15 décembre 2014

Zurich: les casseurs sont de sortie

"Comment cela est-il possible dans un pays parfait?" demande un internaute face à la déferlante de violence qui a eu lieu à Zurich dans la nuit de vendredi à samedi. Que lui répondre? Que ses prémisses sont peut-être fausses?

zurich_emeutes.jpgLa Suisse n'a rien de parfaite, ni même de calme. La violence la plus bestiale menace sous une surface en apparence apaisée. Malgré la rigueur des nuits de décembre, des centaines de casseurs d'extrême-gauche en ont fait la démonstration au centre de Zurich en dévastant tout sur leur passage:


[La manifestation non-autorisée, comportant quelque 200 manifestants, masqués et armés de barres de fer, de bâtons et de pointeurs laser et pour la plupart issus de la gauche autonome,] a fait non seulement plusieurs centaines de milliers de francs de dégâts matériels, mais des personnes ont aussi été blessées. Selon la police municipale, sept agents ont dû être hospitalisés pour des lésions aux yeux et à l'ouïe. Les émeutiers ont agi dans les 3e et 4e arrondissements de la ville et ont "délibérément attaqué" les forces de l'ordre, écrit samedi 13 décembre la police. (...)

Les manifestants ont également détruit de nombreuses vitrines, pillé des magasins, mis le feu à des voitures et à des conteneurs.(...) Plusieurs véhicules d'intervention ainsi que des locaux de la police ont été sérieusement endommagés. Les manifestants ont également brisé toutes les vitres d'un restaurant bondé, dont les clients apeurés ont dû se réfugier au sous-sol et dans une arrière-salle.


Le Matin semble prendre beaucoup de recul par rapport à la nouvelle: il ne s'en fait l'écho que le lundi suivant, y compris dans sa version électronique, qui n'est pas soumise aux impératifs de délai de la version papier. Il est difficile de ne pas y voir une certaine volonté d'apaisement face aux événements, hypothèse confortée par l'absence de tout éditorial indigné face à la brutalité des casseurs. Imagine-t-on la réaction médiatique si ces brutes avaient arborés une signalétique d'extrême-droite? Seulement, pour trouver trois cent sympathisants d'extrême-droite se livrant à une guérilla urbaine il faut se lever tôt... On a pourtant un aperçu du déferlement de violence exercé par les émeutiers:

Les policiers ont été visés par des jets de pierres et d'engins pyrotechniques. Une torche a été lancée dans une voiture de patrouille et l'équipement d'une policière a pris feu. Elle est heureusement indemne, écrit la police.


La Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) a exprimé sa consternation face à cette "haine aveugle et destructrice" et réclamé qu'une telle agression soit qualifiée de tentative de meurtre. Pour que Mario Cortesi, porte-parole de la police municipale, en vienne à concéder qu'il n'a "jamais vu cela depuis dix ans" on devine que certains paliers ont été franchis.

Que réclamaient les "manifestants"? De "reprendre le contrôle de la rue", selon un communiqué délivré sur Indymedia. "Nous reprenons possession de la rue pour protester contre l’embourgeoisement progressif de la ville et la destruction des projets alternatifs", indiquaient les activistes. En tête du "cortège" des manifestants arboraient ainsi une banderole massive ornée de l'inscription en anglais Reclaim the Streets (reprenons possession des rues).

Difficile de croire à un message destiné au public alors que la manifestation était dès le départ prévue de nuit. Tout dépend de ce que l'on entend par "possession", je suppose. Il faut reconnaître que dans les faits, nos activistes anticapitalistes n'ont pour le moins pas perdu le sens de l'intérêt matériel, comme en témoignent les annonces de dégâts enregistrées à la suite de leurs exactions. Au milieu des vitrines brisées et des voitures incendiées, un bijoutier a ainsi signalé s'être fait voler "pour 100'000 francs de bijoux", sans doute des altermondialistes coquets, et aussi que "neuf automates à billets des transports publics ont été endommagés" - sans doute une odieuse méprise face au vivrensemble communautaire et festif que nous garantissent les transports publics...

Qu'a fait la police? A part prendre des coups et éteindre les vêtements en feu de ses membres, rien. Ou si peu. Les policiers ont dû utiliser des canons à eau. On attend les plaintes des personnes mouillées par grand froid.

Malgré des heures d'affrontement on compte seulement quatre arrestations de suspects âgés de 20 à 36 ans. Deux sont "de Suisse" (sic), un de la Principauté du Liechtenstein et le quatrième du Royaume-Uni, nous expliquent les médias fiers de pouvoir brandir pour l'occasion un échantillon représentatif d'une criminalité de terroir.

Les Zurichois traumatisés par cette nuit de barbarie peuvent dormir tranquille ; plus que 196 émeutiers en liberté dans les rues! La justice prévaudra!

Ne tirons pas à boulets rouges sur la police zurichoise ; elle a certainement ramassé plus que sa part de projectiles lors des dernières nuits. La faiblesse du nombre d'arrestations s'explique peut-être par des ordres venus d'en haut. Zurich est en effet une ville fièrement à gauche, et les édiles de gauche ont souvent beaucoup de compréhension pour l'enthousiasme de leurs petits camarades rebelles, une jeunesse à laquelle ils ont souvent appartenu. Pensons à la façon dont les élus de gauche - dont Mme Savary - s'apposèrent à Berne à la motion de M. Fehr de l'UDC pour interdire les cagoules lors des manifestations!

Comme le fait remarquer un internaute avec ironie, "les Zurichois ont les autorités laxistes qu'ils méritent". Il est vrai que l'embourgeoisement continu de la ville avec des quartiers écolo-compatibles et friches industrielles réaménagées repoussent peu à peu les limites d'une zone de non-droit où s'ébattaient encore joyeusement squats altermondialistes et autres salles de concert citoyennes improvisées. Les habitants de ces secteurs n'entendent pas laisser leur place aux bobos.

Nous assistons donc à une opposition entre deux courants de gauche. Quand la croissance bourgeoise-bohème empiète sur les plates-bandes de la gauche radicale, il y a forcément des frictions - frictions qui engendrent de la chaleur qui entraîne à son tour des incendies. Quoi de plus normal au bout du compte! Mais rassurons-nous, à la fin tout cela sera certainement payé par le contribuable.

20 novembre 2014

Il y avait bien des ADM en Irak

"J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein." -- Jarod Taylor, sergent vétéran US


L'histoire suit son cours, inéluctable. La désinformation du passé se mélange peu à peu aux faits réels pour former une brume de mémoire collective, un lot d'approximations et d'erreurs qui passera pourtant à la postérité. Mais Benny Huang ne peut pas se contenter de ces mensonges. Il décrit pourquoi sur son blog, dont voici une traduction.

 


 

[En octobre 2014] le New York Times révéla que les troupes US avaient bien trouvé des armes chimiques en Irak après tout. Cinq mille munitions chargées d'agents neurotoxiques furent découvertes entre 2004 et 2011. La révélation fit les titres pendant un jour ou deux avant de s'évanouir à nouveau.

irak,george w. bush,mensonges,médiasIl se trouve en fin de compte que l'Administration Bush était au courant de ces armes et choisit, de façon contre-intuitive, de garder leur existence secrète. On se perd en conjectures sur les raisons qui amenèrent l'équipe Bush à décider de s'abstenir de revendiquer ces preuves. Certains ont suggéré que personne ne voulait raviver des controverses du passé.

L'information n'était pourtant pas réellement révolutionnaire. En 2006, un rapport du Congrès fut publié sur la découverte d'à peine cinq cents de ces armes chimiques, un dixième du total actuel. Quelques élus républicains claironnèrent la nouvelle mais, de manière prévisible, les médias se contentèrent de l'ignorer complètement. Les munitions étaient vieilles, voyez-vous, et les vieilles munitions ne "comptaient pas" parce qu'elles étaient dégradées au point d'être devenues inutilisables et parce qu'elles n'étaient pas celles que nous recherchions. Après tout, elles avaient été fabriquées avant l'accord de cessez-le-feu signé avec Saddam en 1991. Nous n'avions pas envoyé nos fils et nos filles en danger pour dénicher de vieilles douilles poussiéreuses, dirent-ils.

Avec la découverte de dix fois plus d'engins que les cinq cents rapportés en 2006, les médias ont changé leur fusil d'épaule, mais d'un rien. Ils ne prétendent plus que les armes sont inoffensives parce qu'on sait qu'elles ont blessé au moins six soldats américains et un nombre indéterminé d'Irakiens, mais continuent à proclamer que les armes pré-1991 "ne comptent pas".

"La découverte de ces armes chimiques ne donne pas plus de poids au raisonnement gouvernemental pour une invasion", écrit CJ Chivers, lauréat du prix Pulitzer.

Chivers est-il un escroc ou un banal journaliste paresseux? Je ne parviens pas à trancher. En fait, ces armes sont exactement celles que nous étions venu chercher. En novembre 2002, le Président Bush demanda à l'ONU et obtint la résolution 1441, qui dénonçait la violation patente de la résolution 667 par l'Irak, c'est-à-dire l'accord de cessez-le-feu qui mit fin à la Guerre du Golfe. La Résolution 667 exigeait que Saddam détruise toutes ses armes chimiques et documente le processus en satisfaisant l'attention des inspecteurs en armement de l'ONU. Il n'en fit rien.

Si Chivers s'était donné la peine de lire la résolution il aurait su qu'elle disait:

"[Le Conseil de Sécurité décide] d’accorder à l’Iraq par la présente résolution une dernière possibilité de s’acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent en vertu des résolutions pertinentes du Conseil, et décide en conséquence d’instituer un régime d’inspection renforcé dans le but de parachever de façon complète et vérifiée le processus de désarmement établi par la résolution 687 (1991) et les résolutions ultérieures du Conseil."


L'offensive diplomatique de 2002 était le dernier avertissement du monde à un dictateur pour qu'il renonce à des armes connues pour être en sa possession en 1991. La résolution est limpide. Maintes et maintes fois elle fait référence à l'échec de Saddam à se débarrasser de son armement d'avant la guerre du Golfe. CJ Chivers ne se contente pas d'avoir un point de vue biaisé, il réécrit carrément l'histoire.

L'idée que Saddam ne dispose d'aucune arme de destruction massive était quelque peu farfelue, et pourtant ceux d'entre nous qui insistaient là-dessus étaient dépeints comme des types un peu dérangés, adeptes de la théorie du complot et accrochés au moindre soupçon. Il avait utilisé ces armes contre les Iraniens et les Kurdes. Nous savions qu'elles existaient en 1991. S'étaient-elles simplement volatilisées?

Nous savons maintenant qu'elles étaient toujours sur place. Dans l'histoire de Chivers fut cité Jarod Taylor, un ancien sergent de l'armée qui traita certaines de ces armes. Il fit remarquer, "J'adore entendre des gens dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Il y en avait plein."

J'ai pourtant accueilli le récit du New York Times avec une certaine indifférence. Pendant cinq années j'ai passé la plus grande partie de mon temps à discuter de l'impopulaire Guerre d'Irak, nageant à contre-courant la plupart du temps. Les débats avaient tendance à commencer et se terminer avec des slogans bas de gamme sur Bush-le-menteur et les soldats mourant pour ses mensonges. Cela m'usa au point de ne plus vouloir aborder le sujet.

La pagaille de l'Irak s'observe (en quelque sorte) dans le rétroviseur désormais et j'en suis content. Je ne m'attendais certainement pas à ce qu'il faille huit ans et le coût de 4'806 vies de braves soldats pour atteindre quelque chose qui ressemblerait à une victoire, fragile qui plus est. L'Amérique a déplacé son attention vers d'autres sujets de discorde et c'est aussi bien ainsi.

Aussi, lorsque le Times révéla que les armes de destruction massive de Saddam n'étaient en fait pas des fantasmes comme nous avions été amenés à le croire, je me suis demandé si cela valait la peine déterrer un vieux débat.

Je décidai que oui. Parce que la vérité a de l'importance.

Le grand public mérite de savoir ce qui s'est réellement passé, mais il pourrait ne jamais parvenir à l'entendre maintenant que le récit guerre en Irak a été tellement répété qu'il est devenu résistant à toute remise en question. Les livres d'histoire de demain raconteront probablement une histoire simpliste et fondamentalement inexacte sur un méchant pétrolier texan envoyant ses troupes dans une mission impossible à accomplir. Ce n'est pas le cas et il est important que le mensonge ne devienne pas la "vérité" simplement parce qu'on le répète continuellement.

Les effets du mensonge pernicieux "pas d'ADM en Irak" ont prélevé leur tribut sur nombre de vétérans. Je connais personnellement des gens avec qui j'ai servi sous les drapeaux et qui considèrent leur temps passé en service comme fondamentalement sans valeur parce que fondé sur le prétendu mensonge des armes de destruction massive irakiennes. Je me demande souvent quelle proportion de l'épidémie actuelle de suicides chez les anciens combattants est attribuable à des gens brisés dans leurs corps et leur esprit, mais incapables de citer une seule raison valable pour laquelle ils ont été envoyés à la guerre en premier lieu. Une petite dose de vérité pourrait les apaiser.

D'autres virent leur réputation professionnelle traînée dans la fange. Tony Blair, par exemple, était l'un des Premiers Ministres les plus populaires de Grande-Bretagne jusqu'à ce qu'il décide de prendre le parti de l'Amérique contre Saddam. Il est maintenant rejeté comme un criminel de guerre sans honneur. George Tenet, ancien directeur de la CIA, est aujourd'hui la risée de Washington parce qu'il avait dit au président Bush que les armes de destruction massive de l'Irak étaient un "slam dunk" [Une évidence frappante]. Tenet avait raison. Où peut-il aller pour qu'on lui rende sa réputation?

La piste menant à l'invasion de l'Irak peut sembler de l'histoire ancienne aujourd'hui. A vrai dire, la plupart des enfants maintenant à l'école secondaire ne peuvent même pas s'en rappeler. Il n'est pas trop tard cependant pour insister sur la vérité, parce que la vérité a une valeur propre.

-- Benny Huang


 

Notons sur le sujet que dès 2010, une nouvelle vague de révélation sur la découverte d'ADM en Irak survint à travers les révélations de Wikileaks - ce qui n'est guère surprenant au milieu du flot de documents classifiés accessible par ce biais. Là encore, les médias mainstream, pourtant très à l'écoute des croustillantes révélations du site d'information controversé, choisirent de taire complètement ces éléments. Cette unanimité dans l'Omertà ne pouvait être que le résultat d'une volonté délibérée. Il ne fallait pas nuire à la présentation biaisée de la Guerre d'Irak patiemment mise en place pendant des années.

Il est difficile de savoir exactement quand on été produites les armes chimiques découvertes, et rien ne prouve de façon certaines qu'elles sont toutes antérieures à la Guerre du Golfe de 1991. En fin de compte, quelle importance devrait avoir pareil détail? Dix ans se sont écoulés depuis le début de l'invasion américaine en Irak et la mission des troupes sur le terrain n'était certainement pas de dater ces produits chimiques terrifiants mais de les détruire. On se rend compte de l'absurdité de ce débat alors que les ADM irakiennes conservent leur létalité à travers le temps, aujourd'hui encore.

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Quelques épisodes évoqués dans l'article du NY Times:
1. Mai 2004 - Deux soldats exposés au gaz sarin d'un obus près de Yarmouk dans la banlieue de Baghdad.

2. Été 2006 - Plus de 2400 roquettes à agent neurotoxique trouvées dans cet ancien complexe de la Garde Républicaine de Saddam.
3. Juillet 2008 - Six Marines exposés à du gaz moutarde d'un obus d'artillerie dans un bunker abandonné.
4. Août 2008 - Cinq soldats américains exposés à du gaz moutarde alors qu'ils détruisaient une cache d'arme.
5. Fin 2010 ou début 2011 - Des centaines de munitions au gaz moutarde découvertes dans un container dans l'enceinte d'une base de la sécurité irakienne.

Pourquoi le sujet est-il enfin abordé avec un minimum d'honnêteté après tout ce temps? Peut-être que la vérité sur les ADM en Irak est devenue tellement spectaculaire qu'il n'est tout simplement plus possible de la cacher ; peut-être faut-il finalement lâcher le morceau pour préparer l'opinion à une intervention militaire contre l'EI maintenant que certaines caches d'armes sont tombées entre leurs mains ; mais peut-être aussi, et c'est encore plus inquiétant, que les médias estiment que leur matraquage continuel a tellement bien porté ses fruits qu'ils peuvent désormais même se permettre, grands princes, de lâcher finalement la vérité sans provoquer la moindre réaction.

C'est évidemment l'hypothèse pour laquelle je penche. Face au revirement à 180° d'une vérité officielle qui suscita des manifestations anti-Bush un peu partout dans le monde - y compris aux États-Unis! - l'apathie du grand public semble totale.

L'opération de formatage des esprits a réussi au-delà de toute espérance. Elle résiste même à la vérité.

Mais à travers la mémoire collective que représente Internet il est important de ne pas baisser les bras et de témoigner pour qu'à travers le temps des esprits plus libres que les nôtres puissent, peut-être, avoir accès aux différentes versions de la Guerre d'Irak et se faire leur propre idée des événements historiques de ce début de millénaire.

14 novembre 2014

Renens: un conseil accidentellement animé

La séance de novembre du Conseil Communal de Renens prévoyait d'être un long fleuve tranquille mais deux sujets amenés sur la table au dernier moment donnèrent lieu à polémique.

Comme souvent en pareilles circonstances, les troubles apparurent en toute fin d'une courte séance, lors du quinzème et dernier point de l'ordre du jour - "propositions individuelle et divers." Ce chapitre du déroulement du Conseil Communal est l'occasion d'amener devant le conseil des annonces ou des commentaires de portée générale.

Les spectateurs ne furent pas déçus - parmi lesquels Cindy Mendicino, journaliste de 24Heures chargée de la couverture locale.

Les hostilités commencèrent avec une demande de "résolution" de M. Ali Korkmaz du PS. Très concerné par le destin des Kurdes et la réticence de la Turquie dans la guerre contre l'Etat Islamique autoproclamé, il demanda l'instauration de couloirs humanitaires, la facilitation du travail des organisations comme la Croix-Rouge, la fermeture des frontières pour prévenir le passage des djihadistes, l'embargo contre le trafic de pétrole, l'autonomie des provinces de Kobané et de la région de Rojava dans le Kurdistan syrien et j'en passe, lançant un appel solennel au Conseil Fédéral et au gouvernement turc.

Que venait faire cet appel Urbi et Orbi - sincère certes, mais totalement déplacé - au Conseil Communal de Renens? Imagine-t-on un tyran comme Bachar el-Assad ou un grand démocrate comme Tayyip Erdogan affectés par une telle déclaration jaillie de l'obscure séance législative d'une commune vaudoise qu'ils seraient bien en peine de situer sur une carte? M. Korkmaz avait-il le cas échéant jamais entendu parler de la neutralité helvétique?

La réaction fut pourtant toute autre et pris la forme... d'une contre-résolution, déposée cette fois-ci par M. Alberto Mocchi des Verts, estimant que la déclaration de M. Korkmaz était trop "corrosive"! Le Conseil Communal de Renens se donnait des petits airs de Conseil de Sécurité de l'ONU, pinaillant sur le Verbe qui allait changer le destin du monde.

Le débat vira à la foire d'empoigne. Trois interventions des deux orateurs, vote organisé dans la plus grande confusion, cafouillage du Président, suspension de séance... Ce hors-sujet nous tint en haleine près d'une heure, à ramener à la patience à géométrie variable de certains groupes politiques en d'autres circonstances.

Pour mémoire, M. Mocchi finit par retirer sa résolution et celle de M. Korkmaz fut acceptée.

Nous surveillerons avec intérêt les réactions du Conseil Fédéral, de l'ONU, de la Turquie, du Vatican et de l'ambassade d'Uruguay.

Mais ce n'est pas le seul point intéressant de cette soirée.

M. Richard Neal vint à son tour à la tribune pour se plaindre d'une perception qu'il éprouvait trop souvent à son goût: la désagréable sensation que la Municipalité court-circuitait le Conseil Communal, en présentant notamment à la presse comme fait accompli des décisions qui n'avaient même pas encore été votées par celui-ci...

Je rejoins totalement M. Neal sur ce point: il paraîtra évident pour tout observateur avisé de la vie politique de Renens que le Conseil Communal n'est qu'une chambre d'enregistrement des décisions municipales. L'exécutif domine le législatif. Il en va ainsi à cause de la discipline de vote de l'écrasante majorité de gauche qui règne sur la ville et de la mainmise de la Municipalité sur celle-ci. Saluons M. Neal - encarté PS - d'avoir eu le courage mêlé de candeur de relever publiquement cette triste situation, en espérant que cela ne péjore pas son avenir politique, car "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" comme le disait si bien Jean-Pierre Chevènement!

Pareille intervention n'était évidemment pas du goût de la Municipalité. La syndique Marianne Huguenin s'empressa de prendre la parole pour expliquer que non, les décisions sont prises par le Conseil, et que les communiqués de presse envoyés trois jours avant le Conseil Communal mentionnent bien en bas de page que les décisions sont subordonnées au vote du pouvoir législatif... Qui lit encore les notes de bas de page?

Ces dénégations parurent bien faible pour une Municipalité complètement accro aux médias et à la notoriété, et qui maintient une conférence de presse les semaines de Conseil dans ce seul but. Qu'est-ce qui les empêcherait de parler de tous les projets après qu'ils ont été voté par le Conseil? Rien, si ce n'est qu'une telle démarche ne susciterait aurait aucun intérêt auprès des journalistes dont nos élus sont si friands!

Mais on ne gagne pas à tous les coups. Profitant de l'agitation de nos apprentis-diplomates s'étripant sur le second round du dossier syrio-kurde, Mme Véronique Bovey-Diagne - Verte - appuya son collègue de la majorité de gauche et vint à la tribune pour donner un exemple concret de cette dérive: un article de 24Heures sur un projet de passage sous-voie Rue du Léman, présenté comme approuvé alors que son examen en commission n'aura lieu que dans quelques jours et son adoption éventuelle n'interviendra que lors de la séance de Conseil Communal de décembre!

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Pas encore voté mais c'est pas grave, on fera comme si.

Directement mise en cause par cette intervention car auteur de l'article en question, la journaliste Cindy Mendicino éclata de colère. Plus de digression sur smartphone pour tuer le temps - la jeune femme bouillonnait en attendant la fin de la séance.

Celle-ci fut finalement levée quelques minutes plus tard. Je tentais alors d'approcher la journaliste pour connaître son point de vue ; bien mal m'en pris puisque je reçus en plein visage une réplique méprisante - "Assez de vos petites manigances!" - avant même d'avoir pu ouvrir la bouche. La légendaire objectivité de la presse, sans doute.

Mais Mme Mendicino avait déjà quitté son siège, fonçant droit sur Mme Bovey-Diagne pour mettre les points sur les i avec elle avant de s'éclipser sans piper mot. La rumeur dit qu'elles étaient bonnes amies, avant...

Cette séance de novembre permit finalement de révéler les multiples tensions entre groupes politiques de la majorité, municipalité et médias. Mais tension n'est pas rupture. Le plus important d'entre ces liens est évidemment celui, incestueux, qui unit la Municipalité aux groupes politiques du Conseil et font que ceux-ci sont entièrement sous la férule de celle-là.

L'affranchissement de cette tutelle ne se fera pas en un jour mais s'avère pourtant indispensable ; un passage obligé à l'âge adulte, en quelque sorte. Ce n'est qu'à ce prix que l'organe législatif de Renens retrouvera un semblant de légitimité et par-là même, un rôle réel sur les affaires communales.

Note: Je suis évidemment concerné au plus haut point par les délires de l'Etat Islamique en Syrie, la lutte pour l'indépendance des Kurdes et la radicalisation des musulmans un peu partout dans le monde y compris en Suisse. Il existe des lieux pour en débattre - d'un blog à une page facebook en passant par les assemblées politiques, lorsqu'elles sont compétentes - et des moyens de contribuer à soulager les douleurs des populations civiles, par exemple à travers des dons à la Croix-Rouge ou à la Chaîne du Bonheur.
Il n'empêche: tout cela n'a absolument rien à voir avec la politique communale.

12 novembre 2014

30 novembre: la campagne s'anime

Verrons-nous autre chose qu'un triple Non le 30 novembre? L'hypothèse est peu probable mais pourtant pas complètement à exclure. Tous les sondages ne sont pas dévoilés et certains électeurs ont déjà commencé à voter par correspondance! Un accident est toujours possible! Aussi, échaudés par de récentes surprises en votation, les médias et la classe politique prennent les devants.

swiss_gold.jpgAu sujet de l'initiative sur l'Or, le 20 minutes d'aujourd'hui propose ainsi une belle page de propagande - une interview de Thomas Jordan où le directeur de la BNS, le devoir de réserve dans la poche, lance un plaidoyer à charge contre l'initiative sans aucun contradicteur. Merveille du journalisme d'information!

On lit dans ses propos des perles de sagesse comme "Peu d'or n’a jamais été un problème lors d'une crise" et autres stupidités tellement consternantes qu'il faudrait les encadrer pour les ressortir lorsque la vraie crise de la monnaie fiduciaire aura éclaté. Dommage qu'à ce moment les Suisses aient d'autres chats à fouetter... Mais aucun doute que M. Jordan touchera son salaire mirobolant jusqu'à la dernière extrémité, peut-être même sous les applaudissements de ceux qu'il a déjà ruinés.

arc_lemanique.jpgL'initiative de la gauche contre les forfaits fiscaux donne en revanche lieu à une couverture médiatique plus étendue, avec pas moins de trois reportages d'une RTS qui semble pour une fois avoir retrouvé un semblant d'information équilibrée. Si le reportage à Kusnacht, commune emblématique de la Goldküste, 5 ans après l'abolition du forfait fiscal, laisse l'auditeur sur sa faim - on remarquera par exemple que les statistiques des rentrées fiscales dues aux forfaits fiscaux chassés de Zurich s'arrêtent fort opportunément à 2010 - il n'en est pas de même pour les deux autres sujets sur le thème.

Le grand public apprendra ainsi que de nombreux pays d'Europe ont déjà des formules financièrement aussi intéressantes que le forfait fiscal, offrant autant de point de chute pour les riches étrangers. S'ils souhaitent quitter une Helvétie devenue hostile pour eux ils n'auront pas à parcourir trop de kilomètres. Londres et la Belgique semblent des destinations privilégiées. Ceux qui pensent encore que la vie sur l'arc lémanique est une merveille inégalable devraient y songer à deux fois. Mention spéciale pour cette intervention de Linda Bourget sous-entendant avec finesse le cynisme international qui règne en matière de fiscalité des grandes fortunes.

L'autre argument vient des cantons romands craignant une diminution des recettes fiscales suite à un succès de l'initiative. Comme de coutume, on entend chanter le mantra du ceux-qui-restent-paieront-pour-ceux-qui-partent, argument central en faveur de l'initiative ; mais l'interview de Philippe Kenel, avocat fiscaliste spécialisé, change quelque peu la donne.

[La comparaison entre cantons romands et alémaniques ne tient pas la route] tout simplement parce que les cantons alémanique, même sans l'imposition à la dépense, ils sont attractifs, ce qui n'est pas le cas des cantons romands!

Je prends un exemple: à Schwytz, impôt sur la fortune, 0.1%, c'est attractif ; à Genève, 1%, dix fois plus. Il est là le problème.


Partiront-ils? Maître Kenel n'en fait aucun mystère:

Ah ils partiront! Moi je suis en contact constant avec des clients pour trouver des solutions ailleurs si l'initiative passe.


Eh oui: ceux-qui-restent pourraient bien être beaucoup moins nombreux en proportion qu'à Zurich, la faute à une fiscalité locale punitive pour les personnes physiques, comparé à la Suisse alémanique. Certes, m'objectera-t-on, ceux-qui-restent paieront donc peut-être encore plus, qui sait? Il n'est pas interdit de rêver! On peut se bercer, la foi chevillée au corps, de l'idée que nombre de riches étrangers se laisseront tondre. Mais soyons sérieux quelques secondes: on parle d'un facteur dix entre Genève et Schwytz. Même la classe moyenne déménagerait pour une telle différence. Et si un riche étranger décide de faire ses valises, pourquoi se contenterait-il de changer de canton alors que tant de pays lui tendent les bras?

On saluera la prestation de l'inénarrable Jean-Christophe Schwaab venu encore une fois exprimer toute l'hostilité qu'il ressent envers les "riches" - une posture qui ne manque pas de sel venant du président romand de l'Association suisse des employés de banque (ASEB), un secteur immanquablement précipité dans les plus grandes difficultés si le Oui l'emporte. Toujours cette histoire de scie et de branche... Mais on a les leaders syndicaux qu'on mérite n'est-ce pas!

ecopop.jpgQuant à Ecopop, me direz-vous? Nous en saurons plus ce soir avec Infrarouge - mais sachant que l'émission de mercredi soir s'intitule "Encore restreindre l'immigration?" on a un aperçu assez évident du parti-pris que le débat aura certainement.

Une chose est sûre: ces grandes manœuvres augurent de résultats peut-être plus serrés que prévus au soir du 30 novembre. De quoi donner quelques sueurs aux responsables politiques et autres "faiseurs d'opinion", et rendre cette dernière ligne droite de campagne autrement plus animée.

08 septembre 2014

De l'indoctrination politique à l'école

Avec un sens du buzz dont ils sont coutumiers, les Jeunes UDC ont lancé en grande pompe un site en ligne visant à dénoncer les professeurs utilisant leurs cours comme une tribune politique, l'objectif affiché étant de mettre un terme à "l'indoctrination".

freie_schulen.jpg

Cris et glapissements dans l'assistance! Il n'en fallait pas davantage pour que les journalistes du Matin - traitant eux-même l'actualité avec une indépendance idéologique à toute épreuve - ne partent en guerre contre le site, d'abord en relatant son existence comme un acte d'accusation, puis en lançant un "débat" orienté aux conclusions choisies en assaisonnant le tout d'un éditorial assassin.

Raphaël Pomey, auteur du premier article indigné, se lance ainsi dans une diatribe échevelée, s'étranglant que les Jeunes UDC présentent le réchauffement climatique comme un mythe et décrivant comme "digne des pires régimes autoritaires" (!) le fait d'envoyer une lettre de protestation aux individus ainsi accusés... L'hyperbole est en solde.

Pour relever le niveau de la presse romande on notera le traitement nettement plus factuel de l'information par le quotidien 20 Minutes, livrant d'ailleurs autant d'exemples édifiants par le biais des commentaires des lecteurs. Il faut dire que le public du journal gratuit, souvent adolescent, est certainement plus souvent au contact de la problématique soulevée.

L'UDC n'a rien contre les professeurs ne serait-ce que parce que certains de ses plus célèbres représentants, comme le Conseiller d'Etat Oskar Freysinger, sont issus de ce milieu. D'ailleurs, loin de réduction délibérément choisie par une certaine presse, les Jeunes UDC se défendent eux-mêmes de vouloir "traquer les profs gauchistes":

Il incombe [aux professeurs d'école] de dispenser des cours aussi neutres que possibles, se concentrant sur la transmission du savoir et la formation d’un esprit critique chez les jeunes. 

Le projet des Jeunes UDC ne remet pas ces valeurs en cause! Les cours de citoyenneté doivent perdurer, les débats politiques en classe également, et les professeurs ne doivent pas avoir peur à tout instant d’être "dénoncé". Ce n’est pas ce que propose la plateforme "écoles libres". 

Cette plateforme s’attaque aux abus manifestes. Les cas relevés concernent des situation inacceptables, telles que des cours d’histoire de la Seconde Guerre Mondiale où l’UDC aurait été assimilée au parti nazi, des manques de bonne foi évidents visant à convaincre des élèves de la véracité d’une idée politique ou encore la présence d’un portait de Lénine en salle de classes. Il s’agit là d’exemples réels qui ne doivent pas continuer: les faire connaître est un moyen certain de les faire cesser.


L'immense majorité des professeurs fait son travail correctement, avec dévouement et en gardant ses opinions politiques pour elle, qu'elles soient de gauche ou de droite. C'est exactement ce qu'on lui demande. Mais cette majorité n'est pas l'unanimité.

J'ai fait ma scolarité en France. Le pire y a côtoyé le meilleur, du brillant professeur de mathématiques "ancienne école" distillant ses cours en blouse blanche à l'enseignante d'histoire-géographie au maoïsme affiché, faisant circuler en classe des photos de propagande chinoise sur le bonheur des travailleurs aux champs sous un régime communiste. Ce ne sont que deux exemples parmi bien d'autres, certains à peine croyables.

Tout cela est bel et bien arrivé, mais il y a fort longtemps et dans un autre pays.

Cependant, je ne peux pas me résoudre à croire que la nature humaine change du tout au tout simplement en traversant une frontière. Pourquoi aurais-je enduré en France tant de classes tenues par des enseignants faillibles alors que l'école suisse serait miraculeusement protégée de ces dérives? Les professeurs helvétiques prêtent-ils serment? Appartiennent-ils à une espèce supérieure, ontologiquement capable de garder ses opinions politiques au vestiaire? Sont-ils au moins surveillés sur cet aspect de leurs cours?

Il est évident que non. Choix des thèmes de dissertation, des œuvres littéraires à étudier, traitement de l'histoire ou de l'actualité... Les possibilités d'une dérive idéologique de l'enseignant sur ses élèves sont légions. Elles sont encore renforcées par l'ascendant qu’exerce un adulte en situation de domination. Il paraît immanquable que ces dérives surviennent, bien qu'elles restent la plupart du temps dans le domaine du tolérable. Mais ce n'est pas toujours le cas et les conséquences peuvent être parfois dramatiques - par exemple, lorsqu'elles affectent directement les notes et donc les perspectives d'avenir d'un élève.

Freie-schulen.ch est une expérience intéressante. Le site constitue une menace vis-à-vis de tous ceux qui confondent pupitre et tribune de part son existence même. Il fait donc œuvre de salut en forçant peut-être certains enseignants à prendre du recul, même si aucune dénonciation n'y est jamais enregistrée.

Les journalistes n'en ont cure: ils se contentent pour la plupart de dénoncer la "chasse aux profs gauchistes". Il n'est pas anodin que la résistance s'organise autour de cette catégorie précise, un joli deux-poids-deux-mesures que relève avec beaucoup de finesse le vice-président des jeunes UDC:

Lorsqu’un enseignant chrétien raconte ses convictions à ses élèves, les réactions négatives ne se font pas attendre. Certains politiciens n’hésitent pas, à ce sujet, à dénoncer les cas publiquement et à se battre pour la neutralité confessionnelle des écoles. Ce combat est aussi visible pour ce qui est de la présence ou non de crucifix dans les écoles. 

Pourquoi donc les mêmes personnes s’indignent-elles quand on s’attaque à la présence d’un portrait de Lénine dans une salle de classe? (...)

 
Et la classe médiatique de s'abîmer dans un silence épais.

Lorsqu'un professeur exprime ses opinions personnelles en classe il y a les dérives inacceptables... Et puis, il y a les autres.

13 février 2014

La phrase de trop?

Lors d'une interview dans les colonnes de la Basler Zeitung, invité à expliquer le score relativement faible de l'initiative "Contre l'Immigration de Masse" en Romandie, l'ignoble Christoph Blocher aurait commis l'irréparable au détour d'une petite phrase en affirmant:

christoph blocher,médias"Les Romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible."


Le Temps relate les grandes lignes de l'interview en mettant ladite réplique au sommet de l'article - tronquant le reste de l'explication - mais ne va pas plus loin: le journaliste de garde n'a sans doute pas décelé toute l'exploitation possible du scandale.

Rien de tel chez Tamedia où on a plus d'expérience lorsqu'il s'agit de faire du buzz. Devant l'occasion rare de faire payer le tribun tenu pour responsable du choix populaire du 9 février, la rédaction du Matin organisera donc un tollé dans les formes - avec pas moins de quatre articles sur le sujet, puis un cinquième pour récolter les aveux de l'intéressé.

Alors que le président du PS Christian Levrat se ridiculise avec dix propositions-choc pour punir les mauvais Suisses qui ont eu l'audace de contrecarrer la vision européiste des socialistes - pêle-mêle les agriculteurs, les Suisses allemands, les étrangers sous forfait fiscal, les propriétaires de logement dans les régions périphériques... - dans un article qu'il a eu le temps de mûrir et de relire, on préférera s'acharner longuement sur une simple phrase du vice-président de l'UDC, comme s'il cristallisait sur lui toute la rage contenue par une gauche politico-médiatique incapable d'accepter un verdict des urnes n'allant pas dans le "sens de l'histoire". Bouc-émissaire, avez-vous dit?

Mais, pour commencer, y a-t-il vraiment de quoi s'indigner?

"Je n’ai jamais dit que les Romands sont de mauvais patriotes, et d'ailleurs je ne le pense pas non plus. Lorsque j’évoque "une conscience nationale plus faible" du côté de la Suisse romande, je fais référence à l’Histoire. En Suisse alémanique, on est très attaché à l’histoire suisse et au souvenir des premiers cantons de la Confédération qui se sont liés il y a plus que 700 ans. Par contre, les Romands se déclarent "plus ouverts". En 1992 ils étaient en majorité en faveur de l'adhésion à l'UE et nous traitaient "d'isolationnistes". Ce que je veux dire par là, c'est que les Romands ne se battent pas tellement pour l’indépendance."


Les Romands, férus de conscience nationale? Cela ne correspond pas tellement à mon expérience. "Genève n'est pas la Suisse", me rappelaient avec insistance, en guise de patriotisme, plusieurs Genevois de mes connaissances. "Les Vaudois ne se sont jamais battu pour leur indépendance, leur autonomie leur a simplement été offerte par Napoléon pour contrarier les Bernois alors qu'il envahissait le pays" m'expliqua, en guise d'amour de la liberté, un Vaudois féru d'histoire lors du bicentenaire du canton. Et de m'apprendre que le Major Davel ne fut célébré comme héros que longtemps après sa mort...

En revanche, combien de Romands m'avouèrent leur admiration pour la France, ce "grand et beau pays" - quoique son étoile ait légèrement pâli depuis quelques années - face à cette Suisse si étroite d'esprit, ringarde et étriquée! Combien de mots n'ai-je entendu contre les Suisses-totos, obstacles à tous les rêves de grandeur d'une Romandie ouverte sur le monde! Pendant combien d'année les Romands regrettèrent que les Alémaniques les aient empêché de devenir européens!

Mais admettons que le vieux lion de l'UDC se soit fourvoyé à cause de son mépris supposé à l'égard des Romands. Je suggère alors une réaction à mes concitoyens: montrons-lui à quel point il se trompe. Que la Suisse romande s'illustre désormais par son patriotisme sans faille! Qu'elle en impose à ces Suisse-allemands d'outre-Sarine! Qu'elle prouve à quel point elle a à cœur les intérêts du pays dans son ensemble, de Vernier au Couvent bénédictin de Müstair! Qu'elle affiche sa fierté d'être suisse dans ses paroles et ses actes! Qu'elle oblige le reste du pays à prendre acte de son sens indiscutable de l'intérêt général! Je ne demande pas mieux!

Et, puisque nous sommes dans le contexte du vote contre l'immigration de masse, la Romandie a immédiatement une carte à jouer: prouver à quel point elle respecte le verdict démocratique venu de Suisse alémanique et du Tessin, en acceptant l'initiative sans arrière-pensée!

Y a-t-il meilleur moyen de montrer à tous l'intensité de sa conscience nationale?