22 décembre 2016

L'État allemand, entre aveuglement et incompétence

Dure période de Noël pour nos amis allemands ; ils découvrent, effarés, que non seulement leur pays est en première ligne face à l'islamisme, mais que les autorités chargées de veiller sur leur sécurité sont aussi incompétentes que leur gouvernement.

attentat_berlin.jpg"La polémique ne cesse de prendre de l'ampleur", résume avec pudeur Le Matin pour parler de la vague d'indignation qui étreint l'Allemagne après la fuite d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat. Il faut dire que la gestion du dossier a été proprement accablante à tous les niveaux.

Police - Alors que le portefeuille et les papiers d'identité d'Anis Amri avaient été découverts dans le poids lourd qui a ravagé un marché de Noël, la police de Berlin a préféré concentrer ses efforts sur un suspect pakistanais suivi à distance par un témoin depuis le lieu du crime. Ce demandeur d'asile fut lavé de tout soupçon mais au prix d'un précieux temps perdu. Même si on imagine que les enquêteurs se sont intéressés à M. Amri dès la découverte de ses papiers sous le siège du conducteur, ils n'ont lâché son nom que lorsque leur premier suspect a été mis hors de cause.

Moralité, le terroriste a une bonne longueur d'avance. La police envoya 150 policiers perquisitionner sans succès une de ses dernières planques connues, un foyer de réfugiés dans l'ouest de l'Allemagne, à Emmerich, où Anis Amri aurait séjourné il y a quelques mois. Mais lorsque les forces de l'ordre en arrivent à proposer une récompense de 100'000 euros pour tout indice permettant son arrestation, on peut imaginer qu'elles ne disposent plus de la moindre piste sérieuse.

Justice - Anis Amri disposait déjà d'un important casier judiciaire.

L'homme était très connu par les services de police et faisait l'objet d'une enquête pour un projet d'attentat. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il y a été condamné pour l'incendie volontaire d'une école. (...) Il devait quitter le territoire allemand avant le 30 juin 2016, mais l'homme a pris 8 identités différentes et déménagé de nombreuses fois.


Débouté de sa demande d'asile en juin 2016, il ne fut pas expulsé d'Allemagne, officiellement en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Les autorités de Tunisie n'auraient pas reconnu la validité des papiers d'identité de l'individu - et ce, bien qu'il ait été là-bas condamné à cinq ans de prison par contumace.

"Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion?", demande le quotidien local Darmstädter Echo. La réponse est des plus consternantes: constatant l'impossibilité de le renvoyer en Tunisie, la justice allemande le laissa tout simplement libre.

Services de Renseignement - Anis Amri n'a rien non plus du sempiternel "loup solitaire". Âgé de 24 ans selon l'une de ses nombreuses identités, il faisait partie d'un groupe de Tunisiens comportant entre autres l'homme qui fonça sur la foule lors de l'attentat de Nice et un autre qui assassinat de sang-froid des touristes sur une plage de Tunisie. Et les autorités allemandes le savaient.

Anis Amri était pourtant bien connu [du centre de lutte antiterroriste]. Pendant l'essentiel de l'année 2016, il avait été placé sous surveillance à Berlin car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. (...)


L'enquête fut abandonnée en septembre faute d'éléments probants. Pourtant, il avait fait l'objet d'un signalement en novembre encore.

"Le fait que l'État Islamique revendique l'attaque avant l'arrestation de l'exécutant donne à penser que ce dernier est en contact avec un membre de l'organisation" explique Amarnath Amarasingam, un expert sur l'extrémisme de l'Université George Washington. On estime à au moins 6'000 le nombre de Tunisiens qui ont rejoint les rangs de l'EI, ce qui fait d'eux la nationalité la plus représentée au sein du groupe. Nombre d'entre eux s'entraînèrent en Libye voisine, les autres parvinrent jusqu'en Syrie et en Irak.

Peu de mystère et beaucoup de bêtise

Pourquoi viser l'Allemagne, ce pays tellement ouvert aux flux de migrants musulmans qu'il en a provoqué le chaos dans toute l'Europe? Pourquoi en vouloir à Mme Wir schaffen das! Merkel en donnant ainsi des points à ses adversaires politiques de l'AfD? Poser la question revient à admettre qu'on ne comprend pas la mentalité des terroristes affiliés à l'EI. Pour eux, chacun est coupable - et punissable de mort - à partir du moment où il vit en Occident. Les croyances et opinions n'ont pas d'importance. Même les musulmans locaux sont perçus comme des tièdes et des hypocrites dangereusement compromis. Allah reconnaîtra les siens.

anis_amri.jpgDe même, la présence de documents d'identité directement sur les lieux du crime n'a rien de surprenant. Les assaillants de Charlie Hebdo procédèrent ainsi, de même que l'un des terroristes des attentats de Paris et que le conducteur qui fonça dans la foule à Nice. Dans tous ces cas les terroristes furent tués. Les islamistes cherchent à mourir en commettant leur forfait. Laisser ses documents sur place facilite l'identification du coupable et permet une revendication d'autant plus forte. C'est aussi une quête égocentrique de célébrité à titre posthume - la proportion de selfies que les assassins laissent derrière eux avant de commettre leur forfait en est tout à fait symptomatique.

Il est probable qu'en fonçant sur le Marché de Noël de Berlin, Anis Amri s'était préparé à vivre ses derniers instants. Il s'imaginait sans doute finir criblé de balles comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel après sa folle course sur la Promenade des Anglais. Il fut sans doute le premier surpris de constater qu'après avoir semé le chaos, seuls des cris de panique et les sanglots se firent entendre. Pas de mise en joue par un militaire ou un policier, pas le moindre impact de balle sur la carrosserie du poids lourd finalement immobilisé. Il put quitter son camion à pied et disparaître à la faveur de l'agitation, en toute simplicité. En tout état de cause, Anis Amri ne s'attendait certainement pas à ce que la police allemande le gratifie de 48 heures de tranquillité supplémentaire, un joli cadeau de Noël aux islamistes en période de fêtes.

Même les terroristes sont surpris par la naïveté des autorités allemandes.

Mise à jour (23 décembre): Le suspect a été abattu à Milan en Italie. L'homme le plus recherché d'Europe aura réussi à franchir au moins deux frontières en toute impunité pendant sa traque.

Mise à jour (25 décembre): Malgré les dénégations des officiels, on apprend que M. Amri a résidé deux semaines en Suisse. Et les médias (américains seulement bien sûr) révèlent que les quelques heures d'avance accordées au terroriste en cavale l'ont été par M. Till Steffen, Sénateur de la Ville de Hambourg et président de l'autorité judiciaire. M. Seffen - politicien écologiste - craignait que la diffusion du portrait de M. Amri un peu partout ne provoque des commentaires "racistes" sur Facebook. On voit le sens des priorités de nos élites.

Pendant plusieurs heures, la police allemande a donc cherché à appréhender Anis Amri mais en toute discrétion, sans se faire trop remarquer, et ce n'est qu'une fois que le suspect lui a complètement échappé (et a réussi à franchir les frontières franco-allemandes et franco-italiennes) que les enjeux de sécurité semblent avoir dépassé ceux de la communication de crise. Bravo M. Steffen!

19 décembre 2016

Dure journée du 19 décembre

Dramatique inauguration - À Ankara, l'ambassadeur russe en Turquie, Andrei Karlov, a été abattu en plein discours par un terroriste aux cris de "Allah akbar". L'inauguration de l'exposition photographique s'est révélée plus animée que prévu lorsque le tireur, un policier membre des forces anti-émeutes, a ouvert le feu sur le diplomate russe de 62 ans en poste dans la capitale turque depuis 2013. Après avoir commis son forfait, l'assassin hurla en arabe et en turc "n'oubliez pas la Syrie, n'oubliez pas Alep", protestant certainement contre le choix des sujets retenus pour l'exposition. Il blessa trois autres personnes mais fut finalement abattu par d'autres policiers.

scene_de_crime_19_decembre.jpgDramatique coïncidence - À Zurich, en fin d'après-midi, des tirs ont retenti au centre-ville, bouclé depuis par les forces de police pour retrouver le tireur, en vain à l'heure où ces lignes sont écrites. On dénombre trois blessés et un mort. Les médias notèrent que les tirs avaient eu lieu à proximité d'un centre islamique de la ville. Le porte-parole de la police zurichoise "se refusa à tracer un parallèle" entre les événements et le fameux centre islamique. Il fut désavoué par inadvertance quelques minutes plus tard par une journaliste de la RTS qui annonça que des témoins avaient entendu les coups de feu dans le centre islamique.

Dramatique accident de la circulation - En Allemagne, un poids-lourd de 38 tonnes d'origine polonaise a foncé dans la foule sur un marché de Noël de Berlin, provoquant 9 morts et plusieurs dizaines de blessés selon un décompte provisoire. Les autorités ont invité les Berlinois à rester chez eux et à ne pas propager de rumeurs, une nouvelle forme de mesure de prudence. Le jour même d'un éventuel attentat, propager des rumeurs serait donc dangereux. Pour qui, pourquoi? On aimerait bien davantage de précisions.

Par chance, aucun point commun entre ces trois événements dont la conjonction pourrait gâcher la bonne humeur de ces fêtes de fin d'année. Réjouissons-nous d'ailleurs que dès demain les éditorialistes et les politiciens nous gratifient de divers discours expliquant, par exemple, qu'il y a toujours eu des morts dans des accidents de circulation à cette période de l'année, et qu'il serait vain et bien malheureux que de vouloir y percevoir autre chose.

Le sondage du jour du Figaro était "êtes-vous inquiet du réchauffement climatique". Tout est dit.

24 juillet 2016

Petits Mensonges Munichois

Le Vivrensemble est un objectif si noble qu'il exige parfois des sacrifices, comme celui de la vérité, par exemple. Au terme d'une période difficile, la tuerie de Munich oblige en effet les médias et les politiques à un effort particulier d'habillage des faits pour rendre l'horreur de la situation, sinon convenable, au moins conforme à la vision dominante.

Les neuf morts et les seize blessés seront donc victimes de l'extrême-droite. Dans ce contexte particulier, naturellement, l'amalgame est vivement conseillé. Ainsi, la RTS n'hésite pas à intituler un de ses reportages "l'Ombre de Breivik" ; mais elle n'est de loin pas le seul média à verser dans cette présentation du récit.

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Le Matin choisit soigneusement ses illustrations d'article.

Pourquoi cette piste? Les autorités sont sauvées par le calendrier. La tuerie de Munich correspond au triste anniversaire des cinq ans du massacre sur l'île d'Utøya par Anders Behring Breivik. Et... C'est à peu près tout. Pour l'heure, pas de trace du manifeste du nazi chez l'adolescent et sur son ordinateur, pas de consultation avérée de sites en rapport. Il y aurait bien l'arme employée, un Glock de 9 mm, qui aurait été une des armes de l'arsenal de Breivik, mais c'est un pistolet répandu.

Le tueur de 18 ans aurait créé une fausse page Facebook pour inciter des jeunes à venir profiter de bons de réduction à un restaurant McDonald's tout proche pour avoir davantage de cibles. La plupart des victimes sont des jeunes. On est là encore très loin du mode opératoire de Breivik et de sa tuerie soigneusement orchestrée visant des cibles politiques, la jeunesse travailliste du pays.

La "piste Breivik" semble bien légère, et il n'est pas sûr que le grand public morde à l'hameçon. Le seul point commun avec le Norvégien est dans l'exécution d'une attaque indiscriminée: l'adolescent, souffrant apparemment de troubles psychiatriques, aurait peut-être éprouvé une fascination morbide pour les tueries collectives. Outre les inévitables "jeux vidéo violents" stigmatisés par la presse, il possédait des livres et des articles de journaux en rapport avec ces dernières, qui incluaient évidemment l'épisode des 77 victimes de Breivik. Mais à notre époque les tueries de masse ne sont pas le seul apanage de néo-nazis, loin de là.

Pour forcer le lien de la fusillade de Munich avec la tuerie d'Utøya, il fallait non seulement préparer l'opinion pour cette thèse, mais aussi couper les liens de l'agresseur avec la principale source d'attentats de notre époque, l'islam. Les premiers pas furent faciles: apparemment, le tueur n'avait pas de lien avec l’État Islamique, pas de drapeau noir chez lui, ne laissa pas de revendications. Il n'était donc ni un agent dormant, ni un "loup solitaire", ouf. Mais il restait quelques soucis.

Pour commencer, son nom un peu trop connoté, Ali Sonboly. Au fil des articles Ali Sonboly devint donc Ali "David" Sonboly, puis "David Ali" Sonboly, puis enfin, parfois, "David" Sonboly tout court. Pourtant Ali est bien son prénom d'usage, puisque c'est celui qu'il affichait sur sa page Facebook avant qu'elle ne soit désactivée:

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Un germano-iranien parfaitement intégré.

Ensuite, deuxième souci, les témoins. Malgré les cris, la fuite éperdue, le bruit des tirs, plusieurs témoins entendirent distinctement que notre jeune homme criait en donnant la mort: "Allah akbar", bien sûr. Mais pour en avoir la confirmation, il faut aller chercher dans la presse britannique:

Dans une vidéo il fut filmé en train de sortir des toilettes d'un restaurant McDonald's avant d'ouvrir le feu sur des enfants. On rapporte qu'il cria "Allah akbar" avant de leur tirer dessus à courte portée.


Les journalistes d'outre-Manche disposent des mêmes informations de base que leurs collègues du continent, mais ces derniers se bornèrent à dire que le tireur avait dit "quelque chose". Il en va du vivre-ensemble, comprenez-vous?

Un échange entre un Bavarois sur un balcon et le tueur peu avant qu'il ne se donne la mort donne une idée de la confusion mentale du jeune homme. Il en avait apparemment contre les Turcs car il aurait été victime de harcèlement de leur part à l'école. Parmi les morts figurent trois Kosovars, trois Turcs et un Grec, mais il est difficile d'en tirer des conclusions au vu de la population du quartier et du facteur aléatoire d'un tir dans la foule.

Héritier du communautarisme germanique, Ali Sonboly est né en Allemagne mais ne se sentait visiblement pas réellement Allemand. Son statut de germano-iranien était source de frictions avec d'autres communautés de son quartier. Il souffrait d'une grave dépression pour laquelle il était en traitement, mais échafauda un plan inspiré d'autres tueries de masse où il donnerait libre court à ses pulsions vengeresses dans un final spectaculaire.

Il attira ses victimes, se procura une arme au numéro de série effacé et des centaines de munitions - comment un adolescent asocial peut-il avoir si facilement accès à ce genre de matériel? - puis se lança dans la tuerie. Il n'était pas en lien avec l’État islamique, n'était pas revendicatif comme les islamistes, ni un réfugié syrien traumatisé par la guerre ; il choisit néanmoins d'évacuer son mal-être avec un maximum de violence.

Plutôt que d'essayer à tout prix d'en faire un néo-nazi au même titre que Breivik, les autorités allemandes seraient plus inspirées de se livrer à davantage d'introspection sur le racisme intra-communautaire et les tensions qu'il provoque au sein des banlieues pauvres allemandes. Elles poussèrent à bout un jeune homme en l'amenant à choisir d'évacuer son mal-être selon la violente tradition musulmane de résolution des conflits, en vidant des chargeurs sur des innocents au cri de "Allah akbar". Car si Anders Behring Breivik était heureusement un cas isolé, ce n'est certainement pas le cas d'adolescents comme Ali Sonboly.

Mise à jour (24 juillet): l'enquête avance à grands pas et on en sait davantage sur le tueur. Le lien avec Breivik est finalement avéré, Ali Sonboly utilisait son portrait pour son profil Whatsapp et se serait procuré son manifeste sur son compte Twitter (?). Mais la fascination semblait moins politique que technique, car liée aux tueries de masse en général - l'adolescent avait même fait un voyage pour se rendre sur les lieux d'un tel acte en Allemagne.

On sait qu'il aurait planifié son attaque un an à l'avance, ce qui contredit toute hypothèse d'une soudaine crise de folie. On s'en doutait déjà largement au vu de la planification nécessaire à son geste (armes et munitions, appels sur Facebook à se rendre au fast-food où il avait prévu de frapper).

Or, Ali Sonboly, scolarisé dans l'école mal famée d'un quartier pauvre, était maltraité par les autres élèves immigrés, à cause de sa voix haut perchée et d'une légère claudication. Il aurait été passé à tabac sous les yeux de sa propre classe par deux "camarades". On comprend un peu mieux le verdict de "dépression" des autorités médicales, plus promptes à rendre un avis médical que de désamorcer les causes du mal-être...

L'hypothèse d'une vengeance nihiliste - le fameux "Amok" sur lequel l'adolescent possédait de la littérature - semble de plus en plus vraisemblable. Ali Sonboly aurait voulu se venger de la société, et y serait parvenu dans la mesure de ses moyens. Mais gageons que les médias continueront de se délecter de ses liens avec Breivik plutôt que de poser des questions plus gênantes sur les laissés pour compte du multiculturalisme.

Mise à jour (25 juillet): la "piste Breivik" se dégonfle progressivement. Le tueur a lui-même rédigé un texte avant son passage à l'acte mais la police refuse d'en dévoiler le contenu. Il ne semble finalement pas y avoir de trace du manifeste de Breivik chez Ali Sonboly. Les autorités semblent elles-mêmes faire machine arrière. Citant une dépêche:

"De son côté, le ministère de l'Intérieur allemand, cité par l'agence Reuters, s'est montré beaucoup plus réservé quant à cette piste ["d'adulation" de Breivik], estimant qu'il était trop pour faire le lien entre les deux tueries. Des documents et l'historique de navigation du tueur de Munich montrent toutefois qu'il avait un intérêt tout particulier pour les fusillades, y compris celle d'Anders Behring Breivik."


Il faut dire que malheureusement, l'actualité en Allemagne a donné d'autres motifs d'urgence à la population, toujours en rapport avec l'islam.

20 juillet 2016

Padamalgam: risques de rupture de stock

Difficile semaine depuis l'attentat de Nice.

Vendredi, la Turquie affronte un coup d’État ; il échoue, et désormais le monde est témoin de la réaction saine et mesurée de son grand leader local Recep Tayyip Erdogan. Le ténor de l'AKP, "parti islamiste modéré" (un peu comme la neige chaude) livre le pays à des purges sans précédent. Soldats, enseignants, journalistes, juges, 50'000 personnes sont désormais dans le collimateur du pouvoir, et ce n'est pas fini. En attendant, entre deux lynchages publics, il est question que la Turquie remette la peine de mort à l'ordre du jour. L'Union Européenne glapit dans le vide, comme d'habitude.

Pendant que la France panse ses plaies et que le gouvernement tente d'éteindre la polémique sous la chape de béton du vivre-ensemble, on apprend que le père de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel affirme que son fils "n'avait pas de liens avec la religion". Seulement voilà, le père en question, "aussi choqué" par ce qui est arrivé, est un islamiste radical, ce qui relativise quelque peu son témoignage:

[La mère du tueur de Nice] s’appelle Cherifa et son père est membre du parti islamiste Ennahda et il est connu à Mseken comme étant un extrémiste violent que la police de Ben Ali surveillait de près et qui est devenu après janvier 2011 l’un des leaders locaux d’Ennahda à Mseken.


Comment? Les médias vous auraient caché ça?

En Allemagne, un aimable demandeur d'asile "afghan" mineur de 17 ans prend un poignard et une hache et se lâche dans un train régional et aux alentours - cinq blessés, quatre touristes chinois de Hong Kong et une passante qui promenait son chien - avant qu'il ne soit abattu par la police. L'individu "très bien intégré" selon son entourage (on n'ose imaginer ce qu'il aurait fait sinon) n'a même pas été capable de fournir son vrai nom aux autorités, Muhammad Riyad, différent de Riaz Khan Ahmadzai sous lequel il était enregistré en Allemagne. Il serait en fait Pakistanais, ce qui en dit long sur la qualité des contrôles administratifs préalables à l'acceptation des demandes d'asile en Allemagne.

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"Merci, peuple allemand, de m'avoir offert un avenir meilleur."

En France, dans un centre de vacances de Garde-Colombe, dans les Hautes-Alpes, un certain Mohamed Boufarkouch, marocain de 37 ans, aurait reproché à une mère et ses trois filles leurs tenues "trop légères". Joignant le geste à la parole, il les poignarde toutes les quatre avant de prendre la fuite. La victime la plus gravement atteinte, une fillette de huit ans au poumon perforé, devrait survivre. Les autorités font de gros efforts pour expliquer que tout cela n'a évidemment rien à voir avec l'islam, puisque comme on sait cette religion ne fait aucune fixation sur le style vestimentaire d'autrui.

padama10.jpgEn France, cette nuit, des émeutes éclatent dans le Val-d'Oise après la mort d'un certain Adama suite à une interpellation musclée. Les forces de l'ordre française ont essuyé des tirs et la banlieue immigrée est comme d'habitude la proie des flammes, probablement sous l'effet de gangs de bouddhistes. Quelques jours après un attentat majeur, dans une France sous plan Vigipirate et état d'urgence, on est satisfait de voir que l’État contrôle toujours aussi bien son propre territoire.

Dure semaine pour les marchands de Padamalgam, les voyageurs de commerce du Vivrensemble et les prêcheurs du Multiculturalisme. Alors que les Européens comptent leurs morts et leurs blessés, il faut travailler d'arrache-pied pour les rendormir et les apaiser. La tâche est difficile, les "déséquilibrés" à l'origine de chaque agression ne pouvant s'empêcher de beugler "Allah akbar" en commettant leur forfait, pirouette d'autant plus pénible que leurs actes n'ont comme on sait aucun rapport avec l'islam.

Mais nul doute que les peuples se rendormiront, ils ont été longuement habitués à avoir le sommeil lourd, c'est dans leur nature désormais. Entre l'Euro de football, le Tour de France et les Jeux Olympiques, comment garder les yeux ouverts sur l'actualité des faits divers? On abreuvera donc le grand public d'images dilatoires en répétant inlassablement les vers suivants:

La Diversité nous enrichit
Les frontières, voilà l'ennemi
Nous sommes tous des immigrés
Les migrants pourvoiront aux retraités
L'islam est une religion de paix
Nul n'est moins pédophile que Mahomet
Rassurez-vous, l’État veille a notre sécurité
Avec clairvoyance, compétence et fermeté

La route tue plus que le terrorisme
Et les fous ne relèvent pas de l'islamisme
Évitons les interprétations étroites
Qui font le jeu de l'extrême-droite
Ou nos péchés dans l'intégration
Nous reviendront comme une punition...

C'est une berceuse.

15 juillet 2016

Carnage à Nice

Ils s'étaient massés au bord de mer sur la célèbre Promenade des Anglais pour conclure la fête nationale française dans son traditionnel feu d'artifice ; ils ne se doutaient pas que la soirée s'achèverait dans les cris, les larmes et le sang.

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Le camion fou, criblé de balles (crédit photo: Luca Bruno/AP)

Dans une France libérée de l'organisation de l'Euro, sous plan Vigipirate renforcé et sous état d'urgence, un poids lourd blanc put librement foncer dans la foule dans une rue théoriquement fermée à la circulation, fauchant touristes et familles de Niçois qui rentraient chez eux, avant que le conducteur ne soit finalement abattu. 2 kilomètres de carnage, plus de 80 morts dont des enfants, des blessés par dizaines, des milliers de personnes que les événements de la nuit auront durablement traumatisés. Et dans toute la France, des gens qui se disent que ça aurait tout aussi bien pu leur arriver aussi ce soir-là.

Depuis des années ce mode opératoire est employé par les terroristes palestiniens contre les juifs en Israël, mais qui s'en soucie? En attendant, Israël a appris à se défendre. Même en France, un événement similaire avait eu lieu au marché de Noël de Strasbourg en 2014. On avait commodément conclu à l'acte d'un "déséquilibré".

nice_logo.jpgDes papiers d'identité au nom d'un Niçois franco-tunisien de 31 ans auraient été retrouvés dans le camion de location, mais nul ne sait encore s'il s'agit du conducteur. Si c'est lui, cela jette encore une fois le trouble sur les réservoirs de haine anti-française d'une partie des résidents du pays. Les Tunisiens de France, si bien intégrés et si distants avec les islamistes, n'avaient-ils pas voté à 40% en faveur du parti intégriste Ennahdha lors des premières élections libres du printemps arabe?

L'attentat porte la signature de l'État Islamique ; en attendant cette confirmation, on peut gager que l'affaire suivra son cours avec l'emploi des mots-clef habituels - "pas d'amalgame", "loup solitaire", "impossible à prévoir", "radicalisé sur Internet", "stigmatisation" et "l'islam ce n'est pas ça", ainsi que les passages obligés allant du logo au hashtag obligatoire et  aux appels à l'unité, peut-être une Marche blanche... Ensuite, on découvrira les nombreuses traces et indices laissés par l'assassin et ses relations préalables avec la justice.

Au lendemain des attentats de Paris en 2015, un membre du gouvernement socialiste affirma avec un cynisme achevé - mais en off naturellement - que François Hollande "était vraiment verni, avait une bonne étoile". Il signifiait par là que suite à ces massacres, le réflexe de rassemblement et de solidarité entre Français choqués profiterait électoralement au chef de l'État. Aujourd'hui, la lumière de l'étoile a pâli. Aucune pirouette ne sauvera plus son quinquennat.

Les Français n'en peuvent plus des gesticulations du maître de l'Élysée. Non seulement il ne contrôle plus rien, mais il ne donne même plus l'illusion de contrôler quoi que ce soit. Sa trace dans l'Histoire semble se résumer à ses problèmes de coiffure, ses manœuvres contre les trublions ambitieux de son camp, ses promesses creuses et mensongères, ses maîtresses, ses paris sans cesse perdus, son mépris pour les sans-dents. "Quitte ou double!", lancerait-il dans un sourire comme un ultime défi à une population française écœurée. Mais l'humeur n'est plus aux joutes de langage.

Au lendemain du 14 juillet, les Français comprennent que les attentats ne cesseront jamais vraiment sur le sol du pays tant qu'un changement de paradigme, une véritable révolution conservatrice, n'aura pas lieu au sommet de l'État. Il faudrait pour cela un retour résolu du gouvernement français sur ses fonctions régaliennes - la police, la justice, la défense, la sécurité - qu'il a tant négligé depuis des années. Une politique de droite libérale classique, en somme. Et si, selon toute probabilité, M. Hollande s'avère incapable d'apporter ce changement, la perspective d'une option plus radicale est de plus en plus probable pour les élections de 2017.

Les citoyens français seront peut-être désormais plus pressés de trouver des alternatives que de se serrer les coudes autour de dirigeants incompétents.

13 juin 2016

Le bar gay le plus triste d'Orlando

Le Pulse se définissait comme "le bar gay le plus chaud d'Orlando". C'est sans doute à cause de cette sulfureuse réputation qu'il fut pris pour cible ce douze juin par un fou d'Allah. L'homme ouvrit le feu sur la foule à l'arme automatique, tuant une cinquantaine de personnes et en blessant tout autant.

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Le bar du Pulse, avant.

Dans son allocution post-attaque, Barack Obama, versé dans le déni au point d'en faire une sorte de discipline olympique, trébucha sur l'obstacle ; ne réussissant pas à éviter d'employer le terme de terrorisme, il sauva son honneur de champion en titre en tentant dans les derniers mètres d'employer le terme "d'acte de terreur" à la place. Faisant jouer son expérience sur le reste du parcours, il esquiva habilement les mots "islam", "musulman", ou "État Islamique" pour réorienter le débat vers le droit de posséder une arme. La technique, bien exécutée, fut malheureusement trop dénuée d'originalité pour impressionner le jury ; le peloton de la presse mainstream, connu pour son suivisme, s'empressa néanmoins de recopier la stratégie dès le lendemain.

Quel dommage pour le Président américain! Il s'imaginait terminer son mandat dans le calme, travaillant à caresser dans le sens du poil les partisans de Bernie Sanders pour les réconcilier avec Hillary Clinton, candidate de la continuité par excellence, contre les méchants Républicains. Le script était écrit ; il n'y avait plus qu'à rabaisser Donald Trump et dénoncer son "simplisme", comme il s'évertuait à le faire depuis plusieurs mois. Certes, il sortait encore et toujours de son rôle institutionnel, mais de l'offensive fiscale contre les groupes du Tea Party à la mansuétude judiciaire dans les affaires concernant Mme Clinton, quel écart ne pardonne-t-on pas à l'administration Obama?

Mais voilà, les Etats-Unis viennent de subir la pire attaque terroriste sur leur territoire depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutes les attaques terroristes islamistes sur le territoire américain depuis cette date eurent lieu pendant un mandat du président Obama. Les LGBT, traditionnellement démocrates, sont mi-figue mi-raisin: ils font aujourd'hui l'expérience de la différence entre une posture de victime et une place, bien réelle, de victime. Les familles comptent leurs morts. Pas possible non plus pour eux de dénoncer les Républicains, les affreux chrétiens radicaux ou les armes automatiques, même s'ils essayent sans grande conviction. La tuerie du Pulse d'Orlando est bel et bien un acte homophobe commis par un extrémiste musulman, Omar Seddique Mateen - un de ces éléments de richesse dont l'Amérique, disaient-ils samedi encore, a tant besoin.

usa,donald trump,barack obama,terrorisme,islam,homosexualitéEn mode damage control, l'objectif est désormais de montrer que le tueur surgissait de nulle part. Manque de chance, M. Seddique Mateen, né à New York d'origine afghane, n'avait rien d'un inconnu pour les services américains:

Selon plusieurs médias américains, Omar Seddique Mateen, né à New York, vivait à environ 200 kilomètres au sud-est d'Orlando, dans la ville de Port Saint Lucie. Le sénateur de Floride Marco Rubio a indiqué sur CNN que l'auteur de la tuerie avait travaillé pour une compagnie de gardiennage. Omar Seddique Mateen, qui n'avait apparemment pas de casier judiciaire, avait attiré l'attention de la police à deux reprises, en 2013 puis en 2014, selon le Daily Beast.

Le FBI a confirmé avoir interrogé le jeune homme ces dernières années pour ses présumées «sympathies» islamistes mais que l'enquête n'avait jamais donné suite. Son chef à Orlando, Ronald Hopper, a révélé qu'Omar Mateen avait été interrogé à deux reprises: «Le FBI a eu connaissance de son existence quand il a fait des remarques à ses collègues laissant penser à d'éventuels liens avec des terroristes», a-t-il expliqué. Il avait une nouvelle fois attiré l'attention du FBI pour des liens avec un djihadiste kamikaze américain à l'étranger. «Au final, nous n'avons pas été en mesure de vérifier la substance de ses commentaires et l'enquête a été close», a poursuivi Ronald Hopper.


Mais des détails émergent sans cesse et brossent une fois de plus un portrait peu flatteur des agences de renseignement américain. Bien qu'interrogé trois fois (et non deux) par le FBI et inscrit sur un fichier de terroristes potentiels, Omar Mateen, qui battait sa femme, avait accès à une licence de port d'armes - et s'en servit encore la semaine précédant la tuerie. Employé depuis 2007 comme agent de sécurité dans la filiale américaine de G4S en Floride, une des plus grosses sociétés de sécurité de la planète, il avait accès à du matériel et de l'armement de pointe. Et son travail consistait incidemment à faire transporter des immigrés illégaux sur le territoire des Etats-Unis... Mais pas des Mexicains.

Omar Mateen appela les urgences juste avant de tirer, annonçant son allégeance au chef de l’État Islamique Abu Bakr al-Baghdadi. Il mentionna également les frères Tsarnaev, qui menèrent l'attaque terroriste du marathon de Boston. Son geste fut revendiqué par l'Etat Islamique lui-même un peu plus tard.

Abondamment cité par les médias, le père du tueur nia "tout lien" entre le crime de son fils et la religion ; mais ce père, Seddique Mateen, impliqué dans la politique afghane, critiqua le gouvernement pakistanais et soutint les Talibans. "Nos frères au Waziristan, nos frères guerriers du mouvement taliban et les Talibans afghans se soulèvent", affirmait-il dans une vidéo... Quel crédit apporter à pareil témoin de moralité?

Sur CNN, Christopher Hanson fit le récit d'une soirée virant à l'horreur: "Je n'ai vu aucun des tireurs. J'ai juste vu des corps tomber. J'étais au bar pour commander un verre, je suis tombé, j'ai rampé pour sortir. Les gens essayaient de sortir par derrière. Quand je suis arrivé dans la rue, il y avait du monde, du sang partout."

L'homosexualité est un péché mortel dans l'islam. Les LGBT de tous horizons devraient repenser quelque peu leurs accointances politiques.