16 décembre 2018

Comment lutter (réellement) contre le terrorisme islamiste

La France est encore frappée par le terrorisme. Cette fois-ci, c'est au tour de Strasbourg. Il suffit de lire la liste de 2017 ou celle qui sera faite en 2018 - l'année n'est pas terminée - pour avoir une idée de ce qui attend l'Hexagone les décennies à venir.

Mais est-ce une fatalité?

Naturellement, les gens s'interrogent. Comme le fait remarquer un Internaute taquin:

"Tous ces attentats, ces attaques au couteau, à l'arme à feu, ces camions qui foncent dans la foule, ces gens qui crient en commettant leurs méfaits... Si au moins on était capable de trouver un point commun, quelque chose qui permette de les relier... Mais non, rien de rien. Quel dommage!"


Face à l'incompétence des autorités et la veulerie des politiciens, l'ironie est une arme efficace. Ces messieurs ne sont bien entendu jamais à court d'excuses: il ne faut pas "stigmatiser", il faut "respecter les droits de l'homme", la "présomption d'innocence", "renoncer à l'amalgame", et tutti quanti... Et pendant ce temps, de l'autre côté du mur du politiquement correct, les victimes s'empilent. Les pays européens subissent des dizaines d'attaques que les médias s'évertuent de plus en plus à maquiller comme les actes de déséquilibrés, voire de simples accidents de la route.

strasbourg_attentat_2018.jpgMais pour répondre à la question un peu plus haut, non, le terrorisme islamiste n'est pas une fatalité. Nous en avons l'exemple avec l'Italie - un pays européen, en première ligne de la crise migratoire, et qui n'a pour l'instant pas eu à souffrir du moindre attentat terroriste perpétré par des fous d'Allah.

Que font différemment les Italiens? La recette n'a rien d'un mystère. Elle est livrée dans une passionnante interview donnée par Lorenzo Vidino, expert du djihadisme à l'Université George-Washington et ancien coordinateur de la Commission italienne d'étude sur la radicalisation, dans les colonnes du Temps.

Plus intéressant que l'absence d'attentat sur sol italien, Lorenzo Vidino tire de précieux enseignements du nombre de départ de combattants sur les différents fronts du djihad - des données empiriques, scientifiques. Ainsi, on compte, par ordre décroissant:

  • 350 départs de combattants d'Autriche, soit un peu moins de 40 par million d'habitant ;
  • 300 pour la Suède, soit environ 30 par million d'habitant ;
  • 190 pour la Suisse, soit 22,5 par million d'habitant ;
  • plus de 1500 pour la France, soit 22,3 par million d'habitant ;
  • 1000 pour l’Allemagne, soit 12 par million d'habitant ;
  • et seulement... 129 pour l'Italie, soit à peine plus de 2 par million d'habitant.

Certes, ces chiffres peuvent être discutés - tous les candidats au djihad en Irak ou en Syrie ne déclarent pas ouvertement leurs intentions - mais il n'y a pas de raison que ces comportements diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre. L'écart entre l'Italie et les autres saute aux yeux: ils sont tous entre six et vingt fois plus radicalisés que la première.

Lorenzo Vidino précise encore les chiffres italiens:

C’est un chiffre incroyablement bas pour un pays de 60 millions d’habitants qui compte au moins 2 millions de musulmans. Et sur ces 129, il y a des Marocains qui ont passé des années en France avant de partir en Syrie, ou encore deux Italiens nés en Suisse – à Saint-Gall et à Zurich – et partis pour la Syrie en 2014 et 2015. On a seulement 18 citoyens italiens sur l’ensemble des départs.


Pour l'expert du djihadisme, ces chiffres sont un meilleur indicateur de l'exception italienne que l'absence d’attentats. Après tout, un individu assez motivé pour aller faire le djihad à l'étranger est probablement prêt à se livrer à des attentats sur place.

L'Italie n'a pas toujours été aussi bonne élève. Le pays abritait des mosquées professant le djihadisme, notamment à destination de la Bosnie, dans les années 1990. Mais les autorités surent réagir.

[La méthode italienne de lutte contre le terrorisme islamiste] cible avant tout ceux qu’on appelle les «mauvais maîtres», les cattivi maestri, ces mentors qui attirent les jeunes sur la voie de la radicalisation. S’ils ne sont pas Italiens, et la grande majorité ne le sont pas, ils sont expulsés systématiquement. C’est la tolérance zéro: si vous êtes radicalisé ou si vous radicalisez d’autres gens, et que vous n’êtes pas Italien, vous êtes expulsé, c’est aussi simple que cela.

Depuis le 1er janvier 2018, 109 personnes ont été expulsées d’Italie pour menace à la sécurité nationale. Depuis 2015, cela fait plus de 350 personnes expulsées, soit environ deux par semaine. C’est un outil majeur à disposition du gouvernement italien, issu d’une loi passée après les attentats de Londres en 2005. La déportation est décidée par décret ministériel, sans recours suspensif possible. Elle ne s’applique qu'aux étrangers, mais comme il est très difficile de devenir italien si vos parents ne le sont pas, cet outil s’applique bien à la majorité des cattivi maestri.

En général, le décret est signé par le ministre l’après-midi, la personne est arrêtée vers 1 ou 2h du matin et expulsée vers 5h ou 6h du matin. Parfois à la sortie de la prison où elle séjournait. La plupart des gens sont renvoyés vers le Maroc, la Tunisie, la Bosnie, le Kosovo, l’Albanie ou la Macédoine. Des pays avec lesquels l’Italie a de très bonnes relations et des accords d’expulsion qui marchent bien.


vidino.jpgLoin de l'angélisme prévalant dans d'autres pays occidentaux, la police italienne sait aussi faire preuve de curiosité - un héritage de la lutte antimafia et du terrorisme des années de plomb. "On sait que si on arrête quelqu’un, le lendemain il faut ouvrir une enquête sur son cercle d’amis ou sa famille", explique Lorenzo Vidino. Les malfrats, qu'ils soient mafieux ou islamistes, agissent en réseau.

Les Italiens auraient-ils découvert la Panacée? Oui et non. Oui, parce que les résultats sont là, indubitablement. La réussite italienne force le respect. Non, parce que la méthode perdra de son efficacité dans le temps, à cause d'une évolution démographique plus profonde qui a déjà court ailleurs sur le continent.

La démographie de l’Italie est différente de celle du nord de l’Europe. La plupart des jeunes qui sont partis pour le djihad depuis la Belgique, la France, la Suisse, etc., sont issus de la deuxième génération d’immigrants. Or cette deuxième génération n’existait pas en Italie jusqu’à très récemment. Les premiers immigrants musulmans sont arrivés en Italie comme célibataires dans les années 1990, et c’est seulement aujourd’hui qu’on voit apparaître une seconde génération née ici. L’Italie ressemble de ce point de vue à la Grèce, au Portugal ou à l’Espagne. On n’a pas eu les mêmes facteurs de radicalisation qu’ailleurs en Europe.


La distribution de passeports sans grand discernement joue aussi son rôle:

Le système des expulsions ne fonctionne pas pour les citoyens italiens, ni pour les mineurs. Un des attaquants tués lors de l’attentat du pont de Londres en 2017 était le fils d’une convertie italienne qui a voulu partir vers la Syrie et qu’on ne pouvait pas expulser. Il y a aussi eu le cas de Tommaso Hosni, qui a poignardé un policier et un militaire à la gare de Milan. Il est Italien. Un adolescent d’Udine qui tenait une chaîne sur Telegram pour l’Etat islamique n’a pas pu être expulsé non plus puisqu’il est mineur.

Il y a davantage de cas de ce genre, car de plus en plus de gens reçoivent la nationalité italienne. Donc l’arme des expulsions a tendance à s’émousser avec le temps.


Sans complaisance ni langue de bois, Lorenzo Vidino donne donc les recettes efficaces pour lutter contre le terrorisme islamiste dans un pays occidental développé et sujet à l'État de Droit:

  • refuser de laisser venir s'installer et expulser tous les individus radicalisés qui peuvent l'être ;
  • étendre les enquêtes pour démanteler les réseaux dans leur intégralité ;
  • établir des accords de réadmission avec les pays tiers ;
  • redoubler de vigilance avant d'accorder la nationalité à des gens qui deviennent de fait inexpulsables, notamment leur descendance.

C'est une vraie feuille de route. La Suisse dispose déjà de plusieurs armes législatives pour l'appliquer - comme le Renvoi des Criminels étrangers par exemple - mais la volonté politique manque. M. Vidino s'en rend parfaitement compte et livre sans concession l'image que la Suisse donne d'elle à l'étranger: "les Italiens ont tendance à penser que la Suisse est un peu molle dans le traitement de ce problème. La perception des Italiens est que les Suisses autorisent des gens problématiques à s’installer à leur frontière. Il y a eu des cas de gens expulsés d’Italie qui sont revenus s’établir en Suisse."

Faudra-t-il que le sang coule ici aussi pour les politiques se réveillent enfin?

11 décembre 2018

Brexit: Oui, May...

Ce qui s'est passé au Royaume-Uni pendant les dernières 48 heures prouve tout ce qui a été écrit dans ces colonnes.

Lors des dix-sept derniers mois, Mme May a négocié un monstrueux accord de Brexit avec Bruxelles. Le terme de "négociation" est sans doute galvaudé puisque le Premier Ministre britannique, qui s'opposa à la sortie de l'Union pendant la campagne référendaire, se contenta de s'aligner totalement sur toutes les exigences que Bruxelles pouvait formuler. Les Royaume-Uni deviendra simplement une province sujette de l'UE, contributrice et sans droit de vote. Les derniers outrages infligés au Royaume-Uni, comme une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, ne sont même pas évités par l'accord.

Ce n'est pas un traité négocié entre partenaires égaux ou même respectueux l'un de l'autre ; c'est un traité colonial.

Mme May a eu l'outrecuidance de présenter ce désastre pour son pays comme "le meilleur deal possible". Emportée par son élan, elle exprimait sans doute encore le point de vue de M. Junker.

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Il restait un dernier obstacle à franchir: le vote du Parlement britannique. Les débats furent houleux ces derniers jours, et un dernier réflexe de survie atavique de plusieurs élus laissa soudainement présager que le texte serait rejeté. Alors, en début de semaine, au dernier moment, pour éviter l'humiliation d'une défaite, elle retira le vote de l'ordre du jour et se précipita à Bruxelles pour essayer d'arracher un accord "encore meilleur..."

Tout ceci est un théâtre d'ombres.

Theresa May sait depuis des mois que son Brexit négocié s'apparente à peu de choses près à de la haute trahison. Elle alla jusqu'à empêcher la diffusion auprès des parlementaires britanniques des conclusions d'une étude juridique du traité de Brexit qu'elle négocia avec Bruxelles, et mentit auprès des mêmes parlementaires sur les conclusions de ladite étude, présentant comme "merveilleuses" des clauses que l'étude jugeait au contraire "catastrophiques". Mais la vérité finit par éclater.

Depuis, elle ne cherche pas un "meilleur accord". Elle ne l'a jamais cherché en dix-sept mois, et ce n'est pas à la veille du vote qu'elle va en trouver un. Mme May ne cherche qu'à jouer la montre.

Son objectif? Empêcher toute alternative à son Brexit. Peu importe que celui-ci passe ou non la rampe au Parlement - il ne restera que le Hard Brexit, que toutes les élites présentent comme pire depuis des mois, afin d'effrayer l'opinion publique. Le Brexit concocté par Theresa May n'est qu'un moyen visant à forcer les Anglais à accepter l'idée que le mieux serait encore, au bout du compte, que le pays reste dans l'Union Européenne.

Depuis quelques semaines, quelques parlementaires conservateurs sont enfin sortis de l'intoxication intellectuelle prévalant à Londres et se sont penchés sur une véritable alternative, le plan de la super-Norvège. Ce plan, d'une simplissime élégance, consiste à demander à avoir avec l'UE les relations qu'elle entretient avec la Norvège - le genre même de relations qui conviendraient à un Brexit harmonieux.

Il n'est pas sûr que ce plan réussisse, car il faudra d'abord faire en sorte que Mme May débarrasse le plancher. La rébellion est donc ouverte au sein des Tories et l'incertitude règne, comme dans toute révolution de palais. Les prochains jours seront cruciaux.

Pour qui connaît l'idéologie prévalant dans l'Union Européenne, rien de tout cela ne suscite la moindre surprise. Le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne ne pouvait pas bien se passer, parce qu'il devait mal se passer. Et il devait mal se passer parce qu'il était impensable, aux yeux de la mafia de la Commission Européenne, qu'un pays qui décide de quitter l'Union le fasse de façon paisible et ordonnée. Imaginez qu'il s'en sorte finalement mieux que les pays membres de ce club qui ressemble de plus en plus à une prison!

Quel message une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union aurait envoyé aux pays tièdes qui en sont encore membres?

Pour cette raison, il fallait que le Brexit finisse en désastre, un désastre exemplaire, et tout est fait pour qu'il finisse ainsi. Pendant qu'elle est encore Premier Ministre, Mme May y travaille à plein temps. Certains élus conservateurs commencent enfin à comprendre dans quel piège ils sont tombés, mais il est bien tard.

Mise à jour (12 décembre): Theresa May vient de repousser une motion de défiance déposée par des Conservateurs rebelles. La dernière chance d'une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union vient peut-être de disparaître.

09 décembre 2018

Martine Brunschwig Graf, le mensonge dans la peau

Les innombrables ramifications de l'affaire Ramadan n'en finissent pas de faire des vagues. Certaines s'échouent jusque sur la grève de Genève, éclaboussant des notables qu'on aurait espéré au-dessus de tout soupçon.

Tariq Ramadan, coupable d'actes sexuels sur mineures

Comme d'habitude, il faut quérir ailleurs l'information qui concerne la Suisse romande. Ici, il faut la chercher dans le magazine français Le Point - qui cite lui-même un reportage de Radio Lac, peu repris par les médias locaux - pour savoir de quoi il retourne.

Tariq Ramadan est rattrapé par son passé d'enseignant en Suisse. L'enquête, commandée par le gouvernement du canton de Genève sur les abus à l'école, porte principalement sur le Cycle d'orientation des coudriers et sur le collège de Saussure, où Tariq Ramadan a enseigné le français entre 1984 et 2004. Ce rapport confidentiel, remis au Conseil d'État le 31 octobre dernier, vient d'être révélé par Radio Lac. Les enquêteurs, deux anciens juges, ont entendu une cinquantaine de personnes, dont quatre anciennes élèves du prédicateur.


On peut lire que Tariq Ramadan serait parvenu à entretenir des relations sexuelles avec trois élèves âgées de 15 à 18 ans. Une ancienne élève confiait avoir été "abusée et violentée". "J'ai eu des relations sexuelles avec lui. Il était marié et père de famille. Cela s'est passé trois fois, notamment dans sa voiture. C'était consenti mais très violent. J'ai eu des bleus sur tout le corps. Il m'a toujours fait croire que je l'avais cherché".

Ces actes sont punis par les articles 187 à 190 du Code Pénal.

Lors de l'ouverture de l'enquête, Tariq Ramadan avait aussitôt annoncé qu'il déposerait une plainte contre X pour diffamation, voire calomnie. Un an plus tard, il n'a toujours rien fait. Il est vrai que la posture de respectabilité du prédicateur des Frères Musulmans est devenue difficile à tenir.

Mais d'autres questions sont aussi importantes, notamment, comment un simple professeur a-t-il pu contraindre sexuellement voir violer ses propres élèves, au sein même de l'école publique, pendant des années, au nez et à la barbe de toute la hiérarchie de l'institution?

La réponse est évidente: il a été couvert.

Martine Brunschwig Graf, celle qui savait et choisit de mentir

Les explications sont données dans la suite de l'article, dont un passage hallucinant que je me permets de souligner.

Le rapport met également en cause le directeur du collège de Saussure. Alerté sur les agissements de Tariq Ramadan, il n'aurait pas cherché à « approfondir des faits rapportés par de tierces personnes, témoins directs de comportements inadéquats, au motif que de tels faits devaient être dénoncés par la victime elle-même ». Quant à Martine Brunschwig Graf, ministre de l'Instruction publique à l'époque, elle reconnaît avoir menti à la presse en évoquant de « simples rumeurs ». En fait, elle aurait bien été informée que Tariq Ramadan entretenait des relations intimes avec certaines de ses élèves. Notamment par une enseignante à la retraite « et féministe ».

Malgré cela, le rapport, très « suisse » (sic), se contente d'évoquer des « dysfonctionnements », mais pas de « manquements ». Une conclusion qui fait bondir Anne-Marie Von Arx Vernon, députée démocrate-chrétienne. Sur Radio Lac, elle dénonce un « rapport décevant et peu respectueux des victimes, qui n'ont pas été prises au sérieux ». C'est cette élue, à l'origine en novembre 2017 de la création d'un comité de soutien aux anciennes élèves abusées par Tariq Ramadan, qui a insisté pour que le ministère de l'Instruction publique mène cette enquête.


racismeMadame Brunschwig Graf a couvert un enseignant dans une affaire d'actes sexuels sur mineurs.

Madame Brunschwig Graf a sciemment menti à la presse et, à travers elle, au grand public et aux autorités du pays.

Ces actes sont d'une extrême gravité. Dans une époque où des élites tombent pour corruption, les errements de Mme Brunschwig Graf sont encore plus graves: elle foula au pied les devoirs mêmes qui étaient associés à son mandat de l'époque. Elle n'a tout simplement aucune excuse.

Combien de femmes auraient pu ne pas être violées les années suivantes si Mme Brunschwig Graf, il y a quinze ans, avait pris ses responsabilités à l'encontre de M. Ramadan?

Quant à comprendre pourquoi Mme Brunschwig Graf se trouva si compréhensive à l'égard d'un détraqué sexuel sévissant au sein des écoles genevoises, l'explication pourrait se trouver dans l'individu concerné. Le séducteur pathologique pourrait être parvenu à subjuguer jusqu'à la politicienne elle-même.

Cette théorie - qui ne dépassera sans doute jamais ce stade à moins d'un grand déballage - aurait aussi le mérite d'expliquer l'étrange mansuétude de Mme Brunschwig Graf vis-à-vis de l'islam à travers son mandat de Présidente de la Commission Fédérale contre le Racisme. Quelques exemples de sa partialité se trouvent ici, ici ou ici, relevés par la vigilance de citoyens concernés par la montée de l'islamisme en Suisse.

Nommée par le Conseil Fédéral, Mme Brunschwig Graf, 68 ans, en est à son deuxième mandat de quatre ans à la tête de la Commission. Il court jusqu'en 2020. Quelles que soient ses motivations pour couvrir Tariq Ramadan lorsqu'il sévissait à Genève, on se demande comment à Berne les autorités peuvent rester sourdes, muettes et aveugles face à une directrice de Commission fédérale qui avoue carrément à la presse qu'elle a menti dans l'exercice de ses fonctions alors qu'elle n'était "que" Conseillère d'État. Sa probité est irrémédiablement salie.

Un poste aussi important que le sien ne devrait-il pas impliquer une éthique irréprochable?

Mise à jour (10 décembre): il n'aura pas fallu longtemps, une pétition en ligne circule désormais pour demander la fin de l'impunité de Mme Brunschwig Graf. Comme quoi je ne suis pas la seule personne choquée ici-bas.

Mise à jour (14 décembre): encore de nouvelles victimes du prédicateur islamiste révélées dans la Tribune de Genève, six pour l'instant, toujours à la même époque où Mme Brunschwig Graf fermait plaisamment les yeux.

23:02 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : racisme |  Facebook

05 décembre 2018

Non-événement au Conseil Fédéral

Ça y est, la soporifique élection des nouveaux Conseillers fédéraux a eu lieu, avec sa tension artificielle, ses sourires étudiés, ses bouquets de fleurs et la pose devant les photographes de presse. Cette matinée fait indéniablement partie de l'information, mais je doute qu'elle ait passionné les foules.

Comme un peu d'autosatisfaction ne fait pas de mal, je rappelle que j'avais annoncé l'élection de Mme Keller-Sutter au Conseil Fédéral le 2 octobre déjà:

Quelle surprise! Certes, la Saint-galloise était donnée favorite, mais personne ne s'attendait à un tel plébiscite de l'Assemblée Fédérale dès le premier tour (...) Alors que la matinée électorale se poursuit, une seule question brûle toutes les lèvres: combien de femmes se retrouveront finalement au Conseil Fédéral?


conseil fédéral,électionsVoilà, nous le savons aujourd'hui, Mme Karin Keller-Sutter sera accompagnée de Mme Viola Amherd. Quant au positionnement politique de ces dames, je m'en remets à l'analyse de Me Nidegger:

[Le] remplacement d’un PLR bernois de 66 ans, diplômé de l’EPFZ et ancien chef d’entreprise par une PLR saint-galloise de 55 ans, traductrice de formation et ancienne conseillère d’État en charge de Justice et Police n’apparaît que comme un renouvellement générationnel. Tel ne serait pas le cas, en revanche, du remplacement d’une PDC argovienne de 55 ans, ancienne avocate et proche de l’économie par une PDC haut-valaisanne de 56 ans, notaire et notoirement positionnée à gauche. Car ce choix consacrerait une rupture de l’alchimie actuelle, un retour au regrettable déséquilibre qui prévalait avant le remplacement de Didier Burkhalter par Ignazio Cassis en septembre de l’année dernière.


En termes simples, le Conseil Fédéral est encore plus à gauche. Mme Doris Leuthard avait tendance à suivre les modes plutôt que la raison dès qu'il était sujet de questions environnementales, mais elle était capable de faire preuve d'un peu de bon sens de temps à autre sur le reste. Il y a fort à parier que cette maigre modération disparaisse avec Mme Amherd. Je pense que nous le verrons assez vite.

L'avantage de s'attendre au pire, c'est qu'on est rarement déçu!

03 décembre 2018

Gilets Jaunes, un parfum de révolution

En novembre, le mouvement des gilets jaunes commença à déborder des réseaux sociaux pour entrer dans le monde réel - et dans l'Histoire.

Le gilet jaune est une idée de génie. Rendu obligatoire par la loi, tout Français disposant d'un véhicule a forcément un gilet jaune à disposition. Tout automobiliste est donc, forcément, un rebelle en puissance. Il peut se révéler partout, à n'importe quel moment.

franceLa protestation était à l'origine liée aux nouvelles taxes sur le diesel décidées par l'exécutif au nom de l'excuse magique du moment, la lutte contre le réchauffement climatique. Pour toute cette France des campagnes, cette France oubliée des services publics, cette France méprisée par les radars et les limitations à 80 km/h, cette France qui se lève tôt et qui travaille dur sans parvenir à s'extraire de la pauvreté, ces centimes d'euro font toute la différence.

Des millions de Français optent pour le diesel depuis des décennies. Selon un accord tacite avec les pouvoirs publics français, ils acceptent d'acheter une voiture plus chère à l'achat en contrepartie d'un moindre coût au kilomètre, grâce à la clémence des taxes sur le diesel. Alors qu'une part importante de leurs maigres revenus se transforme littéralement en fumée d'échappement, la hausse du diesel les ruine. Pire encore, des communes bien à gauche comme Paris décrètent que les voitures les plus polluantes - les sales voitures des pauvres - seront désormais interdites de circulation dans les zones les plus importantes. Leurs voitures d'occasion sont désormais invendables.

Ils sont ruinés, désespérés, et se soulèvent parce qu'ils estiment n'avoir plus rien à perdre.

"Macron, démission"

En face, Emmanuel Macron se débat dans son incompétence pour juguler le mouvement, sans y parvenir, car il ne dispose pas du logiciel intellectuel adéquat. Il annonce simultanément qu'il faut entamer le dialogue et qu'il ne reculera sur rien: comment prendre un tel individu au sérieux?

Emmanuel Macron n'aime pas la France. Il méprise les Français, le pays et son histoire. Il l'a montré à de nombreuses occasions, et joue mal la comédie lorsqu'il faut faire autrement. Mais il aime le pouvoir, et en dispose en abondance - sur le papier en tout cas. Son mouvement "La République En Marche" domine l'Élysée et la principale chambre législative française, l'Assemblée Nationale. Il ne peut donc pas reculer. Reculer reviendrait à affirmer que sa force est illusoire, sa légitimité, artificielle. Cela anéantirait la posture qu'il tente de cultiver depuis son adolescence, celle d'un homme vaillant et invincible, plus malin que les autres, et porté au-dessus d'eux par le destin. Cela dégonflerait la posture "jupitérienne" qu'il arbore depuis son élection.

Arc-bouté dans sa suffisance - "qu'ils viennent!" disait-il - il est condamné à échouer.

Les vieilles recettes ne fonctionnent pas, parce que les gilets jaunes ne correspondent à rien de connu. Pas de porte-parole, pas de comité syndical qu'il serait si facile de corrompre. Pas de revendication précise sur laquelle céder en redoublant sur le reste - car il est désormais clair pour tout le monde que même si le gouvernement reculait sur le diesel, cela ne suffirait plus à calmer la foule, le point de non-retour ayant été dépassé. Pas possible de contenir géographiquement la révolte - les gilets jaunes sont partout, à Paris et en province, dans les îles, dans les banlieues. Pas possible de rejeter la faute sur l'opposition, réduite à rien en Macronie.

Impossible de compter sur l'impopularité du mouvement. Les gilets jaunes sont extrêmement populaires. Plus de 70% des Français les soutiennent - selon un sondage effectué après les émeutes de ce week-end. Les Français sont plus de 90% à condamner les violences, mais ils ne savent que trop bien que les débordements sont le fait de nombreux éléments opportunistes greffés au mouvement, et dans lesquels les Français ne se reconnaissent pas. Les opérations médiatiques lancées par l'Élysée auprès des rédactions pour tenter de salir les gilets jaunes ne fonctionnent pas. Elles ne contribuent qu'à décrédibiliser un peu plus les journalistes.

france

Macron essaye de retirer leur légitimité aux gilet jaunes en jouant sur leur rejet par l'opinion publique - un chemin bien malaisé pour un président qui atteint un niveau d'impopularité inégalé à ce stade de son mandat. La France reste écrasée par les impôts et taxes et le poids de l'État dans l'économie n'a pas diminué d'un iota avec Macron. Les réformes n'ont été que cosmétiques et n'ont contribué qu'à renforcer le fatalisme des Français, puis leur colère.

Les gilets jaunes sont bien plus populaires que Macron. Le mouvement ne s'éteindra pas. L'explication tombe sous le sens: le chômage - officiel - est à un niveau élevé de 9,1% depuis des années. 8,8 millions de Français, soit 14,2% de la population, vit sous le seuil de pauvreté. La croissance économique est quasi-inexistante. La moitié des Français salariés vivent avec moins de 20'520 euros annuels, soit 1'710 euros par mois. Cinq millions de personnes survivent avec moins de 855 euros par mois.

On peut comprendre la colère de ces gens lorsque les élites, jamais à bout de kérosène pour leurs jets, glosent sur la nécessité pour les peuples de se serrer la ceinture pour le plus grand bien de l'Humanité, ou s'enorgueillissent de vouloir accueillir - et traiter mieux que les autochtones - toute la misère du monde.

Zone de danger

Il ne reste que des choix dangereux, de mauvais choix. Convoquer l'armée. Instaurer le couvre-feu. Provoquer un carnage. Abandonner la rue aux casseurs dans l'espoir que les gens en appellent à nouveau à l'État pour restaurer l'ordre. Espérer que le froid et la trêve de Noël viendront à bout de l'agressivité des manifestants. Peine perdue. Ils savent que 6 centimes sur le diesel les attendent au premier janvier 2019, les vignettes de circulation en juillet, et d'autres projets sont encore dans les cartons.

Des millions de Français - et plus encore d'étrangers - ont certainement été choqués par les scènes de chaos prenant place dans les rues de Paris. L'avenue des Champs-Elysées, autoproclamée la plus belle avenue du monde, est devenue un champ de bataille avec ses boutiques défoncées, ses barricades et ses brasiers.

france

Tout ceci s'est déroulé alors même que la mobilisation des gilets jaunes est dans sa troisième semaine. Les pouvoirs publics s'étaient préparés comme jamais pour faire face à tout débordement, mais ils se sont fait déborder. Sentant venir le vent, Gérard Collomb a eu la bonne idée de démissionner en octobre avant de pouvoir être tenu pour responsable de ce qui allait se produire.

Certains Français ne se sont guère émus de ce qu'ils ont vu à la télévision. Les millions d'habitants des banlieues, les survivants des zones de non-droit livrées à l'islamo-banditisme, vivent tous les jours ce qu'ont traversé les bobos parisiens ce week-end. Peu d'entre eux seront impressionnés par les voitures incendiées, les vitres brisées, ou les voyous cagoulés paradant devant des forces de l'ordre abandonnant le terrain - parce que c'est leur pain quotidien.

La violence s'est simplement invitée dans des quartiers plus visibles, jusque-là épargnés.

Les défenseurs de la République sont fatigués, eux aussi. Macron a beau vouloir donner des coups de menton, l'intendance ne suit pas. La plupart des CRS sont aussi mal lotis que les manifestants qu'on les envoie disperser. Les brigades anti-émeutes n'ont plus de matériel de rechange, de grenades lacrymogènes, de troupes fraîches. Des centaines de gilets jaunes ont été arrêtés à Paris - pratiquement aucun en province - mais ils n'ont rien à craindre et ils le savent. Les lois Taubira sont passées par là. Les procédures judiciaires normales, même en "comparution immédiate", ne valent rien sans preuves, et il n'y a plus aucun personnel disponible, ni dans la police ni dans la justice, pour traiter des centaines de dossiers urgents, recouper les moyens de vidéo surveillance, récolter des prélèvement ADN et les analyser. Cerise sur le gâteau, la plupart des gilets jaunes ont un casier judiciaire vierge, ce qui signifie qu'ils risquent un rappel à la loi ou un sursis. Et ils pourront faire appel. On voit mal comment le dossier du moindre d'entre eux, compte tenu des circonstances, pourrait résister à une attaque sous l'angle du vice de procédure.

Les gilets jaunes et les forces de l'ordre sont engagés dans une course d'endurance mais les seconds sont plus mal lotis que les premiers. L'état de délabrement du pouvoir en France est visible. La logique de pénurie des forces de l'ordre amena les pouvoirs publics à concentrer leurs dernières forces dans des unités mobiles, capable de créer le surnombre au point de décision ; mais la révolte est nationale, et les forces de police totalement débordées sur tout le territoire. En province, elles ne parviennent même plus à protéger les symboles de l'autorité. Mais le veulent-elles seulement?

Pour comprendre où nous en sommes, voilà deux tweets montrant des vidéos que nul n'aurait pensé possibles il y a encore une semaine - et que nul média mainstream ne montrera. La première montre des CRS ôtant leurs casques pour fraterniser avec des manifestants. La seconde montre des pompiers - des pompiers! - tournant le dos aux politiciens lors d'une prise d'arme. Il faut le voir pour le croire.

Quelque chose est en train de changer en France.

En seulement un an et demi, Emmanuel Macron et son mouvement La République en Marche ont réussi à se faire détester de tous. Après avoir axé son programme sur l'immigration et l'Europe, Macron déclarait crânement qu'il ferait obstacle au populisme ; la vague menace désormais de l'emporter.

Comment tout cela se finira-t-il? Mal, c'est une évidence. Il y aura des morts, et chaque camp semble prêt à faire ce sacrifice. Mais quitte à donner froidement des pronostics, je prédis aujourd'hui plus d'avenir aux gilets jaunes qu'à M. Macron.

30 novembre 2018

Oskar Freysinger et le Côté Obscur de la Lumière

oskar freysinger,conseil d'etat,valais,livresPour qui suit à distance la politique valaisanne, Oskar Freysinger est une énigme. Fondateur de la section cantonale de l'UDC, conseiller national, orateur de talent, débatteur habile, il fut le candidat le mieux élu du Conseil d'État valaisan en 2013. Mais son accès au sérail donna lieu à de nombreux scandales plus ou moins artificiels (nous y reviendrons) qui finirent au bout du compte par ternir son image, et lui coûtèrent son siège lors des élections de 2017. Il décida de quitter la scène apparemment sans un mot et sans se retourner, mais le sourire au coin de son regard faisait deviner qu'il y avait davantage que le simple dépit dans sa démarche.

Son livre Le Coté Obscur de la Lumière répond à cette énigme. Il fait mieux qu'y répondre d'ailleurs ; il met en place le cadre, décrit le chemin tourmenté d'un élu qui ne correspond pas au "moule" convenu et finalement insipide des institutions. Il décrit la guérilla permanente à son encontre, et s'achève sur les conséquences logiques de tout ceci. Après l'avoir lu, le lecteur obtient davantage qu'une explication: il comprend. Il comprend parfaitement l'énigme de cette non-réélection de 2017. Toute la mécanique destructrice de ces quatre ans au sommet est exposée, pièce par pièce. Face aux rouages étalés sur le sol, la réaction d'Oskar Freysinger n'apparaît plus comme étrange mais au contraire comme profondément cohérente.

Oskar Freysinger a toujours été plus qu'un politicien - un esprit libre, un poète, un écrivain, un enseignant et un homme de convictions, attaché à son Valais d'adoption sans jamais être borné par ses limites. Mais entre 2013 et 2017, Oskar devint davantage: un rescapé, l'homme qui ressortit vivant d'une impitoyable machine à broyer.

Le taureau dans l'arène

Peu de temps après son élection, l'homme ne fait preuve d'aucun fatuité. Il a le cuir épais et sait que le pire est à venir, que les médias ne lui feront aucun cadeau. Cet aspect de son mandat est expédié en quelques phrases, qui suffisent pourtant à mettre en perspective ce dont le grand public a été abreuvé pendant des mois:

[Le "scandale" de ce conseiller d'État, qui, sur son temps libre et à ses frais, se permet de défendre la liberté d'expression à Berlin] ne fera que s'ajouter aux insignifiances prenant la poussière dans le cabinet des scandales inventés. On y trouve déjà le drapeau de l'Allemagne de Bismark qu'on a fait passer pour un drapeau nazi, les enfants d'illégaux que j'aurais eu l'intention de faire dénoncer, les enfants handicapés que je n'aurais plus voulu intégrer dans les classes, l'usage prétendument inapproprié de la voiture de service, le badge d'accès au Département accordé à l'enfant d'un chef de service, le double-mandat (pour lequel j'ai versé à bien plaire 35'000 francs dans la caisse de l'État... c'est fou de payer pour une surcharge de travail), la vice-présidence de l'UDC suisse, une mise au concours qui aurait été formulée de manière vague pour privilégier un camarade de parti [NDLR: aucun élu de gauche ne ferait jamais chose pareille!], etc. La liste est si longue que je préfère m'arrêter là. Aucune de ces polémiques n'avait la moindre substance (...) comme des tomates farcies sans farce. De plus, nombre de ces attaques représentaient une ingérence crasse dans l'opérationnel et concernaient des faits qui ne sont absolument pas du ressort du Grand Conseil. À plusieurs reprises, le Parlement a même voté sur un objet qui échappe totalement à sa juridiction. Qu'importe la nullité du vote, puisque le but est uniquement de nuire, d'avoir ma peau à l'usure. Et à chaque fois c'est la même valse: soit c'est le Parlement qui plante la banderille et les médias qui portent l'estocade, soit l'inverse. La mécanique est bien huilée et doit permettre, à défaut d'un bon gros scandale nauséabond, d'empiler des petits riens, inventés ou biaisés, en un bûcher servant à noircir, puis à immoler mon image.


Le moindre événement de portée similaire mais attribuable à un autre Conseiller d'État ne donne évidemment pas l'occasion de pareil étalage ; il s'éteint rapidement faute de combustible médiatique ou est assumé par un gouvernement alors collégial et solidaire. D'autres pseudo-scandales suivront: la vidéo sur Facebook d'un survivaliste éméché, le chef de service Jean-Marie Cleusix et ses arriérés d'impôts, autant d'épisodes démontés par Oskar Freysinger de façon limpide quand il a enfin l'occasion de livrer sa version de l'histoire. Ses explications sont infiniment plus simples et plus plausibles que le cirque médiatique livré au grand public. Les citoyens valaisans ont clairement été menés en bateau.

Pourquoi Oskar dérange-t-il tant? Pourquoi un simple Conseiller d'État dans un modeste canton alpin est devenu l'ennemi numéro un? La réponse, limpide, est livrée par un proche:

"Cela fait longtemps que tes adversaires se concertent et cherchent un moyen de t'affaiblir ou même de te faire tomber. Ils seront impitoyables jusqu'au bout, car tu es devenu un symbole à détruire. Ce n'est pas ce que tu fais qui pose problème, mais ce que tu représentes: l'indépendance d'esprit, le parler vrai, la probité. Ta personne est une insulte faite au système. Tu prouves qu'on peut se passer de prébendes, qu'on peut être politicien sans chercher à s'assurer une part du gâteau, sans se laisser acheter ou corrompre par l'appât du gain. La plupart des politiciens, s'ils doivent choisir entre leur intérêt personnel et le bien commun, choisiront leur intérêt personnel en le faisant passer pour le bien commun. Toi pas. Et tu l'as prouvé à de multiples reprises."


Dans plusieurs passages Oskar Freysinger livre le fond de sa pensée: il considère la réussite de son élection comme une anomalie politique, une singularité. Cette perception n'est pas sans fondement. Oskar est un corps étranger introduit par la force de l'électorat dans un organisme médiatico-politique hostile ; celui-ci met violemment en branle tout son système immunitaire pour se débarrasser de l'intrus.

Machine à détruire

Briser Oskar Freysinger est un travail de longue haleine, mais les hyènes ne comptent pas leurs heures. L'usure en viendra à bout, un grain de poussière après l'autre. L'auteur décrit une des techniques employées et l'hypocrisie sous-jacente:

L'une des techniques les plus détestables de cette police de la pensée politiquement correcte consiste non pas à fustiger ce que quelqu'un a fait ou dit lui-même, mais de le condamner par amalgame en dénonçant ses contacts, aussi fugaces soient-ils. A-t-il serré la main à untel qui a dit telle ou telle chose à telle occasion? Coupable!

S'est-il retrouvé dans la même salle qu'untel lors de telle ou telle manifestation? Coupable!

A-t-il été invité à un événement où tel autre était invité aussi? Coupable!

Cette technique perfide permet de noyer le message de la personne visée en la discréditant par ses prétendus amis dont elle partagerait les propos ou les idées, d'isoler les esprits libres et critiques les uns des autres en suscitant l'opprobre public et de faire l'économie de toute argumentation fondée pour contrer leurs arguments dérangeants.

Comme c'est pratique!


Là où certains bénéficient d'un padamalgam tellement excessif qu'il vire à l'aveuglement volontaire, d'autres sont soumis à l'amalgame puissance mille, sans hésitation ni prudence intellectuelle. Et pour constater l'injustice de cette posture, sans même quitter le registre politique, il n'y a pas à regarder bien loin.

[Lorsque] la gauche bienpensante faisait le tour des officines du communisme réel, suivait des camps d'endoctrinement en RDA, serrait la main à de féroces dictateurs marxistes-léninistes - en Albanie sous Enver Hodja par exemple - personne ne s'en émouvait outre mesure. Que Jean Ziegler, grand contempteur de la Suisse, ait fait copain-copain avec Kadhafi, Castro ou Mugabe, ça ne choque personne, mais que Freysinger puisse être dans la même salle qu'un certain encaveur valaisan, c'est un scandale absolu.

Si à gauche, tout est excusable, à droite tout est condamnable, car au-delà du centre, n'est-ce pas, commence le fascisme.

Pourtant, les inspirateurs du crime de contact si cher au nouveau totalitarisme de gauche sont précisément les milieux bruns des années trente du XXe siècle. À cette époque, il suffisait de fréquenter des juifs, de faire des achats dans leurs commerces ou de courtiser leurs filles pour être traité de sous-homme et risquer l'exclusion sociale (...)

De l'épuisement à la rédemption

Le Côté Obscur de la Lumière n'a rien d'un règlement de comptes, au contraire. Les citations précédentes, bien qu'instructives, ne constituent qu'une partie mineure de l'ouvrage.

Le reste est une épopée de ces quatre ans au gouvernement valaisan, d'autant plus naturellement dévoilée qu'Oskar a composé pour ainsi dire presque inconsciemment l'essentiel du livre au fur et à mesure de son mandat, à coup de notes, de textes personnels et de commentaires. On y découvre sa volonté de résoudre les problèmes et ses réussites, sa sympathie pour ses collaborateurs, d'excellents conseils de management que toute personne amenée à commander un jour se devrait de lire (page 246 et suivantes) sa stratégie audacieuse mais finalement insuffisante pour les élections de 2017 et de nombreux aspects de la politique locale. L'auteur confie aussi ses moments de doute, l'impact de la vie publique sur sa famille, et l'épuisement nerveux progressivement infligé par l'injustice médiatique, l'omniprésence de la charge, l'ingratitude et la solitude au sein du soi-disant "collège" du Conseil d'État.

Le Côté Obscur de la Lumière est aussi un... recueil de poésie. Parce qu'Oskar Freysinger est un poète, et en plusieurs langues s'il vous plaît. Il ne la pratique pas pour se faire mousser ou étaler une supériorité littéraire mais comme une émanation de son esprit. Sa poésie est une réorganisation de ses pensées, une mise en mot de sentiments et de situations. D'autres, à sa place, pousseraient la chansonnette ou brosseraient leurs impressions sur une toile de peinture, mais dans sa discipline, Oskar a indéniablement du talent - n'en déplaise à tous ceux qui refusent de voir en lui la moindre qualité.

La politique ne devrait constituer au mieux qu'une facette de l'existence d'un individu équilibré et sain d'esprit. Alors qu'il est en proie au doute et à l'épuisement et dans le marathon de sa réélection - qui reviendrait à prolonger l'agonie de quatre ans encore - Oskar trouvera dans cette réalité simple la force de rebondir, la joie de vivre, et finalement la rédemption. C'est un vaincu triste mais soulagé qui quitte la scène politique en mars 2017. Oskar Freysinger ne pouvait pas retourner la tendance d'une opinion publique dressée à le mépriser pendant quatre ans, tout en assumant en parallèle son rôle de Conseiller d'État. Il s'est battu honnêtement et avec la dernière énergie et n'a pas à rougir de sa défaite. Sa retraite est l'occasion de prendre une revanche - une revanche sur les médias.

Il s'agit simplement de priver les hyènes de leur dernier repas. La manœuvre réussit au-delà de toute espérance.

C'est proprement ahurissant. Le harcèlement des médias ne tarit pas. Ils me téléphonent à tour de rôle pour me faire sortir de ma réserve. Dès que la pointe de mon nez tuméfié apparaît sur la toile, cela déclenche moult commentaires et critiques, comme si le jeu tronqué pouvait continuer ad æternam. Les médias salivent à l'idée d'obtenir une interview exclusive de l'ennemi public numéro un, enfin abattu. (...) Les propositions deviennent de plus en plus extravagantes. On me suggère une émission d'une heure à la radio romande, une émission Arena, deux pages entières dans le principal journal dominical et j'en passe. Pour quoi faire? Nourrir l'audimat? Clore le chapitre par l'exhibition du cadavre? Accréditer le happy end par la mort du méchant dûment documentée sur pellicule, pixels et papier glacé? Dieu que c'est morbide, tout ça. Au fond, l'intérêt des médias pour mon cadavre démontre combien ils sont morts eux-mêmes. Leurs nouvelles puent la charogne. Bientôt, leur métier tout entier suivra dans la tombe.

Remarquez, je comprends leur frustration: l'un de leurs meilleurs produits de vente vient de disparaître de leurs présentoirs. Il ne reste plus que la pléthore des gentils qui se tordent dix fois le cul sur la chaise pour dire que la neige est blanche et qui ne se vendent bien que lorsqu'ils ont un super-méchant en face d'eux pour assurer le spectacle. Or là, plus de super-méchant. C'est comme d'imaginer Le silence des agneaux sans Hannibal Lecter.

À partir du dimanche 19 mars j'ai sciemment privé les médias d'image. J'avoue la préméditation. Catastrophés, ils ont dû se rabattre sur les morts, les mots tant honnis, les mots trop abstraits pour faire flamber l'imaginaire des victimes de l'éducation moderne. Un pilori déserté les a contraints à jeter leurs œufs pourris dans le vide. (...)

Survivre à la mise à mort intellectuelle

Oskar Freysinger retrouve son énergie, son humour, le goût de la vie et la santé, et passe ensuite à la rédaction de son livre. "Les mois les plus heureux de mon existence", écrit-il. La question de l'après ne se pose plus: peu importe ce qu'il fera de son avenir, il a transcendé l'expérience politique.

L'ouvrage est intéressant à plus d'un titre parce qu'Oskar Freysinger raconte son expérience de l'intérieur, l'expérience d'une déshumanisation, d'une destruction systématique de sa personne, de son image et de ses accomplissements. Il n'a pas fait face à une simple mauvaise foi partisane de quelques journalistes ou adversaires politiques, mais à un effort concerté et calculé pour l'abattre. Sa mise à mort a été planifiée politiquement, mais aussi socialement, intellectuellement et humainement. Et Oskar Freysinger n'est visiblement pas le seul à avoir vécu cela.

Le parcours de l'élu valaisan n'est pas sans rappeler celui d'autres élus de droite, en Suisse ou ailleurs, ou même de simples personnalités qui avaient le malheur d'être conservatrices. Pensons à l'affaire Legrix à La Chaux-de-Fonds. Pensons à l'affaire Kavanaugh aux États-Unis. Pensons à l'affaire Windisch à Genève. Il s'agit d'une approche fondamentalement différente de la chose politique. Lorsque la droite est en situation de faiblesse, elle concède sa défaite et affute ses arguments en vue de la prochaine échéance. La gauche, elle, cherche à salir le vainqueur de toutes les façons possibles, détruisant sa vie, sa réputation et sa famille, mentant autant que nécessaire.

Il y a quelques années, j'aurais trouvé le paragraphe précédent exagéré et peu compatible avec les valeurs suisses de discrétion et de vie paisible, mais l'expérience d'Oskar Freysinger - et malheureusement de plusieurs autres - montre que cette Suisse-là a elle aussi disparu. Compte tenu du terrorisme intellectuel exercé contre eux, autant ne pas s'étonner que les individus de droite, courageux et capables d'assumer la défense de leurs convictions dans l'élection pour un poste à l'exécutif, ne courent pas les rues. C'est une autre façon pour la gauche de tenir le terrain. Tant que le grand public se laissera berner par les grands médias, les choses ne feront qu'empirer dans cette direction.

Le Côté Obscur de la Lumière est un succès littéraire mérité, un livre que tout individu intéressé par la chose politique se devrait de lire, et, si vous parvenez à en dénicher un exemplaire en librairie, certainement un cadeau original à offrir pour Noël.