02 décembre 2015

Trois papables pour un siège

L'élection du Conseil Fédéral approche à grands pas et la principale incertitude du vote tient en une phrase: l'UDC obtiendra-t-elle un second siège, mérité en regard de sa force électorale?

Pour légitime qu'elle soit, cette revendication n'a rien d'évident. Qui se rappelle encore la lutte homérique de Christoph Blocher en 2003 pour gagner sa place? Il fallut pas moins de trois tours de scrutin pour que le père du rejet de l'adhésion à l'UE passe l'épaule. Puis Eveline Widmer-Schlumpf trouva le chemin tortueux du pouvoir en 2007 et en 2011, à l'aide d'une profusion de justifications de mauvaise foi.

La classe politique suisse ne s'embarrasse pas de grand-chose dès lors que l'UDC est concernée, et certainement pas de scrupules. L'incertitude est donc maximale.

Les trois candidats officiels

Immédiatement après les élections fédérales, la politique politicienne prit rapidement le dessus. Les présidents des formations politiques hors UDC eurent donc tôt fait d'exprimer une liste d'exigences plus ou moins saugrenues pour un éventuel second siège de celle-ci, comme un candidat favorable à l'Union Européenne (autant trouver un socialiste rejetant le collectivisme...) ou issu de telle ou telle minorité.

Le parti prit néanmoins la classe politique au mot en sortant une liste de trois candidats issus de trois régions linguistiques de Suisse.

Aeschi.jpgThomas Aeschi, le Zougois. Âgé de seulement 36 ans, c'est le plus jeune des candidats. Travailleur et compétent, passé sur les bancs d'universités de renommée internationale en restant imperméable au gauchisme dont elles sont imprégnées, il vécut aux Etats-Unis et en Australie. Consultant en entreprises, il connaît le secteur privé. Il milite pour une Suisse souveraine et un gouvernement doté d'une épine dorsale, capable de négocier quelque chose sans se coucher à plat ventre en implorant pitié comme préalable à toute discussion.

Présenté comme le "grandissime favori", il fait peur à la gauche et se retrouve en conséquence violemment attaqué par les journalistes. Il serait la "créature" de Blocher / Dr. Frankenstein, à peine un être humain ; on le taxe "d'ultra-libéralisme", tare irrémédiable s'il en est ; enfin, c'est un Alémanique, source intarissable de mépris de la part des rédactions romandes. L'encre de son nom n'était pas sèche sur le communiqué de presse que déjà commençaient les campagnes sournoises contre sa personne, évoquant par exemple son implication dans "une procédure pénale pour violation du secret de fonction" en sous-entendant lourdement qu'il serait lui-même mis en cause... Ce qui n'est absolument pas le cas.

Tous les fouilleurs de poubelles sont sur la brèche.

Gobbi.jpgNorman Gobbi, le Tessinois. A peine plus vieux que le précédent (38 ans) l'élu a acquis son siège au Conseil national sous les couleurs de la Lega. Proche de l'UDC, il en est devenu officiellement membre après son élection juste pour pouvoir se présenter sous ses couleurs, procédure acceptée et entérinée par le groupe UDC. La proximité idéologique entre la Lega et l'UDC sur de nombreux sujets est un fait établi ; issu d'un Tessin victime depuis de nombreuses années des problèmes liés aux frontaliers italiens (dans l'indifférence générale du reste de la Suisse il faut bien le dire), Norman Gobbi serait, au sein du Collège, une voix entière et résolument hostile à la libre-circulation.

Cette position affirmée sur ce dossier crucial est sans doute son plus grand défaut aux yeux des sycophantes pro-européens. L'absence de représentant au Conseil Fédéral de la minorité italophone depuis Flavio Cotti en 1999 joue officiellement en sa faveur, mais on peut parier que cet argument ne pèsera pas lourd lorsque l'Assemblée fédérale votera à bulletins secrets.

Malgré la sympathie qu'il inspire, M. Gobbi fait figure d'outsider.

Parmelin.jpgGuy Parmelin, le Vaudois. Là où les autres candidats de l'UDC manquent de réseaux à Berne, le conseiller national de Bursins a patiemment bâti le sien depuis 1994 et les bancs du Grand Conseil vaudois avant de passer au Conseil National. Maître agriculteur-viticulteur de profession, il est apparenté à la branche agrarienne de l'UDC vaudoise et souvent considéré, à tort, comme un individu effacé. Son caractère aimable et son entregent habillent d'authentiques convictions.

Très à l'aise dans le fonctionnement des institutions politiques, il avoue une nette préférence pour les dossiers ayant trait aux assurances sociales, actuellement entre les mains d'Alain Berset. Le socialiste pourrait faire pression sur son groupe pour l'aider à se débarrasser de ce département toxique. Mais Guy Parmelin est romand et son élection porterait à trois sur sept leur nombre au Conseil Fédéral...

Quel serait mon candidat préféré? Tous! Sans langue de bois, je trouve chacun de ces candidats parfaitement valable, ce qui est déjà un tour de force. Je serai très satisfait si l'un d'eux parvient à entrer au Conseil Fédéral le 9 décembre.

Vous ne me verrez pas soutenir M. Parmelin avec des glapissements hystériques au nom d'un chauvinisme vaudois déplacé ; pas plus que je n'enterrerai sa candidature au prétexte qu'il vient d'une section cantonale pas toujours brillante à Berne. Il faut bien l'admettre, Guy Parmelin est le seul candidat que je puisse me targuer de connaître un peu ; derrière sa plaisante bonhomie, il m'a toujours semblé plus sérieux et solide qu'un examen superficiel laissait présager.

Norman Gobbi promet à l'inverse une communication plus rugueuse, ce qui ne serait pas pour me déplaire. Comme Conseiller fédéral, il serait sans doute un trublion imperméable au politiquement correct si mièvre et si typique de l'exécutif helvétique. Un anti-Burkhalter, en quelque sorte. Cette perspective inquiète certainement en haut lieu.

Thomas Aeschi, enfin, laisse transparaître de sa candidature suffisamment de compétence et de volonté pour clairement effrayer la gauche, ce qui en fait un candidat prometteur. Nul doute qu'il est sans doute le mieux placé des trois pour parvenir à dompter l'Administration fédérale, véritable État dans l’État.

Mais l'un d'eux sera-t-il seulement élu le 9 décembre? Ce n'est pas du tout certain.

Les manœuvres

S'il y a bien une erreur que peuvent commettre même les observateurs les plus blasés de la politique fédérale, c'est sous-estimer le niveau de cynisme dont sont capables les adversaires de l'UDC.

Par exemple, je reste persuadé que les exigences avancées pour accepter une candidature UDC au Conseil Fédéral n'avaient absolument pas pour objectif de dénicher la perle rare, mais seulement de préparer le terrain pour justifier la réélection d'Eveline Widmer-Schlumpf. Le ou les candidats de l'UDC auraient été trop anti-européens, ou pas assez latins, ou trop masculins, ou n'importe quel prétexte cousu de fil blanc qui permette d'empêcher l'UDC d'accéder à son second siège.

Une fois Eveline Widmer-Schlumpf réélue la population protesterait - mollement, elle qui a rejeté l'élection du Conseil Fédéral par le peuple, sans compter qu'un grand nombre d'anti-UDC s’accommoderaient grandement de ce nouveau "petit écart" - et les éditorialistes lâcheraient quelques lignes au vitriol sur cette affreuse UDC incapable de séduire le Parlement. Choisissant la "continuité", nous en serions quitte pour un nouveau tour de piste.

Malgré tout il arrive que les comploteurs les plus compétents subissent des vents contraires, ici, la force électorale du bloc UDC-PLR. Elle amena Eveline Widmer-Schlumpf à jeter l'éponge. La Grisonne annonça son retrait avant même que soit connu le visage final de l'Assemblée Fédérale. Se rappelant la façon dont elle acquit son siège, réclamer du courage eut été trop lui demander ; après deux législature, elle n'avait certainement pas envie de prendre le moindre risque d'une humiliation électorale.

Le plan Widmer-Schlumpf traditionnel étant tombé à l'eau, il fallait trouver une solution de rechange. Mais une nouvelle Widmer-Schlumpf semble hors d'atteinte. L'UDC de 2015 a présenté des candidats au positionnement clair ; plus possible d'y trouver des socialistes honteux comme lorsque les courants du futur PBD (positionné plus à gauche que le PLR, c'est dire) imprégnaient certaines sections cantonales.

thomas aeschi,norman gobbi,guy parmelin,udc,conseil fédéral,manoeuvres politiquesL'autre solution serait de trouver un UDC assez pro-européen et suffisamment respecté pour que la formation politique accepte d'avaler la pilule. Le nom de Peter Spuhler, de Stadler Rail, revient avec insistance. L'entrepreneur s'était fait remarquer pour s'être engagé en faveur de la libre-circulation contre l'avis de sa formation politique. Mais il quitta le Conseil national en 2013 et, au vu de l'évolution récente de la situation européenne, nul ne sait aujourd'hui s'il défendrait encore aussi aveuglément cette thèse.

Le jour J

Les chefs de parti de centre-gauche ont probablement quelques atouts dans leurs manches. L'attaque, si elle a lieu, sera déclenchée avec un maximum de force dès le premier tour alors que les voix de l'UDC et du PLR s'éparpilleront entre les trois candidats officiels, sans compter que certains PLR se joindront joyeusement à la curée. Si l'UDC tient le choc, elle se rabattra probablement en intégralité sur un candidat unique aux tours suivant pour préserver ses chances de succès, candidat que les médias s'empresseront alors de dépeindre comme "le seul vrai candidat qu'il y a jamais eu" en soulignant "l'hypocrisie" d'en avoir présenté plusieurs.

Mais il n'est pas dit que les petits comploteurs de Berne parviennent à trouver un nouveau poulain de la trempe d'Eveline Widmer-Schlumpf, et le grand public n'en saura probablement jamais rien. Le cas échéant, il faudra alors s'en remettre à la liste officielle, la mort dans l'âme. Il est peu probable que Norman Gobbi surmonte l'odeur de soufre qu'il charrie en tant qu'élu de la Lega. Guy Parmelin serait un choix raisonnable mais la surreprésentation romande au Conseil Fédéral ferait obstacle à l'ambition personnelle de Christophe Darbellay au moment de remplacer Doris Leuthard, ce qui serait problématique. Le Parlement pourrait donc opter pour une élection de Thomas Aeschi, sans enthousiasme et sous les huées de la gauche.

Tout cela n'est bien sûr que mon analyse personnelle et une bonne dose de politique-fiction. Il sera intéressant de relire ce texte après l'élection du 9 décembre.

22 novembre 2015

Attentats de Paris: la phase d'exploitation

Vendredi dernier, la France découvrait de façon très concrète l'ampleur de la menace islamique pesant sur son territoire. Une semaine plus tard la situation a évolué: aux réactions de bon sens des premières heures - promesse d'une riposte impitoyable, contrôles aux frontières, volonté affichée d'expulser les indésirables - sont assez vites venus se greffer des déclarations parasites, stériles, voire contre-productives. Si l'enquête proprement dite a progressé à grands pas, le train des mesures politico-juridiques semble bien avoir déraillé avant même de quitter la gare.

Cela n'a rien de surprenant. Les élites de France (et d'ailleurs) ne seraient pas arrivées là où elles sont sans un grand sens de l'improvisation et de l'escamotage leur permettant de se ramener à leur agenda initial quelle que soit la force des événements venus, un instant, les perturber. Après quelques heures de déclarations émues, les hauts fonctionnaires et les bureaux politiques ont donc travaillé d'arrache-pied pour en revenir au plan initial: maintenir le statu-quo et garder le pouvoir, et peut-être même le renforcer.

Entre désinformation et agenda politique, un petit tour d'horizon s'impose.

L'épopée du faux passeport syrien

La découverte d'un passeport syrien à côté du cadavre d'un des assaillants du Bataclan fut un épisode tout à fait symptomatique d'une communication de crise échappant pendant quelques heures à l'exécutif. Rapportée par un policier sans doute sous le coup de l'émotion, l'information fut transmise à un journaliste et reprise immédiatement par de nombreux médias internationaux. Plus possible désormais de planquer ce détail sous le tapis du secret de l'instruction, voire du Secret Défense. Mais le pire arriva ensuite lorsqu'une source gouvernementale grecque confirma que les empreintes digitales du porteur du passeport avaient été enregistrées à Lesbos le 3 octobre!

Le passeport retrouvé au Bataclan fut donc l'écueil sur lequel plusieurs mensonges vinrent se fracasser:

  • L'innocuité du flots de migrants, au sein desquels ne saurait se trouver le moindre terroriste;
  • La qualité de la surveillance des frontières de l'Espace Schengen et des frontières intérieures dans l'Union Européenne;
  • La vigilance de la surveillance des milieux islamistes par les services de renseignement français.

Il fallut donc orchestrer un rétropédalage massif. Premier angle d'attaque, minimiser l'importance de ce "mystérieux" passeport - sans succès. Dès les premières heures, outre le conditionnel de circonstance, on insista lourdement sur le fait que ce passeport syrien "serait un faux". Mais qu'est-ce que cela change? Les empreintes digitales du kamikaze ne laissent aucun doute. Il a bien suivi la route des migrants dans les Balkans. Le fait d'avoir employé un faux document n'illustre rien d'autre que la faiblesse du contrôle des frontières de l'Espace Schengen. A ce stade, on se demande même d'ailleurs si se munir du moindre passeport était réellement nécessaire...

L'incongruité de la découverte de ce passeport sur les lieux du massacre donna également lieu à divers détournements de piètre qualité sur le Web. Tout cela ne pouvait être qu'une "manipulation". Restait à inventer laquelle.

La dernière phase de la stratégie de désinformation, la plus vicieuse, fut lancé par plusieurs personnalités politiques ; par exemple le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, qui jugea lundi que ce passeport pouvait être "une fausse piste" lancée par le groupe Etat islamique pour "radicaliser" le débat migratoire. Les graines du doute étaient plantées, à dessein.

Est-il possible que les terroristes aient gardé sur eux un faux passeport syrien juste pour orienter, post-mortem, le débat sur les migrants et la politique migratoire? Sans pouvoir l'exclure totalement, l'hypothèse paraît largement invraisemblable. Elle ne cadre pas avec une attaque synchronisée contre le public d'un match de football, des terrasses de restaurants, ou une salle de concert la veille du week-end - bref, des Bobos parisiens dans leurs activités habituelles. Les assaillants eurent-ils attaqué une permanence du Front National ou un repaire d'identitaires, on aurait pu penser qu'ils jetaient de l'huile sur le feu ; mais le soir du 13 novembre, ils s'attelèrent au contraire à s'aliéner une des communautés françaises les plus ouvertes face à l'islam, ce qui ne traduit pas un niveau élevé de conscience politique...

Les troupes de l'Etat Islamique ne brillent guère par leur intelligence, essayant par exemple d'abattre des avions russes à l'aide de préservatifs gonflés. En Europe, les islamistes sont difficiles à repérer et à surveiller, essentiellement à cause de leur nombre, mais leur mode de pensée est extrêmement simple: les infidèles doivent être tués, dominés ou convertis, point. Ils sont capables de subtilité, mais essentiellement dans le domaine des subterfuges visant à se dissimuler face à leurs cibles. En l'occurrence, on se demande d'ailleurs, même pour une "tête pensante" de Daesh, quel serait l'intérêt de focaliser l'attention sur les migrants musulmans. Le seul effet serait d'instiller la méfiance et de rendre plus compliquée encore leur arrivée sur le sol européen, soit un résultat totalement contre-productif.

De toute évidence, l'hypothèse tordue d'un faux passeport abandonné exprès ne tient absolument pas la route du point de vue de l'Etat Islamique. Mais elle tient au contraire parfaitement debout du point de vue de l'Union Européenne et de sa classe politique, prête à toute invention pour peu qu'elle contribue à rendormir une opinion publique agitée.

Dans ces heures difficiles, un petit mensonge ne coûte pas cher...

La ritournelle du Padamalgam™

Bien que la société française soit très inquiète, il faut absolument l'apaiser. A cette fin, le Padamalgam, un puissant opiacé, est distillé à large dose depuis une semaine. Pas un jour ne passe sans que paraissent plusieurs articles décrivant en long, en large et en travers toutes les opérations de communications opérées par les communautés musulmanes européennes, les messages d'amour et de tolérance, les gestes d'apaisement des uns et des autres - jusqu'aux victimes des terroristes elles-mêmes.

Malgré des télescopages malheureux, nous assistons ainsi à un étalage continuel de textes parfois très beaux. Pensons par exemple au fameux Vous n'aurez pas ma haine d'un père dont la famille vient d'être brisée:

"Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde (...) Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car vous n'aurez pas sa haine non plus."


Oui, hormis que ce petit garçon sera peut-être un peu moins "heureux et libre" maintenant qu'il est orphelin de mère et qu'il finira par comprendre qu'il est en danger à cause de la veulerie de gens comme son père, ce qui pourrait alimenter une certaine amertume à l'adolescence... Car, il faut bien le reconnaître, continuer à vivre comme si de rien n'était suite aux attentats de Paris revient exactement à laisser de nouveaux attentats se préparer sur un mode opératoire identique.

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Dessin d'Artiste Mal Pensant

Dans le même ordre d'idée, les citoyens dotés d'un minimum de mémoire se rappelleront la photo du petit Aylan Kurdi, l'enfant mort noyé retrouvé sur une plage turque, disponible en gros plan dans tous les médias. Visiblement, à ce moment, la "nécessité d'informer" (d'une certaine façon, cela va sans dire) prenait apparemment le pas sur d'autres obligations journalistiques comme la déontologie, le respect des morts, la protection des mineurs et tutti quanti.

Malgré la polémique les médias s'empressèrent de rétorquer qu'ils avaient toutes les raisons de procéder comme ils le firent. Le contraste n'en est que plus grand avec la volonté actuelle de masquer une image du massacre du Bataclan circulant sur Twitter et Facebook. Dès lors, on comprend bien que les justifications liées à la "dignité humaine" ou au "secret de l'enquête" ne sont rien d'autre que des prétextes. La photo d'Aylan Kurdi devait être diffusée parce qu'elle servait certains objectifs politiques ; celles de la tuerie du Bataclan doivent être retirées parce qu'elles les desservent.

Il en est d'ailleurs de même avec les témoignages directs rapportant des égorgements et des coups de poignard portés au ventre des victimes par l'équipe de terroristes islamistes du Bataclan. Ces informations sont pour l'heure cantonnées aux médias étrangers, sur lesquels le gouvernement français n'a pas prise. Les médias suisses, eux, se contentent de censurer ces détails sordides non par obéissance mais par proximité idéologique.

Une fois de plus, l'affrontement fait rage entre les sources institutionnelles et les réseaux sociaux pour connaître la vérité.

Maastricht ou la Sécurité

Le dernier volet de l'exploitation politique des attentats de Paris dépasse le simple cadre de l'information pour provoquer des effets sur toute la population française et jusque dans les plus hautes instances européennes.

"Le Pacte de Sécurité l'emporte sur le Pacte de Stabilité." Ces mots sont ceux de François Hollande et donnent une idée de la bassesse du chef d’État, prêt à exploiter la mort de plus d'une centaine de victimes pour s'épargner des obligations de bonne gestion.

Depuis 2007 la France n'a jamais respecté les critères de Maastricht d'un déficit maîtrisé des dépenses publiques - sans même entrer dans la polémique de la pertinence de critères aussi larges. Les déclarations du président d'un retour dans les clous en quelques années n'ont jamais été rien d'autre que des paroles en l'air destinées à donner le change à Bruxelles ; les attentats de Paris lui apportent désormais une posture morale qui suffira à quémander perpétuellement la clémence des autorités de surveillance européennes.

Il est clair pour quiconque en aurait jamais douté que la France ne respectera jamais les critères d'un déficit public annuel en-dessous de 3% de PIB, et encore moins maintenant alors qu'elle dispose d'une excuse.

La sécurité a un prix, c'est un fait. François Hollande s'engage ainsi à recruter 8'500 policiers, gendarmes et juristes dans le cadre d'un large panel de mesures. Mais toutes ces dépenses, étalées sur plusieurs années, resteront une goutte d'eau dans l'océan des déficits de l’État français. Est-il question de renvoyer chez eux les criminels étrangers qui peuplent les prisons hexagonales? De mettre un terme à l'arrosoir des politiques sociales, qui représentent une véritable manne pour les mouvements terroristes en plus de miner tout espoir d'intégration par le travail? De remettre sur la table les critères d'acquisition de la nationalité ou la surveillance pérenne des frontières?

Il n'est évidemment pas question de tout cela. A la place, la France rajoutera une strate de bureaucratie sur un pays qu'elle écrase. Mieux encore, en guise de réforme François Hollande demande une facilitation et une pérennisation de l'état d'urgence: en un mot, encore plus de pouvoir discrétionnaire à disposition de la police et de l'exécutif. Pour que même Jean-Luc Mélenchon s'en inquiète, on comprend que certaines bornes ont été franchies.

Les politiciens français savent parfaitement exploiter quelque chose d'aussi abominable qu'une attaque terroriste ; ils maîtrisent parfaitement la maxime résumée par le maire démocrate de Chicago Rahm Emanuel:

« Ne jamais gâcher une bonne crise. »

 

25 septembre 2015

Uli Maurer prend un tacle

Hormis un accessit assez ridicule, l'affaire anti-UDC de cette semaine concerne cette fois-ci Ueli Maurer - dans la rubrique football de 24Heures, ça ne s'invente pas - à la suite d'un voyage au Brésil.

Un voyage à 200'000 francs.

ueli maurer,élections du 18 octobre 2015,médias,manoeuvres politiquesCris, scandale, glapissements: pour se prendre au Brésil pendant la coupe du monde 2014 afin d'assister au match de la Nati contre l'Equateur (match que l'équipe nationale remporta 2-1) le Ministre du sport a fait le voyage dans un jet privé.

Le Blick, d'où vient l'information de première main, explique:

Ueli Maurer et ses deux accompagnants n'ont pas pris un vol de ligne habituel mais un jet privé, relate le journal, qui a pu voir un document de la Confédération présentant une facture de 202'100 francs rien que pour le vol. Le jet, un Falcon 7X, appartient à la famille Schindler - celle des fameux ascenseurs - qui le loue à des clients fortunés, équipage compris.


Et de poser l'inévitable question: "Pourquoi n'avoir pas pris un vol de ligne, qui aurait coûté 10 fois moins cher, même en première classe?" Contactés par le journal, les services d'Ueli Maurer et la Chancellerie fédérale expliquent que le seul jet approprié était à l'inspection à ce moment-là et qu'ils n'avaient pas eu de temps pour les démarches officielles.

Jet en panne, urgence, solution de rechange hors de prix: tout était en place pour un joli scandale et les invités obligatoires des médias se font plaisir. En bon centriste, Christophe Darbellay du PDC "salue le déplacement" d'un côté mais trouve son coût "totalement disproportionné" de l'autre. Christian Levrat, président du PS, a davantage le sens de la répartie: pour lui c'est carrément le billet de match "le plus cher de tous les temps" - une formule pieusement reprise par 20 minutes pour renommer son article. Et l'homme de gauche de prendre le temps de la réflexion:

"J'aurais attendu que l'on recherche une solution plus économique ou alors que l'on renonce à ce voyage."


Mamma mia! Un socialiste soucieux de la bonne utilisation des deniers publics! Muet devant l'affaire Carlos, silencieux le jour où le Parlement décide d'offrir des avocats gratuits aux migrants entrés illégalement sur notre sol, Christian Levrat découvre la bonne gestion! Espérons pour lui qu'il n'apprenne jamais l'existence de prix décernés aux pires gaspillages de l'administration, ni le site web carrément mis en place pour suivre les innombrables voyages douteux des fonctionnaires helvétiques!

Je salue évidemment cette soudaine prise de conscience, mais si je m'écoutais j'aurais l'impression que 200'000 francs ne deviennent un problème que lorsqu'ils concernent M. Maurer.

D'ailleurs, que diable M. Maurer est-il allé faire au Brésil dans un voyage si coûteux? Eh bien, il s'est trouvé embarqué à la suite d'un désistement, car l'hôte d'honneur du match Suisse-Equateur devait à l'origine être nul autre que le président annuel d'alors, Didier Burkhalter, qui eut un empêchement de dernière minute. Le Conseil fédéral aurait alors décidé d'envoyer le ministre des Sports à sa place. C'est donc bien à son corps défendant que M. Maurer serait parti pour un aller-retour au Brésil - le genre de voyage qu'il déteste.

L'information est écrite noir sur blanc dans les articles, bien entendu. Mais qui lit encore les articles lorsqu'on peut simplifier l'histoire avec de si belles manchettes? Seuls les titres resteront dans les esprits à plus long terme alors les médias s'en donnent à cœur-joie:

  • Le voyage à 200'000 francs d'Ueli Maurer au Brésil, dans le Matin du 24 septembre, identique dans 24 Heures et la Tribune de Genève ;
  • Maurer et le "billet le plus cher de tous les temps", dans le 20 minutes du même jour ;
  • Le voyage d'Ueli Maurer pour le Mondial au Brésil aurait coûté 200'000 francs, article sur le site de la RTS.

Et je vous épargne la presse alémanique. Y aurait-il eu pareil scandale si le voyageur avait été M. Burkhalter, comme prévu?

Obéissant à un Conseil Fédéral l'envoyant comme remplaçant à l'autre bout du monde, réduit au silence par la collégialité, M. Maurer fait donc l'objet d'un tir de barrage assez unanime... Plus d'un an après les faits, et à un mois des élections fédérales.

Cela ne peut être que l’œuvre du hasard. La glorieuse incertitude du sport, sans doute.

21 septembre 2015

Grèce: une élection pour rien

Largement disparue des écrans radars face à une actualité concentrée sur les problèmes migratoires, la Grèce n'en continue pas moins d'exister - et votait ce week-end pour renouveler son Parlement après la convocation de nouvelles élections par son Premier Ministre Alexis Tsipras.

Pour comprendre le sens de ce scrutin, il faut le remettre dans son contexte du mois de juillet: malgré le succès de son référendum anti-austérité remporté haut la main, mis au pied du mur face à une expulsion de la zone euro, Alexis Tsipras avait finalement accepté absolument toutes les conditions articulées par la Troïka.

Cédant sur l'ensemble de son programme, il amena à la Grèce des contraintes bien pires que celles qu'il avait demandé aux citoyens grecs de repousser par référendum en premier lieu. L'effondrement des positions de M. Tsipras face aux revendications européennes et le déni démocratique du référendum amenèrent une frange importante des députés de Syriza à entrer en rébellion ouverte contre leur Premier Ministre. Cela n'empêcha certes pas les réformes réclamées par la Troïka de commencer à être votées (l'opposition pro-européenne suppléant les rebelles du bloc gouvernemental pour constituer une nouvelle majorité) mais posait la question de la continuité du gouvernement Tsipras sur le long terme.

Plutôt que d'attendre une motion de censure qui finirait immanquablement par passer, Alexis Tsipras choisit donc la voie des urnes pour réaffirmer (ou non) sa majorité.

L'homme a brillamment remporté son pari:

grece_sept_2015.png
Les scores des élections grecques et la progression des partis politiques depuis janvier
(cliquez pour agrandir)

La victoire d'Alexis Tsipras laisse malgré tout un goût amer chez les Grecs, qui n'ont guère manifesté de joie à l'issue d'un scrutin finalement dénué de surprise. Parmi les autres aspects du vote, la progression régulière d'Aube Dorée, désormais troisième force politique du pays, et un taux d'abstention de 43.45% alors que le vote est sensé être obligatoire. Les Grecs - et en particulier les jeunes - semblent renoncer à l'idée d'un changement par les urnes ; au vu du résultat il est difficile de penser autrement.

Les nombreux citoyens grecs déçus par le spectaculaire revirements du politicien avaient deux choix pour le sanctionner. Premier choix, soutenir les dissidents de Syriza, qui préféraient respecter le référendum de juillet quitte à sortir la Grèce de la zone euro. Las! Leur nouveau parti, Unité Populaire (LAE ci-dessus) ne parvient même pas à dépasser le quorum des 3% pour entrer au Parlement.

Tant qu'à se soumettre à la Troïka, le second choix revenait quant à lui à opter pour n'importe quel autre parti pro-européen aux ordres de Bruxelles que compte le pays, Syriza ne se distinguant plus guère de ce groupe depuis juillet. Las encore! Le poulain le plus probable, Nouvelle Démocratie, ne gagne qu'un maigre 0.3% des suffrages depuis les élections du début de l'année.

En fin de compte, les électeurs grecs ayant choisi de se déplacer ont montré qu'ils préféraient l'inconstant Tsipras et ses manœuvres indéchiffrables à toute autre alternative. Mieux vaut un diable qu'on connaît...

La démocratie grecque en sort malgré tout affaiblie. En déroulant le tapis rouge à un élu qui les a ouvertement bernés, les Grecs ont montré qu'on pouvait se jouer de leur opinion et revenir deux mois plus tard aux affaires par la grande porte. Comment être encore pris au sérieux par les politiciens après cela?

27 juillet 2015

Fabienne Despot dans la tourmente

Si quelqu'un avait espéré que le scandale pourrait s'étouffer discrètement, il doit s'en mordre les doigts: depuis la semaine dernière, tous les médias romands ne parlent que de "l'affaire" - le chantage dont l'UDC Vaud est victime à travers un enregistrement pirate d'une réunion privée, enregistrement effectué par nulle autre que... La présidente du parti, Fabienne Despot!

Pas de quiétude estivale pour l'UDC vaudoise. Dans les colonnes de La Liberté, Fabienne Despot avoue "une faute" ; l'affaire est ensuite reprise par La Télé, la RTS, le Matin et le Matin Dimanche - visiblement bien informé au point de citer des extraits de l'enregistrement... Jusqu'à une conférence de presse aujourd'hui à Lausanne.

Mais revenons sur le déroulement de l'affaire.

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Le contexte

En 2014, l'UDC Lausanne est sujette à des dissensions internes, la faute à une coterie de membres en butte contre les décisions de la présidence locale. Parmi les rebelles, un certain Jean-Luc Laurent. L'ambitieuse nouvelle présidente de l'UDC Vaud, Fabienne Despot, tient absolument à impliquer la section cantonale, officiellement à des fins d'arbitrage... Ou comme une excellente occasion d'éliminer d'éventuels rivaux dans l'organigramme du parti.

Or, loin de dévoiler un quelconque scandale, l'enquête effectuée par des conseillers nationaux Pierre-François Veillon et Raymond Clottu donne entièrement raison à la direction de la section lausannoise. Elle a agi dans les règles de l'art. Le document, à usage interne, conclut que face à des positions irréconciliables il serait préférable que les membres contestataires démissionnent d'eux-mêmes plutôt que de faire face à une procédure d'exclusion.

Jean-Luc Laurent claque la porte de l'UDC.

L'immixtion de la section cantonale dans des affaires communales est mal vécue. Elle apparaît aux yeux de beaucoup comme une ingérence. Philipp Stauber, chef du groupe UDC au conseil communal de Lausanne et membre du comité central de l'UDC suisse, publie une lettre ouverte incendiaire dans laquelle il accuse la présidente de se conduire comme le personnage de bande dessinée Iznogoud et de mener le parti dans le mur. En conclusion, il l'invite à cesser ses manipulations.

Piquée au vif, la présidente refuse de laisser passer l'affront. En avril 2014, elle convoque M. Stauber dans une "réunion de conciliation" de la Direction exécutive de l'UDC vaudoise, soit MM. Michaël Buffat, Jean-François Thuillard, Kevin Grangier, et Mmes Fabienne Despot et Monika Commissione. En attendant M. Stauber les discussions s'enchaînent entre les cinq personnes assises autour de la table, évoquant les potins du parti et l'actualité. Pas un ne se doute qu'il est enregistré à son insu, sauf, bien sûr, l'instigatrice de la manœuvre.

La présidente a apporté du matériel professionnel prêté par son compagnon de l'époque, Fred Reichenbach, détective de son état, pour enregistrer la séance. D'après les dires de Mme Despot aujourd'hui, il s'agissait avant tout de "se défendre" pour éviter que ses propos ne soient "mal interprétés", sans qu'on sache très bien par qui et comment. Difficile d'écarter l'impression persistante que l'objectif était bel et bien de piéger M. Stauber... Et lorsque Mme Despot explique qu'elle ignorait qu'enregistrer des tiers sans leur consentement était illégal, on reste pantois!

Toujours est-il que l'opération fait chou blanc. M. Stauber ne se rendra pas au rendez-vous piégé. La réunion est ajournée. L'enregistrement est stoppé après 32 minutes de prise de son. N'ayant pas pu enregistrer les déclarations compromettantes qu'elle espérait, Fabienne Despot rend le matériel à son compagnon "avec instruction d'effacer le contenu", affirme-t-elle. Fin de l'histoire, en apparence...

Un enregistrement clandestin dans la nature

Mme Despot et son compagnon se séparent en mai 2014. L'enregistrement ne sera pas perdu pour tout le monde. On ne connaît pas le cheminement du fichier - l'enquête l'expliquera peut-être - mais il refait surface entre les mains de Jean-Luc Laurent, devenu dans l'intervalle candidat PBD au Conseil National. Et il a bien l'intention de s'en servir.

M. Laurent n'est pas resté en bons termes avec l'UDC. Un point en particulier lui reste en travers de la gorge: le rapport des conseillers nationaux sur les divergences au sein de l'UDC lausannoise, qui le mentionne mais qu'il ne peut consulter. Il estime qu'il y a là une profonde injustice.

Alors qu'il aurait peut-être été plus simple de tenter de prendre connaissance du document au travers de la Loi sur la Protection des Données, il tente une autre approche - le chantage.

Envoyant un email à Mme Despot le 22 juin, puis, faute de réponse de l'intéressée, à d'autres membres de la Direction exécutive trois jours plus tard, il annonce être en possession de "documents compromettants" sur certains candidats du parti au Conseil National, dont l'enregistrement d'une séance privée. Il exige en échange de son silence de consulter le fameux rapport.

Kevin Grangier, secrétaire général, est invité à juger du sérieux de la menace. Il se rend chez M. Laurent le 9 juillet pour découvrir les fameuses pièces compromettantes que prétend détenir le maître-chanteur, pour reprendre les mots de Mme Despot. Il découvre deux clef USB et trois classeurs - mais ne peut en inspecter le contenu - et le fameux enregistrement.

Ayant obtenu de son hôte le droit de l'enregistrer à son tour sur son propre téléphone portable, M. Grangier écoute le fichier audio en intégralité. Les propos tenus n'ont rien de compromettant, ce sont des discussions d'ordre privé entre des gens qui se connaissent. Mais l'authenticité de l'enregistrement ne fait aucun doute et la présidente admet en être à l'origine.

Gestion de crise

Une réunion ordinaire du comité central a lieu le soir même. La réaction est immédiate: il n'est pas question de céder au chantage, quelles que soient les informations prétendument détenues par M. Laurent. Mais la présidente Fabienne Despot est elle-même gravement mise en cause. Les membres du comité central décident de ne rien faire sans l'avoir entendue s'expliquer en personne, mais elle est en vacances... Un nouveau rendez-vous est agendé au 23 juillet.

Lors de cette nouvelle séance, Fabienne Despot s'explique, avoue sa faute, exprime ses regrets. Elle porte plainte contre son ex-compagnon et contre Jean-Luc Laurent. Michaël Buffat porte également plainte contre ce dernier pour utilisation d’un enregistrement à but de contrainte. Une perquisition a lieu: les dossiers sont creux, les clef USB sont vides. Le chantage n'était qu'un bluff maladroit, le seul document authentique en possession de l'individu étant l'enregistrement effectué par la présidente.

Si l'affaire du chantage se dégonfle, celle de la crise de confiance avec la présidente de l'UDC Vaud reste bien vivace. Les membres du comité central sont face à un dilemme dont ils se passeraient bien. Toutes les alternatives sont mauvaises - en termes d'image, d'organisation, de délais légaux vis-à-vis des élections nationales du 18 octobre. Le dépôt des listes à la chancellerie fédérale est clôt dès la mi-août. Comment tout remettre en question si tard?

Faute de mieux, les membres du comité central, associés aux responsables de la campagne fédérale, décident de renouveler leur confiance à Fabienne Despot. Peut-être espèrent-ils que la pseudo-affaire s'éteigne discrètement... Espoirs naïfs et rapidement contrariés. Quelques jours plus tard, les articles commencent à fleurir dans la presse. Le feu, loin de s'étouffer, reprend de plus belle.

Pour tenter de reprendre le contrôle de la communication dans cette crise, l'UDC Vaud se fend d'une conférence de presse officielle lundi à 10h à l'Hôtel Continental, en face de la gare de Lausanne. L'exercice - difficile - est mené par Fabienne Despot, Jean-François Thuillard au nom du comité central du parti, et Kevin Grangier, secrétaire général et membre du comité de campagne pour les élections fédérales d'octobre.

Pourtant, si la conférence de presse livre des précisions, il n'y a pas vraiment de remise en question des éléments livrés jusqu'ici par les médias.

Comment se sortir du pétrin?

Beaucoup au sein du parti ont dû se poser la question. Il n'y a malheureusement pas de réponse simple, et aucune qui ne laisse l'UDC vaudoise indemne.

Kevin Grangier a eu beau jeu de rappeler que l'UDC suisse avait raison sur toute la ligne - de l'Union Européenne à la sécurité en passant par la politique de l'asile - l'UDC vaudoise s'est bien mise en difficulté toute seule, par les atermoiements de sa présidente et la faiblesse de son comité central.

La campagne pour les élections fédérales d'octobre est compromise. Comment les candidats au Conseil National ou au Conseil des Etats peuvent-ils accepter d'être associés à une colistière qui a enfreint l'article 179 du Code Pénal et serait susceptible d'encourir un an de prison? Personne n'a porté plainte directement contre elle, certes, mais Fabienne Despot pourrait être indirectement mise en cause par les plaintes qui visent Jean-Luc Laurent. On voit mal comment ce dernier pourrait être coupable d'avoir exploité des enregistrements illicites sans que rien ne vienne inquiéter celle qui en est à l'origine. Le volet judiciaire est loin d'être fermé et il nous garantira des rebondissements réguliers, autant de piqûres de rappel désastreuses jusqu'aux élections d'octobre et sans doute au-delà. Mais il n'y a pas que cela.

Comment faire cadrer la faute de Mme Despot avec l'exigence du parti d'aligner uniquement des candidats irréprochables? Comment peut-on d'un côté demander des extraits de casier judiciaire et soumettre les candidatures à l'enquête lorsque de l'autre les mêmes censeurs passent comme chat sur braise sur des violations flagrantes de toute déontologie, de toute confiance entre collègues?

Comment même élire Mme Despot et l'envoyer à Berne? Comment espérer de sa part un comportement sans faille lorsqu'elle prétend encore aujourd'hui que l'enregistrement n'était que pour sa défense et ose affirmer, toute honte bue, qu'elle ignorait agir dans l'illégalité?

Il aurait fallu avoir du courage - le courage de convoquer un congrès extraordinaire, de soumettre la situation au vote de tous les délégués, de laisser la base du parti trancher démocratiquement. A la place, les instances dirigeantes de l'UDC vaudoise ont préféré l'atermoiement optimiste. Et la situation échappe à tout contrôle.

Je suis triste de voir Mme Despot aveuglée par l'ambition au point de ne pas voir que sa carrière politique vient d'exploser en plein vol, manquant d'assez de force de caractère pour prendre la seule décision qui s'impose.

Je suis triste pour les instances dirigeantes de l'UDC vaudoise de ne pas avoir été à la hauteur de l'enjeu face à la crise, d'avoir mal conseillé leur présidente et préféré fermer les yeux sur leur propre règlement électoral de peur d'affronter un conflit.

Je suis triste pour les autres candidats talentueux de l'UDC au Conseil National et au Conseil des États, innocents dans toute cette affaire et quand même salis.

Mais avant tout, je suis triste pour les électeurs vaudois recevant ce pitoyable feuilleton estival en guise de campagne, alors que la Suisse aura bientôt à affronter des enjeux vitaux pour sa survie. Ils méritaient mieux.

Mise à jour (29 juillet): suite à l'ampleur que prend cette affaire l'UDC a - enfin! - décidé de convoquer un congrès extraordinaire, le 13 août, pour décider des suites à donner à la candidature de Mme Despot.

Mise à jour (14 août): le congrès extraordinaire a eu lieu. Contre toute attente, Mme Despot a été confirmée (avec de courtes majorités) dans toutes ses positions: candidate au Conseil National (85 voix contre 57 et 3 blancs), au Conseil des Etats (81 voix contre 60 et 3 abstentions), et présidente du parti (72 voix contre 66, 3 nuls et 2 blancs). Les délégués ont donc décidé d'ignorer leurs propres critères de sélection et de maintenir sur les listes une candidate polémique. Nous verrons donc si les électeurs de feront le tri ou pas, mais au vu des tensions au sein de l'UDC (y compris entre les candidats) l'option choisie par le congrès n'est certainement pas celle qui restaure la sérénité dans la campagne.

04 février 2015

L'UMP fait naufrage dans le Doubs

Au vu de l'actualité, vous auriez pu penser que l'activité médiatique hexagonale se tournerait vers Boko Haram et ses massacres, la guerre en Ukraine ou, s'il faut vraiment parler d'actualité intérieure, les cellules djihadistes régulièrement découvertes ici et là ou l'exposition du contribuable français à cette dette grecque que le nouveau gouvernement local souhaite "effacer".

Que nenni. A la place, l'actualité semble exclusivement se ramener à deux sujets: un procès en proxénétisme aggravé où Dominique Strauss-Kahn se retrouve sur le banc des accusés - mais on évitera soigneusement d'évoquer les mécanismes de corruption sous-jacents - et la primaire législative dans le Doubs pour trouver un remplaçant au socialiste Michel Sapin, appelé à servir dans les plus hautes sphères de l'Union Européenne.

Et encore! Le second sujet ne semble qu'une vaine excuse pour guetter les querelles au milieu d'une UMP éliminée dès le premier tour. Les ténors appelleront-ils à voter pour le PS? A s'abstenir? A poursuivre dans le "ni-ni" prôné en son temps par Nicolas Sarkozy?

france,ump,nicolas sarkozy,marine le penEn bonne politicienne engagée dans le mauvais parti, Nathalie Kosciusko-Morizet appelle à voter à gauche. L'ancien premier ministre François Fillon lance quant à lui un "pas de complaisance avec le FN, pas d'indulgence avec le PS" ambigu devant le groupe UMP à l'Assemblée. Faut-il donc s'abstenir? Non, puisque le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale Christian Jacob se prononce, lui, pour un vote blanc. Après une attente soigneusement orchestrée, Alain Juppé invite quant à lui à "faire barrage" au Front National, donc de voter pour ces socialistes qui lui sont finalement si sympathiques. Et Nicolas Sarkozy, capitaine du Radeau de la Méduse, de réclamer une réunion du bureau politique de l'UMP dont on se demande bien quel pourra être l'effet vu qu'elle a lieu après que chacun ait dit ce qu'il avait à dire...

La question du second tour n'est pas anodine puisque le cas de figure est inédit. Les précédentes élections partielles avaient vu l'élimination de la gauche au premier tour, laissant au second l'UMP face au Front National. L'électeur socialiste moyen avait donc deux choix: soit se déplacer pour élire l'UMP et donc opter pour le "moindre mal" en présentant cela comme un devoir civique, soit rester chez lui à savourer un thé chaud. Ici, l'UMP se retrouve tiraillée entre deux rivaux: l'ancien à gauche, le nouveau à droite. Entre le PS et le FN, quel dilemme!

L'élimination de l'UMP au premier tour montre à quel point le PS a effectivement repris du poil de la bête - en particulier depuis les attentats du 7 janvier et la récupération politique le dimanche même par François Hollande lors de la marche "je suis Charlie". L'opération fut si réussie que Manuel Valls, en campagne dans le Doubs, présente désormais carrément cette manifestation comme un rassemblement historique de la gauche:

"Mobilisez-vous! Soyez fiers de cette France du 11 janvier, qui s'est retrouvée et que nous chérissons. Soyez fiers de cette gauche que nous incarnons, de cette gauche qui affronte le réel avec la force de son idéal", a lancé le Premier ministre devant une assistance d'un millier de personnes.


Vous vous sentiez Charlie en janvier? Vous aviez peut-être battu le pavé parisien pour exprimer votre rejet du terrorisme islamique, votre foi dans la société française ou la liberté d'expression? Félicitations. Vous êtes désormais socialiste honoris causa - nous ne sommes plus à une contradiction près.

Consternant spectacle d'une classe politique et d'une classe médiatique vivant complètement en dehors de la réalité - jusque dans les consignes de vote qu'elle croit donner. Saluons le collectif de droite Sens Commun de rappeler l'absurdité du mépris des choix électoraux:

La question à se poser est pourtant simple: que reste-t-il de la démocratie quand certains s'arrogent le droit de qualifier un vote de bon et l'autre de mauvais? (...) La République n'est pas un monopole: en la récupérant à son seul profit, la gauche dite «républicaine» la vide par là même de son sens. Une fois de plus, elle se juge habilitée à exclure du débat démocratique des millions de Français. Mais si elle n'aime pas un certain type d'électeurs, c'est qu'elle n'aime qu'une partie de la France et qu'elle est donc incapable de rassembler notre pays. Et si elle estime que plusieurs millions de Français ne savent pas voter, pourquoi maintenir la démocratie plus longtemps?


Pas un média en revanche pour relever la sortie du candidat UMP vaincu Charles Demouge: "ce sont les bons petits blonds qui m'emmerdent", lança-t-il en tentant visiblement de courtiser l'électorat immigré. Peine perdue. Quant à la mobilisation citoyenne et les plaintes des associations contre cette saillie indigne, on les cherche encore ; mais il est vrai que le racisme anti-blanc est pardonnable et pardonné en France.

Combien d'électeurs ont été rebutés par ces propos consternants? On ne le saura pas puisque, outre l’omerta médiatique, les grands pontes de l'UMP n'ont visiblement pas choisi de remettre en cause la qualité de leur candidat. C'est une faute.

Le deuxième aspect de cette élection partielle concerne la France entière. Après la défection de Jean-Pierre Maggi vers le groupe des radicaux de gauche plus tôt dans l'année, le siège de député du Doubs remet encore davantage en question la majorité du PS sur l'Assemblée Nationale. Autrement dit, l'affaire ne porte pas seulement sur le remplaçant d'un ex-ministre mais bien sur la continuité de l'exercice du pouvoir par le PS.

La chute progressive d'un parti disposant à lui seul du pouvoir de décision législatif reste un symbole fort. Dans ce contexte, l'existence d'un troisième député du Front National est anecdotique ; il est effarant de constater que le sujet peut à ce point obséder l'état-major de l'UMP et livrer des résultats aussi curieux. L'UMP est terrorisée par le FN, c'est un fait, mais il faut livrer bataille intelligemment. Le destin du combat entre les deux partis ne se joue pas dans le Doubs.

Le vote blanc finalement préconisé est un prétexte. En refusant aux électeurs du Doubs le droit d'élire un candidat du Front National, l'UMP montre qu'elle se complaît dans la dualité "UMPS" si souvent dénoncée par Marine Le Pen. Elle sert directement les intérêts des socialistes et de François Hollande. Renonçant de facto à son rôle d'opposition, ses consignes de vote confuses ne font finalement que la démonstration de son inutilité et préparent donc, à terme, son effondrement.