18 octobre 2013

Haro sur la famille!

Nous approchons petit à petit du 24 novembre où se jouera le sort d'un certain nombre d'objets fédéraux d'importance, parmi lesquels l'initiative pour les familles de l'UDC.

Le sens de l'initiative est extrêmement simple: que cessent les discriminations fiscales selon le mode de garde que les familles choisissent pour leurs enfants. Que les familles qui choisissent elles-mêmes de s'occuper de leurs enfants bénéficient des mêmes avantages fiscaux que celles qui les confient à des tiers. Les déductions fiscales seraient donc liées à la présence de l'enfant et non à son mode de garde.

votation du 14 novembre 2013,prise de positionOn comprend mal la hargne des adversaires du texte.

Entendons-nous bien: le débat est souhaitable. Il est même indispensable pour permettre aux citoyens de décider en leur âme et conscience, de peser le pour et le contre, de mettre en avant les défauts oubliés par chaque camp. Pourtant, sur cette initiative toute simple, les bornes ont été dépassées dans les grandes largeurs pour rentrer dans le terrain fangeux du mensonge.

Par l'intermédiaire de ses contributeurs, le site LesObservateurs.ch tient une comptabilité involontaire, mais effarante, du barrage de contre-vérités tiré par les médias pour nuire à l'initiative. Il y a bien entendu les passages obligés comme le pseudo-débat sur Infrarouge (émission dont le nom illustre finalement assez bien la couleur politique) la propagande du gouvernement ou les articles orientés, mais aussi d'autres plus sournois comme la manipulation des chiffres autour de prétendues pertes fiscales et les accusations sexistes ou même... l'encouragement de l'immigration. Il ne manque que le réchauffement climatique mais on trouvera certainement un lien d'ici le 24 novembre!

Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un débat sain, et je pense qu'il est sali délibérément par des arguments fallacieux pour deux raisons: d'une part, les adversaires du texte pensent qu'il ne peuvent pas l'emporter à la régulière, et d'autre part, les perspectives ouvertes par l'initiative les terrifient.

Mais qu'y a-t-il de terrifiant à avoir le libre choix de la garde d'un enfant?

A priori, pas grand-chose. L'initiative valorise le métier de parent en le reconnaissant fiscalement. Elle simplifie la bureaucratie et lève les ambiguïtés sur le rôle semi-professionnel de tiers impliqués dans la garde (oncle et tantes, grand-parents, amis dans un groupe de garde alternée...) Elle rend la liberté de choix aux familles. Et ce faisant, elle fait reculer l’immixtion de l'Etat dans la cellule familiale. Voilà le crime impardonnable.

La garde d'enfant subventionnée est une industrie ; une industrie gérée par l'Etat, c'est-à-dire ubuesque, inefficace et coûteuse. Dans ce milieu, tout est réglementé, des calories des repas à la surface au sol. Face aux diplômes décernés par des écoles spécialisées à des éducatrices sans enfants, les postulants qui auraient élevé eux-mêmes quelques bambins ne se voient offrir aucune forme d'équivalence professionnelle. Et bien entendu, qui dit crèche dit déficit à éponger.

Devant toute cette mécanique - et tous ceux qui en vivent - l'idée de laisser les familles choisir sans les pousser dans les rouages du "service public" s'apparente à une hérésie. Ils en ont peur, parce que c'est un duel dont ils ne sont pas sûrs de sortir vainqueurs.

Beaucoup de gens ont leurs raisons de s'opposer au texte: les socialistes, parce que le culte de l'Etat pourrait en pâtir ; les idéologues, parce que l'initiative vient de l'abominable UDC ; les féministes, parce que l'idée que les femmes puissent choisir et décident délibérément de s'occuper de leurs enfants les fait hurler ; les ingénieurs sociaux, parce qu'à leurs yeux la seule éducation valable est celle distillée par l'administration ; les membres du PLR, parce qu'une fois de plus le sujet révèle leurs dissensions internes et laissera des traces.

Mais au bout du compte, beaucoup de ces gens sont aussi des parents. L'expérience vécue, les compromis avec le temps partiel, la difficulté à trouver des solutions de garde et les tarifs de crèche ont vite fait d'emporter l'adhésion.

Aujourd'hui, on apprend par la RTS que l'initiative est en bonne voie à quelques semaines de la votation:

sondage_famille.png

Il ne faut pas vendre la peau de l'ours, mais le succès paraît possible. Seul bémol, le sondage va provoquer une intensification de la propagande... La dernière ligne droite va être pénible.

17 septembre 2013

L'armée, service compris

Le 22 septembre, une n-ième initiative du GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée) se fera balayer par le peuple. Pour une fois cependant, l'angle d'attaque original adopté contre l'armée de milice, mettre un terme à l'abrogation de l'obligation de servir, soulève des questions intéressantes.

armée de milice,armée,votation du 22 septembre 2013,prise de positionL'armée de milice représente par essence un sacrifice: effort de l'intégration dans la troupe, perte de temps, gêne financière et professionnelle, coûts, pollution. Pourquoi infliger cela à tous ceux qui ne le souhaitent pas? Dans un esprit de liberté individuelle et de responsabilité, l'adhésion à l'armée de milice ne devrait-elle pas obéir à une logique de volontariat?

Dans les autres arguments avancés par le GSsA, on peut aussi compter la barrière de plus en plus floue entre armée de métier et armée de conscrits:

L’armée suisse a déjà 40’000 spécialistes (instructeurs, analystes, techniciens et informaticiens, officiers supérieurs professionnels, etc.). Ce sont des professionnels, à plein temps ou de milice.


Face à des tâches de plus en plus techniques, l'armée doit pouvoir compter sur des professionnels sur une longue durée et pas seulement lors des cours de répétition. La professionnalisation progressive de l'armée est un fait, affaiblissant encore la position des partisans de l'armée de milice au sens strict.

Il est malheureusement difficile de suivre le GSsA sur l'ensemble de son argumentaire tant l'activisme imprègne la moindre phrase, le tout oscillant entre le grotesque - il n'y aura plus de guerre "parce qu'elle est interdite depuis l’adoption de la charte de l’ONU en 1945" - et les envolées lyriques propres à l'utopie - "il faut apprendre le respect d’autrui et de la chose vivante"...

Il existe, c'est vrai, quelques pays sans armée. Dans la liste, on relèvera ironiquement la présence du Vatican protégé par les Gardes Suisses! Tous sont de petite taille ou faiblement peuplés, beaucoup sont insulaires ; ils dépendent exclusivement d'alliances avec des puissances plus grandes pour se défendre. A noter aussi qu'à l'inverse du GSsA, aucun de ces pays ne prône l'abandon pure et simple de la protection du territoire au prétexte que les guerres appartiendraient au passé.

La Suisse ne dispose d'aucun "grand voisin" suffisamment puissant et pétri de bonnes intentions pour assurer ce rôle. A qui ferions-nous confiance? Quelle garantie avons-nous d'ailleurs que ce génie bienveillant accepterait? Sur le strict plan financier, comment savoir s'il ne demanderait pas en échange des contreparties plus chères que le coût de notre armée actuelle, et dès lors, quels seraient nos moyens de recours?

Le GSsA met toutes les armées dans le même sac - les armées des démocraties comme celles des dictatures, les professionnelles comme celles de milice, dans un manque de discernement assez caractéristique d'un type de pensée absolutiste. Pensons par exemple aux mouvements anti-armes où le discours fait rarement la différence entre une arme à feu dans les mains d'un policier ou de celles d'un malfrat, entre les armes servant à protéger la société et celles qui lui nuisent. Voilà par exemple une des énormités que le GSsA se sent obligé de servir dans sa croisade antimilitariste:

[S]ans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été possibles.

 
Correction: sans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été gagnées.

Concédons tout au plus que la Suisse n'est pas menacée militairement à l'heure actuelle. Les conflits territoriaux appartiennent-ils au passé? Nul ne le sait. Les armées ont souvent une guerre de retard ; l'identification des menaces futures est incertaine. Toutefois, l'examen des conflits récents en Europe, au proche et au moyen-Orient montre les affrontements les plus susceptibles de survenir: velléités indépendantistes, émeutes économiques, épuration ethnique, guerre interconfessionnelle, effondrement généralisé de l'Etat et déplacements de population.

Or, dans toutes ces configurations, l'armée de milice offre sans doute la réponse la plus adaptée par ses liens direct avec les habitants, son implantation locale, et le nombre ahurissant de soldats qu'elle peut rassembler en temps de crise. Dans une guerre de basse intensité, vous n'avez pas besoin d'une poignée de surhommes et de missiles dernier cri, mais d'une troupe nombreuse, sereine, proche de la population et connaissant bien le terrain.

L'obligation de servir est évidemment un sacrifice ; certains avancent qu'il ne serait pas "libéral" de procéder ainsi. C'est bien mal connaître le libéralisme. Pour les libéraux, l'Etat doit se concentrer sur ses fonctions régaliennes, justice, police, armée, et remplir ces tâches avec sérieux. Le libéralisme prône la responsabilité, pas un hédonisme utopique où chacun ne ferait que ce qui lui plaît.

Reste enfin la discussion ouverte sur les meilleurs moyens d'atteindre la sécurité. L'organisation militaire à un instant donné est le résultat d'un faisceau de compromis ; en tant que telle, elle prête toujours le flanc à la critique. L'abrogation de l'obligation de servir améliorerait-elle la situation? On pourrait argumenter que seuls les plus impliqués feraient l'armée, renforçant la motivation moyenne de la troupe. Mais on oublierait alors que le but de l'armée de milice est d'accorder une formation militaire au plus grand nombre.

Prenons un parallèle: les cours de samaritain sont obligatoires pour passer le permis de conduire. Tous les apprentis-conducteurs n'ont pas vocation à devenir secouristes. La plupart d'entre eux n'auront jamais à mettre en pratique ces connaissances au cours de leur vie. Pourtant, elles pourraient faire la différence au moment critique. Chacun comprend l'utilité de cette formation et nul ne songerait à la supprimer!

Avatar tardif de la guerre froide, le GSsA visait comme tous les mouvements pacifistes d'Europe de l'Ouest à affaiblir l'armée locale face à une éventuelle invasion par le Pacte de Varsovie. Depuis la disparition de la menace communiste les antimilitaristes forcenés continuent sur leur lancée sans qu'on sache s'ils ont succombé à leur propre endoctrinement ou souhaitent faciliter la prochaine tentative d'invasion, d'où qu'elle vienne.

Le GSsA ne veut pas mettre un terme à l'obligation de servir mais à l'armée elle-même. L'obligation de servir n'est qu'un moyen. Ceux qui comprennent la nécessité de l'armée mais pensent possible d'en avoir une sans obligation de servir devraient garder ce détail à l'esprit.

09 septembre 2013

Saucisse à rôtir et Lutte Finale

Le 22 septembre 2013, la population suisse sera amenée à se prononcer sur une révision partielle de la loi sur le travail.

La modification est mineure: les exploitations qui aujourd'hui déjà ont le droit d'ouvrir 24 heures sur 24 un bar à café, un kiosque et une station-service pourront également vendre en permanence l'assortiment complet de leur shop. Il s'agit donc seulement de mettre un terme à l'absurdité d'un magasin ouvert mais dont une partie du contenu est interdit de vente entre 1h et 5h du matin.

L'amendement est si infime et peu choquant qu'il a été soutenu par le Conseil Fédéral et de confortables majorités dans les deux chambres du Parlement. Mais pour la gauche, la moindre modification représente l'hallali.

Le PLR Christian Lüscher a probablement dû être le premier surpris de la levée de bouclier suscitée par sa proposition. Il n'y a pourtant rien de surprenant. Les syndicats et la gauche, tous pays confondus, passent le plus clair de leur temps à des glapissements hystériques pour dénoncer les libéralisations sournoises et autres privatisations rampantes réelles ou imaginaires (Sachant qu'une libéralisation ne saurait être que sournoise et une privatisation que rampante ; la Bête se déplace par reptation...)

Au vu des affiches de campagne, la liberté de vente de l'intégralité de l'assortiment entre 1h et 5h du matin semble rien de moins que la fin du monde:

votation du 22 septembre 2013,prise de position
La gauche et sa vision positive du travail... (cliquez pour agrandir)

Les défenseurs de la réforme, eux, détournèrent le symbole révolutionnaire en choisissant comme emblème un poing levé brandissant une saucisse et le slogan "libérons les saucisses à rôtir!", ajoutant le crime de lèse-majesté à la longue liste de leurs forfaits.

votation du 22 septembre 2013,prise de positionEntre ces deux visions que tout oppose, la règlementation du travail. Pour les uns, il n'est question que de mettre un terme aux aberrations d'une règlementation tatillonne. Les commerces ouverts la nuit doivent couvrir d'un rideau certains rayons quatre heures par nuit - dont la fameuse saucisse à rôtir, mais seulement si elle est crue!

En face, pétris de lutte finale et d'affrontements homériques pour le destin du monde, on se fait peur en se persuadant que si le changement est accepté, c'est le début de la fin, l'emploi de nuit généralisé, le travail sur appel...

Invitée à informer sur le sujet, la RTS livre un reportage mettant en parallèle la terrible situation d'une boulangerie à côté d'une station-service, qui pourrait - notez le conditionnel - ouvrir en continu. Contre toute attente, le boulanger ne rejette pas l'idée d'une ouverture la nuit mais demande simplement l'égalité de traitement:

"C'est soit tout le monde a le droit d'ouvrir la nuit et le droit de tout vendre, ou tout le monde ferme la nuit et personne n'a le droit de [ne] rien vendre."


Le gérant de la station-service voisine ne semble pas lui non plus prêt à s'engouffrer dans l'enfer ultra-libéral des shop ouverts 24 heures sur 24:

"on n'a pas la rentabilité bien que sur un axe très fréquenté... Ca ne me permet pas de travailler [de façon rentable] la nuit... J'ai besoin d'une personne pour la sécurité, de deux personnes à la caisse..."


Autant pour les stéréotypes du gentil-boulanger contre le méchant-pompiste. On oublie souvent que l'ouverture d'un commerce implique des charges certaines: électricité, chauffage, assurances, salaire des employés. Pour que l'opération soit rentable, il faut que les ventes suivent. Or, si le changement proposé met fin à quelques aberrations règlementaires, il est peu probable que la ventes de fleurs fraîches ou de saucisses crues entre 1h et 5h du matin suffise à elle seule à lancer des dizaines de gérants dans l'aventure, sur les 1'300 que compte la Suisse. Et le feraient-ils, le chiffre d'affaire de cette tranche horaire sera-t-il à la hauteur?

Aujourd'hui, une poignée de stations services ou de gares bénéficient de possibilités étendues et livrent une concurrence déloyale aux autres commerces avec le blanc-seing des politiciens. C'est la pire des situations, lorsque l'inégalité est instaurée et entretenue par la loi elle-même.

Selon le dernier sondage, la population helvétique est indécise: 46% serait pour ou plutôt pour, 47% contre ou plutôt contre, et 7% n'aurait pas encore pris position. La mienne est claire: je souhaite la fin de toutes les interdictions arbitraires sur les heures d'ouverture des commerces et sur l'assortiment soumis à la vente. Ce ne serait pas le règne de l'anarchie pour autant ; les syndicats notamment auraient un rôle à jouer en négociant les modalités du travail de nuit.

La décision d'ouvrir à certaines heures doit revenir au commerçant et à ses employés, pas à des politiciens. Malheureusement, nous ne sortirons pas de ce mode de pensée le 22 septembre, quelle que soit la décision sortie des urnes.

07 mars 2012

Six semaines de chômage pour tous!

Selon toute vraisemblance, l'initiative "Pour 6 semaines de vacances" sera nettement rejetée par le peuple ce dimanche. Si quelques inconnues subsistent quant au degré de rejet - espérons que la Suisse romande ne sorte pas trop du lot, histoire de ne pas renforcer les clichés - la mission de l'initiative a été accomplie, au moins dans le canton de Vaud: mobiliser les forces de la gauche en vue du premier tour des élections pour le Grand Conseil et le Conseil d'Etat.

Quel que soit le degré d'échec, des gens des deux camps seront là pour s'en réjouir. Les uns fêteront une bataille perdue, mais ouvrant la voie à plus de "progrès social" (bientôt la redite avec "5 semaines de vacances pour tous", qui sait?). D'autres célèbreront le rejet d'une initiative démagogique, économiquement suicidaire, brisant d'un même coup les conventions collectives et le fédéralisme, et tutti quanti.

Une connaissance avec qui je discutais de l'initiative me demanda si j'allais voter selon "le coeur ou la raison".

Faisant peu de mystère de mon intention de vote, je lui demandais quand même de préciser ce qu'il entendait par là.

vacances_chomage.jpg- Eh bien, me répondit-il, le coeur, c'est l'envie, les sentiments... Et qui n'aurait pas envie de six semaines de congés par an? Six semaines! Ce serait chouette!

- Bon, d'accord, mais la raison?

- C'est simplement de penser que ça coûterait cher aux employeurs, tout ça... J'avais lu quelque part que si on posait la même question en France, neuf Français sur dix approuveraient. Mais pas en Suisse. Non, en Suisse, les gens sont trop bêtes pour accepter de voter un truc pareil, c'est du masochisme!

Puis il lâcha, malheureux, que les Suisses étaient finalement des gens trop raisonnables.

J'ai repensé depuis à cette petite conversation sur le "coeur" et la "raison" au sujet du vote, mais je suis parvenu à des conclusions très différentes.

Prenons un employé dans un secteur relativement bien portant, disposant d'une solide compétence, ou encore travaillant dans une grande entreprise comme Nestlé ou Roche, voire pour l'administration helvétique. Des personnes de ce genre, estimant leur emploi peu menacé, n'auraient objectivement aucune raison rationnelle de s'opposer à une hausse des vacances obligatoires de 4 à 6 semaines. Le raisonnement le plus égoïste les amènerait donc à voter pour l'initiative.

Egoïsme? Bien entendu. Car à l'autre bout de l'échelle, il y a les Petites et Moyennes Entreprises (PME) de moins de 250 employés. Elles forment une majorité écrasante du paysage économique suisse ; 99.7% des entreprises appartiennent à cette catégorie. La certitude économique et la sécurité de l'emploi ne font pas partie de leur quotidien; non seulement elles sont étranglées par les variations du taux de change, mais les forcer à payer deux semaines de vacances en plus à tous leurs employés pourrait leur porter le coup de grâce. Les salariés des entreprises survivantes s'en sortiraient mieux, mais ils ne sont pas tous seuls.

Alors, six semaines de vacances pour les chanceux, et pour les autres, le chômage...

Si bien que j'en arrive à penser que les Suisses, loin de repousser l'initiative gauchiste par simple froideur rationnelle, le font au contraire à cause de sentiments, au premier chef desquels l'altruisme dans son sens le plus noble. Ils sont prêts à sacrifier un confort immédiat en échange d'un meilleur niveau de vie pour eux-mêmes dans le futur, et pour d'autres, travailleurs anonymes et inconnus mais qu'on contribuera à ne pas jeter au chômage, refusant de céder aux sirènes démagogiques de la gauche.

Contrairement à ce qu'on raconte, je ne suis pas sûr que les Français adopteraient une telle mesure à 90%, à supposer qu'on leur pose la question. Mais nous aurons dimanche la preuve que les Suisses repoussent comme prévu le cadeau empoisonné de six semaines de vacances. Certains se lamenteront de l'échec de cette avancée dans le "progrès social". D'autres, comme moi, tireront une grande fierté de ce que chaque citoyen suisse est capable de voir plus loin que sa petite personne, et de repousser une politique aux effets économiques et sociaux désastreux.

12 juin 2011

Renens face caméra

Dans une semaine, les citoyens de Renens seront amenés à s'exprimer sur la pose de caméras de surveillance dans le voisinage de la gare afin de renforcer la sécurité.

Les votations communales sont rares à Renens. Il faut remonter à 2008 pour retrouver la trace d'une consultation populaire; celle-ci avait pris la forme d'un référendum facultatif pour la réfection de la place du marché. Et je ne sais même pas à quand remonte la consultation précédente.

Cette méfiance des autorités de Renens envers le souverain transparaît de façon assez évidente à la lecture de la brochure d'accompagnement de la votation du 19, dont l'équilibre des propos semble avoir été délégué à une firme nord-coréenne.

votation_renens.jpgLe livret comporte 7 pages imprimées. Les pages 2, 3 et 4 s'annoncent comme un "descriptif de la situation" alors qu'il ne s'agit que d'un plaidoyer tendancieux en défaveur de l'initiative; suit en page 5 la recommandation du NON par la municipalité, puis en page 6 la recommandation du OUI par le comité d'initiative - un petit îlot dissonant dans ce grand cri unanime de rejet des caméras, mais découlant probablement de quelque obligation légale...

La dernière page résume les recommandations de vote des partis et de la municipalité (et moi! Et moi! crie-t-elle) avec encore une fois une écrasante répétition du NON. Le rejet de l'initiative par le Conseil Communal est aussi rappelé en première page, si jamais.

6 pages pour le NON et une page pour le OUI: un équilibre typique du "débat démocratique" à la sauce renanaise. La confiance des défenseurs du NON dans leurs partisans semble très limitée: il faut marteler cent fois le message pour que les camarades comprennent bien comment remplir leur bulletin de vote, avec force regards appuyés...

Mais revenons un peu sur l'historique de ce débat.

  • En février 2009, à la surprise générale, les habitants d'Yverdon approuvent à une majorité confortable une initiative communale de l'UDC locale sur la pose de caméras place de la gare. Configuration classique: UDC seule contre tous, débat ramené à des rires moqueurs et des haussements d'épaule, rejet unanime de cette approche par les édiles en place et... Victoire du OUI dans les urnes.
  • En mars 2009, au détour d'une élection complémentaire, on apprend la fondation d'une section UDC toute fraîche à Renens.
  • En mai 2009, par un étonnant sens de l'à-propos, une motion du PLR pour la pose de caméras de surveillance dans le périmètre de la gare atterrit sur le bureau du Conseil Communal de Renens.

Le hasard fait bien les choses. Mais quelles que soient les raisons qui aient poussé le PLR renanais à faire sienne les solutions de sécurité préconisées par l'UDC, réjouissons-nous: les habitants de Renens en bénéficieront. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait les caméras!

Les caméras constituent une méthode simple et bon marché de gêner la criminalité et d'assister la police dans ses enquêtes. Évidemment, elles ne sauraient suffire à résoudre seules tout problème de sécurité: filmer n'est pas un but en soi, il faut que la police et la justice suivent derrière. Mais comme celles-ci ne dépendent pas encore entièrement des forces de gauche dans notre pays, on peut encore en espérer quelque chose.

renens_gare.jpgLa municipalité et les partis de gauche au conseil communal sont fermement opposés à la pose de caméras, pour des raisons purement idéologiques - dont on se demande parfois si elles ne vont pas jusqu'à remettre en cause la notion d'autorité elle-même. La lecture des "mesures prises" pour lutter contre la criminalité à la gare de Renens comporte une bonne part d'ironie involontaire. Marrains et Parrains de Gare, terrain de sport, création d'un Observatoire de la Sécurité, animation de quartier... Beaucoup d'efforts pour tourner autour du pot et empêcher les fauteurs de trouble d'être punis.

L'argument le plus drôle est sans doute celui du coût, reproché par la municipalité aux tenants de l'initiative:

Les coûts d'un système de vidéosurveillance ne sont pas négligeables. Ils explosent lorsque les caméras sont sous surveillance permanente (ce qui n'est pas demandé par les initiants), mais sont conséquents aussi simplement dans la pose et l'entretien d'un système régulier. (...) Pour 10 caméras sur la Place Sud de la Gare, les initiants ont évalué les frais à Fr. 90'000.- pour les investissements et Fr. 10'000.- pour l'entretien annuel.

 

90'000.- une fois et 10'000.- par an, voilà qui grève un budget - surtout un budget comme celui de Renens, taillé au cordeau pour coller seulement à des projets d'une importance cruciale pour la population. Et puis, combien coûtent par an la farandole inefficace des mesures risibles proposées jusque-là, parrainage, observatoire, centre de rencontre et d'animation, délégué jeunesse, travailleur social de proximité et j'en passe?

Je laisse aux sociologues les raisons pour lesquelles la gauche semble incapable d'accepter des solutions simples, efficaces et bon marché dès qu'il est question de sécurité. En attendant, je soutiens sans réserve l'initiative "pour renforcer la  sécurité à Renens" et je vous invite à vous prononcer en sa faveur le 19 juin.

04 mai 2011

Prenons aux pauvres pour donner aux pauvres

A moins d'être aveugle, chaque Vaudois sera tombé sur les affiches de campagne des adversaires du projet de Prestations Complémentaires pour les Familles concocté par les autorités du canton.

ca_suffit.jpgLa campagne est intense et probablement coûteuse; outre les affiches et les publicités dans la presse, j'ai reçu jeudi (comme tous les foyers vaudois je pense) une lettre adressée "aux contribuables du canton" et résumant les reproches au projet. Malgré le déferlement de moyens, qui sera immanquablement érigé en excuse par les partisans de la réforme si jamais elle venait à être repoussée, la partie n'est pas gagnée, loin s'en faut.

Les référendaires avancent à contre-courant face à un projet soutenu par toute la gauche et par le Grand Conseil Vaudois. Et dire qu'il y a encore des gens pour croire que Vaud est à droite!

Honnêtement, cette campagne m'étonne. Sur le papier, le projet de PC Familles est tellement dans l'air du temps socialo-solidaro-redistributif politiquement correct que je n'aurais jamais imaginé qu'il se trouve des citoyens en nombre suffisant pour s'opposer à l'arnaque.

J'ai été le premier surpris que le référendum aboutisse. Bonne nouvelle: il y a dans le canton assez d'électeurs pour protester contre ce grand pas en avant sur le chemin du Bien (vous savez, celui qui est pavé de bonnes intentions.)

Le peuple a finalement le droit de s'exprimer sur la nouvelle tonte.

L'espoir n'est pas perdu.

AfficheCafe.jpgDu côté du Oui, un site www.travail-pauvrete.ch (ça fait envie!) présente tous les avantages du projet: les fameuses rentes-pont pour les chômeurs âgés, que personne ne remet en question, et surtout, une "aide" financière aux travailleurs pauvres... Payée par d'autres travailleurs, y compris les plus pauvres. Voilà ce qui a provoqué la fronde.

C'est tout le sel de cette réforme: taxer des pauvres pour en subventionner d'autres, c'est drôlement futé. On ne manquera jamais de matière première.

Le tout au nom des working poors, nouveaux damnés de la terre de notre temps. Evidemment, la pauvreté des working poors est largement dûe à des circonstances extérieures au monde professionnel - divorce, dettes, loyers élevés, charges sociales en expansion continue, deux ou trois trucs dans lequel l'Etat a parfois quelques responsabilités.

Quand bien même leur situation serait-elle exclusivement dûe à l'emploi, on voit mal en quoi les autres salariés, ces salauds de gens normaux, seraient en quoi que ce soit responsables. Mais peu importe: il y a des victimes par essence, et des innocents aux mains pleines. Il faut prendre l'argent là où il est. Donc, taxe.

Le prélèvement étant indexé sur le salaire, les partisans du projet ramènent cette nouvelle contribution de solidarité obligatoire à peu de choses: le fameux café par mois, proverbiale unité de mesure pour débiles mentaux (le terrain de foot étant son pendant pour les mesures de surface). Café par mois dont les contribuables ont déjà été délestés par la hausse de la TVA, le centime climatique et Dieu sait quels autres inventions étatiques, toujours légères, modestes, fixées une fois pour toute et prélevées dans la douceur. Et les cafetiers de s'étonner de manquer de clients!

Alors, on ne sait à ce stade quel résultat sortira des urnes.

Si le projet est approuvé, ce sera une grande victoire pour les apôtres de la redistribution. Ils auront mis un pied dans la porte. Et quel pied!

Le financement est sous-évalué et les possibilités d'abus innombrables. C'est du pain béni. Lorsque les déficits se creuseront, il faudra trouver d'autres "sources de financement", selon la terminologie en vigueur; nouvelles taxes et hausse des taux seront au menu. Lorsque les abus feront les gros titres, comme des primes reçues par des travailleurs au noir ou versées à des bénéficiaires loin du canton, on mettra en place des procédures d'enquête, de surveillance, de contrôle, avec autant de nouveaux postes de fonctionnaire à la clef.

On aura oublié depuis longtemps de remettre en question le principe de cette redistribution injuste.

Plus personne n'aura les moyens de se payer des cafés et tout le monde s'étonnera de la diminution du pouvoir d'achat. Sic transit gloria mundi.

IMAG0110.jpg
Conclusion de l'affrontement entre pro- et anti-, le slogan qui fait mal:
"Payer le café à ceux qui me regardent travailler?"
Face à une telle agression conceptuelle, l'affiche a été promptement vandalisée.

(photo prise en gare de Renens)