15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

26 juin 2015

Islamisme: le défi de l'apathie

islam,terrorisme,médiasReconnaissons aux agents de l'Etat Islamique une certaine recherche d'originalité: l'attentat simultané dans trois pays différents le même jour est une sorte de nouveauté. En France, un chef d'entreprise a été décapité et sa tête utilisée pour une mise en scène macabre alors que son meurtrier essayait ensuite (sans succès) de faire sauter une usine de traitement de gaz. En Tunisie, un "jeune étudiant" portant grenades et pistolet dans un parasol prit d'assaut une plage, faisant 37 victimes selon le dernier décompte en date, avant de se faire abattre. Au Koweit, un kamikaze déclencha une ceinture d'explosif dans une mosquée chiite bondée, provoquant au moins 25 morts.

Dure journée. Comme l'explique Hasni Abidi, Directeur du Centre d’études arabe et méditerranéen, la conjonction de plusieurs facteurs permettent d'expliquer cette bouffée de violence terroriste: le jour de prière du vendredi, pendant le mois sacré du ramadan au cours duquel il est "bien vu" de périr en faisant un attentat selon certains prédicateurs ; et enfin, la semaine de commémoration du premier anniversaire de l’État Islamique...

Comme d'habitude, la réaction politique consiste à se complaire dans l'immobilisme: on ne fera rien, en tout cas rien de concret. François Hollande se gargarise que la situation justifie pleinement la nouvelle loi sur la surveillance qui vient d'être votée alors même que l'histoire de Yassin Salhi, l'assassin terroriste, démontre l'incompétence totale des services de renseignement et de l'administration sur le sujet:

Cet homme âgé de 35 ans, né le 25 mars 1980, était bien connu des services antiterroristes et habitait dans l'agglomération lyonnaise, à Saint-Priest. (...) Selon des informations de l'Est Républicain, il est originaire de Pontarlier, dans le département du Doubs et se serait radicalisé au contact "d'un prêcheur très virulent" dans la mosquée de cette commune de Franche-Comté. (...)

Bernard Cazeneuve s'est également expliqué en conférence de presse sur la fiche S ("sûreté de l'Etat) dont Yassin Salhi faisait l'objet. Le ministre de l'Intérieur a expliqué que cette procédure, engagée en 2006 pour "radicalisation", prévoit une surveillance discrète.


Carrément discrète, même, au point qu'il soit impossible de la distinguer d'une non-surveillance. La fiche de Yassin Salhi ne fut pas renouvelée en 2008, nous explique-t-on, est-ce à dire qu'il s'était dé-radicalisé? Soit les services antiterroristes se sont largement trompés, soit il s'est encore re-radicalisé depuis (il a eu le temps...) Et au fait, personne ne se demande ce qu'est devenu le fameux "prêcheur très virulent" de Pontarlier? Œuvre-t-il encore? Combien de fidèles a-t-il pu endoctriner depuis dix ans?

Malgré le peu d'intérêt de la cible industrielle choisie en France, la démonstration est faite que les terroristes peuvent frapper partout - et il faut absolument que cette compréhension s'imprime enfin dans le cerveau des dirigeants et de l'opinion publique, car il est vain de combattre le terrorisme avec des mesures sécuritaires classiques. Il n'y a pas et il n'y aura jamais assez de policiers, de gendarmes et de soldats pour protéger tous les aéroports, toutes les manifestations, toutes les écoles juives ou non, tous les entrepôts de stockage de matières explosives. C'est impossible.

Il est tout aussi impossible de vouloir surveiller une population entière, au cas où quelqu'un ose sérieusement plaider une stratégie à ce point vouée à l'échec. Non seulement les islamistes se cachent de mieux en mieux dans la population (Yassin Salhi n'avait même pas de casier judiciaire) mais ils sont de moins en moins stupides lorsqu'ils préparent leurs attentats, une sélection naturelle en quelque sorte ; du coup, ils parviennent bien plus souvent à leurs fins. La France avait été saisie à froid par les attentats de Charlie Hebdo en janvier, mais pour Saint-Quentin-Fallavier elle n'avait aucune excuse.

Alors, comment lutter contre le terrorisme islamique, me demanderez-vous? Tentons une explication articulée autour de quelques points seulement, soit, par ordre décroissant d'importance:

1. Des frontières. Comme la peau pour un organisme, les frontières sont la première ligne de défense d'un territoire donné - choisir qui peut rentrer, qui ne peut pas, et qui doit être expulsé manu militari lorsque c'est possible. En l'occurrence, quiconque soutient et justifie le terrorisme islamique, défend la lapidation, l'établissement du califat, l'infériorité des lois civiles face à la charia, etc. doit être immédiatement expulsé du pays s'il n'en a pas la nationalité, et traité comme un ennemi intérieur -  ce qu'il est objectivement - le cas échéant.

En outre, tout immigrant devrait être clairement mis en face des valeurs du territoire dans lequel il entend pénétrer (par exemple: égalité homme-femme, religion limitée à la sphère privée, liberté d'expression incluant le blasphème etc.) et jurer de s'y soumettre, ou s'en voir refuser l'accès, sans discussion. Le principe de précaution doit primer sur toute autre considération pour garantir la sécurité des autochtones.

2. Le droit fondamental de l'apostasie. Nous ne sommes pas prisonniers de la religion qu'ont choisi pour nous nos parents, pas plus les musulmans que les catholiques, les protestants ou n'importe qui d'autre. Renier sa religion pour en choisir une autre ou aucune est un droit de l'homme absolument fondamental. Ce droit devrait être rappelé à tous en de multiples occasions et les gens qui le refuseraient à leur progéniture, par exemple, devraient être immédiatement expulsés selon le point 1 ci-dessus.

3. De la satire. Il faut se moquer de l'islam. Beaucoup. Non seulement parce que les barbus islamistes sont du plus grand ridicule, mais parce que toute cette religion repose sur des dogmes tellement absurdes qu'elle attire naturellement les moqueries de quiconque doté d'un peu de bon sens. Cela fait des siècles que les humoristes, artistes, intellectuels et autres esprits libres de l'Occident se font une joie de bouffer du curé et de se moquer des chrétiens, dont la construction intellectuelle est pourtant sans comparaison, alors pourquoi l'islam devrait-il être épargné par la critique? Nous en connaissons tous la raison - la lâcheté - mais cela n'empêche pas que tout doive être fait pour préserver au moins la liberté d'expression de ceux qui ont le courage de se livrer à cette critique nécessaire, comme Geert Wilders.

En outre, les réactions outrées et excessives de musulmans que cette liberté d'expression irrite, si elles dépassent elles-mêmes les bornes de cette liberté (incluant par exemple la destruction de propriété ou des menaces de mort lors de manifestations) sont un excellent moyen de trier le bon grain de l'ivraie et de renvoyer tous les incompatibles selon le point 1 ci-dessus.

Voilà.

Quelques mois de ce régime et l'Occident se purgerait assez vite de ses islamistes les plus furieux, sans obliger des centaines de fonctionnaires des services de renseignement à suivre des milliers de terroristes potentiels en essayant de les attraper avant qu'ils ne passent à l'acte (ou, comme nous le verrons de plus en plus souvent, juste un peu trop tard.)

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Il y aurait bien sûr d'autres aspects à traiter, comme la surabondance d'aides sociales mal ciblées ou les aventures militaires indéfinies et sans objectif de certaines puissances occidentales, mais ils sont à mon avis moins importants et susciteraient sans doute un débat politique encore plus incertain.

Évidemment, c'est dans ce dernier point que réside toute la difficulté: entre des Français dominés par une oligarchie politique aussi obèse qu'impuissante et des Suisses enfermés dans leurs habitudes électorales et endormis par la mélopée soporifique de leurs médias, le premier défi sera à relever sera celui de l'apathie des populations occidentales. La partie est loin d'être gagnée.

En attendant, il y aura encore des attentats et des morts. Beaucoup.

07 janvier 2015

Massacre à Charlie Hebdo

Si vous aviez suggéré à Cabu, un dessinateur plus ancien que le Club Dorothée, qu'il mourrait début 2015 sous les balles d'une bande d'islamistes en maraude, il aurait sans doute éclaté de rire.

france,terrorisme,islam,médias,liberté d'expressionC'est pourtant ce qu'il vient d'advenir aujourd'hui à Paris dans les locaux de Charlie Hebdo. Les dessinateurs Charb, Wolinski, Cabu et Tignous sont morts. Parmi les autres victimes, deux policiers dont un chargé de la sécurité de la place. L'attaque fut planifiée le mercredi en fin de matinée lors d'une réunion de rédaction, s'assurant de la présence de toutes les cibles. Les assaillants déjouèrent les codes de sécurité, purent tirer sur leurs victimes pendant plusieurs minutes et parvinrent même à s'enfuir. A l'heure où ces lignes sont écrites, ils courent toujours, insulte finale aux forces de police.

Mené à Paris en plein jour et contre la caste ô combien soudée des journalistes, l'attentat a reçu une résonance médiatique maximale à l'échelle mondiale.

La France avait pu se croire à l'abri mais cette sécurité était illusoire. Trop longtemps le danger terroriste islamique était nié ou minimisé. Les jeunes fous partaient en Syrie et n'en reviendraient pas ou seraient arrêtés à leur retour, pensait-on. On n'aurait à craindre que de rares attaques de "loups solitaires" impossibles à profiler. La réputation des services de renseignement était sans tache, Vigipirate - instauré en 1995 - ferait le reste. Dans l'esprit des gens, les attentats envisagés sur sol français auraient porté avant tout contre des intérêts étrangers installés sur le sol hexagonal - des ambassades étrangères, des synagogues, des juifs et leurs écoles. Pas vraiment des français "normaux", encore moins des journalistes, et surtout pas des gauchistes. Ces perspectives étaient tout simplement inenvisageables.

La France se réveille d'une somnolence coupable. Le réveil est rude.

De nombreuses personnalités musulmanes se sont immédiatement mises en mode damage control pour limiter la casse médiatique, chantant sur tous les tons que ces terroristes se réclamant de l'islam portent tort à l'image de la communauté musulmane. C'est évidemment vrai. En revanche, aucun n'expliquera jamais en quoi ces islamistes auraient eu tort selon leur religion d'agir ainsi, et pour cause: violence et agression sont des valeurs fondamentales de l'islam.

Rien ne dit que les islamistes seront rapidement retrouvés. Ils peuvent compter sur d'innombrables sympathisants. Il suffit de voir comment certains ont réagi sur Twitter:

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Certains s'indignent moyennement, dira-t-on

Tout le monde n'aimait pas Charlie Hebdo, et parmi ces gens certains n'aimaient pas Charlie Hebdo à cause des caricatures anti-islamique qu'il publiait souvent. Il existe dans notre société actuelle des règles non-écrites en matière d'humour: il est autorisé de se moquer des catholiques, des politiciens de droite, des politiciens de gauche (avec tendresse ou seulement s'ils sont vraiment détestés), des hétérosexuels, des Américains et des riches. Il est nettement plus malaisé de se moquer des homosexuels, des immigrés, des arabes, des noirs, des juifs, des journalistes ou, enfin, des musulmans.

terrorisme,liberté d'expression,islamSi Charlie Hebdo tenait un peu la ligne ci-dessus, il empiéta fortement hors de la zone de confort humoristique en abordant le sujet des caricatures de Mahomet, puis en osant régulièrement en remettre une couche. Le rappel au règlement vient de tomber. Quelqu'un osera-t-il encore se moquer de l'islam demain? Des caricaturistes prendront-ils toujours leur plume pour faire une satire de Mahomet ou de toutes les absurdités contenues dans le coran? Voilà la question que tous les journalistes avides d'introspection devraient poser à leurs confrères sur les plateaux de télévision, voilà la question que Darius Rochebin ne posera pas au dessinateur Barrigue dans son interview au journal ce soir.

Les caricaturistes et autres dessinateurs de presse se définissent volontiers comme des rebelles courageux ; nous verrons, demain et les autres jours, ce qu'il en est. En France et dans les autres pays européens, se moquer de l'islam ne comporte pas exactement les mêmes risques que tourner en ridicule le Pape François. Remerciez des décennies de politique migratoire. Quant à la liberté d'expression érigée aujourd'hui en principe fondamental, il est on ne peut plus savoureux d'en entendre tant de bien en France ou en Suisse de la part de gens qui en sont les fossoyeurs.

Lorsque François Hollande s'est rendu sur les lieux, il n'était pas accompagné d'un officier du renseignement, d'un général de l'armée ou même d'un préfet de police ; il était avec de son conseiller personnel en communication. Voilà le genre de réponse immédiate que nos autorités sont capables de délivrer. Comme d'autres lieux jugés sensibles, les locaux de Charlie Hebdo étaient sous la protection d'une surveillance policière discrète ; pas de quoi stopper l'assaut surprise d'une équipe d'islamistes soigneusement préparée, cependant. Cela relativise quelque peu le sentiment de sécurité que les autorités tentent d'instiller en plaçant le plan Vigipirate au niveau "alerte attentat" - à moins que ce ne soit "rouge clignotant", "feu divin" ou n'importe quelle autre dénomination que le service marketing du gouvernement aura jugé appropriée.

Charlie Hebdo était un journal satirique aussi irrévérencieux que provocant. Je pensais un moment à un titre digne de lui et de son prédécesseur Hara-Kiri, comme "Gags en rafale à Charlie Hebdo: Douze morts" mais combien de gens se seraient offusqué avec raison de cet hommage douteux? L'humour n'est pas drôle lorsque l'on parle de la mort des siens et que les corps sont encore chauds. Mais si les cadavres du jour s'étaient compté dans une église ou dans les locaux de Minute, le journal d'extrême-droite honni, Charlie Hebdo n'aurait guère hésité à faire dans la faute de goût.

C'est là sans doute que se révèle la véritable leçon du jour: être de gauche ne protège pas des islamistes. Vous êtes encarté chez les socialistes ou les communistes? Vous êtes ami du "peuple palestinien"? Vous exécrez les juifs et souhaitez tout le mal du monde à un type comme Zemmour? Pas de problème. Vous aurez droit à la mort à votre tour, comme tous les autres chiens d'infidèles.

La leçon est certainement choquante pour beaucoup de belles âmes à Paris et ailleurs, qui pensaient peut-être qu'arborer un keffieh, cuisiner "exotique" et célébrer la diversité les sauveraient de la folie meurtrière des islamistes. Il n'en est rien. Projetant trop loin son goût partagé pour la destruction de la civilisation occidentale, le gauchiste de base peu regardant sur ses amitiés pourvu que l'autre haïsse l'Occident autant que lui oublie que les musulmans (et les islamistes en particulier) n'ont rien de cool. Ils sont croyants, et n'allez pas brandir votre athéisme sous le nez. Ils ne tolèrent pas le mariage gay. Ils ne veulent rien entendre de l'égalité homme-femme. Ils ne pardonnent pas - et pratiquent volontiers la mutilation, la décapitation, la lapidation et d'autres peines lourdes et sans rémission, assez loin des jours-amende-avec-sursis dont nos progressistes post-modernes sont si friands.

Le massacre de l'équipe éditoriale de Charlie Hebdo est là pour le rappeler. La gauche se berce d'illusions en croyant partager des valeurs avec ces gens-là, c'est ce que crient des gens comme Riposte Laïque depuis des années à la gauche officielle - celle-là même dont les spins doctors et autres spécialistes en communication travaillent d'arrache-pied pour remodeler la réalité. Dès demain, ils nous expliqueront que le massacre qui vient d'avoir lieu dans les locaux de Charlie Hebdo par des islamistes aux cris de Allah Akbar n'a rien à voir avec l'islam.

Ils endormiront le peuple, ils savent le faire - jusqu'à la prochaine attaque.

27 décembre 2014

Islamofolie

France, gendarmerie du Roussillon, dans l’Isère, à la limite de l’Ardèche: Trois blessés dans une gendarmerie "par un déséquilibré armé d’un couteau criant Allah Akbar". L'homme, trentenaire employé dans une société de chimie, se livra à cette attaque trois jours après être rentré d'un pelérinage à la Mecque, voyage au cours duquel "il avait considérablement changé de comportement de l’avis même de ses proches", comme le rapportent les journalistes d'un quotidien régional. Mais c'était en mai 2013 - médiatiquement, autant dire le siècle passé.

france,islam,terrorisme,folieFrance, Joué-lès-Tour, attaque d'un commissariat cette fois-ci, encore aux cris de Allah Akbar. Le 20 décembre, il y a quelques jours à peine. Le forcené blesse trois policiers avant d'être abattu. Les premiers éléments de l'enquête privilégient la piste de l'islamisme radical pour expliquer les motivations de Bertrand Nzohabonayo, l'agresseur, converti à l'islam trois ans plus tôt. Il avait publié une photo du drapeau de l'organisation Etat islamique sur son profil Facebook deux jours avant de passer à l'acte.

France, Dijon, le lendemain. Un "déséquilibré" fonce dans la foule avec sa Clio, fauchant onze passants, encore une fois aux cris de Allah Akbar. Mais tout va bien: c'est un simple déséquilibré, suivi en hôpital psychiatrique, explique une source policière.

France, Nantes, le 22 décembre. Une voiture folle fonce sur le marché de Noël en faisant plusieurs blessés. A noter que le marché, situé en zone piétonne, n'est accessible aux véhicules qu'avec un badge permettant d'abaisser des bornes. Mais le lendemain, tout va bien: c'était un simple conducteur ivre - 1,80g d'alcool par litre de sang - et les cris de Allah Akbar n'étaient que le fait de Mohammed qui passait par là et avait laissé s'échapper, un peu fort, une exclamation de circonstance alors qu'il tentait de venir en aide... Au conducteur.

Le point commun entre tous ces événements? Ils n'ont aucun rapport avec l'islam.

Croire autrement serait faire preuve de simplisme, voyez-vous. Les journalistes de garde ont immédiatement entamé un ingrat travail de mise en contexte pour expliquer par exemple dans le cas de l'attaque du commissariat de Joué-lès-Tours que les motivations de l'individu n'ont rien à voir avec le terrorisme islamique. Depuis, ils vont plus loin, allant jusqu'à proclamer qu'aucune de ces attaques n'a le moindre rapport ni avec des actes de mimétisme, ni avec une quelconque loi des séries, ni avec le terrorisme islamique bien évidemment.

La faute à pas de chance, en somme. Ne riez pas, avec quelques semaines de ce matraquage (si l'actualité n'offre pas de piqûre de rappel) le message passera comme une lettre à la poste. L'homme qui s'avisera d'aborder en société le sujet des islamistes européens se verra immédiatement rabroué par force haussements de sourcils et les commentaires assassins qui vont de pair: "ce sont des malheureux qui ont besoin de notre aide, voyons."

Mais quelque part, et malgré tous les efforts visant à la faire paraître autrement, la réalité existe. Comme l'explique dans les colonnes du Figaro Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris et directeur général du CAT (Centre d'analyse du terrorisme), les attaques subies par la France sont indiscutablement des actes de terrorisme: 

On a affaire à une attaque criminelle sur des civils ou des symboles de l'Etat, au nom d'une cause symbolisée par le cri «Allah Akbar». Le mode opératoire, de plus, correspond exactement au message diffusé depuis septembre par l'Etat islamique, qui demande à tous ceux qui ne peuvent le rejoindre de frapper les pays de la coalition, dont la France, sur leur propre territoire.


La France n'est pas le seul pays frappé. Rappelons les attentats subis par le Canada en 2014 (deux soldats tués par une voiture, et un tireur fou au Parlement d'Ottawa) qui ont marqué la population locale au point de définir ces deux événements comme les nouvelles les plus importantes de l'année. D'autres pays du monde, jusqu'en Australie, ont subi des attaques selon des procédés remarquablement similaires: prises d'otage, tireur fou, assaut avec une voiture... Et toujours des revendications islamistes. A chaque fois on nous parle de loup solitaire. Une meute de loups solitaires!

Le terrorisme frappe les esprits. Il plonge les victimes dans la prostration et diffuse un sentiment de panique à travers toute une population. Ces conséquences psychologiques constituent son principal objectif. Le terrorisme - islamique ou autre - ne vise pas à détruire une population entière, il en serait bien incapable, mais à susciter stupeur et passivité auprès de tout le monde, étouffant peu à peu toute velléité de résistance individuelle. Chacun n'ambitionne plus rien d'autre que de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

Qu'il soit accompli par des faibles d'esprit n'a guère d'importance ; la question n'a d'intérêt que pour les tribunaux et les juges d'application des peines. Là encore, les islamistes ont une longueur d'avance puisque tous les kamikazes sont par définition suicidaires... Un exemple parmi tant d'autres de l'inadéquation entre la justice occidentale et l'état d'esprit médiéval de fanatiques légèrement débiles cherchant le salut dans le sacrifice. Si d'aventure un authentique malade est partant, il n'aura quant à lui qu'à crier la formule magique au sommet de son délire pour donner une dimension politique à son acte pathologique.

Suivant une longue dérive hygiéniste de la justice occidentale où les formes les plus extrêmes du mal ne sauraient être que les conséquences d'une forme d'affection de l'esprit, l'avis d'un psychiatre pèse bien plus sur l'issue d'un procès que les plaidoiries du procureur. Le résultat? Si vous êtes fou, vous pouvez tout vous permettre.

La synergie entre islamisme et maladie mentale est promise à un bel avenir. Elle garantit aux terroristes - s'ils survivent à l'excitation du moment - d'avoir une porte de sortie des plus agréable avec aménagements de peine, soins particuliers et d'immenses efforts de réintégration, le tout payé par l'argent de ceux qu'ils combattent. Difficile de faire mieux.

Que nous réserve l'avenir? Là encore le docte M. de Montbrial nous donne un plaisant aperçu de la vie qui nous attend dans nos sociétés vaincues, tant que nous refuserons de réaliser que nous sommes en guerre:

Chacun doit continuer à vivre normalement, en s'habituant toutefois à être particulièrement vigilant dans les lieux publics.


La prochaine fois que vous entendrez des coups de feu et des détonation aux cris de Allah Akbar, n'appelez pas la police mais juste une ambulance: un pauvre hère dans les alentours a visiblement besoin de soins.

Si les islamistes sont aisément défaussés comme fous, nos gouvernements souffrent, eux, de déni. Le mal n'est pas moins grave.

02 juin 2014

En attendant les autres

Mehdi Nemmouche est le dernier avatar de la longue liste des terroristes islamistes soit-disant surgis de nulle part, bien que connus des services de police. Français de naissance en vertu du droit du sol, il eut droit à un parcours de petite frappe en règle avec plusieurs passages en prison dont il ressortira totalement endoctriné. S'ensuit un voyage en Syrie via le Liban et la Turquie ; il y passera un an à commettre des atrocités au nom du mouvement pompeusement autoproclamé État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) mais en accord avec nos valeurs puisque selon Bernard-Henri Lévy, à l'aune duquel se mesure la conscience occidentale, Bachar el-Assad est le seul vrai barbare du coin.

Mehdi Nemmouche a été arrêté par hasard à la faveur d'un contrôle de police inopiné d'un bus assurant la liaison entre Amsterdam et Marseille:

Le suspect a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l'enquête, il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro. Parmi ses vêtements, il y avait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge.


Arrêté par des douaniers en quête d'herbe! Et François Hollande de claironner dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté grâce à la vigilance des forces de l'ordre "dès qu'il a mis le premier pied en France"... Toutes les victoires sont bonnes à prendre!

Comme son nom fleure bon l'immigration, les médias suisses s'évertuent à ne pas mentionner le nom de Mehdi Nemmouche et sa consonance trop "stigmatisante". Apparemment il vaux mieux taire certaines vérités, de peur de susciter des sentiments négatifs... Cette inadéquation face aux enjeux est symptomatique de l'incapacité de l'Occident à faire face à ce qui l'attend. Prenons pour exemple un échange surréaliste entre la présentatrice du journal de la RTS et Christian Chesnot, journaliste à Paris, au sujet de cette affaire:

Voilà la transcription du dialogue, les points saillants sont en gras:

Agnès Wuthrich: Il y avait eu Mohammed Merah, il y a maintenant cette deuxième affaire, les similitudes entre les deux cas sont frappantes.

Christian Chesnot: La grande différence c'est que Mohammed Merah a été faire le jihad en Afghanistan où il a été attrapé à Kandahar par les Américains, les Français n'ont pas pu le récupérer à la sortie ; cette fois-ci le suspect a passé un an en Syrie et le problème c'est que des gens comme celui-ci il y en a beaucoup, on parle de 600, 700, 800 Français sur place... Peut-être de dix mille étrangers qui combattent en Syrie, et le problème c'est que si ces gens reviennent en France ou en Europe évidemment ils peuvent être dangereux, ils peuvent commettre des actes comme on a vu à Bruxelles.

AW: Vous dites, la Syrie c'est un peu l'autoroute du jihad?

CC: Eh bien oui, c'est même le low cost du jihad parce que vous prenez un billet à Paris pour aller à Istanbul ça va vous coûter 200 euros, vous prenez un bus d'Istanbul à la frontière c'est 50 euros et donc en moins de 300 euros vous êtes à la frontière, donc c'est vraiment très facile, en plus pour aller en Turquie il n'y a pas besoin de visa pour les Européens, un simple tampon sur le passeport suffit, et donc vous avez plein de jeunes qui partent...

Si on compare avec l'Afghanistan ou le Mali ou le Sahel c'est un jihad très facile à faire, à la portée de tout le monde malheureusement, et donc même un jeune qui est tout seul peut aller jusqu'à la frontière turco-syrienne et puis là-bas, il est pris en charge par des groupes, des passeurs, qui vont l'amener sur les zones de guerre à Alep ou dans le nord, il y a même des femmes qui passent, on a même vu un Américain qui a fait une opération kamikaze... Donc vraiment c'est un vrai problème et tous les services de renseignement en Europe sont maintenant sur les dents parce qu'on assiste au retour de ces djihadistes en Europe.

AW: Ca veut dire que la guerre est perdue d'avance pour ces services de renseignement? Personne n'a les moyens de surveiller autant de gens...

CC: Ça va être très compliqué... C'est-à-dire que évidemment il faut les suivre au départ, il est vrai que la destination Istanbul-Ankara, la Turquie, il va vraiment falloir regarder de très près... Mais c'est vrai qu'au retour le problème c'est comment localiser ces gens, comment les surveiller, encore une fois Mohammed Merah était sous surveillance, il a échappé à la surveillance, il a commis son attaque à Toulouse... Donc pour les services de sécurité c'est un vrai défi, pas simplement pour les Français, pour les Belges, les Anglais, les Allemands, pour tous les Européens, parce que là c'est une masse de personnes, c'est pas une ou deux personnes comme l'Afghanistan ou comme le Mali. Là on a des centaines de personnes, donc forcément ça pose des problèmes de coordination entre les Européens, et trouver une parade pour les arrêter au retour.


Dix mille étrangers fanatiques s’aguerrissant au combat urbain et aux techniques terroristes les plus extrêmes sur le champ de bataille syrien, et ils ne visent pas à passer toute leur existence là-bas. Comme Mehdi Nemmouche, ils disposent du passeport européen et peuvent franchir toutes les frontières de Schengen. En vertu de leur nombre, ils sont incontrôlables - même M. Chesnot ne semble pas croire sérieusement que les services de renseignement européens soient en mesure de surveiller simultanément un si grand nombre de terroristes potentiels. Pour revenir de Syrie, Mehdi Nemmouche est passé par Singapour et Bangkok avant d'atterrir à Francfort en Allemagne, puis s'est déplacé par voie terrestre sans laisser de trace, allant en Belgique, aux Pays-Bas, en France. Comment surveiller tous les mouvements de milliers de personnes?

Et que dire de ceux qui apparaissent pendant ce temps dans les banlieues, les prisons?

On peut croire en notre bonne étoile permanente et se réjouir comme François Hollande que l'ennemi public numéro 1 ait été si promptement arrêté, fut-ce par le plus grand des hasards. On peut penser, la foi républicaine chevillée au corps, que nos Etats occidentaux, bien qu'en faillite, arriveront à mettre en place les institutions, les procédés de désendoctrinement nécessaires à la lutte contre le terrorisme islamiste. On peut espérer que les vaillantes forces de l'ordre suffiront à prévenir la plupart des massacres à venir.

Soyons réalistes. Les élites occidentales n'ont ni la compréhension, ni la compétence, ni la force de caractère de s'opposer à ce qui va déferler sur l'Europe dans peu de temps.

Des milliers de djihadistes reviendront de Syrie dans quelques années si ce n'est moins. Soit ils auront vaincu, soit ils estimeront que l'Europe est un champ de bataille plus profitable. Dans les deux cas ils auraient tort de se priver. En Europe, la peine de mort est interdite. On se contorsionne pour respecter la foi des islamistes emprisonnés. Les allocations familiales payent le voyage en Syrie pour faire le jihad.

Osons l'écrire: nous vivons peut-être nos dernières années de paix.

Hier, aller en Afghanistan était long et compliqué. Aujourd'hui, 300 euros suffisent pour devenir candidat au jihad en Syrie. Demain, le prix sera-t-il celui d'un billet de bus pour la banlieue voisine?

11 avril 2014

De Renens à la Syrie

Par les hasards de l'actualité, il arrive que la petite histoire de notre commune rejoigne la grande, pas forcément de la façon la plus flatteuse qui soit. Ces temps-ci, c'est le retour d'un ex-islamiste de Syrie qui propulse le nom de Renens dans les journaux.

La faute à "Marc", un Suisse de trente ans d'origine valaisanne embringué dans des péripéties à mi-chemin entre le tragique et le ridicule. Homosexuel déclaré, l'individu est touche-à-tout - parapentiste, photographe, défenseur de la cause palestinienne - mais surtout en situation d'échec personnel. Son parcours est des plus chaotiques, entre agent de sécurité et une formation d'ambulancier inaboutie. En mai 2013, il se convertit à l'islam selon une "procédure accélérée" à la Mosquée de Renens. La formule fait sourire.

islam,terrorisme,syrieDésormais affublé du prénom musulman de Mahdi, il se lance en juillet dans un voyage en Egypte pour rejoindre Gaza et y réaliser un reportage sur le ramadan sur le terrain, dénonçant le blocus imposé par Israël et l'Egypte. A son retour, il passe à la vitesse supérieure:

De retour en Suisse en août 2013, Marc commence à tisser des liens avec des musulmans radicaux basés en Suisse, en France et en Belgique, dont certains ont des connexions claires avec des groupuscules liés à Al-Qaida actifs en Syrie (...)

[Vers mi-décembre il] se rend à Lyon, un mois et demi après avoir subi une opération au col du fémur. Il y rencontre deux «frères français», avec qui il était déjà en contact depuis quelques mois, selon des milieux proches de l’enquête. «Il aurait même payé les trois billets d’avion pour la Turquie», relève une source qui suit l’affaire de près.


La SonntagsZeitung laisse entendre qu'il se serait converti à l'islam pour "soigner" son homosexualité. L'opération n'est guère couronnée de succès, comme en témoignent ses préférences sexuelles sur facebook ou sa fréquentation de forums gays. Visiblement, les islamistes sont prêts à accueillir dans leurs rangs un copain suisse un peu fantasque et légèrement incompatible avec leur religion, pour peu qu'il serve la cause! Qui aurait imaginé une telle largeur d'esprit?

S'ensuit un départ pour la Syrie. Juste avant Noël, il informe officiellement ses parents de son intention de partir combattre les troupes de Bachar El-Assad en s’engageant dans un groupe islamiste. Il n'en mourra pas: après trois mois, le voici de retour en Suisse, expliquant avoir vécu dans une maison partagée par 80 à 150 djihadistes, dont une quinzaine "prêts à se faire sauter" et installés au rez-de-chaussée.

Heureusement, notre homme était logé à l'étage. Il profitera de son séjour pour apprendre le maniement de la Kalachnikov mais restera évasif sur son rôle exact dans la rébellion.

Revenu au bercail, "Marc" est désormais poursuivi par le Ministère Public de la Confédération pour présomption de soutien et/ou de participation à une organisation terroriste. Pourtant, l'homme n'a aucun mal à se faire interviewer par des journalistes et livrer son point de vue, y compris à la télévision.

Si l'ex-rebelle syrien semble exprimer des regrets sincères, les médias sont plus qu'empressés d'appuyer son repentir. Un portrait brossé par un journaliste du Temps devient autant de moyens de lui trouver des excuses: il est "un simple aventurier", en "perte de repères" ou "en proie à des tourments intérieurs". Voire, il aurait juste fait "de mauvaises rencontres sans se rendre compte de ses actes", comme si un hasard impromptu pouvait suffire à vous amener au jihad en Syrie, à votre corps défendant!

Cette bienveillance dépasse la volonté d'accueillir à nouveau une brebis égarée. Jamais journaliste ne servirait pareille soupe bienveillante à un skinhead repenti, par exemple. Il y a autre chose. J'identifie pour ma part trois "strates" de mensonge, du plus véniel au plus grave.

La première couche, la plus superficielle, a évidemment trait au romantisme de la rébellion. Les exactions sur le terrain ont terni l'image du conflit syrien sans éradiquer entièrement cet aspect. Au cœur de la guerre civile syrienne se retrouvent les poncifs tiers-mondistes habituels: émancipation des peuples opprimés, lutte contre un Occident ontologiquement criminel - Bachar el-Assad, tyran éduqué en Angleterre et portant costume-cravate en est la parfaite représentation - fierté de combattre pour une noble cause, même salie par l'enthousiasme excessif de quelques compagnons...

Médiatiquement, la passion est bien vue, voire admirée. Comment jeter la pierre à des combattants syriens venus de Suisse lorsqu'on reproche par ailleurs leur tiédeur aux Helvètes? Comment dénigrer une aventure en Syrie par des gens dont les glorieux ancêtres communistes se sont engagés du côté des nobles Républicains pour combattre le fascisme franquiste en Espagne? Critiquer, ce serait renier son idéalisme, ses aïeux, ses espoirs, ceux qui croient en quelque chose. Impossible.

La deuxième couche a trait aux médias, car il faut bien le dire, ils se sont eux-mêmes fortement impliqués dans la radicalisation de "Marc". Je ne parle pas ici de la couverture continuellement partiale du conflit israélo-palestinien à longueur d'années - pensons par exemple à l'affaire al-Dura! - qui a certainement orienté "Marc" dans sa construction du monde, mais bien à la mise en valeur de sa propre démarche de radicalisation. Ainsi, Edipresse s'est fait l'écho du ramadan du Valaisan d'origine dans une longue chronique suivant ses pérégrinations entre l'Egypte et la Bande de Gaza, avec son vrai nom et de multiples photos à l'appui. Comment les rédactions romandes pourraient avouer qu'elles ont complaisamment valorisé la démarche d'un islamiste en devenir?

La seule attitude possible est de décréter qu'on ne savait pas, qu'on ne pouvait pas savoir et qu'on n'a rien vu venir. Le glissement a eu lieu par inadvertance, indépendamment de notre volonté, d'ailleurs c'était un accident, voyez, il regrette!

La troisième couche, enfin, a trait à son idéologie de gauche. Les parents de "Marc" sont des notables, nous dit-on ; mais on ne s'appesantit guère sur la présence du fils perturbé comme candidat à l'exécutif de Troistorrent au nom de l'alliance de gauche lors des élections communales de 2012 - un an avant sa spectaculaire conversion à l'islam. L'individu a été militant des Jeunesses Socialistes Vaudoises ; difficile de clamer que son ralliement idéologique est une lubie passagère.

Y aurait-il des passerelles entre le socialisme politique et l'islam radical? Si on prend le socialisme comme il se prétend - la recherche du bien commun, la défense des plus pauvres... - le lien n'est pas évident ; si on examine le socialisme comme il se pratique, le mépris de la société occidentale bourgeoise, la croyance dans l'utopie d'un ordre nouveau, l'internationalisme, la recherche du pouvoir, la complaisance envers la violence et les criminels... Les passerelles avec le totalitarisme islamique sont d'un coup beaucoup plus nombreuses.

Plusieurs des opinions de base de "Marc", comme une sympathie pro-palestinienne pas trop regardante, sont partagées par des caciques du PS suisse. Il ne fait pas bon ressasser tout cela, alors on l'évoquera à peine, du bout des lèvres. "Marc" sera donc socialiste comme on porte des jeans ou on choisit une coupe de cheveux: sans signification aucune, juste une esquisse dans son portrait.

"Marc" n'est pas forcément mauvais bougre, même s'il est paumé. Son aventure lui a ouvert les yeux sur la rébellion syrienne:

Un jour j'ai vu une ambulance donnée par une association caritative anglaise avec des explosifs à l'intérieur pour faire un attentat. Il y avait cinq, six blocs d'explosifs et des câbles. Ils ne respectent même pas l'image de l'ambulance.


Son parcours mérite d'être analysé, comme le fait Xavier Colin. Malheureusement, les médias prêchent encore et toujours l'unique influence d'Internet pour mieux éviter de lever le lièvre de prédicateurs locaux - alors même qu'un compagnon clef de "Marc" réside à Neuchâtel et qu'une bonne part de sa radicalisation a eu lieu en banlieue lyonnaise. Bonne nouvelle, la mosquée de Renens semble hors de cause, même si on haussera le sourcil la prochaine fois qu'on entendra l'histoire d'un jeune passé par là et bénéficiaire d'une "conversion accélérée".

Le seul point réellement inquiétant tient à l'étrange clandestinité dont on essaye d'affubler l'affaire. "Marc" ne laisse pas entendre sa voix, on cache son identité, on le floute alors que son portrait se retrouve en un clin d’œil. Un vrai secret de Polichinelle. Alors que les poursuites du MPC semblent engagées vraisemblablement pour la forme, ce luxe de précautions semble dépasser la présomption d'innocence. Le fin mot de l'histoire est donné par l'ex-rebelle lui-même; aujourd'hui il dit regretter son engagement et vouloir rester anonyme pour ne pas être reconnu par ses anciens compagnons d'arme.

Qu'il puisse être terrorisé par ces derniers alors qu'il est sur sol suisse, voilà, en vérité, de quoi nous inquiéter.