09 décembre 2014

Keith Martin et la responsabilité individuelle

Si chacun a un jour son quart d'heure de gloire Keith Martin a eu droit à plusieurs passage - jusqu'à son malheureux décès le 5 décembre à l'âge de 44 ans.

keith martin,obésité,royaume-uni,alimentationKeith Martin était un des hommes les plus obèses du monde avec un poids d'environ 450 kg. Son nom ne vous est probablement pas inconnu puisque la presse de boulevard avait relaté son épopée, l'obésité morbide étant un des rares sujets franchissant hypocritement le filtre du politiquement correct pour peu qu'on prenne la peine d'écrire dans la rubrique insolite.

C'est pourtant dans la rubrique société que Le Matin décida d'évoquer le sujet, avec un article lapidaire et pourtant à haute teneur politique:

Le Londonien Keith Martin, surnommé l'homme le plus gros du monde, est mort vendredi à l'âge de 44 ans.

Selon sa famille, le malheureux, qui pesait 445 kilos et engloutissait quelque 20'000 calories par jour, soit neuf fois la quantité recommandée pour un homme adulte, est décédé des suites d'une pneumonie et d'une longue série d'opérations pour réduire son poids.

Son médecin lance aujourd'hui un appel au gouvernement britannique pour taxer les fast-food: «Le gouvernement doit rendre bien plus chère la nourriture mauvaise pour la santé. Sinon nous verrons de plus en plus de personnes comme Keith. Depuis quelques années, j'ai traité plusieurs patients qui pesaient entre 300 et 400 kilos. Il est bien trop facile, parce que peu cher, d'accéder à la junk food. Cela doit cesser.»


Voilà, c'est tout simple, taxe = bonne santé. Quelque chose me dit que la rédaction bien-pensante du Matin a trouvé là une occasion à bon compte de relancer la croisade ridicule contre la prétendue malbouffe, un opportunisme qui n'aura d'ailleurs pas échappé aux internautes commentant l'article.

A part cela, il est effarant d'entendre des suggestions comme celles du médecin de M. Keith. Taxons la nourriture malsaine et l'obésité disparaîtra! Quel raisonnement consternant de la part d'un prétendu homme de sciences! Pour un Keith Martin, combien de familles pouvant parvenir à se nourrir à un coût modique grâce à des aliments abordables?

Il y a plusieurs chemins jusqu'à un régime de vingt mille calories quotidiennes et tous n'impliquent pas la nourriture qualifiée de junk-food par les bien-pensants - à moins d'en faire une catégorie si vaste qu'elle inclue même les œufs frais. Jusqu'à une époque récente, M. Martin en engloutissait vingt-quatre, frits au petit déjeuner. Quelle taxe faudrait-il imposer pour que plus personne ne soit financièrement en mesure d'en consommer autant en un seul repas?

On voit rapidement les limites de l'exercice. À moins de faire contrôler entièrement l'accès à la nourriture par le gouvernement - une situation que les populations de divers pays totalitaires semble apprécier modérément - la liberté de consommer de la nourriture permet, inévitablement, des situations comme celles de Keith Martin.

Mais la liberté alimentaire est-elle seule en cause?

Au milieu de la joie sauvage de se moquer d'un malheureux, d'autres articles de presse révèlent une réalité un peu plus complexe et nuancée de l'histoire de M. Martin, des raisons de son obésité jusqu'à celles de sa mort:

Il avait un poids normal et appréciait le vélo jusqu'à la mort de sa mère, Alma, alors qu'il avait 16 ans. Alors il commença à s'empiffrer et à boire, et à grossir de 76 kilos jusqu'à ces proportions morbides.

"Je me suis laissé aller", dit-il. "Ce n'était pas pour le plaisir. Je n'en avais juste rien à faire. Je suis devenu si gros avec les saucisses, le bacon et les dîners de grillades. Je mangeais tout ce qui me passait par la tête."

Ses parents se sont séparés alors qu'il était petit. Issu d'une famille de huit enfants grandissant à Hendon, il eut rarement l'occasion de voir son père, Henry, portier d'hôpital, qui décéda quelques années après sa mère.

Keith l'adolescent quitta l'école peu après la mort de sa mère avec quelques certificats scolaires et travailla comme magasinier et laboureur jusqu'à ce que son poids, et le manque de mobilité et de souffle qui en résultent, lui rendent la tâche impossible.


En 2001, il fut hospitalisé pour la première fois à cause de son obésité. Et c'est à partir de là qu'il s'enfonça plus encore dans la gloutonnerie, aidé en cela par un service de santé toujours prêt à mettre la main à la pâte.

Avec un indice de masse corporelle de 115, on lui diagnostiqua une dépression et des problèmes cardiaques. Une équipe de spécialiste de huit personnes utilisait des ambulances spécialement conçues à 90'000 livres pièce pour le transporter lors de ses trajets de son domicile à l'hôpital, tant que son poids laissait possible la manœuvre.

Mais l'état du patient empira. En 2012 il s'avéra incapable de se déplacer, puis incapable de se lever. Lorsqu'il ne mangeait pas il passait ses journées devant la télévision, lisant ou jouant à des jeux vidéo tout en recevant la visite de nombreux membres du corps médical: nutritionniste, cardiologue, plusieurs infirmières changeant ses couches ou lui prodiguant des soins corporels... Alors même qu'au Royaume-Uni, des gens meurent quotidiennement à cause du rationnement des soins du système de santé public.

Incapable de subvenir à ses besoins puisque hors d'état de travailler, Keith Martin vivait exclusivement du système social britannique, hormis deux sœurs travaillant en cuisine pour satisfaire son improbable appétit.

Keith Martin n'était absolument pas satisfait de sa condition. "Je ne vais pas contacter le Livre Guiness des Records au sujet de mon poids. Ce n'est pas quelque chose dont je suis fier", affirmait-il. Et très conscient des risques pour sa vie, il entreprit d'en changer - bien qu'à aucun moment les 40'000 livres mensuelles que son mode de vie coûtait au contribuable britannique au travers du système de santé ne soient remis en question.

Il tenta ainsi de perdre du poids, et réussit. Une opération pour lui poser un anneau gastrique lui ôta les trois quarts de son estomac. Il vécut encore plusieurs mois alité et s'amaigrissant jusqu'à ce qu'une pneumonie l'emporte.

M. Martin avait une part de responsabilité évidente dans sa triste situation. Mais quitte à pointer d'autres facteurs, devait-il plus son état à la teneur en matière grasse de ses aliments ou aux mécanismes sociaux qui lui permirent complaisamment de perpétuer son mode de vie malsain, alors qu'il avait cessé de travailler depuis plus de dix ans?

26 novembre 2014

Or: même Marine Le Pen s'y met!

Dire que l'initiative sur l'or aura provoqué des remous est un euphémisme. Qu'elle soit acceptée ou refusée le 30 novembre, elle crée derrière elle un véritable tsunami.

Dernier chapitre en date: une lettre ouverte de Marine Le Pen demandant des comptes à M. Christian Noyer, président de la Banque de France. A l'attention de quelques lecteurs trop effrayés par l'idée de naviguer même ponctuellement sur le site du Front National, voilà donc ladite lettre reproduite in extenso.

Monsieur le Gouverneur,

Au nom des Français et en ma qualité de principal chef de l’opposition, j’ai l’honneur de vous écrire, car il est de mon devoir de vous présenter une requête sur les réserves d’or de la France, relevant de l’intérêt supérieur de notre nation.

marine-le-pen.jpgAvant même le déclenchement de la crise de 2008, le Front National avait anticipé et informé les institutions politiques de l’aggravation à venir du contexte macro-économique et géopolitique. Dans le cadre du modèle économique de plus en plus ultralibéral adopté par la France sous la pression de Bruxelles, aucun des fondamentaux économiques ne peut s’améliorer durablement. Tous les Français peuvent constater que les politiques d’austérité exigées par l’Union Européenne et la BCE et menées par le gouvernement sont un échec avéré et grave pour notre pays.

L’institution monétaire que vous dirigez a pour mission historique d’être la banque centrale dépositaire des réserves monétaires nationales et notamment des réserves d’or. Selon notre vision stratégique et souveraine, celles-ci n’appartiennent ni à l’Etat, ni à la Banque de France mais bien au peuple français et de surcroît servent de garantie ultime à la dette publique et à notre monnaie.

Dans la guerre froide monétaire qui se joue entre les pays occidentaux et les pays des BRICS, l’or reprend progressivement un rôle important. Selon le Conseil Mondial de l’Or, les réserves officielles d’or de la Chine, de l’Inde et de la Russie ont fortement augmenté entre 2007 et 2013.
Pour ces raisons et compte tenu de l’accroissement rapide des risques systémiques mondiaux, il est de la plus haute importance pour la solvabilité future de notre nation d’engager, d’ici mi-2015, une procédure d’audit détaillé dont les résultats feront l’objet d’un rapport. Ce rapport devra obtenir la validation des autorités macro-prudentielles françaises, l’ACPR, puis sera rendu public dans l’année.

Cet audit exhaustif devra contenir :
– un inventaire complet des quantités d’or physique affichées actuellement à 2435 tonnes ainsi que leur qualité (numéro de série, pureté, barres ‘Good Delivery’…), réalisé par un organisme français indépendant (à définir). Cet inventaire, sous contrôle d’huissier, devra indiquer le pays dans lequel les réserves d’or sont stockées, en France ou à l’étranger.
– Un recensement de tout contrat d’engagement financier officiel ou secret vis-à-vis de banques et sociétés privées, ou de prêt bilatéral entre la France et des institutions nationales ou internationales, ayant gagé l’or de la France afin de garantir le sauvetage de l’euro. Dans ce cas, l’audit exhaustif devra contenir les conditions des contrats d’engagement ou de prêts.

Par ailleurs :
Attendu que le 30 novembre prochain, aura lieu en Suisse une votation suite à une demande de référendum d’initiative populaire « Sauvez l’or de la Suisse » du parti UDC (Union Démocratique du Centre) qui propose le rapatriement de leurs réserves d’or sur leur sol.
Attendu qu’à la demande de certaines banques centrales nationales avisées, ce phénomène de campagne pour le « retour des réserves d’or nationales » et le contrôle démocratique existe depuis 2013 en Allemagne (Bundesbank), en Pologne etc.
Attendu que la Banque centrale néerlandaise a indiqué récemment qu’elle avait rapatrié 122,5 tonnes d’or.
Attendu que le 19 mai 2014, la Banque de France au côté d’autres banques de l’Eurosystème, a annoncé avoir signé l’accord de Washington des ventes d’or CBGA 4 (Gold sales Under the Central Bank Gold Agreements) qui ne prévoit pas de quotas de cession sur cette période quinquennale (2014 à 2019), contrairement aux trois accords précédents.
Attendu qu’en effet, la Banque de France déjà indépendante, a procédé dans le cadre de l’accord CBGA 2, à des ventes d’or décidées en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Raffarin.
L’objectif officiel affiché était de gérer plus activement les réserves de change de l’Etat afin de générer 100 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires dès 2005. N. Sarkozy déclarait aussi que cette vente d’or serait utilisée « soit pour financer des investissements qui préparent l’avenir, soit pour réduire la dette, mais en aucun cas pour financer les dépenses de fonctionnement ».
Sur la période 2004-2012, environ 614,6 tonnes d’or auraient été vendues par la France alors que dans le même temps les autres banques centrales de l’Eurosystème dont la BCE se sont engagées à limiter leurs ventes d’or. Selon un rapport de la Cour des Comptes de 2012, cette opération s’avère extrêmement coûteuse pour la puissance publique et constitue une atteinte grave au patrimoine national, effectuée sans aucune consultation démocratique.
Monsieur le Gouverneur, d’après vos déclarations, « l’or demeure un élément important des réserves monétaires mondiales». Pour les Français, vous êtes considéré comme le garant en dernier ressort de la sûreté de cette réserve d’or et donc de la stabilité de notre monnaie et de la stabilité financière nationale. En conséquence, votre responsabilité est immense.

Aussi, en fonction de la situation que nous découvrirons, je vous exhorte à procéder :
– Au rapatriement urgent sur le sol français de la totalité de nos réserves d’or se trouvant à l’étranger.
– A l’interruption immédiate de tout programme de cession d’or.
– A l’inverse, à une réallocation progressive d’une partie significative des réserves de devises au bilan de la Banque de France par l’achat d’or, lors de chaque baisse significative du cours de l’once (recommandation 20%).
– A la suspension de tout contrat d’engagement financier ou de prêt qui gagerait nos réserves d’or.
– Au bilan patrimonial et financier des opérations de cession d’or de 2004 ordonnées par N. Sarkozy.

La mise en œuvre de ces mesures est décisive pour l’avenir de la France face aux troubles socio-économiques qui risquent de se produire.

Tout comme vos héroïques prédécesseurs de la Banque de France en 1939 et 1940 avaient organisé l’évacuation de l’or français, vous vous devez d’entreprendre cette vaste opération de sécurisation du trésor national, acte patriotique qui sera reconnu le moment venu par l’opinion publique.

Je forme le vœu que, respectueux de vos devoirs de haut fonctionnaire au service de l’Etat, vous sachiez faire preuve de la lucidité et du courage nécessaires à la défense de l’intérêt général de notre pays. L’enjeu est considérable, c’est de l’avenir de la France dont il s’agit !

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma considération distinguée.

Marine Le Pen


Marine Le Pen n'ayant aucun statut légal particulier - sa qualité de "principal chef de l’opposition" autoproclamée étant sujette à débat et certainement pas reconnue au sein des institutions de la République Française - on peut imaginer que cette lettre ne suscitera aucune réponse de l'intéressé. Mais le but de la manœuvre n'est pas là.

D'abord, la missive traduit l'état d'esprit de la Présidente du Front National, un parti français qu'on peut aimer ou détester mais qui s'annonce comme incontournable dans la vie politique hexagonale. Et celle-ci ne considère définitivement pas l'or comme une "relique barbare" qu'on peut négligemment solder lorsqu'on a besoin d'argent... Au contraire, elle pointe les récentes opérations de rapatriement d'or en Europe et les soupçons qui pèsent sur les stocks d'or français - tant leur volume que leur qualité et les éventuels engagements qui pourraient peser sur eux. Des inquiétudes que le silence compassé des dirigeants politiques et de la Banque de France elle-même ne vont certainement pas calmer.

Ensuite, elle n'hésite pas à reprendre les 20% de couverture de l'initiative sur l'or de l'UDC pour demander le même genre de ratio au niveau des réserves de la Banque de France - le tout au nom d'une méfiance accrue envers les monnaies-papier et les risques de déstabilisation de la finance mondiale qui laissera l'or comme seul garantie monétaire acceptée. Nous nous dirigeons à grands pas dans cette direction, d'autres pays s'y préparent, mais c'est la première fois que j'assiste à l'aveu aussi limpide de la situation par un responsable politique de premier plan - une attitude qui ne manque pas de faire du bruit.

Enfin, elle met les responsables du passé en face de leurs responsabilités: Nicolas Sarkozy qui solda des tonnes d'or français à vil prix sans justification aucune sauf probablement pour payer les dépenses courantes ; et bien sûr, le président de la Banque de France Christian Noyer lui-même dont la responsabilité serait effectivement "immense" s'il s'avérait que les réserves d'or françaises ne sont finalement pas ce qu'elles sont sensées être... De quoi donner des sueurs froides à nombre de coquins s'abritant fort opportunément derrière le secret de leur fonction pour éviter d'avoir à rendre des comptes sur des coffres peut-être vides.

Une chose est sûre, Mme Le Pen suit l'actualité économique de près, et avec plus de prévenance qu'on pourrait croire sur les questions monétaires.

28 octobre 2014

Hélicoptères: Comment ruiner un secteur d'activité

Il suffit de peu de choses pour détruire des milliers d'emplois et provoquer des dégâts considérables. L'exemple du jour nous vient de l'Union Européenne, tuant l'ensemble du secteur hélicoptère aérien simplement à l'aide d'une nouvelle réglementation.

[La réglementation IR-OPS de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA)] interdit, pour le transport public, les survols en hélicoptères monomoteurs de zones habitées ne disposant pas d'aires de recueil immédiat. Seuls les hélicoptères équipés de deux moteurs "performants" pouvant assurer "des opérations en classe de performances 1" sont autorisés.


hélicoptère,rSont donc exclus d'office tous les monomoteurs "anciens", c'est-à-dire plus de 85 % des 450 appareils en service en France...

Le Figaro simplifie le problème à sa plus simple expression dans le titre de l'article qu'il dédie à ce sujet: la plupart des hélicoptères sont menacés d'être cloués au sol par Bruxelles. 85 sociétés sont en danger dans leur existence même.

Malgré la tournure de phrase la menace n'a rien d'hypothétique. La nouvelle réglementation entre pleinement en vigueur le 28 octobre, aujourd'hui même. Pour les entrepreneur la bureaucratie européenne est un bien plus grand danger que quelque fléau biblique.

Dominique Orbec, président de l'Union française de l'hélicoptère (UFH), le syndicat patronal de la filière, s'étrangle:

"Cette réglementation condamne une profession qui réalise 280 millions d'euros de chiffre d'affaires par an et emploie quelque 1800 personnes." (...)

La directive est "économiquement inacceptable et opérationnellement injustifiée", ajoute-t-il. L'utilisation d'un engin avec deux moteurs coûte deux fois plus cher à l'achat (5 millions d'euros au bas mot) et en exploitation (3000-3200 euros). "La facture carburant doublerait et le coût de la maintenance serait plus élevé", explique Dominique Orbec. "Nos clients sont-ils prêts à payer deux fois plus cher un service identique?", lance-t-il.


Eh oui, qui dit deux moteurs dit plus de consommation de carburant et aussi plus de pollution... Mais qu'en est-il de la sacro-sainte sécurité au nom de laquelle le secteur du transport par hélicoptère est condamné du jour au lendemain? M. Orbec n'a qu'à citer les chiffres: "En cinquante ans d'exploitation, il n'y a jamais eu d'accident d'hélicos monomoteurs à l'héliport de Paris." Sachant que les hélicoptères d'il y a un demi-siècle n'avaient pas grand-chose à voir avec ceux d'aujourd'hui.

La soudaine méfiance envers les hélicoptères monomoteurs est d'autant plus absurde qu'à l'inverse d'un avion, un hélicoptère peut atterrir en douceur en cas de panne de moteur en utilisant l'autorotation: utiliser la descente de l'engin pour redonner de la vitesse au rotor et ensuite effectuer un posé en douceur, d'autant plus simple qu'un hélicoptère n'a pas besoin d'une piste d'atterrissage. L'emploi de cette manœuvre fait d'ailleurs partie de la formation standard des pilotes. Si agir ainsi est évidemment stressant en cas de panne moteur cela n'a rien à voir avec les conséquences que subit un avion dans la même situation...

Le véritable danger en hélicoptère vient d'un contact du rotor avec un obstacle (câble à haute tension ou arbre) ou d'un problème mécanique au rotor de queue qui rendrait l'appareil ingouvernable. Mais dans ces circonstances deux turbines ne changeraient rien.

Notons que les avions monomoteurs, eux, pourront continuer à faire du transport public de passagers au-dessus des zones habitées. La nouvelle règlementation IR-OPS n'en parle pas.

Mais la fin de l'article résume toute l'absurdité bureaucratique incarnée, lorsque la parole est donnée à des fonctionnaires de la Direction Générale de l'Aviation Civile française:

"Nous constaterons les infractions et les notifierons aux compagnies. Nous leur laisserons quelques semaines pour prendre des actions correctives afin de se mettre en conformité avec le règlement. Il est clair et incontournable. On l'applique."


A, la belle aridité de fonctionnaires assurés de toucher leur paye à la fin du mois en collant des amendes! Mais il paraît que les exploitants avaient deux ans pour se préparer, nous dit-on, et même plus encore depuis le début des "discussions" (entre des fonctionnaires européens et des membres du lobby des constructeurs d'hélicoptères sans doute). La durée de vie commerciale d'un appareil se compte en dizaines de milliers d'heures, soit des décennies selon son utilisation...

Malheur aux patrons, comme d'habitude. Nous sommes en Europe.

Et la Suisse? Elle est concernée elle aussi, puisque liée à l'Europe en matière de sécurité aérienne. Pour l'instant elle a carrément refusé d'appliquer la directive, mais attendons que Doris Leuthard ne s'empare du dossier. Il sera intéressant de compter les morts, bien réels, dus à une pénurie d'hélicoptères de secours à la veille d'une saison d'hiver.

01 octobre 2014

Pour quelques milliards de plus

La dette française a atteint 2000 milliards d'euros, un symbole dont le gouvernement se serait bien passé.

Si François Hollande se dit inquiet et déterminé - et ce n'est même pas une plaisanterie - le président fait aussi preuve d'une certaine hypocrisie. La tendance est connue depuis fort longtemps et on ne peut décemment imaginer qu'il n'ait pas été au courant. Selon l'Institut Montaigne, le montant avait été atteint au mois d'août dans l'indifférence générale, vacances obligent. Aujourd'hui la nouvelle vient du très officiel INSEE, l'institut français de la statistique, et ne peut donc plus être ignorée.

Cela équivaut à 95,1% du PIB, les critères de Maastricht - 60% - ont été explosés depuis longtemps. Les 100% du PIB, un autre symbole fort, seront franchis dans un an ou deux.

france,dette,failliteUne dette élevée n'est pas forcément un problème fatal si elle est aussi stable ; le gouvernement a alors une petite marge de manœuvre pour tenter de dégager un bénéfice primaire et essayer de réduire cette dette, fut-ce lentement.

Ce n'est pas le cas de la France. Celle-ci emprunte déjà aujourd'hui pour payer les intérêts. La dette française se creuse donc sous son propre poids.

La situation correspond donc à une accélération du processus - ce n'est pas pour rien que l'on parle de la "spirale" de l'endettement. Et bien sûr, depuis des décennies, aucune volonté politique n'est jamais venue pour tenter de tenir le budget de l'Etat. Il est tellement plus facile d'être populaire en achetant des électeurs avec de l'argent qu'on n'a pas!

La dette publique française se situait à 12% du PIB en 1974. En 1981, à la veille du passage "de l'ombre à la lumière" avec l'élection de François Mitterrand, elle était à 20%. En 1994, celle-ci atteignait 50%. La progression se fit à un rythme plus lent pendant quelques années grâce à un cycle mondial plus dynamique ; mais le mouvement ne s'arrêta pas et la dette dépassa les 60% du PIB, la fameuse limite du critère de Maastricht, en 2002. Douze ans plus tard nous en sommes désormais à 95%.

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Une autre façon de réaliser la progression de cette dette est à travers son montant, aujourd'hui 2000 milliards d'euros. Sachant que la Ve République française a été fondée en 1958, quand la France en était-elle endettée à hauteur de 1000 milliards d'euros (ou équivalents)? Quelque part à mi-chemin entre 1958 et 2014, pensez-vous peut-être? Vous n'y êtes pas. Le cap des 1000 milliards d'euros fut franchi en 2004.

La dette publique française a doublé en seulement dix ans.

Poursuivons notre réflexion. Quel sera le niveau de la dette dans dix ans? Trois mille milliards, selon une évolution linéaire? Quatre mille milliards, selon une progression géométrique? Bien malin qui peut le dire. Mais selon moi ces estimations sont de toute façon fausses, car les montants n'obéiront pas à de simples règles mathématiques. Il est plus que probable qu'il se passe quelque chose durant les prochaines années - et tout porte à croire que ce ne sera pas joli-joli.

Ne vous laissez pas leurrer par le calme apparent de la surface ou les taux d'intérêt rassurants (et manipulés) auxquels la France parvient à emprunter sur les marchés financiers. La dynamique du système est instable. Tout pourrait basculer très vite à n'importe quel moment - encore plus aujourd'hui, alors que l'endettement français repose essentiellement sur la confiance.

Depuis des décennies les libéraux tentent d'alerter l'opinion sur les dangers de la dette publique, dans l'indifférence générale et les ricanements de mépris d'une classe politique accro au Keynésianisme. Les dénégations et les sautes d'humeur n'empêcheront pas la vague de la dette de tout emporter sur son passage.

Je fais partie des déçus de François Hollande mais pour des raisons probablement différentes du plus grand nombre. "L'expérience empirique montre que lorsque la rigueur survient, un président et un gouvernement de gauche sont plus à même de faire passer la pilule des réformes auprès de leurs administrés", écrivais-je à la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 2012, plein d'espoir naïf. J'imaginais que François Hollande aurait peut-être, au pied du mur, la stature d'un véritable homme d'état capable de faire les douloureuses réformes que d'autres se contentent formuler timidement, et uniquement lorsqu'ils sont dans l'opposition.

Mais depuis nous avons vu de quoi était capable François Hollande: de rien. L'énergie de l'homme est entièrement tournée vers la communication, la gestion de crise et le placement de ses pions pour donner le change et espérer conserver le pouvoir en 2017.

Ce qui doit donc arriver arrivera.

19 septembre 2014

L'Ecosse rate l'indépendance

55,3% de non à l'indépendance, et un taux de participation de 84,6%: l’Écosse ne sera pas un pays indépendant.

chateau_ecosse.jpgCouvrant environ un tiers du territoire du Royaume-Uni, l'Écosse est une contrée particulière. Il suffit d'évoquer son nom pour que les images affluent spontanément - les Highlands, les falaises et les lochs, la pluie et la brume, les kilts et la cornemuse, le saumon, le whisky. Quel pays européen d'une taille comparable peut se targuer d'une telle notoriété?

Ce jeudi 18 septembre avait tout de la date historique. Les Écossais auraient pu mettre un terme à une entente commencée il y a 307 ans. Bien entendu, la décision se serait prise tout à fait démocratiquement selon des modalités discutées depuis des mois entre Londres et Édimbourg. Mais certains rendez-vous avec l'histoire sont fait pour être ratés.

Rétrospectivement, la campagne ne se lança vraiment que dans sa dernière ligne droite lorsqu'un sondage montra pour la première fois le Oui en tête.

Les médias francophones ne se sont pas trop étendus sur le sujet mais la population écossaise est très, très à gauche - un héritage historique de l'époque de Margaret Thatcher . Les indépendantistes avaient ainsi pour idée de créer dans leur nouveau pays un régime social-démocrate selon le modèle de l'Europe du Nord, un projet empêché par le "carcan libéral de Londres".

scotland_yes.jpgNous vîmes donc David Cameron lutter avec la dernière énergie pour maintenir l'intégrité du Royaume-Uni... Contre ses propres intérêts. On comprend bien le peu d'envie qu'il avait de passer à la postérité comme le Premier Ministre qui aurait laissé filer l'Écosse, mais sur le plan politique l'opération aurait été extraordinairement bénéfique: privé des bataillons gauchistes venus du nord, les travaillistes auraient été vaincus par les conservateurs pendant au moins une génération.

Il fut également piquant d'entendre M. Cameron lancer de vibrants plaidoyers pour l'unité alors qu'il a dans ses cartons un projet de référendum pour quitter l'Union Européenne...

Parlant d'UE, celle-ci fit également preuve de bien peu de clairvoyance: l'indépendance écossaise aurait grandement affaibli le Royaume-Uni alors que celui-ci est perçu comme l'enfant terrible de l'Europe. Mieux encore, la régionalisation des pays en entités plus petites aurait comparativement renforcé son pouvoir.

Les institutions et les hommes politiques ne furent pas les seuls à raisonner à l'envers ; même la reine Elisabeth II en fut de son couplet, implorant les citoyens de ne pas devenir "la dernière reine d'Écosse" alors même que le pays à nouveau indépendant aurait été de plein droit membre du Commonwealth.

Il ne fait guère de doute que l'incertitude économique a pesé. Quid de la manne pétrolière de Mer du Nord? De la monnaie? Le niveau de vie des Écossais se serait-il amélioré ou non avec l'indépendance? Les deux camps s'affrontèrent à coup de chiffres sans apporter de démonstration vraiment décisive. Cela amena évidemment les indécis à opter pour le statu-quo.

On peut malgré tout tirer trois enseignements de cette tentative ratée d'indépendance de l'Écosse.

cameron_annoyed.jpg1. Le processus affecte tout le Royaume-Uni. "C'est un processus, pas un événement", commentaient les politiciens écossais. Comme l'explique l'historien franco-écossais Keith Dixon dans les colonnes de Libération, "l'indépendance n'apparaît plus comme un saut dans l'inconnu". Les indépendantistes obtinrent avec ce scrutin des concessions majeures de Londres en termes d'autonomie fiscale, que réclament désormais aussi le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. David Cameron n'a pas d'autre choix que de les leur accorder.

2. Le processus affecte toute l'Europe. Les Écossais auraient pu marquer le pas en montrant qu'une indépendance démocratiquement acquise est possible, et ensuite prouver qu'elle peut se concrétiser sans catastrophe. La tentative a avorté mais le score reste serré et le processus sera cité en exemple par tous les mouvements indépendantistes (Catalogne, Vénitie, Lombardie, Pays basque...) qui ont les mêmes projets: Oui, on peut voter pour l'indépendance.

3. L'indépendance écossaise surviendra certainement. D'ici moins de vingt ans sans doute. Comme le relève Zerohedge, l'analyse des votants montre diverses choses mais l'une d'elle saute aux yeux:

  • Électeurs de 16-17 ans: Oui à 71%, Non à  29%
  • Électeurs de 65 ans et plus: Oui à 27%, Non à 73%

On voit très bien qui privilégie l'audace et qui privilégie la sécurité. Mais cette façon de considérer l'indépendance n'est pas la bonne: pareille décision représente de toute façon un saut dans l'inconnu. Il est vain de chercher à tout planifier, et il est tout aussi vain de croire que la sécurité des retraites sera assurée où que ce soit en Europe sur les décennies à venir avec la crise financière dans laquelle se débat le continent. Les choix audacieux ne sont pas toujours mauvais.

Le prochain vote indépendantiste viendra de la Catalogne le 9 novembre.

14 septembre 2014

Et encore merci pour ce moment

Le livre de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment déchaîne les passions, non seulement au sein de la classe politique mais aussi dans la population. Plus d'un Français sur deux (52%) réprouve le choix de l'ex-compagne du Président de la République d'avoir écrit un ouvrage sur leur relation. Pourtant, il est en rupture de stock à peu près partout et en cours de réimpression...

france,françois hollande,valérie trierweilerTant de critiques ont été écrites, tant d'extraits ont été divulgués dans la presse qu'il serait vain de vouloir encore surprendre avec le contenu du livre. Celui-ci a pourtant quelque chose de particulier qui le place à l'écart de tout autre ouvrage politique: une authenticité inégalée, et probablement inégalable.

Valérie Trierweiler n'a rien d'une oie blanche. Journaliste, elle sait écrire. Quarante-neuf ans, mère de  trois enfants, divorcée, elle aura été compagne du président longtemps avant qu'il ne fasse acte de candidature pour l'élection présidentielle. Les Français la jugent sévèrement, et il y a certainement des raisons de la critiquer (comme d'avoir été en couple avec M. Hollande avant de divorcer par exemple) mais la candeur n'en fait certainement pas partie. Mme Trierweiler montre également par son ouvrage qu'elle n'a jamais cherché ni le pouvoir ni le prestige et qu'elle les abandonne sans regrets.

La plupart des œuvres produites en littérature politique sont le fait de journalistes engagés, d'historiens, de polémistes, plus rarement de philosophes ou d'économistes, jamais celles de proches. Ceux-ci ont pourtant partagé l'intimité de celui ou celles dont ils parlent, côtoyé leur vie pendant l'accession au pouvoir, été témoin de leur comportement privé dans les moments les plus secrets, loin des caméras et des projecteurs - les moments particuliers où la sincérité s'exprime enfin. De ce point de vue, Merci pour ce moment est la plus réaliste photographie qui soit du mandat de François Hollande à la Présidence de la République.

Bien sûr, François Hollande n'en sort pas grandi. Le qualificatif de "sans-dents" à l'égard des pauvres peut passer pour un trait d'esprit maladroit (et guère drôle) mais devient glaçant lorsqu'il se moque de l'humble famille de sa compagne. Tout le monde n'a pas la chance d'être né avec une cuillère en argent dans la bouche, vous dira-t-on ; mais cela fait tache pour le chef de file d'un mouvement soit-disant préoccupé par le bien-être des plus faibles.

En réalité, tout cela n'est que prétexte. Comme la plupart des politiciens professionnels, François Hollande n'a d'autre but que la conquête du pouvoir, pour y goûter et s'y maintenir. Il ne cherche rien d'autre. Tout le reste n'est que moyen ou, à la rigueur, divertissement. L'ambition et un cynisme sans bornes sont les principaux traits qui transparaissent de l'ouvrage de Mme Trierweiler.

Malheureusement, les motivations, le comportement et les manières de M. Hollande n'ont rien d'exceptionnels. Qu'on se souvienne des compte-rendus de réunions du quinquennat précédent dérobés chez Patrick Buisson, conseiller du président Sarkozy, et dévoilés dans la presse! MM. Hollande et Sarkozy n'ont pas le même parcours mais appartiennent visiblement à la même espère - ainsi sans doute que leurs prédécesseurs, dont la réputation a seulement été mieux préservée par une mise au secret plus efficace de leur vie privée.

Il n'aurait peut-être pas souhaité être jugé ainsi mais il faut le reconnaître, François Hollande est effectivement un président normal, c'est-à-dire une crapule à la limite de la psychopathie, un être manipulateur, mythomane, imbu de sa personne, dévoré de cynisme, mais étrangement vulnérable de par son décalage constant avec la réalité.

Sauf peut-être pour une minuscule coterie d'irréductibles un peu naïfs, il est loin le temps où l'on pouvait croire en une quelconque supériorité des élites. Comme le rappelle un célèbre blogueur à propos de l'affaire Thévenoud:

[De] Hollande à Valls, dans les rangs de l’UMP autant que dans ceux du PS et, de façon générale de toutes les autres formations politiques, ces gens ont été choisis pour leur capacité inouïe à bobarder, à contourner la vérité, à utiliser le déni comme bouclier psychologique indéboulonnable. Ils sont arrivés là où ils sont non parce qu’ils ont démontré leur capacité à gérer un pays, mais bien pour avoir été plus féroces, plus méchants, plus industrieux en coulisse, plus machiavéliques, plus fourbes et retors que leurs adversaires. Ils sont là parce qu’ils ont survécu, ce qui fait d’eux non des héros, mais les pires magouilleurs, les pires comploteurs, les traîtres les plus veules. Ceux que nous voyons émerger actuellement sont le résultat d’une sélection cancéreuse et perverse qui aura permis de filtrer et ne conserver que ceux qui sont, justement, prêts à tout pour arriver à leur place, des raclures qui n’hésiteront pas à griller un homme et sa famille pour aboutir à leurs fins.


Voilà ce à quoi mène une classe politique professionnelle, alimentée par de jeunes loups qui usent les sièges des assemblées sans avoir travaillé dans la société civile une seule journée de leur vie.

Mais il reste un petit mystère. Pourquoi François Hollande s'est-il si peu défendu? Pourquoi n'a-t-il pas cherché à interdire le livre en référé? Pourquoi n'attaque-t-il pas son ex-compagne pour diffamation ou autre?

On pourrait penser que le Président n'est plus à ça près avec une cote de popularité reflétant l'exacte crédibilité de sa ligne politique ; mais ce serait mal connaître le loup derrière l'homme. Cela ne colle pas avec un individu sans tabou ni manières et prêt à toutes les compromissions pour conserver le pouvoir. Nous avons la réponse en une petite réplique lâchée par inadvertance par un de ses conseillers:

"Elle a encore tous leurs SMS, elle est inarrêtable."


Auriez-vous cru qu'on pouvait contenir un homme politique, a fortiori un président français, avec des notions comme le respect du droit, la séparation des pouvoirs et que sais-je encore? Non. On le tient sous contrôle avec des SMS compromettants.

Sur la situation de l'individu face au pouvoir en France, cette simple phrase en dit plus long que tout le reste.