey étrille Trump en mêlant opinions personnelles et anecdotes de rencontres avec le Président des États-Unis. Sachant depuis combien de temps le torchon brûle entre les deux hommes, on n'attendait évidemment pas que Comey dise du bien de son ex-patron.

C'est sans doute la possibilité de doper encore davantage les ventes de son livre qui amena James Comey à accepter de se rendre sur le plateau de la chaîne, une des seules sinon la seule du panel à oser défendre Donald Trump. Il s'imaginait sans peine passer un mauvais quart d'heure, mais que ce passage en vaudrait malgré tout la peine face à un public de lecteurs potentiels.

Mal lui en prit.

Bret Baier est un journaliste de la vieille école, qui mouille sa chemise sur ses dossiers (pendant ses cinq ans comme correspondant de la chaîne au Pentagone pour la chaîne, il se rendit onze fois en Afghanistan et treize fois en Irak). Il n'allait pas laisser son temps d'antenne avec Comey devenir une séquence d'autopromotion sans intérêt. Ayant l'occasion rare d'avoir l'ex-directeur du FBI en face de lui et en direct, il lui posa lors d'un face-à-face mémorable les questions que le grand public américain se pose depuis si longtemps sur sa gestion des affaires alors qu'il était aux commandes. Et ses réponses stupéfièrent les observateurs.

La relation entre Peter Strzok, l'agent de contre-espionnage anti-Trump profondément impliqué dans les enquêtes Clinton et Trump avec l'avocate du FBI, Lisa Page, les deux tourtereaux discutant sans vergogne de la façon dont il faudrait "se débarrasser" de Trump et le plan en cours au sein du FBI pour y parvenir?

Je peux vous dire ceci: quand j'ai vu les textes, j'ai été profondément déçu par eux. Mais je n'ai jamais vu de partialité, ni de reflet d'animosité d'aucune sorte envers qui que ce soit, y compris moi. Je suis sûr qu'on me casse du sucre sur le dos dans ces textes. Je ne vais pas tous les lire.


Comey explique ensuite que s'il avait été conscient du niveau de haine éprouvé par Strzok et Page pour Trump, il les aurait tous deux "retiré comme contact de toute enquête significative en cours". Donc l'ex-directeur du FBI affirme que les deux agents faisaient bien preuve de partialité, mais que le produit de leur travail d'enquête reste valide... Magnifique.

Quand on aborde la question des "mémos fuités" aux médias - ceux-là même qui ont servi à justifier le lancement de l'enquête par le procureur spécial Mueller - Comey admet qu'il est à l'origine de la fuite. Il transmit ces sept mémos à Dan Richman, professeur de droit à l'Université de Columbia, avec instruction de les envoyer aux médias ; et en outre d'autres personnes de son "équipe légale", David Kelly et le précédent Procureur des États-Unis Patrick Fitzgerald.

"Je ne considère pas [ces mémos] comme des fichiers du FBI... C'était plus des aide-mémoires personnels", explique-t-il. À ceci près que deux d'entre eux étaient de niveau "confidentiel" et deux de niveau "secret". L'ex-directeur Comey avoua donc encore une fois un crime fédéral, à l'antenne et en direct. Il estima aussi qu'il était en droit de garder sous silence le nom de Dan Richman et le fait qu'il ait été un ancien agent du FBI lors de son témoignage devant le Congrès, parce que selon lui ces détails n'étaient pas "pertinents". Les parlementaires apprécieront.

Vint enfin le sujet du dossier Steele, selon le nom de la barbouze qui en est à l'origine, le faux dossier monté de toute pièce et fourni au FBI comme "preuve" des moyens de pression que la Russie aurait possédé sur Trump. Le document servit de prétexte à de nombreuses manœuvres judiciaires comme la mise sur écoute d'une bonne partie de l'équipe de campagne du candidat républicain. On sait depuis un certain temps déjà, preuves à l'appui, que ce faux dossier a été payé par l'équipe de campagne d'Hillary Clinton et par les instances dirigeantes du Parti démocrate ; mais Comey s'accroche à un mensonge périmé en prétendant qu'il n'en est rien, qu'il ne sait pas voire qu'il vient des Républicains, quitte à se faire reprendre par le présentateur:

- Quand avez-vous appris que la campagne Clinton et le Comité National Démocrate ont payé pour le travail de Christopher Steele? demande Baier.
- Je ne considère pas ça comme un fait, répond Comey.
- Que voulez-vous dire?
- Je ne l'ai vu que dans les médias [NdA: notoirement pro-Trump comme chacun sait...], je n'ai jamais su exactement ce que les Démocrates ont financé. J'ai su qu'il a d'abord été payé par les Républicains.


Baier corrige rapidement Comey, notant que si des sites web conservateurs avaient effectivement fini par disposer du dossier, ils ne payèrent pas pour le dossier Steele, ajoutant que "celui-ci fut lancé par les Démocrates."

Le Directeur du FBI en exercice au moment des faits, donc un des hommes les mieux informés des États-Unis, prétend qu'il ne connaissait pas le nom de Steele, qu'il ne savait pas que Steele avait menti au FBI et en avait été écarté pour cela, qu'il ne savait pas qui avait payé pour élaborer ce faux dossier, qu'il ne savait pas qui l'avait fait fuiter auprès des médias. Cela commence à faire beaucoup pour un seul homme. Peut-être qu'il ne tenait pas vraiment à connaître tous ces détails?

Vendredi matin, outré parce ce qu'il avait vu, Trump explosa Comey dans un nouveau tweet:

Est-ce que quelqu'un arrive à croire ce qui arrive. James Comey ne peut pas définir ce qu'est une fuite. Il a illégalement laissé fuiter de l'INFORMATION CLASSIFIÉE mais ne comprend pas ce qu'il a fait ni la gravité de son acte. Il a menti de tous les côtés pour se couvrir. Il est soit très malade soit très stupide.


En regard à ce que les États-Unis sont devenus aujourd'hui, il n'est même pas impensable que Comey se tire de tous ces crimes sans la moindre conséquence judiciaire. La rupture n'en est que plus forte avec la population américaine, qui rumine furieusement en constatant à quel point les élites de Washington se soustraient ouvertement aux lois qui s'imposent à eux.

09 mars 2018

L'inexorable montée des populismes

Le 4 mars, pendant que le peuple suisse exprimait dans les urnes son amour pour la redevance obligatoire, l'Italie votait elle aussi, pour des élections législatives, et les résultats confirment qu'un changement est en train d'avoir lieu à l'échelle de l'Europe.

L'Italie ingouvernable, bientôt infréquentable

Les journalistes n'en finissaient pas d'ironiser sur le énième retour politique de leur bête noire, Silvio Berlusconi, oubliant le reste. Les résultats sont sous toit: la coalition de droite entre la Ligue de Matteo Salvini, Forza Italia de Silvio Berlusconi et Fratelli d’Italia, arrive en tête avec 37% des suffrages, suivie du Mouvement Cinq Étoiles avec 32,6% des voix.

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Bien entendu, plusieurs leaders politiques proclament la victoire. Le Mouvement Cinq Étoiles revendique le droit de gouverner, ayant réuni le plus de voix sur son seul nom. En face, un accord de coalition lie la Ligue et Forza Italia ; selon cet accord, le prochain chef de gouvernement doit revenir au parti arrivé en tête, et cela pourrait donc être Matteo Salvini.

Aucun bloc ne pouvant obtenir seul une majorité stable, des tractations auront lieu pendant de longs mois pour parvenir à établir une majorité - ou échouer, provoquant de nouvelles élections. Mais pour les élites, il y a un autre problème, autrement plus urgent.

Le gouvernement de Matteo Renzi sort lessivé de ces élections. Crédité d'un score de 40% aux élections européennes de 2014, son Parti Démocrate tombe à 19% des voix - moins de la moitié de son influence précédente. Peu empressé de livrer un combat difficile pour remonter la pente, le "brillant technocrate" Renzi a jeté l'éponge. Il a d'ores et déjà prévu de quitter l'exécutif et de se contenter désormais d'un siège de sénateur. Il ne participera pas à la formation d'un nouveau gouvernement. "Le peuple italien nous a demandé d’être dans l’opposition et c’est là que nous irons. Nous ne formerons jamais un gouvernement avec des forces antisystème", explique-t-il. Car il n'a pas d'autre choix.

Tant le M5S que la Ligue appartiennent à cette catégorie fourre-tout - populiste, démagogique, antisystème et tutti quanti. Même si l'affrontement entre ces deux mouvements doit durer, l'un ou l'autre finira fatalement par l'emporter.

Cela signifie qu'à terme, l'Italie sera gouvernée par un parti populiste. Aujourd'hui, on ne sait juste pas lequel.

La vague

En Italie, plus de 50% des votes exprimés ont été captés par un parti présenté comme populiste, mais l'Italie est loin de faire cavalier seul. Suivant le Brexit au Royaume-Uni et l'élection de Donald Trump aux USA, les électeurs semblent être de moins en moins dociles face aux directives aimablement transmises par la classe politico-médiatique.

La Grèce, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Serbie ou la Bulgarie sont actuellement gouvernées par des partis dits populistes. La Norvège, la Suisse, l'Autriche ou la Lituanie sont gouvernées par des coalitions politiques comprenant des partis dits populistes.

Même les autres pays ne sont pas épargnés. En France, Marine Le Pen arriva le plus confortablement du monde au second tour de l'élection présidentielle, comme si cela relevait de l'ordre des choses, alors que la présence de son père dans la même situation quinze ans plus tôt était présentée comme une sorte de traumatisme national. Même si elle échoua, la volonté de renouveau de la population française était indiscutable ; l'élection présidentielle et les élections législatives qui suivirent octroyèrent les pleins pouvoirs à un individu parfaitement inconnu du grand public cinq ans plus tôt. Les Socialistes et les Républicains, les deux pôles qui dominaient la vie politique française depuis un demi-siècle, sortirent laminés de l'épreuve.

En Allemagne, la CDU/CSU de Merkel arriva péniblement en tête lors des dernières élections, qui virent le parti "populiste" AfD faire une percée. La situation est telle que seule une alliance entre la gauche et la droite traditionnelles semble en mesure de permettre à la Chancelière d'exercer un dernier mandat.

En 2000 en Europe, les partis dits populistes réunissaient 8,5% des votes en moyenne ; en 2017, donc sans tenir compte des élections depuis le début de l'année, ils en réunissent 24,1%.

Difficile de ne pas y voir un changement profond dans la façon de faire de la politique sur le Vieux Continent.

Quand les mots-clés ne fonctionnent plus

"Avez-vous peur du populisme?" demandent les journalistes, tentant d'instiller leurs fantasmes dans la population. Le rêve des médias est d'installer la peur sur demande - un réflexe pavlovien qui permettrait de guider les consciences dans le bon sens, tuant la réflexion par des réactions ataviques. Untel est "méchant", untel autre est "dangereux", ayez peur, ayez très peur! Et ensuite votez pour X ou Y, des bons candidats, des candidats rassurants, doués, ouverts, progressistes, dans l'air du temps.

Malheureusement, la population n'est plus dupe de ces manœuvres, ou plutôt, elle y a été tellement exposée que, de guerre lasse, elle y est devenue insensible. Peu de termes sont aussi galvaudés que le populisme, par exemple, ou avant lui le fascisme, le nationalisme ou, condamnation tous azimuts par excellence, "l'extrémisme" - chacun de ces termes étant fourni au grand public en prêt-à-penser, sans la moindre démonstration.

Les réflexes conditionnés se retrouvent aussi dans les médias, amenant à des situations absurdes. Ainsi les journalistes n'hésitent pas à comparer Matteo Salvini à Mussolini (nous sommes en Italie, ça nous change de Hitler) et donc au fascisme, alors que M. Salvini prônait encore il y a peu un maximum d'autonomie pour le Nord de l'Italie, comme le fondateur de son parti Umberto Bossi.

Présenter une posture régionaliste comme le symbole d'un attachement à un État fort, il fallait oser, les éditorialistes l'ont fait!

Dessine-moi un populiste

Les anathèmes lancés au nom du populisme sont absurdes, en particulier dans des régimes démocratiques. Toutes les formations politiques doivent convaincre le plus grand nombre pour accéder au pouvoir, et cette séduction - que certains qualifient de populisme seulement pour mieux la dénigrer - manque souvent de finesse. Les écologistes chantent la nostalgie d'une nature perdue alors que l'air et l'eau sont plus propres qu'il y a cinquante ans. Les socialistes attisent la haine du riche, simplement parce que la jalousie et la convoitise sont de puissants moteurs de la passion humaine. Et ainsi de suite. Mais, comme de bien entendu, seuls les autres sont populistes.

À la base, le populisme n'est rien d'autre qu'un terme péjoratif employé au lieu de "populaire", pour discréditer d'emblée toute demande émanant du peuple. Cela permet de n'attacher aucune attention à ces revendications : il ne s'agit là que de "bruits", de "remugles", émanant du tréfonds des caniveaux et des égouts. Hélas, ces bruits émanent moins de la rue que de gens "jetés à la rue", une population qui n'en peut plus de vivre dans la crasse, l'impolitesse, la précarité, l'insécurité et le vandalisme, tout en endurant le mépris des puissants et le bon accueil réservé à de nouveaux arrivants d'autant plus choyés qu'ils sont paresseux et revendicatifs.

Quitte à admettre que le populisme corresponde à une certaine idéologie politique, on peut en tracer un vague contour, comme tentent de le faire certains politologues. Les mouvements populistes se démarqueraient donc de partis habituels par:

  • une remise en question de la classe politique traditionnelle ;
  • une opposition contre les institutions financières, en particulier les instances financières internationales ;
  • un rejet de l'immigration de masse et la volonté de retrouver des frontières ;
  • la volonté de rendre à la politique nationale son pouvoir de décision face à des élites supranationales technocratiques, irresponsables et non élues.

Marinejpg.jpgOn peut discuter longuement de ces thèmes, qui sont d'ailleurs rarement réunis au sein d'un seul parti ; mais rien de tout cela n'est véritablement effrayant, sauf pour ceux qui ne tolèrent pas la moindre remise en question du statu-quo. L'évolution est d'ailleurs remarquable entre les partis "anti-austérité" (M5S en Italie, Front de Gauche en France, Syriza en Grèce) qui eurent le vent en poupe lors de la crise de la dette publique commencée il y a dix ans, tandis qu'aujourd'hui le populisme se décline davantage dans une posture souverainiste et opposée à l'immigration illégale et déferlante qui a court en Europe depuis la "brillante" stratégie immigrationniste de Mme Merkel.

Les populistes ne seraient pas "crédibles", mais leurs adversaires le sont-ils?

Les anti-populistes ont longtemps considéré les populistes comme des trublions nuisibles mais sans conséquences. Ils les pensaient à jamais éloignés du pouvoir grâce au discours méprisant tenu à leur encontre, et par des stratégies d'alliance garantissant le succès de la caste politique traditionnelle.

L'ancienne division gauche-droite s'est peu à peu muée en nouvelle répartition des forces, les "populistes" d'un côté et "l'oligarchie" de l'autre. En France, le dernier bulletin de vote du premier tour de l'élection présidentielle venait à peine d'être dépouillé que déjà les vaincus hurlaient ensemble leur amour pour Macron. En Allemagne, le SPD et la CSU s'accordent péniblement à mettre en place une nouvelle "GroKo" que chacun avait juré, la main sur le cœur, de ne plus jamais reconduire. L'amour du pouvoir l'emporte visiblement sur les convictions.

Il s'agit sans doute du principal grief formulé à l'encontre des partis traditionnels. L'affairisme se conjugue au mépris de la démocratie, et les seules voix qui méritent d'être entendues sont celles qui viennent de castes encore supérieures, Union Européenne, ONU ou milliardaires engagés.

Le populisme inquiète les élites, mais depuis quarante ans l'immigration incontrôlée, le terrorisme intellectuel des bien-pensants, le sabotage systématique de valeurs traditionnelles ou l'aveuglement face à l'islam conquérant sont directement de leur fait, et nourrissent le populisme. Pour lutter contre lui, toutes les options sont sur la table hormis, apparemment, la moindre remise en question.

Les populistes ne sont pas exempts de critiques, bien entendu. Leurs objectifs peuvent être complètement utopiques, ils n'ont pas l'expérience de la politique, et certains sont aussi opportunistes et cyniques que ceux qu'ils combattent. Mais de quelles excuses les oligarques peuvent-ils se prévaloir de leur côté? Ils maîtrisent les moindres rouages du système, disposent de tous les leviers du pouvoir, prétendent agir de façon intelligente et responsable... Et passent leur temps à prendre des décisions ubuesques sur des sujets parfaitement secondaires, de Uber à la durée de vie des téléphones portables. Apparemment tout est plus important que les hordes de migrants qui errent dans les centres-villes de toute l'Europe.

Le futur sera populiste ou ne sera pas... Démocratique

Ce n'est pas la montée des populismes qui est inquiétante, mais le silence des élites, des bien-pensants, des politiques, de la médiasphère moraliste. Tous refusent d'entendre ce que disent les peuples, parce que ce que les peuples disent leur déplaît.

Tout cela ne peut pas bien se terminer.

"Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple" ironisait Bertolt Brecht, mais ces paroles semblent avoir été prises au pied de la lettre par toutes les élites du continent depuis la déferlante migratoire de 2015.

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De fantasme délirant, le Grand Remplacement est devenu un programme politique appliqué avec assiduité et plaidé ouvertement par les plus hauts responsables politiques, comme le dernier Président de l'Assemblée générale des Nations unies António Guterres.

C'est une stratégie nouvelle pour lutter contre une opinion contraire: plutôt que de l'interdire ou de lui opposer des arguments convaincants, on la dissout.

La Suisse, monument à la gloire de l'immobilisme, suit le mouvement mais avec sa proverbiale lenteur. Le décalage de la population locale est donc de plus en plus grand avec les pays limitrophes. Les Italiens de Suisse - qui ont naturellement voté en masse pour le gauchiste Matteo Renzi, comme d'habitude - ne comprennent plus ce qui se passe dans la péninsule. Mais c'est parce qu'ils n'y vivent plus.

La procrastination, l'incompétence et la paresse de la classe politique sont des luxes que la plupart des pays européens ne peuvent plus se permettre. Leur population déboussolée ne sait plus à quel saint se vouer, mais cherche la rupture plus que l'alternance. Le populisme devient le baromètre d'une situation où l'urgence l'emporte de plus en plus crûment sur les délires utopistes. Aux partis politiques de le comprendre et de s'adapter avec des propositions concrètes, ou de disparaître.

05 mars 2018

Piètre 4 mars

Les sourires étaient encore plus larges que d'habitude sur les plateaux de télévision ce 4 mars, avec le rejet très net de l'initiative "No Billag". Mais ce qui était le point d'orgue du week-end ne doit pas cacher les autres sujets soumis au vote populaire.

No Billag (abordée ici): l'initiative terrorisait l'establishment médiatico-politique, et fut donc l'objet d'une campagne tellement unilatérale qu'elle en fut presque parodique. Malgré les efforts de nombreux acteurs - essentiellement sur Internet, comme LesObservateurs.ch, les canaux traditionnels d'information étant entièrement dominés par le camp pro-Billag - les dés furent rapidement jetés, comme le prédisaient les sondages depuis plusieurs semaines. Et sans que les pro-Billag ne relâchent jamais leur garde, signe de leur fébrilité.

votation du 4 mars 2018,médias,socialisme

Comme je l'avais écrit, quitte à perdre, le résultat serait une bonne mesure du degré d'indépendance d'esprit subsistant au sein de citoyens écrasés par une campagne unilatérale menée par des médias juges et parties dans l'affaire. Le résultat en attristera plus d'un, car avec 71,6% de Non, preuve est faite que le matraquage fonctionne parfaitement.

Bien entendu, officiellement on fait preuve de modestie ; on promet qu'on réfléchira aux revenus publicitaires, qu'on repensera certains modèles, voire qu'on réduira la voilure de la régie. Promesses d'ivrogne: avec les résultats de ce dimanche, la SSR a carte blanche pour dépenser de plus belle.

Ironiquement, le vote de ce dimanche démontre de façon limpide la validité de No Billag. Profondément libérale, l'initiative ne demandait rien d'autre que l'abandon du caractère obligatoire du prélèvement de la redevance. 71,6% des citoyens rejetèrent l'idée, manifestant par leur vote leur ravissement à la payer. Or, cette proportion de foyers aurait largement suffi à financer les médias publics.

Autrement dit, si tous ceux qui ont rejeté No Billag payaient seuls la redevance - comme ils le font visiblement avec enthousiasme - il n'y aurait nul besoin de forcer quiconque à payer, et aucun problème de financement pour la SSR!

Nouveau régime financier 2021: sous-marin médiatique de la votation, l'objet visait à reconduire l'Impôt Fédéral Direct et la TVA pour les quinze prochaines années.

N'importe quel libéral authentique aurait voté Non, comme je le fis, mais l'absence de campagne et le soutien unanime de tous les partis envers le texte - ce qui en dit long sur le degré réel de libéralisme au sein de la classe politique - garantissait une approbation massive. Et massive elle fut. 83% des voix approuvèrent la reconduite de ces impôts.  Même Zoug, seul canton à avoir refusé la prolongation en 2004, l'approuva cette fois-ci à plus de 86%. Quel revirement!

L'enthousiasme en matière d'impôts est évidemment une mauvaise surprise, car la légitimité acquise va inciter la classe politique à aller encore plus loin dans cette direction, ce que beaucoup de politiciens n'auraient pas osé avec un résultat plus serré.

Comme l'analyse un des rares partisans du Non dans 24Heures, Fabio Battiato, co-fondateur du Parti Libertarien de Genève,

En acceptant massivement la prolongation de la TVA et de l'IFD, les Suisses adhèrent à un principe «assez peu helvétique», à savoir le fait que «l'Etat grossit et se centralise».


Et pour le reste du camp du Non, on apprend qu'il comprenait "le petit parti libertarien alémanique up!", "des membres de l'UDC, du Parti pirate et des Jeunes libéraux-radicaux." Pas grand-monde au bout du compte. 17% de citoyens libéraux en Suisse, c'est peu, mais une mesure réaliste d'une espèce en voie de disparition.

Trahis par leurs aînés sur No Billag et lâchés sur le Nouveau Régime financier, les jeunes libéraux-radicaux ont passé un bien mauvais week-end. Peut-être commenceront-ils à comprendre que les caciques de leur propre formation politique font partie du problème?



Ce dimanche fut aussi l'occasion de nombreux scrutins cantonaux. Voici une sélection personnelle des résultats.

Vaud, assurance dentaire (abordée ici): l'extrême-gauche vaudoise souriait de toute ses dents pour faire avaler l'idée d'une assurance dentaire pour le Canton - socialisme oblige, une idée tellement géniale qu'elle se devait d'être obligatoire. Comprenant à l'issue d'une campagne efficace qu'ils seraient à nouveau les dindons de la farce d'une LAMal II version dentaire, les Vaudois refusèrent le texte à 57,6% des votants - bien trop peu pour empêcher la gauche de repartir à l'offensive dans quelques années. N'oublions pas qu'elle tient le gouvernement vaudois.

Valais, révision de la constitution: cédant aux sirènes du prétendu "dépoussiérage", les Valaisans lancent une révision totale de leur Constitution. Pour soutenir le Oui, les journalistes se gaussèrent: inimaginable à notre époque, le texte de 1907 mentionnait des indemnités pour le bétail et pas l'égalité homme-femme - ce qui n'avait aucun sens, puisque celle-ci était couverte par un texte de portée supérieure, la Constitution fédérale. Bref, la grande remise à plat s'imposait... Et tant pis pour la charte fondatrice aux racines paysannes et montagnardes d'un canton à l'authenticité marquée.

Ayant assisté au même exercice dans le Canton de Vaud, amené avec les mêmes arguments, je me méfie de ces réécritures à l'emporte-pièce. Ce "toilettage" eut lieu il y a quinze ans en terres vaudoises, introduisant par la bande des innovations comme le droit de vote des étrangers au niveau communal, qui n'auraient sans doute eu aucune chance proposées en votation séparée.

Espérons pour eux que les Valaisans seront un peu plus circonspects sur les travaux de la future Constituante.

Bâle-Campagne, Pas de vote à 16 ans ni pour les étrangers: illustration de la thèse présentée au paragraphe précédent, le demi-canton bâlois rejeta avec des majorités très nettes le droit de vote dès 16 ans (84,5%) et celui des étrangers (81,1%). La gauche à la manœuvre n'aura pas réussi à octroyer le droit de vote à des catégories dont elle espérait qu'elles voteraient massivement pour elle. Mais qui sait, peut-être qu'à la faveur d'une réécriture de la Constitution...