25 septembre 2015

Uli Maurer prend un tacle

Hormis un accessit assez ridicule, l'affaire anti-UDC de cette semaine concerne cette fois-ci Ueli Maurer - dans la rubrique football de 24Heures, ça ne s'invente pas - à la suite d'un voyage au Brésil.

Un voyage à 200'000 francs.

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Le Blick, d'où vient l'information de première main, explique:

Ueli Maurer et ses deux accompagnants n'ont pas pris un vol de ligne habituel mais un jet privé, relate le journal, qui a pu voir un document de la Confédération présentant une facture de 202'100 francs rien que pour le vol. Le jet, un Falcon 7X, appartient à la famille Schindler - celle des fameux ascenseurs - qui le loue à des clients fortunés, équipage compris.


Et de poser l'inévitable question: "Pourquoi n'avoir pas pris un vol de ligne, qui aurait coûté 10 fois moins cher, même en première classe?" Contactés par le journal, les services d'Ueli Maurer et la Chancellerie fédérale expliquent que le seul jet approprié était à l'inspection à ce moment-là et qu'ils n'avaient pas eu de temps pour les démarches officielles.

Jet en panne, urgence, solution de rechange hors de prix: tout était en place pour un joli scandale et les invités obligatoires des médias se font plaisir. En bon centriste, Christophe Darbellay du PDC "salue le déplacement" d'un côté mais trouve son coût "totalement disproportionné" de l'autre. Christian Levrat, président du PS, a davantage le sens de la répartie: pour lui c'est carrément le billet de match "le plus cher de tous les temps" - une formule pieusement reprise par 20 minutes pour renommer son article. Et l'homme de gauche de prendre le temps de la réflexion:

"J'aurais attendu que l'on recherche une solution plus économique ou alors que l'on renonce à ce voyage."


Mamma mia! Un socialiste soucieux de la bonne utilisation des deniers publics! Muet devant l'affaire Carlos, silencieux le jour où le Parlement décide d'offrir des avocats gratuits aux migrants entrés illégalement sur notre sol, Christian Levrat découvre la bonne gestion! Espérons pour lui qu'il n'apprenne jamais l'existence de prix décernés aux pires gaspillages de l'administration, ni le site web carrément mis en place pour suivre les innombrables voyages douteux des fonctionnaires helvétiques!

Je salue évidemment cette soudaine prise de conscience, mais si je m'écoutais j'aurais l'impression que 200'000 francs ne deviennent un problème que lorsqu'ils concernent M. Maurer.

D'ailleurs, que diable M. Maurer est-il allé faire au Brésil dans un voyage si coûteux? Eh bien, il s'est trouvé embarqué à la suite d'un désistement, car l'hôte d'honneur du match Suisse-Equateur devait à l'origine être nul autre que le président annuel d'alors, Didier Burkhalter, qui eut un empêchement de dernière minute. Le Conseil fédéral aurait alors décidé d'envoyer le ministre des Sports à sa place. C'est donc bien à son corps défendant que M. Maurer serait parti pour un aller-retour au Brésil - le genre de voyage qu'il déteste.

L'information est écrite noir sur blanc dans les articles, bien entendu. Mais qui lit encore les articles lorsqu'on peut simplifier l'histoire avec de si belles manchettes? Seuls les titres resteront dans les esprits à plus long terme alors les médias s'en donnent à cœur-joie:

  • Le voyage à 200'000 francs d'Ueli Maurer au Brésil, dans le Matin du 24 septembre, identique dans 24 Heures et la Tribune de Genève ;
  • Maurer et le "billet le plus cher de tous les temps", dans le 20 minutes du même jour ;
  • Le voyage d'Ueli Maurer pour le Mondial au Brésil aurait coûté 200'000 francs, article sur le site de la RTS.

Et je vous épargne la presse alémanique. Y aurait-il eu pareil scandale si le voyageur avait été M. Burkhalter, comme prévu?

Obéissant à un Conseil Fédéral l'envoyant comme remplaçant à l'autre bout du monde, réduit au silence par la collégialité, M. Maurer fait donc l'objet d'un tir de barrage assez unanime... Plus d'un an après les faits, et à un mois des élections fédérales.

Cela ne peut être que l’œuvre du hasard. La glorieuse incertitude du sport, sans doute.

18 septembre 2015

Tamedia mobilise (certains) des électeurs

Avec les élections fédérales du 18 octobre en point de mire, l'éditeur de presse Tamedia s'est lancé dans une campagne globale visant à augmenter la participation des citoyens dans les urnes. Dans un bel exemple de circularité, d'autres médias s'en font l'écho:

Les rédactions ont anticipé et imaginé les gros titres qui pourraient prendre place en Une des journaux le 18 septembre 2018, trois ans après les élections fédérales. Elles ont mis en avant les dossiers politiques que pourraient traiter les membres nouvellement élus au Conseil National et au Conseil des Etats. Les rédactions du plus grand groupe de médias suisse ont opté pour des thématiques aussi bien nationales que régionales, telles que l'acquisition d'avions de chasse, une autoroute à huit voies entre Lausanne et Genève, un Conseiller fédéral tessinois intégré d'office au gouvernement ou une caserne réaffectée à Berne.


Rien de bien méchant semble-t-il. Le problème devient plus apparent lorsqu'on a un aperçu des différentes thématiques choisies, qui semblent conçues en particulier pour mobiliser l'électorat de gauche.

Attardons-nous sur la plus importante de ces fausses couvertures, celle du quotidien gratuit 20 minutes, qui est la publication avec le plus fort tirage. Tous les Suisses - romands, alémaniques et tessinois - ont donc pu découvrir ce matin la même fausse couverture du 18 septembre 2018, chacun dans sa propre langue:

20min_18sept2018.jpg
(cliquez pour agrandir)

Voyons voir quels sont les thèmes abordés:

  • "Oui à l'achat de 30 avions de combat": la photo de la une ramène inévitablement au référendum contre le Gripen de mai 2014 qui opposa dans un fort clivage la gauche au reste de l'échiquier politique, et qui se traduit par une victoire de la première. L'idée que les avions de combat reviennent en douce par voie parlementaire provoquera une irritation certaine auprès de ceux qui ont lutté contre l'acquisition de ces appareils. Le message en filigrane est limpide: pour éviter que le futur Parlement achète des avions de combat, votez à gauche.
  • "Le cannabis en vente libre dans tout le pays": ici encore nous avons une revendication de longue date de la gauche, la dépénalisation des stupéfiants. A nouveau, l'appel du pied à l'électorat pro-cannabis ne fait pas dans la subtilité: si vous voulez pouvoir un jour profiter du cannabis en toute liberté, votez à gauche.
  • "Prime maladie réduite pour les végétariens": un dernier sucre adressé cette fois-ci à l'attention du public écologiste. Oui, avec un Parlement suffisamment à gauche, prenons-nous à rêver d'une assurance-maladie moins chère pour le culte de Gaïa! La solidarité entre les assurés, fondement de l'assurance-maladie obligatoire martelé par la gauche, passe pour l'occasion à la trappe...

Il serait trop long d'analyser toutes les fausses Unes de ce mardi 18 septembre 2018, mais qu'il s'agisse de thèmes inspirant la gauche (l'arrêt des centrales nucléaires) ou de sujets repoussoirs de la droite (une autoroute huit pistes entre Lausanne et Genève!) l'ambiance générale de ces Unes ne fait guère de doute: avec un Parlement plus à gauche, tout irait drôlement mieux.

Quand Pietro Supino, éditeur de Tamedia, affirme que "nos médias permettent à leurs lectrices et lecteurs de se forger leur propre opinion", il ne pensait pas forcément à l'opinion des lectrices et lecteurs sur l'entreprise Tamedia elle-même.

La campagne a été conçue et réalisée par l'agence zurichoise Rod Kommunikation dont le panel de référence fait une bonne part à l'Etat et ses diverses régies publiques ou semi-publiques (Mobility, Love Life, CFF...). On imagine mal un publicitaire mordant la main qui le nourrit, ces gens-là ont aussi le sens des réalités! Toutefois, comme la rédaction de chaque quotidien a aussi été impliquée dans la composition de sa fausse Une, il est difficile de pointer les responsabilités avec exactitude.

Mais la communication suscite un certain malaise. Pourquoi avoir choisi 2018? Pourquoi pas 2015 ou 2016 déjà? L'actualité récente ne donne-t-elle pas assez de sujets cruciaux pour la Suisse, qu'il s'agisse de la répartition des sièges au Conseil Fédéral, de la gestion de la vague migratoire ou des relations entre la Suisse et l'Union Européenne?

Bienheureux le pays qui devra décider en 2018 de modeler les primes d'assurance-maladie obligatoire selon le régime alimentaire! Si la vie nous porte jusque-là, je parie que les sujets traités alors seront tout autres, et bien plus cruciaux pour le destin de la Suisse.

Les chemins pris par cette campagne sont tortueux mais j'en partage malgré tout les conclusions: il est important que nous, Suissesses et Suisses, fassions usage de nos droits et que nous votions.

La divergence tient dans les bulletins que nous mettrons dans les urnes.

04 septembre 2015

L'affaire Aylan Kurdi, suite et fin

Hier je postais un billet dénonçant l'instrumentalisation par les médias et la classe politique de la mort d'Aylan Kurdi, enfant noyé infligé en cinq colonnes à la une au grand public pour faire avancer la cause de l'immigration de masse de "réfugiés" partout en Europe.

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Je rappelais également, encore une fois, que les réfugiés deviennent de simples immigrés économiques dès lors qu'ils voyagent de pays en pays sans plus être en danger de mort, et que le peu que nous connaissions de l'histoire de ce petit garçon correspondait hélas à cette description...

Depuis, l'information filtre petit à petit et confirme largement cette version.

Si Aylan Kurdi est bien mort noyé, l'histoire vendue par des journaux cherchant à apitoyer le grand public est assez loin de la vérité. Comme souvent, il faut aller chercher un autre son de cloche dans la presse étrangère. C'est le Wall Street Journal qui s'en charge, sans même chercher à polémiquer, livrant du naufrage une image tout à fait différente en donnant la parole à la sœur du père survivant, habitant au Canada, pour en expliquer le contexte.

Le texte qui suit est donc une traduction de divers paragraphes de l'article original en anglais, plus une mise en gras des éléments saillants:

M. Kurdi [le père du petit Aylan] amena sa famille en Turquie il y a trois ans après avoir fui les combats d'abord à Damas, où il travaillait comme barbier, puis à Alep, puis à Kobané. Sa page facebook montre des images de la famille à Istanbul, traversant le Bosphore et donnant à manger aux pigeons à côté de la célèbre Yeni Cami ou Nouvelle Mosquée.

Mercredi depuis son lit d'hôpital, M. Kurdi expliqua à une radio syrienne qu'il avait travaillé sur des sites de construction pour 50 livres turques par jour - environ 17 dollars - mais que ce n'était pas suffisant pour en vivre. Il dit qu'ils dépendaient de sa sœur, Tima Kurdi, qui vivait au Canada, pour les aider à payer le loyer.

Mme [Tima] Kurdi, parlant jeudi depuis une banlieue de Vancouver, expliqua que leur père, toujours en Syrie, avait suggéré à Abdullah d'aller en Europe pour faire soigner ses dents et de trouver un moyen d'aider sa famille à quitter la Turquie. Elle dit qu'elle commença à envoyer des virements bancaires à son frère trois semaines plus tôt, en montants de mille euros, pour l'aider à payer le voyage.

Peu de temps après, elle dit que son frère l'appela et lui affirma qu'il voulait amener toute sa famille en Europe, sa femme n'étant pas capable de s'occuper de leurs deux garçons seule à Istanbul.

Mme Kurdi se souvient des propos que lui tenait son frère: "Si nous partons, nous partons tous". Elle dit qu'elle parla à sa femme la semaine dernière, laquelle lui confia sa peur de l'eau alors qu'elle ne savait pas nager.

Je lui ai dit "Je ne peux pas vous pousser à partir. Si vous ne voulez pas y aller, ne partez pas", explique-t-elle. "Mais je suppose qu'ils décidèrent qu'ils voulaient le faire tous ensemble.“


Puis Abdullah Kurdi donne une description de la nuit fatidique:

"Nous étions parti en mer depuis quatre minutes et alors le conducteur du bateau vit que les vagues étaient hautes, ensuite il vira de bord et nous fûmes frappés immédiatement. Il paniqua et s'enfuit en plongeant dans la mer. Je pris les commandes et commençai à virer, mais les vagues étaient si hautes que le bateau se retourna. Je pris ma femme dans mes bras et je réalisais qu'ils étaient tous morts."


Le récit est quelque peu confus mais on le serait à moins. L'embarcation chavira très près de la côte, ce qui explique sans doute pourquoi le "courageux capitaine" préféra directement se jeter dans la mer en pleine tempête. Se pourrait-il qu'il y ait eu une dispute à bord entre ceux qui voulaient avancer coûte que coûte et ceux qui souhaitaient faire demi-tour? Cela expliquerait l'attitude étrange du capitaine sautant à l'eau, mais nous n'aurons probablement jamais le fin mot de l'histoire.

M. Kurdi avait payé 4000 euros pour la traversée jusqu'en Grèce, à seulement quelques kilomètres de là. Quatre Syriens suspectés d'être les passeurs ont été arrêtés depuis.

En Turquie, la famille Kurdi vivait pauvrement mais en sécurité depuis trois ans - Aylan manqua de peu de naître là-bas. Ils quittèrent le pays pour des motifs discutables, mais sans menace directe pour leur survie ; enfin, ils payèrent le voyage grâce à de l'argent envoyé par des membres de leur famille au Canada pour s'offrir les services d'une bande de passeurs.

La mort d'Aylan Kurdi est avant tout un accident, un mélange d'imprudence, d'impatience et de malchance transformant de très mauvais choix en drame. L'histoire de cette famille est triste et terrible mais très éloignée de la légende qu'on en tisse, et le père lui-même en tire une conclusion radicalement différente lorsqu'il appelle à plus de solidarité de la part des pays arabes:

En pleurs, Abdullah Kurdi a assisté à l'enfouissement des corps au cours d'une "cérémonie des martyrs" dans la ville à forte majorité kurde située à la frontière turque. Il a dit espérer que la mort de ses proches encouragerait les pays arabes à venir en aide aux réfugiés syriens. "Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient (ce qu'il est arrivé) à mes enfants et en leur nom, qu'ils apportent leur aide", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur le site internet d'une radio locale.

 

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Les riches pays arabes à l’Union Européenne :
« Bon sang, ouvrez la porte aux réfugiés syriens, bande de glandeurs indifférents ! »

Le grand public n'est d'ailleurs pas dupe ; des sondages en ligne sur plusieurs journaux (rapidement balayés sous le tapis) montrent que pour 80% des internautes cette affaire n'a pas changé leur perception de la crise des migrants. Mais, pour les décideurs de l'Europe, peu importe les sondages ; ils ont une excuse et c'est tout ce qu'il leur faut. La mort de ce petit garçon leur donne le prétexte qu'ils attendaient pour ouvrir toutes grandes les frontières de l'Europe et précipiter son destin.

Mise à jour (6 septembre 2015): une photo très différente du corps d'Alyan Kurdi circule sur le réseau:

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Elle tend à accréditer la thèse d'une mise en scène du cadavre, déplacé sur un coin plus charmant de la plage pour qu'il soit plus "photogénique". Il ne semble décidément pas y avoir de limites à l'indécence lorsqu'il s'agit de faire plier l'opinion publique.

Mise à jour (8 septembre 2015): La blogosphère ose prononcer l'hypothèse indicible: le père n'aurait pas été sur le bateau.

Le père aurait envoyé sa femme et ses enfants seuls - sans gilet de sauvetage alors qu'aucun ne savait nager. Ce qui expliquerait pourquoi il a raconté tantôt avoir rejoint la plage à la nage, tantôt avoir été secouru par les garde-côtes ; pourquoi il a été le seul survivant du naufrage, totalement indemne ; pourquoi il aurait découvert le sort de ses enfants dans la presse et leur corps seulement une fois arrivé à l'hôpital, contrairement à plusieurs variantes de son récit où il dit les avoir vu mourir devant ses yeux ou dans ses bras.

On sait également qu'ils n'ont jamais déposé de demande d'asile au Canada, et non que cette demande aurait été "refusée" comme les premières versions du récit l'affirmaient.

Enfin, des internautes font remarquer que, outre le fait qu'ils vivaient paisiblement en Turquie depuis trois ans avec la branche canadienne de la famille payant le loyer à leur place, ils n'avaient pas non plus fui l'Etat Islamique quel que soit l'endroit où la famille prétendait se trouver auparavant ; ni Damas, ni Alep, ni Kobané n'étaient le moins du monde menacés par l'Etat Islamique en 2012, époque où la guerre civile syrienne commençait à peine à poindre à l'autre extrémité du pays.

A aucun moment ils ne furent donc des réfugiés, même lors de leur installation en Turquie.

03 septembre 2015

La stratégie de l'enfant mort

L'image choquante est placardée partout: un enfant syrien inerte, noyé, devient le fer de lance de la bonne conscience immigrationniste contre les réticences des populations européennes face à la déferlante des migrants. Sommes-nous collectivement coupables de la mort de cet enfant?

Pour les partisans de l'accueil qui dominent dans les médias, la réponse est oui. L'impact émotionnel des images est utilisé pour faire taire la raison. "La photo qui fait taire le monde", tweete le quotidien italien La Repubblica, titre également repris par Le Matin. La ficelle est énorme, mais elle fonctionne. Les sentiments l'emportent sur la capacité d'analyse. Pour réduire au silence les personnes qui s'opposent à l'arrivée massive de populations étrangères, fut-ce pour des raisons tout à fait rationnelles, il n'y a plus qu'à les traiter de salauds sans cœur et l'affaire est dans le sac.

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Depuis la diffusion des images nous en savons un peu plus sur la victime:

Selon les médias turcs, il s'agit d'Aylan Kurdi, un garçon syrien de trois ans dont le frère aîné a également trouvé la mort dans le naufrage de deux embarcations. Ils venaient vraisemblablement de Kobani, ville de Syrie adossée à la frontière turque, qui a été le théâtre de très violents combats entre djihadistes de l'État islamique et miliciens kurdes, il y a quelques mois.

Ces bateaux, transportant des Syriens, étaient partis dans la nuit de mardi à mercredi de la ville côtière turque à destination de l'île grecque de Kos, l'un des plus courts passages maritimes entre la Turquie et l'Europe, lorsqu'ils ont chaviré, ont expliqué les garde-côtes turcs. Rapidement prévenus par les cris des naufragés, les sauveteurs ont repêché douze corps sans vie parmi lesquels celui de cet enfant dont les photos ont envahi les réseaux sociaux avec ce mot clef: «KiyiyaVuranInsanlik», qui signifie «l'humanité naufragée» en turc.


La famille de cet enfant est donc volontairement partie de Turquie, où elle était à l'abri, pour une destination qu'elle estimait plus confortable ; un voyage dans lequel elle n'hésita pas à risquer la vie de ses enfants. Ils auraient pu continuer à résider en Turquie et ils seraient alors encore tous vivants. Le drame n'a pas la même connotation que si le malheureux avait péri en tentant de fuir sa Syrie d'origine.

Quasiment le même jour un incendie criminel dans le 18e arrondissement de Paris fit huit victimes, asphyxiées et défenestrées, dont deux enfants. On ne verra évidemment pas les cadavres de ce fait divers en gros plan, cela ne correspond à aucun objectif politique. L'opération de communication est conçue pour tirer des larmes, et elle en tire. Les images poignantes déchirent le cœur de chacun d'entre nous. Mais il meurt des milliers et des milliers d'enfants en Afrique tous les mois sans aucune mobilisation massive du reste du monde. Quid des enfants massacrés par l'Etat Islamique, déchiquetés par les bombes des terroristes, assassinés au Pakistan parce que c'était des filles et qu'elles voulaient aller à l'école?

Depuis le début de cette récente vague de migration vers l'Europe des peuples d'Afrique et du Moyen-Orient, bien des gens sont morts. Aylan Kurdi n'est de loin pas le premier bambin innocent à périr sur le chemin, mais il est le premier à être ainsi médiatisé. Les journalistes ont pourtant déjà eu à de multiples occasions la possibilité de filmer et de diffuser des images d'enfants morts mais s'en sont toujours abstenus. Alors pourquoi maintenant?

Il existe toujours une étape dans un conflit où les enfants deviennent un enjeu de communication pour faire ployer l'opinion publique. Nous en arrivons à ce stade - un passage en force destiné à étouffer le débat. Il est à noter qu'ailleurs en Europe les directives sont différentes. La mort du petit Aylan Kurdi, trois ans, est un drame abominable. Mais que penser de ceux qui l'instrumentalisent? Qui pourrait clamer que cet enfant ou sa famille auraient voulu que sa noyade serve à influer sur l'opinion publique?

Face aux enjeux géopolitiques, la paix des morts ne pèse pas lourd. Les médias sont prêts à tout pour faire avancer leur idéologie, jusqu'à exploiter le corps sans vie d'une petite victime innocente pour l'infliger au grand public par tous les moyens possibles, diffusion en prime-time à la télévision et impression en première page de leurs quotidiens.

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Ce voyeurisme macabre fait taire la raison, pour un temps, mais la raison ne saurait s'exclure de façon permanente du débat sur l'immigration. Il en va de l'avenir d'autres enfants, européens cette fois, et du monde dans lequel ils vivront. Gardons notre sang-froid face à ces images horribles que nous infligent nos médias car lorsque la raison reviendra, les médias pratiqueront la seule option qu'il leur reste - la surenchère.

02 septembre 2015

L'argent reste (gaspillé) ici

Ces derniers jours voient fleurir sur les murs de la Suisse une étrange campagne, "l'argent reste ici". Variante, "les emplois restent ici". Le graphisme simple s'associe à un slogan apparemment pétri de bon sens pour un impact maximum. Mais qu'en est-il du fond?

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...Mais dans les poches de qui?

Le peu d'information de l'annonce renvoie à un site reprenant et développant le thème de la campagne: produire davantage d'énergie locale pour moins dépendre de l'étranger - étranger mentionné à travers des régimes néfastes et corrompus comme l'Azerbaïdjan ou la Libye, histoire de bien marquer les esprits. Personne ne relèvera que nos principaux fournisseurs d'énergie sont l'Allemagne et la France, dont le degré de probité soutiendra la comparaison même auprès des plus cyniques.

La Suisse ne produit que 20% d'énergie autochtone et doit importer le reste ; "les choses doivent changer", proclame le site, "dans l'intérêt de notre indépendance et de la sécurité de l'approvisionnement." Et de glisser entre deux applaudissements à la Confédération un objectif à l'horizon 2035 voire 2050 - ça ne mange pas de pain - pour augmenter la part d'énergie indigène dans le mélange...

On voit bien que nous sommes en campagne électorale pour les élections fédérales. Les lobbies sortent du bois. Celui-ci est une émanation de Swisscleantech, mais en grattant à peine d'autres acteurs surgissent: Swissolar, l'association des professionnels de l'énergie solaire ; la fondation suisse de l'énergie, une petite association militant pour la société limitée à 2000 watts ; et enfin des habitués de l'influence de couloir, à savoir WWF, Pro Natura et Greenpeace, toujours les mêmes.

Une petite liste des acteurs de Swisscleantech se révèle elle aussi instructive ; on y trouve par exemple le fabricant d'automobiles Renault ou Ikéa, dont la production industrielle a été délocalisée en Chine... Toujours crédible d'avoir ce genre de sponsor pour une campagne invitant à produire local!

Évidemment, si ça a l'odeur, la couleur et le goût du protectionnisme, ça pourrait bien être du protectionnisme. Et c'est exactement le cas ici.

Le protectionnisme, sophisme à la mode

L'absurdité du protectionnisme sensé préserver la population de "déséquilibres économiques" a été maintes fois démontrée. Je préfère renvoyer le lecteur curieux au célèbre texte de Frédéric Bastiat sur la Pétition des marchands de chandelle qui n'a pas pris une ride en un siècle et demi.

Si la Suisse importe 80% de son énergie, c'est à travers un phénomène vieux comme le monde qu'on appelle le commerce. Le commerce n'a rien de néfaste ; il permet d'obtenir des biens que l'on aurait la plus grande peine à produire soi-même. Il en est de l'énergie comme du reste.

Les professionnels de la communication font encore appel au protectionnisme en 2015 parce qu'il continue de faire mouche auprès des naïfs. Celui qui n'y prend pas garde a instinctivement l'impression que les barrières érigées contre les produits étrangers (qu'il s'agisse d'énergie ou de marchandises) favoriseront effectivement la production locale ; ce qu'il ne réalise pas, c'est que cette production locale se développe à travers des prix surfaits et que ces prix s'exerceront aux dépends de son propre pouvoir d'achat.

Et en guise de prix surfaits, le Suisse a une certaine expérience.

La gabegie des producteurs d'énergie helvétiques, un aperçu de l'infini

Introduisons un reportage récent de la RTS qui est, dans sa catégorie, un modèle du genre.

Le reportage commence par annoncer de but en blanc que les tarifs de l'électricité augmenteront l'an prochain puis décrit les déboires financiers d'Alpiq. La relation de cause à effet est trop évidente entre une entreprise publique mal gérée et une clientèle captive mais on ne s'étendra évidemment pas sur ce petit détail...

Alpiq va mal parce que l'Europe injecte "trop de courant" dans le réseau suisse, entend-on. Autrement dit, les Européens se battent pour nous vendre leur surplus d'énergie à des prix plancher et c'est un problème!

Mais le téléspectateur n'aura pas le temps de relever la contradiction que déjà la voix off lâche son argument-clé: Alpiq n'a pas assez cru à l'énergie renouvelable. Cette explication - qui ne veut strictement rien dire - sera martelée pendant toute la seconde moitié du reportage.

Même si l'ensemble de la séquence est un énorme morceau de propagande, quelques chiffres passent rapidement et font frémir. Pour commencer, la situation d'Alpiq: de 21 modestes millions de bénéfice en 2014, la société passe à un déficit de 886 millions de francs sur les six premiers mois de l'année 2015!! Il est temps de se poser quelques questions en effet!

"Mais ces sociétés brassent des milliards", rétorquerez-vous peut-être. Vous auriez tort: des milliards certes, mais pas tant que ça. 3,3 milliards de chiffre d'affaire annuel seulement... Et déjà un tiers de ce montant perdu dans les six premiers mois de l'année! Combien de temps pourrait se maintenir en activité un boulanger perdant un tiers du prix sur chaque baguette de pain vendue?

La raison est lâchée à demi-mot: Alpiq joue sur le marché de gros européen et les prix se sont effondrés à cause de la surproduction allemande. Vraiment effondrés, et dans des proportions qui dépassent toutes les explications vaseuses à base de Franc Fort qu'on essaye évidemment de glisser dans la conversation. Jugez plutôt:

  • En 2008, le Kilowatt-Heure se négociait à 23 centimes ;
  • En 2015, il se négocie à... 4 centimes.

On est assez au-delà des simples variations entre le franc et l'euro. Avez-vous vu votre facture d'électricité divisée par six? Bien sûr que non. Vous pourriez, mais heureusement, la magie du monopole permet d'empêcher le consommateur de bénéficier de cette vilaine concurrence! L'argent reste ici on vous dit!

Mais pas dans vos poches!

La Suisse, îlot de cherté

La campagne de lobbyisme de Swisscleantech est dictée par le calendrier électoral mais tombe bien mal au vu des nombreux scandales qui touchent le marché de l'électricité en Suisse, comme le rendement garanti du réseau électrique, et, bien sûr, une facture gavée de taxes.

N'en déplaise aux journalistes engagés, la production industrielle d'électricité est un exercice difficile qui implique de la prudence et de la finesse pour être rentable ; il ne suffit pas de scander "Renouvelable! Renouvelable!" pour que l'argent jaillisse comme par miracle...

Si le vent permettait de faire fortune à tous les coups cela se saurait depuis longtemps, et ce ne sont pas les Services Industriels Genevois qui me contrediront. Les éoliennes allemandes ne sont rentables que parce que l'électricité qu'elles produisent est subventionnée. Ils s'agit donc de prix manipulés, un cas de dumping on ne peut plus clair mais que nos édiles souhaitent plus imiter que dénoncer.

Derrière l'appel à "garder l'argent ici" et "garder les emplois ici" il n'y a que la volonté de perpétuer un système qui empêche les consommateurs - particuliers et entreprises - de bénéficier des meilleurs prix.

L'électricité reste en Suisse un monopole coûteux et mal géré. Le choix entre l'électricité éolienne, nucléaire ou thermique est illusoire si la décision est imposée d'en haut. Il en est de même pour le lieu de production de cette électricité, local ou à l'étranger. Ces décisions devraient revenir à chaque consommateur, pas à une classe politique sous l'influence des lobbies, qu'ils soient nucléaires ou écologistes.

27 août 2015

En campagne pour laver plus vert...

Les élections fédérales d'octobre approchent à grands pas et les médias se lancent dans la campagne - avec leur subtilité habituelle - en faveur d'une politique plus "verte". Malheureusement, le timing n'est pas très bon. Sur le front de l'écologie politique les nouvelles s'enchaînent et ne vont pas dans le bon sens.

A l'échelle locale, c'est amusant, on apprend que les écoles genevoises, vides en été comme partout ailleurs, consomment quasiment autant d'électricité que lors du reste de l'année. Les explications de l'administration prise la main dans le sac en plein gaspillage valent leur pesant d'éco-conscience:

Des exemples de travaux entrepris cet été et qui ont fait chauffer leurs prises électriques? Invoquant un délai de réponse trop court, le [Département des finances (DF) qui chapeaute l'Office des bâtiments] n'a pas pu fournir de précisions.

«Les bâtiments récents possèdent plus d'installations électriques, comme des beamers ou des ventilations mécaniques nécessaires en permanence au maintien de la qualité de l'air, répond [Roland Godel, porte-parole du DF]. Ce qui explique les chiffres de consommation électrique même lorsque les écoles sont inoccupées. En revanche, ces bâtiments modernes consomment moins d'énergie thermique et moins d'eau grâce à une meilleure isolation notamment.» Mais un beamer, ça s'éteint. Et l'air d'une salle de classe sans ventilation est-il irrespirable? Le DF n'a pas pu fournir de compléments à ce sujet.


A l'échelle nationale, on assiste à l'appel (pitoyable) d'une poignée de militants scientifiques engagés en faveur d'une interdiction des chauffages au mazout - tant qu'à faire, n'est-ce pas, dans cette souplesse et cette largeur d'esprit typique des écologistes! - alors même que le pétrole franchit des plus bas historiques...


...Et si, dans la droite ligne de l'idéologie verte, on veut du global, du vrai bon gros effet à l'échelle mondiale, on se tournera vers quelques lanceurs d'alerte qui révèlent une petite "faille" dans le mécanisme de Mise en œuvre conjointe (MOC) du Protocole de Kyoto - laquelle aurait permis à quelques États peu scrupuleux, l'Ukraine et la Russie pour ne pas les nommer, d'éviter toute contrainte en revendant des réductions d'émission purement imaginaires:

[Une] faille dans le système a créé une incitation perverse à produire et incinérer davantage de gaz résiduaires, afin de gagner plus de crédits, indique une étude des mêmes auteurs parue lundi dans la revue Nature Climate Change. Ce qui s'est traduit par des crédits supplémentaires vendus sur le marché et une augmentation nette des émissions.

Selon le mémoire du SEI, les implications pour le système d'échange des quotas d'émissions de l'Union européenne, le plus grand marché du carbone au monde, ont été particulièrement graves. Cette faille pourrait avoir plombé son objectif d'environ 400 millions de tonnes d'équivalent CO2. (...) L'Ukraine et la Russie représentaient plus de 90% des crédits de la MOC.


Il n'y avait sans doute pas encore assez d'experts travaillant sur le protocole de Kyoto et ses excroissances réglementaires pour éviter ces quelques petites faiblesses...

Nous avons donc deux-trois sujets qui mériteraient quelque enquête diffusée à des heures de grande écoute, de grands titres dans la presse, voire la démission d'un haut responsable par ici ou par là, on peut rêver. Mais non! Rien du tout. A la place, dans une belle unanimité nous avons droit en Suisse à un sujet beaucoup plus important: la droite est moins sensible à protection de l'environnement! L'effet Fukushima s'estompe, se plaint par exemple la RTS dans un article absolument sans rapport avec la centrale nucléaire japonaise mais permettant un subtil rappel à une catastrophe:

Sans surprise, les questions écologiques restent surtout l'apanage de la gauche.

Durant ces quatre dernières années, les parlementaires PDC du Conseil national ont voté à 50% (-9 points de pourcentage) en concordance avec les organisations environnementales et le PBD à 57% (-7). Le PLR a voté en faveur de l'environnement dans 28% des cas (-2), l'UDC à seulement 8% des objets (- 2).


Voilà, ce n'est pas très compliqué: droite = mal, béton, pollution, saleté ; gauche = bien, paysages préservés, petits oiseaux qui chantent pour dire merci. Plus loin, en guise d'analyse scientifique, on nous explique que certains élus ont voté "favorablement à une politique environnementale" alors que d'autres non.

Voter favorablement à une politique environnementale? Que signifie ce charabia?

Pour en savoir plus il faut creuser un peu. Le site dont nos médias reprennent béatement les conclusions, à savoir ecorating.ch, est tout simplement un lobby au service de l'écologie politique, une officine articulée autour de quatre acteurs, Greenpeace, le WWF suisse, l'association anti-voiture ATE et Pro Natura. Ce sont donc eux, probablement élus par les arbres et les bêtes sauvages pour les représenter, qui définissent ce qu'est une politique environnementale - en toute objectivité, vous imaginez bien.

Avec tous ces nuages de fumée médiatique, il y a de quoi être intoxiqués.

En descendant au niveau d'un candidat on peut voir comment se récoltent les bons points. Il s'agit tout simplement d'être en phase avec Greenpeace et al. devant une initiative, un projet de loi ou un thème politique. Et lorsqu'on examine la liste des questions posées, l'impression est frappante:

  • Faut-il introduire une taxe par billet d’avion, de manière analogue à ce qui se fait en Allemagne, en France, en Autriche ou en Grande-Bretagne? (plus de taxes)
  • Êtes-vous en faveur d’une hausse du supplément sur les coûts de transport pour la rétribution du courant injecté pour les énergies renouvelables? (plus d'impôts)
  • Soutenez-vous l’augmentation des fonds alloués à la réalisation des mesures du plan d’action de la Stratégie Biodiversité Suisse? (plus d'impôts)
  • Si les conventions de branche volontaires échouent, la Confédération doit-elle pouvoir imposer des exigences minimales en matière d’achat de matières premières écologiques? (dirigisme)
  • La loi sur l’aménagement du territoire doit-elle être modifiée de sorte à limiter le nombre de constructions et d’installations hors des zones à bâtir? (dirigisme)

Etc. Hausse des prélèvements, interdictions, viol du droit de propriété, restrictions sur l'énergie, l'écologie façon Ecorating n'y va pas par quatre chemins, bien dans la ligne de Doris Lataxe Leuthard d'ailleurs. La protection de la nature à la sauce politique ne se distingue guère du socialisme appliqué: la main est tout aussi lourde derrière les slogans sympas, et dans les deux cas les médias s'empresseront de servir la soupe à une si bonne cause. Il n'est donc guère surprenant que dans ce genre de classement les socialistes les plus radicaux fassent aussi bien, voire mieux, que les écologistes eux-mêmes.

Dans cette grande mascarade, la gauche immigrationniste et étatiste se pare évidemment des vertus de la défense de la nature. Dans une parfaite symétrie, l'UDC, seul parti soutenant les agriculteurs et la qualité de vie helvétique, est dépeinte comme une sorte de monstre.

Une fois comprise l'inversion des valeurs présentées par nos médias il ne reste plus qu'à présenter à nouveau la position des partis selon la grille convenablement nommée:

élections du 18 octobre 2015,médias,propagande,écologie

Plus un parti est proche de 100% sur le tableau, plus il est sujet au dirigisme, à la fiscalité, à la bureaucratie, aux interdictions - l'écologie n'étant bien entendu qu'un prétexte comme un autre pour justifier ses propres abus.

Vous voilà prévenus...