03 mai 2015

Le poison des taux négatifs

Les taux négatifs constituent la dernière recette en date concoctée par nos élites financières pour résoudre la crise. Depuis qu'une banque centrale a marqué le pas ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Sont-ils la panacée, ou le dernier soubresaut d'un système à l'agonie? Cette modeste explication vous aidera peut-être à vous faire une idée de la question.

Déconstruction de la monnaie-dette

Pour faire simple, deux écoles de pensées s'affrontent concernant la monnaie: l'école autrichienne dans laquelle la monnaie est une convention sociale longuement construite et destinée à faciliter les échanges de biens et services, et les autres pour lesquelles la monnaie est un outil manipulable à loisir afin de servir des intérêts politiques.

Puisque sans intérêt pour lui, l'école autrichienne est méprisée de l'establishment ; les leviers de la finance mondiale, banques centrales et organisations financières internationales sont donc réservés aux Keynésiens et autres doctes manipulateurs de la monnaie. Ils ne sont jamais à court de théories pour expliquer pourquoi leurs manœuvres échouent.

Dans le monde réel, un prêt correspond à une privation que le prêteur concède en échange d'une indemnité ; sa valeur par rapport à celle du bien prêté détermine ce qu'on appelle le taux d'intérêt. Le taux dépend d'énormément de choses comme la relation entre le prêteur et l'emprunteur, le risque que la chose louée soit dégradée, détruite ou volée, ou encore le degré de privation ressenti par le prêteur. Les taux d'intérêts sont donc éminemment variables. Ils peuvent être élevés ou au contraire faibles lorsque "tous les voyants sont au vert" ; mais ils ne sauraient être négatifs puisque cela reviendrait à dire que le prêteur paye pour voir quelqu'un d'autre utiliser ses propres biens, ce qui est absurde (ou au moins masochiste).

Si pareille situation serait ubuesque avec n'importe quel bien matériel, elle est désormais appliquée dans le monde de la monnaie-papier dans lequel nous évoluons pour l'instant. Au lieu de louer une voiture pour un an, louez un million de francs pour un an et voilà, les taux sont négatifs. Comment est-ce possible?

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa monnaie-papier est une monnaie-dette. Formellement, un billet de 10 euros est une reconnaissance de dette de 10 euros que la Banque Centrale Européenne signe en faveur du détenteur du billet. A une époque, ce genre de billet aurait pu être retourné à la banque centrale émettrice en échange d'une certaine quantité d'or ; on disait que la monnaie était adossée à l'or ou encore qu'il en était le sous-jacent. Cette épée de Damoclès pesant sur les banques centrales les empêchaient de faire n'importe quoi, comme créer des billets à tort et à travers. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et si quelqu'un vient au guichet de la BCE pour demander ce qu'il peut obtenir en restituant des reconnaissances de dettes libellées en euros (autrement dit, nos billets de banque) on lui adressera un sourire gêné tout en lui indiquant la porte.

Nos monnaies-papier, dollar, yen, livre sterling, franc suisse ou euro ne sont adossées à rien. Ce sont des dettes émises en contrepartie de rien. On peut les échanger les unes contre les autres, mais rien n'empêche les banques émettrice d'en pondre quasiment à l'infini ; et depuis quelques années, c'est exactement ce qu'elles font.

La monnaie-papier n'a de valeur que par la force de la loi qui en impose l'usage. En outre, son caractère abstrait et manipulable permet toutes les entourloupes. Par exemple, que représente le sacrifice de la privation d'une somme d'argent purement imaginaire? Question un peu absurde, n'est-ce pas ! Elle est pourtant totalement d'actualité, puisque c'est en répondant à cette interrogation que les banquiers centraux déterminent le taux directeur.

Le taux directeur est le taux d'intérêt de base, totalement arbitraire, que la banque centrale décide d'appliquer aux reconnaissances de dettes qu'elle émet. Puisque cette monnaie ne repose sur aucune contrepartie matérielle, rien n'interdit en pratique de lui assigner un taux d'intérêt négatif, même si cela heurtera les gens avec un peu de sens commun. Cette décision s'avèrera lourde de sens lorsque la monnaie-papier se confrontera au monde réel, comme nous allons voir.

Mais avant, demandons-nous pourquoi nous sommes passés à la mode du taux négatif.

L'inflation sans l'inflation

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtL'inflation est un mécanisme bien connu lié à une création monétaire excessive sans lien avec l'économie sous-jacente. L'inflation est l'effet d'une trop grande abondance d'argent. Elle a pour conséquence d'éroder le pouvoir d'achat de l'unité monétaire. Elle "rapetisse" l'argent. Les prix donnent l'impression d'augmenter alors qu'en fait ils ne bougent pas - c'est simplement la puissance de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés qui diminue.

L'inflation est activement recherchée par les gouvernements puisqu'elle permet à la fois de diminuer le poids de la dette publique (exprimée dans une monnaie valant de moins en moins) et d'augmenter les impôts (les contribuables glissant dans des tranches de plus en plus "progressives" du barème d'imposition). Le mantra d'une "inflation à 2%" ne correspond à aucune démonstration économique mais seulement à un compromis permettant aux politiciens d'atteindre leurs objectifs sans provoquer trop de grogne de la part d'une population dont les salaires font du sur-place.

L'inflation a toutefois le fâcheux défaut d'être incontrôlable. De nombreux pays l'apprirent à leurs dépens comme l'Allemagne, le Zimbabwe ou l'Argentine. L'emballement de l'hyper-inflation est effrayant, mais en Europe aujourd'hui il s'agit exactement du contraire. Malgré tous les efforts pour la déclencher depuis 2008, l'inflation ne vient pas. La faute à une économie moribonde et à des perspectives encore pires. Les gens se retiennent de dépenser et les entreprises d'investir. Le circuit économique, à l'arrêt, ne permet pas au surplus monétaire de circuler.

Comment obtenir les mêmes effets que l'inflation lorsqu'il n'y a pas d'inflation? Par les taux d'intérêt négatifs, pardi!

Des taux d'intérêts négatifs représentent une taxe sur les comptes bancaires. Même faiblement négatifs, ils s'appliquent souvent sur de gros montants et provoquent une addition douloureuse. La valeur détenue sur le compte s'étiole avec le temps, mais aussi la valeur des dettes contractées par l'Etat puisque les intérêts de la dette publique sont calqués sur le taux directeur du moment!

Un taux d'intérêt négatif permet donc théoriquement de:

  • pousser les gens à consommer, dans le plus pur style de la relance keynésienne, puisqu'il vaut mieux brûler son argent en achetant n'importe quoi plutôt que de le laisser pourrir sur son compte ;
  • diminuer la charge de la dette publique puisque l'entretient de cette dette est tout d'un coup beaucoup moins cher.

Les deux effets rappellent sensiblement les conséquences de l'inflation. De plus, à l'inverse de l'inflation, les taux d'intérêt (négatifs ou non) sont contrôlables: la Banque Centrale peut décider quasiment n'importe quand de réviser sa politique de taux. Rien à voir avec le mauvais génie de l'inflation si difficile à faire retourner dans sa boîte.

Malheureusement pour nos brillants expérimentateurs économiques, la pratique risque d'être un peu moins sympathique que la théorie.

Le cerveau des acteurs économiques

Les hommes ne sont pas des pions. Leurs aspirations et leur libre-arbitre contreviennent au planisme et à l'approche mécanique de l'économie pratiquée par les banquiers centraux. Les taux d'intérêt négatifs ne poussent pas la majorité des gens à consommer de manière effrénée, pas plus que la hausse illusoire des cours boursier ne mène à l'euphorie. Les politiques monétaires des banques centrales peuvent susciter des bouffées d'optimisme mais celles-ci n'affectent pas durablement la réalité.

Si elles ont un effet, c'est bien au contraire sur les politiciens - en particulier les politiciens au pouvoir. Bien qu'ils prétendent perpétuellement le contraire, les politiciens professionnels travaillent essentiellement à court terme. Leur horizon se limite le plus souvent à l'échéance électorale suivante. Pour ceux-là, l'embellie temporaire des comptes de l'Etat suite à l'application des taux négatifs (obtenue essentiellement parce que le boulet de la dette est tout d'un coup moins lourd) leur permet de plaider que le pays vit une embellie économique dans son ensemble.

Alors que l'introduction des taux négatifs serait au mieux un répit à court terme qu'il faudrait mettre à profit pour engager des réformes courageuses, les politiciens font exactement le contraire: ils en tirent de merveilleuses excuses pour ralentir le rythme poussif des réformes et passent plutôt leur temps à s'attribuer les mérites de l'embellie temporaire des comptes de l’État. Pire, ils sont enclins à s'endetter encore plus puisque, clament-ils, les crédits n'ont jamais été aussi abordables!

Comme on le comprend aisément, pareille attitude a peu de chance d'arranger la trajectoire catastrophique qui a amené les banques centrales à adopter des taux négatifs comme mesures de dernier recours.

Les taux directeurs négatifs affectent de fil en aiguille toutes les perspectives de rendement liées au crédit - parmi elles, les fruits de l'épargne. Or, l'épargne est indispensable pour permettre la constitution de capital qui permet à son tour de financer une activité économique. Pour reprendre la limpide formule de Charles Gave, l'épargne représente le capital de demain et la croissance et l'emploi d'après-demain.

Dans un contexte de taux négatifs, l'épargne perd toute raison d'être, ce qui amène des conséquences terribles pour l'avenir économique d'un pays.

La bascule

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa plupart des gens n'ont pas un compte courant suffisant pour réellement souffrir des taux négatifs, mais il suffit de peu de choses pour que la situation se détériore jusqu'à un point de non-retour.

Pour des raisons légales, de nombreuses organisations (comme les gestionnaires de fonds ou les caisses d'assurance-maladie) ont l'obligation de disposer de grandes réserves fiduciaires directement disponibles. Elles sont donc frappées de plein fouet par les pénalités dues aux taux négatifs - et donc indirectement, leurs clients.

Un gestionnaire raisonnablement compétent ne peut pas accepter de perdre de l'argent sur de simples raisons techniques. La tentation sera donc grande de retirer ces énormes montants des comptes bancaires, par exemple pour les mettre dans un coffre comme argent liquide. Or, pour une banque, un million de francs sur un compte ou sous forme d'une liasse de billets déposée dans un safe n'ont pas du tout la même signification: le premier est compté comme masse sous gestion, le second n'a aucune existence au bilan.

Autrement dit, si tous les clients (et en particulier les gros clients, ceux qui ont le plus d'argent en banque) retirent leurs avoirs sous forme d'argent liquide pour éviter les taux négatifs, les banques feront faillite.

Ce comportement rationnel s'avérant fatal aux banques, les banquiers et les politiciens travaillent main dans la main pour l'empêcher. Nous assistons donc au développement d'une guerre contre le cash et d'un contrôle des capitaux de plus en plus marqué - et c'est assez tristement que l'on voit la Suisse aux avant-postes de cette nouvelle offensive contre la liberté économique, cherchant à empêcher chacun disposer de son compte en banque comme il l'entend.

Le mouvement a déjà commencé et prendra de l'ampleur, les capitaux migrant naturellement vers des lieux où les taux sont plus favorables. Pour ceux qui restent sur place, il y a encore la possibilité de convertir son argent en métal précieux ; l'or est souvent décrié comme étant quelque chose d'inerte voire inutile - "l'or ne se mange pas" nous assène-t-on - mais cette inertie devient une qualité extrêmement recherchée lorsque le simple fait de posséder du cash en billets de banque amène votre fortune à s'étioler. Bien sûr, toutes ces manœuvres de la clientèle assècheront progressivement les banques en les poussant à la faillite.

Le système financier s'effondrera-t-il?

Éthique et priorités

Les taux négatifs ne sont pas intenables à proprement parler ; ils le sont seulement dans une économie ouverte. De fait, les dirigeants de la zone euro et de tous les pays à taux négatifs sont face à un dilemme: soit ils renoncent aux taux négatifs, soit ils renoncent à l'économie ouverte.

Comme on peut s'attendre au pire de la part de cette caste, toute une série de mesures seront donc probablement prises pour mettre un terme à la liberté économique. Ces mesures seront de trois types:

  • le contrôle des capitaux ;
  • l'interdiction des paiements en cash (ou au moins leur plus sérieuse restriction) ;
  • le contrôle de l'or et des placements non-monétaires.

Les deux premiers points serviront à éviter que quiconque échappe à la dépréciation planifiée des avoirs bancaires ; l'urgence de la crise justifiera le premier objectif, la lutte contre le terrorisme le second. Quant au troisième, il servira à empêcher la conversion locale du cash en une autre forme de monnaie à l'abri des taux négatifs et on se réjouit de découvrir l'excuse qu'auront concoctées les autorités.

Et il faudra bien sûr mater les rebelles.

Les taux négatifs représentent le dernier acte du drame de l'agonie d'un système économique artificiel comme la monnaie-papier - en quelque sorte, le miroir de l'hyper-inflation, une autre forme d'explosion connue et spectaculaire. Reconnaissons tout de même que dans le cas présent il n'y a pas de précédent historique ; l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique.

Nous ne sommes qu'au début de l'époque des taux négatifs, mais à moins de faire marche arrière immédiatement les dégâts qu'ils provoqueront marqueront notre génération.

03 avril 2015

Comment la Grèce pourrait larguer les amarres de l'euro

Les négociations entre le gouvernement grec et la Troïka ressemblent toujours à un dialogue de sourd. Alors, au jour le jour, le gouvernement d'Alexis Tsipras calcule s'il a encore des expédients pour rembourser la prochaine tranche de dette... L'image n'est pas sans rappeler celle d'un sportif dans une course de haies, trébuchant sur chaque obstacle mais n'ayant pas encore complètement perdu l'équilibre.

grèce,faillite,monnaieA moins d'une hypothétique renégociation de la dette grecque, que ses créanciers lui interdisent afin de sauvegarder leur propre bilan, le jeu se terminera bientôt. Mais sa conclusion pourrait prendre une autre forme que le Grexit, le Graccident et tous les autres vocables plus ou moins effrayants inventés pour évoquer les différents scénarios.

Contre toute attente, la sortie de la Grèce de la zone euro pourrait avant tout être progressive. Et elle pourrait même ne pas être décidée officiellement par les politiciens.

La décision surviendra non pas lorsque la Grèce n'aura plus assez d'argent dans les caisses pour payer ses créanciers, mais lorsqu'elle n'en aura plus assez pour payer à la fois ses créanciers et ses engagements intérieurs, une étape qui interviendra forcément avant.

Si la Grèce n'a plus qu'un milliard d'euros en caisse et qu'elle en doit un au Fonds Monétaire International et un autre en versement de pensions et salaires, traitement de ses fournisseurs, etc., que faire? Qui aura l'argent et qui n'aura rien?

Sur la base de ce qu'il a fait par exemple début mars en décidant de piller les fonds de pension de retraite pour payer une échéance du FMI, nous savons que le gouvernement grec prendra probablement une décision en faveur de l'international. Entre les obligations intérieures d'une part et les créanciers internationaux d'autre part, le gouvernement grec a jusqu'ici clairement décidé de sacrifier les premiers en faveur des seconds.

Mais que se passera-t-il lorsqu'il n'y aura plus d'euros dans les caisses et que tous ceux qui y reviennent seront entièrement phagocyté par le paiement de la dette publique? Que fera le gouvernement grec pour toutes les autres dépenses courantes? Supprimera-t-il d'un coup les rentes des retraités, des chômeurs, le salaire des fonctionnaires, le paiement de ses fournisseurs? On peut le concevoir, mais cette trajectoire risque de provoquer des troubles civils énormes, des faillites en cascade, voire un danger immédiat pour le régime - les militaires devenant parfois une catégorie de personnel assez chatouilleuse lorsqu'ils ne sont plus payés...

Le plus simple pour donner le change à la place serait d'émettre des reconnaissances de dettes. La méthode fut employée à de nombreuses reprises de part le monde - jusqu'en Californie où les affrontements politiques autour du budget, bloquant tous les paiements, amenèrent l'Etat fédéré à émettre des IOU (pour "I owe you", "Je te dois") en guise de salaires pour ses fonctionnaires en attendant que la situation se débloque.

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Un IOU californien de 2008 (cliquez pour agrandir)

En Grèce, la chose se pratiquerait quasiment de la même façon. Plutôt que de payer 1'000 euros à un fonctionnaire, ce dont il serait bien incapable, le gouvernement grec lui donnerait plutôt un certificat - officiel, signé, sur un joli papier à motif etc. - inscrivant une dette de 1'000 euros au porteur. Ou peut-être dix certificats de reconnaissance de dette de 100 euros, histoire de rendre les transactions plus pratiques...

On l'aura compris, ces reconnaissances de dettes seraient de facto une nouvelle monnaie.

Compte tenu de l'attachement des Grecs à l'euro il n'est pas certain que le gouvernement d'Alexis Tsipras ose nommer ses reconnaissances de dettes "nouvelle drachme" ou quoi que ce soit qui évoque trop ouvertement une monnaie alternative, même si dans les faits elle joue exactement ce rôle. Mais que la nouvelle monnaie s'intitule à nouveau "drachme", "G-euro" ou quoi que ce soit d'autre n'a finalement aucune importance.

La coexistence en Grèce de l'euro avec une seconde monnaie officielle purement locale n'a rien de nouveau ; l'idée fut suggérée dès 2012 par un économiste de la Deutsche Bank. Mais elle semble avoir fait son chemin durant ces quelques années puisque c'est désormais par le biais de responsables européens qu'elle reviendrait sur le devant de la scène, selon des discussions formulées il y a moins d'une semaine.

La monnaie-papier n'est, par essence, rien d'autre qu'une reconnaissance de dette. Cette dette était initialement sensée être remboursable contre un équivalent-or auprès d'une banque centrale mais, depuis l'abandon de la convertibilité, la monnaie-papier a perdu toute signification. La seule caractéristique qu'elle conserve encore est celui du monopole légal. Dans la zone euro, les reconnaissances de dettes émises par la banque centrale européenne, c'est-à-dire les euros, doivent être acceptés comme moyens de paiement. Un commerçant doit afficher ses prix en euros et ne peut théoriquement pas refuser le paiement d'une marchandise contre des euros.

On s'en doute, la nouvelle monnaie émise par le gouvernement grec n'aurait pas cette qualité, en particulier hors des frontières. Mais à l'intérieur du pays, elle trouvera forcément un usage - ne serait-ce que parce que beaucoup de gens n'auraient rien d'autre pour payer. Quel sera le cours entre cette nouvelle monnaie et l'euro? Quel "montant scriptural de reconnaissances de dettes en euro de l'Etat grec" faudra-t-il aligner pour acheter un bien vendu à 100€? Certainement pas cent, on s'en doute, puisque pareille transaction reviendrait à échanger à 1 pour 1 une monnaie ayant court dans toute la zone euro contre une autre ne valant qu'en Grèce. Mais alors combien? Cent vingt? Cent cinquante? Mille? A ce stade, c'est pure spéculation. Cela dépendra non seulement des circonstances mais aussi du volume de nouvelle monnaie émis par le gouvernement - et à beaucoup de montagnes russes alors que la Grèce continue à s'empêtrer dans la crise économique.

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Projet de billet de 500 Nouvelles Drachmes selon une étude du gouvernement grec

L'émission de reconnaissances de dettes par le gouvernement grec fera à nouveau de lui un émetteur de monnaie-papier, au minimum auprès de son public captif (fonctionnaires, fournisseurs, bénéficiaires de rentes), ce qui lui restituera un attribut de souveraineté abandonné lors du passage à l'euro.

Évidemment, l'euro authentique continuera d'avoir cours en Grèce et sera activement recherché, mais seuls les touristes et les acheteurs étrangers permettront de s'en procurer. Il en faudra pourtant, non seulement pour payer des marchandises importées en Grèce (comme du carburant) mais aussi parce que l'Etat grec, toujours autant aux abois lorsqu'il s'agira de payer le remboursement partiel de la monstrueuse dette publique grecque, devra en disposer en quantité suffisante lors des échéances. La dette publique grecque a été creusée en euros, elle devra être payée en euros aussi longtemps qu'il est possible...

Comme on imagine aisément, l'arrivée d'une monnaie locale ne mettra de loin pas un terme aux problèmes financiers de l'Etat grec. Elle ne sera au mieux qu'un pis-aller et représentera surtout un point de non-retour. Si cette monnaie apparaît parce que l'Etat grec est en cessation de paiement en euro, on voit mal comment la situation pourrait s'améliorer alors même que cette nouvelle monnaie, sans cours à l'international, se répand progressivement dans les rouages économiques du pays. L'euro ne subsistera que dans quelques secteurs particuliers comme le tourisme et l'industrie d'exportation.

Si l'arrivée de la nouvelle monnaie donne un peu de répit à Athènes, il arrivera assez vite un moment où les reconnaissances de dettes auront fait un tour complet jusqu'à revenir dans les caisses du gouvernement. Les citoyens grecs s'empresseront d'utiliser cette nouvelle monnaie en priorité pour payer leurs impôts, et on voit mal comment l'Etat grec pourrait refuser une promesse qu'il émet lui-même! Les rentrées fiscales en euro s'étioleront rapidement et deviendront donc trop faibles pour permettre le remboursement de la dette publique. On reviendra donc au point de départ de la crise, le défaut grec.

Malgré tout, on ne peut exclure totalement l'hypothèse de l'émergence d'une monnaie grecque locale. Il s'agirait certes d'une hérésie pour les puristes de l'euro mais apparemment cette perspective est envisagée en haut lieu. De plus, cette solution à deux monnaies, relativement facile à mettre en place, aurait l'avantage de proposer une alternative - fut-elle temporaire - à la cessation de paiement pure et simple. Lorsqu'un gouvernement navigue autant à vue au jour le jour que l'équipe d'Alexis Tsipras, tous les expédients semblent sur la table pour gagner encore quelques semaines, quelques mois...

Dans la crise de la dette publique, procrastination et chemin de moindre résistance sont les deux principes majeurs qui ont prévalu jusqu'ici ; ceux-ci passent par la création d'une nouvelle monnaie en Grèce. Voilà pourquoi la nouvelle drachme pourrait bien faire son apparition, alors que les choses se précipitent.

23 janvier 2015

La BCE ouvre les vannes

Le secret de Polichinelle était tombé depuis longtemps ; tout le monde savait que la BCE allait procéder à un "assouplissement quantitatif", de son nom anglais Quantitative Easing (QE) - autrement dit, l'utilisation massive de la planche à billets pour éponger des dettes des Etats. Restait à savoir quel serait son montant et ses modalités. Quelques jours plus tôt, on annonçait une fourchette entre 500 et 1'000 milliards d'euros ; le matin même, les spéculations faisaient était d'un programme courant jusqu'en 2016 sur 50 milliards d'euros par mois. Les bourdes de communication n'aidèrent pas à garder le secret.

bce,mario draghi,inflation,euro,monnaieAussi, lorsque Mario Draghi monta à la tribune jeudi après-midi pour annoncer la nouvelle politique de la BCE, il entama une conférence de presse aussi attendue que peu surprenante - bien qu'il soit toujours amusant d'assister au spectacle d'un banquier central contraint d'afficher ses intentions avec un minimum de sincérité.

Les rumeurs n'étaient visiblement pas tombé loin. La BCE lance un programme de rachat de dette publique et privée de mars 2015 jusqu'à fin septembre 2016 pour un montant de 60 milliards d’euros par mois, soit une enveloppe totale de 1'140 milliards d'euros.

C'est une somme gigantesque, démesurée, incompréhensible. Essayons de lui donner un peu de substance:

  • C'est environ l'intégralité de la valeur immobilière de la ville de Paris au prix du marché 2015 (8'224 euros moyens du mètre carré).
  • C'est plus de 22'700 euros à la seconde.
  • C'est 3'400 euros par être humain habitant en zone euro.
  • Sous la forme de billets de 500 euros alignés les uns à côté des autres, cette somme représente un peu plus de neuf fois le tour de la terre.
  • Ces mêmes billets pèseraient 3'648 tonnes.

Heureusement, nous avons transcendé l'ère de la monnaie-papier pour l'électronique pure, ce qui nous épargne ces petits problèmes d'intendance, et permet accessoirement à Nicolas Rossé de larguer un énorme mensonge sur les ondes de la RTS:

[Jusqu'ici] la banque centrale a abaissé son taux d'intérêt. Conséquence, tous les autres taux deviennent moins chers, les emprunts, les hypothèques, les emprunts d'Etat, les emprunts à la consommation deviennent moins cher, tout vous pousse à consommer. Mais quand le taux directeur de la banque centrale est au plus bas comme aujourd'hui et que ça ne marche pas il ne reste que ce Quantitative Easing. Alors le principe est très simple: la Banque Centrale Européenne va créer des centaines de milliards d'euros par simple écriture, aucun billet n'est imprimé, on ne fait donc pas marcher la "planche à billets"... Des centaines de milliards d'euros pour acheter des obligations d'Etat, voire des titres d'entreprise... Des centaines de milliards d'euros pour stimuler la consommation, pour créer un petit peu d'inflation et relancer la croissance, c'est du moins l'espoir de la Banque Centrale Européenne.


Avec des journalistes économiques de ce calibre, nul doute que le grand public est informé au mieux de ses intérêts! Faut-il être un génie pour comprendre que la problématique de la "planche à billet" n'est pas liée au fonctionnement de rotatives d'imprimerie mais à la création de monnaie ex nihilo?

Le QE est une création gigantesque de monnaie, destinée à provoquer un "choc de confiance" (je n'invente rien). Dans la pensée magique keynésienne, la consommation est tout. L'économie s'apparente à une machine dont on règle le régime en triturant une petite buse par ici, une admission d'essence par là, et tout ça ronronne comme une horloge, voire tellement bien - ne boudons pas notre talent - qu'il faut parfois calmer le jeu pour éviter la surchauffe.

Ces gens conçoivent la monnaie comme un outil comme un autre, au service de leur interventionnisme. Le  QE est donc comme une arrivée d'essence supplémentaire: plus de consommation, donc plus de demande, donc une croissance qui repart et tout va bien!

Dans la réalité - où l'économie est le fait d'acteurs humains donc doués de raison, si si ! - l'économie est de nature organique. Aux antipodes des joyeux mécaniciens keynésiens et leurs clef à molette, elle croît uniquement dans un terreau de stabilité et de liberté sous les cieux cléments d'une fiscalité raisonnable. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, elle peut s'affaiblir voire s'effondrer complètement, comme l'expérimentent avec une joie toute mesurée plusieurs pays de la zone euro.

Dans cette vision économique-là, le QE s'apparente à des injections massive d'adrénaline à un cheval mort.

Certains naïfs imaginent peut-être que le QE leur amènera de l'argent à eux ; ils ne pourraient être plus loin de la vérité. Ces sommes sont destinées à racheter des emprunts d'Etat ou des actions de grands groupes européens cotés en bourse, histoire que l'argent ne sorte pas de la famille. Le grand public n'en verra évidemment jamais la couleur.

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Encore plus amusant, comme il n'est pas question que la BCE salisse sa réputation d'excellence (ne riez pas) en cautionnant de "mauvaises politiques", les dettes publiques rachetées seront en priorité celles de pays encore bien cotés auprès des agences de notation comme la France, l'Italie ou l'Allemagne. On peut douter de la qualité de ce panel, mais une chose est sûre, il n'y aura pas un centime pour solder les dettes de la Grèce qui se débat dans sa faillite depuis des années! Le QE est donc un fantastique outil pour accroître encore l'inégalité des situations économiques des pays membres de la zone Euro.

Cela marchera-t-il? Bien sûr que non. Nous le savons parce que, outre l'idée complètement absurde d'une prospérité née d'une dilution de la valeur de la monnaie, de nombreux pays se sont lancés dans des aventures similaires, parfois déguisés sous d'autres noms savants, mais toujours sans provoquer l'effet escompté.

La FED américaine a ainsi lancé pas moins de trois QE - sans impact positif notable sur l'économie. Bien sûr, Obamamania oblige, on chante ici-bas les louanges de la reprise économique américaine. Mais celle-ci ne se voit guère que dans quelques chiffres arrangés, chiffres d'ailleurs tellement éloignés de la réalité qu'ils ont coûté les élections de mi-mandat au camp démocrate. Alors à moins de considérer les records d'une bourse manipulée à grand coup d'argent neuf comme un indicatif pertinent de la santé d'un pays, l'économie américaine ne redécolle pas et, au quotidien, les Américains s'en rendent parfaitement compte.

Plus loin encore, nous avons le Japon qui se débat depuis plus de vingt ans dans la création monétaire sous un prétexte ou un autre - dévaluation compétitive, relance de la consommation, Abenomics - sans parvenir à créer autre chose que des bulles au milieu d'une croissance anémique.

Alors non, le QE de Mario Draghi ne fonctionnera pas, pas plus que n'importe quel autre QE avant lui. Mais comme les castes dirigeantes de l'Europe sont sourdes à toute remise en question et ne savent que persévérer dans leurs erreurs, on peut s'attendre à ce que le BCE ne s'arrête pas là. Préparons-nous donc à revoir Mario Draghi en conférence de presse pour en remettre une couche bien avant septembre 2016.

En attendant, l'euro s'enfoncera dans les profondeurs - c'est le but après tout - et les Européens redécouvriront avec stupeur que la haute-technologie, leur pétrole et leurs matières premières proviennent en général de l'étranger et sont désormais hors de prix.

16 janvier 2015

Taux plancher: parce qu'il faut le rappeler

Une vidéo de 2011 montrant un débat entre MM. Christophe Darbellay du PDC, Chrisitan Levrat du PS, Oskar Freysinger de l'UDC et Fulvio Pelli du PLR.

Face aux inquiétudes légitimes exprimées par M. Freysinger, on a droit à un festival de bêtise et de mauvaise foi. Rien ne manque à l'appel: mépris de l'animatrice (une certaine Esther M. de triste mémoire), des tentatives insultantes de tourner en ridicule son contradicteur au lieu d'avancer le moindre argument (Levrat), le suivisme aveugle des experts/élites (Pelli) ou la volonté de préserver une partie de la population aux dépens du reste sans jamais se poser la question de la validité de la démarche (Darbellay).

Une vidéo à revoir absolument à l'aune de la décision de la BNS de mettre un terme au taux de change plancher entre le franc suisse et l'euro.

N'oubliez pas: le déroulement du débat entre ces cinq personnes et les partis qu'ils représentent incarne de façon quasiment parfaite les rapports de forces parlementaires et la direction politique que prend donc la Suisse sur chaque sujet qui n'implique pas une votation populaire.

15 janvier 2015

Journée historique pour le Franc Suisse

Aujourd'hui, après des années de manipulations inavouables, le franc suisse vient de recouvrer sa liberté dans le fracas et le chaos.

Annoncé par un simple communiqué de presse, l'événement - d'une amplitude quasi-cosmique dans le domaine financier - vient de propulser la monnaie de plus de 20% par rapport à l'euro, dépassant la parité. Il fallait 1,20 CHF pour 1 euro hier, aujourd'hui il faut débourser moins d'un franc!

dualité.jpgLes Suisses peuvent se réjouir, ils se retrouvent ce soir 20% plus riches qu'hier à la même heure, une bonne nouvelle dont les frontaliers seront les premiers à profiter. Mais la joie risque de ne pas durer. L'incertitude est immense sur l'attractivité économique, le commerce, l'immobilier, les placements.

Parmi les perdants dans la nouvelle donne il y a par exemple le tourisme local, ou les industries exclusivement tournées vers l'exportation et qui ne peuvent ni rogner sur les marges généreuses du luxe ni profiter d'une baisse de prix notable de l'importation de leurs matériaux. Pensons en particulier à Swatch dont le président Nick Hayek décrit ce qui vient de se passer ce matin comme un "tsunami" pour lequel "il n'a pas de mots".

Il y a trois ans et demi, lorsque le peg (le taux de change minimal entre CHF et EUR) fut instauré, j'écrivais que cette limite artificielle ne saurait durer et que cela finirait mal:

L'histoire nous donnes de nombreux exemples de pays tentant arbitrairement de lier entre elles deux monnaies flottantes à travers une parité fixe. Ces manœuvres ont invariablement débouché sur des catastrophes.


La mise en gras est d'origine...

Nous ne sommes qu'au début d'une crise majeure entièrement due à une coterie de banquiers et de politiciens attachés à la stabilité à n'importe quel prix, ce qui n'est pas la moindre des ironies.

Poursuivant sur leur lancée, les médias - et plus tard les politiques - travailleront d'arrache-pied en orientant l'information du grand public pour expliquer que la fluctuation retrouvée du franc suisse est une mauvaise chose. Par exemple, aujourd'hui, l'heure est à la panique boursière: le SMI chute de plus de 8%. C'est énorme. Sauf si on comprend que les valeurs suisses, cotées en franc suisse, sont soudainement surévaluées de 20% par le truchement des monnaies! Si vous aviez une action de la société Cor Des Alpes à 120 CHF, cette part valait 100 € hier ; aujourd'hui, après une chute de 8% elle ne vaut plus que 110.4 CHF mais cela représente désormais 106 € - l'investisseur étranger est donc largement gagnant. La chute boursière actuelle est donc le résultat d'une prise de bénéfice massive sur des cours libellés dans une monnaie soudainement plus précieuse.

Jusqu'où le franc suisse poursuivra-t-il sa hausse? Dans quelle mesure cette bouffée est-elle "spéculative", mot honni de notre époque? Il est difficile de le savoir puisque la monnaie a trois ans de servitude à rattraper. La fin du peg ayant été décidée unilatéralement par la BNS, il est pour une fois hors de propos d'accuser les odieux hedge funds et autres vautours de la finance. Ils souffrent beaucoup d'une nouvelle que leurs vaillants algorithmes n'auront pas vu venir!

Le plus important n'est pas là, mais dans le pourquoi de cette modification soudaine. Le moins qu'on puisse dire est que la communication de la BNS laissera le curieux sur sa faim:

L'introduction du cours plancher a eu lieu dans une période d'extrême surévaluation du franc et de très forte incertitude sur les marchés financiers. Cette mesure exceptionnelle et temporaire a préservé l'économie suisse de graves dommages. Le franc demeure certes à un niveau élevé, mais depuis l'introduction du cours plancher, sa surévaluation s'est dans l'ensemble atténuée. L'économie a pu profiter de cette phase pour s'adapter à la nouvelle situation.

(...) Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion qu'il n'est plus justifié de maintenir le cours plancher.


Bref, rien dans ces "explications" ne justifie que la BNS renonce au peg par un petit matin d'hiver. Il y a donc d'autres raisons.

Comparons avec un autre communiqué de presse, daté cette fois-ci du 6 septembre 2011, dans lequel la BNS introduisait le plancher au taux de change:

La Banque nationale suisse (BNS) vise par conséquent un affaiblissement substantiel et durable du franc. Dès ce jour, elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro sur le marché des changes. La Banque nationale fera prévaloir ce cours plancher avec toute la détermination requise et est prête à acheter des devises en quantité illimitée.

Même à 1,20 franc pour un euro, la monnaie helvétique reste à un niveau élevé. Elle devrait continuer à s’affaiblir sur la durée. Si les perspectives économiques et les risques de déflation l'exigent, la Banque nationale prendra des mesures supplémentaires.


Le volontarisme affiché à l'époque, maintenu contre vents et marée pendant trois ans, contraste avec la fin soudaine et sans gloire de l'opération.

Au vu de la tempête économique, financière et politique conséquente au changement d'orientation de la BNS, des voix s'élèveront - crieront, même - contre la banque centrale. Mais ce faisant, elles critiqueront leurs propres alliés: des banquiers centraux perclus de keynésianismes, volontaristes en diable avec la monnaie, acquis à l'idée européenne et mis en place par des autorités politiques tout aussi désireux qu'eux d'une adhésion de la Suisse à la zone euro.

A ce stade il n'y a donc que deux explications possibles: soit la BNS a renoncé parce qu'elle ne pouvait plus continuer, soit parce qu'elle ne voulait plus continuer.

La première hypothèse est difficilement plausible alors que le bilan de la BNS a littéralement explosé ces dernières années tant elle a imprimé du franc suisse pour acheter de l'euro, des actions et de la dette publique européenne, au point d'atteindre 70% du PIB du pays. Bien entendu, on pourra dire (et je serai le premier à le clamer) que la stratégie de la BNS était une impasse ; mais il est difficile pour des technocrates de faire volte-face sans événement particulier alors qu'ils persistent dans la même erreur depuis plusieurs années. Il n'y a en tout cas absolument aucune raison pour que les limites soient atteintes au milieu de nulle part, un 15 janvier au matin, au point de jeter l'éponge.

La seconde hypothèse semble incompatible avec l'idée de banquiers centraux acquis à la cause européenne mais rappelons-nous que nous ne savons pas tout. Il pourrait y avoir eu des décisions en coulisses, par exemple au niveau de la BCE, qui auraient précipité un revirement radical de la position de la BNS par rapport à l'euro et la zone euro en général.

Pensons par exemple aux élections législatives anticipées prévues en Grèce le 25 janvier et aux positions économiques prônées par le parti de gauche Syriza, en tête dans les sondages.

Pensons par exemple à la décision récente de la justice européenne d'autoriser la BCE de Mario Draghi à créer de la monnaie pour racheter de la dette publique, ouvrant la voie à un Quantitative Easing noyant la dette sous des tombereaux de billets fraîchement imprimés.

Il n'est pas interdit de penser qu'il se prépare dans la zone euro certaines opérations tellement contradictoires avec le zeste d'orthodoxie encore présent dans le cerveau des directeurs de la BNS que ceux-ci, malgré toute la sympathie qu'ils éprouvent pour la zone euro, n'ont pas eu d'autre choix que de couper les ponts avec elle.

Nous en saurons peut-être davantage les prochains jours car si un tel secret existe, il est probablement impossible à garder. En attendant, ce choc énorme pour la Suisse se révèle aussi une très mauvaise nouvelle pour la zone euro. Quelle confiance avoir dans le futur d'une monnaie unique dont les Suisses choisissent tout d'un coup de s'éloigner?

La fin du taux plancher entre le franc suisse et l'euro aujourd'hui s'apparente plus à des amarres qui lâchent en pleine tempête qu'à une séparation à l'amiable entre deux associés doués de raison.

19:00 Publié dans Economie, Suisse | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : bns, euro, monnaie |  Facebook

01 novembre 2014

Pourquoi sauver l'or de la Suisse?

"La campagne s'anime", lança Darius Rochebin à l'antenne du journal du 23 octobre en annonçant un reportage sur l'initiative sur l'or qui fut dans son genre un modèle de désinformation. Promoteurs de l'initiative coupés pour ne retenir de leur discours que les références au passé, adversaires du texte s'étalant complaisamment en mentionnant l'inévitable conservatisme des premiers et bien sûr, condamnation sans appel, leur volonté "d'isoler" la Suisse...

Voilà la faible introduction à laquelle eut droit le téléspectateur helvétique, elle-même préalable à une campagne particulièrement fade depuis. En temps de parole ou surface d'affichage, l'or de la Suisse ne semble guère passionner les foules. Un tel manque d'engouement est d'autant plus regrettable que l'initiative sur l'or est sans doute l'un des objets les plus importants soumis au peuple ces vingt dernières années, un des trois défis de la Suisse.

Elle définit rien de moins que la prospérité future du pays.

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