03 décembre 2013

La Suisse a-t-elle changé de régime?

Le terme de "coup d’État" évoque des rafales de mitrailleuses au palais présidentiel, mais tous les changements de régime ne sont pas aussi spectaculaires, encore moins quand les révolutionnaires sont déjà dans la place. La Constitution Fédérale pourrait bien être morte mercredi dernier. Vous n'étiez pas au courant? C'est étrange, d'autant plus que les médias en ont parlé. A votre décharge, il est vrai qu'ils n'ont pas présenté la chose de cette façon.

cf.jpgIl ne s'agit pas pour une fois d'un affaiblissement progressif de la Suisse, d'un énième rabotage de l'autonomie cantonale ou d'une nouvelle soumission préventive à l'Union Européenne, mais d'une rupture nette: le Conseil Fédéral a décidé que le peuple souverain... N'était plus souverain.

Découvrons l'affaire à travers un article du Temps:

Le Conseil fédéral a sorti une nouvelle carte de sa manche en recommandant mercredi au parlement d’invalider partiellement l’initiative de l’UDC dite de «mise en œuvre» sur le renvoi des délinquants étrangers (...)

Selon le Conseil fédéral, la définition que l’initiative donne du droit international impératif – qui seul peut faire obstacle à une expulsion aux termes de l’initiative – est trop restrictive. Elle se limite aux risques encourus par la personne expulsée d’être torturée ou exécutée dans son pays d’origine alors que le principe du non-refoulement comprend aussi, par exemple, l’éventualité d’une détention arbitraire, fondée sur l’appartenance religieuse ou ethnique, ou sur les opinions politiques. Ces cas représentent aussi, selon le Conseil fédéral, un traitement inhumain prohibé par le droit international impératif.


Reprenons donc. Le 28 novembre 2010, le peuple suisse accepte l'initiative lancée par l'UDC sur le renvoi des criminels étranger. Le gouvernement et tous les autres partis politiques ont lutté bec et ongles contre l'initiative et perdu dans les urnes, mais n'admettent pas pour autant leur défaite: désormais, ils comptent sur la loi d'application pour ressusciter le contre-projet rejeté par le peuple. L'UDC prend les devants en lançant une nouvelle initiative dite de mise en œuvre pour faire appliquer son texte à la lettre. Il s'agit simplement de placer tels quels les termes de la première initiative dans la Constitution, empêchant toute manœuvre politicienne lors de l'étape cruciale de la loi d'application.

Et mercredi dernier, le gouvernement sort du bois en suggérant d'invalider un point central du texte sur la base du "non-respect du droit international impératif". Pas besoin d'être grand clerc pour deviner que la suppression de cet unique article a pour but de trahir encore une fois l'intention des électeurs au moment de définir une loi d'application.

Pour la plupart des analystes, le réflexe pavlovien anti-UDC tient lieu de réflexion: si ça embête l'UDC ce ne peut être entièrement mauvais, n'est-ce pas? Il y a pourtant lieu de s'attarder sur cet épisode car son examen révèle des dérives inquiétantes du Conseil Fédéral.

Pour commencer, l'invocation d'une infraction au droit international impératif est extrêmement douteuse. Elle est d'autant plus difficile à plaider qu'il n'existe aucune définition explicite de ce fameux droit. Constamment changeant, il est basé sur l'usage et les conventions internationales, elles-mêmes liées à la jurisprudence de tribunaux internationaux. La Suisse s'est engagée à suivre ce fameux droit international depuis 1990, lorsque le pays devint signataire de la Convention de Vienne. La même année, curieux hasard, le Conseil Fédéral décida d'invalider pour la toute première fois de son histoire une initiative populaire, et déjà le différend portait sur le principe du non-refoulement.

Pourtant, le droit international contraignant ne suit que des principes généraux (le jus cogens). De plus, l'interprétation même de violation d'un traité n'a pas à être unilatéralement décidée par le signataire lui-même mais par d'autres parties (article 60 de la Convention). Autrement dit, à supposer que l'adoption d'une initiative par la Suisse lui fasse violer un traité, c'est à l'autre ou aux autres parties lésées de procéder à la dénonciation. Pas à la Suisse.

En décidant de censurer l'initiative de mise en œuvre de l'UDC, le Conseil Fédéral (en réalité la conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga au travers du service juridique du département de justice et police, même pas le département des affaires étrangères!) s'est montré plus royaliste que le roi. D'une part l'administration fédérale préjuge de la réaction d'autres pays signataires d'un traité, d'autre part elle livre un verdict abusif pour décider si un texte enfreint le droit impératif puisque cette décision revient en dernière instance à des juges internationaux. En livrant pareille analyse le CF a donc clairement outrepassé ses compétences.

A entendre Mme Sommaruga, l'initiative de mise en œuvre de l'UDC violerait la Convention européenne des droits de l'homme, l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'Union Européenne, voire la Convention relative aux droits de l’enfant. Pareilles réserves n'ont pas été soulevées lorsque la première initiative de l'UDC a été déposée. De plus, même à accorder crédit à ces hypothèses, quel est le problème? Comme n'importe quel contrat, les traités internationaux peuvent être renégociés ou résiliés. Même s'il livre une interprétation hyperbolique des conséquences de l'initiative, le gouvernement est dans son rôle s'il se borne à informer, mais en sort en tentant de censurer le projet. Qu'il cherche à prendre le Parlement comme complice ne change rien à l'affaire. Le Rubicon a été franchi dès lors que le Conseil Fédéral s'est estimé en droit de caviarder une initiative.

Simple en apparence, l'initiative de mise en œuvre dévoile des interprétations antagonistes de valeurs fondamentales enfouies au sein de la classe politique. A qui appartient le pouvoir de décision ultime? Le Conseil Fédéral et les parlementaires de Berne, ou le peuple souverain? L'évolution du droit suisse est-elle subordonnée à tous les traités passés? Seulement certains? Lesquels et pourquoi? Peuvent-ils jamais être abrogés suite à une votation populaire? L'interprétation du droit international est-elle du ressort d'une coterie de fonctionnaires non-élus comme Martin Dumermuth, le directeur de l’Office fédéral de la justice, ou des citoyens? Le corps électoral est-il capable d'appréhender une notion comme le droit international impératif? Et s'il ne l'est pas, quel sens a son vote sur d'autres sujets, voire sur l'élection de ses représentants?

La Suisse est une démocratie. Si son pouvoir n'est pas sans limites, celles-ci devraient être bornées par le droit naturel inaliénable des individus et non une interprétation partisane des traités internationaux. Mais entre la démocratie directe et le droit international, le gouvernement a choisi son camp. Plus effrayant encore, tant les médias que la plupart des formations politiques semblent parfaitement s'accommoder de ce nouveau paradigme.

Alors que les frictions sont de plus en plus grandes entre les aspirations du peuple et les visions de ses élites, il n'est guère surprenant que le "droit international impératif" vienne s'immiscer de plus en plus fréquemment dans les campagnes politiques. A défaut d'arguments, la soumission à une autorité supérieure semble une façon bien commode de couper court à un débat disputé. Mais c'est aussi un jeu dangereux.

En se permettant de changer la teneur des textes soumis au peuple souverain, le gouvernement helvétique dénature jusqu'au sens même des votations. Les citoyens deviennent de simples sujets, appelés à se prononcer seulement sur ce que leurs maîtres ont jugé bon.

30 septembre 2013

Berlusconi et la rédemption italienne

De ce côté des Alpes, l'affaire est entendue: Silvio Berlusconi est un monstre. Celui qu'on surnommait avec dédain il Cavaliere s'est récemment vu affubler de qualificatifs peu flatteurs dont "inconscient" et "fou" sont sans doute les plus honorables.

Tout est la faute de la démission des ministres de sa coalition du gouvernement, un geste apparemment décidé par Silvio Berlusconi lui-même. Le départ des ministres provoquera probablement l'effondrement de la coalition dirigeant actuellement l'Italie après cinq mois d'existence, donc des élections anticipées, une campagne électorale, une incertitude politique et tutti quanti.

italie,silvio berlusconi,manoeuvres politiques,médiasPourquoi?

Pourquoi cette décision, ce chaos prévisible, cette remise en question d'une maigre stabilité acquise après d'âpres tractations?

Pour les médias dont la posture anti-Berlusconi n'est plus à démontrer, la responsabilité est entièrement à chercher du côté de l'homme, son attrait pour le pouvoir, le rejet de sa dernière condamnation. Après des décennies de lutte judiciaire, il sacrifierait l'Italie entière pour une maigre chance de préserver son pouvoir. Selon un "spécialiste" de la vie politique italienne:

Silvio Berlusconi est un homme qui n'a plus rien à perdre. On a sous-évalué son intelligence manichéenne. Il a une jouissance personnelle à voir qu'il peut conditionner l'avenir de l'Italie toute entière. Hormis dans les dictatures, qui a le pouvoir, par sa simple parole et son aura, de dicter la marche d'un pays? (...)

Le 4 octobre, le Sénat devait se prononcer sur sa destitution, qui le priverait de l'immunité parlementaire [et provoquerait l'exécution de sa peine de quatre ans de prison - ramenés à un seul par une amnistie - pour fraude fiscale]. Berlusconi se bat pour ne pas perdre cette immunité.

Il a l'arrogance de penser qu'il peut gagner cette guerre et que son parti, le Peuple de la liberté (PDL, droite), peut remporter la majorité lors d'élections anticipées et faire annuler cette question d'immunité. S'il y parvient, il aura gagné sur la politique et la magistrature.


Le mal, vous dis-je. Le pari fou de Berlusconi serait de ravir la majorité actuellement détenue par le parti de gauche du Premier ministre Enrico Letta pour retourner en sa faveur les votes le concernant.

Le mal est une explication pratique. Il fait de Berlusconi une sorte de démon, ce qui n'est pas pour déplaire dans certains cercles. Il empêche de creuser la question davantage - qui serait pervers au point d'enquêter sur le mal? - et permet de lancer des anathèmes à tout bout-de-champ.

Pourtant, plus sérieusement, les ambitions politiques d'un jeune homme de 77 ans paraissent limitées, quelle que soit l'issue des ses déboires judiciaires. Et la crise qui secoue l'Italie en ce début de semaine a peut-être une toute autre raison. Pour la comprendre, il faut examiner le point de vue du PLD, livré brut de forme pendant les premières heures de la crise, avant que la machine médiatique habituelle ne se mette en branle...

[Les ministres membres du Peuple de la Liberté] ont tous suivi la consigne de Silvio Berlusconi qui avait jugé plus tôt "inacceptable" et "irrecevable" l'"ultimatum" d'Enrico Letta, a-t-elle précisé. Le président du Conseil avait demandé vendredi soir une clarification devant le Parlement à propos du soutien incertain du centre droit à son gouvernement de coalition droite-gauche. Dans l'après-midi, le Cavaliere avait invité, dans un message adressé à Angelino Alfano, les ministres PDL à "évaluer l'opportunité de présenter immédiatement leur démission pour ne pas se rendre complices d'une ultérieure vexation imposée par la gauche aux Italiens".

"La décision adoptée hier par le président du Conseil de geler l'action du gouvernement, entraînant de cette façon l'augmentation de la TVA, est une grave violation du pacte de gouvernement", avait argumenté Silvio Berlusconi. Le Conseil des ministres avait été convoqué vendredi par Letta afin d'ajourner l'augmentation prévue pour le 1er octobre de la TVA, mais, en raison de la crise politique, Enrico Letta avait repoussé toute décision. L'augmentation, de 21% à 22%, sera appliquée le 1er octobre. Cette hausse d'un point est redoutée par les milieux économiques car elle risque de peser sur la consommation et la reprise.

 
Le Premier ministre de gauche aurait ainsi délibérément gelé l'action du gouvernement italien pour qu'une hausse "automatique" de la TVA ait lieu. La démission des ministres et la probable chute du gouvernement ne serait pas due à une revanche berlusconienne mais à une hausse de la TVA imposée à la hussarde contre le PLD et contre les accords signés entre les partis pour prendre part à la coalition dirigeante.

En démissionnant, les ministres du PLD ont pris leur responsabilité: plutôt dénoncer la mascarade qu'en devenir complices. Il en va de leur honneur et du sens d'un pacte gouvernemental. Bien entendu, c'est risqué, mais le blâme ne serait-il pas aussi à chercher du côté de M. Enrico Letta et de ses basses manœuvres?

Si le gouvernement actuel s'effondre et que l'Italie se lance dans une nouvelle joute électorale, à n'en pas douter, le Berlusconi Bashing battra de nouveaux records. Mais le dernier mot vient des urnes. Or, le camp de Berlusconi est le seul à rester crédible lorsqu'il affirme s'opposer aux hausses des prélèvements.

Les électeurs pourraient s'en rappeler, peu importe la bile déversée par les médias contre un homme politique qu'ils détestent depuis si longtemps.

Mise à jour (2 octobre): Berlusconi a fait volte-face et sauvé le gouvernement Letta.

29 septembre 2013

Le GIEC joue tapis

Au poker, jouer tapis revient à mettre en jeu l'ensemble de ses jetons sur une seule donne. L'aspect psychologique du geste est primordial. La manœuvre sert moins à gagner beaucoup de jetons qu'à impressionner les joueurs. En mettant toutes ses "forces" en jeu, l'audacieux (ou le fou, selon) augmente les enjeux au point de passer l'envie aux autres de se battre - et surtout de voir les cartes qu'il a réellement en main.

Le parallèle avec le rapport 2013 du GIEC n'est pas anodin.

Ces dernières années, le GIEC a traversé de nombreuses crises internes et externes. Alors qu'ils sont présentés comme l'état de l'art de la recherche climatique, ses rapports sont loin d'être irréprochables. Le GIEC a pourtant les moyens de ses ambitions. Souvenons-nous par exemple de la disparition des glaciers himalayens en 2035 - faute apparemment intentionnelle dans le but d'impressionner le public, un souci étonnant dans une publication se présentant sous le jour de la rigueur scientifique. Les erreurs factuelles ne sont que la partie émergée de l'iceberg alors que les conflits d'intérêt sont évidents au sein de l'organisation. Comment espérer un point de vue neutre de la part de rédacteurs très officiellement employés par Greenpeace?

Les problèmes d'organisation trahissent des luttes d'influence et des enjeux politique bien éloignés des objectifs annoncés. Mais ils restent eux-mêmes véniels comparés aux manipulations éhontées de la recherche scientifique, la matière première à partir de laquelle le GIEC base ses travaux. Des chercheurs de premier plan ont manipulé leur données pour faire apparaître un réchauffement là où il n'y en avait pas - là où il n'y en avait plus, de l'aveu même du directeur du GIEC.

On imagine comment certains climatologues ont dû sentir le sol se dérober sous leurs pieds en réalisant que les courbes de température ne suivaient pas les trajectoires prévues. D'où leurs leurs méthodes mafieuses, je suppose. Mais depuis, les experts du climat ont retrouvé un semblant de sérénité à travers une nouvelle stratégie. Ils justifient désormais l'absence du réchauffement climatique tant attendu en expliquant que celui-ci fait une pause. Et ce, bien qu'aucun modèle prétendant calculer les températures jusqu'en 2100 ne l'ait prévu.

L'humanité est coupable d'exister. Elle continue donc d'être responsable de réchauffement climatique même quand celui-ci n'affecte plus le thermomètre. On affirmera donc désormais que la chaleur est "stockée" quelque part. On ne sait pas encore très bien où, mais c'est l'intention qui compte...

Dans le monde réel, la moitié de ces péripéties auraient achevé la crédibilité de n'importe quel acteur se prétendant sérieux. Au pire, les spectateurs par ailleurs toujours invités à croire aveuglément au spectacle commenceraient à s'en moquer. Mais ici la réalité n'a pas vraiment de prise, comme il sied à un organisme intergouvernemental affilié à l'ONU. Au contraire, toute honte bue, le GIEC claironne désormais que les activités humaines sont responsables des catastrophes à venir de manière "extrêmement probable". Les indices de confiance sont toujours plus grands:

Le Giec explique que les activités humaines sont, de manière "extrêmement probable", avec une probabilité d’au moins 95%, la principale cause du réchauffement planétaire depuis les années 1950. Dans le précédent rapport, publié en 2007, cette probabilité était évaluée à 90%, et à 66% dans celui de 2001.


Alors que tout devrait nous amener à plus de précaution sur les prévisions alarmistes, le GIEC choisit au contraire la fuite en avant. Il clame même qu'il avait joué la prudence jusqu'ici, comme chacun a pu s'en rendre compte! Rappelez-vous encore une fois qu'il n'y a eu aucun réchauffement réel depuis dix-sept ans, selon le GIEC lui-même. Les scandales, les erreurs, les modèles erronés et les résultats opposés aux prévisions n'amènent aucune forme d'humilité. Au contraire, le GIEC s'arc-boute et frappe du poing sur la table.

La raison profonde est sans doute livrée au détour d'une interview de Michel Jarraud par la RTS. Le dialogue tout en douceur mené par Michel Cerutti - journaliste résolu à propager le dogme s'il en est - permet de lever le voile sur la stratégie de l'organisation.


C'est la fin du monde! Repentez-vous!

 
Voilà la transcription de l'interview (deuxième partie du reportage)

Michel Cerutti - Vous êtes le secrétaire général de l'Organisation Météorologique Mondiale, l'un des deux pères fondateurs du GIEC avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement... C'est un tableau assez sombre qu'on nous a dépeint ce matin.

Michel Jarraud - Le tableau est assez sombre dans la mesure où il confirme au-delà de tout doute possible la réalité du changement climatique et surtout le rôle de l'homme dans ce changement climatique... Au-delà du tableau sombre je crois que ce rapport est important parce qu'il fournit des éléments de plus en plus précis, des éléments importants qui vont être essentiels pour les négociations qui sont en cours sur le changement climatique. Négociations au niveau de la réduction des gaz à effet de serre mais aussi au niveau de l'adaptation. Ces négociations doivent culminer en 2015 dans une grande conférence qui aura lieu à Paris et qui doit aboutir à des accords contraignants sur ces émissions.
 
MC - En même temps on a l'impression depuis des années que le monde politique prend connaissance de ces rapports mais n'en fait pas grand cas.
 
MR - Ecoutez là je suis peut-être moins pessimiste. Au fur et à mesure des années, et c'est d'ailleurs lié à la pertinence et à la précision de plus en plus grande de ces rapports du GIEC, les politiques, les décideurs à tous les niveaux ont pris de plus en plus en compte ces informations. Et ce dernier rapport va dans la même direction, il va encore plus loin, il est encore plus précis, il est encore plus affirmatif sur [inaudible] et je pense donc que ces informations vont être encore plus utiles pour la prise de décision. Donc là je suis plutôt optimiste de ce côté-là.
 
MC - Mais vous n'avez pas envie parfois de délaisser le côté scientifique pour être plus politique, plus engagé dans ces rapports?
 
MR - (hésitation) Il faut être très prudent parce qu'il est important que les informations qui sont la base des décisions, soient le plus crédible possible. Et il faut donc éviter d'être à la fois juge et partie. Le système actuel permet justement d'éviter ce conflit d'intérêt. Les scientifiques travaillent, tous les cinq ou six ans il y a un nouveau rapport qui est évalué par leurs pairs... Ce sont des évaluations qui sont indépendantes. Donc la crédibilité de ces rapports du GIEC est de plus en plus grande. Donc je crois que c'est un bon système.


Pour quelqu'un suivant depuis quelques années les multiples scandales dans le fonctionnement du GIEC ou la "méthode scientifique" des climatologues pro-réchauffement, les propos sont tellement diamétralement opposés aux faits qu'il est difficile d'écouter sans éclater de rire. La profession de foi surréaliste semble tout droit sortie du Miniver de 1984.

Mais la phrase en gras correspond vraisemblablement à l'objectif: influer sur les grands de ce monde en 2015. Les enjeux sont importants. Le prétendu consensus autour de la responsabilité humaine d'un réchauffement climatique douteux ne cesse de se déliter. Les pays occidentaux sont ruinés. Les autres ne s'estiment pas concernés ou tournent l'entier du processus en dérision. Pour instaurer l'ébauche d'un gouvernement fasciste mondial au prétexte d'écologie, le rendez-vous de 2015 pourrait bien être le dernier.

On comprendra alors les certitudes de façade affichées par le GIEC: il fait dans la surenchère hystérique et engage tout ce qu'il lui reste de crédibilité, simplement parce que c'est la dernière donne de la soirée. Alors, il joue tapis.

03 septembre 2013

La pseudo-affaire Legrix, suite et fin

Il y a quelques jours j'avais fait part de mes doutes quant à l'éviction précipitée de Jean-Charles Legrix de ses fonctions à La Chaux-de-Fonds. La sentence était trop soudaine, les torts trop unilatéraux et le verdict trop définitif pour ne pas attirer de soupçons.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fonds,médias,mensongesHeureusement, grâce à la Weltwoche, nous en savons désormais davantage. L'article d'Axel Baur, Protocole d'un putsch, brosse un portrait saisissant de l'ambiance délétère régnant à La Chaux-de-Fonds entre Jean-Charles Legrix et l'administration communale. Il permet de mieux comprendre comment "le dossier" s'est monté jusqu'à sa spectaculaire conclusion.

Quiconque prétend exprimer un point de vue informé se doit d'avoir lu cet article.

L'affaire Legrix est avant tout le résultat d'une lutte entre deux individus, Jean-Charles Legrix, chef du dicastère des infrastructures et de l’énergie de La Chaux-de-Fonds, et Joseph Mucaria, 58 ans, ancien boxeur entré à la voirie grâce à des relations familiales et dirigeant le service depuis des décennies. L'un a pour lui la légitimité politique et le désir de réformer, l'autre de solides amitiés dans l'administration et un immobilisme inébranlable. N'ayant plus que quelques années à tirer, il ne tient pas à ce que les choses changent.

Il serait trop long de rapporter ici l'escalade du conflit entre les deux hommes. M. Legrix se casse régulièrement les dents sur la bureaucratie communale syndiquée ; M. Mucaria, lui, joue ses atouts d'une autre manière. Un exemple particulièrement saillant mérite d'être cité:

A l’approche des élections de 2012, la télévision suisse romande RTS insinue que Jean-Charles Legrix s’est rendu coupable d’«abus de privilèges», selon le titre du sujet. L’affaire porte sur des tablars pour une armoire ancienne, des travaux d’une valeur de 919 francs, que Legrix a confiés à la menuiserie communale. Les journalistes de la télévision oublient cependant d'évoquer un point essentiel, qui démonte ces accusations: la menuiserie communale précise à l’attention des citoyens que le président de la Ville a payé ces travaux, certes destiné à des fins privées, de sa poche. Il ne saurait donc être question «d’abus de privilèges».


Pour la petite histoire, le reportage à charge est l’œuvre d'Olivier Kurth, qui serait le frère de l'élu socialiste neuchâtelois Laurent Kurth... Mais, outre le traitement partial du sujet, une interrogation subsiste: comment la RTS a-t-elle eu vent de tout cela?

Par mesure de précaution face à un sujet sensible, le menuisier interrogé par le journaliste de la RTS un peu plus tôt a pris soin d'enregistrer discrètement la conversation. Au cours de celle-ci, ignorant qu'il est sur écoute, Olivier Kurth dévoile sa source: Joseph Mucaria.

L'enregistrement ayant été fait en secret, il n'est pas recevable comme preuve - pour licencier un collaborateur déloyal montant une cabale, par exemple. Malgré tout, cette histoire d'enregistrement trouvera son chemin jusque dans le rapport d'audit ayant servi à destituer Legrix. On reprochera ainsi à l'élu d'avoir "réuni des preuves par des moyens douteux comme la délation ou en espionnant", en lui attribuant la paternité de cette conversation enregistrée! Même les aléas des manigances de Joseph Mucaria seront portés à la charge du conseiller communal de La Chaux-de-Fonds.

Legrix n'est pas le manager du siècle, mais les accusations contre lui oscillent entre le grotesque et le douteux et sont largement sujettes à interprétation. Bien que les faits reprochés soient régulièrement qualifiés de "très graves", aucun n'a été suivi d'une quelconque action judiciaire. Les accusateurs ont beaucoup souffert mais sans jamais oser porter leurs griefs devant les tribunaux... En fin de compte, il ne reste qu'une diffamation sans substance, si bien que, comme le résume Axel Baur dans une formule limpide,

On se pince en se demandant comment il est possible qu’un représentant élu par le peuple puisse être démis de ses fonctions sur la base de rumeurs anonymes.


Cerise sur le gâteau, le rapport accablant est le résultat d'une demande de Jean-Charles Legrix lui-même. Pour trouver une solution aux blocages exaspérants de son dicastère, début 2013, il suggère à l'exécutif un audit externe. Entre tous, Jean-Pierre Veya du Parti Ouvrier Populaire prendra les choses en main, pour rendre service. Un tel dévouement force le respect. Il sera épaulé par la cheffe des ressources humaines Ioana Niklaus, une vieille ennemie de Legrix. Ils choisiront comme mandataire "l'experte en harcèlement" lausannoise Cécile Pache, très au fait pour monter des dossiers de ce type. Toutes les pièces sont en place. Rapport sera rendu le 10 juillet ; Jean-Charles Legrix n'en aura connaissance que le 6 août, la veille de la séance du Conseil communal décidant de sa destitution - un ultime coup de Jarnac pour l'empêcher de se défendre.

L'article de la Weltwoche répond à de nombreuses interrogations que se posent les habitants de La Chaux-de-Fonds, mais ce faisant, en soulève une autre. Comment se fait-il qu'un journaliste alémanique parvienne à démêler l'écheveau bien mieux que toute la presse locale? Apparemment, les écoles de journalisme ne sont pas les mêmes des deux côtés de la Sarine.

Il est infiniment commode - et rares sont ceux qui s'en privent - de défausser les révélations de la Weltwoche au prétexte que ce serait un journal "proche de l'UDC". Une ligne éditoriale n'implique pourtant pas des liens avec un parti ; la Weltwoche l'a elle-même brillamment prouvé, si j'ose dire, en descendant en flammes par ses révélations la candidature au Conseil Fédéral de l'UDC Bruno Zuppiger. Mais ici, l'accusation est particulièrement malvenue. Sur le dossier Legrix, l'intérêt de l'UDC n'est certainement pas de défendre l'élu. Il a déjà été sacrifié en coulisses.

Ni la section communale UDC de La Chaux-de-Fonds, ni celle du canton de Neuchâtel n'ont intérêt à faire des remous. Par le biais de la proportionnelle dans le système communal du canton, l'UDC est assurée de retrouver un siège à l'exécutif. Pour beaucoup de responsables locaux que cela ne grandit guère, l'affaire est entendue: raison ou tort, il faut sacrifier le soldat Legrix.

Oui, il est bien plus facile de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et de crier "Non à l'UDC! Weltwoche vendus!" que de comprendre que la Weltwoche vient en réalité de donner à la presse romande une cinglante leçon de journalisme. Mais qui s'intéresse encore à la recherche de la vérité? Même depuis la parution de cet article les lignes restent figées: à la condamnation succède le travail de sape. Les médias ont rendu leur sentence, il leur est impensable de se désavouer. Ils n'essaieront même pas.

Pauvre Jean-Charles Legrix! Le brillant professionnel avec des décennies de responsabilités couronnées de succès auprès de grands groupes est réduit à l'image d'un simplet grossier, tyrannique et porté sur la cuisse. Sa sincérité et son esprit constructif ont été retournés contre lui ; il doit expier pour l'exemple. Rien ne sera épargné à l'homme-qui-a-tenté-de-réformer dans une commune de gauche. Sa seule véritable erreur aura sans doute été de s'attacher les services d'un avocat six mois trop tard.

Peut-être Jean-Charles Legrix recouvrira-t-il une partie de sa respectabilité lorsque les tribunaux constateront l'abus de pouvoir manifeste de l'exécutif communal ; mais l'honneur des médias romands, lui, semble compromis au-delà de toute rédemption.

Et c'est autrement plus grave.

19 août 2013

La pseudo-affaire Legrix

Sale ambiance à La Chaux-de-Fonds: Jean-Charles Legrix, membre de la Municipalité de la commune neuchâteloise, a été destitué vendredi par décision de ses quatre collègues de l'exécutif. Cette mesure aurait été prise à la suite d'un audit demandé sur le fonctionnement du dicastère dont l'élu avait la charge.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fondsDepuis, c'est un déferlement médiatique préalable au lynchage politique de l'individu. Dernier épisode en date aujourd'hui avec Le Matin s'interrogeant sur le salaire qu'il peut théoriquement encore recevoir tout en état démis de ses fonctions: "payé pour ne rien faire", résume, lapidaire, le quotidien. A croire qu'il aurait lui-même choisi d'être destitué pour mieux profiter de la vie! Mais l'homme est sonné, profitons-en...

Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage, dit le proverbe. Pourtant nous avons ici un dossier mentionnant des éléments accablants pour un responsable dans quelque milieu professionnel que ce soit: "harcèlement sur le lieu de travail", "comportement attentatoire", "humiliations publiques", voire "terreur"! Alors, assistons-nous à une manoeuvre politique ou à l'incarnation de l'antéchrist? Nous ne saurons les tenants et aboutissants que lorsque l'ensemble du dossier aura filtré, ce qui ne saurait tarder, mais quelques éléments font douter de la version officielle.

La première tient dans la rapidité de la réaction. Il semble que sitôt les conclusions du rapport de 90 pages connues le poste de M. Legrix a été promptement dépecé. La réaction semble trop immédiate pour ne pas éveiller de soupçons. L'audit en question n'a même pas été livré à la presse, ce qui aurait pu expliquer un emballement de la réaction communale à défaut de la justifier.

Quand une "affaire" survient au sein d'une hiérarchie, il y a toujours un certain temps de réaction, des tentatives de concertation et d'ajustement, des avertissements - souvent au grand dam des lanceurs d'alerte. L'inertie et d'incrédulité sont propres à toutes les organisations ; c'est encore plus vrai dans le secteur public. Ici au contraire tout s'est fait en un temps record, au milieu des vacances d'été. Les autorités de La Chaux-de-Fonds donnent franchement l'impression d'avoir préparé la mise à l'écart de M. Legrix de longue date.

La seconde tient justement aux accusations portées. M. Legrix menait un dicastère de 240 employés ; il dit que l'audit portait sur 47 personnes, certaines ne travaillant même pas à la commune. Pierre-André Monnard, nouveau président de La Chaux-de-Fonds, n'hésite pas à charger son collègue: "30 se sont dits apeurés et 10 terrorisés". Mais harceler, humilier et malmener une quarantaine de personnes en même temps tient de l'exploit. Tous ceux qui ont été en contact avec un chef tyrannique (et ils sont nombreux) savent que même les pires psychopathes ont leurs "têtes", celles qu'ils manipulent et celles qu'ils torturent... Et surtout, qu'ils agissent discrètement et isolent leurs victimes. Des méthodes très loin d'un responsable politique parvenant apparemment à se mettre une foule entière à dos.

Se pourrait-il que les causes réelles soient ailleurs? Contre toute attente, alors que l'audit était en cours d'élaboration des employés de la voirie tenaient à soutenir leur chef auprès des journalistes:

"Le malaise réside dans le fait, qu'enfin, après des années de laxisme, Monsieur Legrix demande à ses contremaîtres de lui rendre des comptes: les beaux jours sont terminés, l'heure est venue de se mettre à la tâche, et il est bien évidemment difficile pour certains de le faire: soit ils ne le veulent pas, soit leur incompétence les en empêche."


Mis en cause, le chef du service de la voirie Joseph Mucaria ne commentera pas. En début de semaine, c'est le communiste Jean-Pierre Veya qui s'y colle sur les ondes de la RTS: M. Legrix aurait monté un dossier à l'insu d'un collaborateur "avec des moyens douteux", clamé qu'un autre serait incompétent voire un escroc, "contraint" des collaborateurs à s'aligner devant le sapin de Noël pour chanter une chanson... Rien de bien reluisant, en effet, mais de là à parler de terreur? Vraiment?

Comme toujours lorsque les relations professionnelles s'enveniment, il y a probablement des torts de chaque côté - un manque de tact certain de la part de M. Legrix dans la conduite de son dicastère, dont on ne voit bien sûr que la partie émergée de l'iceberg (car il va de soi que tous les collaborateurs ne sauraient être que parfaits, intègres et compétents) ; et de la part de l'exécutif de La Chaux-de-Fonds, une sensibilité à fleur de peau permettant d'écarter un rival gênant sur un prétexte.

jean-charles legrix,manoeuvres politiques,la chaux-de-fondsLa Chaux-de-Fonds est un bastion historique de l'extrême gauche depuis un siècle. Les structures du pouvoir reflètent cette histoire, comme par exemple les royales indemnités mensuelles de 15'000.- accordées à chaque membre de l'exécutif. Du coup, les procédures mises en place contre M. Legrix viennent de mettre à jour un bon potentiel d'économie! Car après tout, si ses collègues se répartissent si aimablement sa charge de travail, ce cinquième municipal est-il tellement indispensable?

Quelqu'un devrait suggérer aux Chaux-de-fonniers de réduire la taille de leur exécutif, définitivement. Ils arrivent visiblement à s'en sortir de cette façon et économiseraient ainsi près de deux cent mille francs annuels.

04 août 2013

Bienvenue dans le monde multipolaire

En accordant finalement l'asile politique à Edward Snowden, Moscou a donc fâché Washington. Tout rouge. Au point de remettre en question le tête-à-tête Obama-Poutine prévu en septembre en marge du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, rendez-vous compte!

Il paraît qu'en apprenant la nouvelle, certains diplomates n'ont pas pu finir leur homard.

Edward Snowden est un héros, le vrai lanceur d'alertes désintéressé. Le genre de type dont auraient rêvé tous les défenseurs de whistleblowers de par le monde. Sauf qu'en appelant à la création de lois pour les protéger, ceux-ci imaginaient plutôt le déballage de noirs secrets de multinationales agro-alimentaires. En dénonçant les dérives inacceptables du gouvernement américain, le chevalier blanc providentiel est subitement devenu embarrassant pour tout le monde. La plupart des politiciens souhaitant clouer au pilori de méprisables compagnies privées ont soudainement eu peur pour leurs propres dossiers.

Combien de Snowden errent dans les couloirs des bureaucraties mondiales? Réponse: pas assez. Espérons qu'il suscite des vocations. Mais la petite histoire rejoint la grande. Le destin d'un homme parfaitement inconnu il y a quelque mois influence désormais l'ambiance géopolitique mondiale. Rappelons la pantalonnade du voyage de retour d'Evo Morales, l'avion du président bolivien interdit de vol et même fouillé - au mépris de toutes les règles diplomatiques - au prétexte qu'il aurait pu abriter Edward Snowden! De tels épisodes influent durablement sur les relations entre les peuples...

Obama pourrait ne pas aller en Russie, finalement - ce qui donnerait encore plus d'importance au transfuge des services secrets américains. Les Russes pourraient aussi choisir en représailles de se ficher comme d'une guigne de l'absence d'Obama voire de s'en moquer, ce qui serait une humiliation supplémentaire pour les Américains. La péripétie Obama-Poutinesque n'est qu'un épisode parmi d'autres.

Toujours à propos de l'espionnage de ses alliés par l'Oncle Sam, l'Allemagne a décidé samedi de mettre un terme à l'accord de surveillance conjointe de son territoire avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Un geste symbolique sur un accord remontant à la Guerre Froide.

Le fait est qu'aujourd'hui, beaucoup de pays n'ont plus peur de se fâcher avec les Etats-Unis et ne s'en privent pas. Pour un pays qui imposait à l'ONU son plan d'invasion de l'Irak il y a dix ans, la dégringolade est colossale.

Nous sommes entrés dans l'ère du monde multipolaire.

edward snowden,manoeuvres politiques

Après l'effondrement de l'Union Soviétique sous ses propres mensonges, les Etats-Unis manquèrent l'opportunité historique de réduire un arsenal militaire obsolète faute d'adversaire. Cela aurait été trop demander à un Clinton pétri d'interventionnisme comme tout bon Démocrate, préférant à la place une Amérique-gendarme-du-monde - totalement incompétente, à l'usage, à s'acquitter de cette tâche.

Son successeur eut beau être élu sur un programme isolationniste, il était trop tard: la déclaration de guerre du 11 septembre lança les Etats-Unis dans un cycle de représailles sans victoire décisive possible puisque livré contre un concept, le "terrorisme international".

Une décennie plus tard, les Etats-Unis font moins peur que jamais. Les missiles pleuvent toujours sur le Pakistan et l'Afghanistan mais le géant est fatigué, mais aussi ruiné par son virage socialiste. Ce n'est pas un hasard si la défiance survient avant tout chez ceux qui se sentent financièrement solides - l'Allemagne ou la Russie - quand d'autres se font plus discrets.

Dans un monde multipolaire, la notion de havre de paix est toute relative. Edward Snowden doit fuir les tentacules de l'appareil d'Etat américain en se réfugiant en Russie. Entre la Chine, le Japon et Taïwan, les rivalités territoriales sont exacerbées parce qu'elles deviennent possibles. Les guérillas refleurissent. L'Iran nucléaire semble quasiment inévitable. Les instances internationales ont encore moins de sens qu'avant, chaque participant se faisant un plaisir de poignarder les vagues consensus à l'aune d'intérêts particuliers. Les principes sont émoussés et le cortège des nations ne parvient à s'entendre que sur ce qui leur profite à tous, comme la fiscalité transfrontalière. Et, bien sûr, alors que les cartes sont redistribuées, nombre de nations prétendent passer au premier plan.

La Suisse a un rôle à jouer dans ce nouveau paradigme, permettant par ses bons offices de perpétuer le dialogue entre des pays qui ne se comprennent plus. Modeste contrepartie d'un monde devenu terriblement dangereux.