09 novembre 2010

Salauds de riches!

L'initiative socialiste en votation le 28 novembre s'intitule "Pour des impôts équitables" mais elle aurait mieux fait de s'appeler "Salauds de riches", un terme plus en phase avec son contenu - et qui aurait aussi l'avantage d'être un bon cri de ralliement.

L'initiative est un concentré des "valeurs" prônées par les socialistes:

  • stigmatisation d'une minorité;
  • spoliation légale;
  • égalitarisme forcené;
  • mépris de la souveraineté cantonale.

La seule chose qui me chagrine est le soutien populaire dont les sondages créditent l'initiative. Le peuple suisse serait-il devenu à ce point envieux du bien d'autrui? Croit-il que les déficits chroniques dont souffre l'administration à divers niveaux est plus la cause d'un manque de moyens que d'une gestion lamentable des deniers publics? Pense-t-il vraiment que la concurrence fiscale - celle-là même qui fait venir des entreprises en Suisse - est dommageable au pays? Ce n'est pas impossible, malheureusement...

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Viens ici sale bourgeois!

Hélas! Quitte à se laisser guider par la convoitise et la jalousie, les électeurs cédant aux sirènes démagogiques du Parti pourraient faire un mauvais calcul.

L'effet évident, mis en avant par les promoteurs de l'initiative: une imposition "minimale" des hauts revenus (plus de 250'000.- par an) et de la fortune (dès 2 millions de francs). Tout simple, n'est-ce-pas?

Mais les contribuables aisés ne seront pas les seuls à embarquer dans la galère fiscale.

Il est impensable d'avoir un "saut" du pourcentage d'imposition lorsqu'un contribuable touche la somme annuelle fatidique, saut qui encouragerait les contribuables à rester en deçà. Au bout du compte, avec un palier trop raide on établirait une sorte de salaire plafond (une idée qui ne serait pas pour déplaire à certains... mais qui aurait le défaut de ne pas augmenter les recette fiscales.) Plus prosaïquement, pour éviter une "cassure" dans la courbe de taxation de l'impôt, il faudrait revoir les barêmes dans leur intégralité pour les linéariser, y compris pour des revenus touchant moins de 250'000.- par an. L'initiative affecterait donc directement l'imposition de la classe moyenne. Mais bon, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs!

Deuxième écueil, l'attractivité de la Suisse. Ne nous leurrons pas: tous les sièges sociaux d'entreprise qui viennent s'installer sur les bords de la Limmat ne le font pas pour la beauté du paysage. La Suisse offre des avantages fiscaux intéressants pour tous. On a tort de comparer l'attractivité du canton de Saint-Gall avec celle du Valais; la partie ne se joue pas sur ce terrain là. Elle se joue entre Londres, Francfort, Vienne, Zurich. Et ce qui compte c'est moins le taux moyen que paye un contribuable lambda dans ces lieux que les meilleures conditions qu'il puisse obtenir. Appelez ça l'arbre qui cache la forêt, une plaquette de publicité, un argument marketing, qu'importe, c'est une réalité. Soyons honnêtes: si un financier talentueux décide de s'installer à Zoug plutôt qu'à Londres, ce n'est pas à cause de son opéra. C'est parce que Zoug offre à ce spécialiste une fiscalité avantageuse. Cela tient à peu de choses. Et si des raisons fiscales suffisent à faire venir des gens dans des cantons aussi humble que Zoug, elles suffisent aussi à les en faire repartir!

Certes, tous ne quitteront pas la Suisse, mais il y en aura immanquablement, oui. Or, qui déménagera dans ce cas? Un individu et sa famille ou... Une entreprise? Je ne sais pas pour vous, mais je ne connais pas beaucoup d'artisans à leur compte qui gagnent 250'000 francs par an! Les niveaux de salaire et de patrimoine visés par l'initiative se retrouve seulement au sein de sociétés de bonne taille et dans des postes hiérarchiques élevés. Les victimes de l'initiative sont des décideurs. Peu importe que les socialistes et bien d'autres les haïssent: ils décident, et ils pourraient bien décider de s'en aller, auquel cas ils ne partiraient pas seuls. Partiraient donc aussi leur chiffre d'affaire, les impôts versés par leur entreprise, les contributions sociales de leurs autres employés, leurs commandes auprès de leurs fournisseurs, l'argent qu'ils dépensaient sur place... Et n'oublions pas tous ces gens, ces entreprises, qui pourraient venir en Suisse mais qui renonceront. Cette population n'est pas dénombrable, peut-on pour autant proclamer qu'elle n'existe pas?

Finalement, on oublie un peu vite que toute la Suisse bénéficie des largesses des riches contribuables installés dans quelques cantons à travers la péréquation financière. Ce mécanisme de redistribution (largement dévoyé, mais c'est un autre débat) amène les cantons prospères à payer pour les cantons mal gérés. Or, à travers une prospérité acquise à travers sa politique fiscale, Zoug contribue autant aux finances confédérales que Genève, le purgatoire fiscal du bout du Léman!

 

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Pour les initiants, tout va bien (ce sont les autres qui payent...)

 

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...Mais leurs adversaires (dont le Département Fédérale des Finances) ne sont pas de cet avis.

Sans surprise, les positions des partis traduisent le traditionnel clivage gauche / droite. Pourtant, pour que même Pierre Veya du Temps estime que l'initiative socialiste "Pour des impôts équitables" soit un leurre politique et une mauvaise solution, il faut avoir enfoncé certains paliers! Mais peu importe. A gauche, on estime que l'initiative est bénéfique parce qu'elle affecte les riches, ces bourgeois, ces ennemis de classe qu'il faut punir, tondre, humilier et chasser, en habillant la manoeuvre de bons sentiments. Au sein d'une certaine droite, une vision utilitariste l'emporte: ce n'est qu'il serait légitime ou non de taxer davantage les contribuables aisés, c'est juste qu'en fin de compte, si on examine l'ensemble des facteurs, le peuple y perdrait financièrement.

Arguments recevables, mais incomplets.

Pour ma part, je pense que l'initiative est scandaleuse car la taxation d'une minorité n'est réclamée pour aucune autre raison que la convoitise du patrimoine dont elle dispose, le fameux adage "il faut prendre l'argent là où il est" propre aux socialistes. Tous ne fuiront pas, taxons-les, taxons-les encore!

Ce raisonnement de voleur justifie à lui seul, pour des raisons éthiques, mon rejet viscéral de cette initiative.

Mise à jour (10/11/2010): sute à une erreur de ma part, relevée par un lecteur, le paragraphe "Il est impensable d'avoir un "saut" du pourcentage..." a été remanié. Avec mes excuses.

28 octobre 2010

Renvoyons les criminels étrangers!

Le 28 novembre, les Suisses seront amenés à voter sur l'Initiative pour le Renvoi des Criminels Etrangers. Depuis quelques jours, la bataille politique et médiatique est engagée: à un mois de la votation, nous entrons dans la dernière ligne droite de la campagne.

Le succès prévisible de l'initiative a plongé ses adversaires dans le désarroi. Mais la perspective du 28 novembre ne doit pas faire oublier trop vite les innombrables épisodes de la saga, entre le dépôt de l'initiative et sa mise en votation...

udc-pour-plus-de-secu.jpgDès le dépôt de l'initiative, la classe politique helvétique n'eut qu'une seule réaction, le déni, suivi plus tard d'une campagne d'indignation très artificielle contre l'affiche aux "moutons noirs". Mais les gens ne les suivirent pas: les chiffres de la criminalité étrangère et l'expérience vécue par la population ne permettaient pas de balayer la question sous le tapis. Le divorce entre la population et les partis du centre et de la gauche était total.

Deux secousses majeures vinrent remettre en question le statu-quo côté politique: d'une part, le large soutien populaire à l'initiative, qui récolta plus de 210'000 signatures là où 100'000 auraient suffi; et d'autre part, le succès surprise de l'Initiative Contre les Minarets, prouvant que le plébiscite du peuple pouvait franchir les obstacles de la double majorité de la population et des cantons, de l'obstruction de la classe politique, et du traitement partisan de l'information par les médias.

Le Parlement décida alors de réagir, ficelant à la va-vite une alternative douteuse sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir.

Notons tout de même l'évolution de la situation, passée par trois stades assez typiques de confrontation avec le réel:

1. Il n'y a pas de problème. Sans problème, rien à résoudre: les étrangers sont tous bien intégrés en Suisse, les étrangers ne sont pas plus criminels que les autochtones, etc. Malheureusement, les chiffres de l'Office Fédéral de la Statistique vinrent vite démolir ce tableau idyllique et parfaitement illusoire: en 2009, 70.2% des détenus étaient de nationalité étrangère - à comparer avec la proportion de 21.7% d'étrangers dans la population. Les étrangers sont donc sur-représentés dans les prisons helvétiques et, je vous rassure, ce n'est pas dû à une excessive sévérité des juges à leur encontre. Pire, les étrangers sont particulièrement représentés dans les catégories de crimes graves: 62% d'étrangers pour les condamnations pour viols, 54% pour les lésions corporelles graves, 59% pour les homicides...

2. C'est impossible / C'est illégal. Les accords internationaux signés par la suisse rendent impossible l'expulsion de délinquants étrangers, c'est contre la Constitution, la Suisse fait partie de l'espace Schengen, c'est de la "double-peine", et un type vivant depuis trente ans en Suisse avec femmes et enfant y pensez-vous seulement? Balayons d'office ces tentatives d'obstruction: malgré de nombreuses manoeuvres pour empêcher de la soumettre au peuple, l'initiative est parfaitement légale, au grand dam des opposants. Si elle ne l'était pas, elle ne serait pas présentée en votation.

3. C'est possible et légal, et en fait, on le fait déjà. On le fait même tellement bien que l'initiative pour le renvoi des criminels étrangers est inutile! Je vous assure, chers lecteurs, c'est désormais le point de vue officiel de la Commission fédérale pour les questions de migration! Evidemment, pas un journaliste pour relever cette petite contradiction avec les postures précédentes...

Si 58% de la population approuve l'initiative selon le dernier sondage en date, c'est bien parce que la législation actuelle et son application laissent à désirer. Chacun y va de son estimation sur le nombre de criminels étrangers plus ou moins renvoyés du pays: 750 personnes renvoyées en 2009 selon une enquête réalisée par la Commission fédérale pour les questions de migration auprès des cantons; 400 expulsions en moyenne chaque année selon les chiffres de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

Des chiffres qui ont pris un sacré coup de fouet depuis que l'initiative sur le renvoi est sur les rails, comme par hasard.

Le système actuel est-il satisfaisant? Bien sûr que non - la population carcérale et l'explosion de la criminalité le prouvent. En fait, les statistiques plus ou moins précises évoquant le nombre de délinquants renvoyés de Suisse, à supposer qu'ils le soient effectivement, manquent leur cible. Il n'est pas très important de savoir qu'on renvoie avec la législation existante cinq, cent ou mille criminels étrangers aujourd'hui. Ce qui compte, c'est le nombre de criminels étrangers qu'on ne renvoie pas, et on comprend sans effort pourquoi sur ce point les autorités sont si discrètes. Chaque récidiviste étranger resté en Suisse à l'issue de sa peine est un argument de poids en faveur de l'initiative.

Comme sur n'importe quel sujet amené sur le tapis par l'UDC, les invectives fusent assez vite (voyons ce que donneront les commentaires de ce billet!) mais les raisons de renvoyer les criminels étrangers sont évidentes:

  • L'initiative ne vise que les criminels étrangers, contrevenant gravement à l'ordre et à la sécurité publiques. Trop facile de mettre dans le même sac les étrangers criminels et les étrangers honnêtes, comme les mélangent les adversaires du texte en parlant d'une initiative "xénophobe"!
  • L'initiative améliorera la sécurité et réduira l'engorgement des prisons et le taux de récidive, puisque les criminels étrangers ne seront plus en Suisse s'ils décident, un jour, de récidiver. On évitera donc d'avoir les mêmes individus qui passent et repassent dans les mêmes cellules helvétiques au confort reconnu jusqu'au Nigeria.
  • L'initiative unifiera des pratiques cantonales de renvoi totalement disparates (et donc inefficaces, voire injustes) ayant court aujourd'hui.
  • L'initiative enverra un signal fort à tous ceux qui souhaiteraient se rendre en Suisse pour s'y livrer à des trafics, des cambriolages ou d'autres délits.

Certes, l'Initiative pour le Renvoi ne résoud pas tous les problèmes possibles et imaginables, mais elle s'attaque à la criminalité de la bonne façon. Et, plus que tout, en tant qu'étranger naturalisé, je soutiens cette initiative parce qu'elle permet de trier le bon grain de l'ivraie.

Pour les socialistes et le centre-gauche, un criminel étranger est tout aussi digne de respect, d'accueil et d'intégration qu'un étranger honnête; cette confusion désastreuse, entretenue au nom du tiers-mondisme et d'une approche soixante-huitarde de la criminalité, se fait au détriment de tous les immigrés résidant en Suisse, dont l'écrasante majorité est travailleuse et bien intégrée.

Expulser les étrangers facilitera l'acceptation des immigrés honnêtes au sein de la population suisse. On ne pourra enfin plus faire le lien entre "criminel" et "étranger".

Le soutien au renvoi des criminels étrangers dépasse largement les clivages politiques: selon un sondage SSR, 55% des électeurs du PLR l'approuvent, ainsi que 45% des PDC et même... 38% des socialistes. Que ceux qui prétendent incarner le point de vue de la gauche se le rappellent bien!