22 août 2014

Caisse unique, caisse inique

Le 28 septembre les Suisses seront amenés, à travers l'Initiative pour une Caisse Unique, à se prononcer sur une étatisation encore plus poussée du système de santé helvétique.

Les initiatives sur le sujet sont récurrentes, et l'augmentation continue des primes renforce les interrogations. Forcée par la loi à contracter une assurance-maladie et progressivement écrasée par le coût de celle-ci, la classe moyenne paraît prête à s'abandonner à n'importe quelle solution qui lui semble diminuer la facture.

Hélas, l'initiative n'arrangera rien sur ce point. Ramener les 61 différentes caisses qui existent en une seule entité sous l'égide de fonctionnaires d'Etat ne baissera pas d'un centime les coûts de la santé, ni ne diminuera les primes payées par la population. Cette réforme - marquante car décidée par scrutin populaire - ne fera que s'ajouter aux autres sans changer les mécanismes d'un système fondamentalement vicié.

En réussissant à imposer la LAMal [loi fédérale sur l'assurance-maladie] en 1996, la gauche eut l'intelligence de poser les jalons d'un système prétendument libre - plusieurs caisses maladie, "concurrence" entre elles - mais qui en était de fait aux antipodes: lesdites caisses ne doivent pas faire de bénéfices, sont limitées au territoire suisse, chacun a l'obligation de s'assurer et ne peut changer qu'à certains moments du calendrier, etc.

La LAMal est donc un système communiste vêtu d'oripeaux de libre marché.

L'astuce fonctionne au-delà de toute espérance: chaque année, lorsque les coûts augmentent sans aucun contrôle, les assurés ne voient que la prime demandée par leurs interlocuteurs, les caisses "privées" d'assurance-maladie. Ils ne font aucun lien avec les gabegies hospitalières, et ne comptez pas sur les médias pour s'attarder sur cet aspect du problème. Alors, ils crient (et on les fait crier) : "La concurrence entre les caisses ne marche pas! C'est la faute au libéralisme! La santé privée est un échec!"

Mais y-a-t-il réellement de concurrence entre les caisses? Le système est-il libéral? La santé est-elle privée? Non, trois fois non!

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A la concurrence près, le phénomène n'est pas sans rappeler l'aversion générale contre Billag, la société chargée de la collecte de la redevance. Ce n'est pas un hasard puisque les deux relèvent du même mécanisme. L'Etat facture très cher l'organisation d'un service et charge ensuite des sociétés privées du recoupement des factures. Celles-ci cristallisent ensuite sur elles l'animosité populaire.

Comme pour se justifier, nombre de citoyens pointent du doigt les dépenses des caisses en publicité ou en magazines internes. Pour beaucoup de gens c'est probablement du gâchis, mais les montants impliqués restent dérisoires.

Les frais de gestion des caisses-maladies ne représentent que 5% des coûts de la santé (ce qui donne un petit aperçu du gâchis dans les autres secteurs du système de santé).

Bien sûr, on peut proclamer - et les initiants ne s'en privent pas - que 5% n'est pas rien, surtout au vu des montants impliqués. Et puis, toute économie est bonne à prendre.

Admettons l'hypothèse, et supposons que par magie toutes les société d'assurance-maladie disparaissent. Pour les besoins de l'exercice, ne lésinons pas, admettons aussi que le service désormais assuré par l'Etat soit rendu gratuitement. Qu'obtiendrions-nous alors? Une baisse nette de 5% des primes d'assurance-maladie.

Une baisse qui serait donc annulée à cause de la hausse régulière des coûts de la santé après seulement deux ans...

Le problème n'est pas et n'a jamais été la collecte des factures, mais bien les coûts de la santé eux-mêmes. Les primes n'en sont que le reflet.

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Les primes (ligne noire) reflètent les coûts (ligne rouge), rien d'autre. Les variations ne sont dues qu'aux réserves obligatoires des caisses et à des ajustements réclamés lors de périodes politiquement sensibles comme des années électorales - dans les deux cas, des contraintes artificielles directement issues du monde politique.

Il y a de nombreuses façons de ruiner un pays, avec par exemple le salaire minimum, l'endettement illimité, la retraite par répartition... L'étatisation complète de la santé figure en bonne place dans cette liste. Pourtant, si l'initiative pour une caisse unique venait à être approuvée, ce ne serait même pas une catastrophe ; l'excuse des sociétés privées disparaîtrait pour de bon et montrerait enfin à tous la réalité des coûts en roue libre et le prélèvement des primes directement par la main rude de l'Etat.

Le seul défaut de ce scénario serait de déplacer le curseur vers plus de collectivisme, en accordant de surcroît encore une fois confiance et pouvoir à ceux qui sont à l'origine de ce système impossible. Les socialistes n'en font pas mystère, la caisse unique n'est qu'un préalable à l'indexation des primes sur le revenu, c'est-à-dire la transformation de l'assurance en impôt - un impôt qui comme en France aura tôt fait de ruiner la classe moyenne et le reste. Avec la Sécu française, même un employé au salaire minimum du SMIC doit encore payer 37.5% de son salaire réel. Sécu qui traîne une dette en milliards d'euros...

Nous n'en sommes pas encore là heureusement, mais l'acceptation d'une caisse unique serait assurément un mauvais signal. L'initiative principale de la gauche sur ce sujet remonte à 2007 et visait à instaurer à la fois la caisse unique et l'impôt sur la santé ; elle fut rejetée sèchement avec plus de 70% de non. Les socialistes et leurs alliés n'ont absolument pas changé d'avis mais tentent simplement aujourd'hui une tactique en deux temps. Nous verrons si le peuple suisse marche dans la combine.

De quoi le système de santé suisse a-t-il besoin? D'une meilleure gestion, de plus de concurrence, de plus d'ouverture, de plus de flexibilité - en un mot, de plus de liberté. Liberté laissée à chacun de contracter une assurance selon les modalités qui lui conviennent, de se constituer un capital-santé pour ses vieux jours, de se faire soigner à l'étranger, d'accepter ou non un réseau de soin, de mettre la franchise aussi haut ou bas qu'il ou elle le souhaite et non selon des paliers rigides, etc. Tant de modèles sont envisageables!

L'Etat aurait naturellement un rôle à jouer dans un marché ouvert: non seulement la surveillance du sérieux de tous les acteurs à travers diverses accréditations, mais aussi la gestion des cas les plus lourds et les plus particuliers (maladies orphelines par exemple) dont la rareté et le coût mettent à mal les modèles mutualistes classiques.

Sur des sujets sensibles comme la santé les Suisses ont souvent peur de la liberté et de la responsabilité qu'elle implique, tant pour eux que pour leurs voisins. Ils rejetteront sans doute l'initiative pour une caisse unique mais continueront à se rassurer dans un système à peine supérieur qui étrangle petit à petit la classe moyenne.

Entre un système collectiviste, étatisé et ruineux, et un système ouvert, léger et flexible faisant appel à la responsabilité individuelle, il faudra pourtant bien trancher un jour.

30 avril 2014

Heureux comme un pédophile suisse

L'avenir des pédophiles en Suisse semble quelque peu compromis avec les sondages donnant victorieuse l'initiative de la Marche Blanche "pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants". 74% des personnes interrogées glisseraient un Oui dans l'urne. Mais c'est oublier un peu vite que les pédophiles - et en particulier les pédophiles récidivistes - sont défendus avec acharnement par une bonne partie de la classe politique.

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25 avril 2014

Le Gripen, clef de l'indépendance

De tous les objets présentés au peuple le 18 mai, la votation sur le Gripen semble la plus indécise.

Les campagnes politiques sont rarement élégantes mais celle-ci suscite un jaillissement de mauvaise foi assez exceptionnel. Les adversaires du Gripen évoquent ainsi continuellement le "jouet" d'Ueli Maurer - comme si le choix de l'appareil était la décision d'une seule personne, à mi-chemin entre le caprice d'enfant et l'insinuation de corruption.

gripen,prise de position,votation du 18 mai 2014L'approbation du Gripen est le résultat d'un interminable processus de sélection et d'évaluation des différentes alternatives par des professionnels. Elle est soutenue tant par le gouvernement que les chambres fédérales. Ici, tout est oublié. On ramène l'entier du dossier au seul conseiller fédéral UDC, exposé en première ligne pour mieux être pris pour cible.

Certes, le Gripen est un bon avion sans être le meilleur du monde. Et alors quoi? Les compromis sont monnaie courante. Il n'y a là rien de honteux. La police helvétique conduit des Opel et non des Ferrari exactement pour les mêmes raisons.

Parmi les reproches formulés contre le Gripen, on regrette simultanément qu'il soit trop cher. L'avion parfait serait sans doute à la fois doté de performances inégalées et d'un prix modique! Pourtant, tant le Brésil que l'Algérie choisissent le Gripen. Le Gripen assure la sécurité aérienne de la Suède, de la Hongrie, de la République tchèque, de l'Afrique du Sud et de la Thaïlande. Peut-on croire que l'avion serait financièrement abordable pour ces pays tout en étant hors de portée de la Suisse?

Je n'en fais pas mystère, l'achat du Gripen par la Confédération me paraît un choix raisonnable. Performant sans être ruineux, fabriqué par un pays neutre partageant nos vues, facile à mettre à jour avec de nouvelles technologies, amenant des accords compensatoires pour 2,5 milliards de francs assurant 1'000 places de travail en Suisse pendant 10 ans, acheté avec une clause faisant couvrir d'éventuels surcoût par le gouvernement suédois lui-même... La barre a été placée très haut.

Ueli Maurer a assuré les négociations de main de maître, obtenant pour la Suisse des contreparties tout simplement inédites dans un contrat d'armement. Il ne faut pas voir autre chose dans sa victoire face au Parlement, dont les réticences ont été levées les unes après les autres alors que M. Maurer négociait garantie après garantie auprès de Saab et de l'Etat suédois.

Aucune alternative n'étant envisageable à court ou moyen terme, la question n'est donc pas de choisir le Gripen parmi différentes options, mais bien de préserver un semblant de police de l'air à la Suisse.

En clair, ce sera soit le Gripen, soit rien.

Nous l'avons vu plus haut, les adversaires du Gripen ne brillent ni par leur cohérence ni par leur rationalité, mais - médias aidant - ils pourraient obtenir une majorité. En 1993, le FA-18 n'était accepté que par 57,2% des votants. Ce fut le moment où les anti-militaristes du GSsA furent le plus près de l'emporter. Nous retrouvons ce passage à risque. En l'absence de provisions comptables dignes de ce nom, le renouvellement du parc aérien militaire s'apparente à d'énormes dépenses ponctuelles difficiles à faire accepter par les contribuables, bien que ces avions ne représentent que 0,45% du budget de la Confédération.

Aujourd'hui, d'après les sondages, le Non a dix points d'avance sur le Oui... Admettons donc que le Gripen soit refusé.

Le 18 mai, au soir d'un scrutin à suspense, la population suisse rejette l'achat du Gripen, mettant pour ainsi dire un terme à l'illusion d'une défense aérienne helvétique. Le message sera aussi bien entendu à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

La Suisse entrera alors dans une ère inédite. Le retrait des Tigers vieux de quarante ans est annoncé quoi qu'il arrive ; avec l'obsolescence progressive des FA-18, la composante aérienne de l'armée suisse appartiendra au passé.

Il n'est évidemment pas concevable pour un pays de ne pas avoir la moindre couverture aérienne, ne serait-ce que pour la sécurité civile en temps de paix. L'épisode du Boeing d'Ethiopia Airlines détourné sur Genève et accompagné par des avions italiens et français sera progressivement la norme. Les seuls appareils militaires survolant le pays appartiendront à des puissances étrangères. Il faudra les inviter à chaque fois qu'il faudra rendre compte d'un vol commercial en difficulté, ou pour assurer la sécurité de chefs d'Etat venus en visite lors d'un grand raout de la Genève Internationale.

Pas besoin d'être devin pour comprendre les limites de l'approche dans laquelle sera entraînée la Suisse.

1. Les voisins de la Suisse ne sont pas forcément ses amis, ni même bien intentionnés. Faut-il vraiment faire l'inventaire de nos différends avec la France pour comprendre qu'il serait malaisé de dépendre d'elle pour notre sécurité? Nous n'en sommes pas, heureusement, à des tensions militaires, mais il pourrait y avoir une certaine "nonchalance" de Paris à remplir les obligations d'un accord militaire aérien avec la Suisse, ou à le lier avec des dossiers dans lesquels nous aurions préférer garder toute latitude pour négocier.

2. En situation de dépendance, la Suisse devra payer, et cher. Depuis quand est-il devenu plus abordable de faire appel à un tiers qu'en s'en chargeant soi-même? Toute sous-traitance entraîne des coûts supplémentaires. Si la France, l'Allemagne ou l'Italie prennent la Suisse sous leur aile, personne ne le fera gratuitement. A la peine avec leurs propres budgets, elles n'ont pas plus de raisons d'accorder un tarif préférentiel. En ce moment les pays d'Europe ont plus besoin d'argent que d'une bonne image pour leurs forces aériennes ; la Suisse, sans alternative, leur donnera un excellent prétexte pour facturer leurs prestations à prix d'or.

3. Tout un pan industriel et technique disparaîtra. On ne s'improvise pas pilote de chasse, mécanicien sur avion, sous-traitant dans la conception d'armement embarqué du jour au lendemain. Sans armée de l'air, ces techniques et ces connaissances disparaîtront purement et simplement faute de débouchés, avec des conséquences économiques et stratégiques difficiles à quantifier. Elles repousseront de plusieurs années la reconstruction d'une armée de l'air crédible si jamais elle devait se reformer - une perspective qui enchantera sans doute les anti-militaristes dans le public, mais inquiétera davantage ceux qui se préoccupent de la sécurité du pays.


En résumé, la Suisse sera affaiblie et vulnérable. C'est bien naturel, puisque l'abandon de la composante aérienne s'apparente à un renoncement de souveraineté. La Suisse se présente comme un pays neutre et indépendant ; mais sans armée digne de ce nom l'indépendance n'est qu'un concept vide de sens. Pire, si le pays n'est plus indépendant, il ne peut plus être neutre non plus, car il se soumet aux velléités de ceux qu'il a chargés de de sa protection.

Supprimer l'armée de l'air helvétique est donc finalement un autre moyen de nous faire dépendre de nos voisins, c'est-à-dire à nous pousser dans les bras de l'Union européenne. L'adhésion rampante à l'UE prend bien des aspects inattendus...

Sur le plan géopolitique européen, la Géorgie a été envahie il y a deux ans. L'Ukraine bascule peu à peu dans la guerre avec la Russie. Il y a moins de vingt ans, l'ex-Yougoslavie était le théâtre d'épurations ethniques et les bombes pleuvaient sur la Serbie. Combien de ces conflits ont été prévu par les gens qui nous prédisent aujourd'hui un avenir de lait et de miel?

Le vote du 18 mai façonnera la crédibilité militaire suisse sur les vingt prochaines années. Il est étonnant que les Suisses semblent se contenter des analyses superficielles jetés par des médias ouvertement engagés dans une croisade anti-UDC.

22 avril 2014

Salaire minimum, désastre maximum

Le 18 mai les citoyens suisses seront amenés à se prononcer sur l'initiative "Pour la protection des salaires équitables", également appelée initiative sur les salaires minimums. Soutenue par les partis politiques de gauche et les syndicats, cette initiative établit par voie constitutionnelle un salaire minimum de 22 francs de l'heure partout en Suisse, quel que soit le secteur économique et le niveau de qualification de l'employé.

Les maux relatifs à l'introduction d'un salaire minimum sont bien connus: obstacle à l'embauche, en particulier des jeunes, donc chômage ; nivellement des salaires par le bas ; délocalisations vers des pays à coût de main-d’œuvre moins élevé ; travail au noir ; hausse des prix ; immixtion de l'Etat dans la politique salariale des entreprises ; affaiblissement de la représentativité syndicale, puisque l'évolution du salaire minimum se décide désormais dans l'arène politique.

Tous ces effets pervers ne sont certes pas recherchés par les adeptes d'un salaire minimum légal, mais sont relativement logiques et ont pu être observés à de nombreuses reprises partout où pareille mesure a été introduite. D'où la variante d'une plaisanterie connue:

- Bonjour chef! Comment ça va ce matin?

- Couci-couça... J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle...

- La bonne?

- Suite à la votation, il y a maintenant un salaire minimum en Suisse, plus élevé que ce que tu touches actuellement...

- Super! Et la mauvaise?

- On n'a pas les moyens de te payer autant. Tu es licencié.


Quand on parle de salaire minimum, le fameux SMIC français vient tout de suite en tête. Ses effets pervers sur le chômage des plus faibles (jeunes, immigrés, femmes) n'est plus à démontrer.

Dans un marché du travail libre, un individu faiblement coté (parce qu'il n'a pas de formation adéquate ou débute sur le marché du travail par exemple) peut parvenir à trouver un emploi, fut-il mal payé. Un salaire modeste n'est pas dramatique en début de carrière s'il permet d'acquérir une expérience professionnelle permettant ensuite de décrocher de nouveaux postes mieux rémunérés. On peut discuter longtemps de ce qui constitue un salaire "abusivement bas", mais peu de gens clameront qu'il est préférable d'être sans-emploi.

En France, à cause du SMIC, les jeunes doivent lutter pendant des années de précarité et de chômage avant d'avoir enfin accès, peut-être, à un emploi à durée indéterminée. Le SMIC est une terrible barrière à l'embauche. Il apporte peut-être un salaire "décent" à quelques-uns, mais force surtout les autres, des dizaines de milliers de jeunes, à des années de vie professionnelle faites de stages bidon, de travail au noir et de chômage à la charge de la collectivité.

Naturellement, les effets délétères du salaire minimum dépendent de son niveau. Nombre de pays, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, disposent d'un salaire minimum assez faible, voire symbolique, qui n'a que peu d'effet sur la marche de l'économie. Il en est tout autrement du SMIC français, situé à 60% du salaire médian local et constamment renégocié à la hausse sur des critères politiques.

A 4'000 francs par mois, le projet de salaire minimum suisse est encore plus élevé. En valeur relative, celui-ci se place à 64% du salaire médian helvétique, soit au-delà de son équivalent français. En valeur absolue, il sera le plus haut d'Europe.

Même en ramenant ces chiffres à parité égale de pouvoir d'achat (puisque tout est plus cher en Suisse, ce qui ne va pas s'arranger!) la comparaison internationale est édifiante:

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(cliquez pour agrandir)

Les initiants clament que leur projet est sans équivalent avec le SMIC. Ils ont raison: ce sera pire.

Mais jusqu'ici, vous n'avez sans doute rien appris de nouveau, et pour une fois correctement informé, le peuple suisse a l'air de se méfier. Toutefois, la campagne sur le salaire minimum esquive joyeusement une question essentielle: pourquoi, maintenant, une initiative sur le salaire minimum?

A la source de la démarche politique se trouve une bête histoire de calendrier.

Selon le programme, en février le peuple suisse aurait refusé l'initiative raciste/populiste/xénophobe de l'UDC (rayez les mentions inutiles) sur la libre-circulation, avec une avance plus ou moins confortable. Dans la foulée, le peuple aurait approuvé un peu plus tard l'extension des accords de libre-circulation à la Croatie ; les autorités compétentes auraient malgré tout exprimé leur inquiétude et leur écoute des préoccupations du peuple suite à la forte minorité rejetant la libre-circulation en février ainsi que le vote pour la Croatie. Serait alors survenue à point nommé une initiative toute faite pour résoudre le défi de la sous-enchère salariale préoccupant tant les citoyens: le salaire minimum! Problème réglé!

Malheureusement pour les brillants stratèges politiques, la population n'a pas suivi le script prévu. Tout est parti à veau-l'eau. Le peuple a approuvé l'initiative contre la libre-circulation le 9 février. La votation sur la Croatie a disparu des écrans radars telle un serpent de mer. Reste l'initiative pour le salaire minimum qu'il faut bien expédier, la mort dans l'âme...

Vous aurez peut-être du mal à y croire, mais l'initiative pour le salaire minimum est vraiment la réponse de la gauche à la problématique de la libre-circulation, de la concurrence étrangère et de la sous-enchère salariale. Ces gens croient sincèrement que si tout le monde touche le salaire minimum, il n'y aura plus besoin de faire venir des gens de l'étranger et tout le monde sera content!

Malgré les conventions collectives, la sous-enchère salariale est aujourd'hui déjà un problème rampant sur les chantiers (y compris sur des chantiers publics, ce qui ne manque pas de sel), en dépit de toute la bureaucratie et des contrôles pour l'empêcher. Et nos indécrottables ingénieurs sociaux de la gauche et des syndicats pensent qu'en généralisant un salaire minimum plus élevé que le salaire moyen d'un cadre français la pression étrangère va s'amenuiser? Ce n'est plus de l'incompétence, c'est de la rage!

Le salaire minimum suisse à 4'000 francs mensuels brillera comme un étendard aux yeux de tous les malheureux chômeurs de l'Union Européenne, et ils sont nombreux, les invitant à venir tenter leur chance en Suisse, cette si belle contrée où le moindre manutentionnaire gagne plus qu'un directeur de leur pays. Bien sûr les places seront chères et il n'y en aura pas pour tout le monde ; les candidats se contenteront souvent d'un pis-aller au noir ou en trichant sur un temps partiel...

Le jeune suisse, lui, verra les portes se refermer les unes après les autres lorsqu'il cherchera du travail: trop cher, pas assez expérimenté. Pourquoi prendre le risque d'un employé junior suisse lorsque le salaire minimum attirera des experts incroyables depuis un bassin de cinq cent millions d'habitants où l'emploi est en crise? On est en droit de se demander quelle mouche a piqué les syndicats pour oser lancer une initiative pareille - non pas que l'idée d'un salaire minimum soit impensable en soi, mais le niveau choisi est proprement délirant.

Bien sûr, les politiciens ont l'habitude de créer des problèmes et ensuite d'autres problèmes pour les résoudre. Ici, on imagine sans peine le "deuxième temps" avec ses escouades d'inspecteurs du travail et autres fonctionnaires recrutés pour surveiller toutes les entreprises à portée de tir pour s'assurer qu'elles appliquent bien le salaire minimum dans la lettre et dans l'esprit ; ou le plaisir des politiciens et leurs lobbies syndicaux à discuter des hausses du salaire minimum dans les travées du Parlement.

Mais tout de même, ces rêves semblent se dessiner sur les cendres d'une économie helvétique ruinée par l'idéologie en butte au réel. Les hauts salaires ne se décrètent pas par la force du Verbe, fut-il constitutionnel. Ici, on ne discute même plus d'ouvrir la boîte de Pandore d'un salaire minimum trop élevé ; on a décidé de l'ouvrir coûte que coûte, attaquant le coffre à la dynamite s'il le faut.

Les lendemains qui chantent ne se construisent pas à l'aide d'un salaire minimum arbitraire sorti du chapeau par une coterie de syndicalistes avide de revanche sur le patronat. Espérons que le peuple suisse s'en rappelle le 18 mai.

19 février 2014

La Suisse découvre qu'elle n'a pas d'armée de l'air

La campagne contre l'achat de chasseurs suédois Gripen pour l'armée suisse a commencé de bien étrange manière avec le détournement d'un gros-porteur éthiopien sur Genève. Le pirate de l'air n'était autre que le copilote de l'appareil. Il se verrouilla à double-tour dans le cockpit à la faveur d'un besoin naturel de son commandant de bord, dérouta un vol destiné à l'origine à atterrir à Rome et une fois parvenu à destination dans la discrétion que l'on imagine, ne trouva rien de mieux que de demander l'asile politique en Suisse...

Gripen,armée,votation du 18 mai 2014,prise de positionA la place, il risque vingt ans de prison. Mais attention, il paraît qu'il avait planifié son coup!

Voilà qui jette une lumière crue sur la santé mentale du personnel de bord, en charge de la vie de centaines de passagers. On se félicite que le copilote n'ait pas été un peu plus fou. D'autant plus que la réponse aérienne helvétique fut loin d'être à la hauteur. Inexistante, pour tout dire:

L'avion éthiopien, qui a été détourné lundi matin par son copilote, a été escorté par des appareils militaires italiens puis français jusqu'à son atterrissage à Genève. Les forces aériennes suisses ne sont pas intervenues. Elles ne sont opérationnelles que dans les heures de bureau.

Le Boeing 767-300 d'Ethiopian Airlines a été accompagné par deux Eurofighter de l'armée italienne dans l'espace aérien italien, a indiqué lundi le porte-parole des forces aériennes suisses, Laurent Savary. Deux Mirages 2000 de l'armée française ont ensuite pris le relais dans l'espace aérien français, jusqu'à Genève, où l'appareil détourné a atterri à 06h02.

Les forces aériennes suisses sont disponibles entre 08h00 et 12h00 et de 13h30 à 17h00, a précisé Laurent Savary, confirmant une information du site Internet de «20 Minuten».


Les pirates de l'air et autres forces hostiles sont donc priées d'envahir le pays aux heures de bureau, ironisèrent les internautes. Certains y virent même la preuve finale de l'inutilité d'une armée de l'air helvétique: après tout, les forces aériennes italiennes et françaises ont raisonnablement pallié aux absences suisses... Ou pas, car les forces alliées auraient été incapables d'abattre l'avion détourné s'il avait menacé de s'écraser sur la ville. Comme le précisa le porte-parole de l'armée de l'air suisse:

Les appareils français peuvent accompagner un appareil suspect ou le forcer à atterrir en Suisse, mais pas question de l'abattre, c'est une question de souveraineté nationale.


Heureusement, nul besoin d'arriver à pareille extrémité. Cette fois-ci.

Interrogé, Ueli Maurer rappelle l'évidence: les coupes continuelles dans le budget de l'armée ont conduit celle-ci à s'adapter comme elle pouvait. L'absence d'une force d'intervention aérienne 24h/24 fait partie de ces renonciations. Du reste, les vieux Tiger composant l'essentiel des forces aériennes sont incapables de voler de nuit, ni même par mauvais temps!

Les deux camps sortent renforcés de cet épisode. Les adversaires du Gripen diront que cette crise a été gérée de main de maître par des forces étrangères avec lesquelles la Suisse a des accords - bien qu'on ne sache pas encore à combien nous sera facturée l'opération - et que l'armée de l'air suisse a démontré son inutilité finale.

Les autres diront que la Suisse vient d'étaler sa misère au grand jour, que pour prétendre avoir une force aérienne décente il faut y mettre les moyens et que la Suisse d'aujourd'hui n'a même pas de quoi réagir à une crise en temps de paix. Un pays peut-il être crédible sur le plan militaire en renonçant à assurer lui-même sa souveraineté dans les airs?

Pour ma part, je m'en remets à un billet écrit il y a deux ans et qui n'a hélas rien perdu de sa pertinence: la Suisse n'a plus de forces aériennes significatives depuis longtemps. Une poignée d'avions opérationnels ne fait pas une armée de l'air, pas plus qu'une escouade de commandos ne passe pour une armée. Avec les Gripen, tout au plus serons-nous en mesure de faire face à des missions spécifiques ponctuelles en temps de paix, comme l'escorte d'appareils en difficultés ou la surveillance aérienne lors de grands raouts internationaux.

Une chose est certaine, la situation actuelle n'est plus tenable. Le pirate de l'air amateur aura au moins eu le mérite de permettre à chacun de comprendre où en est "l'armée de l'air" helvétique aujourd'hui, avec les guillemets de rigueur. La votation sur le Gripen apportera une clarification bienvenue.

18 janvier 2014

Comme sur des rails

Si l'on en croit un sondage gfs.bern, l'approbation du texte "Financement et Aménagement de l'Infrastructure Ferroviaire" (FAIF) tiendrait de la formalité, avec 56% de Oui, 27% de Non et 17% d'indécis. Cela explique sans doute la mollesse de la campagne.

faif,votation du 9 février 2014,prise de position,train
...En direction de quoi?

L'engouement des électeurs n'a rien de surprenant: c'est le résultat d'un long travail d’endoctrinement par les médias et les autorités. Le Rail est Merveilleux. Les Trains sont une Bonne Chose. Le Transport Public de Masse est l'avenir d'une Humanité Épanouie, Heureuse et Égalitaire. Corollaire: la voiture individuelle - que dis-je, individualiste! - est l'incarnation du mal. Elle ne mérite que le mépris. Que nul ne s'inquiète, elle sera taxée jusqu'à sa disparition.

Un peu gros? Sans doute, mais le conditionnement fait partie intégrante de la formation de l'opinion. En Suisse, celui-ci a été soigneusement mis en place à travers l'éducation étatique et les canaux d'information. Par exemple, l'UDC est détestable. Ça ne se discute pas. Ainsi, les adversaires de l'initiative contre l'Immigration de Masse ne se donnent même plus la peine de la nommer: ils demandent simplement l'appui contre "l'initiative de l'UDC". Son origine suffit pour tout argument.

Il existe nombre d'esprits faibles pour lesquels le réflexe pavlovien tient lieu de réflexion politique et  selon le sujet on peut susciter automatiquement autant le rejet que l'adhésion.

Ainsi, le train bénéficie à plein d'un a-priori positif. Chacun a de bons souvenirs attachés aux trains, et ils sont partie intégrante de l'histoire de la Suisse, même si leur ponctualité tient désormais de la légende. Parmi tous ceux dont les pensées dérivent bienheureusement face à un tel sujet, combien prendront la peine de regarder les conséquences du FAIF dans le détail?

Une première mouture du projet était devisée à 3,5 milliards de francs mais ce n'était pas assez "ambitieux". L'enveloppe est désormais portée à 6,4 milliards, sachant que le moindre chantier géré par l'Etat coûte plus que prévu... A partir d'un certain stade, les chiffres ne semblent plus que des abstractions. Une grande partie des citoyens acceptera n'importe quel montant. Pas de raison de se gêner. On se demande presque pourquoi personne n'a tenté 28 ou 57 milliards, pour la forme.

S'il est toujours de bon ton de penser que les autres paieront, en réalité, tous devront passer à la caisse. Le projet prévoit de plafonner la déduction fiscale pour frais de transports à 3000.-, soit moins qu'un abonnement général de deuxième classe! De fait, tous les clients actuels du train verront leurs impôts augmenter (ainsi, bien entendu, que tous les malheureux dont la distance entre travail et logement implique une dépense de plus de trois mille francs annuels, tous modes de transport confondus.)

faif,votation du 9 février 2014,prise de position,trainDernière ironie, le peuple s'apprête à approuver massivement le FAIF alors qu'il y a à peine quelques semaines, il affirmait exactement le contraire en refusant la hausse à 100 francs de la vignette autoroutière défendue par Mme Leuthard, probablement au nom de la subvention inique des transports collectifs par l'automobile. Mais sait-on seulement que FAIF sera aussi financé par de nouvelles taxes sur l'essence? Pour atteindre les milliards escomptés, je vous laisse deviner leur montant... Il y a aussi une hausse de la TVA à la clef.

A en croire les autorités il semble impossible d'avoir des trains qui se financent eux-mêmes, comme il y a un siècle lorsque les compagnies ferroviaires étaient aussi privées que florissantes. Le service public semble condamné à perdre de l'argent. C'est d'autant plus vrai que FAIF mettra un terme à cette interrogation en inscrivant dans la Constitution, dans le marbre en quelque sorte, le financement du rail par la route. Dès lors, on peut être sûr que les CFF perdront de l'argent par wagons entiers, si j'ose dire. Pourquoi se battre lorsque le magot tombe quoi qu'il arrive? FAIF est l'aveu que le rail ne peut pas être rentable, et avec un postulat de départ comme celui-là vous pouvez être sûr qu'il ne le sera jamais!

Le FAIF est un projet inquiétant par son ampleur et ses ramifications. Rien que pour cela, il faudrait s'en méfier. L'expérience montre que les méga-projets monstrueux où on décide d'une enveloppe d'abord et de son affectation précise ensuite ont toute les chances de produire à l'arrivée quelque chose de très différent de ce qui était escompté. Comme d'habitude, le peuple est amené à faire un chèque en blanc aux autorités - d'un montant à dix chiffres - et à espérer que tout ira pour le mieux jusqu'en 2025, époque où beaucoup des politiciens actuels seront plaisamment à l'abri de rendre des comptes.

Mais peut-on vraiment lutter contre un conditionnement?