13 juin 2017

En Marche vers la domination législative

Beaucoup de déçus des élections présidentielles française se tournaient vers les législatives pour une revanche - les "troisièmes et quatrièmes tours de la présidentielle", comme certains analystes s'efforçaient de les appeler. Las! Les résultats sont sans appel. La République En Marche et le MoDem de François Bayrou font le plein, laissant présager d'une domination écrasante dans la composition de la future Assemblée Nationale française.

estimation_AssembléeNationaleFR_2017h.jpg
Projection du nombre de sièges selon les résultats du 1er tour - infographie Le Figaro
(cliquez pour agrandir)

Pourtant, face à ce résultat étonnant, tous les partis en prennent pour leur grade. La recomposition de la classe politique est, elle aussi, en marche. Évoquons le destin de ces partis, par ordre croissant de réussite dimanche soir.

Le PS est mort. Vraiment mort. Plus rien ne le sauvera. La "marque" PS ressurgira peut-être du passé mais n'aura pas grand-chose à voir avec le mouvement historique. L'alliance entre le Parti Socialiste, le Parti Radical de Gauche, les Divers Gauche et les Écologistes réunit 9,51% des suffrages. C'est mieux que la présidentielle mais cela reste un naufrage, dont on ne peut comprendre l'ampleur qu'en se rappelant qu'il détenait la majorité dans l'assemblée sortante. La presse fait la longue liste des "ténors" socialistes éliminés dès le premier tour. Citons parmi eux:

  • Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire actuel du PS ;
  • Benoît Hamon, ancien ministre de l'éducation et candidat socialiste à l'élection présidentielle ;
  • Matthias Fekl, ancien ministre de l’Intérieur ;
  • Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture ;
  • Patrick Mennucci, figure historique du PS à Marseille, éliminé par Jean-Luc Mélenchon ;
  • Elisabeth Guigou, ancienne Garde des Sceaux.

Débâcle, débandade, déroute, tout le champ lexical y passe. Le PS est en cinquième position, réduit à un strapontin dans la vie politique. Il n'est plus rien. "On est à terre, décapité, éclaté", déplore l'ancien secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur Thierry Mandon sur RTL.

La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon atteint 11,02% des suffrages. C'est mieux que le PS - un des principaux objectifs du mouvement d'extrême-gauche est atteint - mais cela reste un très mauvais résultat pour celui qui prétendait il y a quelques semaines encore atteindre le second tour de l'élection présidentielle, et ambitionne surtout d'incarner l'opposition officielle au gouvernement Macron.

Quatrième dimanche soir, la France Insoumise perd plus de 40% de ses suffrages comparé à la présidentielle. Assemblage disparate de nombreux partis et groupuscules (Parti de Gauche, Ensemble!, Communistes, dissidents écologistes, Nouvelle Gauche socialiste, Révolution...) La sauce n'a visiblement pas pris et il n'est pas certain que le trublion Mélenchon parvienne à s'inscrire dans la durée.

Le Front National de Marine Le Pen accuse le coup. La présidentielle fut un échec mais la candidate FN ne parvint pas à en tirer une défaite honorable ; galvaudant sa prestation durant le débat, étalant un programme brouillon et centré sur les aspects économiques (alors que l'électorat FN attend plutôt des mesures face à l'immigration, à l'islamisation galopante des banlieues et au communautarisme) Marine Le Pen mena logiquement le FN à un net reflux sur un scrutin qui ne lui est de toute façon pas favorable. Rétrospectivement, des analystes expliquent qu'avec 13,20% des voix à l'échelle nationale le FN est finalement "retombé à son niveau de 2012" ; difficile d'y voir un quelconque succès. Comme pour Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen affaiblit sérieusement sa position de dirigeante au sein du parti et voit s'éloigner toute chance d'incarner un jour l'opposition officielle.

Celle-ci s'incarne dans le parti arrivé en deuxième position, Les Républicains (alliés avec l'UDI et divers droite) avec 21,56% des voix. Après avoir échoué dans une élection présidentielle "imperdable", les Républicains font un piètre score lors de ce premier tour - à peine mieux que le nombre de suffrages réunis sur le calamiteux François Fillon en mai. Espérant au mieux dans les 130 sièges, l'opposition sera une opposition croupion.

Les déclarations grandiloquentes évoquant une "revanche", voire s'imaginant "imposer une cohabitation" au Président Macron n'en paraissent que plus chimériques. La droite française s'est auto-détruite, à peine capable d'articuler un projet, soutenant un candidat démoli, et appelant à voter Macron avant de s'en déclarer le premier adversaire pour le scrutin suivant quelques semaines plus tard.

En nommant Premier Ministre un cadre des Républicains, Emmanuel Macron fit preuve d'un sens aigu de la politique. La manœuvre (car il ne fait aucun doute que c'était une manœuvre) finit de semer le trouble dans le camp des Républicains, au sein des instances dirigeantes, auprès des militants. Elle fonctionna d'autant mieux qu'elle s'incarnait dans une logique imparable: la droite française lorgne vers le centre depuis si longtemps qu'elle est abîmée dans son attraction. Comment se prétendre plus à droite qu'En Marche! avec un Juppé si difficile à distinguer des socialistes, un Sarkozy dont on se rappelle "l'ouverture" à gauche, un Le Maire passé dans le camp adverse?

Les Républicains ont le plus grand mal à l'admettre, mais les passerelles, les porosités et les connivences sont bien plus nombreuses qu'ils ne veulent bien le dire entre eux et En Marche!. Elles le sont d'autant plus qu'ils n'ont plus de programme, plus d'idéologie, plus de valeurs - uniquement des postures. Laurent Wauquiez et François Baroin appellent au "sursaut" pour éviter une "trop grande force" du parti inféodé à Macron, comme si cet appel se suffisait à lui-même pour donner son suffrage aux Républicains. Voilà ce que les Français auront en guise d'opposition pour les cinq ans à venir...

Le grand vainqueur du jour est bien sûr Emmanuel Macron. La République en Marche et le Modem atteignent 32,32% des voix. C'est mieux que son score du premier tour de la Présidentielle, mais la victoire n'est pas belle.

Les Français savent depuis longtemps que le mode de scrutin de l'élection législative n'est qu'une immense magouille. Le découpage en circonscriptions et les règles de maintien pour le second tour n'avaient qu'un seul but: écarter le Front National en laissant à la place une alternance entre la droite et la gauche traditionnelles. Aujourd'hui, le système se retourne contre ses auteurs. La faible participation et le piètre score des formations historiques laisse un boulevard au mouvement du jeune Président, un boulevard parfaitement artificiel. Comment peut-on rassembler plus de deux tiers des sièges - dans l'hypothèse basse - avec moins d'un tiers des suffrages exprimés? 13,4% du corps électoral tout entier? Magie des découpages électoraux!

Et ce sont les mêmes qui viennent critiquer le mode de scrutin de l'élection présidentielle américaine...

Emmanuel Macron va avoir les coudées franches. Aucune contestation ne viendra de l'Assemblée Nationale. Dans l'hypothèse improbable où une forte minorité contestataire de LREM viendrait à exister, en tant que parti centriste le "noyau" du mouvement pourrait encore s'allier aux électrons libres de gauche ou de droite pour faire ponctuellement passer un projet.

La médaille a bien sûr un revers. Emmanuel Macron sera responsable de tout, ne pourra invoquer aucune excuse, aucune impuissance. L'omnipotence entraîne une culpabilité totale. L'opposition politique étant inexistante, celle-ci s'incarnera probablement ailleurs - et ne sera pas forcément belle à voir.

Pour ma part, j'attends de voir au nom de quelles excuses les journalistes continueront à faire venir sur leurs plateaux des invités socialistes, sachant que ce mouvement politique ne représente désormais plus rien, à tous les niveaux de la vie publique française.

09 juin 2017

Bérézina pour les Conservateurs britanniques

Theresa May a perdu son pari: les élections anticipées qu'elle avait convoquées pour renforcer la majorité conservatrice au Parlement britannique sont un désastre. En net repli, les Tories n'ont même plus la majorité absolue.

royaume-uni,brexit,theresa may
Theresa May et Jeremy Corbyn.

Sur fond de menace terroriste, 47 millions de Britanniques étaient appelés aux urnes jeudi pour des législatives anticipées. L'enjeu était crucial pour préparer les négociations du Brexit, Theresa May estimant qu'une majorité législative renforcée serait un atout pour mieux négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. L'analyse était cohérente avec les objectifs stratégiques et la situation politique ; les sondages d'alors présageaient d'ailleurs pour le camp du Premier Ministre une confortable avance de plus de 15 point sur les rivaux travaillistes.

Pourtant, à partir de là tout partit en vrille.

Une campagne calamiteuse

Il suffit de jeter un œil à la courbe des sondages pour comprendre que l'échec vient clairement de la conduite de la campagne par les Conservateurs.

royaume-uni,brexit,theresa may
Évolution des intentions de vote entre les principaux partis
(cliquez pour agrandir)

Le graphique ci-dessus montre des inflexions nettes de l'opinion: après le référendum sur le Brexit, les Conservateurs ont clairement le vent en poupe et les Travaillistes s'étiolent. Tout change lors de l'annonce des élections anticipées. Après une brève poussée, les Conservateurs ne parviennent plus à consolider leur avance alors que les Travaillistes fédèrent toute l'opposition - l'affaiblissement de tous les autres partis est patent, des Libéraux-Démocrates aux Écologistes. Cheville ouvrière du vote pour le Brexit, le UKIP, à la fois en proie à des dissensions internes et reposant sur un électorat pensant peut-être la mission accomplie, est en voie de disparition. Impressionnant pour un parti qui rassemblait plus de 15% des intentions de vote l'année précédente!

Les Travaillistes ont autant fait une bonne campagne que celle des Conservateurs était mauvaise. Les premiers axèrent leur communication sur la critique du gouvernement - après trois attentats sur une brève période, les accusations de laxisme à cause d'une diminution du budget de la police firent mouche. Ils rassemblèrent derrière eux tous les déçus du Brexit, notamment les Londoniens qui avaient massivement voté pour rester dans l'Union Européenne, faisant miroiter la possibilité d'un apaisement des relations avec Bruxelles. Ils se reposèrent enfin sur les ficelles socialistes habituelles - plus d'impôts "pour les riches", plus d'argent pour les fonctionnaires du service de santé et des transports publics, etc.

Dans la course à la médiocrité, le peu charismatique Jeremy Corbyn, leader des Travaillistes, eut la surprise de se faire rejoindre par Theresa May. Peu à l'aise dans le contact humain, elle déclina les apparitions publiques et les bains de foule, se contentant de lire des discours préparés et refusant un débat télévisé avec son principal adversaire. Mais les Conservateurs - et Theresa May en particulier - souffrirent aussi de leur responsabilité politique dans les attentats islamistes qui frappèrent le royaume. Avant de diriger le gouvernement, Theresa May était ministre de l'Intérieur sous le gouvernement Cameron ; pendant des années d'aveuglement volontaire sous son égide, l'islamisme radical se développa tranquillement dans les banlieues anglaises jusqu'à produire ses fruits mortels.

Incertitude et faiblesse

Le raisonnement de Theresa May pour convoquer des élections anticipées était parfaitement logique. Seulement, il ne tenait juste pas compte du terrorisme, de la volonté de revanche des déçus du Brexit, ni des piètres performances de candidate du Premier Ministre.

Le Royaume-Uni se retrouve aujourd'hui dans la pire situation possible. En privant les Conservateurs d'une majorité absolue, les sujets de Sa Majesté offrent à Bruxelles des négociateurs affaiblis et divisés. Il est donc probable que les discussions sur la facture du divorce entre le gouvernement anglais et l'UE tournent largement à l'avantage de la seconde. Les nostalgiques du Royaume-Uni dans l'UE n'auront pas gain de cause pour autant - même les Travaillistes ont affirmé que l'article 50 avait été invoqué et qu'il n'était plus question d'y revenir.

En guise de sécurité et de lutte contre l'islamisme, les citoyens anglais viennent de propulser une opposition immigrationniste, multiculturaliste, culpabilisante et prête à tous les compromis avec le communautarisme. Il est aussi probable dans les circonstances actuelles qu'un nouveau vote sur l'indépendance de l'Écosse puisse avoir lieu.

Le vote-sanction a ses limites. Les électeurs britanniques ont beau ne pas aimer Theresa May et bien le lui faire comprendre, ils viennent de se tirer une balle dans le pied à dix jours des négociations du Brexit - et risquent de le payer très cher.

04 juin 2017

Désaccords de Paris

Donald Trump a-t-il tué les Accords de Paris?

réchauffement climatique,manoeuvres politiques,diplomatie,donald trumpLaurent Fabius, jamais à court d'hyperbole, parle de "crime contre l'humanité et contre la planète." Le politicien français, dont on devine avec quel plaisir il enverrait les déviants à la potence s'il en avait le pouvoir, ne se distingue même pas du troupeau par ses excès de langage. Partout, les commentaires sont du même tonneau. En quittant un simple traité diplomatique, le Président américain semble avoir déclenché l'apocalypse. On pourrait paraphraser le célèbre Obi-Wan Kenobi de Star Wars:

"J'ai ressenti un grand bouleversement du Consensus sur le Réchauffement Climatique d'origine Anthropique, comme si des millions de voix militantes avaient soudainement hurlé de terreur et puis s'étaient éteintes aussitôt... Comme si un drame terrible s'était produit."


C'est donc un réel plaisir que de voir la cohorte des pleureuses se succéder sur les plateaux de télévision, entre l'hébétude et la haine la plus franche. Pour un peuple suisse votant dans l'enthousiasme naïf le N'importe Quoi Énergétique 2050, l'incompréhension guette. Et comme il est strictement impensable pour les médias de couvrir le sujet correctement, un exercice de salubrité intellectuelle s'avère nécessaire...

Que sont les Accords de Paris?

Comme je l'expliquais en mars de cette année:

L'Accord de Paris sur le climat est un grand mélange de vœux pieux, d'appels solennels et de demandes de réduction d'émissions sans le moindre mécanisme de contrôle contraignant, mais au milieu de tout ce fatras souvent contradictoire une finalité économique n'a pas échappé à ses promoteurs: les "pays du Nord" doivent verser aux "pays du Sud" 100 milliards de dollars annuels d'ici 2020 pour "faire face aux impacts du dérèglement climatique" - ce montant étant un minimum. On comprend mieux l'empressement de tant de pays du Sud à ratifier leur participation!


Les termes "Nord" et "Sud" sont mis entre guillemets car la répartition entre les deux groupes n'a pas grand-chose à voir avec la réalité géographique. Il s'agit de richesse. Les pays riches sont grosso-modo coupables de crime contre le Climat (une variante du Péché Originel liée pour l'occasion à l'industrialisation). Les pays pauvres sont censés éviter ce chemin mortifère pour la Planète en sautant joyeusement du sous-développement endémique à l'économie 2.0, grâce à tout plein de subventions.

C'est sûr, même sans Trump, un plan pareil avait toutes les chances de marcher...

Entre les deux pôles, des pays "émergents" comme la Chine doivent garder une attitude pleine de gravité face aux enjeux climatiques, mais comme ils ne sont pas encore complètement du "Nord" ils sont gracieusement exemptés de toute contribution. Ne rien payer, jamais, était la condition de base imposée par la Chine pour approuver les Accords.

Répétons-le: la Chine, premier pollueur mondial, n'a aucune responsabilité au travers des Accords de Paris. Même dans le contexte de leurs délires sur le prétendu réchauffement climatique d'origine humaine, on se demande comment les écologistes promoteurs de ce "machin" osent encore se regarder dans une glace!

Aucun journaliste occidental, aucun politicien ne dira donc jamais ce que sont réellement les Accords de Paris: une gigantesque pompe aspirante siphonnant l'argent des Occidentaux pour arroser les potentats de dizaines de pays pauvres et corrompus, le bon peuple étant censé approuver la spoliation en chantant le mantra du réchauffement. C'est, à l'échelle planétaire, un commerce d'indulgences comme celui auquel s'adonnait l'Église catholique à la fin du Moyen-Âge.

Le plus ridicule de tout ce cirque est encore la coterie pseudo-scientifique prétendant calculer la température au tournant du siècle en fonction du nombre de milliards versés dans le chapeau magique. Quel talent!

Pourquoi quitter les Accords de Paris?

Nul être sain d'esprit ne souhaiterait contribuer aux Accords de Paris, mais les personnes saines d'esprit sont étrangement rares au sein des élites occidentales. Brûler l'argent des contribuables au nom de grandes causes est une habitude sur le Vieux Continent, que les pays soient membres de l'Union Européenne ou fidèles valets de celle-ci, comme la Suisse. De nombreux parasites vivent grassement de ces politiques de redistribution.

Obama engagea évidemment les États-Unis à être les premiers contributeurs, et de loin, au fameux fonds climatique. Il chargea également l'EPA, l'Agence de Protection de l'Environnement, de mettre au point tout un arsenal réglementaire pour brider l'activité économique. Cela ne posait aucun problème à la gauche américaine mais dans un pays fondé sur la rébellion contre des taxes injustes, l'opinion publique eut plus de mal à avaler la pilule.

Trump sut entendre le grondement du peuple et capter le mécontentement. Il annonça durant la campagne présidentielle qu'il se retirerait des Accords de Paris une fois élu et concrétise simplement une de ses promesses de campagne. Il ne s'était d'ailleurs guère caché de la manœuvre à venir en nommant Scott Pruitt à la tête de l'EPA. Le Président américain aura juste laissé planer un petit suspense pendant une semaine lors de la réunion du G8, histoire de ne pas ajouter une polémique de plus à un agenda chargé.

Ainsi Trump applique son programme "America First!" et n'a que faire des réactions outrées.

Demi-victoire, demi-défaite

Malgré le concert de glapissements de ces derniers jours, Donald Trump n'a pas complètement fermé la porte aux Accords de Paris. Il a affirmé qu'en l'état ils étaient très dommageables aux intérêts économiques des États-Unis et souhaitait les renégocier. Parvenir au bout de ce chemin semble bien peu vraisemblable (le principal but des Accords de Paris étant de faire payer au maximum les États-Unis) mais le Président américain a singulièrement changé son fusil d'épaule par rapport à la campagne présidentielle, où il affirmait encore que le Réchauffement Climatique d'origine Anthropique (RCA) était une invention destinée à miner la compétitivité américaine face à la Chine.

réchauffement climatique,manoeuvres politiques,diplomatie,donald trump

Samedi, l'ambassadrice des États-Unis auprès de l'ONU, Nikki Haley, assura que le président Trump "croit bien au changement climatique et à la responsabilité humaine dans celui-ci."

Il est difficile de deviner ce qui a fait changer d'avis Donald Trump mais plusieurs analystes estiment que sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner pourraient avoir joué un rôle, étant tous deux croyants et pratiquants de l'Église du Réchauffement Climatique. M. Kushner a lui-même longtemps été proche du parti démocrate américain.

Donald Trump avait plusieurs choix pour désengager son pays ; il aurait pu notamment se retirer de la Convention de Rio des Nations-Unies de 1992, ce qui aurait pris moins d'un an et instantanément annulé la participation des États-Unis aux Accords de Paris. Ce choix aurait été conforme à quelqu'un refusant de croire au RCA. À la place, Trump choisit de lancer une procédure de retrait prenant trois ans et demi et dont la conclusion se jouera à quelques jours des élections présidentielles de 2020. Autrement dit, si Trump n'est pas réélu son successeur aura probablement la latitude de réinstaurer les Accords.

En fin de compte, sur le dossier climatique comme sur d'autres (immigration, annulation de l'Obamacare, réforme fiscale), Donald Trump aura été un président bien plus mièvre que ce que laissait présager son programme de campagne. Les Accords de Paris sont moribonds, mais il ne serait guère prudent de les enterrer trop tôt.

30 mai 2017

Pilule bleue, pilule rouge

Considéré comme l'un des films du genre le plus important de son époque, Matrix (1999) représenta une évolution cinématographique remarquable dans le découpage scénique et l'utilisation d'effets spéciaux novateurs, mais aussi dans le récit. Son scénario original força le spectateur à une mise en abîme de sa propre existence, à questionner sa propre réalité. Pas si mal pour un "simple" film de science-fiction!

Matrix foisonne littéralement de références à des mythes historiques et à la philosophie comme l'existentialisme, le gnosticisme, le messianisme, le nihilisme ou l'ontologie, mais définit aussi sa propre symbolique. L'une des plus mémorables séquences du film vient du choix proposé à Neo (Keanu Reeves) par Morpheus (Laurence Fishburne) entre la pilule bleue et la pilule rouge.

morpheus-red-pill-blue-pill.jpg

Neo n'a qu'une alternative. La pilule bleue le renvoie dans l'ignorance, l'amenant jusqu'à oublier qu'il a pris ladite pilule - il n'est d'ailleurs pas impossible qu'il se retrouve à nouveau confronté à ce choix en croyant que c'est la première fois. La pilule rouge amène Neo à poursuivre sa quête et à se réveiller, sachant qu'il s'agit d'un voyage sans retour et potentiellement douloureux vers la connaissance et la fin de l'illusion.

Bien entendu, ces pilules ne sont qu'un prétexte, même dans Matrix. Personne ne s'inquiète de leur composition chimique ou de leur posologie. Elles symbolisent le choix de l'individu entre la continuité d'un mensonge et une rupture dérangeante amenant la perception à un nouveau niveau. Les deux pilules ne sont pas équivalentes.

  • La bleue permet de maintenir le statu-quo, mais celui-ci n'a rien de confortable. Il a engendré suffisamment de mal-être pour amener le héros à le remettre en question et à se retrouver devant les deux pilules.
  • La rouge incarne un départ définitif vers un degré supérieur de compréhension du monde, un changement de paradigme dont on ne revient pas. On ne peut pas continuer à croire à une illusion une fois découverte pour ce qu'elle est. Mais cette révélation peut être douloureuse et ne garantit nullement le bonheur. Au moins un autre personnage de Matrix, Cypher (Joe Pantoliano), a pris la pilule rouge et regrette sa décision, estimant ne pas avoir été "assez informé" des conséquences.

Le choix métaphorique entre les deux pilules a atteint le langage courant. En anglais, le terme est devenu un verbe qui s'appliquent à ceux qui ne voient définitivement plus les choses de la même manière ("he's been redpilled" - il a pris la pilule rouge).

Pilule rouge et politique

Le terme a une forte connotation politique. Il se réfère à un rejet du dogme, de la chape de plomb du politiquement correct, du silence des médias officiels sur les affaires dérangeantes, des mensonges, de la désinformation, des chasses aux sorcières médiatiques, des tabous et de l'embellissement de la situation pour plaire au pouvoir en place. Prendre la pilule rouge implique une personnalité forte, capable de remettre en question la présentation officielle de la réalité. Et comme dans Matrix, le voyage est sans retour. Beaucoup de gens renoncent, mais ceux qui s'engagent le long de ce chemin ne peuvent plus jamais mener leur vie "comme avant".

Aux États-Unis, le vocable a été abondamment repris lors de la campagne présidentielle de 2016 entre Donald Trump et Hillary Clinton. Sur le site communautaire Reddit, au sein du très populaire canal pro-Trump, les partisans du candidat républicain l'employaient lorsqu'un ancien supporter démocrate venait témoigner de son changement d'allégeance, lassé des magouilles de la candidate démocrate (comme ses manœuvres contre Bernie Sanders) ou simplement faute de croire au narrative médiatique brossant un portrait dégoulinant de flatterie des huit années de présidence Obama.

Au Royaume-Uni, 51,89 % du corps électoral décida d'avaler la pilule rouge le 23 juin 2016 en votant pour quitter l'Union Européenne - alors que leurs médias, les dirigeants de la City et tout ce que le pays comptait d'élites leur annonçait la ruine, la déchéance et les nuées de sauterelles s'ils ne votaient pas comme il faut.

En France, la pilule rouge a été avalée par les 10'638'475 Français apportant leur suffrage à Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle - en dépit de tous les ralliements politiques en faveur de son adversaire, de tout le battage médiatique contre la candidate du Front National, de l'odeur de souffre d'un mouvement politique honni, méprisé et traîné dans la boue depuis quarante ans.

En Suisse, 1'463'854 citoyens avalèrent la pilule rouge le 9 février 2014 en approuvant l'Initiative contre l'Immigration de Masse et démontrant par là leur liberté de penser face à une classe médiatico-politique incapable de voir le moindre défaut à la libre-circulation des personnes.

Liberté de penser ou nouvelle illusion?

L'idée de la pilule rouge n'est pas d'abandonner un mensonge pour une autre comme le font certains adeptes de théories du complot. Les rebelles de banlieue qui choisissent la voie de l'islamisme, s'embarquent pour la Syrie et rejoignent les rangs de l'État Islamique ne sont pas en quête de vérité non plus. Ils ne prennent pas la pilule rouge. Ils sont à la recherche de nouvelles illusions et de sensations fortes. Leur rejet des faux-semblants de la société occidentale ne les amène qu'à un nouveau cadre où leur colère et leur soif de violence s'épanouiront et seront valorisées. En guise de libération ils ne cherchent qu'une nouvelle prison où ils pourront se livrer sans retenue à une orgie de pilules bleues, au milieu des leurs.

La nuance tient à la perception de la vérité une fois tombé le masque. La pilule rouge n'est pas une confiance aveugle offerte au premier venu, mais autorise chacun à découvrir par lui-même la réalité du monde. Le but n'est pas le confort mais d'être à nouveau libre de ses opinions, d'observer sans œillères, d'exercer son esprit critique plutôt que de se laisser dicter ce qu'il faut penser.

Les électeurs de Donald Trump savaient pertinemment que leur candidat incarnait un profil atypique et potentiellement instable. Bien peu d'entre eux le voyaient comme le Messie réincarné - un contraste saisissant avec la lumière sous laquelle son prédécesseur Barack Obama fut constamment présenté par les médias et vénéré par ses supporters. Les partisans du Brexit savaient bien que celui-ci amènerait à des négociations de divorce longues, coûteuses et difficiles. Et les ralliements de Marine Le Pen assumaient parfaitement - en particulier depuis le calamiteux débat de l'entre-deux tours - leur soutien envers une candidate brouillonne au programme mal défini. Ils avaient juste compris que la Présidence Macron serait pire sur des aspects autrement plus essentiels à leurs yeux.

Le choix de la pilule rouge n'est pas facile. Les médias dominants et les élites vous classent d'office parmi les gens infréquentables. En allumant radio ou télévision, vous êtes constamment insulté. Si vous avez le courage d'en parler, vos collègues de travail vous snobent et les promotions vous échappent. En persistant, vous pouvez vous fâcher avec votre famille, vos amis, vos voisins - en particulier, parmi eux, tous ceux qui se réclament sans cesse de la tolérance.

Le chemin est difficile mais parfois, vous n'avez simplement pas le choix. Vous pouvez juste être confronté à une situation remettant en cause la vérité officielle de façon définitive. Avoir été sur la place de la gare au nouvel-an à Cologne. S'être frotté à la réalité des populations migrantes. Avoir été dans les environs du Bataclan lors des attentats de Paris, ou sur la Promenade des Anglais lors de ceux de Nice. La confrontation à un danger immédiat remet en cause les certitudes les plus établies. Il n'est plus possible de continuer comme avant. À moins d'opter pour une lobotomie volontaire, gober la pilule rouge devient alors une question de survie.

Libération permanente

Le Système gouverne mal mais se défend bien. Le matraquage de la vérité officielle ("l'immigration est positive", "l'Union Européenne c'est la Paix", "le Réchauffement Climatique nous menace", "les terroristes islamistes n'ont rien à voir avec l'islam"...) est continuel - dans les médias, l'éducation, l'université, les rebelles institutionnels chargés de fédérer les mécontents, les milieux culturels et même à travers la censure à l’œuvre sur les réseaux sociaux. Il est tout simplement impossible d'y échapper.

Pourquoi tous ces gens sont-ils alors terrorisés, littéralement, par la pilule rouge?

Une divergence d'opinion n'est généralement pas un problème. Après tout, aucun système ne parvient à contrôler exactement 100% de la population, sauf peut-être en Corée du Nord. Le défi posé par la pilule rouge est tout autre: une immunité face au lavage de cerveau.

Prenons l'exemple de la France. Les 33,9% des électeurs qui votèrent pour Marine Le Pen au second tour allèrent à l'encontre de l'avis de tout ce que le pays comporte de groupes constitués - de l'Église aux ambassadeurs en passant par l'ensemble de la classe politique. Les belles plumes se succédèrent dans les colonnes des journaux pour prévenir du danger de la Bête Immonde au Ventre Toujours Fécond. Les journalistes rappelaient (ou allaient chercher pour une ultime interview) l'infréquentable Jean-Marie Le Pen, l'homme du détail de l'histoire, du jeu de mot "Durafour-Crématoire". Les quotidiens tournèrent en boucle les accusations d'emploi fictif du Parlement Européen. Les médias réussirent à lancer une polémique sur la rafle du Vel d'Hiv' en plein entre deux tours d'une élection présidentielle. Même Marine Le Pen réussit à se couvrir de ridicule lors du débat contre Emmanuel Macron.

Et, envers et contre tout, elle réunit sur son nom plus d'un tiers de l'électorat, plus de dix millions de suffrages.

Certes, un tiers n'est pas une majorité, loin s'en faut, mais le problème n'est pas là. Ces gens sont imperméables à tout ce que les médias peuvent leur envoyer. Plus aucune accusation ne semble porter ses fruits. Les gens qui ont voté pour le Front National ont franchi le Rubicon. Ils semblent irrécupérables, hors d'atteinte. Plus aucune prise - voilà ce qui terrifie nos élites.

Il y a donc fort à croire que les tenants du pouvoir vont radicaliser la lutte contre ceux qui ont l'audace de choisir la mauvaise pilule.

23 mai 2017

Mourir dans son sommeil

L'attentat de Manchester atteint un nouveau degré dans l'horreur de la barbarie islamiste.

isis_we_killed.jpg
"We killed your children": la froide revendication de l'État Islamique,
reprise telle quelle en première page de plusieurs journaux anglais.

Pour citer les faits connus à ce jour:

A 22h35 lundi soir, un homme a fait exploser sa ceinture explosive devant la plus grande salle de concert de Manchester, en Angleterre. La chanteuse américaine Ariana Grande terminait son show. Le bilan de l'attentat terroriste est pour l'heure de 22 morts et de 59 blessés, dont une enfant de 8 ans. L'attaque a été revendiquée par Daesh mardi après-midi. Les renseignements britanniques pensent avoir identifié l'auteur de l'attentat. Le nom du terroriste serait Salman Abedi, un homme de 23 ans d'origine libyenne dont les parents avaient fui le régime de Mouammar Kadhafi.

Salman Abedi serait mort sur place. Selon NBC News, il portait la bombe dans un sac à dos, aurait pris le métro à Victoria Station, est arrivé dans la zone d'achat des billets de l'Arena et a attendu que les gens quittent le concert et sortent de la salle pour faire exploser l'engin artisanal. L'étude des images de vidéo-surveillance est en cours.


La bombe artisanale que transportait Abedi était remplie de boulons et de clous pour faire un maximum de victimes parmi les adolescents britanniques présents. Le bilan pourrait s'alourdir ; certains des 59 blessés sont encore entre la vie et la mort. De nombreuses victimes ont été mutilées et porteront toute leur vie des séquelles liées à l'attentat.

Selon le Premier Ministre britannique Theresa May, le terroriste a bien pensé "l'endroit et le moment afin de faire un maximum de dégâts". Pourtant, dans les premières heures du massacre, Mme May minimisa en parlant d'un "incident" terroriste. Depuis, le script post-attentat, bien rodé, est rejoué jusqu'à la nausée. Les séquences de fleurs, de bougies et de messages d'espoir postés près du lieu de la tuerie tournent en boucle sur les chaînes "d'information" ; les chefs d'État se succèdent pour exprimer chacun leur tour leur profonde compassion pour la souffrance des victimes et leur solidarité avec le peuple aujourd'hui frappé ; divers monuments sont brièvement éteints ; et après quelques jours, l'actualité fournit de nouveaux sujets.

Salman Abedi était connu des autorités britanniques, mais elles refusent de dévoiler plus de détails pour l'instant.

Une seconde bombe, qui n'a pas explosé, a été découverte sur place.

À moins d'avoir un cœur de pierre, impossible de ne pas être touché par une pareille actualité. La haine contre l'Occident de l'État Islamique et de ses sbires est sans limite. Des parents doivent aujourd'hui reconnaître la dépouille déchiquetée de leur enfant dans une morgue ou veiller son corps brisé au son lancinant des machines dans une chambre d'hôpital.

Tous les parents du monde auront forcément une pensée pour les familles touchées. Chacun peut se reconnaître dans cette tragédie. Ce qui aurait dû être un concert joyeux s'est terminé en boucherie aveugle. Cela aurait pu survenir n'importe où - comme c'est déjà survenu n'importe où - et cela surviendra encore. Et encore.

Et encore.

Alors même qu'elles vouent un véritable culte à l'État, les autorités annoncent leur impuissance: il faut apprendre à vivre avec le terrorisme (c'est-à-dire, à en mourir). L'islamisme est érigé au rang de fatalité de l'existence, comme l'accident de voiture ou la peste des temps anciens. C'est malheureux, l'islamisme. Il provoque des ravages. Vers Manchester, il touche surtout les jeunes. Une maladie infantile foudroyante.

D'un autre côté, les élites n'ont pas complètement perdu le sens du danger. Elles veillent à ce que rien ne perturbe leur sécurité ni celles de leurs proches. La plupart des politiciens qui plaident pour l'interdiction des armes pour la plèbe vivent sous la surveillance vigilante d'une garde armée.

Peut-être aura-t-on droit à un nouveau "Vous n'aurez pas ma haine" érigé en exemple de prêt-à-penser par les médias, sans le moindre recul ni esprit critique. La naïveté de l'agneau de lait érigée en vertu. Vous n'aurez pas ma haine, mais vous avez eu ma femme. Et à Manchester, vous avez eu ma fille. En voulez-vous encore? Servez-vous. Vous n'avez pas ma haine, mais en fait, je suis trop bête pour comprendre que vous n'en avez nul besoin. Vous avez la vôtre. Elle vous suffit amplement.

Peu de gens comprennent le terrorisme islamique. Prisonniers d'un schéma mental remontant aux mouvements extrémistes gauchistes de la seconde moitié du XXe siècle, ils s'évertuent à déceler des motivations politiques chez les islamistes, à déchiffrer d'éventuelles revendications. N'en trouvant aucune, ils les inventent, plaquant leur grille de lecture sur un abysse.

Les islamistes veulent tuer. Nous tuer, et tous ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires, c'est-à-dire à peu près tout le monde. Du premier au dernier. Femmes et enfants. Collaborateurs ou résistants. Chrétiens, athées ou musulmans. Allah reconnaîtra les siens.

L'attentat n'est pas un moyen pour atteindre un but. L'attentat est le but. Comprendre cette simple notion est aujourd'hui hors de portée de la plupart des Européens. Ils se voient peut-être comme des cyniques à qui on ne la fait pas, mais leur niveau de nihilisme est dérisoire face aux zombies décérébrés de l'État Islamique.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester n'est pas dans le mode opératoire d'un kamikaze. Il n'est pas dans le choix des victimes - les enfants, membres les plus innocents et les plus faibles de la société et incarnation de son avenir. Il n'est pas dans l'analyse choquante qu'un terroriste islamiste soit issu d'une famille de réfugiés, les mêmes qui rentrent chaque jour par milliers sur le continent, importés par une coterie de politiciens sacrifiant des pays entiers sur l'autel de leurs délires idéologiques.

Le plus abominable de l'attentat de Manchester est de comprendre qu'il sera suivi de nombreux autres. Ce n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend, et de ce qui attend nos descendants.

Quelle dose de violence la "majorité silencieuse" doit-elle endurer pour sortir de son silence? Les terroristes islamistes sont en train de se livrer à une expérience sociologique grandeur nature à l'échelle d'un continent. Ils doivent sans doute se délecter du résultat autant que d'autres s'en consternent. Les chiffres - électoraux notamment - le prouvent: l'apathie atteint des sommets insoupçonnables. Au point qu'on peut se demander si la majorité silencieuse sortira jamais de son silence.

L'hypothèse est hardie mais de moins en moins invraisemblable. On aurait naturellement tendance à penser que face à un stimuli désagréable un organisme dans son sens le plus large - individu, corps social, nation - finirait par réagir lorsque la douleur devient par trop intolérable. Mais ce n'est pas obligatoire. L'organisme menacé pourrait tout aussi bien choisir l'anesthésie locale pour supprimer les symptômes, le suicide pour hâter une issue perçue comme inéluctable, ou l'abus de tranquillisants pour sombrer dans une bienheureuse inconscience.

On peut mourir dans son sommeil.

21 mai 2017

Utopie Énergétique 2050 et autres histoires

Le peuple suisse s'est exprimé ce dimanche sur un unique objet fédéral: la nouvelle Loi sur l'Énergie (LEne). Mieux connue sous son appellation marketing de Stratégie Énergétique 2050, la loi était soutenue par l'ensemble de l'échiquier politique à l'exception de l'UDC, à l'origine du référendum. Elle passe la rampe avec facilité, récoltant 58,2% des voix.

votation du 21 mai 2017,énergie,jacques nicoletLe concept d'une vision à 33 ans de là a déjà été abordée en ces lieux. Ce monstre législatif de 77 articles divisés en 14 chapitres aura de profondes incidences sur la production et la consommation d'énergie en Suisse, qu'il s'agisse des ménages ou des entreprises. Pour ne citer que quelques-unes des 16 raisons de s'y opposer:

  • Le « nouveau départ » prévoit une réduction de la consommation d'énergie annuelle par habitant de 43% en Suisse d'ici 2035, sur la base du niveau de l'an 2000. Cela signifierait un retour aux années soixante!
  • Pour compenser en partie l'abandon injustifié de l'énergie nucléaire, [les partisans de la nouvelle loi] aimeraient construire un millier de centrales d'énergie éolienne. Ces implantations défigurent le paysage, sont mortelles pour les oiseaux, ne fonctionnent que s'il y a du vent (la Suisse n'est pas les Pays-Bas!) et on ne peut pas stocker l'électricité. Vous ne pouvez pas convertir la maison rustique de grand-père en chalet de vacances car il ne faut pas toucher aux sites protégés, mais implanter des milliers de ventilateurs avec des pales de 100 mètres c'est positif? Vous plaisantez?
  • A partir de 2029, les systèmes de chauffage à combustible seront interdits. Il est évident que le coût de remplacement des équipements (pourtant) entièrement fonctionnels sera payé par les propriétaires d'une maison, respectivement les locataires des appartements.
  • Les Suisses seront matraqués afin de réduire volontairement leur consommation d'énergie de 43% au cours des 17 prochaines années. Cependant, dans le reste du monde, des milliards de personnes consommeront toujours plus d'énergie. A quoi servira, au niveau mondial, le sacrifice pesant et couteux imposé aux Suisses? Réponse: à rien! Seulement à permettre à quelques représentants de la partitocratie de se balader, enflés comme des dindes, de dire que, grâce à lui/à elle, les Suisses sont "les premiers de la classe" dans le domaine de l'énergie. Le Roi Soleil compresse les citoyens de taxes pour se faire beau aux yeux du monde avec son palais royal fastueux de Versailles. Le principe est le même.


Et, reprenant l'interrogation de Lorenzo Quadri, "comment le PLR a pu approuver cette loi « politiquement correcte » qui se trouve à mi-chemin entre la fable et la catastrophe programmée reste un mystère pour moi."

Les Suisses ont décidé dans la joie et la bonne humeur que la suppression de l'électricité nucléaire pourrait se faire sans douleur, mais, bizarrement, ressentent la nécessité de se doter d'un véritable arsenal législatif contre la consommation d'énergie pour y parvenir. Nous aurons bien le temps de constater dans les 33 prochaines années comment la douce transition énergétique, critiquée jusqu'en Allemagne, se transformera en enfer quotidien pour les Helvètes - et ruinera leur industrie.

Doris Leuthard, à l'origine de la loi, aura 87 ans en 2050.

 


 

Ailleurs, dans le Canton de Vaud, le ticket de gauche est sorti grand vainqueur de l'élection. Béatrice Métraux retrouve son siège au Conseil d'État, accompagnée de la socialiste d'extrême-gauche Cesla Amarelle, Dhimmi d'or 2016, immigrationniste forcenée et farouche ennemie de la démocratie directe. Malgré l'apparente continuité dans la répartition des sièges, le Canton souffrira sans aucun doute d'un virage massif vers la gauche.

Le ticket de centre-droit de Jacques Nicolet et Isabelle Chevalley n'a pas réussi à passer la rampe. La partie était difficile mais la victoire possible ; les états d'âme des électeurs de centre-droit (chiffres à venir) auront probablement précipité la victoire de la gauche. Comme l'affirma avec une hautaine suffisance un électeur PLR au Marché de Renens, "moi il y a trois lettres pour lesquelles je ne voterai jamais, U, D, C." Qu'il se réjouisse donc ce soir de l'élection de Mme Amarelle!

Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis, dit-on, mais ce verdict serait bien sévère pour les nombreux militants et responsables du PLR - au premier chef desquels les trois Conseillers d'État réélus! - qui se battirent sincèrement jusqu'au dernier moment pour essayer de faire pencher la balance. A l'inverse des sympathisants du PLR, ils étaient conscients des enjeux.

 


 

Dans le reste de la Suisse, les Genevois viennent une nouvelle fois de refuser la hausse des tarifs de leurs transports publics, infligeant une gifle réjouissante à leur classe politique. Les écoliers zurichois continueront d’apprendre deux langues étrangères, l’anglais et le français, avant d’entrer au secondaire, leurs parents ayant refusé à plus de 60% une initiative demandant une seule langue dans ce cycle. Enfin, les Bernois ont refusé à 54,3% un crédit de 105 millions de francs pour l’octroi de l’aide sociale en matière d’asile, estimant que les fonds de la Confédération étaient largement suffisants.

Un panel complet des objets soumis au vote ce 21 mai se trouve ici.