20 mai 2015

Les Suisses, bons à décapiter?

"Les Suisses ne sont bons qu'à être décapités", proclame un certain Oussama M., Irakien incarcéré en Suisse. Les autorités fédérales, décidément très remontées, ont décidé de "prolonger une nouvelle fois sa détention", explique le Matin. Pas de jours-amende avec sursis ni de réhabilitation aux petits oignons pour le vilain petit canard du vivre-ensemble métissé et festif - en tout cas, pas pour l'instant.

daesh.jpgPadamalgam™, double dose

Sans doute pas au courant que l'islam-ce-n'est-pas-ça (on attend avec impatience le débat télévisé entre un frère Ramadan et ce genre d'olibrius) l'individu explique au Tages Anzeiger qu'il n'y a pas lieu de perdre du temps à essayer de convertir les infidèles: "Les chrétiens suisses ne sont bons que pour la décapitation, pas pour le prosélytisme". On a beau être promis au paradis, il faut utiliser son temps efficacement. D'ailleurs Oussama se préparait à joindre le geste à la parole:

Pour les autorités suisses, Oussama M. était clairement en train de préparer une action en Suisse pour le compte de l'organisation terroriste avec l'aide de deux complices. L'Irakien «est totalement en phase avec les activités de l’État islamique et se considère comme un de ses membres», écrit le Tribunal pénal fédéral. Il se décrit comme un combattant respecté qui a participé à des batailles.


Heureusement, c'est probablement un loup solitaire, le genre de type qui devient méchant à coup de vidéos sur Youtube alors qu'avant il était gentil comme tout et disait bonjours à ses voisins lorsqu'il les croisait dans l'escalier... Rien qui justifierait, par exemple, une remise en question de la politique d'asile habilement conduite par notre conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga... Oups!

Oussama M. a été accueilli en Suisse après une grave blessure en Irak. Il souhaite retourner dans son pays une fois sur pied. Actuellement, il se déplace en chaise roulante. Et même s'il a été soigné et qu'il touche l'aide sociale, il est virulent (sic) avec la Suisse. Selon les autorités fédérales, l'accusé a apporté son soutien à l’État islamique, notamment pour des transferts de fonds. Il aurait aussi eu des contacts avec un membre influent Abu al-Muhajir Akkab, recherché par Interpol. Oussama M. était aussi chargé de mettre en place une cellule terroriste en Suisse chargée de préparer des attentat ici ou en Allemagne.


padama10.jpgLa Suisse est tellement accueillante qu'elle soigne et entretient des gens qui avouent ouvertement leur souhait de décapiter ses habitants! A-t-on jamais vu plus merveilleuse démonstration d'hospitalité? Mais ne vous inquiétez pas outre mesure des propos tenus! Force restera à la loi:

L'Irakien, comme ses deux complices, clame leur innocence depuis des mois. Aucune de ses demandes de libération ne lui a été accordée. En fait, sa détention préventive vient même d'être prolongée jusqu'au 20 septembre au moins.


Prend ça, vil islamiste! Ça calme, hein? Face à un type qui a probablement vu (et commis) des atrocités sans nom en Syrie et en Irak, la perspective d'être incarcéré "jusqu'au 20 septembre au moins" dans une confortable cellule helvétique - à la superficie scrupuleusement conforme aux Droits de l'Homme - doit probablement être terrifiante, faisant vaciller toutes ses convictions.

Ce triste entrefilet de la presse locale n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'une guerre qui gagne en intensité non seulement en Suisse mais dans l'ensemble du monde occidental, et ce d'autant plus que le flot de réfugiés "syriens" que Mme Sommaruga accueille à bras ouverts avec l'argent des contribuables comporte son lot de combattants de l’État Islamique.

La myopie ordinaire

Sans transition, prenons l'exemple imaginaire, mais inspiré de la réalité, de Martine. Martine se définit elle-même comme une amoureuse de la nature ; Martine concrétise cet amour dans un respect scrupuleux des directives officielles édictées par les écologistes et religieusement retransmises par les médias de masse. Martine mange Bio autant qu'elle peut, consomme local, recycle, ne laisse pas ses appareils en veille quand elle y pense, et se maudit intérieurement plusieurs fois par semaine lorsqu'elle est contrainte d'utiliser sa voiture.

Naturellement, Martine vote écolo - les mêmes qui réclament l'accueil de 100'000 réfugiés syriens dans le pays.

Bernard, lui, est fonctionnaire. Employé dans la prestigieuse administration cantonale de Fribourg, son travail est routinier mais finalement confortable. L'argent rentre, il a droit à ses vacances, ses chèques Reka, l'accès à la cantine du personnel. Il ne se foule pas trop mais s'entend bien avec son supérieur, ça compense. Sa progression salariale est garantie et chaque année ses copains syndicalistes réussissent à grappiller un petit plus par-ci ou par-là.

Depuis quelques temps, Bernard dort mal. Sa petite commune de Chevrilles a été sélectionnée par Mme Sommaruga pour implanter un nouveau (et énorme) centre d'accueil pour requérants. Il se demande quel effet cela aura sur la valeur de sa maison et les trajets qu'effectuent quotidiennement ses deux filles. Naturellement, cela ne l'empêchera pas de continuer à voter socialiste.

Thomas, enfin, est un rebelle. Il ne supporte pas les normes sociales rigides. Il se plaint sans arrêt que la Suisse "ne bouge pas assez", qu'elle est trop "réactionnaire" et que sa vie est un carcan. Il rêve d'un revenu universel qui lui permette une vie tranquille avec son copain, bière à volonté et un peu de deal d'herbe au noir comme complément. Il en fume aussi, tant pour oublier ses études qui ne décollent pas que pour mieux planer avec sa musique où on rêve d'un monde ouvert, beau et généreux où tous les humains se tendent la main.

Si Thomas est homosexuel, il ne s'en vante pas - et encore moins depuis vendredi dernier, où il s'est laissé submerger par l'émotion en embrassant son ami devant la gare de Zurich. Il était tard, ils devaient se quitter, mal leur en a pris. Une douzaine d'individus désœuvrés et visiblement étrangers les a vigoureusement houspillés. Les baffes ont commencé à pleuvoir et la situation manquait de dégénérer jusqu'à l'arrivée providentielle d'une patrouille de police qui dispersa l'attroupement. Depuis, Thomas s'efforce de ne plus penser à cet incident troublant, de peur de remettre en question sa vision du monde où l'UDC est le principal obstacle sur le chemin du bonheur.

Responsabilité électorale et priorités

La vie est faite de choix. Nous nous faisons une fierté de proclamer que ces choix sont l'écho de nos valeurs, de notre époque et de notre histoire personnelle ; ce n'est pas toujours vrai. Souvent, ces choix sont aussi les conséquences de notre conformisme, de nos habitudes ou de notre refus d'admettre un problème.

Les exemples de Martine, Bernard ou Thomas n'ont rien de particulier - on pourrait les décliner à l'infini. Mais chacun d'eux aura un petit souci: définir l'ordre de ses priorités face à la menace islamique incarnée par exemple par Oussama. Il y a les choix qu'on fait, mais aussi ceux qu'on refuse de faire.

  • La Suisse est-elle menacée davantage par l'islamisme ou par le réchauffement climatique?
  • La Suisse doit-elle privilégier l'accueil de faux réfugiés ou le respect de son cadre de vie?
  • Comment la Suisse peut-elle promouvoir le respect des homosexuels ou l'égalité homme-femme face à des populations allogènes totalement hostiles à ces concepts?
  • Que vaut la loi des hommes, la démocratie, la liberté d'expression, face à ceux pour qui la seule loi qui vaille est la loi d'Allah? Quel sens y a-t-il à les laisser s'installer sur notre territoire?
  • Quel sens y a-t-il à vouloir renvoyer les criminels étrangers dans leur pays, refuser l'accès à un flot de faux réfugiés, instaurer des quotas pour l'immigration lorsque les autorités élues par ces mêmes citoyens refusent par principe tout contrôle des frontières?

Ces interrogations dérangent - tant et plus que trois-quart des électeurs, et je suis généreux, s'efforcent surtout de ne pas se tourmenter avec des questions de ce genre.

La politique de l'autruche est aussi décriée qu'elle est pratiquée. Si nombre d'élus suisses ont clairement choisi leur camp, la responsabilité finale de leur accès au pouvoir incombe à l'électeur et à nul autre.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

George Orwell


Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe la situation va aller en s'aggravant: hordes de requérants d'asile, crise économique, islamisation, guérillas urbaines. L'ère de l'insouciance heureuse est terminée et chaque jour il devient plus dangereux de continuer à faire comme si.

L’État Islamique n'a pas encore un an

Voyant l'évolution des crises dans la période 2010-2015 et leur accélération stupéfiante rien que depuis le début de l'année, on s'effraie à penser à ce que sera devenu le monde en 2020 à ce rythme. Bien avant, nous aurons sans doute d'autres chats à fouetter que l'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

La Suisse n'a plus guère les moyens de continuer à ignorer les problèmes, ou ceux-ci finiront par l'emporter. Mais la prise de conscience requiert le réveil des citoyens, une vision claire des enjeux, et un engagement fort pour appliquer des solutions concrètes. Nous reste-t-il, en tant que peuple, assez d'énergie et de volonté pour organiser notre propre survie? Ou les réglementations sur le ramassage des déchets sont-elles l'aboutissement de notre projet de civilisation?

Nous aurons les réponses à ces questions lors des élections fédérales de cet automne. Je ne vais pas vous mentir, les perspectives ne sont pas bonnes. Si au bout du compte nous nous destinons à n'être que du bétail pour islamistes, c'est aussi parce que nous en aurons décidé ainsi.

25 avril 2015

Réflexions iconoclastes sur l'asile

Ce mercredi le Matin nous conte l'histoire de Daouda et Diallo, deux requérants d'asile pour qui "rester voulait dire crever". L'article suit un consternant débat la veille sur Infrarouge sur la question des drames en Méditerranée en interrogeant: "tous coupables?" Au cas où vous en doutiez, la réponse est positive, naturellement, d'ailleurs elle a été donnée un peu plus tôt, le 21 avril, dans un éditorial de Cléa Favre au titre on ne peut plus limpide: "pourquoi nous sommes tous responsables des morts en mer".

L'offensive médiatique a la subtilité et l'opiniâtreté du rouleau-compresseur. Une déferlante idéologique qui fait écho à la déferlante humaine sur les côtes italiennes.

La fable imparfaite

La raison semble avoir déserté le débat ; il est temps de l'y ramener avec un peu d'esprit critique. S'il ne fallait qu'un exemple, prenons la fable des deux Guinéens fuyant la misère, si caractéristique du misérabilisme au nom duquel les autochtones européens devraient tout accepter, et démontons quelques articulations du récit.

"Rester voulait dire crever". La formule-choc est là pour marquer les esprits. Mais de quel enfer proviennent ces gens? De Guinée, apparemment. Le pays d'Afrique de l'Ouest est indépendant depuis 1958 et compte 11 millions d'habitants. Sa densité moyenne est de 45 habitants au kilomètre carré ; pour comparaison, la Suisse est à 204. L'épidémie d'Ebola dans la région fut certes dramatique, mais elle est terminée. Le pays n'est pour l'heure pas la proie d'une quelconque guerre civile. On imagine que l'environnement économique est moins prospère qu'en Europe (et encore, qui est allé voir comment vivent les Roumains ou les Polonais les plus pauvres?) mais n'exagérons rien, les millions d'habitants restés sur place ne sont pas condamnés à mourir de faim dans le dénuement.

Premier mensonge donc: non, rester ne veut pas dire crever.

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Le marché de Madina, à Conakry, illustration terrifiante de l'enfer guinéen

Voyage de riches. Selon la légende éprouvée, les deux requérants se présentent comme des individus risquant héroïquement leur existence pour une vie meilleure... Mais ils étaient déjà aisés en regard de leur pays, et de beaucoup. Ils affirment avoir payé leur traversée 800 euros, soit 860 dollars. D'autres témoignages font état de tarifs divers allant de 600 à 1500 euros. Ce ne sont pas les seuls frais du voyage ; selon la RTS - qu'on pourra difficilement accuser de propagande anti-réfugiés - et les informations glanées sur le démantèlement d'un réseau de passeurs, l'ensemble du trajet "porte à porte" entre l'Afrique et une social-démocratie européenne revient à environ 7'200 dollars par personne.

En venant de Guinée, Daouda et Diallo ont peut-être payé moins que des immigrés clandestins du Yémen ; mais même en prenant pour hypothèse la moitié de ce montant, soit 3'600 dollars chacun, ce sont des hommes riches. Le revenu mensuel moyen par habitant en Guinée s'élève à 38 dollars, soit 460 dollars par an. Leur voyage aura donc coûté presque huit ans de salaire annuel moyen.

Deuxième mensonge donc: le voyage n'est pas fait par des miséreux. Les gens pauvres n'ont pas les moyens de se payer les services des passeurs.

Les meilleurs qui s'en vont. L'énorme somme d'argent réunie par nos deux immigrés pour venir en Europe aura intégralement servi à remplir les poches de passeurs, esclavagistes des temps modernes. En Guinée, cette somme aurait largement pu suffire à rassembler le capital d'une petite entreprise, des locaux et des machines-outils par exemple, et à payer les salaires des premiers employés.

Comme une proportion écrasante des immigrés économiques, Daouda et Diallo sont jeunes, dynamiques, en bonne santé, débrouillards, et même courageux. N'en déplaise à leurs détracteurs, il faut des tripes pour oser se lancer à l'assaut de l'Europe. Pour de nombreux jeunes candidats au voyage, c'est la première aventure de leur existence.

On comprend donc le drame des populations dont ils sont issus: l'immigration leur fait perdre les individus les plus capables, les plus prometteurs, les plus talentueux, en un mot leurs forces vives. Ironie du sort qui fait venir en Europe les gens qui seraient les plus à même de sortir l'Afrique de la misère...

Troisième mensonge donc: les candidats à l'Europe ne sont de loin pas des individus sans importance dans leur société d'origine.

Réfugiés de guerre. Si nos Guinéens ne prétendent pas fuir la guerre, l'antienne est si banale que nous devons nous y frotter. Le mythe du réfugié de guerre est abondamment répété par les médias mais les images les contredisent sans cesse: ce sont des noirs d'Afrique qui débarquent par navires entiers, pas des Syriens. L'abondance d'hommes jeunes par rapport aux femmes, enfants et familles contredit elle aussi l'hypothèse de civils fuyant un conflit.

Considérons l'Ukraine, un pays européen en proie depuis plus d'un an à une guerre civile. Les chiffres de l'ONU affirment que celle-ci a provoqué plus de 5000 victimes. Si pareil conflit était survenu en Afrique ou au Moyen-Orient, d'après les explications habituelles de nos éditorialistes, toute la population locale chercherait asile en Europe pour échapper aux violences et nous aurions l'obligation morale de les accueillir. Mais alors, selon cette logique, où sont les Ukrainiens? Où sont les colonnes de réfugiés venus de Donetsk ou même de Kiev? Où sont ces milliers de pauvres hères inondant les services diplomatiques occidentaux de demandes d'asile? Alors qu'ils n'ont même pas à traverser la Méditerranée sur une coquille de noix!

Les hordes de réfugiés ukrainiens brillent par leur absence. Malgré un conflit dur et un hiver rude, les Ukrainiens ne se sont pas déplacés. La crise du Donbass nous enseigne que les populations malmenées restent tout bêtement chez elles quand elles le peuvent, terrées dans leurs habitations ; si elles doivent partir, elles vont chez des proches moins menacés ou encore dans des zones calmes du même pays, car il est rare qu'il soit tout entier embrasé par la guerre.

Lors de la crise libyenne, les Libyens fuirent en Tunisie et en Égypte. Même dans le cas de la Syrie, le schéma est identique: les civils syriens fuient en Jordanie, en Turquie et au Liban. Parmi tous les immigrés économiques qui mentent sur leur pays d'origine, il y a certainement quelques individus sincères qui ont fui une zone de guerre authentique, mais en allant jusqu'en Europe ils cherchent bien autre chose qu'échapper à la mort - ce premier objectif de survie ayant été atteint bien longtemps auparavant, simplement en traversant une frontière.

Quatrième mensonge donc: pour fuir la guerre, nul besoin d'aller aussi loin qu'en Europe.

Un monde différent du discours

Si pour une fois le récit de deux immigrés clandestins n'est pas instrumentalisé pour dénoncer le sempiternel racisme des Européens, nous avons un aperçu de la façon dont les étrangers sont considérés dans d'autres régions:

«J’étais soudeur, je faisais des portes-fenêtres en aluminium pour un policier libyen que je connaissais et qui avait une petite entreprise. Il m’a annoncé un matin qu’il fallait partir. Que ça allait chauffer pour les étrangers si on restait.»


Les Libyens ont encore a être charmés par les vertus du métissage et autre vivre-ensemble, apparemment. Est-ce du racisme, de la xénophobie ou autre chose? Le lecteur sera seul juge. Le fait est que la tolérance est un concept rare hors de l'Occident ; l'Afrique nous en donne un aperçu régulier, de l'Afrique du nord comme ci-dessus jusqu'à l'Afrique du Sud. Et il ne s'agit pas simplement d'un regard de travers dans la rue ou d'une difficulté à entrer en boîte de nuit - les différends se règlent avec des pneus enflammés autour du cou, des lynchages, ou même une extermination systématique des voisins à coups de machette.

Diallo le Guinéen avait trouvé en Libye sa fameuse vie meilleure ; il avait un travail qui lui permettait d'épargner assez pour payer la suite de son périple. Une fois les tensions devenues trop vives, il aurait pu retourner en Guinée avec un bon pécule et bâtir à partir de là ; mais il rêvait d'Europe. Il finit par embarquer sur un navire surchargé pour finir au chômage ici. Cet exemple - et des milliers d'autres - ne suffira pas à changer le discours officiel selon lequel l'immigration est une chance ou des thèses encore plus absurdes selon laquelle ces gens-là assureraient le futur des régimes de retraite par répartition.

Même si elle ne s'était pas enfermée dans l'idéologie universaliste de la libre-circulation des personnes, l'Europe reste incompétente, impuissante et divisée. Empêtrée dans un dogme égalitariste absurde, elle ne veut pas entendre parler de contrôle des frontières, de reconduite dans le pays d'origine, ni même d'immigration choisie où ceux qui seraient plus compatibles avec les valeurs européennes - par exemple des chrétiens persécutés - seraient favorisés, car pareille attitude fermerait la porte à trop de musulmans. Il n'est pas plus possible de remettre en question les systèmes sociaux redistributifs qui exercent tant d'attrait auprès des immigrés et permettent d'arroser des villages entiers dans leur pays d'origine, alors qu'ils n'ont à l'évidence pas été conçus dans ce but.

N'est pas Australien qui veut. La traque contre les passeurs ne donnera rien puisqu'ils sont une conséquence, et non la cause, des politiques intérieures européennes en matière d'asile. Les solutions pragmatiques et efficaces ne seront employées que quand tout le reste aura échoué, c'est-à-dire jamais ou seulement lorsqu'il sera beaucoup trop tard. Quel sera le portrait de l'Europe alors? Peut-être un continent entier ruiné et en proie à des violences ethniques sporadiques, devenant la copie conforme des fameux "enfers" que tant d'immigrés cherchent si ardemment à abandonner?

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Vision pessimiste? Sans aucun doute, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si les morts en Méditerranée sont une catastrophe, les hordes d'immigrés elles-mêmes en sont une autre.

Combien de millions en faudra-t-il annuellement pour que l'on comprenne que les périls de la mer ne sont pas le seul problème?

24 mars 2015

Succès du FN et mensonge médiatique de base

Ce début de semaine voit fleurir diverses analyses sur le premier tour des élections départementales françaises - pêchant par un évident manque de diversité:

Le PS « trébuche », l’UMP « l’emporte », le FN « s’installe. »


Les éléments de langage sont en place et ils seront abondamment répétés. Il faut que le message rentre, même s'il ne correspond pas à la réalité. En effet, le Front National est bel et bien resté le premier parti de France, comme en témoignent les chiffres du Ministère de l'Intérieur. 5'142'177 voix pour le FN (25% des suffrages), la deuxième formation étant l'Union de la Droite avec 4'254 '078 voix (21% des suffrages). Le PS ferme le podium avec 2'708'592 voix (13% des suffrages). Pas vraiment de quoi s'allumer un cigare.

Pourquoi ce gouffre entre les résultats les plus officiels qui soient et la couverture médiatique du premier tour des élections départementales? Sous une forme graphique où le FN est affublé d'une jolie couleur marron (comprenne qui veut) on devine un début d'explication:

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(cliquez pour agrandir)

De nombreux partis et coalitions ont été représentées pour ces élections, sans vraiment être reconnus par les médias comme des entités politiques indépendantes. Le rassemblement forcé de la gauche autour du PS d'un côté et de la droite autour de l'UMP de l'autre permet de cacher l'émiettement de ces partis respectifs et de présenter un podium plus conforme à l'image attendue.

Combien de journalistes se sont penchés sur le fait que les écologistes réunissaient autour de 2% des suffrages nationaux alors qu'ils bénéficient d'une couverture médiatique absolument démesurée? Combien de journalistes pour relever le score absolument pitoyable réalisé par l'UMP en son nom propre, 1'339'579 voix (6% des suffrages), soit encore moins que les "Divers Gauche"?

Cela n'empêche pas certains titres "amis" comme Le Figaro de titrer, toute honte bue, que l'UMP de Nicolas Sarkozy remporte la victoire...

Non, le Front National a remporté le premier tour de ces élections départementales, et de loin. Il a progressé tant en pourcentage qu'en nombre de suffrages. Alors qu'il ne bénéficiait pas de la prime de notoriété des sortants, il a réussi à s'implanter dans des lieux où il n'avait aucune présence historique, et ses plus beaux résultats ont été obtenus dans les zones où il disposait déjà d'élus municipaux. Comme quoi les électeurs ne semblent pas déçus de "l'expérience FN", ou en tout cas pas encore.

Mais pourquoi cet émiettage des partis? La responsabilité en incombe vraisemblablement au Ministère de l'Intérieur:

Dans ce scrutin d'un genre nouveau ne pouvaient se présenter que des binômes constitués d'un homme et d'une femme, qui n'étaient pas obligatoirement issus du même parti politique. A charge pour le ministère et les préfectures de déterminer les binômes socialistes (PS), Union pour un mouvement populaire (UMP), écologistes (EELV), Front national (FN), et surtout les cas, plus complexes, d'unions : « union de la gauche », « union de la droite », « divers gauche », etc.

Interrogé par Le Monde avant le premier tour, le ministère de l'intérieur expliquait s'être fondé, pour établir ses grilles, sur « les clivages politiques issus des scrutins passés et de l'actualité politique ». Celles-ci précisaient par exemple que les binômes intitulés « union de la gauche » devaient avoir été investis par deux partis de gauche, dont le PS, quand ceux d'« union de la droite » devaient avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI. Subtilité supplémentaire : le ministère distinguait les listes estampillées « union de la gauche » des listes « divers gauche » où aucun des deux candidats n'a été investi par le PS.


Divers gauche tout de même comptabilisés dans le résultat final du "PS" tel que présenté dimanche soir! Si vous avez l'impression d'une manipulation, vous ne seriez peut-être pas loin de la vérité:

[Pour le seul département de l'Ain] quatre cas litigieux ont été recensés. En se basant sur le Répertoire national des élus (RNE), qui recense tous les élus de France, on pouvait trouver, sous l'étiquette « union de la gauche » un binôme radical de gauche-divers gauche (sans le PS) ; deux binômes Parti socialiste-divers gauche (sans la présence d'un deuxième parti de gauche) et même un binôme divers gauche et… divers droite (dans le 20e canton).

En s'affranchissant de leur propre grille, les services du ministère de l'intérieur ont-ils dans ces cas précis choisi de favoriser l'exposition de binômes PS-union de la gauche ? Contacté, le ministère botte en touche : « La corrélation entre le RNE et les nuances individuelles des candidats n'est pas automatique. La nuance attribuée à un scrutin peut refléter l'évolution politique du candidat (…) à partir de l'ensemble des éléments connus de celui-ci... »


Pratique, en effet. A gauche, la manœuvre profita essentiellement au PS. Un binôme PS-Écologiste comptait par exemple comme "Union de la Gauche" et se vit finalement intégrer au score des socialistes ; dans les quelques cantons où ils se présentèrent sous leurs propres couleurs les candidats écologistes purent réunir autour de 10% des voix.

A droite, sans surprise, la manœuvre profita à l'UMP, puisqu'une liste estampillée "Union de la Droite" devait avoir reçu l'investiture à la fois de l'UMP et de l'UDI, tout en étant uniquement comptée dans le giron de la première le dimanche soir. Il est clair que les deux formations politiques ne sont pas de la même force (l'UDI en nom propre ne réunit que 1% des voix) mais le parti centriste avait une vocation naturelle à chercher des alliances... Lesquelles furent, du coup, entièrement phagocytées par son partenaire.

Alors, comme on le voit, le premier tour de ces élections départementales donna lieu à un sacré mensonge médiatique (jusque sur la RTS). Mais dans quel but? Certains diront, et c'est vraisemblable, que l'objectif était de présenter un résultat honorable pour tout le monde. Le PS sauve les meubles, l'UMP revient mais pas trop fort, le FN a de quoi être fier... Mais je crois pour ma part qu'il s'agissait d'autre chose: préparer l'opinion aux résultats finaux.

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La magie du découpage électoral

Si le premier tour d'une élection ouverte est représentatif des citoyens se donnant la peine d'aller voter, le second n'a aucune qualité de cette sorte. Entre les reports de voix, les consignes de vote et les listes éliminées car n'ayant pas atteint un score arbitraire, on se doute bien que la carte de France n'aura pas grand-chose à voir d'un dimanche à l'autre. Si les journalistes avaient fait correctement leur travail en présentant la réalité la pilule aurait été d'autant plus difficile à avaler pour le bon peuple: comment accepter que le FN soit à la fois si présent et réduit à rien? Mais ici nous jouons sur du velours. L'UMP est en tête, le PS bien placé et le FN troisième et réduit, déjà, à la portion congrue.

Les médias nous ont simplement livré, un peu en avance pour préparer l'opinion, les résultats du second tour.

15 février 2015

L'étrange et obsédante idée d'un Fonds Souverain Suisse

Faut-il un Fonds souverain en Suisse?

Exprimée dans les médias dès 2012, le sujet est régulièrement avancé puis retiré de la scène médiatique sans jamais s'éclipser complètement ; aurait-on l'impression d'un travail de fond destiné à préparer progressivement l'opinion qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Le concept serait "décoiffant", "prometteur", "fondé en termes économiques"... L'approche du fonds souverain serait parée de toutes les vertus, comme en témoigne un reportage de la RTS du 5 février.

Le problème du capital

fonds_suisse.jpgLes premiers fonds souverains furent créés dans les années 50. Conçus par des pays enrichi grâce à la manne pétrolière, ils incarnaient une vision visant à préserver la prospérité une fois les gisements épuisés. Les trois fonds les plus connus (et les plus dotés) correspondent à ce schéma: le fonds norvégien avec 826 milliards, le fonds d'Abu Dhabi avec 715 milliards, et enfin l'Arabie Saoudite et ses 700 milliards.

Comme il n'y avait guère d'industrie locale, l'argent fut donc investi dans des entreprises étrangères dans l'idée faire fructifier l'argent à long terme.

Pareil schéma aurait-il un sens en Suisse? Pas vraiment, vu qu'on n'a guère trouvé de pétrole sous le Cervin. La Suisse a pourtant une attractivité due à sa bonne santé financière relative, et la BNS a de fortes réserves en devises étrangères. Deux stratégies possibles pour constituer un capital. Mais les deux ont leurs défauts. Philippe Bachetta, professeur d'économie HEC Lausanne, descend ainsi en flammes l'idée d'une réutilisation des fonds de la BNS:

[Allouer au fonds les réserves en devises de la BNS est] une mauvaise idée parce que les réserves de la banque nationale ont comme contrepartie la base monétaire qui en fait est utilisée par la banque nationale pour gérer l'inflation, les taux d'intérêt... Donc si on met ces réserves dans un fonds on limite les opérations de la Banque Nationale Suisse.


Convaincu que la Suisse devrait se lancer dans l'aventure, le professeur penche plutôt pour l'idée d'un emprunt massif.

Tous les investisseurs internationaux aimeraient de la dette Suisse donc pourquoi ne pas en profiter. Elle peut augmenter sa dette contrairement à d'autres pays donc elle pourrait facilement augmenter sa dette de 10, 20% par rapport au PIB... La Suisse pourrait gagner économiquement avec une telle mesure.


Ah, la dette publique, il n'y a que ça de vrai, surtout en ce moment! Pourtant, la bonne réputation du pays tient précisément à la bonne tenue de ses comptes, à sa stabilité financière, à ses déficits maîtrisés. Le respect inspiré par le pays sur les marchés financier serait rapidement mis à mal si la Suisse ouvrait les vannes de l'endettement, quel que soit le noble prétexte invoqué, et il est douteux de penser que la spéculation sur les marchés financiers soit le plus justifiable entre tous...

Profiter de la bonne réputation helvétique pour emprunter à fond sur les marchés financiers et placer l'argent créerait en outre un paradoxe relevé par Christian Lüscher, vice-président du PLR :

Je crois pas que la Suisse devrait se transformer en une sorte de fonds de fonds, de hedge fund, ce n'est évidemment pas le rôle de la Confédération (...). Ça signifie qu'on est en train de vendre la Suisse comme une sorte de produit financier et ça une fois encore je ne crois pas du tout que ce soit le rôle de l'Etat de servir de produit financier pour des investisseurs ou même pour des spéculateurs.


Pourquoi M. Lüscher parle-t-il de "fonds de fonds"? L'explication a été coupée au montage par le journaliste. Mais on peut malgré tout la reconstruire car elle coule de source.

Imaginons que la Suisse lève des milliards en empruntant à des investisseurs sur les marchés - dans le but avoué de les réinvestir à travers un fonds. Mettez-vous une seconde à la place d'un de ces prêteurs. Quel intérêt aurait-il à confier l'argent? Pourquoi s'embarrasser à acheter de la dette publique suisse - fort cher qui plus est avec des taux d'intérêts nuls voire négatifs - pour que la Confédération place ensuite cet argent ailleurs pour générer du rendement?

Soit l'investisseur souhaite du rendement, et se chargera donc de placer l'argent lui-même, soit il souhaite la stabilité à tout prix, et ne va certainement pas prêter à la Confédération pour qu'elle spécule à sa place - sachant en plus qu'il ne verra pas la couleur d'éventuels bénéfices. Dans les deux cas la construction logique ne tient pas debout.

Ceux qui pensent que la Confédération peut emprunter sur les marchés financiers 10 ou 20% de son PIB au taux actuel pour spéculer au travers d'un fonds souverain se trompent.

Quand le PS se fait spéculateur

Bien que l'idée d'un fonds souverain fasse saliver nombre d'intellectuels, la plus sérieuse hypothèse d'une concrétisation politique vient des rangs du PS où le projet fait partie des possibilités que le parti envisage dans son programme de "lutte contre le franc fort".

On peut légitimement s'interroger sur le sens d'une telle proposition venu d'un parti qui fait profession de haïr la bourse en général et les spéculateurs en particulier!

La première explication a trait à l'administration du fonds. Qui dit fonds d'investissement manipulant des milliards dit pléthore de nouveaux postes de hauts fonctionnaires à la clé, autant de grands directeurs et autres membres d'autorités de surveillance grassement payés pour administrer l'énorme paquebot dans les moindres détails. Avant même de placer le premier franc le fonds souverain coûtera une fortune, et gagez bien que les postes en question - avec un contrôle démocratique que l'on imagine ténu - seront destinés en priorité à des gens qui se sont personnellement investis dans la création du fonds, par exemple des membres du groupe politique qui l'a défendu le plus ardemment devant le Parlement.

La seconde tient à l'objectif du fonds - lutter contre le franc fort. Comme il est impossible que cet objectif soit atteint en faisant fructifier le capital du fonds souverain - ce qui renforcerait la santé financière de la Confédération et donc le franc - l'objectif officiel du fonds imaginé par les socialiste est de perdre de l'argent! On touche au sublime:  rarement on aura vu un objectif antiéconomique des socialistes exprimé avec autant de franchise. Ajoutons que cette seconde mission du fonds pourra être pleinement atteinte en respectant le premier objectif, qui est de trouver des sièges confortables et grassement payés à toute une nomenklatura de politiciens sur le retour.

L'impossible rentabilité

Même en imaginant que le fonds soit administré dans le but de récolter de l'argent, l'objectif sera difficile à atteindre. Pour juger de la qualité des dirigeants, nous avons un élément de comparaison: les caisses de pension publiques. Citant des chiffres de 2013:

Malgré la bonne tenue des marchés financiers et les nouvelles exigences légales, la situation des caisses de pension publiques peine à s’améliorer. (...) Les trois quarts (73% exactement) des caisses publiques présentent un découvert à fin 2012. Avec un taux technique de 3% et une capitalisation complète (taux de couverture de 100%), le trou financier des caisses cantonales se monte à 30 milliards de francs à fin 2012. (...) [Il] manque 174 000 francs par assuré à Genève, 127 000 francs en moyenne dans les caisses publiques romandes (Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Jura, Valais).


Pense-t-on vraiment que les critères de placement d'un fonds souverain suisse seront plus "souples" que ceux qui régissent une caisse de pension? Mais même si c'est le cas, la situation du fonds sera rapidement rendue impossible par un corset de réglementations picrocholines, comme à chaque fois que l'Etat se retrouve dans le rôle de gestionnaire.

Sachant que la vocation du fonds est d'investir à l'étranger, combien de temps faudra-t-il avant que ne fleurissent les initiatives parlementaires pour demander à ce que le fonds investisse en priorité dans des entreprises "vertes", dans des labels "durables", ou dans des régions du monde frappées par quelque catastrophe naturelle pour favoriser leur reprise économique? De tels objectifs sont parfaitement défendables et même louables, ils n'ont juste rien à voir avec la - difficile - quête de rentabilité.

Si  la Suisse veut investir des milliards de francs suisses pour le long terme, elle ne pourra peut-être pas se contenter de cultivateurs de cacao bio éco-conscients tirant leur électricité de panneaux solaires et enveloppant leur maigre récolte dans des cartons en papier recyclé lui-même issu de bois certifié FSC...

Et si la rentabilité, la vraie, passe par des investissements dans l'armement? Le pétrole? L'énergie nucléaire? Les casinos? Un pays en délicatesse avec le G20? La classe politique tolèrera-t-elle que le fonds contrevienne aux objectifs électoralistes dispensés dans les programmes des partis? Poser la question, c'est y répondre. L'éventuelle rentabilité s'éloignera d'autant.

Un fonds qui, ironiquement, existe déjà

Selon ses statuts, la BNS a le droit de disposer de 15% de son bilan sous forme d'actions. Autrement dit, spéculer librement en bourse. Elle ne s'en prive pas.

15% peuvent peut-être sembler une proportion dérisoire, mais il faut se remémorer l'extraordinaire inflation du bilan de la BNS ces dernières années, laquelle s'est encore accélérée avec l'aventure du taux plancher contre l'euro. Au final, 15% du bilan de la BNS de 2015 correspondent à un montant en franc suisse équivalent à l'intégralité du bilan de l'institution jusqu'en 2008!

La BNS a donc placé énormément d'argent sous forme d'actions. Pour quels effets? Nous n'en savons rien, confidentialité des placements oblige, mais rappelons que la BNS représente un peu la crème de la crème à la fois des hauts fonctionnaires financiers et des banquiers internationaux - une élite dont le précédent directeur Philipp Hildebrand dut honteusement démissionner suite à une minable affaire de spéculation sur la monnaie. Une élite dont le directeur actuel Thomas Jordan explique sans honte que l'abandon surprise du taux plancher était la chose à faire. Une élite qui fit perdre en une journée 30 milliards aux caisses de pension du pays et des dizaines de milliards de francs suisses en pertes comptables... Une sacrée équipe en effet.

On ne voit pas très bien par quel miracle les gestionnaires d'un fonds souverain seraient "encore plus compétents", si on ose dire, sachant qu'en plus ils auraient davantage les mains liées dans leurs choix de placements.

L'existence d'un fonds souverain helvétique proprement dit ne diffèrerait pas vraiment de ce que la BNS a pu faire jusqu'ici. Le montant pourrait changer et, bien sûr, il y aurait un transfert crucial des centres de décision entre le directoire de la BNS et celui de la nouvelle entité restant à définir, mais sur le principe peu de choses changeraient.

Créez ce fonds que je ne saurais voir

Malgré toutes les raisons opposées au fonds décrites ci-dessus, l'idée d'un fonds souverain helvétique est bien trop fréquemment présentée à l'opinion pour que ce soit une simple lubie. La création du fonds est probablement déjà en marche dans les cercles du pouvoir, même si certains détails quant à ses modalités restent probablement à éclaircir.

Nous l'avons vu, les socialistes sont pour, et ils donnent le la plus souvent qu'à leur tour en matière de décision gouvernementale, non seulement à cause de leurs sièges au Conseil Fédéral mais aussi parce que, médias aidant, ils sont toujours présentés sous un jour des plus respectables auprès de l'opinion et du reste de la classe politique.

Sans surprise, les professeurs, experts et autres individus qui ont rarement travaillé un jour de leur vie dans l'économie privée sont en sa faveur. Mais les derniers avocats du fonds sont rien de moins que certains banquiers privés de la place:

En 2012 déjà, l’idée d’un fonds souverain avait fait son chemin dans les milieux financiers. Pour Renaud de Planta, associé de Pictet, et Zeno Staub, directeur général de Vontobel, une «part importante des réserves de changes doit être investie à long terme dans des placements mieux diversifiés, moins exposés à l’inflation ou aux risques de défaillance d’emprunteurs souverains», écrivaient-ils.


Se voyant déjà nommés gardiens du temple en raison de leur expérience professionnelle, on imagine à quel point ils peuvent saliver devant quelques dizaines de milliards supplémentaires de fortune sous gestion! L'idée de dégonfler l'abominable bilan de la BNS ne leur traverse jamais l'esprit.

L'alliance entre la gauche, les médias et les grandes banques privées semble s'articuler en coulisses pour bientôt donner naissance à un fonds souverain ; seuls s'y opposeront sans doute, curieusement, la BNS, au nom de la défense de son pré carré, et au nom de la non-ingérence de l'Etat l'UDC et une partie du PLR.

Quant au peuple suisse, perdu au milieu de tous ces experts décrétant doctement ce qui est bon pour le pays, aura-t-il seulement son mot à dire?

16 janvier 2015

Taux plancher: parce qu'il faut le rappeler

Une vidéo de 2011 montrant un débat entre MM. Christophe Darbellay du PDC, Chrisitan Levrat du PS, Oskar Freysinger de l'UDC et Fulvio Pelli du PLR.

Face aux inquiétudes légitimes exprimées par M. Freysinger, on a droit à un festival de bêtise et de mauvaise foi. Rien ne manque à l'appel: mépris de l'animatrice (une certaine Esther M. de triste mémoire), des tentatives insultantes de tourner en ridicule son contradicteur au lieu d'avancer le moindre argument (Levrat), le suivisme aveugle des experts/élites (Pelli) ou la volonté de préserver une partie de la population aux dépens du reste sans jamais se poser la question de la validité de la démarche (Darbellay).

Une vidéo à revoir absolument à l'aune de la décision de la BNS de mettre un terme au taux de change plancher entre le franc suisse et l'euro.

N'oubliez pas: le déroulement du débat entre ces cinq personnes et les partis qu'ils représentent incarne de façon quasiment parfaite les rapports de forces parlementaires et la direction politique que prend donc la Suisse sur chaque sujet qui n'implique pas une votation populaire.

07 janvier 2015

Massacre à Charlie Hebdo

Si vous aviez suggéré à Cabu, un dessinateur plus ancien que le Club Dorothée, qu'il mourrait début 2015 sous les balles d'une bande d'islamistes en maraude, il aurait sans doute éclaté de rire.

france,terrorisme,islam,médias,liberté d'expressionC'est pourtant ce qu'il vient d'advenir aujourd'hui à Paris dans les locaux de Charlie Hebdo. Les dessinateurs Charb, Wolinski, Cabu et Tignous sont morts. Parmi les autres victimes, deux policiers dont un chargé de la sécurité de la place. L'attaque fut planifiée le mercredi en fin de matinée lors d'une réunion de rédaction, s'assurant de la présence de toutes les cibles. Les assaillants déjouèrent les codes de sécurité, purent tirer sur leurs victimes pendant plusieurs minutes et parvinrent même à s'enfuir. A l'heure où ces lignes sont écrites, ils courent toujours, insulte finale aux forces de police.

Mené à Paris en plein jour et contre la caste ô combien soudée des journalistes, l'attentat a reçu une résonance médiatique maximale à l'échelle mondiale.

La France avait pu se croire à l'abri mais cette sécurité était illusoire. Trop longtemps le danger terroriste islamique était nié ou minimisé. Les jeunes fous partaient en Syrie et n'en reviendraient pas ou seraient arrêtés à leur retour, pensait-on. On n'aurait à craindre que de rares attaques de "loups solitaires" impossibles à profiler. La réputation des services de renseignement était sans tache, Vigipirate - instauré en 1995 - ferait le reste. Dans l'esprit des gens, les attentats envisagés sur sol français auraient porté avant tout contre des intérêts étrangers installés sur le sol hexagonal - des ambassades étrangères, des synagogues, des juifs et leurs écoles. Pas vraiment des français "normaux", encore moins des journalistes, et surtout pas des gauchistes. Ces perspectives étaient tout simplement inenvisageables.

La France se réveille d'une somnolence coupable. Le réveil est rude.

De nombreuses personnalités musulmanes se sont immédiatement mises en mode damage control pour limiter la casse médiatique, chantant sur tous les tons que ces terroristes se réclamant de l'islam portent tort à l'image de la communauté musulmane. C'est évidemment vrai. En revanche, aucun n'expliquera jamais en quoi ces islamistes auraient eu tort selon leur religion d'agir ainsi, et pour cause: violence et agression sont des valeurs fondamentales de l'islam.

Rien ne dit que les islamistes seront rapidement retrouvés. Ils peuvent compter sur d'innombrables sympathisants. Il suffit de voir comment certains ont réagi sur Twitter:

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Certains s'indignent moyennement, dira-t-on

Tout le monde n'aimait pas Charlie Hebdo, et parmi ces gens certains n'aimaient pas Charlie Hebdo à cause des caricatures anti-islamique qu'il publiait souvent. Il existe dans notre société actuelle des règles non-écrites en matière d'humour: il est autorisé de se moquer des catholiques, des politiciens de droite, des politiciens de gauche (avec tendresse ou seulement s'ils sont vraiment détestés), des hétérosexuels, des Américains et des riches. Il est nettement plus malaisé de se moquer des homosexuels, des immigrés, des arabes, des noirs, des juifs, des journalistes ou, enfin, des musulmans.

terrorisme,liberté d'expression,islamSi Charlie Hebdo tenait un peu la ligne ci-dessus, il empiéta fortement hors de la zone de confort humoristique en abordant le sujet des caricatures de Mahomet, puis en osant régulièrement en remettre une couche. Le rappel au règlement vient de tomber. Quelqu'un osera-t-il encore se moquer de l'islam demain? Des caricaturistes prendront-ils toujours leur plume pour faire une satire de Mahomet ou de toutes les absurdités contenues dans le coran? Voilà la question que tous les journalistes avides d'introspection devraient poser à leurs confrères sur les plateaux de télévision, voilà la question que Darius Rochebin ne posera pas au dessinateur Barrigue dans son interview au journal ce soir.

Les caricaturistes et autres dessinateurs de presse se définissent volontiers comme des rebelles courageux ; nous verrons, demain et les autres jours, ce qu'il en est. En France et dans les autres pays européens, se moquer de l'islam ne comporte pas exactement les mêmes risques que tourner en ridicule le Pape François. Remerciez des décennies de politique migratoire. Quant à la liberté d'expression érigée aujourd'hui en principe fondamental, il est on ne peut plus savoureux d'en entendre tant de bien en France ou en Suisse de la part de gens qui en sont les fossoyeurs.

Lorsque François Hollande s'est rendu sur les lieux, il n'était pas accompagné d'un officier du renseignement, d'un général de l'armée ou même d'un préfet de police ; il était avec de son conseiller personnel en communication. Voilà le genre de réponse immédiate que nos autorités sont capables de délivrer. Comme d'autres lieux jugés sensibles, les locaux de Charlie Hebdo étaient sous la protection d'une surveillance policière discrète ; pas de quoi stopper l'assaut surprise d'une équipe d'islamistes soigneusement préparée, cependant. Cela relativise quelque peu le sentiment de sécurité que les autorités tentent d'instiller en plaçant le plan Vigipirate au niveau "alerte attentat" - à moins que ce ne soit "rouge clignotant", "feu divin" ou n'importe quelle autre dénomination que le service marketing du gouvernement aura jugé appropriée.

Charlie Hebdo était un journal satirique aussi irrévérencieux que provocant. Je pensais un moment à un titre digne de lui et de son prédécesseur Hara-Kiri, comme "Gags en rafale à Charlie Hebdo: Douze morts" mais combien de gens se seraient offusqué avec raison de cet hommage douteux? L'humour n'est pas drôle lorsque l'on parle de la mort des siens et que les corps sont encore chauds. Mais si les cadavres du jour s'étaient compté dans une église ou dans les locaux de Minute, le journal d'extrême-droite honni, Charlie Hebdo n'aurait guère hésité à faire dans la faute de goût.

C'est là sans doute que se révèle la véritable leçon du jour: être de gauche ne protège pas des islamistes. Vous êtes encarté chez les socialistes ou les communistes? Vous êtes ami du "peuple palestinien"? Vous exécrez les juifs et souhaitez tout le mal du monde à un type comme Zemmour? Pas de problème. Vous aurez droit à la mort à votre tour, comme tous les autres chiens d'infidèles.

La leçon est certainement choquante pour beaucoup de belles âmes à Paris et ailleurs, qui pensaient peut-être qu'arborer un keffieh, cuisiner "exotique" et célébrer la diversité les sauveraient de la folie meurtrière des islamistes. Il n'en est rien. Projetant trop loin son goût partagé pour la destruction de la civilisation occidentale, le gauchiste de base peu regardant sur ses amitiés pourvu que l'autre haïsse l'Occident autant que lui oublie que les musulmans (et les islamistes en particulier) n'ont rien de cool. Ils sont croyants, et n'allez pas brandir votre athéisme sous le nez. Ils ne tolèrent pas le mariage gay. Ils ne veulent rien entendre de l'égalité homme-femme. Ils ne pardonnent pas - et pratiquent volontiers la mutilation, la décapitation, la lapidation et d'autres peines lourdes et sans rémission, assez loin des jours-amende-avec-sursis dont nos progressistes post-modernes sont si friands.

Le massacre de l'équipe éditoriale de Charlie Hebdo est là pour le rappeler. La gauche se berce d'illusions en croyant partager des valeurs avec ces gens-là, c'est ce que crient des gens comme Riposte Laïque depuis des années à la gauche officielle - celle-là même dont les spins doctors et autres spécialistes en communication travaillent d'arrache-pied pour remodeler la réalité. Dès demain, ils nous expliqueront que le massacre qui vient d'avoir lieu dans les locaux de Charlie Hebdo par des islamistes aux cris de Allah Akbar n'a rien à voir avec l'islam.

Ils endormiront le peuple, ils savent le faire - jusqu'à la prochaine attaque.