08 septembre 2014

De l'indoctrination politique à l'école

Avec un sens du buzz dont ils sont coutumiers, les Jeunes UDC ont lancé en grande pompe un site en ligne visant à dénoncer les professeurs utilisant leurs cours comme une tribune politique, l'objectif affiché étant de mettre un terme à "l'indoctrination".

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Cris et glapissements dans l'assistance! Il n'en fallait pas davantage pour que les journalistes du Matin - traitant eux-même l'actualité avec une indépendance idéologique à toute épreuve - ne partent en guerre contre le site, d'abord en relatant son existence comme un acte d'accusation, puis en lançant un "débat" orienté aux conclusions choisies en assaisonnant le tout d'un éditorial assassin.

Raphaël Pomey, auteur du premier article indigné, se lance ainsi dans une diatribe échevelée, s'étranglant que les Jeunes UDC présentent le réchauffement climatique comme un mythe et décrivant comme "digne des pires régimes autoritaires" (!) le fait d'envoyer une lettre de protestation aux individus ainsi accusés... L'hyperbole est en solde.

Pour relever le niveau de la presse romande on notera le traitement nettement plus factuel de l'information par le quotidien 20 Minutes, livrant d'ailleurs autant d'exemples édifiants par le biais des commentaires des lecteurs. Il faut dire que le public du journal gratuit, souvent adolescent, est certainement plus souvent au contact de la problématique soulevée.

L'UDC n'a rien contre les professeurs ne serait-ce que parce que certains de ses plus célèbres représentants, comme le Conseiller d'Etat Oskar Freysinger, sont issus de ce milieu. D'ailleurs, loin de réduction délibérément choisie par une certaine presse, les Jeunes UDC se défendent eux-mêmes de vouloir "traquer les profs gauchistes":

Il incombe [aux professeurs d'école] de dispenser des cours aussi neutres que possibles, se concentrant sur la transmission du savoir et la formation d’un esprit critique chez les jeunes. 

Le projet des Jeunes UDC ne remet pas ces valeurs en cause! Les cours de citoyenneté doivent perdurer, les débats politiques en classe également, et les professeurs ne doivent pas avoir peur à tout instant d’être "dénoncé". Ce n’est pas ce que propose la plateforme "écoles libres". 

Cette plateforme s’attaque aux abus manifestes. Les cas relevés concernent des situation inacceptables, telles que des cours d’histoire de la Seconde Guerre Mondiale où l’UDC aurait été assimilée au parti nazi, des manques de bonne foi évidents visant à convaincre des élèves de la véracité d’une idée politique ou encore la présence d’un portait de Lénine en salle de classes. Il s’agit là d’exemples réels qui ne doivent pas continuer: les faire connaître est un moyen certain de les faire cesser.


L'immense majorité des professeurs fait son travail correctement, avec dévouement et en gardant ses opinions politiques pour elle, qu'elles soient de gauche ou de droite. C'est exactement ce qu'on lui demande. Mais cette majorité n'est pas l'unanimité.

J'ai fait ma scolarité en France. Le pire y a côtoyé le meilleur, du brillant professeur de mathématiques "ancienne école" distillant ses cours en blouse blanche à l'enseignante d'histoire-géographie au maoïsme affiché, faisant circuler en classe des photos de propagande chinoise sur le bonheur des travailleurs aux champs sous un régime communiste. Ce ne sont que deux exemples parmi bien d'autres, certains à peine croyables.

Tout cela est bel et bien arrivé, mais il y a fort longtemps et dans un autre pays.

Cependant, je ne peux pas me résoudre à croire que la nature humaine change du tout au tout simplement en traversant une frontière. Pourquoi aurais-je enduré en France tant de classes tenues par des enseignants faillibles alors que l'école suisse serait miraculeusement protégée de ces dérives? Les professeurs helvétiques prêtent-ils serment? Appartiennent-ils à une espèce supérieure, ontologiquement capable de garder ses opinions politiques au vestiaire? Sont-ils au moins surveillés sur cet aspect de leurs cours?

Il est évident que non. Choix des thèmes de dissertation, des œuvres littéraires à étudier, traitement de l'histoire ou de l'actualité... Les possibilités d'une dérive idéologique de l'enseignant sur ses élèves sont légions. Elles sont encore renforcées par l'ascendant qu’exerce un adulte en situation de domination. Il paraît immanquable que ces dérives surviennent, bien qu'elles restent la plupart du temps dans le domaine du tolérable. Mais ce n'est pas toujours le cas et les conséquences peuvent être parfois dramatiques - par exemple, lorsqu'elles affectent directement les notes et donc les perspectives d'avenir d'un élève.

Freie-schulen.ch est une expérience intéressante. Le site constitue une menace vis-à-vis de tous ceux qui confondent pupitre et tribune de part son existence même. Il fait donc œuvre de salut en forçant peut-être certains enseignants à prendre du recul, même si aucune dénonciation n'y est jamais enregistrée.

Les journalistes n'en ont cure: ils se contentent pour la plupart de dénoncer la "chasse aux profs gauchistes". Il n'est pas anodin que la résistance s'organise autour de cette catégorie précise, un joli deux-poids-deux-mesures que relève avec beaucoup de finesse le vice-président des jeunes UDC:

Lorsqu’un enseignant chrétien raconte ses convictions à ses élèves, les réactions négatives ne se font pas attendre. Certains politiciens n’hésitent pas, à ce sujet, à dénoncer les cas publiquement et à se battre pour la neutralité confessionnelle des écoles. Ce combat est aussi visible pour ce qui est de la présence ou non de crucifix dans les écoles. 

Pourquoi donc les mêmes personnes s’indignent-elles quand on s’attaque à la présence d’un portrait de Lénine dans une salle de classe? (...)

 
Et la classe médiatique de s'abîmer dans un silence épais.

Lorsqu'un professeur exprime ses opinions personnelles en classe il y a les dérives inacceptables... Et puis, il y a les autres.

11 février 2014

Leçons du 9 février

Depuis dimanche soir, la Constitution Fédérale est agrémentée d'un nouvel article sur l'immigration demandant l'établissement d'une limite supérieure annuelle au nombre des nouveaux venus, et comme condition à l'octroi d'un permis d'établissement "la demande d'un employeur, la capacité d'intégration et une source de revenus suffisante et autonome."

Rien que du bon sens, en somme.

Je suis un immigré. En Suisse depuis quinze ans, je suis arrivé à l'époque des quotas ; je n'en suis pas mort. Mais venant d'une France dévastée par des décennies d'ouverture au tout-venant, je connais les conséquences d'une immigration irréfléchie. Je ne peux donc que saluer la sagesse et la clairvoyance des citoyens, au-delà des intérêts d'une économie incapable d'intégrer le long terme dans l'équation. Leur courage aussi, car il en fallait du courage pour oser voter Oui le 9 février. Ne nous avait-on pas promis d'innombrables souffrances en cas de "mauvais choix"? En attendant, la croissance 2014 est révisée à la hausse...

udc,manoeuvres politiques,démocratieBeaucoup de gens hors de Suisse ont mal compris le texte de l'initiative, par exemple Rama Yade. La conseillère régionale UDI d'Île de France s'est sentie obligée de souligner que "200'000 Français qui travaillent en Suisse vont se retrouver sur le carreau". L'émotion, sans doute. Mais si on se donne la peine d'aller au-delà de l’anecdote, l'incompréhension des politiciens européens est inévitable puisqu'elle renvoie à leur propre surdité. De peur d'entendre le peuple, aucun d'entre eux ne serait prêt dans le moindre pays à mettre au vote une proposition comme celle de l'UDC. La démocratie les effraie au plus haut point. C'est en cela, et rien d'autre, que la décision helvétique du week-end est "regrettable". Comme le résume Zerohedge:

La Commission européenne regrette l'approbation de l'initiative introduisant une limite quantitative à l'immigration. Cela va à l'encontre du principe de libre-circulation des personnes entre l'Union Européenne et la Suisse.

Plus important encore, cela va à l'encontre du principe central de l'UE d'ignorer les décisions démocratiques comme le savent toutes ces nations européennes écrasées sous la planification, contrôlées par des banques et insolvables - seuls quelques "bons" bureaucrates non-élus savent ce qui est le mieux pour tout le monde. En tant que tel le vote démocratique doit toujours être ignoré, en particulier lorsqu'il va à l'encontre des thèses prêchées par les politiciens, les banquiers centraux et, bien sûr, Goldman Sachs.


L'insolente velléité d'indépendance de la Suisse a valeur d'exemple. Elle pourrait déteindre sur d'autres peuples de l'Union car la colère gronde au Royaume-Uni, au Danemark ou en France. C'est l'unique souci des élites. Croire qu'il se soucient un instant des difficultés d'installation en Suisse de leurs ressortissants tient de la plaisanterie - ils ne sont même pas capable de comprendre les raisons pour lesquelles ils partent. D'ailleurs, pourquoi faudrait-il s'inquiéter du sort d'ingrats refusant le paradis européen?

L'Europe aboie beaucoup mais mord peu: elle s'en voudrait de punir une classe politique helvétique acquise à sa cause. Du point de vue Bruxellois, les élites de la Suisse sont aussi victimes de la votation de dimanche. Elles expieront la reculade sur la libre-circulation en accordant servilement à l'UE des concessions encore plus humiliantes sur le reste. Voilà la "renégociation" qui attend la Suisse.

La rupture entre le peuple et sa classe politique est tout aussi criante en Suisse. Comme de plus en plus souvent, l'UDC a gagné seule contre tous. On peut y voir la marque d'un certain succès, c'est vrai, mais aussi d'un manichéisme inquiétant. Comment tolérer une seconde l'alliance impie entre autorités fédérales, autorités cantonales, organisations faîtières de l'économie, syndicats, médias et tous les partis politiques hors UDC alors que le texte a rassemblé plus de la moitié des électeurs?

Si la collusion contre-nature a explosé en vol devant le résultat des urnes, ce qui est certes agréable, le fond du problème subsiste: le pluralisme politique est en voie de disparition en Suisse. Comme dans d'autres pays, les choix deviennent binaires et le débat démocratique dégénère en invectives. L'anathème est la bouée de sauvetage des gens sans arguments.

Les implications dépassent largement une ambiance de campagne détestable. Le gouffre se creuse entre les décisions populaires et les orientations des autorités ; il est le reflet d'une classe politique avide de prendre dans les travées du Parlement une revanche sur les urnes. L'UDC l'emporte devant le peuple mais les anti-UDC décident des lois d'application. Ils tiennent les leviers de l'exécutif et du judiciaire et modèlent la Suisse à leur image.

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Il est peut-être plaisant dans une discussion mondaine de clamer qu'on est "pour l'initiative mais pas l'UDC", tant on a dressé le citoyen à ne pas choisir ce parti. Mais le citoyen doit aussi comprendre qu'avec cette posture, à chaque élection il met au pouvoir des gens qui n'auront de cesse de trahir la volonté populaire qu'il s'est donné la peine d'exprimer en votation.

Regardez les conseillers fédéraux, eux-mêmes émanation de l'Assemblée Fédérale, et demandez-vous combien d'entre eux sont pour l'adhésion à l'Union Européenne, pour la libre-circulation, contre le renvoi des criminels étrangers, contre l'internement à vie des criminels dangereux. N'y a-t-il pas un léger problème de représentativité?

Pour garder un sens au débat démocratique, le centre et la gauche doivent écarter de leurs partis les barons du dogmatisme, les donneurs de leçon sourds à la réalité et autres idéologues acharnés dont la posture pavlovienne anti-UDC tient lieu de réflexion politique. Oui aux valeurs, non à l'intransigeance bornée. Il faut retrouver le sens du compromis, du dialogue et de l'intérêt général dans les préoccupations que la population exprime à travers les initiatives.

La tâche est immense mais l'avenir du débat démocratique en Suisse est à ce prix. Les électeurs ont la lourde responsabilité de régénérer la classe politique suisse, faute de quoi les camps en présence se résumeront à "l'UDC" ou "Tous les autres". Est-ce ce que nous voulons?

12 février 2012

Libéralisme hors-sol

Sur le départ, le président du Parti Libéral-Radical suisse Fulvio Pelli a fait son autocritique - un exercice relativement difficile, et vraisemblablement raté.

Je suis libéral. Cette conviction profonde, aboutissement d'un cheminement personnel, est très antérieure à mon adhésion à un parti politique suisse. Mais elle me pousse naturellement à suivre ce qui se passe dans les rangs du Parti Libéral-Radical.

On peut se demander: que fait un libéral à l'Union Démocratique du Centre? Poser cette question montre un manque de compréhension des valeurs réelles sous-jacentes à chaque formation politique, tant l'UDC que l'actuel PLR. Mais comme cet aspect des choses est central pour notre compréhension, il faut procéder à un développement.

udc.jpgSi on devait vraiment la réduire en deux mots, l'UDC est un parti libéral-conservateur. Libéral sur le plan de la responsabilité individuelle et de l'économie, conservateur sur le plan de la société, par respect des traditions et du mode de vie helvétique prévalant jusqu'à une époque relativement récente.

Lors de ma toute première rencontre officielle dans le parti, la traditionnelle soirée pour les nouveaux membres, je me suis présenté de but en blanc: "Stéphane Montabert, politiquement libéral, nouveau membre UDC." Je me demandais si une telle annonce n'allait pas provoquer quelques haussements de sourcils. Il n'y eu rien de tout cela. Non seulement je fus parfaitement accueilli et accepté, mais surtout, je découvrais vite que j'étais loin d'être seul. Bien d'autres membres, élus et cadres de l'UDC partageaient les mêmes valeurs que moi.

Alors, l'UDC, un vivier de libéraux? C'est aller un peu vite en besogne. L'UDC compte dans ses rangs de solides conservateurs, et on pourra même dénicher des socio-démocrates, hélas, sans se donner trop de peine. Un mouvement tel que l'UDC ne saurait être monolithique, ne serait-ce qu'à cause de sa taille. Mais même eux peuvent être amenés à épouser un certain degré de libéralisme, par simple utilitarisme. Et il y a à l'interne une forte proportion de libéraux, des gens qui ont estimé, comme moi, que la défense de l'éthique libérale était mieux défendue par l'UDC qu'à travers n'importe quel autre parti.

On peut évidemment se semander pourquoi ces "dissidents" ne sont pas dans le giron du parti libéral officiel. Ce qui nous amène à nous y intéresser d'un peu plus près.

Pour commencer, la dénomination du parti libéral est Parti Libéral-Radical, et ce n'est pas pour rien. Dans libéral-radical, il y a libéral, mais surtout radical; ceux qui s'intéressent à l'histoire politique suisse ne peuvent que s'étonner de la fusion récente de deux mouvements aux valeurs aussi antagonistes. Comme le mentionne Wikipedia:

Le PRD a été le parti le plus important de Suisse et représentait l'exclusivité du Conseil fédéral jusqu'en 1892. La construction de la Suisse moderne doit beaucoup au PRD, qui était alors situé à la gauche de l'échiquier politique (d'où son nom de radical). D'autres partis, tels que le Parti socialiste se sont positionnés plus à gauche que le parti radical, qui est de ce fait devenu un parti de droite.

 

Oui, les libéraux helvétiques ont choisi entre 2005 et 2009 de s'unir avec des radicaux considérés comme "héritiers de la gauche anticléricale et jacobine des libéraux de 1830" et nostalgiques de la vision de République Helvétique voulue en son temps par Napoléon. Certes, tout ceci remonte à deux siècles, mais quelques valeurs cardinales du radicalisme sont restées bien vivaces, comme le centralisme et l'étatisme, foncièrement opposés au fédéralisme et au principe libéral de subsidiarité.

Les libéraux n'ont pas accepté ce mariage de la carpe et du lapin que pour de basses raisons électoralistes ; la démarche d'un mouvement en perte de vitesse a été rendue d'autant plus facile qu'ils se sont eux-mêmes singulièrement éloignés des principes libéraux classiques, forçant certains d'entre eux à prendre le maquis. Même s'ils le prétendent encore parfois, ils ne sont plus guère les défenseurs des entrepreneurs et des PME (qui se tournent en masse vers l'UDC) mais ceux des banquiers de l'establishment et des grandes entreprises, le "capitalisme de connivence", la même alliance malsaine entre administrateurs et politiciens qui ronge bien d'autres pays occidentaux.

Pendant des décennies, l'appartenance à la famille radicale était pratiquement un choix professionnel: être cadre du parti était la marque d'appartenance à une certaine élite, un marchepied permettant d'intégrer un siège confortable dans un conseil d'administration de grande entreprise. Cette position d'antichambre du pouvoir économique a amené nombre d'affairistes et d'ambitieux à faire carrière au sein du parti - avec des convictions politiques plus que discutables.

Logo-kreuz-PRD-les-Radicaux.jpgFinalement, les deux composantes de la fusion ne sont, de loin, pas de force égale: les radicaux écrasent les libéraux à l'interne et dans les rouages du parti. Seules les sections "jeunes" laissent un peu plus d'oxygène aux défenseurs de la liberté.

C'est ainsi que le PLR en est devenu à tenir des positions invraisemblables de naïveté et complètement à contre-courant du libéralisme, comme l'adhésion à l'Union Européenne (un ensemble supra-national antidémocratique et bureaucratique) ou le refus du renvoi des criminels étrangers (au nom d'une doctrine universaliste faisant fi de la réalité).

Au sein du PLR, les traditions helvétiques de neutralité, d'indépendance et de démocratie directe sont perçues comme un héritage désuet, quand elles ne sont pas ouvertement combattues.

Pour ceux qui s'intéressent aux médias suisses, il y a à peu près autant d'écart entre le libéralisme authentique et le libéralisme sauce PLR qu'il y en a entre le magazine Bilan sous la direction d'Olivier Toublan (ou sa version alémanique) et ce qu'il est devenu sous la plume d'un Stéphane Benoit-Godet et d'une Myret Zaki... Rien d'étonnant donc à ce qu'un Fathi Derder, émanation journalistique romande portant sa médaille anti-UDC en sautoir, en devienne l'ambassadeur à Berne.

Sachant tout cela, choisir l'UDC n'a rien d'un crève-coeur pour un libéral. Les piques partisanes de certains membres du PLR font sourire, mais montrent aussi que les membres de ce parti, à supposer qu'ils soient eux-mêmes libéraux, semblent bien peu capables d'appréhender la puissance des forces libérales au sein de l'Union Démocratique du Centre - un manque de discernement qui résonne comme une parodie de ce qu'ils reprochent à l'UDC.

Cela allait-il changer avec "l'autocritique" de Fulvio Pelli? C'était en attendre beaucoup. Le président sur le départ d'un agrégat sur le déclin s'est contenté d'un mea culpa du bout des lèvres; s'il a vilipendé "les excès de l'économie" trop vite couverts par le parti - quelle audace! - il regrette le virage tardif en faveur de l'écologie  (parce que retourner sa veste sur le nucléaire après Fukushima n'a rien à voir avec de l'opportunisme...) et bien sûr, dénonce le "populisme" des autres partis, en se gardant bien d'en donner la définition.

Ce n'est que si le PLR atteint à nouveau une part d'électeurs de 20% ces prochaines années qu'il pourra remettre à leur place les ennemis d'une Suisse libérale: "Pour cela, nous devons porter le feu libéral vers les gens de ce pays", estime Fulvio Pelli.

 

Le PLR à 20%? On risque d'attendre longtemps. Quand au "feu libéral" porté par M. Pelli, il risque de ne pas réchauffer grand-monde...

Tous les partis politiques suisses sont traversés par des courants, et le PLR ne fait pas exception. Mais l'incarnation actuelle du grand vieux parti est peut-être plus fragile que n'importe quelle autre. Les tensions sont vives entre des philosophies libérales et radicales diamétralement opposés. Bien sûr, les échecs électoraux successifs n'arrangent rien. Mais il est difficile de convaincre les électeurs quand la moindre discussion profonde à l'interne risque de dégénérer en divorce. On en est réduit à aligner des lieux communs, dans la plus banale superficialité, et son président nous en a malheureusement gratifié d'un dernier exemple.

Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait, mais il faudra encore du chemin avant que le PLR ne soit le siège d'un réveil du libéralisme, à supposer que cela survienne un jour.

En attendant, l'indépendance et la neutralité helvétiques, la souveraineté populaire, la baisse des impôts, la gestion saine des deniers publics, l'attention sur les fonctions régaliennes de l'Etat et la défense du fédéralisme n'ont jamais été aussi bien défendus que par l'UDC. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette, c'est un fait.

J'ai une certaine affection pour mes collègues de pensée dans les rangs du PLR, mais j'estime pourtant que place des libéraux est au sein de l'UDC. J'étais parvenu à cette conclusion il y a plusieurs années déjà, et je n'ai jamais eu à le regretter.

10 janvier 2012

Le congrès de la reconquête

Le congrès extraordinaire de l'UDC du 6 octobre à Bussigny avait vu la nomination de Pierre-Yves Rapaz pour succéder au défunt Jean-Claude Mermoud au Conseil d'Etat vaudois. Las! Malgré les qualités de M. Rapaz, la mobilisation de la gauche et la faiblesse de l'engagement du centre-droit firent tomber le siège dans l'escarcelle des Verts, avec l'élection de Béatrice Métraux.

Le Conseil d'Etat vaudois est désormais dans une situation ubuesque: alors que le canton de Vaud est - aux dernières nouvelles - avec une majorité de droite, l'exécutif est majoritairement à gauche, avec trois PLR, deux socialistes et deux Verts.

Et aucun UDC.

L'UDC a donc formé un front uni ce soir pour entériner la candidature de Claude-Alain Voiblet - une candidature approuvée à l'unanimité du comité central de l'UDC Vaud hier soir.

Claude-Alain Voiblet est un pilier central de l'UDC Vaudoise, en grande partie responsable de sa croissance ces dernières années. Secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande, Claude-Alain Voiblet est aussi député au Grand Conseil Vaudois, et préside le Conseil Municipal de Lausanne. Ce n'est qu'une modeste partie de son parcours ; pour un aperçu plus complet de ses valeurs et de son histoire, écoutez donc sa présentation ici (durée: 10 minutes environ).

IMAG0105.jpgClaude-Alain Voiblet est solide dans ses convictions, méthodique, mais aussi capable d'écouter, diplomate et apte au compromis. Respectueux des institutions, il a le libéralisme helvétique chevillé au corps et défend fermement les intérêts de la classe moyenne et la famille traditionnelle. Il incarne parfaitement la charnière entre l'UDC paysanne traditionnelle et l'UDC urbaine plus récente qui s'est développée dans tout le canton. Il fera un excellent Conseiller d'Etat, j'en suis persuadé. Et je ne suis pas le seul: le congrès de l'UDC l'a littéralement plébiscité.

Devant l'ampleur de la tâche à accomplir - non seulement reconquérir le siège UDC au gouvernement du canton, mais aussi ramener la barre à droite au Château - les membres de l'UDC ont fait preuve d'une étonnante solennité; loin du congrès du 6 octobre où une pléthore de candidats s'étaient affrontés, ce mardi soir a vu l'intérêt supérieur de la politique cantonale s'imposer aux ambitions individuelles. Celles-ci ressurgiront probablement après les élections, lorsqu'il s'agira de trouver un nouveau chef de groupe UDC au Grand Conseil.

Malgré tout, au mois de mars, il ne s'agira pas d'élire un candidat pour quelques mois mais bien de façonner la politique vaudoise pour les cinq ans à venir.

La campagne sera courte; la votation est dans à peine quelques semaines. Gageons qu'elle sera intense. Les électeurs de l'UDC auront douloureusement appris avec l'échec de Pierre-Yves Rapaz que la mobilisation est la clef du succès, et que personne ne leur fera de cadeau.

23 octobre 2011

Tout nouveau, tout beau

Le nouveau Parlement helvétique est sous toit.

La soirée électorale touche à sa fin et tous les scores ne sont pas encore connus - un grand bravo au service informatique vaudois pour la magnifique gestion de son site web de saisie des résultats! - mais les tendances sont là: l'UDC perd des plumes, l'électorat PDC & PLR continue de s'éroder, le PS est stable, le centre surpeuplé. L'entrée la plus fracassante est celle des Vert Libéraux qui dévastent la représentation nationale des Verts proto-marxistes traditionnels.

pouly.jpgDans les anecdotes, on notera l'arrivée sous la coupole de Mauro Poggia au nom du Mouvement Citoyen Genevois et Fulvio Pelli qui sauve d'un cheveu son siège au Tessin, épargnant au PLR une défaite particulièrement humiliante. Dans le canton de Vaud, Guy Parmelin réussit de justesse à coincer le tandem infernal Savary-Recordon prétendument inarrêtable - un exploit assez remarquable au vu la façon dont le parti libéral-radical vaudois a décider de jouer les boulets.

Je n'ai découvert les résultats qu'assez tard, ayant passé l'essentiel de mon dimanche avec quelques dizaines de courageux miliciens chargés de dépouiller le scrutin. Mais autant livrer ici mes impressions à chaud.

L'UDC fait un mauvais score. Il ne faut pas se voiler la face: 3% de moins environ qu'en 2007, ce n'est pas rien. Demain, les éditorialistes de Suisse gloseront avec plaisir sur ce recul (je devine d'ici les formules ironiques comme "Les Suisses ne votent plus UDC" et tutti quanti...) Qu'ils savourent le moment, c'est leur droit. A l'antenne de la TSR, l'UDC genevois Yves Nidegger s'est livré à une analyse correcte, rappelant notamment que lors de la législature précédente la scission entre l'UDC et le Parti Bourgeois Démocratique (PBD) n'avait pas encore eu lieu, ce qui fausse quelque peu les comparaisons avec le score historique de 2007.

Ceci dit, il serait trop facile de se contenter de cette unique explication. Si la création du PBD représente une perte, l'UDC a aussi engrangé des résultats politique importants seule contre tous au cours de la législature précédente (pensons au renvoi des criminels étrangers par exemple). La fondation de nombreuses sections communales a aussi renforcé une assise locale lacunaire et aurait dû amener des bulletins dans les urnes, mais ces progrès locaux et nationaux ne se sont pas concrétisés au moment de renouveler le Parlement fédéral.

Pourquoi? La question taraudera les délégués de l'UDC pendant les prochains mois, à n'en pas douter. Pour ma part, je pense que la campagne publicitaire massive a fini par être contre-productive: à force de placarder des affiches partout, elles font tapisserie et les gens ne les remarquent plus. Pire, elles arrivent même à mettre en valeur les affiches des concurrents en provoquant des réactions style "tiens, une affiche non-UDC!". La posture de leader adoptée par l'UDC a peut-être aussi démobilisé une partie de son électorat: "ce sera gagné de toutes façons, pas grave si j'oublie de voter, d'autres le feront pour moi!"

Mais ce sont là des impressions personnelles immédiates, il est trop tôt pour se livrer à une analyse de fond.

Le PS est stable. La crise de la dette publique en Europe ne semble pas avoir fait son chemin dans l'esprit du peuple suisse. Le travail de confusion des médias faisant porter la responsabilité tour à tour aux banques, à la bourse, voire au libéralisme (tellement typique des sociétés grecques, italiennes, espagnoles et de l'Europe en général), bref, à n'importe qui sauf aux dépenses des gouvernements, ont jeté suffisamment le trouble pour que le PS ne soit pas affecté par ses propositions étatiques ruineuses et/ou utopiques. Le PS est un parti d'appareil; on vote PS parce qu'on se "sent" de gauche ou qu'on est fonctionnaire, pas parce qu'on adhère à son programme, que pratiquement personne ne lit d'ailleurs. Reflet de ses électeurs, la part électorale socialiste reste extrêmement stable. A ce qu'il semble, le PS suisse fera éternellement dans les 17-20% et on n'y reviendra plus.

Avec une élection dans un fauteuil, Alain Berset s'offre un tapis rouge jusqu'au Conseil Fédéral. Je vois mal ce qui pourrait encore l'empêcher d'y prendre place.

Le Mélange Centriste vire à gauche. Toujours pas vu de votation importante sur laquelle les Verts de gauche et les Verts-qui-se-disent-libéraux auraient une position, disons, différente. Je n'ose dire antagoniste, ce serait trop demander. L'espoir fait vivre, et en tous cas, électoralement, ça marche: il y désormais les verts-rouges et la nouvelle teinte vert du moment - même si au goût les deux recettes semblent furieusement identiques. Le succès du nouveau packaging est époustouflant: 13 sièges pour les verts anciens et 12 pour les verts nouveaux! Après cette collision initiale, chacun se réserve une bonne marge de progression sans plus empiéter sur les plate-bandes de l'autre.

Avec 9 sièges pour moins de 6% des voix nationales, le PBD fait aussi assez fort. Les électeurs suisses ont apparemment été nombreux à suivre les nouvelles formations, malgré une présence nationale très irrégulière, un bilan inexistant et un programme sommes toutes léger. Cela vaut un chèque en blanc, à voir comment PBD et Vert'Lib le dépenseront.

3026618524_1_2_uNhJDajT.jpgAvec 31 et 28 sièges respectivement, le PLR et le PDC font figure de vieilles familles politiques éreintées. Il ne faut pas les enterrer trop vite - les nouveaux venus ont encore du chemin à faire avant d'atteindre le poids électoral d'un PDC, fusse-t-il sur le déclin - mais à force de se désagréger élection après élection, l'effet sur leur électorat doit être désastreux. Les deux partis centristes historiques n'ont plus beaucoup de marge de manoeuvre pour parvenir à se renouveler avant de se retrouver au coude-à-coude avec de jeunes pousses bien plus dynamiques.

En conclusion, le nouvel équilibre politique est trouble. Comprendre: indéchiffrable et probablement instable. Le Parlement helvétique 2011-2015 sera plus fragmenté et plus à gauche que son incarnation précédente. On verra la vraie couleur politique des nouveaux en décembre, au lendemain des élections du Conseil Fédéral nouvelle formule. Tout dépend de la façon dont PBD et Verts Libéraux se comporteront. Je doute fort qu'un deuxième UDC trouve le chemin du Conseil Fédéral ; je suis juste curieux des prétextes que les présidents et chefs de groupe clameront pour justifier leur refus.

Au vu de la façon dont les choses se passent, je ne serais même pas étonné qu'il n'y ait plus de représentant UDC au Conseil Fédéral du tout en 2011-2015. Même cantonné à l'armée, Ueli Maurer prend trop de place. Verts libéraux et PBD ne se sentiront guère liés par les vieilles traditions surannées de représentation arithmétique des membres du gouvernement - les verts-libéraux parce qu'ils s'en fichent, les PBD parce qu'ils doivent précisément leur naissance à un rejet de cette répartition - et pourraient bien se laisser séduire par les inévitables comploteurs du moment, donnant enfin à la Suisse le gouvernement de centre-gauche dont sa classe politique rêve depuis si longtemps.

20 octobre 2011

Les Suisses votent UDC.

La première fois que j'ai entendu parler du slogan du premier parti de Suisse "les Suisses votent UDC" pour les fédérales 2011, j'ai éclaté de rire. La formule avait tout pour elle: simple, impertinente et astucieuse!

Pendant que les autres partis affichent des truismes - Y-a-t'il quelqu'un en faveur de la "bureaucratie absurde" dans la salle? Quelqu'un qui souhaite "affaiblir les PME"? Ou "plus de privilèges" pour les politiciens? Non? Personne? - le slogan de l'UDC fait mouche.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, je lisais encore dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un olibrius s'exclamant qu'il ne votait pas UDC. "Suis-je Suisse?" demandait-il - voire, "Suis-je un bon Suisse?" Etrange interrogation, puisque dans le débat qui nous occupe, le chemin du jugement de valeur ne mène strictement nulle part. Pour le PS, les meilleurs Suisses sont ceux qui votent socialiste, pour les Verts, ceux qui votent écologiste, et ainsi de suite. Chacun voit midi à sa porte et on imagine mal comment il pourrait en être autrement.

suisses_udc.jpgDe fait, si tous les Suisses ne votent pas UDC - et il n'en n'a jamais été question - l'UDC est incontestablement le premier parti de Suisse. Elle est donc en droit de parler au nom de tout le corps électoral. Cette situation (suscitant bien des glapissements indignés) se retrouve fréquemment dans le domaine de la publicité hors du champ politique: une marque leader sur son créneau peut faire campagne non pour elle, mais pour le créneau lui-même - l'eau minérale par exemple - et en retirera naturellement les dividendes. Poussé à l'extrême, le phénomène voit passer les marques dans le langage courant, comme Frigidaire, Kleenex ou Escalator.

C'est aussi pour cela que l'UDC a le plus à gagner d'une participation élevée, la vraie inconnue de ces élections fédérales. A chaque fois que dix citoyens décident de se rendre aux urnes, l'UDC engrange trois nouveaux bulletins, les autres partis en moyenne un ou deux. Les formations politiques concurrentes prétendent que chacun doit aller voter mais ne visent pas vraiment l'entier du corps électoral. Elles essayent de mobiliser leurs propres troupes sans réveiller celles du voisin.

Le dernier aspect du slogan "les Suisses votent UDC" tient aux Suisses dont il est fait mention.

Il ne s'adresse pas aux Suisses de passeport - les seuls à exister aux yeux de l'administration - mais aux Suisses de sentiment.

Il ne s'agit pas seulement d'aimer la Suisse, mais aussi d'accepter son histoire, ses religions, sa culture, sa neutralité armée, ses traditions, son conservatisme, sa fierté, son indépendance, son libéralisme et sa démocratie directe.

Au sein du corps électoral, beaucoup de Suisses de passeport ne correspondent pas à cette description. Evidemment, ils ne se reconnaissent pas dans l'UDC. Grand bien leur fasse. Mais ils entrent dans une colère noire à l'idée d'être comparés à ces Suisses qui votent UDC, et c'est là leur erreur.

J'ai un deuxième scoop pour eux: il n'y a même pas besoin du passeport rouge à croix blanche pour se reconnaître dans ce portrait. Je connais des étrangers plus conscients de l'importance et de la nécessité de préservation du particularisme helvétique que bien des Suisses eux-mêmes. Il faut parfois être immigré, avoir eu un regard extérieur et envié le génie de ce pays, pour réaliser l'importance des valeurs que la Suisse abandonne jour après jour sans la moindre arrière-pensée.

L'UDC s'identifie comme jamais au caractère helvétique. Elle intègre complètement les valeurs du pays, dans son corpus et dans ses courants, et il n'y a là rien de plus normal, parce que l'UDC a dépassé le stade du parti politique depuis des années. C'est désormais un mouvement social. La politique n'est qu'une de ses facettes.

A partir de là, prétendre que "les Suisses votent UDC" revient finalement à simplement énoncer les faits, fut-ce au risque de déplaire.

Après des mois de campagne et des milliers d'affiches vandalisées, la conclusion s'impose - cette vérité dérange. L'application avec laquelle les adversaires de l'UDC détruisent systématiquement le matériel électoral n'a d'égale que leur impuissance à contrer le message. A défaut d'avoir quelque chose à rétorquer, on arrache.

Leur rage vaut toutes les démonstrations.