15 avril 2016

Claude-Alain Voiblet exclu de l'UDC!

Le Congrès de l'UDC Vaud du 14 avril à Savigny avait pour but de définir la position du parti sur les objets soumis au peuple lors des votations du 5 juin - vous les retrouverez avec votre matériel de vote - mais ce n'est que tardivement dans la soirée que les délégués purent aborder le dernier item de l'ordre du jour, le recours de Claude-Alain Voiblet et Pierre Oberson contre leur exclusion par le Comité central du parti il y a quelques semaines.

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"Le Comité central invite le Congrès à ne pas admettre impunément
le mensonge, l'hypocrisie et le mépris au sein du parti."

Le point de départ officiel de cette affaire portait sur un épisode de la campagne fédérale où une dizaine d'affiches UDC au Conseil des États en ville de Lausanne ont été recouvertes par celles du candidat Voiblet au Conseil National. De faux aveux d'un tiers en déclarations hâtives de l'intéressé, de photos compromettantes en explications jugées peu convaincantes, Claude-Alain Voiblet s'enferma dans une situation de plus en plus inextricable sous l’œil peu amène de la direction du parti vaudois.

Lui déclarait qu'il n'avait fait que recouvrir des affiches maculées ou endommagées - la durée de vie d'un visuel UDC dans la belle capitale vaudoise n'excède pas quelques heures - les autres qu'il mentait et avait souhaité masquer la concurrence. Ces divergences (et une correspondance salée) s'achevèrent en mars lorsque les seize membres du Comité central du parti décidèrent de l'en exclure, à la surprise des sympathisants.

Quelques imbroglios juridiques plus tard, le dernier chapitre en date de cette épopée se conclut ce 14 avril avec le traitement par le Congrès du recours de MM. Oberson et Voiblet contre leur exclusion.

Malgré un protocole tentant d'encadrer les débats, la discussion se poursuivit jusque tard dans la nuit. Après un interminable rappel des faits et de la position du Comité central par le Secrétaire général Kevin Grangier, un véritable réquisitoire à charge, succéda une toute aussi interminable défense assurée par Philipp Stauber de la section lausannoise. Ce dernier choisit une approche légaliste pour tenter de vider l'accusation de sa substance: malgré les accusations de "vandalisme" complaisamment relayées par la presse il n'y aurait apparemment aucun fait pénalement répréhensible. La stratégie eut du mal à prendre racine dans une salle lassée et prête à en découdre, des délégués qui aurait probablement souhaité plus d'humilité et de regrets, justifiés ou non, de la part de M. Voiblet.

Le débat qui s'ensuivit fut tout aussi disputé. Les orateurs se succédèrent pour rappeler l'immense contribution de M. Voiblet au succès de l'UDC Vaud, ou au contraire pour s'en distancier en affirmant qu'il n'était désormais plus possible de continuer à travailler avec lui. Quelques intervenants, trop rares à mon goût, soulignèrent qu'il y avait probablement dans la balance plus que ce qu'on voulait bien dire, des ambitions, des rivalités, des rancœurs, de la sournoiserie assurément. Les faits reprochés s'apparentaient plutôt à des peccadilles - punissables, mais pas au point d'achever dans l'opprobre une carrière politique de plus de trente ans au service d'un parti.

Le procureur de la soirée M. Grangier prit la parole une bonne dizaine de fois, l'avocat de la défense M. Stauber lui répliquant presque aussi souvent. Mais les lignes semblaient fort claires et furent particulièrement visibles lors du vote de deux motions d'ordre réclamées par M. Stauber sur des points techniques. Seules Lausanne et quelques sections urbaines soutinrent les accusés. Lorsque M. Jean-Luc Chollet prit la parole pour affirmer énigmatiquement que "la plupart des gens ici ce soir ont déjà leur opinion quant à ce qu'ils vont voter", la réplique sembla résonner comme un couperet. Il semblait clair que plus rien ne pourrait sauver le soldat Voiblet.

Les délégués étaient face à deux mauvais choix: désavouer leur propre Comité central ou évincer MM. Voiblet et Oberson. Je connais des gens de part et d'autre de ce débat, et à ce stade il n'y avait plus aucun moyen d'en ressortir indemne, chaque délégué ayant voté pour des raisons qui lui sont propres. Le dépouillement du vote final fut connu après deux heures du matin: 91 voix pour l'exclusion de M. Voiblet, 50 contre et 3 abstentions. M. Oberson fut quant à lui exclu par 101 voix pour, 46 contre et 1 abstention.

20160415_voiblet.jpgIl y avait quelque chose d’œdipien ce soir-là - le meurtre du père, pourrait-on dire.

Je ne me prononcerai pas sur la culpabilité de M. Voiblet et M. Oberson sur les faits qu'on leur reproche, mais la punition me paraît sévère. L'exclusion est la plus haute sanction que puisse prononcer une assemblée politique ; dans le domaine religieux, son équivalent serait l'excommunication, dans le domaine militaire, l'arme nucléaire.

L'UDC Vaud vient sciemment de démolir la locomotive du parti dans le canton - une locomotive historique, pour le moins. Peut-être certains ont-ils pensé que cette amputation était le meilleur choix ; je crains que ce diagnostic ne soit erroné. Par sa ligne de défense, M. Stauber a quelque part déjà annoncé la couleur des prochaines batailles. La crise pourrait dégénérer encore, non entre des personnes, mais entre des sections, l'UDC Lausanne lançant une fronde contre l'UDC Vaud. L'affaire se terminera alors devant les tribunaux. M. Voiblet garde entière sa liberté de parole et la crise, loin de s'éteindre, pourrait durer des mois, jusqu'aux cantonales.

En fin de compte, je crois qu'hier soir l'UDC vient probablement d'enterrer la reconquête de son siège au Conseil d’État vaudois, quel que soit son candidat. La combativité probable des sections affectées pour soutenir leurs présidents respectifs nourrira les choux gras de la presse pendant les mois à venir, nuisant à l'image du parti. Sachant que certains rivaux de M. Voiblet votaient avant tout pour l'écarter du chemin de leur propre ambition (une mise à mort politique pas forcément nécessaire au vu de l'affaiblissement que représentait déjà l'humiliation de ce Congrès) ce résultat montrerait avant tout que l'UDC Vaud garde ses meilleures balles pour se les tirer dans le pied.

Tout dépend des suites que Claude-Alain Voiblet entend donner à ce verdict.

10 mars 2016

Le PLR renanais s'encouble

Empêtré dans les conséquences de ses propres intrigues, le PLR de Renens se prépare à une grosse crise interne au soir du 20 mars à l'issue du second tour des élections municipales.

Plongeons-nous dans les profondeurs troubles de la politique locale...

Le contexte du Premier Tour

Tous les partis de Renens (POP, PS, Verts, PLR, UDC) partirent en ordre dispersé, donnant lieu à un ballottage général. Il était donc prévu que les forces se rassemblent à gauche comme à droite. Quelle allait être la nouvelle répartition des forces politiques face à la composition sortante, 2 POP, 2 PS, 1 Vert et 2 PLR, soit 5+2, cinq de gauche et deux de centre-droit?

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Dramatis personae (montage 24Heures - cliquez pour agrandir)

Chaque camp devait faire face à ses propres défis. La gauche devait composer avec une coalition disparate mêlant ambition socialiste, volonté de maintien du POP et sauvetage du siège écologiste. Les composantes de la gauche plurielle devraient trouver la quadrature du cercle pour composer leur ticket à cinq sièges.

La droite devait s'unir de son côté, le PLR ayant finalement accepté une alliance pour le second tour pour enfin tenter de prendre un siège à la gauche - probablement le siège vert ou le second siège du POP. M. Gruber n'ambitionnant de toute façon pas d'être Municipal, il était prévu qu'il se retire pour nous laisser sur un ticket à trois.

Évidemment, rien ne se passa comme prévu.

Le PS, faiseur de rois contrarié

Les résultats du premier tour furent conforme aux attentes jusque dans le mauvais score de l'écologiste sortante, Mme Maystre. Elle arriva en septième position, derrière le PLR, avec seulement deux voix d'avance sur la huitième, la candidate du POP choisie pour remplacer Marianne Huguenin. Le décor d'une lutte fratricide POP-Vert pour l'obtention de ce siège était donc planté.

La droite unie avait une chance réelle de s'en emparer.

Prenant finement conscience du danger, le PS proposa un deal au PLR. Qu'il accepte de renoncer à l'affrontement et la gauche reconduirait la formule 5+2 ; qu'il s'allie dans une coalition de droite pour tenter un troisième siège et la gauche riposterait en s'attaquant à son tour à un des siens. La mêlée générale pourrait donc tout aussi bien déboucher sur une formule 5+2 que 4+3 ou 6+1.

Pesant gains et pertes potentiels, le comité du PLR accepta (dans le plus grand secret) la proposition socialiste. Il refusa dès lors toute alliance avec l'UDC. Il nous conseilla même de renoncer à nous lancer au second tour pour obtenir une élection tacite! Ce manque de combativité pour des raisons que nous ne soupçonnions pas entraîna une profonde déception dans nos rangs. Partant divisée, la droite n'avait aucune chance de conquérir un nouveau siège.

Malheureusement pour les comploteurs, même à gauche les choses ne se passèrent pas comme prévu. Le POP refusa d'abandonner un siège aux socialistes, déclenchant une crise interne. Les palabres entre partis de gauche s'étalèrent de six heures à minuit le lundi soir. Sous la pression d'un POP intransigeant, la seule solution trouvée fut de passer à un ticket à 6. Au nom de l'apaisement, l'équilibre de la Municipalité passerait à 6+1. Le siège capturé au PLR reviendrait à une candidate d'extrême-gauche, Karine Clerc, probablement bien moins conciliante avec les socialistes que l'élu sortant qu'elle remplacerait...

Contre toute attente, le PS se retrouva à renier les promesses tenues au PLR alors que celui-ci avait tenu sa part du marché. Ambiance!

Le PLR empêtré dans ses compromissions

Le dépôt des candidatures pour le second tour fut plutôt houleux, le PLR découvrant qu'il avait été perdant sur tous les fronts. Non seulement il n'attaquerait pas la gauche (ce à quoi il s'était engagé) mais en plus il perdrait un siège là où seule une alliance avec l'UDC aurait pu lui donner une chance de se maintenir. Perdant-perdant.

Différents protagonistes passèrent donc leurs nerfs sur Facebook, révélant au passage le pot-aux-roses:

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Les "5 promis face aux 2 PLR" ? Que de beaux engagements entre prétendus adversaires! S'il était besoin, le PS confirma par la plume de Mme Romano-Malagrifa:

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Chacun certifie la main sur le cœur qu'il était pour garder la formule 5+2, morte dès le dépôt des listes...

Outre la belle entente entre adversaires politiques, les pièces du puzzle tombent en place sur la législature écoulée.

Nous nous étions demandé cinq ans durant pourquoi le PLR était une si piètre force d'opposition. Nous avons désormais la réponse. Depuis cinq ans, le PLR se donne le rôle de membre de la majorité. Les Municipaux du PLR avaient une si haute vision de cette "belle équipe unie" qu'ils finirent par se bercer de leur propre discours. Tombant des nues en découvrant que leur partenaire PS leur préfère la gauche plurielle, ils subissent un douloureux retour à la réalité.

L'entente PLR-PS explique bien des aberrations dont nous avons été témoins. Le manque de combativité des Municipaux PLR. La complaisance du groupe PLR votant main dans la main avec la gauche au Conseil Communal pour approuver budgets, dépenses et même l'augmentation de salaire des Municipaux. Pendant toute une législature, le PLR renanais s'est bel et bien comporté comme le partenaire de coalition des socialistes!

L'opposition, la vraie

Placés dans ce contexte, entendre les mêmes clamer aujourd'hui qu'il faudrait voter PLR au nom de la "santé financière de la ville" ou de la "sécurité" relève d'une hypocrisie que seuls ceux qui suivent les votes au Conseil communal peuvent apprécier pleinement.

Tout le PLR n'est pas à jeter, évidemment ; certains voyaient d'un bon œil la création d'une section UDC en ville et m'encouragèrent même à me lancer en politique pour dynamiser la droite locale. Ils n'auraient jamais imaginé le niveau de compromission atteint par les édiles de leur propre parti avec leurs prétendus adversaires de gauche.

Que les choses soient claires: le 20 mars la droite de Renens n'aura plus qu'un siège. Dans cette ville la gauche est encore plus forte qu'à Lausanne, c'est tout dire! Le seul enjeu de cette élection, le seul suspense en quelque sorte, consiste à savoir qui occupera ce septième siège. Il n'y a que trois candidats en lice, deux PLR et un UDC. L'incertitude électorale se produira donc uniquement à l'intérieur de la droite.

Bien entendu, une campagne digne de ce nom amène son lot de coup pourris jusqu'à la dernière seconde. Les deux sortants du PLR savent compter ; n'ayant absolument aucune chance de sauver leurs deux sièges, leurs appels "solennels" sonnent bien creux. Ils ne visent qu'à siphonner les voix de la droite pour couper l'herbe à l'UDC, car là se situe pour eux la menace. Les électeurs déçus par leur pseudo-opposition pourraient se tourner vers l'UDC.

De par leurs compromissions avec la gauche, j'estime que MM. Dupuis et Golaz sont discrédités. Quoi qu'il advienne, leurs carrières politiques respectives s'achèvent le 20 mars. L'un sera éjecté, l'autre réduit dans ce qui sera probablement son dernier mandat au rôle de croupion d'une Municipalité massivement à gauche. Il est évidemment possible qu'ils soient évincés tous les deux.

Le choix en revient aux électeurs de droite de Renens. Souhaitent-ils perpétuer ce système de fausse opposition en soutenant le PLR, ou créer une réelle alternative avec l'UDC? Contraindre le PLR à un passage dans l'opposition le forcerait à se régénérer et enfin adopter une politique de droite. Il serait temps!

Il faudra probablement attendre 2021 pour voir émerger au niveau municipal une véritable opposition à Renens, entre une UDC expérimentée et un PLR enfin débarrassé de ses manigances politiques. Cela fait bien loin.

Mise à jour (11 mars): un débat sur le second tour a eu lieu jeudi soir sur La Télé, dans lequel j'ai pu lâcher quelques vérités bien senties.

Pour ceux qui n'ont pas une heure à perdre à regarder cette émission, voici le timing de mes interventions:

08:51 Analyse du premier tour
12:33 Les propos de Jean-Marc Dupuis et une petite riposte...
26:52 Développement urbain et fiscalité
39:32 RIE III
46:40 Des impôts élevés qui rapportent peu, un dilemme renanais

01 mars 2016

Renens, la Nuit des Couteaux à Beurre

Sur l'échelle strictement locale, le 28 février fut également l'occasion du premier tour des élections communales vaudoises. Le scrutin eut une saveur particulière à Renens, quatrième ville du canton, puisqu'à l'inverse de Lausanne les jeux était ouverts, chaque parti se lançant séparément à la Municipalité.

Il s'agit donc d'une analyse un peu plus exhaustive que celle, sommaire, que j'ai pu livrer sur le plateau de La Télé dimanche soir.

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A l'aube du dépouillement.

Commençons par les résultats du Conseil Communal.

Conseil Communal (80 sièges)
  2016 2011
Parti Socialiste 24 (+6) 18 (-3)
PLR 20 (+1) 19 (-4)
POP - Fourmis Rouges 17 (-6) 23 (+3)
UDC 10 (-) 10 (+10)
Les Verts 9 (-1) 10 (-1)

Les chiffres entre parenthèses renvoient à l'évolution vis-à-vis du scrutin précédent. La variation indiquée entre parenthèse pour 2011 (montrant l'écart avec 2006) doit être relativisée, une liste de cinq sièges disparaissant lors de cette élection.

L'extrême-gauche POP / Fourmis Rouges subit la loi d'un Parti Socialiste hégémonique au sein de la gauche plurielle. Le PLR grignote un siège aux Verts. Au coude-à-coude avec eux en 2011, l'UDC prend la tête. La stabilité du parti est plutôt une bonne surprise pour ces élections qui ont vu l'UDC affronter un vent contraire avec le mauvais score vaudois de l'Initiative de Mise en Œuvre. Merci aux électeurs qui nous ont fait confiance!

Il n'y a guère de glissement gauche-droite au Conseil Communal de Renens, mais le premier tour de l'élection à la Municipalité s'avère plus instructif.

Municipalité (7 sièges)
  2016 2011
Jean-François Clément (PS) 1'634 2'163
Myriam Romano-Malagrifa (PS) 1'587 2'113
Patricia Zurcher Maquignaz (PS) 1'344 -
Didier Divorne (POP) 1'281 -
Olivier Golaz (PLR) 1'279 911
Jean-Marc Dupuis (PLR) 1'188 777
Tinetta Maystre (Les Verts) 1'073 2'040
Karine Clerc (POP) 1'071 -
Florian Gruber (PLR) 1'036 -
Johnson Bastidas (POP) 952 -
Nathalie Jaccard (Les Verts) 761 -
Stéphane Montabert (UDC) 678 504
Gérard Duperrex (UDC) 606 -
Roland Delapierre (PEV) 144 -

Les résultats sont donnés par ordre décroissant. La comparaison avec les scores de 2011 est purement indicative: à l'époque, la gauche partait unie avec un ticket de cinq candidats (2 POP, 2 PS et 1 Vert) qui furent tous élus dès le premier tour. Il n'y eut pas de second tour à Renens, les deux candidats du PLR Olivier Golaz et Jean-Marc Dupuis obtenant leurs sièges tacitement.

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Dans le premier tour ci-dessus, chacun des six sortants emmena avec lui un ou plusieurs colistiers qui purent profiter de sa notoriété - la fameuse "prime au sortant". Les partis représentés à la Municipalité n'eurent donc aucun mal à occuper le haut du classement. Les six sortants et leurs cinq colistiers occupent fort logiquement les onze premières places. L'UDC vient ensuite, selon un résultat somme toute assez logique. J'obtiens un score personnel d'un peu moins de 16%, à comparer aux 38,5% engrangés par Jean-François Clément.

L'intérêt de cette élection à Renens portait surtout sur la recomposition de la gauche. En avançant trois candidats tout en annonçant briguer le poste de Syndic, les socialistes affichèrent leurs ambitions - et leur appétit. Ce premier tour ouvert permit de mesurer la force réelle de chaque parti. La figure historique du POP Marianne Huguenin s'étant retirée du jeu, les candidats socialistes dominèrent largement. Le "tout-juste-sortant" Didier Divorne, en poste depuis moins d'un an, se fit distancer alors qu'il est encore le mieux placé de son groupe. Vinrent ensuite les candidats du PLR. La Municipale verte se vit sévèrement sanctionnée, obtenant le plus petit score parmi les sortants, derrière la droite.

Renens, à la lausannoise

Lundi soir, les groupes politiques définirent donc leur stratégie pour la conquête des sept sièges de la Municipalité. Le terme de Nuit des Longs couteaux est sans doute trop ambitieux pour les petites cuisines de la politique renanaise!

Approché dès le dimanche par l'UDC pour une alliance électorale formelle au second tour, le PLR refusa sèchement. Contrairement aux discussions qui avaient pu avoir lieu en amont, ses responsables expliquèrent alors que leur objectif était de conserver leurs deux sièges et qu'ils n'auraient "rien à gagner" à déterrer la hache de guerre avec la majorité de gauche. Les électeurs de droite apprécieront. Bien entendu, cette fin de non recevoir douchait tout espoir d'un troisième siège de droite à la Municipalité, marque d'un rééquilibrage nécessaire. Écœuré par cette passivité, c'est avec un certain dégoût que je ressortis de cette entrevue déconcertante.

De leur côté, lundi soir, dans une ambiance de veillée d'armes, les trois partis de gauche installés dans trois salles différentes de la Salle de Spectacle de Renens tinrent conseil jusque tard dans la nuit. Le résultat du premier tour les avait en effet placés devant une situation apparemment inextricable. Compte tenu de ses cinq sièges sortants, comment respecter les vœux de toute la gauche plurielle? Le souhait du POP de garder la tête haute, le PS d'obtenir les trois sièges auxquels il prétendait et les Verts de préserver leur unique Municipale, gage de leur participation dans une alliance de gauche?

La continuité aurait voulu que le POP concède le transfert d'un siège municipal au PS, mais ajouté à la perte de la syndicature, cela commençait à faire beaucoup. J'imagine qu'à un moment quelqu'un s'interrogea naïvement à haute voix: "Au nom de quoi infliger ce sacrifice à la gauche? Pour que le PLR continue d'occuper joyeusement les deux derniers sièges de la Municipalité?"

Pas besoin d'être devin pour comprendre que la réponse était dans la question. L'équilibre d'une gauche renanaise "apaisée" passerait par la prise d'un siège de la minorité de droite. Toute la gauche serait satisfaite: le POP trouverait la continuité, les Verts le salut et le PS la victoire. Cette idée fut confortée par l'exemple de Lausanne où, la veille, un ticket de la gauche unie rafla 6 sièges municipaux dès le premier tour.

Il faut préciser que ce scénario avait été envisagé et expliqué au PLR par votre serviteur, mais le comité de ce parti refusa d'en tenir compte. Des rumeurs vraisemblables laissent entendre que des responsables de gauche auraient "promis" au PLR qu'il garderait ses deux sièges minoritaires s'il ne s'alliait pas avec l'UDC. Mais, en revanche, qu'il fasse mine d'attaquer un siège de la gauche dans une alliance PLR-UDC et la gauche le "punirait" en lui prenant un de ses deux sièges. Et le PLR aurait servilement acquiescé à ces conditions!

Mal lui en prit.

Le coup de Jarnac de la gauche s'explique facilement: quitte à trahir quelqu'un, les gauchistes préféreront toujours prendre pour cible la droite plutôt qu'un des leurs. Douloureuse leçon que le PLR de Renens vient, un peu tard, de comprendre!

En route pour le second tour!

L'assemblée de l'UDC se passa sereinement: comme le PLR nous avait fermé la porte, nous n'avions plus d'autre choix que de partir seuls. Même sans savoir ce qui se tramait, eu égard à nos électeurs, il eut été impensable de priver la population renanaise d'un second tour.

Mon co-listier Gérard Duperrex, arrivé deuxième, se retira avec élégance. Je fus fort logiquement acclamé pour me lancer.

Le second tour pour la Municipalité de Renens verra donc s'affronter:

  • Une liste "Renens, rose rouge vert" avec:
    • Jean-François Clément (PS)
    • Myriam Romano-Malagrifa (PS)
    • Patricia Zurcher Maquignaz (PS)
    • Didier Divorne (POP)
    • Karine Clerc (POP)
    • Tinetta Maystre (Les Verts)
  •  Une liste PLR avec:
    • Olivier Golaz (PLR)
    • Jean-Marc Dupuis (PLR)
  •  Une liste UDC avec:
    • Stéphane Montabert (UDC)

Neuf noms pour sept sièges. Il y aura des perdants. Autant dire qu'avec une droite désunie, nous ouvrons un boulevard pour que la gauche s'empare de six sièges à la Municipalité, laissant un strapontin à la droite.

Les électeurs de droite de Renens seront sans doute déçus, mais ils doivent savoir que le refus de l'alliance est le fait du PLR. Nous sommes les premiers à le regretter. Nous avons tendu la main au PLR et nous souhaitions faire un ticket commun au second tour, mais notre offre fut déclinée. Mis devant le fait accompli du coup de force de la gauche, ces messieurs du PLR ne pensèrent même pas à nous contacter ce matin, car pour qu'un désastre soit complet, il fallait également renoncer à tout plan de rechange...

Calculer ce qu'on a à perdre et se compromettre ne mène à rien. La leçon est rude mais nécessaire. Tout au plus peut-on espérer que le PLR sorte assagi de cette cure d'amaigrissement à l'exécutif. Je me réjouis de pouvoir en discuter avec MM. Golaz ou Dupuis sur les bancs du Conseil Communal, selon lequel y siégera à nouveau au soir du 20 mars.

20 octobre 2015

L'UDC vaudoise renonce à soutenir Olivier Français

Le congrès de l'UDC Vaud eut donc lieu lundi soir à Chavornay.

Pour un compte-rendu à peu près factuel de la soirée, on se tournera vers l'article en rapport dans le quotidien 24Heures. Malgré tout, celui-ci n'est pas exempt de quelques erreurs. Par exemple, le journaliste évoque le conflit larvé entre "UDC des villes et UDC des champs" ; si cette tension est bien réelle au niveau de l'électorat (les bons scores de Jacques Nicolet et d'Alice Glauser au sein de la liste UDC s'expliquent amplement par des consignes de vote très suivies dans les campagnes) elle n'est absolument pas la source de la division du parti au moment de choisir de soutenir Olivier Français.

Si l'alliance avec le PLR au second tour du Conseil des Etats a été rejetée par 67 voix contre 57 et une abstention, c'est pour de toutes autres raisons. Revenons sur cette soirée.

Après une présentation mi-amère des résultats vaudois, décevants comparés à la progression de l'UDC suisse mais explicables par la polémique de l'été, après l'annonce de la présidente de sa démission attendue en janvier 2016, après une analyse fine des résultats vaudois de l'élection par Kevin Grangier, arriva enfin le point d'orgue de ce congrès: le choix de soutenir ou non la candidature de M. Olivier Français au second tour de l'élection au Conseil des États.

Tout juste ressorti de sa propre séance du PLR à Bussigny, M. Français vint en tant qu'invité sous un tonnerre d'applaudissements pour plaider sa cause avant se soumettre à un feu roulant de questions de la part des délégués. La presse ne perdit pas une miette de l'exercice.

Même pas de vagues promesses

olivier français,udc,plr,élections du 18 octobre 2015Si Olivier Français était venu avec une proposition du congrès PLR de faire un apparentement avec l'UDC pour les élections communales de 2016 ou les cantonales de 2017, l'adhésion de l'assemblée lui aurait été acquise. Au lieu de cela, il ne put faire mieux que de soutenir cette position à titre personnel, et de promettre de défendre l'idée de l'élection d'un second membre de l'UDC au Conseil Fédéral au sein de son groupe à Berne. Interrogé sur ce qui le séparait des candidats de gauche sur les sujets brûlants, application de l'initiative du 9 février ou du renvoi des criminels étrangers, il resta évasif.

Bref, bien que sympathique, Olivier Français vint les mains vides. L'idée de soutenir un candidat de centre-droit était évidemment séduisante pour une assemblée UDC, mais la pilule était difficile à avaler face à un candidat proche du centre, charriant un certain historique d'animosité envers l'UDC et ses électeurs (bien qu'élu par ces derniers lorsqu'il fut porté par une coalition pour accéder à la Municipalité de Lausanne), et dont l'élection au Conseil des Etats aurait ressuscité la carrière politique d'un certain Fathi Derder sur les bancs du National par le truchement des viennent-ensuite.

Le soutien de l'UDC envers Olivier Français était donc plombé au départ, mais pas de façon irrémédiable. Il aurait fallu que le PLR vaudois fasse un effort concret pour faire pencher la balance. Mais c'était sans doute un acte d'humilité et d'ouverture trop difficile à accomplir pour un parti encore tout émoustillé par sa victoire de la veille.

Penser comme un délégué

M. Français travailla de façon méritoire pour donner l'impression d'y croire, mais l'écart avec la gauche est très grand. Il aurait été moindre si le PLR avait joué la carte de l'apparentement dès le premier tour, et alors les chances de la droite dans un ticket PLR + UDC auraient été réelles. Hélas, on ne refait pas l'histoire.

L'assemblée UDC réunie à Chavornay s'inscrivait dans une optique plus vaste que celle du second tour au Conseil des Etats, les relations futures avec le PLR vaudois.

Je pense que 80% au moins des délégués de l'UDC sont pour un rapprochement avec le PLR au nom de la droite bourgeoise, même si nos partis divergent sur des points importants. Mais cette relation doit se construire étape par étape, des fondations au sommet: d'abord à l'échelle communale, puis cantonale, puis au National, et enfin au Conseil des Etats, premier et second tour.

Dans ce contexte, une alliance avec le PLR au deuxième tour de l'élection au Conseil des Etats revenait à commencer un livre par le dernier chapitre.

Nous aurons l'occasion de rebâtir ces fondations prochainement, puisque le cycle électoral s'achève. Il reprendra dès 2016 avec les élections communales, puis les cantonales en 2017 et se concluera à nouveau avec les élections fédérales de 2019. A chaque étape l'UDC tendra la main au PLR ; à lui d'avoir l'intelligence de la saisir.

L'élection appartient aux électeurs

Les délégués ne sont pas les citoyens. Les mots d'ordre formulés par les partis sont suivis ou non de la population.

L'UDC vaudoise n'avait pas l'intention de torpiller la candidature d'Olivier Français en maintenant un de ses candidats au second tour, mais elle avait le choix entre appeler à voter pour lui ou s'en abstenir. Elle choisit cette dernière option.

S'en remettre aux électeurs est une attitude tout à fait dans la ligne de l'UDC. Les citoyens ne sont pas stupides. Ils ont, comme tout le monde, assisté aux violentes diatribes anti-UDC d'une Isabelle Moret, ou se rappellent les déclarations hostiles de M. Français lui-même. Ils ont vu le dédain affiché par le PLR vaudois en déclinant les invitations d'apparentement venues de l'UDC. Si le PLR ne séduit pas l'électorat UDC y compris lorsque l'équilibre gauche-droite est en jeu, il ne peut guère s'en prendre qu'à lui-même.

De l'autre côté, ils savent que renoncer à soutenir M. Français revient à laisser élire M. Recordon, celui qui dansait dans les couloirs du Conseil National en 2007 après avoir réussi à évincer M. Blocher du Conseil Fédéral. Des images inoubliables!

Le choix est difficile, et même si la mobilisation est au rendez-vous la victoire du candidat PLR au Conseil des États paraît très incertaine. Heureusement, la politique vaudoise porte plus loin. Comme le fit remarquer un délégué, même si les écologistes vaudois réussissent à sauver leur candidat au Conseil des Etats, cela ne changera pas grand-chose à leur défaite nationale. Ils ont perdu et ils le savent.

Le congrès UDC du 19 octobre ne visait pas qu'à décider du second tour d'une élection, mais à mettre à plat ses relations futures avec le PLR au sein de la droite. Et bien que les majorités soient amoindries par l'enjeu le sentiment de l'assemblée fut clair: il n'y aura plus d'alliance avec le PLR si celui-ci continue à traiter l'UDC par le mépris. Les délégués UDC ne supporteront plus que le PLR ne s'adresse au parti que les quelques soirs où il aura besoin de ses voix au gré des circonstances.

Il est dommage que cette leçon coûte probablement sa candidature à M. Français, mais entre deux formations politiques et leurs électeurs le respect se doit d'être réciproque. L'exemple du Valais nous montre d'ailleurs que l'UDC peut fort bien progresser dans un canton sans avoir d'apparentement avec qui que ce soit.

Espérons que le PLR vaudois comprenne le message. Nous verrons ce qu'il en est dès 2016, lors des élections communales.

27 juillet 2015

Fabienne Despot dans la tourmente

Si quelqu'un avait espéré que le scandale pourrait s'étouffer discrètement, il doit s'en mordre les doigts: depuis la semaine dernière, tous les médias romands ne parlent que de "l'affaire" - le chantage dont l'UDC Vaud est victime à travers un enregistrement pirate d'une réunion privée, enregistrement effectué par nulle autre que... La présidente du parti, Fabienne Despot!

Pas de quiétude estivale pour l'UDC vaudoise. Dans les colonnes de La Liberté, Fabienne Despot avoue "une faute" ; l'affaire est ensuite reprise par La Télé, la RTS, le Matin et le Matin Dimanche - visiblement bien informé au point de citer des extraits de l'enregistrement... Jusqu'à une conférence de presse aujourd'hui à Lausanne.

Mais revenons sur le déroulement de l'affaire.

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Le contexte

En 2014, l'UDC Lausanne est sujette à des dissensions internes, la faute à une coterie de membres en butte contre les décisions de la présidence locale. Parmi les rebelles, un certain Jean-Luc Laurent. L'ambitieuse nouvelle présidente de l'UDC Vaud, Fabienne Despot, tient absolument à impliquer la section cantonale, officiellement à des fins d'arbitrage... Ou comme une excellente occasion d'éliminer d'éventuels rivaux dans l'organigramme du parti.

Or, loin de dévoiler un quelconque scandale, l'enquête effectuée par des conseillers nationaux Pierre-François Veillon et Raymond Clottu donne entièrement raison à la direction de la section lausannoise. Elle a agi dans les règles de l'art. Le document, à usage interne, conclut que face à des positions irréconciliables il serait préférable que les membres contestataires démissionnent d'eux-mêmes plutôt que de faire face à une procédure d'exclusion.

Jean-Luc Laurent claque la porte de l'UDC.

L'immixtion de la section cantonale dans des affaires communales est mal vécue. Elle apparaît aux yeux de beaucoup comme une ingérence. Philipp Stauber, chef du groupe UDC au conseil communal de Lausanne et membre du comité central de l'UDC suisse, publie une lettre ouverte incendiaire dans laquelle il accuse la présidente de se conduire comme le personnage de bande dessinée Iznogoud et de mener le parti dans le mur. En conclusion, il l'invite à cesser ses manipulations.

Piquée au vif, la présidente refuse de laisser passer l'affront. En avril 2014, elle convoque M. Stauber dans une "réunion de conciliation" de la Direction exécutive de l'UDC vaudoise, soit MM. Michaël Buffat, Jean-François Thuillard, Kevin Grangier, et Mmes Fabienne Despot et Monika Commissione. En attendant M. Stauber les discussions s'enchaînent entre les cinq personnes assises autour de la table, évoquant les potins du parti et l'actualité. Pas un ne se doute qu'il est enregistré à son insu, sauf, bien sûr, l'instigatrice de la manœuvre.

La présidente a apporté du matériel professionnel prêté par son compagnon de l'époque, Fred Reichenbach, détective de son état, pour enregistrer la séance. D'après les dires de Mme Despot aujourd'hui, il s'agissait avant tout de "se défendre" pour éviter que ses propos ne soient "mal interprétés", sans qu'on sache très bien par qui et comment. Difficile d'écarter l'impression persistante que l'objectif était bel et bien de piéger M. Stauber... Et lorsque Mme Despot explique qu'elle ignorait qu'enregistrer des tiers sans leur consentement était illégal, on reste pantois!

Toujours est-il que l'opération fait chou blanc. M. Stauber ne se rendra pas au rendez-vous piégé. La réunion est ajournée. L'enregistrement est stoppé après 32 minutes de prise de son. N'ayant pas pu enregistrer les déclarations compromettantes qu'elle espérait, Fabienne Despot rend le matériel à son compagnon "avec instruction d'effacer le contenu", affirme-t-elle. Fin de l'histoire, en apparence...

Un enregistrement clandestin dans la nature

Mme Despot et son compagnon se séparent en mai 2014. L'enregistrement ne sera pas perdu pour tout le monde. On ne connaît pas le cheminement du fichier - l'enquête l'expliquera peut-être - mais il refait surface entre les mains de Jean-Luc Laurent, devenu dans l'intervalle candidat PBD au Conseil National. Et il a bien l'intention de s'en servir.

M. Laurent n'est pas resté en bons termes avec l'UDC. Un point en particulier lui reste en travers de la gorge: le rapport des conseillers nationaux sur les divergences au sein de l'UDC lausannoise, qui le mentionne mais qu'il ne peut consulter. Il estime qu'il y a là une profonde injustice.

Alors qu'il aurait peut-être été plus simple de tenter de prendre connaissance du document au travers de la Loi sur la Protection des Données, il tente une autre approche - le chantage.

Envoyant un email à Mme Despot le 22 juin, puis, faute de réponse de l'intéressée, à d'autres membres de la Direction exécutive trois jours plus tard, il annonce être en possession de "documents compromettants" sur certains candidats du parti au Conseil National, dont l'enregistrement d'une séance privée. Il exige en échange de son silence de consulter le fameux rapport.

Kevin Grangier, secrétaire général, est invité à juger du sérieux de la menace. Il se rend chez M. Laurent le 9 juillet pour découvrir les fameuses pièces compromettantes que prétend détenir le maître-chanteur, pour reprendre les mots de Mme Despot. Il découvre deux clef USB et trois classeurs - mais ne peut en inspecter le contenu - et le fameux enregistrement.

Ayant obtenu de son hôte le droit de l'enregistrer à son tour sur son propre téléphone portable, M. Grangier écoute le fichier audio en intégralité. Les propos tenus n'ont rien de compromettant, ce sont des discussions d'ordre privé entre des gens qui se connaissent. Mais l'authenticité de l'enregistrement ne fait aucun doute et la présidente admet en être à l'origine.

Gestion de crise

Une réunion ordinaire du comité central a lieu le soir même. La réaction est immédiate: il n'est pas question de céder au chantage, quelles que soient les informations prétendument détenues par M. Laurent. Mais la présidente Fabienne Despot est elle-même gravement mise en cause. Les membres du comité central décident de ne rien faire sans l'avoir entendue s'expliquer en personne, mais elle est en vacances... Un nouveau rendez-vous est agendé au 23 juillet.

Lors de cette nouvelle séance, Fabienne Despot s'explique, avoue sa faute, exprime ses regrets. Elle porte plainte contre son ex-compagnon et contre Jean-Luc Laurent. Michaël Buffat porte également plainte contre ce dernier pour utilisation d’un enregistrement à but de contrainte. Une perquisition a lieu: les dossiers sont creux, les clef USB sont vides. Le chantage n'était qu'un bluff maladroit, le seul document authentique en possession de l'individu étant l'enregistrement effectué par la présidente.

Si l'affaire du chantage se dégonfle, celle de la crise de confiance avec la présidente de l'UDC Vaud reste bien vivace. Les membres du comité central sont face à un dilemme dont ils se passeraient bien. Toutes les alternatives sont mauvaises - en termes d'image, d'organisation, de délais légaux vis-à-vis des élections nationales du 18 octobre. Le dépôt des listes à la chancellerie fédérale est clôt dès la mi-août. Comment tout remettre en question si tard?

Faute de mieux, les membres du comité central, associés aux responsables de la campagne fédérale, décident de renouveler leur confiance à Fabienne Despot. Peut-être espèrent-ils que la pseudo-affaire s'éteigne discrètement... Espoirs naïfs et rapidement contrariés. Quelques jours plus tard, les articles commencent à fleurir dans la presse. Le feu, loin de s'étouffer, reprend de plus belle.

Pour tenter de reprendre le contrôle de la communication dans cette crise, l'UDC Vaud se fend d'une conférence de presse officielle lundi à 10h à l'Hôtel Continental, en face de la gare de Lausanne. L'exercice - difficile - est mené par Fabienne Despot, Jean-François Thuillard au nom du comité central du parti, et Kevin Grangier, secrétaire général et membre du comité de campagne pour les élections fédérales d'octobre.

Pourtant, si la conférence de presse livre des précisions, il n'y a pas vraiment de remise en question des éléments livrés jusqu'ici par les médias.

Comment se sortir du pétrin?

Beaucoup au sein du parti ont dû se poser la question. Il n'y a malheureusement pas de réponse simple, et aucune qui ne laisse l'UDC vaudoise indemne.

Kevin Grangier a eu beau jeu de rappeler que l'UDC suisse avait raison sur toute la ligne - de l'Union Européenne à la sécurité en passant par la politique de l'asile - l'UDC vaudoise s'est bien mise en difficulté toute seule, par les atermoiements de sa présidente et la faiblesse de son comité central.

La campagne pour les élections fédérales d'octobre est compromise. Comment les candidats au Conseil National ou au Conseil des Etats peuvent-ils accepter d'être associés à une colistière qui a enfreint l'article 179 du Code Pénal et serait susceptible d'encourir un an de prison? Personne n'a porté plainte directement contre elle, certes, mais Fabienne Despot pourrait être indirectement mise en cause par les plaintes qui visent Jean-Luc Laurent. On voit mal comment ce dernier pourrait être coupable d'avoir exploité des enregistrements illicites sans que rien ne vienne inquiéter celle qui en est à l'origine. Le volet judiciaire est loin d'être fermé et il nous garantira des rebondissements réguliers, autant de piqûres de rappel désastreuses jusqu'aux élections d'octobre et sans doute au-delà. Mais il n'y a pas que cela.

Comment faire cadrer la faute de Mme Despot avec l'exigence du parti d'aligner uniquement des candidats irréprochables? Comment peut-on d'un côté demander des extraits de casier judiciaire et soumettre les candidatures à l'enquête lorsque de l'autre les mêmes censeurs passent comme chat sur braise sur des violations flagrantes de toute déontologie, de toute confiance entre collègues?

Comment même élire Mme Despot et l'envoyer à Berne? Comment espérer de sa part un comportement sans faille lorsqu'elle prétend encore aujourd'hui que l'enregistrement n'était que pour sa défense et ose affirmer, toute honte bue, qu'elle ignorait agir dans l'illégalité?

Il aurait fallu avoir du courage - le courage de convoquer un congrès extraordinaire, de soumettre la situation au vote de tous les délégués, de laisser la base du parti trancher démocratiquement. A la place, les instances dirigeantes de l'UDC vaudoise ont préféré l'atermoiement optimiste. Et la situation échappe à tout contrôle.

Je suis triste de voir Mme Despot aveuglée par l'ambition au point de ne pas voir que sa carrière politique vient d'exploser en plein vol, manquant d'assez de force de caractère pour prendre la seule décision qui s'impose.

Je suis triste pour les instances dirigeantes de l'UDC vaudoise de ne pas avoir été à la hauteur de l'enjeu face à la crise, d'avoir mal conseillé leur présidente et préféré fermer les yeux sur leur propre règlement électoral de peur d'affronter un conflit.

Je suis triste pour les autres candidats talentueux de l'UDC au Conseil National et au Conseil des États, innocents dans toute cette affaire et quand même salis.

Mais avant tout, je suis triste pour les électeurs vaudois recevant ce pitoyable feuilleton estival en guise de campagne, alors que la Suisse aura bientôt à affronter des enjeux vitaux pour sa survie. Ils méritaient mieux.

Mise à jour (29 juillet): suite à l'ampleur que prend cette affaire l'UDC a - enfin! - décidé de convoquer un congrès extraordinaire, le 13 août, pour décider des suites à donner à la candidature de Mme Despot.

Mise à jour (14 août): le congrès extraordinaire a eu lieu. Contre toute attente, Mme Despot a été confirmée (avec de courtes majorités) dans toutes ses positions: candidate au Conseil National (85 voix contre 57 et 3 blancs), au Conseil des Etats (81 voix contre 60 et 3 abstentions), et présidente du parti (72 voix contre 66, 3 nuls et 2 blancs). Les délégués ont donc décidé d'ignorer leurs propres critères de sélection et de maintenir sur les listes une candidate polémique. Nous verrons donc si les électeurs de feront le tri ou pas, mais au vu des tensions au sein de l'UDC (y compris entre les candidats) l'option choisie par le congrès n'est certainement pas celle qui restaure la sérénité dans la campagne.

15 mai 2012

La Convention de Législature

Les spectateurs qui ont suivi la séance du Conseil Communal de Renens du 10 mai ont assisté à un étrange ballet: l'élection à bulletins secrets du Président du Conseil Communal et du Bureau pour l'année 2012-2013. Un candidat pour chaque poste, chacun élu au premier tour, tout allant avec force remerciements et salves d'applaudissements...

Dans une ville au clivage gauche-droite aussi marqué que Renens, comment cela a-t-il été possible?

Le secret vient d'un document de quelques pages signé entre tous les partis un an plus tôt, la Convention de Législature, visant à partager le pouvoir.

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La Convention de Législature de Renens pour la période 2011-2016.

Le Conseil Communal est l'organe principal de la vie politique communale, mais ne gère pas tout directement. On ne saurait demander à un plénum de 80 conseillers (à Renens) de siéger et de débattre au moindre remplacement de conduites d'égoût... Dans les faits, le Conseil Communal fonctionne donc à l'aide de commissions, sous-groupes comportant une petite fraction de ses membres, pour s'informer et statuer sur tel ou tel dossier avant la "grand-messe" d'une séance du Conseil. Toutes les commissions ne sont pas égales: certaines ne sont constituées que le temps d'un projet quelconque. D'autres, comme la commission des finances ou la commission de gestion, vivent à travers toute la durée de la législature.

Le Conseil Communal est lui-même chapeauté par le Bureau du Conseil, un comité comprenant le Président du Conseil, des vice-présidents et des scrutateurs. Le Bureau a la charge du travail administratif lié au fonctionnement du Conseil Communal lui-même, comme l'organisation des séances, la tenue de l'ordre du jour et des procès-verbaux.

Bien qu'un peu bureaucratiques en apparence, les détails du fonctionnement de la politique communale sont essentiels pour comprendre l'utilité de la Convention de Législature. En effet, celle-ci décrit le rapport de force dans l'organisation du travail. Composition et présidence de chaque commission selon l'affiliation politique, tournus des postes au sein du Bureau et à la présidence du Conseil Communal... Le tout sur la base d'une répartition en fonction de la représentation des partis au sein du Conseil.

Prenons par exemple la Commission de Gestion. A Renens, celle-ci comporte 13 membres ; selon la Convention de Législature, les libéraux-radicaux, des fourmis rouges (le nom de l'extrême gauche locale) et des socialistes ont droit à trois sièges chacun, les UDC et les écologistes deux sièges chacun. La présidence est attribuée à un parti différent chaque année.

Cette attribution ne vaut que pour Renens et que pour la période 2011-2016, bien entendu. La convention doit être renégociée à chaque nouvelle législature en fonction de l'équilibre politique sorti des urnes.

Si le fonctionnement d'une Convention de Législature est donc clair, reste à répondre à une interrogation: pourquoi en avoir une?

En première approximation on pourrait penser que les vainqueurs s'exclameraient "au diable les vaincus!" et s'arrogeraient tous les pouvoirs - et donc, pas besoin de s'embarrasser d'une convention. Mais cette stratégie est plutôt mauvaise. D'abord, les électeurs, plus modérés que leurs élus, n'apprécient guère l'arrogance. Refuser toute forme de participation à la minorité au seul prétexte qu'elle a réuni moins de suffrages n'est pas bien perçu. Ensuite, la moindre composition de commission de préavis devrait être soumise au vote du Conseil Communal, donnant lieu à moultes empoignades. Enfin, la minorité étant absente des commissions, l'information donnée lors de leurs séances circulerait mal et obligerait les groupes à poser d'innombrables questions à la municipalité devant le plénum. Les débats, rallongés et alourdis, seraient probablement encore plus ennuyeux qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Du point de vue de la minorité, l'intérêt est évident. La convention permet aux partis d'opposition de récupérer des fonctions symboliques et de s'intégrer à la vie politique communale. En partageant le pouvoir, la majorité ne prend pas un énorme risque: après tout, la composition des organes de l'assemblée reflète l'équilibre des forces au conseil. Si la gauche est majoritaire par exemple, elle le sera également dans chaque commission. L'incertitude posée par les "électrons libres" refusant de suivre la ligne de leur parti n'est pas nulle, mais reste sommes toutes assez faible.

Finalement - et on l'oublie souvent! - exclure une partie du Conseil Communal revient à laisser l'ensemble du travail aux autres. Si une bonne partie des conseillers communaux était interdte de commission, la majorité aurait alors à assumer leur absence et à les remplacer. Le moindre conseiller communal de la majorité devrait alors sacrifier une dizaine de soirées par mois pour faire vivre la politique locale, une épée de damoclès qui amène les plus récalcitrants à mettre de l'eau dans leur vin!

Le seul risque d'une Convention de Législature est lié à sa rupture. Il est possible que certains ne l'acceptent pas et refusent de jouer le jeu. En effet, ce contrat est signé par les chefs de groupe et les chefs de partis représentés au conseil, pas par chaque conseiller communal. La discipline au sein des partis ne fait pas tout. Comme les élections annuelles pour choisir le nouveau Président du Conseil, etc., se déroulent à bulletins secrets, il est tentant pour des contestataires de faire comme bon leur semble et d'envoyer l'accord aux orties, même si on l'a vu, tout le monde gagne à le respecter.

La Convention de Législature représente à l'échelle communale un outil politique typique du génie helvétique: un compromis simple, efficace, honnête, et dans lequel chacun trouve son compte.