21 octobre 2010

L'erreur du juge

Michel Lachat est un Juge des mineurs désormais célèbre - deux soirées de Temps Présent lui ont été consacrées par la TSR, émissions qui auraient battu des records d'audience d'après le quotidien Le Matin.

Le magistrat fribourgeois se déclare plutôt discret et n'aimant pas trop se mettre en scène. En 2003 pourtant, un article lui était déjà consacré dans journal La Gruyère, et déjà aussi, M. Lachat s'inquiétait de la trop grande discrétion de son office, qu'il combattait à sa façon en multipliant "les cours, les conférences, les débats et les interviews." Pourquoi cette frénésie médiatique? Afin d'éviter la tendance de certains politiciens à "surexploiter la délinquance juvénile" pour faire campagne...

418754_juge.jpgMais cette inquiétude ne serait-elle pas nourrie par des soupçons sur sa sévérité?

Le temps d'antenne qui lui est consacré est évidemment bien construit: on le voit, homme orchestre tour à tour sermonnant, rassurant, tançant et surveillant l'exécution des peines des jeunes dont il suit les dossiers. Des fois il fait les gros yeux, et parvient à faire craquer une adolescente peu sûre d'elle. Mais quid des sanctions? Sont-elles dissuasives? Les jeunes reviennent-ils sur le droit chemin?

Un indice de la sévérité du juge nous est donné à travers une autre émission, Zone d'Ombre, citée dans Temps Présent, évoquant le crime de Clarens: le 29 mai 2006, Enzo, un homme de 62 ans, est sauvagement assassiné à son domicile près de Montreux. L'homme a subi une véritable séance de torture et les assassins sont revenus sur les lieux deux jours plus tard pour incendier l'appartement et faire disparaître leurs traces. L'animateur Daniel Monnat résume en quelques phrases toute l'ambiguité de la justice des mineurs pour ce qui est du volet "sanction", car le jeune le plus impliqué dans cette mise à mort, Samir, était mineur au moment des faits.

Samir veut repartir à zéro mais c'est quand même difficile quand on a planté vingt fois son couteau dans le corps d'un homme après lui avoir défoncé le visage à coup d'haltères et lui avoir tailladé la joue pour le faire souffrir encore plus.
Eh bien, pour tout ça, Samir a été condamné à... rien du tout. Il a été placé dans une institution, dans un centre éducatif, il sortait la journée pour accomplir son apprentissage et puis le week-end il bénéficiait de congés où il allait boire des bières avec ses amis, à Vevey.

 

Le décor est planté. Face à ce crime atroce, on peut se poser la question: si un type pareil n'est pas enfermé, qui le sera?

Mais, bien qu'il n'ait pas jugé l'affaire lui-même, Michel Lachat argumente:

Mais nous savons maintenant, par des statistiques extrêmement précises que les longues peines de privation de liberté sont négatives. La plupart des jeunes qui sont longuement placés en prison sont des récidivistes en puissance. Des criminologues américains viennent de le prouver. J'ai d'autres exemples: une loi très punitive, celle de l'Ecosse, et là nous avons plus de 90% de récidivistes... En France, 75%, en Allemagne, 80%, en Suisse, nous n'avons pas de chiffres précis mais nous avons une estimation entre 35% et 45%, donc on se rend compte que la manière de procéder en Suisse me paraît assez judicieuse.

 

Intéressant comme le juge des mineurs arrive à englober l'entier de la politique répressive d'un pays au travers d'une statistique unique de "récidive". Les fautifs sont-ils attrapés par la police? Les prisons sont-elles comparables? Va-t-on en prison pour les mêmes choses et pour aussi longtemps? Je ne peux pas me prononcer pour l'Ecosse, mais je peux vous dire qu'en France, il faut avoir une véritable carrière de bandit professionnel pour atterrir en prison tout en étant mineur. Et quid des coupables qui sont passés devant un juge étant mineurs, n'ont pas eu droit à la prison, et ont récidivé par la suite? Voilà une statistique autrement intéressante. Dommage qu'elle ne soit pas disponible.

Mais le juge tient à l'aspect purement négatif des peines de prison. Il tient le même discours dans les pages du Matin, où il exprime cette énormité:

"Attention, plus on les met en prison, plus ils récidivent!"

 

Une faute logique d'une telle amplitude chez un homme aussi intelligent que M. Lachat est consternante. Le juge des mineurs fribourgeois pense que de mettre un mineur en prison revient à lui préparer une carrière de récidiviste. De deux choses l'une:

- Soit ce raisonnement est vrai pour tout le monde et tout le temps, et pas seulement pour les mineurs. Cela signifie donc qu'enfermer qui que ce soit ne résoud rien, bien au contraire. La prison serait donc contre-productive. Poussons la logique à son terme: éliminons les prisons et il n'y aura plus de récidivistes!

- Soit ce raisonnement est vrai, mais seulement pour les mineurs. Samir avait dix-sept ans et demi au moment des faits; les deux accusés majeurs principaux, une jeune femme âgée de 21 ans et son co-accusé de 24 ans, ont tous deux été condamnés à 20 ans de réclusion. Le juge (pour adultes) a plus pensé à protéger la société de ces monstres qu'à leur éventuelle réinsertion...

La première hypothèse ne paraît pas très sérieuse. La seconde, crédible quelques minutes, ouvre une piste intéressante: quel est l'instant magique où un criminel passe du statut de mineur où la prison est contre-productive, au statut de majeur où la prison est salutaire? A minuit une le jour fatidique? Lorsqu'il souffle les bougies de son gâteau d'anniversaire? Lorsqu'il ouvre ses cadeaux?

On le voit, par quelque extrémité qu'on le prenne, le point de vue de M. Lachat est une absurdité.

Dommage que ce soit celui de la justice fribourgeoise.

23 septembre 2010

Le baroud d'honneur de la concordance

Au lendemain de l'élection au Conseil Fédéral de Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann en remplacement de Moritz Leuenberger et Hans-Rudolf Merz, les médias se félicitent qu'aucun drame n'ait eu lieu. Une Socialiste et un Libéral-Radical remplaçant un Socialiste et un Libéral-Radical, quel exploit... Ils célèbrent même l'événement historique que représente cette élection: pensez donc, pour la première fois, deux Bernois d'un coup au gouvernement!

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...Non? Tiens, on me glisse dans mon oreillette que ce n'est pas ce record-là que l'on célébre aujourd'hui? Je me moque gentiment, bien sûr. Les bien-pensants n'ont à la bouche que "l'avancée", voire la "revanche" que symbolise l'élection d'une quatrième femme au Conseil Fédéral. Simonetta Sommaruga permet en effet aux femmes d'être une majorité; une réussite que les socialistes s'empresseront d'ajouter à leur tableau de chasse, lavant leur échec à placer une première femme au Conseil Fédéral. En 1984, la première élue du genre, Elisabeth Kopp, avait en effet le mauvais goût d'être radicale.

Mais cette célébration surannée d'un féminisme en retard d'une guerre froide n'est là que pour combler un vide. Au lendemain d'une élection réussie, et celle-ci l'est dans la mesure où on a grosso-modo suivi le script prévu, il faut bien célébrer quelque chose.

La mort d'un système, peut-être?

Chacun en convient, 2011 sera l'année des grandes manoeuvres - donc de grands bouleversements. Bien malin qui peut annoncer la composition du CF à la fin de l'année prochaine. Rien n'est moins sûr que celui-ci continue à suivre la logique arithmétique qui a vaguement prévalu depuis un demi-siècle.

Sur le sujet, on peut saluer la remarquable tentative de réécriture de l'histoire à laquelle se livre Bernard Wuthrich du Temps dans son éditorial d'hier:

L’Université de Genève a consacré récemment un colloque à la réforme du gouvernement. Les participants ont regretté de voir que «les conseillers fédéraux cherchent surtout à se protéger les uns des autres plutôt que de vouloir avancer ensemble». (...)

Ce phénomène s’est accentué depuis le passage de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Or, et les deux sont liés, c’est aussi à ce moment-là que la fameuse formule magique de 1959, répartition purement arithmétique des sept sièges entre les quatre plus grandes formations, péclote.

C’est au début de 2008, lorsque l’UDC a décidé d’exclure Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel ­Schmid de ses rangs, qu’elle est morte. Bien qu’ayant recueilli 29% des suffrages lors des élections de 2007, l’UDC n’a plus qu’un conseiller fédéral. Par sa propre décision, puisqu’il a décidé d’exclure deux magistrats que le parlement avait élus sous l’étiquette de l’UDC avant d’obtenir l’élection d’Ueli Maurer en remplacement de l’un d’eux.

En agissant ainsi, l’UDC a ouvert la boîte de Pandore. Chaque parti se sent désormais libre d’utiliser la moindre élection partielle pour tenter de modifier la composition du gouvernement. Avec quel argument? Simplement en proposant sa propre interprétation de la formule arithmétique.

 

Revoilà stigmatisée la méchante UDC, menée par le terrible Blocher-mangeur-d'enfants. La boîte de Pandore ouverte en 2007? Erreur de calendrier assez grossière - huit ans, au bas mot. En réalité, la concordance arithmétique est morte en 1999, lorsque les partis établis ont refusé un second siège à l'UDC. En 2003, on aurait pu croire à son retour après le duel épique entre M. Blocher et Ruth Metzler, remporté d'un cheveu. Les démocrates-chrétiens avaient alors tenté de s'accrocher mordicus à deux sièges sans rapport avec leur force électorale. M. Blocher rapporta enfin à l'UDC un second siège auquel elle avait droit, mais ce retour de la concordance n'était que le dernier sursaut d'un système en bout de course. Les promesses de vengeance du PDC contribuèrent largement à le réduire en lambeaux: la période 2003-2007 était un dernier souffle. Depuis 2003, l'opportuniste PDC centriste n'en a fait qu'à sa tête, sans la moindre stratégie à long terme. En 2007, la non-réélection de Christoph Blocher est orchestrée depuis les coulisses; en 2009, le PDC conteste le siège Libéral-Radical au prétexte que son groupe parlementaire allié aux Evangéliques et aux Verts (!), est finalement plus nombreux que ses concurrents libéraux-radicaux; hier encore, M. Darbellay, grand statège de couloir, cherchait encore à comprendre comment des membres de son groupe avaient pu faire fi de sa stratégie infaillible et voter pour l'abominable, le terrifiant UDC Jean-François Rime...

450px-Swiss_National_Council_Session_Spectators.jpgDieu sait ce qu'ils nous préparent pour 2011, lorsqu'ils seront au coude-à-coude avec les écologistes!

Bref, la concordance n'est peut-être plus qu'un souvenir. Ce n'est pas une raison non plus pour confondre les victimes et les fossoyeurs.

On oublie le pourquoi de la concordance. Ce mécanisme ne doit rien au hasard. Il a été inventé pour couper les ailes de l'opposition - des partis importants au Parlement, mais absents du gouvernement. Les partis d'opposition (à gauche, disons-le) avaient la fâcheuse tendance de critiquer le Conseil Fédéral et de lancer des référendums à tout bout de champ. En coupant le gâteau étatique en parts équitablement distribuées aux uns et aux autres, la classe politique suisse avait trouvé un compromis pour amadouer le Parlement et saper toute opposition.

En effet, une fois au Conseil Fédéral, plus possible de critiquer: chaque parti devait défendre un gouvernement dans lequel il était représenté. Plus aussi facile de se mettre dans le costume confortable du contestataire, plus aussi évident de dresser la foule contre chaque réforme...

Quel meilleur moyen d'apaiser la colère d'un politicien rival qu'en lui offrant un poste? Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui me contredira!

L'opération fonctionna pendant quelques décennies. Exemple unique dans une démocratie en paix, la Suisse se retrouva avec un gouvernement qu'ailleurs, on aurait qualifié "d'union nationale": des conservateurs à l'armée, des socialistes aux affaires sociales... Derrière une façade cordiale, cela restait le mariage de la carpe et du lapin, une union sans amour fonctionnant uniquement que parce que les affaires courantes n'exigeaient pas plus.

Mais depuis quelques années, les partis n'hésitent plus à lancer des référendums en dépit de l'existence d'un Conseiller Fédéral apparenté. Les socialistes sont allés jusqu'à torpiller des réformes mises en oeuvre par leurs propres Conseillers Fédéraux!

On comprend dès lors que, le "pacte de non-agression" fondant la concordance étant désormais illusoire, celle-ci n'a plus de raison d'être. Voilà la raison fondamentale qui mine la répartition actuelle - les crises à répétition que traverse le pays en étant une autre, car la concordance n'est pas faite pour les tempêtes.

Que nous réserve l'avenir? M. Wuthrich et les fins esprits de la faculté des sciences politiques de Genève enfoncent les portes ouvertes:

Deux modèles sont envisageables. Une «petite concordance» de droite, réunissant le PDC, le PLR, l’UDC et le Parti bourgeois-démocratique (PBD) autour d’une politique budgétaire, fiscale et sociale commune. Ou une «petite concordance» unissant le PLR, le PDC, le PS et les Verts autour d’une stratégie européenne, sociale et environnementale, par exemple.

 

Reste encore à voir sur quel mode ce gouvernement serait élu. L'initiative de l'UDC pour l'élection du Conseil Fédéral par le peuple plane sur le Parlement. En cas de réussite, il se trouverait ainsi privé d'un de ses principales sources de magouilles. A coup sûr, la menace a dû amener certains adeptes du coup fourré à jouer en sourdine cette élection partielle au Conseil Fédéral. Mais qu'en sera-t-il en 2011?

21 septembre 2010

Lausanne inaugure sa première zone de non-droit

Cela commence juste comme un accident sordide:

Un jeune homme a fait une chute de 12 mètres hier à 5 h du matin à Lausanne. Le jeune homme de 21 ans se trouvait sur la terrasse extérieure du Loft, place Bel-Air. Pour une raison encore inconnue, il est monté sur un meuble séparant cet espace réservé aux fumeurs de l’entrée principale. Il a alors perdu l’équilibre et a chuté au pied des escaliers de Bel-Air, sur la rue de Genève, 12 mètres en contrebas.

 

876380P_escalier.jpgSelon Fredo, un autre fêtard présent ce soir-là, le malheureux avait passé sa soirée au bar puis, pressé, a grimpé sur un meuble pour quitter la terrasse de la boîte par un raccourci. "C'est là qu'il a glissé", explique Fredo. La sécurité de l'établissement appelle immédiatement les services d'urgences, lesquels interviennent immédiatement. Mais la zone de Bel-Air à Lausanne est un quartier chaud du centre-ville, plus encore la nuit:

Pour les besoins de l’enquête et pour protéger les intervenants, un important dispositif policier a été requis. Une foule hostile a dû être maintenue à distance pour protéger les secouristes victimes de jets d’objets. La police a dû faire usage de spray au poivre. Il s’agit visiblement d’opposition à l’autorité, a expliqué Tony Croisier, de la police lausannoise. Celle-ci n’a procédé à aucune interpellation, mais s’est contentée de disperser les 200 personnes présentes à la fermeture de la discothèque.

 

Voilà. Un type éméché s'ouvre la tête sur un trottoir, les secours arrivent et ils sont pris à partie par les "clubbers" qui les insultent et leurs jettent des canettes de bière et tout ce qui leur passe sous la main. La police intervient et n'arrête personne. A votre avis, le comportement anti-flic, anti-secouristes (et pour ainsi dire anti-tout) de la faune nocturne du quartier va-t-il être affaibli ou renforcé après cette nuit?

Certes, agir avec fermeté aurait impliqué une toute autre attitude et d'autres moyens: déployer des policiers en nombre et convenablement équipés (pas une simple patrouille de deux gars en costume de toile dans leur Opel de service, armés de sprays au poivre!), avoir un panier à salade pour coffrer les meneurs, et derrière une justice qui suive, donnant à des gens qui agressent des secouristes et des policiers des peines concrètes et dissuasives à hauteur du préjudice subi. Mais malheureusement, Lausanne a une police de beau temps totalement incapable de faire face à ces émeutes nocturnes. Et je ne parle même pas de la justice vaudoise, dont la pusillanimité est bien connue des milieux concernés. Mais il est vrai que la municipalité de Lausanne préfère concentrer son attention sur des problèmes autrement plus urgents.

C'est ainsi que peu à peu les zones de non-droit s'installent en Suisse - des quartiers où les dealers et les petites frappes peuvent se livrer à leur traffic en toute tranquillité.

Bravo Lausanne, toujours à la pointe du canton!

02 septembre 2010

Des économies bien difficiles...

Lu dans le 20 minutes d'aujourd'hui: les fumeurs sont appelés à renflouer les caisses fédérales. On apprend que parmi différentes mesures budgétaires prévues pour ralentir l'endettement helvétique, les prix du paquet de cigarettes va augmenter de 20 centimes en 2011. Le ton est nouveau: pour la première fois de mémoire de politicien, les autorités admettent que cette augmentation est décidée pour des raisons financières (voilà qui me rappelle un autre exemple, assumé avec plus de franchise du côté de Moscou). L'excuse de la santé publique étant usée jusqu'à la corde, le voile se déchire...

On notera aussi la fin des subventions au Haras National d'Avenches. Dommage, mais cette institution de 1899 paraît difficilement définissable comme mission essentielle de l'Etat un siècle plus tard. D'un autre côté, si le royaume des chevaux franches-montagnes a la moindre utilité, une solution privée se profilera certainement.

Les subventions de 160 lignes de bus régionales passent aussi à la trappe. Le cas est moins défendable, car il s'agit de subventionner uniquement les lignes qui occasionnent une demande de 100 personnes par jour et non plus 32 comme aujourd'hui; les régions isolées seront les premières affectées. L'économie se monte à 23 millions de francs.

Dans le même registre, je suis tombé sur cet article de swissinfo, régie gouvernementale dont la mission, discutable à l'heure d'Internet, est d'informer les expatriés suisses et le monde de l’actualité helvétique. L'article de swissinfo sur les coupes dans les subventions explique incidemment que Swissinfo est aussi dans le collimateur. Panique à bord! Le dernier paragraphe de l'article devient ainsi un cri du coeur pour sauver les subventions. On s'amusera également des "liens en rapport direct avec l'article" subtilement choisis: conseil du public: pas touche à Swissinfo et conseil du public: Swissinfo est une plateforme irremplaçable. Belle neutralité de point de vue!

La recherche d'économies implique des sacrifices, tout comme les contribuables en font quand ils doivent payer leurs impôts. Les arbitrages sont nécessaires. Cela fait partie du jeu.

Cependant, hasard de mise en page, 20 minutes mentionne aussi le "Chiffre du jour" juste à côté de l'article sur les restrictions budgétaires:

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L'AUGMENTATION

290 millions - C'est la somme en francs que le Conseil fédéral projette d'ajouter à un crédit déjà approuvé destiné à l'aide aux pays de l'Europe de l'Est. Le montant total serait de 1.02 milliard.

 

Hum. M'est avis qu'il y avait des coupes plus faciles à trouver, finalement.

14:46 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, déficit |  Facebook

31 août 2010

Chômage: Eux et Nous

La campagne pour la votation du 26 septembre sur la révision de l'assurance-chômage (LACI) a commencé. On voit donc fleurir sur les murs les affiches des opposants à la révision, avec leur argumentation simplissime: à eux les bonus, à nous les malus. Eux et Nous. Eux, par définition, gavés de pognon et de primes, portant costume, prêts à écraser le monde entier sous leurs mocassins de luxe... Et nous, les pauvres, les petits, les innocents au coeur pur, soumis au diktat des puissants. Mais l'heure de la vengeance approche! Empoigne ton bulletin de vote, camarade!..

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J'imagine un instant le tollé provoqué par une campagne de l'UDC où on opposerait des "eux" et des "nous". Les réactions fuseraient aussi sec: populisme, bêtise, campagne de caniveau, stigmatisation de L'Autre, justement... Dans les éditoriaux, de sages rédacteurs fustigeraient la simplification du débat, avouant leur inquiétude quant aux profondeurs dans lesquelles l'UDC entraînerait la politique. Divers brillants esprits de notre temps réclameraient une restriction de la liberté d'expression dans l'intérêt commun... Mais je digresse.

Pourquoi la révision de la LACI provoque-t-elle cette crise d'urticaire à gauche?

Aujourd'hui, les salariés payent une cotisation chômage de 2% sur les premiers 126'000 francs de salaire annuel - c'est-à-dire, pour la plus grande partie de la population, sur l'entier de leur salaire. Cette cotisation sert à financer la LACI.

Pourquoi plafonner les cotisations sur 126'000 francs, me direz-vous? Excellente question. Question fondamentale, même. La réponse est simple: parce que les allocations de chômage sont plafonnées. Le chômage couvre jusqu'à un salaire annuel de 126'000 francs. Au-delà, on ne cotise pas davantage, mais en cas de casse on ne touche pas non plus le chômage correspondant. C'est un seuil arbitraire mais il est heureux qu'il existe: s'il n'y avait aucune limite ni en cotisation, ni en allocations, il suffirait qu'un seul des top-managers du coin perde son emploi pour toucher un chômage royal et vider d'un seul coup les caisses!

La révision de la LACI, résultat de "longue négociations entre les partis" dixit la communication officielle, change la donne en introduisant le concept de taxe de solidarité. Les revenus entre 126'000 et 315'000 franc payeraient 1% de taxe de solidarité, comme ça, cadeau, parce que ce sont des sales riches.

Je me demande qui a eu l'idée...

Paradoxalement, c'est ce point qui provoque l'ire des syndicats, des Verts et autres extrême-gauches.

L'idée qu'il existe en Suisse une poignée de salariés ne versant aucune cotisation sur la part de leur salaire au-delà de 315'000 francs annuels les met en rage. Notez bien que même s'ils touchent trois millions par an, comme d'habitude seuls les premiers 126'000 francs de leur salaire sont couverts par le chômage; la tranche de 126'000 à 315'000 est taxée sans aucune contrepartie (il s'agit donc d'une extorsion) ; quant à la dernière tranche, elle n'est pas affectée.

La révision introduit donc un système injuste et inéquitable, et un comité rose-vert fait désormais campagne contre la révision parce qu'elle n'est pas assez inéquitable! On croit rêver!

Cette vieille hargne aux relents de lutte des classes est totalement coupée de la réalité. Non pas que je me sente particulièrement proche d'un Oswald Grübel et de son salaire mensuel de plus d'un million, mais combien de gens tombent-ils dans cette situation en Suisse? Quelques dizaines peut-être. Une taxe de 1% étendue à l'ensemble de leurs salaires, pour injuste qu'elle soit, ramènerait quelques millions par an... Ce qui s'avèrerait dramatiquement insuffisant, comme le montre cette infographie du Temps sur la dette de l'assurance-chômage:

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Boucher un trou de 7 milliards, même à coup de millions, cela risque de prendre quelques siècles! Sans compter que le trou continue de se creuser entre-temps... L'approche préconisée par les opposants n'a donc pas la moindre chance de combler la dette; mais détourner les problèmes afin de servir leurs objectifs idéologiques sans résoudre quoi que ce soit fait partie de leur stratégie de base.

En réalité, l'assurance-chômage va mal pour une raison dramatiquement simple: les prestations excèdent les cotisations.

La baisse des cotisations à 2%, votée par le Parlement en 2002, était une décision imprudente prise en période de haute activité économique. Sans toucher aux prestations de l'assurance-chômage, elle traçait les fondations d'un désastre annoncé au moindre retournement de  conjoncture. Nous sommes en plein dedans. Il faut réduire les prestations, augmenter les cotisation, ou les deux.

Face à un déficit de 7 milliards, une réforme s'impose, et avec elle son lot de sacrifices. Les syndicats auraient eu leur rôle à jouer dans l'arbitrage des priorités: quitte à élaguer les prestations, fallait-il favoriser les nouveaux employés ou ceux proches de la retraite? Fallait-il continuer, spécificité helvétique, à verser des allocations chômage à des jeunes sortant de leurs études et n'ayant jamais cotisé de leur vie? Fallait-il diminuer le pouvoir d'achat des salariés en poste en faveur des chômeurs? Continuer à proposer 520 jours d'allocations à n'importe qui? Sachant qu'un jeune de 20 ans a plus de resources qu'un ouvrier de 50, fallait-il peut-être moduler la durée des indemnités en fonction de l'âge? Mais les objectifs réels qu'ils servent n'ont rien à voir avec l'assurance chômage. Ils sont encore enfermés dans la lutte des classes.

Au lieu d'un débat responsable, la gauche vociférante a choisi l'invective stérile. Eux contre nous, le manichéisme a l'état pur.

16 août 2010

La simili-démocratie

La Vogue contestée de la Vox Populi, titre le 24 Heures de samedi, en évoquant les multiples procédures de "consultation", de "consensus" et autres "présentations publiques" qui semblent être désormais la norme lors de projets d'urbanisme public en Suisse romande.

Habitant de Renens (bastion de l'extrême-gauche suisse romande s'il en est) je suis un témoin privilégié de la façon dont ces consultations se déroulent - parfois sur des sujets très importants, comme le tracé de futurs transports publics, ou les derniers délires architecturaux ruineux d'une municipalité avide de laisser sa cicatrice sur la ville, par exemple à l'occasion d'une réfection de la gare.

La consultation populaire offre de nombreuses variantes. Parfois, on peut "convier" la population à une soirée de "discussion" du projet, où les rares spectateurs ayant fait le déplacement auront droit à une présentation d'une version évidemment finale du projet, sans qu'ils n'aient leur mot à dire, suivie d'une session de questions-réponses peu spontanées où les autorités pourront se glorifier à loisir sur la chance qu'ont leurs administrés de les avoir à leur tête.

D'autres fois, la consultation peut être plus longue et plus étalée dans le temps, comme avec la distribution d'un questionnaire où chacun est invité à "s'exprimer" sur le projet novateur et visionnaire, voire à "commenter" son audace et trouver des moyens de la célébrer. Comment sont distribués ces questionnaires, comment les réponses sont traitées, mystère.

Projets coûteux et inutiles, délires anti-voitures millénaristes, hymne aux assemblages béton-verre-acier les plus hétéroclites, peu importe. Le résultat des procédures de consultation en matière d'urbanisme est toujours le même. Une seule réponse est envisageable dès le départ: l'adhésion. La population s'est montrée enthousiaste, les questions ont fusé et tout le monde est reparti conquis, le coeur gonflé de fierté face aux perspective d'avenir tracées par l'équipe dirigeante... Au pire, on jettera un os à l'opposition la plus virulente en retouchant quelques éléments annexes.

Ces compte-rendus lyriques ne sont pas forcément mensongers. Les projets les plus délirants auront toujours des supporters. Mais bien peu de gens s'interrogent sur la pertinence de la démarche ou la représentativité des habitants qui prennent effectivement la peine de se déplacer pour ce communautarisme d'un nouveau genre. Questions risquant fort peu d'être soulevées, car contrevenant au but même d'une démarche parfaitement assumée en coulisses - museler toute opposition et désamorcer l'arme du référendum.

762398H_consensus.jpgIl va de soi que le script est écrit à l'avance. Le consensus, les procédures de consultation, les sessions de  question-réponse, tout cela participe d'un grand cirque où l'électeur-contribuable n'a en fin de compte pas son mot à dire. Illusion propre aux fêtes foraines où on laisse vaguement croire au spectateur embarqué sur le train fantôme qu'il décide des directions que prend son wagon aux aiguillages...

Interrogée par le quotidien vaudois, Nuria Gorrite, syndique socialiste de Morges, reconnaît que la politique de concertation est un "style de gouvernance propre à la gauche". C'est joliment exprimé. Les pseudo-discussions vaseuses dont l'issue est finalement décidée par un politicien "clairvoyant" conviennent mieux à la pensée socialiste qu'un véritable vote où les alternatives sont claires, les camps identifiés, les suffrages comptés, et le résultat effectivement appliqué.

Pour l'instant, abêtie par l'illusion qu'on lui demandait réellement son avis, la population romande est tombée dans le panneau. Il convient aux citoyens et aux partis avec encore un peu de respect pour la chose politique de rectifier le tir au plus vite. En lançant des référendums.

La démocratie ne se décide pas à travers un consensus, mais par le vote.