15 août 2014

La guerre commence

L'Ukraine affirme avoir détruit une partie d'une colonne de blindés en provenance de Russie:

L'Ukraine affirme que ses troupes ont attaqué et partiellement détruit un convoi armé qui a franchi la frontière depuis le territoire russe.

Les troupes régulières ukrainiennes ont engagé [en combat] les véhicules qui sont arrivés pendant la nuit à travers une section de la frontière tenue par les rebelles, annonça à Kiev Andrei Lysenko, porte-parole des forces militaires du pays, à des journalistes. Les soldats ukrainiens sont toujours sous le feu de l'artillerie, y compris de tirs venus de Russie, dit-il.


Le Guardian britannique avait déjà rapporté la violation de la frontière ukrainienne par des unités militaires russes cette nuit. Un grand bravo à tous les visionnaires qui n'imaginaient pas de sitôt une guerre territoriale sur le continent européen...

Mise à jour (17 août 2014): Et non finalement la vraie guerre ne commence pas. La colonne de blindés russes observée par des journalistes anglais et détruite après de violents combats semble s'être purement et simplement volatilisée - des médias en tous cas. Même Zerohedge en perd son latin.

Il est vrai qu'il n'est dans l'intérêt de personne que le conflit ne s'embrase. Ni la Russie, qui souhaite garder l'apparence de la moralité après avoir annexé la Crimée, ni l'Ukraine, qui n'a certainement pas les moyens de s'opposer à une offensive russe de grande ampleur.

Nous sommes toujours dans la drôle de guerre. Mais les nombreux morts sont, eux, bien réels.

30 avril 2012

La fabrique de bonnes notes

Ils ont osé:

Les trois grandes agences américaines Standard & Poor's, Moody's et Fitch auront bientôt de la concurrence. Car l'Europe aura bien sa propre agence de notation «transparente, innovatrice et indépendante».

 

L'agence de notation européenne transparente, innovatrice et indépendante (ANETII?) devrait être opérationnelle au mois de septembre de cette année. Les réactions sont mitigées:

Le gouvernement allemand, qui a régulièrement critiqué le fonctionnement des agences de notation, soutient l'initiative de Roland Berger. De leur côté, la Banque centrale européenne (BCE), l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) et le patronat allemand avaient fait part de leurs réserves, jugeant le projet peu réaliste. Le plus difficile reste à faire pour la nouvelle agence européenne: gagner sa crédibilité auprès des marchés.

 

Tout est dit en une phrase: gagner sa crédibilité. Quelle crédibilité aura une agence de notation européenne?

notation.jpgLe métier d'une agence de notation consiste à évaluer la santé financière d'une foule d'emprunteurs afin d'aider les investisseurs à placer leur argent au mieux. Ces derniers recherchent des perspectives de rendement acceptables, et tiennent surtout à retrouver l'intégralité de leur somme à l'issue du prêt - un point qui devient de plus en plus crucial alors que la crise de la dette publique continue à déployer ses effets.

Trois agences de notation installées tiennent l'essentiel du marché, mais sont constamment décriées, quoi que pour des raisons opposées. Les professionnels de la finance leur reprochent d'agir avec toujours un temps de retard et d'indiquer les tendances de la veille, ce qui rend leurs analyses caduques, surtout conjuguées à la vitesse de la finance moderne. Les personnes morales notées par les agences, qu'il s'agisse d'entreprises ou d'Etats, se plaignent constamment d'être sous-évaluées et clament que les notes ne reflètent pas la réalité de leur situation, bien meilleure que ce que jugent les agences. Les libéraux enfin - une petite minorité dans la cacophonie ambiante - reprochent aux agences de nombreux conflits d'intérêts et la valeur légale de certaines de leurs notes, seuls des emprunts d'une certaine "qualité" étant susceptible de convenir face à telle ou telle norme comptable. On se rappellera avec émotion les notes triple-A des produits financiers à base d'hypothèques tritisées au début de la crise de subprimes.

Bref, les agences de notation ne conviennent à personne et font l'unanimité contre elles. Mais toutes les critiques ne sont pas de même force ; clairement, le principal reproche fait aux agences est une tendance naturelle à surévaluer les entités jugées. Ce biais "optimiste" et l'indulgence supposés des agences occidentales envers les pays du même nom ont ainsi amené la Chine à fonder une nouvelle agence, Dagong, nettement moins douce envers les pays occidentaux en crise.

Une nouvelle agence européenne pourra-t-elle apporter quelque chose de neuf dans ce contexte? Honnêtement, il est permis d'en douter.

On peut se demander en effet quelle sera la valeur ajoutée du nouveau venu dans le marché. Si on ne peut pas exclure l'élaboration de produits novateurs d'évaluation financière, un détail de la mise en place de cette entité met la puce à l'oreille:

Le cabinet de consulting allemand Roland Berger a finalement réussi à boucler le tour de table de 300 millions d'euros nécessaire au lancement du projet.

 

Trois cent millions?! La somme donne le vertige. Et encore, ce n'est que pour le "lancement"...

Par les temps qui courent, il est bien peu probable qu'une telle somme ait été réunie exclusivement à travers des fonds privés, ce qui jette un doute immédiat quant à la fiabilité des notes que la nouvelle entité donnera aux organismes publics et aux Etats.

Si c'était simplement pour avoir des notes moins complaisantes, il n'était pas nécessaire de monter une nouvelle structure: l'agence Dagong en donne un bon exemple, pour tout ce qui se situe hors de Chine en tous cas.

Il existe même une agence de notation ouverte, communautaire et gratuite, Wikiratings. Certes, elle ne fait que débuter, mais que pourrait donner ce projet avec une fraction des 300 millions récoltés par le cabinet Roland Berger...

Même si une bonne surprise est toujours possible, la mise de fonds initiale absolument monstrueuse et le caractère "européen" mis en avant avec insistance autour du projet ne plaide pas en faveur d'une agence réellement indépendante, capable de dire que le roi est nu. On pense plutôt à une agence-alibi, payée de façon plus ou moins directe par des fonds publics, et chargée de donner des prévisions (toujours optimistes) et des évaluations (invariablement excellentes) sur les politiques économiques menées en Europe.

Imagine-t-on des banques ou des investisseurs privés réunissant une telle somme pour s'entendre répondre que l'Europe va mal? Aucun intérêt. Même chose pour les pouvoirs publics. Mais imaginer au contraire une nouvelle agence "officielle", adoubée par les pouvoirs publics, expliquant au monde que l'Europe est sur la voie de la sortie de crise... Tout d'un coup, un tour de table à 300 millions devient nettement plus plausible!

Les premières analyses rendues par cette agence permettront sans doute d'y voir plus clair.

05 avril 2012

Blog, an II

Profitons du calme du week-end pascal pour présenter les statistiques annuelles de ce blog.

Depuis l'an dernier, le nombre de lecteurs a considérablement augmenté (+50%) et le nombre de visites a pratiquement doublé. Si la courbe n'est plus aussi raide qu'auparavant, le blog stephanemontabert.blog.24heures.ch affiche une belle progression, comme l'illustre ce graphique:

stats_an_2.jpg

Cette année a vu la publication de 84 notes (contre 80 dans sa première année), soit toujours une et demie par semaine en moyenne. Au mois de mars de cette année, ce blog a totalisé 3'473 visiteurs uniques, 9'701 visites, et 47'307 pages visualisées.

Les commentaires sont en baisse - 1000 environ, contre environ 1300 l'an dernier avec une audience moindre! - ce qui n'a rien d'étonnant, puisque je suis passé il y a presque un an à une approbation manuelle avant affichage des commentaires. Cela ralentit le rythme de publication de ceux-ci, mais les insultes et les attaques ad hominem ont rendu la chose nécessaire. Ce n'est pas que ma propre interprétation: a titre d'anecdote, sachez que je me suis récemment fait remonter les bretelles par le service web de 24Heures, rien de moins, pour avoir laissé passer un commentaire trop insultant!

Rappelez-vous, pour commenter, soyez courtois et collez au sujet. Pensez à l'effet que produira votre propos. Essayez aussi, dans la mesure du possible, d'être concis. Rien de pire que d'avoir des gens qui répondent les uns aux autres en copiant-collant des pavés de textes. Il est vrai que l'interface choisie par mon hébergeur, qui ne permet ni l'organisation en fil ni la moindre citation ou mise en forme, ne facilite rien, mais il faut bien faire avec.

Finalement, les chiffres ci-dessus, pour sympathique soient-ils, ne reflètent pas l'entière réalité de la popularité de mes modestes écrits. En effet, j'ai l'immense honneur d'avoir été intégré dans le site d'information Contrepoints, dont les statistiques font frémir. Je n'ai pas l'intention de quitter 24Heures pour cette nouvelle plate-forme, où mes meilleurs billets, commentés par un public très différent, paraissent avec un ou deux jours de retard (et parfois agrémentés d'une excellente illustration de René Le Honzec!) mais c'est toujours agréable, quoiqu'un rien intimidant, de se retrouver au milieu de plumes comme celles de h16, Charles Gave ou Guy Sorman.

En attendant, merci à tous ceux qui me lisent ici et là, et entamons sous les meilleurs auspices cette troisième année!

14 décembre 2011

Quand 5,4% égalent 26,6%

Ca y est, le nouveau Conseil Fédéral est sous toit. Il a quatre jours, j'écrivais que les politiciens tueraient la concordance en pleurant leurs larmes de crocodiles: le déroulement de ce matin correspond entièrement à ce scénario.

Le révélateur est venu de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf; élue au premier tour avec 131 voix sur 245, l'Assemblée Fédérale a fait preuve d'une belle unité dans l'hypocrisie. On aime et on respecte la concordance, tout en allouant autant de sièges à un parti qui a récolté 5,4% des suffrages face à l'UDC, premier parti de Suisse, avec plus d'un quart de l'électorat.

palais.jpg5,4% égalent donc 26,6% aux yeux du Parlement. Un conseiller fédéral chacun.

Le reste de la matinée n'est pas brillant. L'UDC, respectant le choix du candidat-président du Conseil Hansjörg Walter de se retirer de la course en cas d'échec contre Eveline Widmer-Schlumpf, a lancé son candidat Jean-François Rime contre les deux derniers sièges en jeu; c'était inutile vis-à-vis du PS, qui a bétonné sa place dans un gouvernement désormais ouvertement de centre-gauche, et du PLR, qui a fait de son mieux pour soutenir l'UDC et qui ne méritait pas cette hostilité aussi gratuite que stérile. Certes, nul n'est certain que 100% des élus PLR aient bien joué leur partition, mais c'est humain. De plus, comme dès hier soir le PS avait annoncé (avec des prétextes cousus de gros fil) qu'il ne soutiendrait pas une attaque de l'UDC contre le PLR, l'affaire était entendue.

On passera sur le duel Berset-Maillard ennuyeux au possible - comme si le syndicaliste vaudois avait eu la moindre chance face à un Conseiller aux Etats membre du sérail.

La Suisse vient de changer de système politique. Elle vient de passer d'un système de concordance à un système de coalition.

Le changement de paradigme était pressenti depuis 1999 déjà, lorsque la classe politique commençait à chercher des moyens de refuser à l'UDC une représentation en rapport avec sa force politique. Il aura fallu douze ans de gestation et de manoeuvres avant que le nouveau mode de fonctionnement du Conseil Fédéral ne soit enfin entériné. Officiellement.

Tout est à rebâtir. Passant sur les péripéties de ce matin, l'UDC va peut-être devoir s'ouvrir à son allié traditionnel, le PLR, pour arriver ensemble à former la base d'une future majorité de droite ou de centre-droit. A moins que le PLR ne se complaise de ses strapontins dans un gouvernement où les socialistes tirent clairement les ficelles? A chaud, difficile d'analyser tout ce qui nous attend. J'ai du mal à imaginer que l'UDC accepte de rester dans un pareil gouvernement, mais cela ne dépend pas de moi.

Et que va donner désormais l'initiative de l'élection du Conseil Fédéral par le peuple? Nul doute qu'elle vient de prendre un bon petit coup de fouet ce mercredi...

Beaucoup de chemins sont possibles. A la veille de la tempête de la crise de la dette publique déferlant sur l'Europe, le choix de l'instabilité politique n'était pas forcément le plus judicieux; mais le vin est tiré, il faut le boire.

07 décembre 2011

Un petit aperçu de ce qui attend l'Europe

En attentant un énième sommet historique qui ne résoudra rien du tout, la Grèce continue de s'enfoncer dans la crise.

Voilà un témoignage saisissant sur le destin des régimes socio-démocrates en Europe, basé sur l'exemple grec. Car si la Grèce est le premier pays de la zone euro a avoir failli, c'est aussi celui qui est allé le plus loin sur le chemin des réfomes qui les attendent.

Si ce que dit ce monsieur est vrai, nous pouvons aussi prendre la mesure de la désinformation qui a lieu sur le reste du continent vis-à-vis de la situation grecque.


Témoignage Dimitri Assemblée Citoyenne Grabels

Les péripéties sarkoziennes sur le triple-A français semblent bien loin.

08 novembre 2011

En novembre il fait froid la nuit.

Alors que les Américains d'Occupy Wall Street se font donner des "conseils de survie" par des SDF - bel étalage de compétence pour des gens qui prétendent réformer le capitalisme mondial! - ceux de Londres ont discrètement choisi de rentrer chez eux le soir.

thermal_2.jpg
Photo thermique du camp d'Occupy London prise de nuit. Les tentes en violet sont vides...

Un mouvement de protestation occupant l'espace public avec des tentes vides, forcément, c'est un peu moins spectaculaire. Mais bon, on a beau vouloir un monde plus juste, plus redistributif, repenser la finance mondiale et ainsi de suite, on ne va pas non plus prendre froid en dormant sous tente pendant une de ces terribles nuit de novembre! Il y a des limites à l'engagement protestataire, tout de même!

On lira aussi avec plaisir la prose de H16 sur le sujet.