16 juillet 2013

Trayvon Martin, hystérie et justice

Seize heures. C'est le temps qu'il aura fallu aux six jurés du procès de George Zimmerman pour délibérer. L'accusé poursuivi pour l'homicide de Trayvon Martin, un jeune de 17 ans, fut finalement acquitté, déclenchant instantanément une vague de protestation aux Etats-Unis.

Laureen s’époumone, elle est outrée, "c’est la suprématie blanche dans toute sa splendeur, une histoire qui nous montre que la vie d’un Noir ne compte pas. Le racisme n’est pas une grande nouveauté dans notre société, simplement on élude le sujet. J’espère que cette affaire va nous forcer à percer l’abcès, il le faut." Leticia et Tina sont venues avec leurs enfants, autocollant "Black is beautiful" bien en vue, "il faut qu’ils soient conscients de ce qui se passe dans ce pays, on a beau avoir un président noir, on est loin d’avoir résolu nos problèmes."


Barack Obama, un président noir? Discutable, puisqu'il est métis de père noir et de mère blanche, mais admettons. Donc le noir l'emporte sur le blanc quand on est président... De même, George Zimmerman, malgré un nom dont la consonance fit les délices des médias peu enclins à faire des amalgames, est lui-même métis, de père blanc et de mère péruvienne. Lui se définit comme hispanique, pour ce que ça importe. Ce qui n'empêche pas les manifestants de le considérer comme blanc. Le  blanc l'emporte donc sur l'hispanique quant on est accusé de meurtre... Le jury quant à lui était composé de cinq femmes blanches et une hispanique, chacun en tirera les conclusions qu'il souhaite.

trayvon martin,justiceManifestants et éditorialistes s'attardent lourdement sur l'origine raciale de chaque protagoniste. Cette obsession a quelque chose de fascinant venant de gens tenant régulièrement par ailleurs un discours selon lequel les races n'existent pas. Comme le fit remarquer le frère du prévenu, l'affaire aurait-elle été montée ainsi en épingle si George Zimmerman s'était plutôt appelé Santos ou Gonzales?

"Je sais que cette affaire a suscité des passions intenses. Au lendemain du verdict, je sais que ces passions pourraient s'intensifier. Mais nous sommes un Etat de droit, et un jury a parlé", rappela le président Barack Obama dans un communiqué. Mais les passions auxquelles se réfère M. Obama sont aussi les siennes. En mars 2012 il alla jusqu'à déclarer "si j'avais un fils, il ressemblerait à Trayvon", une tentative peu subtile - mais en rien inédite - de s'immiscer dans le fonctionnement de la justice.

La foule revendicative aime les histoires simples. Le gentil noir innocent, victime d'un préjugé de trop. Le méchant hispanique blanc raciste à la gâchette facile. L'ombre de l'extrême-droite, bien que Zimmerman soit un électeur démocrate. La justice corrompue et aux mains des puissants, bien que rendue par un jury populaire... Les détails gênent aux entournures, alors, on les oublie.

Que s'est-il passé le 26 février 2012 à Sanford, en Floride, vers 7h du soir? George Zimmerman, coordinateur d'un comité de défense local établi à la suite d'une vague de cambriolages dans le quartier, patrouille en voiture. Il aperçoit la silhouette encapuchonnée de Trayvon Davis dans l'obscurité et la pluie, errant dans les rues semble-t-il. Contactant le poste de police local (le genre d'attitude typique de quelqu'un qui s'apprête à commettre un meurtre) il essaye d'identifier l'individu. Il n'est pas sûr qu'il soit noir. La silhouette l'a remarqué elle aussi, va vers la voiture, repart. Faisant fi du conseil de son interlocuteur de ne pas intervenir, George Zimmerman descend de son véhicule. S'ensuit une dispute, une altercation, le claquement d'un coup de feu. Trayvon Martin est mort.

Aux policiers, Zimmerman explique qu'il a tiré en légitime défense, craignant pour sa vie. Trayvon Martin n'était pas armé, mais Zimmerman a clairement été agressé - le nez en sang après sa lutte avec Martin, il a aussi des blessures à l'arrière du crâne, reçues lorsque son assaillant se serait agenouillé sur lui pour lui frapper la tête contre le sol. Traces de poudre aidant, l'enquête déterminera sans ambiguïté que le tir a été effectué à bout portant.

D'après un autre appel à la police lancé depuis la maison d'une voisine, il y aurait eu longtemps entre le début de l'altercation et le coup de feu, renforçant de façon crédible l'hypothèse de la légitime défense plutôt que celle du meurtre de sang-froid.

En Floride, la loi permet d'utiliser une force létale si celle-ci permet d'éviter sa propre mort ou des blessures graves. Il y a si peu de mystère pour la police qu'elle n'arrête même pas George Zimmerman.

Des agitateurs s'emparent promptement de l'affaire et en font l'écho en la déformant à loisir. Les manifestants s'indignent du traitement dont a bénéficié le tireur de son arrestation à son procès, le paroxysme étant atteint lorsqu'il est ressorti libre du tribunal. Pourtant, ces groupes de militants ont une large responsabilité dans sa libération.

George Zimmerman a été poursuivi pour meurtre sans préméditation (Second Degree Murder), vraisemblablement sous la pression populaire. Mais la condamnation ne se décide pas à l'applaudimètre. En qualifiant les faits de cette façon, le procureur spécial Angela Corey s'exposait à un quitte ou double: compte tenu des circonstances, la culpabilité de George Zimmerman était quasiment impossible à prouver. Selon nombre de juristes, l'accusation a simplement visé trop haut. Mme Corey aurait-elle choisi plutôt l'homicide involontaire, son dossier aurait été beaucoup plus crédible. Mais la rue s'en serait-elle satisfaite?

Loin de dénoncer le racisme ou le parti-pris de la justice, les manifestations s'indignant du verdict sont racistes. Elles revendiquent une remise en question des lois et du système pénal dès lors que le meurtrier est blanc (ou désigné comme tel) et la victime noire.

D'après les dernières statistiques disponibles du FBI, en 2011, 6'329 noirs ont été victimes de meurtre aux Etats-Unis. Plus de dix-sept par jour. Les noirs meurent plus que toute autre population tant en proportion qu'en valeur absolue. Mais les noirs sont aussi responsables de plus de la moitié des meurtres commis aux Etats-Unis, toutes races confondues. Des noirs tuant d'autres noirs, cela n'intéresse personne.

24 avril 2013

Washington, entre erreur et déni

Dans sa première allocution immédiatement après l'attentat de Boston, le président Barack Obama réussit à commenter la situation sans employer une seule fois le mot "terrorisme". Pour le chef d'Etat américain, la déflagration simultanée de deux engins explosifs au milieu de la foule à l'arrivée d'un marathon n'était sans doute pas suffisante pour mériter un tel qualificatif. A moins qu'il n'ait cherché à ne stigmatiser personne. D'authentiques terroristes auraient pu s'indigner.

A l'époque, on ne savait pas encore que les explosions s'étaient déclenchées à partir de cocottes-minute piégées ; la méconnaissance de ce détail nous épargna peut-être l'évocation d'un "dramatique accident de cuisine" par le responsable de la Maison Blanche.

Aussi ridicule soit-il, le déni est une réaction humaine. Admettre que l'attentat de Boston soit la première offensive terroriste exécutée sur le sol américain depuis les attentats du 11 septembre n'a rien de facile. C'est pourtant la stricte et douloureuse vérité. En voilà une autre: dans sa tâche de protéger le peuple américain, Barack Obama a fait moins bien que son prédécesseur George W. Bush. Et il ne peut même pas se retrancher derrière l'excuse de l'effet de surprise.

Si le déni est problématique pour un individu, il devient dangereux lorsqu'il affecte des pans entiers de la société, que ce soit les médias ou les services gouvernementaux chargés de la défendre.

Pendant l'étrange phase "Où est Charlie" où des milliers de fonctionnaires et d'internautes épluchaient les images des caméras et les prises de téléphone portable au moment des faits pour tenter de trouver des suspects (sans qu'aucun militant ne manifeste plus contre l'ignoble empiètement de la vidéosurveillance sur la vie privée) les éditorialistes se faisaient un devoir d'examiner les pistes. Au menu figuraient à peu près tous leurs fantasmes, livrés en vrac: nationalistes anti-gouvernement, miliciens pro-NRAA en rogne contre Obama, extrémistes chrétiens, agents secrets de Corée du Nord... Ou l'inévitable Mossad, comme d'habitude.

En même temps, comme si un petit sentiment taraudait la conscience en sourdine, il fallait se couvrir: le petit peuple évoquant bruyamment la piste islamiste sur Twitter, on expliqua alors que, dans l'hypothèse proprement invraisemblable d'un terroriste musulman, cela ne pourrait être que le fait d'un "loup solitaire", un illuminé, un Homegrown Terrorist agissant de son propre chef à base de vidéos de propagande et de construction de bombes vues sur Youtube.

Bref, un individu non fiché, surgi de nulle part, et contre lequel il est impossible de se prémunir.

Toutes ces idées fausses volèrent en éclat (métaphoriquement, pour une fois) avec la découverte des frères Tsarnaev. Deux musulmans d'origine Tchétchène, accueillis comme réfugiés politiques par les Etats-Unis, fichés depuis longtemps, travaillant de concert pour massacrer un maximum de civils du pays qui avait eu l'audace de leur offrir la nationalité et un avenir.

usa,barack obama,terrorismeDepuis, les révélations se suivent et se ressemblent: faisceaux d'indices guère suivis, manque de coordination avec des services étrangers (notamment russes), bureaucratie incapable de maintenir ses fichiers à jour, perte de leur trace à cause de fautes d'orthographe, toute la ribambelle consternante des fautes de services gouvernementaux en charge de la sécurité...

Les deux frères quant à eux, loin de se contenter de vidéos islamistes, accomplirent une carrière terroriste tout à fait classique: sensibilité à la cause, endoctrinement - vraisemblablement à l'étranger, les mosquées américaines étant trop molles - puis voyage de l'aîné dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de poseur de bombe, ici le Daguestan et la Tchétchénie, en janvier 2012.

Autant pour le Homegrown Terrorism.

Il est de bon ton de pointer du doigt les erreurs de Washington, mais la capitale américaine n'est pas la seule à refuser d'aborder le problème. L'histoire des frères Tsarnaev résonne dans bien des pays occidentaux - que ce soit Mohammed Merah en France, Magd Najjar en Suisse ou Taimour Abdulwahab en Suède. Combien de paumés se laissent progressivement endoctriner par des prêches extrémistes? Combien d'apprentis-terroristes viennent quérir une formation au cours d'un voyage "touristique" dans une zone tribale? Combien d'étrangers sans aucun attrait pour leur pays d'accueil ou ses habitants se retrouvent gratifiés de sa nationalité? Combien crachent leur haine pour l'Occident dans l'indifférence générale?

L'idée d'islamistes mûs par la pauvreté et les inégalités n'a jamais été que l'expression des fantasmes de la gauche, sans le moindre lien avec la réalité. Ceux qui s'accrochent désespérément à la vision de terroristes forcément étrangers et aisément identifiables sont aussi en retard d'un attentat ; les frères Tsarnaev ne portaient même pas de barbe.

Aiguillonnés par la tuerie de Boston, les services de sécurité occidentaux se réveillent. On arrête des membres d'al-Qaeda en Espagne. Le Canada se découvre une filière de talents islamistes, avec projets d'attentat clef en main. Quant à la France, elle ne sait trop de quelle façon elle récoltera les fruits du printemps arabe. Sans remise en question des politiques d'accueil et d'intégration, comment croire que ces opérations récentes suffiront à juguler la menace?

Certains élus, dont l'inénarrable John McCain, proposèrent de qualifier les terroristes de "combattants étrangers", pour mieux les dissocier du peuple américain. Sachant que Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev vécurent plus de dix ans sur le territoire des Etats-Unis et que le plus jeune reçut même la nationalité américaine, la proposition est pour le moins osée.

Mais acceptons la suggestion pour ce qu'elle vaut et suivons l'hypothèse jusqu'au bout: si Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev sont effectivement des combattants étrangers, la ligne de front est à revoir.

23 décembre 2012

Arrêter le massacre

Les victimes de la tuerie de Sandy Hook à Newton n'étaient même pas encore enterrées que Barack Obama, opportunément la larme à l'oeil (en a-t-il jamais versé une pour les centaines de victimes collatérales d'attaques de drones en Afghanistan ou au Pakistan?) et épaulé par tout ce que l'Amérique compte de gauchistes, relançait le "débat" sur les armes.

usa,armes,manoeuvres politiquesLes guillemets sont de rigueur, car le président ne vise nullement à trouver des solutions. Les armes font partie du contrat social américain à travers le Deuxième Amendement et sont de ce fait hors de sa portée. En s'y attaquant à la marge, Barack Obama se livre simplement à une récupération aussi partisane que stérile d'un massacre d'enfants.

La vente ou le contrôle de la possession d'armes aurait-elle permis d'éviter la tuerie? Rien n'est moins sûr. Le meurtrier, Adam Lanza, vivait avec sa mère Nancy, tuée le matin même dans leur maison de Newton. Les armes retrouvées à l'école étaient toutes enregistrées au nom de cette dernière. Nancy Lanza avait parfaitement le droit et la stabilité d'esprit nécessaire à la possession d'armes à feu ; elle commis néanmoins l'erreur impardonnable de laisser armes et munitions à portée de son fils perturbé, sans les garder suffisamment sous clef, et paya vraisemblablement cette négligence de sa vie.

Les partisans du contrôle des armes (l'interdiction étant de toutes façons inatteignable, sauf à croire naïvement en la toute-puissance de l'Etat) clament que ce crime aurait pu être "évité" par des lois à la vente plus restrictives. Ils ne prennent même pas en compte les centaines de millions d'armes déjà en circulation sur le continent. Un individu assez fou pour massacrer des enfants par dizaines puis se donner la mort risque peu de renoncer face à une simple interdiction administrative. De plus, à partir du moment où les armes employées pour commettre un crime ont été dérobées à leur propriétaire légitime, les contraintes légales ne valent plus rien.

Les seules réponses techiquement appropriées sont celle suggérée par la NRA de mettre un policier armé dans chaque école, ou la variante rappelée de façon caustique par Ann Coulter: non pas interdire les armes, puisque c'est impossible, mais donner aux victimes potentielles le moyen de se défendre en généralisant le port d'armes cachées. L'avantage est double: dissuader les criminels potentiels de passer à l'acte, et mettre un terme aux agissements de ceux qui passent outre. La liste d'exemple amenée par la chroniqueuse pour valider l'efficacité de cette approche troublera les plus résolus, pour peu qu'ils aient l'esprit ouvert.

Bien sûr, l'idée de combattre les armes par les armes donnera des nausées à tous les bien-pensants de la Terre, incapables de voir la différence entre un revolver dans les mains d'un policier et un autre dans celles d'un assassin. Leur avis importe moins que celui des meurtriers de masse qui, eux, perçoivent franchement cette nuance. Quand Seung-Hui Cho tua 32 personnes et en blessa 17 autres à l'université de Virginia Tech, il savait qu'il serait tranquille pour quelques heures en s'attaquant à un campus fièrement proclamé "zone sans armes". Même chose pour Eric Harris et Dylan Klebold au lycée de Columbine ; même chose pour Adam Lanza et l'école de Sandy Hook ; même chose enfin pour le tristement célèbre Anders Breivik et son massacre perpétré sur l'île d'Utoya.

Mais rendre les tueries de masse plus difficiles n'est évidemment qu'une ébauche de solution. L'approche complémentaire consiste à se demander pourquoi elles surviennent. D'une part, d'autres populations ont largement autant d'armes de guerre en leur sein que les Etats-Unis, à commencer par la Suisse, sans que jamais pareille tragédie n'ait eu lieu. D'autre part, les meurtres de masse sont un phénomène récent alors que le Deuxième Amendement existe depuis plus de deux siècles. Il y a donc des facteurs restant à découvrir.

Pour Brendan O'Neill, la cause pourrait être l'absence de lien social et la recherche de célébrité instantanée et de revanche de l'ego, fut-ce à titre posthume:

Personne ne sait ce qui est passé dans la tête du tireur du Connecticut. Mais ce qui frappe dans son crime (...) est l'absence de tout code moral disant "qu'il n'est pas acceptable de violer une école" ou simplement "qu'il n'est pas acceptable de tirer dans la tête d'un enfant de six ans". Cette absence de restriction morale est quelque chose de nouveau et a plus à voir avec le culte actuel de la singularité, et le nihilisme individuel qu'il suscite, qu'un amendement vieux de 200 ans. (...)

Ces attaques ont en commun d'être, par beaucoup d'aspects, l'expression la plus extrême de narcissisme de notre époque, dans laquelle les obsessions personnelles sont constamment promues face à la norme sociale, et l'identité individuelle mise en avant face à la citoyenneté collective, donnant naissance à une atmosphère parfois volatile - à la fois en retirant des individus de tout lien social et en les imprégnant d'un puissant sentiment que tout leur est dû, où l'estime de soi écrase tout le reste, et dans laquelle la moindre entaille dans celle-ci devient un affront de la pire espèce.

Essayer d'expliquer les tueries de masse dans les écoles à travers l'existence des armes à feu est comme essayer d'expliquer le phénomène d'al-Qaeda à travers l'existence d'avions de ligne: le fétichisme sur les moyens techniques permet d'esquiver le débat sur les facteurs culturels. (...)

Depuis quelques années, une relation symbiotique déformée s'est développée entre les tueurs dans les écoles et les médias. [Les tireurs] ont commencé à faire leurs vidéos et à écrire des manifestes, les envoyant aux rédactions avant de commettre leurs actes sanglants. Ils semblent s'accorder sur l'idée que, grâce à des médias carburant à la peur, ils deviendront des vedettes, des légendes, symboles de la pourriture au coeur de l'Amérique, dès qu'ils presseront sur la gâchette. (...)

 

Reste encore à comprendre pourquoi certains adolescents en arrivent à avoir un comportement aussi destructeur. La frustration de l'adolescence est vieille comme le monde, et si les difficultés sociales ou l'absence de popularité sur Internet renforcent peut-être aujourd'hui ce sentiment, ils n'expliquent pas le passage à l'acte. J. Sedra évoque quant à lui la piste des médicaments sur la base de travaux du docteur Gary Kohls, psychiatre et chercheur à la retraite, en établissant la liste des tueurs de masse et des traitements auxquels ils étaient soumis:

Eric Harris, 17 ans, Zoloft puis Luvox
Dylan Klebold, 18 ans, dossier médical scellé
Ecole de Colombine à Littleton, Colorado: 13 morts, 23 blessés

Jeff Weise, 16ans , Prozac (60mg/jour, soit trois fois la dose adulte)
Red Lake, Minnesota: 10 morts, 12 blessés

Luke Woodham, 16 ans, Prozac
3 morts: sa mère et 2 élèves + 6 blessés

Michael Carneal, 14 ans, Ritaline
Lycée de West Paducah, Kentucky: 3 morts, 5 blessés

(...)

 

L'énumération, tronquée ici, est proprement impressionnante. Certes, corrélation n'est pas causalité: mettre un enfant sous médicaments anxyolitiques, psychotropes ou au contraire psychostimulants n'est pas forcément déclencheur de folie meurtrière. Il n'y a non plus rien de surprenant à ce que des tireurs fous aient quelques antécédents comportementaux justifiant un traitement médicamenteux ; malgré tout, beaucoup de molécules délivrées à des enfants ont des effets mal connus sur leur développement intellectuel, et pourraient favoriser le développement de psychoses ou de dépression. Compte tenu de l'emploi généralisé de ces traitements sur les jeunes américains, la piste mériterait d'être étudiée.

Que ce soit à travers l'absence de plus en plus criante de lien social, la fascination trouble des médias pour ces crimes, l'effet d'exemple ou l'influence de molécules sur la psyché fragile des adolescents, il existe bien des façons de désarmer le danger des meurtres de masse. En choisissant d'ignorer toutes ces possibilités - y compris celles permettant aux victimes potentielles de se défendre - pour verser uniquement dans le simplisme naïf d'une impossible interdiction des armes, la gauche américaine montre qu'elle préfère l'inaction revendicative à la recherche de réelles solutions.

Cet aveuglement est regrettable, et n'augure rien de bon contre le phénomène croissant des meurtres de masse.

07 novembre 2012

Obama brillamment réélu

Depuis cette nuit, nous connaissons enfin le locataire de la Maison Blanche pour les quatre prochaines années.

obama-2012.jpg

Malgré les sondages évoquant un coude-à-coude, la réélection de Barack Obama semble avoir été facile, en dépit d'un bilan politique plutôt mitigé.

Face à lui, Mitt Romney n'a pas dépareillé ; mais le candidat républicain modéré n'a pas réussi à mobiliser autour d'un projet politique qu'il n'a d'ailleurs jamais vraiment formulé. Malgré toute son expérience dans le secteur privé, Mitt Romney, présenté par les Républicains comme le "meilleur candidat possible" parce qu'il le fallait bien, manquait de charisme et de combativité. Gagner de façon incontestable un des trois débats présidentiels a été son fait d'armes le plus marquant ; cela n'a évidemment pas suffit.

barack obama,mitt romney,usaMédiatiquement, la population américaine a suivi le script prévu. Le quatrième pouvoir a adoubé Obama depuis 2008 et n'a jamais remis ce soutien en question. L'Obamania a déferlé jusqu'en Europe avec des résultats durables. Aujourd'hui encore, quatre Français sur cinq "voteraient" pour Obama. En Suisse, un sondage en ligne du Matin, montré ci-contre, donne une proportion identique.

Que va-t-il se passer aux Etats-Unis entre 2013 et 2016? Eh bien, on peut s'attendre à une continuation de la marche en avant de l'Etat Fédéral américain vers la social-démocratie à l'Européenne (avec la réussite que l'on connaît sur le Vieux Continent) avec plus de régulations, de centralisation, de taxes, de subventions, de dirigisme, de socialisme.

"Obamacare" sera mis en place en 2014, créant pour de bon une machine à déficit dont les Américains ne verront jamais le bout.

Le dollar-papier continuera à s'éroder jusqu'à sa valeur intrinsèquement nulle. Bonne nouvelle pour ceux qui possèdent de l'or...

La reprise finira bien par se produire, mais la croissance restera molle et le taux de chômage élevé. Suivant son jeu partisan, Barack Obama se fera un plaisir d'attribuer ces piètres performances économiques aux minorités de blocage dont disposent encore les Républicains.

Barack Obama pourra probablement nommer entre 1 et 4 juges de la Cour Suprême américaine, influant de manière décisive sur l'équilibre de cette institution.

Sur le plan de la politique étrangère, il n'y aura probablement pas de gros changements ; l'administration Obama continuera de garder ses distances avec les alliés traditionnels de l'Amérique tout en étant bien accommodante avec les régimes hostiles. La conséquence la plus inquiétante de cette posture touche évidemment au dossier nucléaire iranien. En l'absence d'une Amérique frappant fermement du poing sur la table, il est plus que probable qu'une nouvelle guerre éclate à court terme au Moyen-Orient.

Les Républicains gardent le contrôle de la Chambre des Représentants, les Démocrates celui du Sénat: les équilibres politiques établis depuis les élections de mi-mandat de 2010 continueront à prévaloir. C'est la seule chose, peut-être, qui pourra encore retenir Obama. N'ayant plus aucun souci à se faire sur le plan de la popularité, le président réélu aura les coudées franches pour tenter désormais d'appliquer les mesures les plus radicales de sa pensée.

Depuis des années, on annonce le "point de bascule" - le moment où la somme des intérêts particuliers, du vote communautaire (90% des Noirs et 70% des Latinos soutiennent Obama) et des clientèles électorales cultivées à coup de subventions réussira enfin à l'emporter sur la simple démocratie représentative. Le second mandat de Barack Obama pourrait marquer le franchissement de ce point de non-retour.

Les Républicains, enfin, devront se livrer à une remise en question en profondeur - de la qualité de leurs candidats à leur relation aux médias - s'ils veulent espérer retrouver le chemin de la présidence un jour.

19 septembre 2012

Romney en flagrant délit de sincérité

Il est des impairs à ne pas commettre en période électorale américaine: perdre son sang-froid par exemple. Ou dire la vérité. Pour avoir commis ce triste délit, Mitt Romney est aujourd'hui démoli avec gourmandise par des médias qui, avouons-le franchement, n'ont jamais rien fait d'autre que de rouler pour Obama.

Le crime remonte au mois de mai, alors que M. Romney n'était pas encore officiellement le poulain du camp républicain. Au cours d'une soirée privée de récolte de fonds, le candidat s'est lancé dans certaines considérations avec un niveau de franchise plus élevé que ce à quoi les déclarations publiques nous habituent - alors même qu'il était filmé en caméra caché par une source de Mother Jones, journal engagé à gauche.

Aujourd'hui, selon un timing minuté pour nuire au maximum au candidat, les séquences sont diffusées petit à petit. Nous n'en avons pour l'instant que deux, d'autres suivront peut-être. La première est liée à la "mentalité d'assisté" des électeurs démocrates:

"47% [des électeurs] voteront pour le président [Obama] quoi qu'il arrive. Il y a 47% des gens qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui pensent qu'ils sont des victimes, qui pensent que le gouvernement doit s'occuper d'eux, qui pensent qu'ils ont le droit d'avoir accès à une couverture santé, à de la nourriture, à un toit, à tout ce que vous voulez."

"Ces gens pensent que c'est quelque chose qui leur est dû. Que le gouvernement devrait le leur donner. Et ils voteront pour [Obama] quoi qu'il arrive. Ce sont des gens qui ne paient pas d'impôts."

 

Où est le scandale, au juste? Le clientélisme est à la base de toute politique socialiste. Redistribuer les richesses des autres est le fondement même de l'Etat-providence, et à une époque les partisans de ce genre de programme (qui prétendaient bien entendu que c'était à des tiers, et non à eux-mêmes, qu'il s'agissait de venir au secours) en tiraient même une certaine fierté.

Evidemment, nous avons dépassé ce stade depuis très longtemps, et la plupart des gens ont bien compris aujourd'hui que la définition correspond surtout à une posture morale, quand il ne s'agit pas de vol pur et simple. Dans la pratique, l'argent finit bien plus souvent dans les poches des intermédiaires et de la bureaucratie, les "aidants", que dans celles des "aidés", qui ne s'en sortent pas. Ce n'est pas pour rien qu'en France comme ailleurs le PS est surtout le parti des fonctionnaires, guère celui des ouvriers ou des plus pauvres.

Comme le disait Margaret Thatcher: "Je n'ai jamais oublié que l'objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d'accroître la dépendance. La pauvreté n'était pas seulement le sol nourricier du socialisme: elle en était l'effet délibérément recherché."

Toutefois, les "47% de votants démocrates incompressibles" mentionnés par Mitt Romney reposent sur une erreur d'appréciation:

[Les] non-assujettis à l'impôt sur le revenu ne sont pas tous des citadins à faible revenu vivant des bons alimentaires, des aides au logement et d'autres programmes sociaux traditionnellement soutenus par les démocrates.

Beaucoup sont des retraités et des électeurs blancs issus de la classe ouvrière qui se montrent méfiants à l'égard du rôle de l'Etat qu'ils jugent parfois de nature à menacer leurs libertés individuelles.

Cette méfiance les incite naturellement à se montrer conservateurs politiquement et à voter pour le parti républicain bien qu'ils soient bénéficiaires des aides sociales.

 

On pourrait encore rajouter les anciens combattants ou les étudiants. Mitt Romney n'a donc pas à convaincre l'intégralité des 53% restants pour l'emporter, heureusement pour lui.

La deuxième "révélation" de Mother Jones concerne le conflit israélo-palestinien.  Là encore, le candidat républicain accuse les Palestiniens de ne pas vouloir la paix avec Israël - ce qui est, là encore hélas!, la plus stricte vérité. Que ce soit le Fatah ou le Hamas, leur objectif ultime n'a jamais été de vivre en paix dans un territoire (pas plus Gaza que la Cisjordanie) mais bien l'élimination physique de tous les juifs de Palestine, femmes et enfants compris. Ils n'ont jamais renoncé. Toute avancée vers la paix sera impossible tant qu'ils ne lâcheront pas cet objectif. Le "dialogue" israélo-palestinien ayant tourné depuis longtemps à la mascarade, pourquoi pousser Israël à la moindre concession face à des gens qui ne lui reconnaissent même pas le droit à l'existence?

Les éditorialistes sont prompts à s'indigner devant la position de M. Romney sur le Moyen-Orient, mais ils oublient que celui-ci a été publiquement soutenu par le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, un fait sans précédent, qui pourrait avoir un effet sur le puissant lobby juif américain. Sachant qu'Obama pourrait l'emporter en novembre, la prise de risque en dit long sur l'état des relations entre Israël et l'administration démocrate.

En fin de compte, si la sincérité et le bon sens de Mitt Romney (bien que capturés par caméra cachée) sont des faiblesses naturellement exploitées à des fins partisanes, l'effet politique n'est peut-être pas si grand que ce que les médias pourraient espérer. En privé, Mitt Romney apparaît comme un individu animé de convictions plus profondes que ce que ne laissent transparaître les insipides spots de campagne.

En outre, la "dégringolade" du candidat dans les sondages peine à se matérialiser. La moyenne des principaux sondages réalisés ne donne que 3 points d'avance à Obama.

Mitt Romney est peut-être un candidat républicain maladroit, peu séduisant, fade, médiocre même, mais il dispose d'un terrible avantage sur le président sortant: il n'a pas à défendre un bilan économique catastrophique.

Alors que l'échéance électorale se rapproche, les électeurs pourraient bien oublier les polémiques superficielles pour se rappeler leur situation personnelle déplorable sous le régime du président Obama. Comme pour l'élection de François Hollande en France face à Nicolas Sarkozy, les Américains pourraient voter non par adhésion, mais simplement par rejet du candidat sortant.

29 juin 2012

Obamacare, victoire à la Pyrrhus

La nouvelle est célébrée comme il se doit par tous les médias européens: la Cour Suprême Américaine vient de "valider" l'Obamacare, la réforme de santé promulguée par Barack Obama en début de mandat. Joie et félicité! Obama est triomphant! Victoire!

ObamacareSupporters.jpgEntre deux lancers de cotillons, le fêtard pourra tout de même se poser la question: qu'est-ce que la Cour Suprême vient faire là-dedans? Et puis, s'éloignant pour creuser un peu plus profodément la question (ce qui n'est jamais bon pour l'ambiance de fête) il pourrait réaliser que le verdict de la Cour Suprême a tout du baiser empoisonné. Voire, qu'il risque d'enfoncer les chances de réélection du président démocrate en novembre...

Les oppositions au projet ont été innombrables depuis sa conception et ont porté sur de multiples aspects du texte. La Cour Suprême a été amenée à se prononcer sur la constitutionnalité du projet parce qu'elle a été saisie par les procureurs généraux de pas moins de vingt-neuf Etats américains opposés à la réforme!

Leur objection? L'Obamacare (de son vrai nom le Patient Protection and Affordable Care Act ou PPACA), monstre législatif de 2'700 pages, obligerait les Américains non couverts par une assurance-maladie liée à leur employeur ou à un mécanisme gouvernemental existant à souscrire à une assurance-maladie privée, sous peine d'amende. Or, cette disposition est contraire à la Constitution des Etats-Unis par au moins deux aspects:

  • Elle octroie à l'Etat Fédéral une nouvelle prérogative en matière de santé publique. Cependant, le Dixième Amendement stipule que seules les dispositions explicites de la Constitution dépendent du gouvernement fédéral. L'assurance-maladie n'en fait clairement pas partie. Si des mécanismes de santé publique peuvent être mis en place dans un Etat ou un autre - comme ne s'est pas privé de le faire le très républicain Mitt Romney au Massachusetts - de tels sujets ne sont pas du ressort du gouvernement de Washington.

supreme-court-2011.jpgCes réserves ne sont pas théoriques. Elles ont amené plusieurs cours de justice intermédiaires à décréter inconstitutionnelle la réforme de la santé. De recours en recours, l'affaire a naturellement été portée au-devant de la Cour Suprême, qui vient de valider le projet à travers un vote 5-4 très disputé. Mais contrairement à ce qu'affirment les médias, la Cour Suprême n'a pas validé Obamacare en totalité: la partie de la loi qui donnait accès au programme Medicaid à des millions de gens pas assez pauvres pour l'avoir actuellement mais incapables de se payer une assurance a été abrogée. Quant à la constitutionnalité de la réforme, la Cour a estimé qu'Obamacare pouvait être légale dans la mesure où il s'agirait d'une... taxe.

Voilà qui vient quelque peut contredire la communication de Barack Obama et de son camp, qui prétendent depuis le début que la réforme n'est pas une taxe - en plus d'avoir clamé qu'impôts et prélèvements n'augmenteraient pas, bien entendu.

Et cet aspect des conclusions de la Cour Suprême va singulièrement compliquer les affaires du président sortant.

Si plus aucun obstacle juridique ne s'oppose à la réforme, ses principaux effets se déploieront dès 2014. A cette date, des millions d'Américains devront souscrire à une assurance-maladie obligatoire. Et non seulement la vente forcée est très mal vue aux Etats-Unis, pays où la responsabilité individuelle n'est pas un vain mot, mais les Américains se rendront très vite compte qu'ils ne sont pas assez pauvres pour bénéficier du système payé par la collectivité, et qu'un mécanisme acceptant n'importe quel client à un tarif unique au nom de la solidarité ne peut que s'effondrer sous son propre poids (la classe moyenne suisse fait l'expérience didactique de cet étranglement progressif depuis 1996 et la mise en place de la LAMal par la gauche.)

Sans même parier sur l'évidente dérive financière du système, la pilule sera dure à avaler, et ce dès la première année. Selon les chiffres avancés par Le Figaro, le coût pour la couverture de 70% des frais médicaux serait estimé à 5'200 dollars par individu et par an, 14'100 dollars par famille. Dans un pays où les salariés sont habituellement couverts par le biais de leur employeur, ces primes frapperont de plein fouet les Américains au chômage - au moment même où celui-ci est historiquement élevé.

Pas sûr que ces gens-là auront très envie de glisser à nouveau un bulletin Obama dans les urnes en novembre.

Car c'est le deuxième écromney-obamacare.jpgueil sur lequel vient de se fracasser la réforme de la santé: en validant sous certaines réserves sa légalité, la Cour Suprême vient de déplacer l'opposition contre Obamacare du terrain constitutionnel au terrain politique. Mitt Romney ne s'y est pas trompé. Le candidat républicain à l'élection présidentielle de novembre a ainsi déclaré que sa première mesure en tant que président élu serait d'abroger la réforme.

Peut-être ne s'agit-il que de rhétorique de campagne, mais le fait est là: la réforme Obamacare a été électoralement désastreuse pour les Démocrates. Poussée au forceps dans les chambres du Congrès selon un clivage partisan, elle a mené le parti à la déroute dans les élections de mi-mandat jusque dans ses fiefs historiques.

Si Barack Obama a été porté au pouvoir en 2008 par une foule enthousiaste, ce n'était vraisemblablement pas à cause de ses projets de refonte de la couverture de santé. Des années après le début des travaux, Obamacare reste impopulaire auprès d'une majorité d'Américains. Le président sortant devra garder cela à l'esprit alors même que les principales mesures de son projet ne sont pas encore entrées en vigueur.