10 septembre 2010

Brûlera, brûlera pas?

Le suspens est à son comble: le coran va-t-il brûler?

Andy Warhol prédit en 1968 que dans le futur, chacun aurait un quart d'heure de célébrité. Je ne sais pas si 2010 correspond au futur qu'il imaginait, mais les compteurs se sont affolés quand Terry Jones a annoncé qu'il brûlerait des exemplaires du coran le 10 septembre, c'est-à-dire, aujourd'hui. Quelques piles de bouquins "sacrés", des allumettes et les caméras rappliquent comme les guêpes dans un pique-nique. Plus besoin de se taper des auditions à la Nouvelle Star!

109866K_coran.jpgBien entendu, si chacun peut avoir son quart d'heure de gloire, les compliments ne sont pas inclus dans la formule. Le pasteur et son groupe ont donc ainsi immédiatement été qualifiés d'intégristes par des médias déterminés à se dissocier de la démarche. D'autres qualifient le groupe de fondamentaliste, comme si l'autodafé était le devoir sacré de chaque Chrétien... Bref, il faut rapporter l'info, mais en se bouchant le nez. Message reçu, les gars, n'en jetez plus!

Selon Le Temps, le pasteur à la tête du groupe chrétien Dove World Outreach Center ("Centre colombe pour aider le monde") aurait déclaré à CNN:

Nous pensons que le message que nous essayons de faire passer est bien plus important que le fait que des gens soient offensés. Nous croyons qu'on ne peut pas reculer devant les dangers de l'islam.

 

En brûlant des exemplaires du Coran, il dit vouloir envoyer "un avertissement à l’islam radical" et rendre hommage aux victimes du 11 septembre. Chacun son style. Pourtant, l'opération n'a rien de nouveau. On trouve facilement une vidéo de coran qui brûle sur youtube (voire des bibles pour ceux que ça intéresse). Pas de chance, les écrits enflammés de Mahomet ne génèrent pas toujours le même buzz...

Cette fois-ci, en revanche, le message elle a été fort bien entendu par les intéressés. Lundi soir, environ 200 hommes avaient déjà manifesté devant une mosquée de Kaboul aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Vive l'islam", dénonçant par avance le projet de profanation de leur livre sacré. On notera avec quelle facilité les excités de Kaboul et d'ailleurs sont prompts à l'amalgame: un parfait inconnu, Terry Jones, annonce qu'il veut mettre le feu à ses bouquins, et c'est tout de suite "Mort à l'Amérique" et ses 300 millions d'habitants. Quel manque de discernement, franchement!

Mais en hauts lieux, ce manque de discernement inquiète. Les hauts responsables se succèdent pour expliquer que cet autodafé "mettrait en danger les troupes déployées en Afghanistan". Même Barack Obama s'y est mis. Ces appels à la mesure plus ou moins déguisés en avertissements ne sont pas le seul fait des occidentaux. Mais le Premier Amendement américain, malheureusement absent dans d'autres constitutions, empêche les autorités d'interférer. Quant à croire que renoncer à ce projet pourrait "apaiser" al-Qaeda, c'est d'une naïveté touchante!

Soyons clair: chaque ethnie, chaque nation, chaque religion a des symboles auxquels elle tient. L'attachement envers ces symboles les rend d'autant plus facile à mettre en scène dans diverses provocations. L'offense, déclencheur de la crise, est un acte anodin rendu inique précisément à cause de l'attachement au symbole. Et plus important encore, la réaction offensée est l'indicateur clé des extrémités auxquelles sont prêts à aller les offensés. Des protestations officielles? Un procès? Une manifestation? Des troubles civils? Des assassinats? Une guerre? Un simple écoeurement?

Ce n'est non pas l'acte, mais la réaction à cet acte, qui est révélatrice d'extrémisme. Qui est le plus fou, celui qui brûle un livre, ou celui qui enfile une ceinture de dynamite pour faire se faire exploser au milieu d'inconnus en guise de protestation? En ce sens, l'autodafé planifié par Terry Jones pourrait tout à fait atteindre l'objectif fixé par le pasteur. Et ce ne sera sans doute pas la dernière opération du genre.

26 août 2010

Tous voiles dehors

La Commission Fédérale contre le Racisme ne manque jamais une occasion de poursuivre sa politique partisane. Au menu du jour, le voile porté par des élèves musulmanes à l'école, qu'il s'agit de permettre à tout prix. Où quand l'administration décrète qu'il est interdit d'interdire...

L'information est relatée dans un article engagé du Temps intitulé "mobilisation contre l'interdiction du voile". En guise de contexte, on minimise le problème sur le thème du puis-qu'il-y-en-a-peu-pas-besoin-d'en-faire-un-flan, déjà largement entendu lors du débat sur l'interdiction des minarets. Les écolières de confession musulmane portant le voile à l’école obligatoire en Suisse sont-elles nombreuses? Sont-elles dix, vingt, cinquante? Les islamistes en Suisse, combien de divisions? Personne le le sait, puisque personne ne les compte...

N'empêche, il y en a.

945154O_ecoliere.jpgLe canton de Saint-Gall a mis les pieds dans le plat de la dhimmitude en adoptant au début de l'été une directive invitant les communes, seules compétentes en la matière, à interdire le port du voile à l'école - diérective faisant écho à des problèmes déjà rencontrés par certaines communes face à des élèves voilées. Francois Modoux, le journaliste du Temps, s'empresse de souligner que le président du Conseil de l’éducation du canton, Stefan Kölliker, porte l'étiquette UDC: le décor est dressé, les méchants fachos d'extrême-drouâte contre les gentilles élèves vivant paisiblement leur foi. Mais M. Modoux omet délibérément de préciser que les partis politiques de Saint-Gall ont tous soutenu la mesure, une information mentionnée à la TSR dans un reportage sur le même sujet. Et quant il titre son article "mobilisation contre l'interdiction du voile", il faut comprendre: mobilisation administrative de la CFR... Rien à voir avec un quelconque élan populaire.

Les islamistes ayant le chic et les complicités médiatiques pour provoquer des scandales à l'envi, comme par hasard, Elisa, une jeune fille voilée, débarque à la rentrée dans une école saint-galloise. Comme d'habitude dans ces cas-là, elle a pris toute seule la décision de provoquer une polémique en défiant le règlement de son école et ne voit pas le problème parce que c'est juste sa religion qui demande le voile... La méthode éprouvée a également le mérite de faire sortir du bois les possibles alliés parmi le troupeau des infidèles. On comptera sans surprise certains médias et la CFR dans cette liste.

Le plus intéressant n'est pas de savoir qui l'emportera entre la CFR et le règlement de la commune de Saint-Gall, mais bien les arguments de la première.

Invoquer la nécessité d’intégrer pour interdire le foulard islamique à l’école n’est qu’un prétexte, car au contraire la réglementation proposée ferait un obstacle à l’intégration, en rejetant des filles hors de l’école, note la Commission fédérale contre le racisme. L’interdiction enfreindrait donc le principe de l’égalité de traitement.

La CFR refuse l’interprétation que fait le Conseil de l’éducation saint-gallois du foulard islamique quand il décrète, dans sa circulaire, n’y voir «aucun sens religieux» mais plutôt «un simple moyen d’exprimer une identité culturelle». Porter le voile s’inscrit bien dans le domaine de la liberté de religion qui est largement protégée en Suisse, rappelle la CFR.

 

Le journaliste estime que la CFR démonte l'argumentation du Conseil de l’éducation saint-gallois point par point. Pour ma part, je me ferai un plaisir de démonter celle de la CFR.

Pour commencer, l'égalité de traitement. Il y aurait ainsi une inégalité entre les élèves voilées à qui on interdit le port du voile, et les élèves non voilées à qui on interdit le port du voile? Bizarre. A moins qu'il ne faille interdire quelque chose à chacun pour faire bonne mesure? Vous savez, tous ces catholiques arborant des croix comme si le monde leur appartenait...

Mais le meilleur est bien sûr de ramener le port du voie dans le domaine de liberté de religion puisqu'une telle déclaration signifie rien de moins que toutes les musulmanes doivent porter le voile. Si on ne peut interdire le voile parce qu'il est partie intégrante de la religion, cela signifie que tous les musulmans modérés dont les femmes ne sont pas voilées ne respectent pas les préceptes de leur religion, puisqu'elles renoncent à une partie intégrante de la religion. Et sont donc de mauvais musulmans. Ou comment la CFR pousse toute une frange de croyants modérés dans les bras des extrémistes en les insultant au passage. En si peu de mots, c'est un tour de force!

Le port du voile exprime un sens religieux tout à fait assumé, le prosélytisme, et c'est à ce titre qu'il devrait être absolument interdit à l'école. C'est un message envoyé aux non-musulmans: regardez-moi et voyez l'islam. C'est un message envoyé aux musulmans modérés: je suis plus proche d'Allah que vous. C'est un message envoyé à la société civile: l'embrigadement religieux de nos enfants est plus important que leur intégration scolaire. Le port du voile amène des débats et des discussions, débats et discussions avidement recherchés par les islamistes, parce qu'ils jouent sur leur terrain. Qu'ils argumentent autour de la sincérité de leur foi, de leur attachement à leurs croyances en terre infidèle, ou qu'ils cherchent juste à inventer une prétendue hostilité des mécréants envers tous les musulmans, ils ont tout à gagner d'une polémique.

Croire que celle-ci peut s'éteindre en autorisant le port du voile en classe est de la plus grande naïveté. Evidemment la faiblesse sera exploitée et les extrémistes grisés par cette première victoire. Loin d'être résolu, le problème s'amplifiera jour après jour, les parents n'ayant pas peur de pousser toujours plus loin le bouchon (exigence de repas halal, cinq prières par jour, non-mixité entre garçons et filles, etc.) et il est bien plus difficile de résister à ces revendications lorsque la tête voilée n'est pas un cas isolé mais représente 20% de l'effectif féminin des élèves...

La seule solution contre l'islamisation de la société - elle n'a rien de rampante - consiste à s'attaquer à la question dès qu'elle se pose et à fixer des limites claires et fermes. En gardant à l'esprit qu'une bonne partie des instances politiques et des journalistes jouent dans le camp adverse.

22 août 2010

Obama, président fini

Barack Obama appartient déjà à l'histoire. A l'histoire ancienne.

Récemment, on apprend, pour s'en moquer, qu'un Américain sur cinq pense qu'Obama est musulman. Crétins d'Américains ignorant jusqu'à la religion de leur président, n'est-ce pas... Je me demande en passant ce que donnerait un tel sondage si on demandait aux Français la religion de Nicolas Sarkozy, ou aux Suisses celle de Doris Leuthard!

La question a tout autre sens outre-atlantique, où religion et valeurs morales ne comptent pas pour beurre. En effet, ce sondage montre moins une prétendue ignorance sur le sujet qu'une évolution intéressante au cours du temps:

Le nombre d'Américains qui identifient correctement (sic) Barack Obama comme chrétien a chuté de près de la moitié en un an, à 34%

 

Et au fait - Correctement? Pourquoi la religion "correcte" d'Obama devrait-elle être la religion chrétienne? Parce qu'il le dit? Etonnant comme à certains cette explication suffit! A les en croire, Obama serait donc le premier homme politique de l'histoire incapable de mentir...

En réalité, Obama a moins fréquenté des églises comme la Trinity United Church of Christ de Jeremiah Wright pour y prier que pour y recevoir une formation d'agitateur gauchiste. A l'époque où il vivait en Indonésie, la religion d'Obama était clairement indiquée sur ses papiers d'identité: musulman. Il se rendait d'ailleurs très régulièrement à la mosquée le vendredi, comme le rappelle Guy Millière. Obama a même passé deux ans dans une école musulmane où on étudiait assidûment le Coran, et deux ans dans une école catholique - où il était inscrit comme "élève musulman".

En l'absence de traces d'une spectaculaire conversion au christianisme, il n'y a rien de ridicule à avoir des doutes. Ceux-ci sont alimentés par les nombreux mystères qui émaillent la vie d'Obama, à commencer par son lieu de naissance et son éligibilité.

L'impopularité de Barack Obama aux Etats-Unis n'a rien de nouveau. Il est descendu si bas qu'il est encore moins aimé que George W. Bush - et encore, selon un sondage démocrate.

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Expliquer pourquoi la cote Obama est en chute libre depuis son élection sortirait du cadre de ce billet. Déficits abyssaux, soumission symbolique des Etats-Unis envers des régimes ennemis et brouille avec ses alliés, hausses d'impôt, esprit partisan, réforme calamiteuse (et probablement illégale) du système de santé, chômage stagnant à plus de 10%, responsabilité des autorités dans la fuite de pétrole du Golfe du Mexique, mépris affiché des Américains et des valeurs traditionnelles de l'Amérique... Oh, aviez-vous aussi remarqué que la prison de Guantanamo n'est toujours pas fermée?

987687G_obama_approval_index_august_22_2010.jpgLa vieille excuse de la faute à Bush a vécu; quant à l'éventuel obstructionnisme de l'opposition Républicaine, elle ne convaincra que les crédules, les Démocrates ayant la majorité absolue dans les deux chambres. La gauche américaine porte l'entière responsabilité de la gestion du pays depuis l'élection de Barack Obama en 2008. Le résultat n'est pas brillant.

La nouveauté n'est pas dans l'impopularité d'Obama, mais dans la diffusion de cette nouvelle au sein des médias européens. Jusqu'à présent, ils passaient sous silence les nombreux déboires électoraux de la gauche depuis l'élection d'Obama - symboles de ce recul - ainsi, bien entendu, que de sa perte de popularité permanente. Obama restait en Europe aussi immaculé que le jour de son triomphe.

Aujourd'hui, les médias préparent l'opinion en vue de la monumentale déculottée que les Démocrates vont subir en novembre. En laissant bien comprendre, cela va sans dire, que ce revirement brutal est dûe à l'imbécillité de ces indécrottables Américains.