28 mars 2014

Une bien belle trajectoire

"J'ai fait une bonne action en tuant ce soldat de la gendarmerie turque", explique Çendrim R. face au juge. L'individu a été arrêté suite à une attaque terroriste le 20 mars en Turquie qui laissa trois morts et cinq blessés sur le carreau. Les assaillants, rapidement arrêtés, sont suspectés d'appartenir à l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), une branche d'Al-Qaeda.

"J'ai fait une bonne action en les tuant. Je n'ai de compte à rendre à personne d'autre qu'à Allah. Je ne dirai rien. Vous êtes tous des païens" a-t-il également ajouté, sans doute pour susciter la clémence de la cour...

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Çendrim R., pétri de remords

La Suisse n'exporte pas que des montres.

Pour l'heure un certain flou règne quant à la nationalité administrative du prévenu, originaire du Kosovo et qui a passé de longues années dans la Confédération. Le "Suisse" s'est retrouvé à combattre pour les islamistes syriens (ces parangons des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté qu'on nous invitait à soutenir il y a peu face à l'infâme Bachar el-Assad). Il n'agissait de toute évidence pas seul et sa présence en Turquie porte à croire qu'il était plutôt sur le chemin du retour.

Un retour pour quoi, au fait? De bonnes vacances, peut-être. Le repos mérité du guerrier, en assassinant peut-être quelques familles de mécréant au passage. Il est vrai que la vie en jihad est assez stressante, surtout quand on a la mauvaise place dans le véhicule:

Attention, vidéo choquante.

Cette hypothèse cadrerait bien avec la découverte de près d'un kilo d'explosif à Mandelieu-La-Napoule près de Cannes en France. L'explosif était réparti dans trois canettes, dont l'une était entourée de vis et de clous fixés avec du scotch - pour ne pas boire trop gras, trop sucré ou trop salé? Le responsable serait cette fois-ci originaire des Alpes-Maritimes. Encore un miracle de l'intégration!

Les affaires de terrorisme se suivent et se ressemblent. Sensibilisation à la cause, endoctrinement, voyage dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de combattant du Jihad, et après s'ouvre un véritable feu d'artifice de possibilités, si j'ose dire.

Les frères Tsarnaev s'étaient formés au Daguestan et en Tchétchénie avant de poser une bombe artisanale à l'arrivée du marathon de Boston. Aujourd'hui la Syrie a le vent en poupe: plus proche, plus simple d'accès, plus violente. Une foire d'empoigne où tous les coups sont permis, jusqu'aux armes chimiques.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le mécanisme de radicalisation est connu:

Qu'ils soient musulman d'origine, sans conviction religieuse, catholique ou athée, élève brillant ou en difficulté, issu de milieu favorisé ou de foyer modeste, ils sont d'abord «orientés» par un copain ou une copine de leur âge vers une pseudo-cause humanitaire, afin de venir en aide au peuple syrien, victime des atrocités du régime de Bachar el-Assad. (...)

Une fois la trame posée, reste à attirer ces jeunes sur internet. Un outil de propagande d'une redoutable efficacité, capable de métamorphoser des gamins boutonneux en kamikazes.

C'est dans l'espace virtuel que les jeunes se font réellement harponner. Tapie derrière des vidéos d'une violence insoutenable, derrière des comptes Facebook glorifiant les moudjahidins, de photos de combattants satisfaits posant en treillis et armes lourdes, la propagande promet l'islam radical comme seul rempart à l'ordre mondial. (...)

Vient le jour du départ, où tout apparaît organisé. Jusqu'à l'approvisionnement en nourriture. (...) Les apprentis djihadistes sont visiblement briefés sur les raisons de leur voyage à donner aux familles: vacances à Dubaï ou missions humanitaires au Proche et Moyen-Orient. Quand ils ne partent pas à l'école, comme tous les matins, sac au dos, sans un mot.


On doute un peu à imaginer qu'un catholique brillant issu d'un milieu favorisé tombe dans la toile islamiste aussi facilement qu'un immigré musulman de deuxième génération, en échec scolaire et à la dérive dans sa banlieue - on dirait presque un sketche de Coluche - mais on mettra tous les individus au même rang. Le politiquement correct s'infiltre jusque dans les analyses du phénomène islamiste, ce qui en diminue la pertinence. Il est apparemment plus important de ne pas "stigmatiser" que d'empêcher un flot d'adolescents se former au Jihad.

Songeons au devenir de ces milliers de combattants "européens", vétérans de la boucherie islamique, lorsque finira la guerre en Syrie. Où iront-ils? Que feront-ils?

En attendant, 34% des musulmans de Suisse ont la nationalité du pays, sans qu'on sache quelle proportion vient de naturalisations ou de conversions. Certains réclament désormais bruyamment que l'islam soit reconnu comme religion officielle. La reconnaissance est en marche: l'islam fait son entrée à l'Université de Fribourg à travers un projet flambant neuf de Centre Suisse pour l'islam et la Société. Selon le recteur, la formation "s’adresse naturellement aux étudiants musulmans de deuxième ou troisième génération qui souhaitent approfondir leur foi". Tout un programme!

L'histoire ne dit pas si la partie pratique de la formation implique un stage humanitaire en Syrie... Il faudra peut-être le suggérer à l'Alma mater fribourgeoise, à moins qu'un pétillant étudiant n'en fasse la demande lui-même.

Comme on le voit, les populations occidentales n'ont aucun souci à se faire: leurs élites compétentes ont parfaitement compris la situation et prennent les mesures adéquates pour y mettre bon ordre.

28 mai 2013

Jihad 2.0

Le 22 mai, après avoir été percuté par un véhicule au sud-est de Londres, Lee Rigby, 25 ans, père d'un garçon de deux ans, se fit sauvagement assassiner par les occupants de celui-ci à coup de couteau et de hachoir.

La victime avait servi en Afghanistan en 2009. Elle pensait peut-être avoir traversé indemne la période la plus dangereuse de son existence ; c'était sans compter sur les sympathiques individus retrouvés au bercail. Si Lee Rigby en avait eu le temps, il se serait peut-être fait la réflexion: pour aller affronter des terroristes islamistes décérébrés, pas besoin d'un avion pour Kandahar. Le train de banlieue aurait suffit.

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Londres, 2013

Jamais avare de marketing, les médias vendirent un nouveau terme forgé pour l'occasion, les artisans terroristes, fleurant bon l'engrais naturel et la consommation locale. Bien entendu, on annonça comme d'habitude que l'agression était le fait de "loups solitaires" (notez le pluriel) contre lesquels les services de renseignements ne pouvaient rien, par définition. Et comme d'habitude encore, quelques jours plus tard, des complices furent découverts et arrêtés et les fameux services de renseignements avouèrent qu'en fait ils connaissaient déjà tout ce petit monde. Cela n'a rien d'étonnant, au vu du peu de discrétion dont firent preuvent les agresseurs dans leurs parcours:

[Michael Adebolajo, l'un des deux assassins,] aurait fréquenté [après sa conversion] l'organisation islamiste extrémiste al-Muhajiroun, interdite après les attentats de 2005 à Londres. En être membre devient passible de dix ans de prison. «Il était sur notre longueur d'ondes idéologique», raconte l'ancien leader de l'organisation, Anjem Choudary, qui fréquentait la même mosquée que lui. Selon ce dernier, Adebolajo aurait arrêté de participer aux réunions depuis deux ans. Il aurait été interpellé en route pour la Somalie où il voulait rejoindre les militants Shabaab. Il diffusait des prospectus de propagande islamiste dans les rues de Woolwich.


Mais pourquoi distribuer des tracts appelant à la guerre sainte lorsqu'on peut tuer soi-même? Les islamistes auraient tort de se priver, vu à quel point le milieu est favorable. Agresser n'importe qui à Kaboul implique une riposte immédiate à l'arme automatique ; agresser un non-musulman dans la banlieue de Londres n'amènera que des policiers cherchant à tout prix à préserver la vie de l'assassin, une ribambelle d'analystes, de journalistes, d'avocats, de sympathisants, et peut-être même la célébrité.

Sur le sol européen, un islamiste aux mains littéralement tachées de sang n'a vraiment rien à craindre des mesures de rétorsion contre lui ou sa famille, comme elles se pratiquent dans d'autres parties du monde. Au pire, il subira quelques années dans prison confortable où il pourra pratiquer sa religion dans le plus grand respect, les défenseurs des droits de l'homme y veilleront, et confier son mal-être à l'oreille bienveillante d'un psychiatre payé par les mécréants qu'il est venu combattre. Win-win, comme on dit.

Il faut le reconnaître, entre la douceur de ses peines et les aides sociales permettant de financer la lutte, le théâtre d'opération européen est un champ de bataille des plus accueillants.

Pendant qu'ils commettaient leur forfait, Michael Adebolajo et son complice Michael Adebowale exhortaient les passants à filmer leur boucherie. Mais l'épisode sanglant ne suscita aucun sentiment de terreur, seulement une navrante consternation. Une mère de famille passée par là, Ingrid Loyau-Kennett, parvint même a "dialoguer" avec les assassins en attendant la police:

«Je lui ai demandé pourquoi il a fait ça. Il a dit qu'il avait tué cet homme parce qu'il était un soldat britannique qui tuait des femmes musulmanes et des enfants en Irak et en Afghanistan», explique-t-elle. «Je lui ai demandé ce qu'il comptait faire ensuite car la police n'allait pas tarder. Il a répondu que c'était une guerre, qu'il allait les tuer. Je lui ai demandé si c'était une chose raisonnable à faire mais c'était clairement ce qu'il envisageait.»

 

Les deux Michael s'en sont probablement pris à la première cible venue, quasiment au hasard. Mais, quitte à "venger" la mort de musulmans innocents, ils auraient dû pousser leur réflexion plus loin. Ils se seraient alors peut-être demandés: la vie d'un musulman irakien ou afghan serait-elle plus précieuse que celle d'un musulman syrien, par exemple?

La question mérite de se poser. Si on savait depuis des années que les civils musulmans sont bien plus victimes de terroristes musulmans que d'un quelconque gouvernement occidental, les compteurs prennent une tournure effrayante dès lors qu'on ajoute la guerre civile syrienne dans l'équation.

Certes, dans le cas d'une guerre civile la frontière est floue entre opération militaire et terrorisme pur. Mais ce n'est pas la seule limite mal définie. On aurait tort d'opposer un Bachar el-Assad occidentalisé à des hordes dépenaillées. On aurait tort d'opposer un méchant dictateur à de gentils démocrates. On aurait tort d'accuser le régime d'employer des armes chimiques lorsque les rebelles font peut-être de même - et emploient en tous cas des kamikazes. On aurait tort, même, d'y voir un conflit limité à la seule Syrie.

Voilà une révélation pour ceux qui suivent l'affaire de loin: le Hezbollah libanais - et iranien - prête main-forte au régime de Bachar el-Assad depuis des mois. Le Hezbollah a tout du mouvement islamiste jusqu'à la caricature, saluts nazis compris. Autrement dit, dans le conflit syrien chaque camp a son stock d'islamistes revendicatifs à l'humeur explosive.

S'il faut tracer un front, il est bien plus entre Alaouites, Druzes, Kurdes et au-delà, entre les deux figures dominantes de l'islam régional, les Chiites et les Sunnites, qu'entre un quelconque régime et l'opposition. L'Iran est le bastion des premiers, l'Arabie Saoudite celui des seconds, mais ces pôles ne doivent pas masquer une mosaïque d'ethnies et de croyances traversant toutes les frontières régionales (un portrait de la population syrienne en 2012 donne un aperçu du côté inextricable de l'affaire.)

Pourquoi seuls les Américains et les Israéliens seraient l'ennemi? Pourquoi poser des bombes chez ces chiens d'infidèles occidentaux et s'abstenir d'en poser chez ces chiens de chiites ou sunnites du voisinage, qu'on exècre depuis des siècles? Si ça marche là-bas, cela devrait marcher ici, et réciproquement. Tout ceci est finalement de la plus grande cohérence.

De la Turquie au Yémen, du Sahelistan aux montagnes afghanes, le monde islamique bascule  progressivement - mais de plus en plus vite - dans le chaos généralisé. La Syrie n'en est que l'éruption la plus visible. Le concept de guerre contre l'Occident lancé par les théoricien du jihad a échappé à tout contrôle. Il devient peu à peu une guerre ouverte, totale, contre tous les ennemis que chacun se désigne en terre d'islam, et Dieu sait s'ils sont nombreux.

Et pour la plupart, musulmans.

En France, les guerres de religion s'étalèrent sur quelques dizaines d'années au XVIe siècle, entre protagonistes ne disposant pas de l'armement actuel et qui s'affrontaient au nom d'un dogme prônant malgré tout un message de paix et de tolérance. Peut-on penser qu'une guerre entre factions dissidentes de "vrais croyants de l'islam" trouve une issue paisible aussi vite et avec aussi peu de morts? Compte tenu de l'agressivité viscérale, de l'absence de compromis et de la propension à encourager la violence contenues dans cette religion, nous sommes plutôt partis pour une lutte fratricide de quelques siècles, qui pourrait provoquer quelques génocides à l'occasion.

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Bagdad, 2009

L'Occident n'est évidemment pas sorti d'affaire avec les islamistes qui pullulent dans ses banlieues. Mais c'est sans rapport avec l'énergie déployée par diverses factions pour faire exploser des voitures piégées dans les marchés de telle ou telle ville en terre d'islam. Aussi, au Moyen-Orient tout au moins, l'indignation de musulmans pour des motifs aussi triviaux que des caricatures de Mahomet dans un obscur journal danois à des milliers de kilomètre de chez eux semble appartenir au passé.

Oscillant entre misère et attentats aveugles, l'indignation envers un Occident amorphe sera bientôt le cadet des soucis des islamistes locaux - et les renverra aussi, paradoxalement, au souvenir d'une époque plus heureuse.

Les haines les plus tenaces se trouvent souvent entre membres d'une même famille.

24 avril 2013

Washington, entre erreur et déni

Dans sa première allocution immédiatement après l'attentat de Boston, le président Barack Obama réussit à commenter la situation sans employer une seule fois le mot "terrorisme". Pour le chef d'Etat américain, la déflagration simultanée de deux engins explosifs au milieu de la foule à l'arrivée d'un marathon n'était sans doute pas suffisante pour mériter un tel qualificatif. A moins qu'il n'ait cherché à ne stigmatiser personne. D'authentiques terroristes auraient pu s'indigner.

A l'époque, on ne savait pas encore que les explosions s'étaient déclenchées à partir de cocottes-minute piégées ; la méconnaissance de ce détail nous épargna peut-être l'évocation d'un "dramatique accident de cuisine" par le responsable de la Maison Blanche.

Aussi ridicule soit-il, le déni est une réaction humaine. Admettre que l'attentat de Boston soit la première offensive terroriste exécutée sur le sol américain depuis les attentats du 11 septembre n'a rien de facile. C'est pourtant la stricte et douloureuse vérité. En voilà une autre: dans sa tâche de protéger le peuple américain, Barack Obama a fait moins bien que son prédécesseur George W. Bush. Et il ne peut même pas se retrancher derrière l'excuse de l'effet de surprise.

Si le déni est problématique pour un individu, il devient dangereux lorsqu'il affecte des pans entiers de la société, que ce soit les médias ou les services gouvernementaux chargés de la défendre.

Pendant l'étrange phase "Où est Charlie" où des milliers de fonctionnaires et d'internautes épluchaient les images des caméras et les prises de téléphone portable au moment des faits pour tenter de trouver des suspects (sans qu'aucun militant ne manifeste plus contre l'ignoble empiètement de la vidéosurveillance sur la vie privée) les éditorialistes se faisaient un devoir d'examiner les pistes. Au menu figuraient à peu près tous leurs fantasmes, livrés en vrac: nationalistes anti-gouvernement, miliciens pro-NRAA en rogne contre Obama, extrémistes chrétiens, agents secrets de Corée du Nord... Ou l'inévitable Mossad, comme d'habitude.

En même temps, comme si un petit sentiment taraudait la conscience en sourdine, il fallait se couvrir: le petit peuple évoquant bruyamment la piste islamiste sur Twitter, on expliqua alors que, dans l'hypothèse proprement invraisemblable d'un terroriste musulman, cela ne pourrait être que le fait d'un "loup solitaire", un illuminé, un Homegrown Terrorist agissant de son propre chef à base de vidéos de propagande et de construction de bombes vues sur Youtube.

Bref, un individu non fiché, surgi de nulle part, et contre lequel il est impossible de se prémunir.

Toutes ces idées fausses volèrent en éclat (métaphoriquement, pour une fois) avec la découverte des frères Tsarnaev. Deux musulmans d'origine Tchétchène, accueillis comme réfugiés politiques par les Etats-Unis, fichés depuis longtemps, travaillant de concert pour massacrer un maximum de civils du pays qui avait eu l'audace de leur offrir la nationalité et un avenir.

usa,barack obama,terrorismeDepuis, les révélations se suivent et se ressemblent: faisceaux d'indices guère suivis, manque de coordination avec des services étrangers (notamment russes), bureaucratie incapable de maintenir ses fichiers à jour, perte de leur trace à cause de fautes d'orthographe, toute la ribambelle consternante des fautes de services gouvernementaux en charge de la sécurité...

Les deux frères quant à eux, loin de se contenter de vidéos islamistes, accomplirent une carrière terroriste tout à fait classique: sensibilité à la cause, endoctrinement - vraisemblablement à l'étranger, les mosquées américaines étant trop molles - puis voyage de l'aîné dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de poseur de bombe, ici le Daguestan et la Tchétchénie, en janvier 2012.

Autant pour le Homegrown Terrorism.

Il est de bon ton de pointer du doigt les erreurs de Washington, mais la capitale américaine n'est pas la seule à refuser d'aborder le problème. L'histoire des frères Tsarnaev résonne dans bien des pays occidentaux - que ce soit Mohammed Merah en France, Magd Najjar en Suisse ou Taimour Abdulwahab en Suède. Combien de paumés se laissent progressivement endoctriner par des prêches extrémistes? Combien d'apprentis-terroristes viennent quérir une formation au cours d'un voyage "touristique" dans une zone tribale? Combien d'étrangers sans aucun attrait pour leur pays d'accueil ou ses habitants se retrouvent gratifiés de sa nationalité? Combien crachent leur haine pour l'Occident dans l'indifférence générale?

L'idée d'islamistes mûs par la pauvreté et les inégalités n'a jamais été que l'expression des fantasmes de la gauche, sans le moindre lien avec la réalité. Ceux qui s'accrochent désespérément à la vision de terroristes forcément étrangers et aisément identifiables sont aussi en retard d'un attentat ; les frères Tsarnaev ne portaient même pas de barbe.

Aiguillonnés par la tuerie de Boston, les services de sécurité occidentaux se réveillent. On arrête des membres d'al-Qaeda en Espagne. Le Canada se découvre une filière de talents islamistes, avec projets d'attentat clef en main. Quant à la France, elle ne sait trop de quelle façon elle récoltera les fruits du printemps arabe. Sans remise en question des politiques d'accueil et d'intégration, comment croire que ces opérations récentes suffiront à juguler la menace?

Certains élus, dont l'inénarrable John McCain, proposèrent de qualifier les terroristes de "combattants étrangers", pour mieux les dissocier du peuple américain. Sachant que Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev vécurent plus de dix ans sur le territoire des Etats-Unis et que le plus jeune reçut même la nationalité américaine, la proposition est pour le moins osée.

Mais acceptons la suggestion pour ce qu'elle vaut et suivons l'hypothèse jusqu'au bout: si Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev sont effectivement des combattants étrangers, la ligne de front est à revoir.

09 février 2013

Safari-Jihad au Kenya

Il fallait l'histoire ubuesque d'un ressortissant jordanien arrêté au Kenya pour que le voile se lève sur les étranges pratiques de certains réfugiés en Suisse, et du choix de leurs vacances.

A mi-chemin entre les pages people et la rubrique insolite, la nouvelle fait son chemin jusque sur le Matin: un gymnasien, un adolescent, presque un enfant, serait en danger de mort dans les geôles kenyanes! La famille appelle solennellement la Suisse à l'aide: que les services diplomatiques s'activent, il faut le reprendre, tout tenter pour qu'il rentre au pays! Ne pas le faire serait une "condamnation à mort" selon les termes de l'avocat de la famille, Me Jacques Emery.

Et le juriste de lâcher de façon péremptoire: "La Suisse est moralement et juridiquement responsable de cette situation". Rien que ça.

Si on peut comprendre le désespoir sincère d'une famille et la mise en oeuvre de tous les moyens possibles pour sauver un proche en danger, la stratégie de l'appel à l'aide public n'est pas sans risque si le dossier souffre quelques faiblesses...

En l'occurrence, le jeune homme de 19 ans, donc majeur, est bien connu de l'administration helvétique: celle-ci l'a déjà déclaré persona non grata sur le territoire helvétique l'an dernier, juste après son arrestation:

Le jeune Jordanien résidant à Bienne (BE) inculpé au Kenya pour ses liens présumés avec les insurgés islamistes somaliens ne peut plus entrer en Suisse jusqu'à nouvel ordre. Parallèlement, l'Office fédéral des migrations (ODM) a engagé une procédure de révocation de l'asile.

Des indices clairs montrent que cette personne a séjourné dans des régions de la Somalie dans lesquelles se trouvent des groupes djihadistes impliqués dans un conflit, écrit samedi le Département fédéral de justice et police (DFJP) dans un communiqué. Il semble aussi qu'elle ait entretenu des contacts avec des éléments islamistes en Suisse.

 

Des éléments islamistes en Suisse? Voyons! Ca n'existe pas.

Le Biennois d'origine jordanienne, au bénéfice de l'asile, se rendit au Kenya en février 2012 en passant vraisemblablement par la Somalie. Soupçonné d'être lié à d'autres européens recherchés et d'avoir été formé dans un camp de la milice islamiste des al-Shabaab, il fut arrêté en avril, prétendit être "suisse" (les autorités locales confondirent avec la Suède, comme de bien entendu) et formellement inculpé le 6 juin pour implication dans des activités criminelles organisées.

magd.jpgIl croupit dans une cellule kenyane depuis octobre, et son état de santé n'est plus au beau fixe.

Il est encore un peu tôt pour savoir comment se démêlera cette situation. L'individu n'est plus admis à entrer en Suisse (l'appel de cette décision donnant lieu à ce récent battage médiatique) et la révocation de son statut de de réfugié est encore pendante. Mais qu'on se rassure, le jeune homme est encore sous la protection du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU. Les instances supra-nationales veillent sur le bien-être des meilleurs d'entre nous...

Si le Kenya le libère, il devrait probablement être expulsé, mais ni en direction de la Jordanie (dont il est originaire) ni en direction de la Suisse (qui ne veut plus de lui). Nul doute que la Terre est assez vaste pour que ce turbulent jeune homme trouve un nouveau point de chute, même si chacun semble s'efforcer d'ignorer cette possibilité.

Outre la dangerosité de l'individu, le choix de destination du "réfugié" fait réfléchir. La frontière Kenyo-Somalienne, quel bel endroit pour passer des vacances!

En réalité, les réfugiés politiques et autres demandeur d'asile abrités par la généreuse Helvétie ont eu, jusqu'à ce que l'UDC réduise cette possibilité, de généreux droit au voyage depuis la Suisse, même vers le pays dont ils s'étaient enfui. Et ce, même si leur demande d'asile avait été rejetée!

Si les abus les plus criants ont été calmés (du moins l'espère-t-on) l'interrogation de fond reste posée. Selon la LAsi, la qualité de réfugié est reconnue "aux personnes qui, dans leur État d’origine ou de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de leurs opinions politiques."

Lorsque des commissions politiques à Berne discutèrent de resserrer la vis, on entendit que les gens au bénéfice de l'asile pouvaient l'être en Suisse simplement "pour y recevoir des soins médicaux indisponibles dans leur pays", comme l'expliqua le secrétaire général de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, ou encore qu'ils souhaitaient "garder des liens avec le pays dont ils sont issus."

A lire les propos de connaisseurs du milieu, la menace grave et immédiate pesant sur les demandeurs d'asile semblait finalement assez lointaine.

Posons simplement la question: une personne suffisamment peu en danger dans son pays d'origine pour y passer régulièrement des vacances mérite-t-elle vraiment la "protection" offerte par l'asile?

Et pour en revenir au cas particulier du jeune biennois si bien intégré, l'Office fédéral des migrations distribuant les permis F assure-t-il suffisamment le suivi des dossiers? L'asile peut être révoqué si le bénéficiaire se livre à des actes criminels ou compromet la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse.

Fallait-il attendre que le jeune biennois passe dans le centre d'entraînement d'un mouvement terroriste affilié à al-Qaeda au Kenya pour réaliser qu'il y avait un problème?

18 octobre 2012

Feuille de route vers un désastre

Au hasard de leur pérégrinations, certains d'entre vous sont peut-être déjà tombés dans un recoin d'Internet sur la célèbre "carte de la domination islamique", une espèce de plan plus ou moins délirant de conquête du monde...

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17 septembre 2012

Les limites de la rage islamique

Depuis quelques jours, des dizaines de milliers de musulmans manifestent dans le monde - souvent violemment - pour dénoncer Innocence of Muslims (l'Innocence des musulmans), nanar de série Z réalisé aux Etats-Unis.

terrorisme,liberté d'expression,islamLes émeutes ont provoqué des morts en Tunisie, au Soudan, au Liban et en Egypte. L'attaque de l'ambassade américaine à Tunis a fait quatre morts. En Libye, l'attaque du consulat américain de Benghazi a fait plusieurs victimes, dont l'ambassadeur - violé, sodomisé, et promené dans la ville comme trophée.

Les autorités américaines voient dans ces manoeuvres la signature d'al-Quaeda, arguant qu'il n'est pas très crédible que des manifestations "spontanées" abritent des individus armés de lance-roquettes. Ce n'est pas faux, mais d'un autre côté, dans un pays comme la Libye en proie aux pillards et aux bandes de miliciens mal dégrossis, comment en être sûr? Peut-être que le lance-roquettes est le dernier accessoire à la mode pour ne pas avoir d'ennuis en aller chercher le pain...

Plus sérieusement, les lance-roquette de Benghazi sont regrettables, mais tiennent malheureusement du détail. Il est toujours dommage que des éléments violents viennent s'abriter dans une manifestation comme à Khartoum, mais ce n'est qu'un aspect secondaire. Si 10'000 personnes viennent hurler leur haine de votre pays et de ses valeurs au pied de votre ambassade avant de la mettre à sac, vous avez un problème, même si la foule vindicative n'abrite aucun terroriste.

A Khartoum, les manifestants n'étaient pas en reste. Échouant à vandaliser l'ambassade américaine, ils se sont contentés de prendre d'assaut l'ambassade allemande, arrachant son drapeau pour le remplacer par un étendard islamiste avant d'incendier le tout pour faire bonne mesure. Toujours au nom de la protestation contre un film hébergé sur Youtube, les partisans les plus engagés de la "religion de paix" ont saccagé et brûlé une église au Niger.

Ces agissements éclairent d'une façon très parlante les prétendues nuances dont les régimes occidentaux tentent de se parer dès lors qu'on aborde la question littéralement explosive de l'islam. Pour le manifestant libyo-égypto-soudano-afghano-tunisien typique, le monde n'est pas vraiment nuancé: il y a les terres sous domination islamique et il y a les autres, à soumettre - et peu importe la façon dont les dirigeants de ces régimes se tortillent pour espérer apaiser son courroux.

Ce qui pourrait passer pour une espèce de folkore tribal navrant est plus problématique lorsque les salafistes viennent manifester jusque dans Paris. N'allez pas croire qu'ils ont fait le trajet exprès depuis le Soudan. Ils n'ont eu qu'à prendre le bus de banlieue.

Nous jetons des milliards de dollars et d'euros pour essayer de nous faire aimer de ceux qui nous haïssent et veulent nous convertir ou nous décapiter, mais nous les laissons venir s'installer jusque dans nos villes, profiter de nos systèmes sociaux généreux, de notre liberté de parole, de notre prospérité. Le résultat est souvent maigre: les voir rejeter entièrement leur cadre de vie et prêcher leur haine dans des mosquées radicalisées, dans le but semi-avoué de ramener leur environnement au cloaque sous-développé qu'ils ont quitté.

terrorisme,liberté d'expression,islamQue valent toutes les politiques d'apaisement face à un adversaire dénué de tout sentiment, qu'un navet sur Youtube suffit à embraser d'une rage inextinguible?

Les politiciens - dont l'hypocrisie n'est plus à démontrer - ne sont que trop au courant de la situation. Résultat? Ils s'empressent de se tromper de cible: en Allemagne, le pasteur Terry Jones est persona non grata. Aux USA, Barack Obama demande à Google de retirer la vidéo incriminée - sans succès, heureusement.

Les élites occidentales cherchent à éviter toute confrontation. Face à un adversaire aussi irrationnel que l'islamiste moyen, cela implique de se plier à sa vision névrosée du monde. Bien entendu, la seule conséquence revient à susciter encore plus de haine: les islamistes dénonçant l'hypocrisie et la veulerie de l'Occident n'ont pas à chercher longtemps des exemples pour étayer leurs harangues.

En Europe et aux Etats-Unis, la liberté d'expression et le droit de critiquer une religion - comprendre: la religion musulmane - sont en sursis. Un projet de loi pour introduire le blasphème dans le code pénal n'est pas à l'ordre du jour, mais la question se posera certainement.

On pourrait se demander, au vu des réactions de la "rue arabe", quelle proportion de musulmans est accro à Youtube. Moins d'un protestataire sur mille a probablement vu la bande-annonce de ce film, et la proportion réelle est sans doute encore moindre.

C'est exactement comme la fameuse affaire des caricatures de Mahomet où les journalistes envoyés sur place (une fois le calme revenu) avaient bien du mal à dénicher le moindre manifestant ayant effectivement aperçu les dessins incriminés.

Mais comment faire face à l'irrationel? Dans ses conditions d'utilisation,Youtube explique:

"Certains contenus sont susceptibles de vous choquer. [...] Si la vidéo n'est pas contraire à notre règlement, cliquez simplement sur une autre vidéo. Pourquoi perdre votre temps à regarder des vidéos que vous n'aimez pas ?"

 

Cette évidence est incompatible avec le mode de pensée islamique. Il ne s'agit pas de voir ou de ne pas voir une vidéo offensante, des caricatures du prophète ou un exemplaire du coran maltraité: ces choses-là ne doivent pas exister. Peu importe ce qu'il faudra brûler, mutiler, tuer, démolir ou décapiter pour y parvenir.

Une telle attitude porte les germes de sa propre destruction. Comme l'écrit Waleed Aly au sujet de protestations contre le film organisées à Sidney (!):

En réalité, ils ont besoin de cette offense. Elle leur donne la chance de s'imposer de sorte qu'ils puissent se sentir unis, vertueux mêmes. C'est un raccourci vers l'estime de soi.

Le problème est qu'à notre époque numérique, il y a toujours moyen de susciter de nouveaux griefs. N'importe qui peut faire une recherche sous Google pour trouver des préjudices inédits, et il y a sans cesse des nouvelles rageantes à partager avec d'autres. Des communautés virtuelles se rassemblent autour de la mise en ligne de matériel offensant et de déchargement de bile communautaire. Bien vite vous avez un phénomène culturel, une sous-communauté dont la cohésion repose presque exclusivement sur une indignation partagée. Vous finissez avec une identité qui n'a rien à dire sur elle-même; une identité reposant sur une position d'une pauvreté absolue, n'existant qu'à travers sa colère de défi.

 

Et d'annoncer le verdict: le concept "d'identité islamique" devient totalement creux. La fierté et l'opposition résolue n'abritent aucune substance. Pour Waleed Aly, la colère musulmane est semblable à celle d'un ivrogne dans un bar, blessé dans sa fierté et qui chercherait à frapper n'importe qui en décochant des coups de poing au hasard - absolument n'importe qui, juste pour se donner contenance.

terrorisme,liberté d'expression,islamMalheureusement pour les musulmans, l'Occident est une source de vexation absolument sans limite. Bien que ses dirigeants soient lâches, la multitude des comportements individuels, la liberté d'expression et l'existence d'Internet garantissent au monde islamique l'émergence continuelle de nouveaux motifs d'indignation, et ce, de plus en plus souvent. Nous ne sommes qu'aux balbutiements en termes d'irritation. Qu'on imagine ce qui se passera le jour où un artiste réellement provocateur décidera de mettre non une croix chrétienne, mais un coran dans de l'urine!

Les émeutes en Libye ou au Soudan font passer les manifestants pour des enragés certes dangereux, mais également de plus en plus ridicules. Comment peuvent-ils espérer inculquer un quelconque respect à une population incroyante de plusieurs milliards d'habitants? Quand on y pense, L'Innocence des Musulmans, obscure création de troisième catégorie, est devenue un méga-hit planétaire visionné par des millions d'internautes précisément à cause des manifestations de gens pensant que personne ne devrait voir un tel film. Quel bel auto-goal!

Dans la lutte entre provocation et indignation, les islamistes ne peuvent tout simplement pas l'emporter.