08 janvier 2018

Et maintenant, Trump est fou.

Dire que les Démocrates s'emploient à éjecter Trump du pouvoir depuis le jour de son élection serait un euphémisme. Incapables depuis plus d'un an d'avaler le résultat d'une élection contraire à leurs attentes, ils n'ont de cesse de trouver le moyen de le renvoyer de la Maison Blanche avant la fin de son mandat. Complot russe, prétendue obstruction à justice, une page Wikipédia tente même de recenser les diverses manœuvres employées dans ce but.

usa,donald trump,manoeuvres politiques,foliePas un mois ne passe sans que vienne s'ajouter une nouvelle excellente raison de chasser le Président en exercice. Disons plutôt que chaque péripétie sur sa présidence, vraie ou fausse mais toujours montée en épingle par les médias, se conclut invariablement par l'examen d'une possible destitution sur la base de ces nouveaux "faits".

La dernière tentative en date se base donc sur une probable "folie" de M. Trump, qui pourrait comme par hasard mener à sa destitution par le biais du 25e amendement.

Une vingtaine de psychiatres et psychologues - forcément "éminents" pour la presse - franchirent le pas en octobre 2017 en publiant un ouvrage collectif sur la question: The Dangerous Case of Donald Trump ("Le Dangereux Cas Donald Trump"). Il reçut bien sûr un certain succès de la part des anti-Trump, confortés par les descriptions hyperboliques livrés aux médias par la coordinatrice très engagée à gauche de l'ouvrage, la psychologue Bandy Lee de l'Université de Yale. Apparemment, il y avait urgence à envoyer M. Trump à l'asile, en camisole de force.

Quelques professionnels du secteur eurent beau objecter que depuis quarante-cinq ans l'Association des psychiatres américains (APA) a établi la "Règle Goldwater", dénonçant comme un grave manquement à l’éthique le fait de dresser le diagnostic d’une personnalité publique sans son autorisation et sans même la rencontrer, personne ne les écouta. Billevesées que tout cela. Les règles de déontologie les plus élémentaires ne sauraient s''appliquer face à Donald Trump!

La nouvelle couche est appliquée ces derniers jours par Michael Wolff et son livre Fire and Fury : Inside the Trump White House ("Feu et Fureur : Dans la Maison Blanche de Trump"). Les médias font leur régal des bonnes feuilles de l'ouvrage. Trump serait un enfant gâté réclamant des "victoires", pris de crises de colère et insultant le personnel de la Maison Blanche et son propre gouvernement ; il s'enfermerait pour ruminer devant plusieurs télévisions en même temps ; il craindrait d'être empoisonné par les repas présidentiels ; il serait quasiment illettré, ou trop impatient, et incapable de venir à bout de textes simples...

usa,donald trump,manoeuvres politiques,folieBien que l'ouvrage soit entièrement à charge et dérive souvent dans le grotesque, les rédactions ne prennent aucune distance lorsqu'elles en parlent. Pour les médias, et Le Temps est en première ligne, Fire and Fury ne représente rien d'autre que la vérité. Comment s'en étonner alors que Michaël Wolff a couché sur le papier, jusque dans des "anecdotes" sur la chevelure de Trump, les fantasmes qu'attendait son public?

Seul problème, une partie au moins du livre est basée sur des affabulations - de l'auteur ou de ses sources - donnant au final un tableau caricatural et mensonger.

Prenons le simple exemple de l'élection. Wolff prétend à de nombreuses reprises que Trump ne voulait "pas vraiment" l'emporter - d'où une promesse faite à son épouse Melania qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de devenir Première Dame contre sa volonté, car il n'avait aucune chance. Il aurait de même été parfaitement livide, le soir fatidique, en apprenant finalement sa victoire. Pourtant, Trump s'est battu comme un lion pendant toute la campagne, mettant au point une stratégie novatrice pour arracher aux Démocrates des États considérés comme acquis et enchaînant des dizaines de meetings durant la dernière ligne droite. Pourquoi se serait-il donné tant de peine s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi aurait-il lutté avec succès contre seize autres candidats lors des primaires républicaines pour arracher l'investiture du parti s'il ne voulait pas gagner? Pourquoi se serait-il compromis dans l'illégalité avec les Russes, comme l'affirme Wolff, pour arracher un avantage indu dans l'élection, s'il ne voulait pas gagner?

Le récit de Fire and Fury n'a même pas de cohérence interne. Certains intervenants cités par l'auteur ont apporté un démenti cinglant face aux propos qu'on leur prête. Tant que nous n'aurons pas eu le verbatim des enregistrements effectués par l'auteur, nous ne saurons pas où situer le mensonge. Mais Michaël Wolff se couvre lui-même dès l'introduction:

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"Beaucoup des comptes-rendus de ce qui s'est passé dans la Maison Blanche de Trump entrent en conflit les uns avec les autres ; beaucoup, à la mode trumpienne, sont cruellement faux. Ces contradictions et cette souplesse prise avec la vérité, sinon avec la réalité elle-même, forment le fil conducteur du livre. Parfois, j'ai laissé les intervenants exposer leurs versions, permettant en retour au lecteur de les juger. Dans d'autres cas, grâce à une cohérence dans les récits et par le biais de sources auxquelles j'ai fini par faire confiance, je me suis arrêté sur une version des événements que je crois véridique."

Alors, Fire and Fury est-il un récit ou une fiction? Probablement un peu des deux, quoique le point de vue de l'auteur sur Donald Trump ne fasse guère de doute. Comment croire alors que Wolff, coutumier de ces dérives, n'a pas prêté davantage de bienveillance à tous ceux qui disaient du mal de Trump? Et comment s'étonner du résultat?

Nous sommes en pleine construction de narrative, celui-ci visant à préparer l'opinion publique à la prochaine offensive démocrate contre Trump. Les médias qui enquêtent aujourd'hui sur la santé de M. Trump sont les mêmes qui refusèrent avec acharnement de rendre compte de l'évanouissement public de Mme Clinton en 2016.

Mais il n'est pas sûr que la sauce prenne. Donald Trump tweete avec son public, parle un langage simple et direct, n'est pas bardé de diplômes des plus hautes universités du pays. M. Trump est indiscutablement un Président atypique et les Américains le savent. Ceux qui ont voté pour lui l'ont fait précisément pour ne plus être menés dans l'ornière par des élites surdiplômées, sûres d'elles et de leur verbe, et bien plus préoccupées par les cercles mondains que par le devenir de la classe moyenne.

Pourtant, Trump est bel et bien dérangé. Père de grands enfants, marié à un ancien mannequin, entrepreneur richissime, vedette de son émission de télé-réalité, il aurait pu couler une retraite paisible en profitant de la vie. À la place, il choisit de se lancer dans la conquête de la Présidence des États-Unis et tente depuis, avec les plus grandes difficultés, de remettre le pays sur les rails. Clairement, aucune personne saine d'esprit ne ferait tout cela.

Mise à jour (14 janvier): Par un étrange tour du destin, nous apprenons que la psychiatre Brandy Lee à l'origine du livre indiquant que M. Trump n'était pas apte à gouverner ne dispose plus de licence de psychiatrie depuis 2015, soit bien avant l'écriture de son livre.

16 décembre 2017

Fin de la neutralité du Net: Catastrophe ou libération?

Depuis jeudi et sous l'impulsion de Donald Trump, la FCC, l'autorité de régulation américaine des communications, a validé par un vote (3 voix contre 2) le démantèlement des lois passées sous l'administration Obama et connues du grand public sous le nom de "Neutralité du Net". Est-ce une catastrophe ou une libération? Se pourrait-il que le Président américain soit allé trop loin dans sa volonté de détricoter l'héritage Obama? Ou est-ce une bonne chose pour Internet en général et les États-Unis en particulier?

Chacun sera seul juge ; mais pour avoir la moindre chance de comprendre, il faut rester éloigné de la presse francophone dont la superficialité et le biais anti-Trump pèsent lourdement sur la moindre analyse.

Neutralité du Net et Neutralité du Net

La neutralité du Net est un concept quelque peu confus parce qu'il signifie en pratique des choses différentes. À la base, la "Neutralité du Net" est l'idée selon laquelle chaque parcelle d'information venue d'Internet est un ensemble de 0 et de 1, peu importe qu'ils viennent d'une série sous Netflix, de la lecture de ce blog, ou d'un email ; et qu'au bout du compte, tous ces 0 et ces 1 doivent être traités de la même manière.

En d'autres termes, aucun fournisseur d'accès Internet (FAI) ne devrait être capable de vous interdire d'accéder à un quelconque site, ou au contraire d'accélérer votre accès à d'autres sites, puisque ce sont toujours des paquets d'information de même nature.

Notons que l'idée de rejeter des vitesses d'accès différentes est discutable, car tous les flux informatiques n'ont pas la même importance. Le flux vidéo d'un chirurgien en train d'opérer un patient à distance est sans doute plus important que le flux d'interactions de votre partie de Call of Duty, qui sont eux-mêmes plus importants que l'arrivée sur votre ordinateur du énième patch de Windows, ou la synchronisation dans le Cloud des photos du remariage de Tante Huguette.

En réalité, à cause du concept de Neutralité du Net, la non-différentiation du trafic internet est une cause de congestion du réseau.

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La séparation entre paquets lents et paquets prioritaires permet de renforcer l'efficacité d'une infrastructure sans augmenter sa capacité globale. Les organismes chargés de gérer le trafic routier le savent bien.

La différentiation du trafic est un débat ouvert, avec ses partisans et ses adversaires. Mais on trouvera bien moins de gens pour défendre l'idée que les FAI puissent ralentir ou barrer l'accès de certains sites. Et cela tombe bien puisque la Neutralité du Net qui vient d'être démantelée n'a pas exactement la signification que le grand public lui prête, comme nous le verrons.

La Neutralité du Net, dans la décision qui vient d'être prise par la FCC, concerne la catégorisation des Services Internet comme des services de "Titre II" selon la législation américaine, c'est-à-dire leur définition comme services publics au même titre que l'accès à l'eau ou l'électricité.

Confusion et Politisation

Avant d'entrer plus en détail sur ce qui vient de se passer jeudi, mentionnons encore deux aspects singuliers du débat, mais qui ont leur importance:

  • La "Neutralité du Net" dont il est question est une réglementation passée en 2015 à l'instigation de l'administration Obama. Autant dire hier. Internet, Google, Amazon, Wikipédia et bien d'autres ont existé et gagné leurs galons bien avant la législation sur la Neutralité du Net, et même avant la première élection d'Obama.
     
  • La plupart des acteurs en faveur de la "Neutralité du Net" sont des sites comme Twitter, Google, Facebook, Reddit, qui ont tous montré à de nombreuses reprise leur orientation politique de gauche, leur opposition résolue à l'administration Trump, et qui n'ont pas hésité et n'hésitent toujours pas à censurer le contenu de leurs propres utilisateurs dès lors qu'il ne convient pas à l'orientation politique de leur plateforme.

Comme le résume un créateur de contenu:

"Si vous avez le malheur d'exprimer un point de vue de droite, Google repousse votre apparition à la dixième page des résultats de recherche, YouTube vous coupe vos revenus publicitaires ou supprime vos vidéos, Twitter ferme votre compte, et Facebook censure vos publications de sorte qu'elles n'apparaissent jamais dans le flux d'actualités."


usa,donald trump,internet,réformeIl y a donc anguille sous roche.

L'explication remonte à 2010. Avant cette date, la FCC classait les FAI sous le Titre I du Telecommunication Act du Président Clinton, signifiant qu'elle agissait comme entités privées avec un minimum de régulation de la part du gouvernement. Séparément et sans rapport avec cette classification, la FCC considérait les FAI comme responsables du respect des règles de l'Internet Ouvert (pas de débit variable selon le type de données, pas de blocage de site, pas de navigation prioritaire contre paiement).

Le procès Verizon contre la FCC changea cela, précisant que si la FCC souhaitait faire respecter les règles de l'Internet Ouvert, elle devrait désormais classer les FAI sous le Titre II, soit des fournisseurs de services publics, opérant effectivement sous le contrôle d'un monopole d'État. Le changement le plus radical concernant de fait l'apparition d'une licence de diffusion, donnant pouvoir au gouvernement sur eux. La lutte fut épique sur le dossier entre les fournisseurs d'accès, les lobbies et les politiciens ; mais quoi qu'il se passe en coulisse, les globalistes marquèrent un point essentiel puisqu'ils obligèrent désormais les FAI à s'inscrire pour bénéficier d'une licence de diffusion, et à la renouveler régulièrement. Sans licence de diffusion, un FAI était instantanément condamné à la banqueroute.

Obama fut un acteur essentiel de cette transformation, faisant pression sur les trois juges - deux démocrates et un républicain - pour classer les FAI sous le Titre II et donner ainsi le contrôle d'Internet au gouvernement. Cette prise de contrôle aurait pu être mal prise par l'opinion, elle fut donc rebaptisée "Neutralité du Net" et vendue ainsi emballée aux médias. La nouvelle formule passa comme une lettre à la poste!

Big Brother se réveille

Le gouvernement avait donc un pied dans la porte pour le contrôle des FAI grâce au renouvellement de leur licence, mais l'administration Obama n'avait pas encore les moyens légaux de justifier un non-renouvellement de ladite licence.

Cette base légale se concrétisa à travers le Countering Information Warfare Act de 2016. L'Acte donnait lieu à la création d'un "centre inter-agences", basé à la Maison Blanche, dont le chef était directement nommé par le Président, et dont l'intitulé de mission était de "Maintenir, collecter, utiliser et disséminer des enregistrements pour la collecte et l'analyse de donnée liées à des efforts de désinformation étatique et non-étatique et de propagande étrangère". Non-étatique signifie ici: à l'échelle des entreprises, des sites web, et même des individus.

Avec le Countering Information Warfare Act de 2016, n'importe qui pouvait être désormais coupable de "propagande" ou de "désinformation", une accusation d'autant plus facile à formuler que la signification de ces termes étaient laissés à l'appréciation de l'Administration.

Le Countering Information Warfare Act ne donna pas lieu à un débat par le Congrès. À la place, il fut subrepticement glissé dans les 3'000 et quelques pages du National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2017, un texte voté la veille de Noël 2016 par des élus dont aucun ne se donna la peine de le lire. La création du Global Engagement Center est pourtant bien là-dedans, avec des détails opérationnels comme:

"Identifier les tendances actuelles et émergentes de propagande et de désinformation étrangère (...) et permettre l'utilisation d'agents infiltrés ou d'opérations clandestines spéciales pour influencer et cibler des populations et des gouvernements, pour coordonner et élaborer des tactiques, techniques et procédures pour exposer et réfuter la désinformation et l'information mensongère étrangère (...)"

"La législation établit un fonds pour aider à la formation des journalistes locaux (...)"

"Le Centre développera, intégrera et synchronisera des initiatives gouvernementales globales pour exposer et contrer les opérations de désinformation étrangères (...)"

 
Et ainsi de suite sur des pages et des pages.

L'Administration Obama visait également à mettre en place des "groupes d'experts" extérieurs au gouvernement, comme des ONG, des organisations de la société civile, des laboratoires d'idées, des compagnies du secteur privé et ainsi de suite, pour détecter et classifier l'information comme "trompeuse".

Vous rappelez-vous du fameux Décodex du Monde? Des associations diverses et variées lançant des procédures pour une remarque jugée litigieuse sur Facebook? Les personnes condamnées en Suisse pour un like? Voilà, en pratique, vers quoi menait l'arbitrage par ces "tierces parties indépendantes".

La boucle est bouclée

En quelques étapes et quelques années, l'Administration Obama mit en branle une mainmise totale d'Internet par le gouvernement américain, sur le territoire des États-Unis.

Bombardé par le flot de fausses nouvelles débordant sur le Net, le grand public aurait progressivement adopté le terme de "fake news" et l'idée de "tiers de confiance" chargés de vérifier la véracité de l'information. Ces tiers de confiance, sans lien apparent avec le gouvernement, auraient formulé des jugements de valeur sur de prétendues "fake news" soigneusement sélectionnées, permettant ensuite à l'administration de faire pression sur les Fournisseurs d'Accès Internet qui transmettaient ces informations par leur réseau, et qui seraient devenus complices simplement en les faisant transiter par leurs infrastructures.

Les FAI auraient eu ensuite deux choix: soit couper le sifflet aux sites "déplaisants" pour les élites en place - Drudge Report, Breitbart, 4chan, Wikileaks, etc. dans le monde anglophone - soit perdre leur licence, auquel cas ils auraient instantanément été conduits à la faillite alors que leur infrastructure aurait été rachetées à vil prix par le gouvernement ou leurs concurrents. Les FAI auraient évidemment obtempéré et une partie de la toile aurait tout simplement disparu.

Et tout cela au nom de la Neutralité du Net!

Tous les scandales visant Hillary Clinton et révélés par Internet auraient-ils pu voir le jour sous ce régime?

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Les partisans de la loi Obama sur la Neutralité du Net s'inquiètent d'un monde où les FAI pourraient arbitrairement supprimer l'accès à des sites web, alors qu'en réalité cette loi permet exactement ce résultat... Sur décision de l'Administration.

Conclusion

Toute cette histoire est 100% authentique - il suffit de suivre les liens vers les divers textes légaux et projets de loi qui émaillent ce billet. Mais comme dans bien d'autres dossiers, l'élection surprise de Donald Trump bouleversa les plans établis par la bureaucratie démocrate. 

Notons que Trump n'aurait eu aucun mal à préserver les directives mises en place par son prédécesseur et les employer à son propre avantage, éliminant progressivement CNN et d'autres canaux du paysage d'Internet suite à leurs mensonges répétés, souvent pris la main dans le sac. Mais, et c'est tout à son honneur, il choisit plutôt de désamorcer la bombe et de l'envoyer à la poubelle.

Il n'y aura pas de Global Engagement Center chargé de faire la guerre de l'information au nom du gouvernement américain sur Internet. Il n'y aura plus de menaces de retrait de licence des opérateurs pour qu'ils éliminent de leur offre les sites présentant une opinion dissidente du pouvoir. Et il n'y aura plus ces taxes que l'Administration prélevait sur le moindre abonnement Internet, les services publics étant plus taxés que les entreprises privées.

Internet ne sera pas "neutre", quoi que ce terme puisse signifier pour chacun, mais il restera peut-être libre un peu plus longtemps.

02 novembre 2017

Trump: "complot russe" et coup d'épée dans l'eau

En début de semaine, l'Enquêteur Spécial Mueller livra ses premières inculpations suite à ses investigations autour du fameux "complot russe" - ciblant, comme le répétèrent à l'envi tous les journalistes du monde, "des membres de l'entourage de Donald Trump". Les médias anti-Trump (pardon pour le pléonasme), les mouvements de gauche et les élites bien-pensantes du monde purent sabler le champagne, la Bête allait tomber à son tour, tout n'était plus qu'une question d'heures.

En Europe, les quotidiens rivalisèrent d'inventivité pour trouver des titres matérialisant leurs fantasmes. Sur Dreuz, Jean-Patrick Grumberg réussit à surmonter sa nausée et en énuméra quelques-uns:

Pour Ladepeche.fr, «L’ex-directeur de campagne de Trump [est] inculpé de complot contre les Etats-Unis». La Tribune de Genève, prenant ses désirs pour des réalités, écrit que «L’étau russe se resserre autour de Trump», et Le Monde, jamais le dernier dans la course à la désinformation, affirme que «Trois conseillers de Donald Trump [sont] visés par l’enquête “ russe ”»

RTL va encore plus loin dans le mensonge en affirmant que «plusieurs proches de Donald Trump [sont] poursuivis [dans le dossier] d’ingérences russes».


Mensonge, car les inculpations en question n'ont rien à voir avec une quelconque collusion entre le Président des États-Unis et une puissance étrangère. Une réalité que le principal intéressé rappela avec un tweet tout en subtilité:

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Donald Trump, pas content.

Comment peut-on en être arrivé à deux représentations aussi diamétralement opposées de la réalité? Tout dépend si vous considérez les faits comme à charge et à décharge, ce qui permet de se faire une idée, ou simplement à charge, à l'instar des chasseurs de sorcières des temps anciens.

Robert Mueller, enquêteur partial

usa,donald trump,mensongesPour donner une idée de la qualité de l'enquête se déroulant outre-Atlantique, il faut se rappeler que celle-ci est menée par l'Enquêteur Spécial Robert Mueller, un personnage particulier nommé en mai par le Département de la Justice. Il dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur "tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du Président Donald Trump, et tout élément qui émerge ou puisse émerger de cette enquête" - un ordre de mission aussi vaste que flexible.

Robert Mueller fut choisi parmi plusieurs personnalités parce que son profil semblait le mettre au-dessus de la mêlée, ce qui donnait aux Républicains l'espoir d'éviter les accusations de partialité et aux Démocrates celui de trouver la vérité. Ce n'est malheureusement qu'un mois plus tard que certains médias remontèrent des liens étroits entre M. Mueller et James Comey, le directeur du FBI limogé par Trump pour avoir tant accordé de crédit au faux dossier russe et s'être par ailleurs montré si complaisant avec l'enquête sur le serveur mail d'Hillary Clinton.

Comme le résuma l'animateur radio Mark Levin:

(...) John Legato est un ancien agent infiltré pour le compte du FBI, et il écrit de [James] Comey et [Robert] Mueller que leurs familles ont passé des vacances ensemble, ont eu des pique-niques ensemble, ils ont passé des heures au bureau ensemble, et pris ensemble des cocktails après le boulot. Donc Mueller ne peut pas être impartial ici. Pas lorsqu'il est si proche d'un témoin clé.

En résumé de tout ceci: il n'est pas indépendant.


Des élus protestèrent rapidement que la nomination de Mueller biaisait de fait tout espoir d'impartialité dans son enquête, qu'il était honteux qu'il ait accepté le poste au vu de ses liens personnels, et que l'intégrité réclame qu'il démissionne pour un autre enquêteur réellement neutre. Mais comme ces protestations ne venaient que des rangs républicains, elles n'eurent aucun écho dans les principaux médias.

Manœuvres juridico-politiques

Pour voir sur quoi repose le complot russe à ce stade, il suffit de reprendre l'infographie d'un journaliste de l'AFP reprenant les faits les plus terribles de cette enquête:

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(cliquez pour agrandir)

L'infographie est correctement intitulée - rencontres embarrassantes et justifications tardives. Un peu léger pour faire tomber un président au nom d'un "complot avec l'étranger". À noter également que, comme d'habitude, les faits présentés par le journaliste sont volontairement déformés pour leur donner une ampleur qu'ils n'ont pas. Jeff Sessions, par exemple, ne se cacha guère de ses deux rencontres avec Sergueï Kislyak - et les quelques 25 autres ambassadeurs qu'il rencontrait à travers son poste au Comité des Forces armées. Dans un premier temps, il avait simplement répondu par la négative lorsqu'on lui demanda s'il avait "conspiré avec les Russes".

Pour les autres accusés, Jean-Patrick Grumberg prit là encore la peine de lire les actes d'accusation délivrés par Robert Mueller:

Paul Manafort est inculpé, mais pour des faits qui remontent à 2012, soit 4 ans avant l’élection, et essentiellement pour évasion fiscale.

Rick Gates, un des associés de Paul Manafort, a également été inculpé par Mueller. Le New-York Times, pourtant archi-politisé et archi anti-Trump, indique que l’inculpation concerne le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et du lobbying pour les Russes entre 2006 et 2015 - 10 ans avant l’élection.


Reste George Papadopoulos, totalement inconnu jusqu’à lundi. L'homme a travaillé comme obscur conseiller aux Affaires étrangères – bénévole – pour la campagne Trump. Il semble qu'il ait gonflé son importance, prétendant connaître Vladimir Poutine lui-même, vraisemblablement pour alimenter son arrivisme. S'il est possible qu'il ait tenté de conspirer avec la Russie, il n'a même pas été inculpé pour cela. Parce que l'équipe Trump n'a pas mordu à l'hameçon!

George Papadopoulos plaidera pourtant coupable d'avoir menti au FBI... Pour s'être trompé sur la date où il a rencontré un professeur russe à Londres. "Grosse affaire!" commente Jean-Patrick Grumberg...

Paul Manafort est sans doute le plus gros poisson dans les filets, mais la pêche est maigre. Aucun individu n'a été arrêté pour des faits liés à la campagne présidentielle de Trump. Plus étonnant encore, Paul Manafort faisait l'objet d'une enquête du FBI depuis 2009 et, alors qu'il était sur écoute, l'Administration Obama le laissa sans autre rejoindre l'équipe de Donald Trump pour mener sa campagne électorale - une démarche qui soulève de graves interrogations sur qui était réellement espionné au bout du compte.

Paul Manafort a donc été inculpé et pas moins de douze chefs d'accusation ont été retenus contre lui - dont ceux de complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non déclarations de comptes détenus à l'étranger. À l'aide de fuites soigneusement organisées dans la presse, M. Manafort a donc eu le privilège d'être arrêté chez lui, sous l’œil avide des caméras. Mais tant Paul Manafort que Rick Gates ont plaidé non coupable.

Après avoir épluché quasiment sans limite le passé et le contexte des centaines de personnes impliquées dans une des plus folles campagnes électorales de l'histoire, les prises sont dérisoires. Mais elles existent. On peut s'attendre à ce que Robert Mueller exerce une pression maximale sur les prisonniers, avant de faire miroiter la possibilité d'un pardon en échange de secrets croustillants contre Donald Trump. Nous verrons dans quelques temps la qualité des aveux extorqués de cette façon.

Pendant ce temps-là, du côté d'Hillary...

Un tour d'horizon des démêlés politico-judiciaires visant le Président Trump ne saurait être complet sans évoquer, en parallèle, les affaires qui remontent jour après jour sur sa concurrente malheureuse Hillary Clinton. Des affaires dont on attend en vain qu'elles soient décemment couvertes par les principaux médias, en particulier de ce côté de l'Atlantique.

  • Le Washington Post révéla récemment que Hillary Clinton, par le biais de la Fondation Clinton, et le Comité du parti démocrate avaient conjointement payé pour les recherches menant à la fabrication du dossier russe.

  • Un an après avoir invité Vladimir Poutine à un événement organisé par la Fondation Clinton, elle approuva la vente de 20% de la capacité de production américaine d'uranium à la Russie", note le Conservative Review.

  • "Peu après cela, des donneurs liés à la compagnie vendue aux Russes contribua à hauteur de 145 millions de dollars en donation à la Fondation Clinton."

  • Par ailleurs, on apprend que M. Comey, ex-directeur du FBI précédemment évoqué, rédigea la lettre exonérant Mme Clinton de toute poursuite dans l'affaire de son serveur mail privé, plusieurs mois avant l'interrogation de pas moins de 17 témoins-clé, et avant même que certains ne se voient offrir une immunité en échange de leur témoignage. À noter que cette nouvelle contredit des déclarations sous serment de M. Comey lui-même quant à la date de la décision de ne pas poursuivre Mme Clinton.

Mais bon, pas de quoi justifier un Enquêteur Spécial, ni même une simple enquête normale, apparemment. Ni quelques articles dans vos quotidiens préférés.

23 août 2017

La fin de la Présidence Trump ?

Les prétendus liens avec la Russie, les accusations d'interférence avec la justice ou les glapissements hystériques en faveur d'un impeachment n'auront finalement servi à rien: la présidence Trump vient peut-être être de se terminer de façon tout à fait fortuite un beau jour du mois d'août, avec la démission de Steve Bannon. Mais comme il s'agit de Trump, le point d'interrogation reste de rigueur!

Steve Bannon

usa,breitbart,steve bannon,donad trump,manoeuvres politiquesSteve Bannon apparut sur les écrans radars des médias du Vieux Continent à la fin de l'été 2016, lorsqu'il fut promu stratège de la dernière ligne droite de la campagne du candidat Trump. Parfait inconnu en Europe, il jouissait d'une certaine notoriété aux États-Unis en étant aux commandes du site Breitbart News, co-fondé par Andrews Breitbart  et lui-même en 2007 et dont il reprit la conduite deux ans après la mort de son associé.

Le public américain ayant terminé sa migration médiatique vers les sites d'information en ligne, l'alignement visible du site Breitbart en faveur de la campagne de Trump eut une influence réelle sur l'opinion. Steve Bannon gagna ses galons auprès de Donald Trump - et devint après la victoire un proche conseiller politique du Président. Pro-Israélien convaincu, contempteur virulent des élites de Washington et de la globalisation, on raconte qu'il serait l'auteur de larges portions du discours d'investiture de Donald Trump, dont le ton trancha de façon singulière avec ceux délivrés par les présidents précédents.

Pourtant, les tensions entre les deux hommes ne mirent guère de temps à apparaître. Dès les premiers jours de la Présidence, Bannon déclara qu'il avait eu un rôle absolument essentiel dans la victoire de Trump ; celui-ci "recadra" son conseiller dans un tweet en affirmant qu'il ne devait sa victoire qu'à lui-même, ayant eu l'habileté de faire campagne dans les bons états comme ceux de la Rust Belt. Ces terres traditionnellement dévolues aux Démocrates furent délaissées par Hillary Clinton au cours de sa campagne, car considérées comme acquises.

Dans cette brève querelle d'ego, chacun avait partiellement raison: Donald Trump eut l'intelligence stratégique d'employer son temps de façon à remporter des états inattendus, mais les diatribes anti-establishment et contre la mondialisation économique concoctées par Bannon firent mouche auprès des électeurs.

Le Figaro revint sur certaines divergences plus récentes:

Les attaques ad hominem contre Mc Master [conseiller à la sécurité nationale], orchestrées par Bannon via le puissant site web anti-élites Breitbart, avaient irrité le président. L'interview accordée par Bannon au journal American Prospect - dans laquelle il tourne en dérision la politique présidentielle vis-à-vis de la Corée du Nord, jugeant qu'envisager une option militaire est totalement irréaliste vu le risque de millions de morts côté sud-coréen - est apparue comme une claque au président lui-même. Ce dernier coup d'éclat semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase présidentiel.


C'est pour cela que selon des sources à la Maison Blanche la démission de Bannon aurait été entérinée depuis début août, bien avant son annonce officielle. La récente polémique sur les événements de Charlottesville, où Bannon renvoya dos à dos les suprémacistes blancs et les extrémistes de gauche, n'aurait eu aucune incidence.

Divorce idéologique et combat en coulisses

En annonçant son départ Bannon annonça dans une interview à Bloomberg News qu'il ne renoncerait pas à ses combats: "Je quitte la Maison-Blanche et je pars au combat pour Trump et contre ses opposants - au Capitole, dans les médias et dans le monde des affaires." Cette déclaration fut suivie d'une interview auprès de Weekly Standards où le ton changea rapidement: "La présidence Trump pour laquelle nous nous sommes battus est terminée. Nous avons toujours un énorme mouvement et nous ferons quelque chose de cette présidence Trump. Mais ce sera autre chose."

Ces citations doivent se comprendre vis-à-vis de la campagne électorale de 2016 où le candidat Trump fit de nombreuses promesses de campagne qui tardent à se concrétiser, et ne le seront probablement pas.

Lorsque Trump battit campagne dans un marathon incroyable à travers des dizaines d'États, le public chantait "Build the wall" "Lock her up" ou "Drain the Swamp" - "Construisez le Mur", "Enfermez-la" et "Drainez le marais", trois références essentielles de la vague populaire qui porta Trump au pouvoir. Le Mur faisait évidemment référence à la frontière américano-mexicaine ; l'enfermement, à toutes les affaires de corruption dans lesquelles trempe Hillary Clinton (et de nombreux responsables démocrates) mais dont l'influence dans l'administration les préserve aujourd'hui encore de toute enquête sérieuse ; et le "Marais", à Washington et ses élites coupées du peuple et vivant grassement de l'argent public.

Trump est un ovni politique dont le mérite est d'avoir redonné espoir à des millions d'Américains décidés à bousculer l'échiquier, mais rien n'indiquerait avec certitude qu'il le ferait. Aujourd'hui l'espoir est contrarié.

En réalité, comme d'autres membres de l'administration avant lui, Bannon est victime d'une guerre silencieuse au sein de l'Administration Trump. Cette guerre compte d'innombrables partisans: l'opposition de gauche, les médias, les bureaucrates mais aussi les Républicains historiques qui n'ont jamais digéré l'élection du tribun blond choisi contre l'avis des pontes du parti. L'opposition à Trump dépasse de loin celle que rencontrerait un Président républicain classique à sa place. Sur certains sujets controversés comme le Réchauffement climatique d'origine humaine, les partisans d'une ligne conformiste sont dans sa propre famille, comme sa fille Ivanka et son gendre Jared Kuchner (d'ailleurs proche des Démocrates). Difficile pour quelqu'un, même Président, même Donald Trump, de désavouer sa propre famille.

À défaut de réussir à chasser Trump du pouvoir à grand coup de "complot russe" tiré par les cheveux, l'alternative est de vider la révolution Trump de toute substance. Le départ de Steve Bannon de la Maison Blanche est une étape importante pour y parvenir.

Depuis le départ du journaliste la crinière poivre et sel et au teint rouge, Trump n'hésite pas à couvrir son ex-conseiller d'éloges, expliquant par exemple dans un Tweet que "Steve Bannon sera une nouvelle voix solide et intelligente à Breitbart News... peut-être mieux que jamais auparavant." Steve Bannon se voit aussi à nouveau entièrement libre de ses paroles... Et de ses critiques.

La situation est donc délicate ; pour Trump, le chemin de moindre résistance passe évidemment par une "normalisation" de sa présidence, c'est-à-dire abandonner ou diluer la plupart de ses réformes pour le plus grand bonheur des élites installées. Cela rendra peut-être les trois ans qui viennent plus confortables, mais à peine: l'hostilité généralisée contre Trump ne diminuera évidemment pas d'un pouce, quelles que soient ses concessions ; et si même un site comme Breitbart se retourne contre lui, ses chances de réélections sont quasiment réduites à zéro. L'autre chemin est celui du combat contre les élites de Washington et le fameux complexe militaro-industriel, mais le départ de Bannon et les récentes déclarations belliqueuses du Président ne vont clairement pas dans cette direction.

Le départ de Steve Bannon est-elle une manœuvre destinée à induire ses ennemis en erreur, ou la marque d'une réelle inflexion de stratégie? Il faudra suivre ces prochaines semaines d'éventuels changements de trajectoire de la Maison Blanche sur de nombreux dossiers comme la Corée du Nord, l'Iran ou la Chine ; ou sur le plan intérieur, la réforme de l'Obamacare, la construction du Mur ou l'éventuel réveil de la justice américaine sur les innombrables affaires pesant sur le camp démocrate, pour tirer une conclusion.

Mais comme le dit un commentateur républicain: "L'élection de Donald Trump a atteint deux objectifs principaux, empêcher une présidence Clinton et nommer un juge conservateur à la Cour Suprême. Tout ce qu'il fait de plus pendant ces quatre ans, c'est juste du bonus." On peut donc dire que le mandat de Trump a déjà porté quelques fruits. Bien sûr, beaucoup d'Américains espéraient et espèrent encore davantage.

12 mai 2017

James Comey limogé: quand tout le monde ment

Le licenciement ordonné par Donald Trump de James Comey, directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI), donne lieu aux échafaudages politico-médiatiques les plus échevelés. Dans cet océan de fake news, difficile de faire la part des choses entre les mensonges éhontés, les vœux pieux et les simples manœuvres politiciennes. Le fait est que tout le monde ment, quoique des recoupements de témoignages permettent de retrouver la vérité des motivations des uns et des autres.

Comey.jpgÉvidemment, ce n'est pas ainsi que vous verrez l'information traitée dans les médias officiels, partie intégrante du théâtre d'ombre de l'opposition totale contre Donald Trump.

James Comey, entre atermoiements et casseroles

Ne l'oublions pas, l'individu le plus trouble du dossier est le principal intéressé. Selon sa page Wikipédia, James Comey, né le 14 décembre 1960 dans l'État de New York, a été le septième directeur du FBI du 4 septembre 2013 au 9 mai 2017.

Avocat issu du monde des grandes banques et d'une loyauté républicaine très ténue, il est nommé à son poste par Barack Obama. Le véritable scandale arrive au beau milieu de la dernière ligne droite des élections.

En 2016, quelques jours avant l'élection présidentielle américaine lors de laquelle Hillary Clinton est jugée favorite, il annonce la réouverture de l'enquête concernant les mails de la candidate démocrate puis annonce une semaine après qu'il n'y a finalement aucun élément nouveau. Cette annonce est considérée pour beaucoup comme l'une des causes de la défaite de la candidate.


Nous n'avons à ce jour, et n'aurons sans doute jamais, le fin mot de l'histoire quant à cette annonce surprenante et son revirement tout aussi soudain. Au milieu des nombreuses casseroles d'Hillary Clinton, l'affaire du serveur mail d'Hillary était la plus symbolique des dérives de la justice américaine. Sur ce seul dossier, n'importe qui coupable des mêmes actes qu'Hillary Clinton aurait été inculpé sans hésitation et croupirait probablement en prison depuis longtemps.

Dans ce contexte, la réouverture de l'enquête sonna comme le retour tardif, et trop bref, d'un fonctionnement normal de la justice. Mais pourquoi James Comey choisit-il de communiquer publiquement sur ce sujet au mépris des règles de l'agence? Était-ce un geste d'ouverture envers Trump? Peu vraisemblable au vu des sondages d'alors. Peut-être était-ce une revendication d'indépendance chargée de menace face à la future présidente démocrate? Scott Adams, le célèbre créateur de Dilbert, estima quant à lui que ce geste visait à laisser la décision finale de la culpabilité de Clinton entre les mains des électeurs américains. Nous en sommes toujours réduits à des hypothèses, mais à cette occasion, James Comey se créa de profondes inimitiés dans les deux camps.

Malheureusement, cet épisode ne resta pas au rang d'incident unique. Le FBI se fit remarquer après l'élection de Trump en tombant dans le narrative des "hackers russes" influant l'élection présidentielle. L'histoire, inventée de toute pièce par les Démocrates quelques heures après la défaite d'Hillary Clinton, tomba peu à peu en désuétude faute de vraisemblance et suite à des révélations de Wikileaks indiquant que les services secrets américains étaient capables de donner à l'aide du programme Marble l'apparence d'une provenance étrangère à leurs propres attaques.

Les hackers russes à peine enterrés, l'opposition au nouveau Président (Démocrates mais aussi Républicains anti-Trump) revint à la charge avec l'idée que les Russes auraient une lourde influence dans l'Administration naissante, arrachant péniblement la démission du Conseiller à la Sécurité Nationale Michael Flynn. Au cours de cette véritable cabale, menée notamment avec de faux documents grotesques, le Président finit par apprendre que lui et ses aides étaient en fait espionnés depuis des mois par l'Administration Obama...

Pour Donald Trump la coupe était pleine.

Donald Trump

Donald Trump exprima à de nombreuses reprises l'importance des services de renseignements dans son plan présidentiel - notamment pour lutter contre le terrorisme islamique. Cette vision se heurta rapidement aux utilisations partisanes de l'appareil d'État du renseignement pour des motifs politiques. Bien qu'initialement épargné par le Président, il devint de plus en plus clair à ses yeux que James Comey ne jouait pas dans son équipe.

Utilisant les ressources à sa disposition, James Comey tenta avec la plus grande persévérance de démontrer une collusion entre les membres de l'Administration Trump et les Russes - en dépit de preuves inexistantes et de celles de nombreux liens entre les Russes et des cadres haut placés de l'équipe démocrate, qui furent quant à elles complètement ignorées.

Cette différence de traitement, et le refus de Comey d'admettre la moindre implication dans l'espionnage de l'équipe Trump, mena le Président à l'exaspération. Citant Politico:

Le président Donald Trump envisageait l'éviction de son directeur du FBI depuis plus d'une semaine. Quand il la déclencha finalement mardi après-midi, il n'appela pas James Comey. Il envoya son ancien garde de sécurité privé pour remettre au siège du FBI une lettre de résiliation dans une simple chemise.

Il a été rendu furieux par l'enquête sur ses liens avec la Russie, déclarèrent deux conseillers, frustré par son incapacité à contrôler les rumeurs foisonnantes sur le sujet. Il demanda à plusieurs reprises à ses assistants pourquoi l'enquête sur la Russie ne disparaissait pas et exigea qu'ils parlent en son nom. Il s'emporta parfois devant la télévision lors de reportages sur le sujet, déclara un conseiller.

La colère de Trump s'est alimentée de l'enquête sur les liens russes - en particulier Comey affirmant devant le Sénat que le FBI avait surveillé sa campagne - et du directeur du FBI refusant de soutenir que le Président Barack Obama avait mis sur écoute ses téléphones de la Trump Tower.


Selon d'autres sources, Trump était également exaspéré du peu d'empressement du FBI à enquêter sur les nombreuses fuites de documents émanant de sa propre Administration et des services de renseignement eux-mêmes. Le Département de la Justice reprochait au directeur du FBI un comportement à la limite de l'insubordination. Une fois la décision prise de limoger Comey, encore fallait-il trouver le motif approprié. Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage!

Lundi, Trump rencontra le Procureur Général Adjoint Rod J. Rosenstein et ils discutèrent des "performances professionnelles" de James Comey. À la demande de la Maison Blanche, Rosenstein mit par écrit un message au Président détaillant ses inquiétudes quant à la conduite du directeur du FBI. Ce message fut utilisé par Trump pour justifier sa décision (depuis, il s'en est distancié, avouant qu'il aurait licencié James Comey "de toute façon").

S'ensuivit une réunion dans le Bureau Ovale mardi, durant laquelle Trump déclara son intention d'évincer Comey. Le Procureur Général Sessions et le Procureur Général Adjoint Rosenstein établirent que la gestion de l'affaire des e-mails d'Hillary Clinton était peut-être le meilleur angle d'attaque. Donald Trump y adhéra d'autant plus facilement qu'à l'époque de la réouverture de l'enquête de nombreuses voix démocrates s'étaient élevées pour réclamer la démission du directeur du FBI.

En utilisant un argument employé par ses adversaires, Donald Trump crut qu'il pourrait obtenir l'assentiment de ces derniers. Grossière erreur. Pour les Démocrates, la haine contre Trump l'emporte sur toute autre considération. Comme l'avoua sans la moindre hésitation l'un d'eux sur les ondes:

"Je ne soutiens pas Trump pour avoir viré Comey... J'aurais soutenu Hillary Clinton pour avoir viré Comey."


Certains manient le deux-poids-deux-mesures avec brio!

La réalité, de la bouche du FBI, face aux fakes news et théories du complot

Depuis le licenciement de James Comey, un nombre impressionnant de défenseurs monte au créneau à son secours. Les médias salivent d'avance en décelant une répétition de l'histoire: la dernière fois où un Président limogea le directeur du Renseignement remonte à l'époque de Nixon et du Watergate. Quelle meilleure preuve de la duplicité de Donald Trump! Sa destitution est imminente! Hurlant avec les loups, les Démocrates invoquent un "procureur indépendant" pour relancer une enquête qui n'a jusqu'ici rien donné...

Donald Trump a-t-il interféré avec les enquêtes le concernant? S'est-il rendu coupable d'empiéter dans le bon fonctionnement de la justice, ou en tout cas d'une éventuelle instruction, ce qui accréditerait la thèse de sa culpabilité?

Malheureusement pour nos journalistes, le témoignage face au Sénat d'Andrew McCabe, directeur adjoint du FBI et remplaçant de James Comey en attendant la nomination de son successeur, fait état d'une réalité nettement moins excitante. Citons-le sur quelques points concrets des diverses théories lancées comme des faits dans les médias ces derniers jours:


Marco Rubio: "L'éviction de M. Comey a-t-elle d'une quelconque manière gêné, interrompu, stoppé ou eu le moindre impact négatif sur n'importe quel travail, n'importe quelle enquête ou n'importe quel projet en cours au FBI?"
McCabe: "Il n'y a eu jusqu'ici aucun effort pour gêner nos enquêtes."

Sénateur Lankford: "Avez-vous l'impression en moment que le FBI n'est pas en mesure de compléter l'enquête [sur les liens entre l'Administration Trump et la Russie] d'une façon équitable et diligente à cause de l'éviction de Jim Comey?"
McCabe: "Je pense et je suis persuadé que le FBI continuera à mener vigoureusement et complètement cette enquête à son terme."

Sénateur Lankford: "Avez-vous besoin que quelqu'un vous retire cette affaire et que quelqu'un d'autre s'en charge?"
McCabe: "Non, Monsieur."


Cela n'empêche pas les médias de persévérer dans le déni, les hypothèses les plus folles, et en général tout ce qui peut porter préjudice à l'Administration Trump.

27 mars 2017

La bataille de l'Obamacare

Le projet de réforme de l'Obamacare a été repoussé la semaine dernière, faute d'avoir rassemblé une majorité suffisante au parlement américain. Les médias en profitèrent pour libérer une joie sauvage: "un politicien complètement inapte", "gouverner est dur, dur, dur", "une leçon" lancèrent des journaux américains goulûment reproduits dans la presse européenne.

La RTS se distingua particulièrement dans l'approche partisane. Un premier reportage samedi après l'annulation du vote lança quelques mots-clés soigneusement choisis, "échec cuisant", "abandon", "défaite", ou le "réflexe" de "rejeter la faute" avant de tresser des lauriers à l'Obamacare. S'ensuivit une inévitable analyse de Pierre Gobet, qui surenchérit sur "l'affaiblissement" du Président, "l'ampleur de son échec" et sa "démonstration d'impuissance". N'en jetez plus!

Il est à peu près inenvisageable d'avoir une présentation correcte de la situation par l'entremise des médias mainstream. Pour commencer, si la réforme de l'Obamacare vient d'échouer, il ne s'agit que d'une première tentative. Rien n'empêche les Républicains d'en faire une autre - et ils en feront une autre.

usa,santé,donald trump,manoeuvres politiquesInutile de le nier, ce contretemps est un revers pour Donald Trump. La réforme de l'Obamacare était tellement importante à ses yeux que c'est le premier Ordre Exécutif qu'il signa après son accession à la présidence le 20 janvier. Ce faisant, et conformément à la séparation des pouvoirs, il confia le dossier à la branche législative de l'État américain, c'est-à-dire au Congrès et en son sein au chef de la majorité républicaine Paul Ryan.

Il est donc important d'éclairer le lecteur sur ce point essentiel: s'il a bien sûr collaboré avec le Congrès dans ses travaux, Donald Trump n'a aucune responsabilité directe dans l'élaboration du projet de loi qui vient d'être repoussé. Il n'est ni doté du pouvoir législatif, ni responsable de la majorité parlementaire républicaine, ni chef du parti. Tous les reportages et les articles qui présentent donc ce rejet comme un échec personnel - à commencer par appeler la réforme "Trumpcare" - entretiennent délibérément la confusion auprès du grand public sur les rôles et les responsabilités de chacun, juste pour le plaisir d'associer Trump à l'échec.

Mais revenons à cette réforme de l'Obamacare.

Obamacare, le Monstre Gentil

L'Obamacare, de son vrai nom Patient Protection and Affordable Care Act, est né du travail de la majorité démocrate sous la présidence Obama. L'abus de langage est le même que pour le Trumpcare, à ceci près que Barack Obama était plus qu'heureux de s'approprier le nom d'une réforme qu'il avait appelée de ses vœux.

Malgré les aspirations du pouvoir, l'accouchement fut difficile: il fallut onze mois de travaux après l'élection du Président Obama en 2008 pour arriver à faire passer un texte, dont la mise en place s'étala longuement suite à des recours juridiques. Les dispositions de la loi n'entrèrent en vigueur que le 1er octobre 2013 pour une application à partir de 2014.

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Qu'apporte Obamacare, en pratique? Pour obtenir un résumé dithyrambique, il suffit de consulter n'importe quel média - par exemple Euronews:

L'Obamacare a rendu obligatoire pour toute compagnie d'assurance santé de proposer au minimum 10 garanties essentielles, notamment les urgences, l'hospitalisation, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né, la santé mentale, les prescriptions médicales... Elle permet aux jeunes de rester sur la police d'assurance de leurs parents. Elle oblige aussi tous les chefs d'entreprise qui emploient plus de 50 salariés à souscrire une assurance pour leurs salariés. Elle a élargi la couverture des plus âgés par Medicaid et aidé financièrement les revenus les plus modestes à financer leur couverture santé.


Trop occupés à tout peindre en rose, les journalistes n'expliquent évidemment pas les mauvais côtés d'Obamacare, qui contribuèrent largement aux échecs électoraux démocrates au Congrès. L'assurance-santé est en effet assortie des mécanismes socialistes habituels, souscription obligatoire et subventions, qui passent très mal auprès d'une opinion publique attachée à sa liberté de choix. Les subventions d'Obamacare pèsent ainsi à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars sur le budget fédéral - et Obamacare n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais quels que soient les qualités et les défauts qu'on lui trouve, Obamacare a un autre problème: elle est condamnée à l'effondrement à brève échéance. La faiblesse est structurelle. Les assurés "aidés", toujours plus nombreux, font grimper la facture collective ; les assurés "aidants" se retirent, quitte à payer des amendes, parce que les primes deviennent trop chères. Le déséquilibre s'aggrave avec le temps, poussant les derniers contributeurs à fuir. C'est ainsi que dans certains États les primes ont plus que doublé. Au bout du compte, même les sociétés d'assurance se retirèrent du créneau pour éviter la ruine.

Dans la grande tradition socialiste, Hillary Clinton aurait bien sûr trouvé un moyen de "sauver" Obamacare - plus d'impôts, plus de redistribution, et plus de pénurie en mettant à la charge des assurés leurs premiers milliers de dollars annuels de dépense de santé. Cette dérive n'aura pas lieu avec Trump. Il a déjà prévenu qu'en cas d'échec de la réforme, il laisserait Obamacare s'effondrer sur sa lancée, prenant bien soin de préciser que les Démocrates portent l'entière responsabilité de l'échec d'un système non viable.

Manœuvres au Capitole

Une fois confiée au Congrès, il devint assez vite clair que la volonté de réforme du Président Trump ne déboucherait sur rien. Les Démocrates rejetèrent l'idée même de participer à une réforme. Les Républicains commencèrent à s'affronter sur la meilleure marche à suivre - réformer Obamacare avant ou après le budget, l'annuler ou la modifier - puis ensuite sur le contenu du American Health Care Act proprement dit.

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Source: Townhall.com

Dans ces joutes, un homme eut une influence prépondérante: Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine dans les chambres. Seuls quelques médias nommèrent le projet "Ryancare", bien que cette appellation soit rigoureusement exacte. La réforme de l'Obamacare est largement son œuvre.

Républicain réputé centriste, Paul Ryan fait partie avec John McCain et de nombreux autres de l'aile gauche du Parti républicain - une proportion non négligeable de politiciens qui s'opposèrent à la candidature de Donald Trump et travaillèrent même à la faire échouer. La réforme traduit fidèlement leur état d'esprit: une légère retouche de l'Obamacare, presque cosmétique, qui fit dire à Steve Bannon, conseiller du Président, que le nouveau texte avait "l'air d'avoir été dicté par les compagnies d'assurance".

Respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs, Donald Trump se garda bien de toute immixtion dans le processus législatif. Celui-ci mit au jour les divisions au sein du Parti Républicain: d'un côté les collectivistes qui aimaient bien Obamacare et voulaient la sauver, notamment pour préserver la manne de subventions fédérales arrivant dans leurs États, de l'autre les Républicains orthodoxes tendance Tea Party qui souhaitaient tout laisser tomber. Au milieu les Républicains indécis naviguaient à vue.

La bataille fut rude sur les réseaux sociaux. Dans les cercles républicains, nombreux furent les Internautes à exprimer leur dégoût face à une réforme n'allant pas assez loin et laissant en place les aspects les plus liberticides d'Obamacare. D'autres reprochèrent au Président de soutenir un résultat aussi peu ambitieux. Tous firent part de leur déception face à des élus républicains chantant le refrain de la "fin de l'Obamacare" depuis 2009 pour assurer leur élection, et livrant un si piètre résultat au pied du mur.

Sans surprise, le texte finit par mourir de sa belle mort avant de passer au vote. Les divergences étaient trop irréconciliables au sein du Parti Républicain. Et c'est une victoire tactique pour Trump.

À Malin, Malin et demi

Trump n'est pas né de la dernière pluie et, comme George W. Bush en son temps, s'avère bien plus intelligent que la plupart de ceux qui le critiquent. La réforme de l'Obamacare était la première étape de ses grandes réformes et, en cas d'échec, l'occasion en or de diminuer l'influence des socialistes au sein du Parti Républicain.

La réforme prévue par les Républicains était tellement faible que c'est un soulagement qu'elle ait été repoussée. Si elle était passée, les Américains auraient eu à subir un Obamacare 2.0 décevant, voté par la majorité républicaine et quasiment intouchable. La déception aurait été immense et le découragement tout aussi grand.

Mieux valait pas de réforme qu'un texte à moitié cuit. Mais Paul Ryan est sérieusement affaibli. Pour lui, c'est un échec personnel. Des voies appellent à sa démission du poste de porte-parole de la majorité. On peut imaginer que Trump ne se battra pas beaucoup pour le retenir.

Des batailles difficiles devront être menées, notamment pour la réforme fiscale sachant que les coûts d'Obamacare sont toujours inscrits au budget. Il y aura encore des parties à jouer finement, l'essentiel était qu'Obamacare s'effondre sans qu'on puisse en faire porter le chapeau à Trump, ce à quoi toutes les rédactions travaillent déjà.

Pour Trump, il s'agit d'avancer, de laisser Obamacare s'écrouler et de repartir sur des bases saines. Il ne cache rien et s'en est exprimé sur son compte Twitter. Fait inhabituel, il prit même la peine de transmettre un message identique par le biais du compte Twitter officiel de la Présidence des États-Unis:

"Obamacare va exploser et nous construirons et nous aurons ensemble un superbe plan d'assurance-santé pour LE PEUPLE. Ne vous inquiétez pas!"


La prochaine étape sera donc l'explosion de l'Obamacare. Elle sera spectaculaire et donnera sans doute lieu à de nouveaux débordements de fake news par les médias officiels. Comptons sur Pierre Gobet pour défendre les couleurs de la RTS dans la compétition...