26 mai 2014

Le séisme européen annonce un tsunami

Dès dimanche soir le choc était perceptible dans les états-majors des partis et sur les plateaux de télévision: les affreux eurosceptiques avaient fait une poussée terrible à travers le continent. On aurait tort, pourtant, d'y voir la moindre remise en question de la politique européenne.

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La carte des résultats provisoires

Personne ne nie le changement dans nombre de pays d'Europe. Au Danemark, en France, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Belgique, les adversaires de l'Union Européenne sont en tête ; en Pologne, Lettonie, Finlande, Hongrie ou en Italie, ils arrivent en deuxième position, et dans d'autres pays encore ils sont bien placés. Malgré quelques contre-performances relatives (comme Geert Wilders au Pays-Bas) les mouvements "eurosceptiques" font désormais partie du paysage.

Cela ne suffira bien sûr pas à changer quoi que ce soit à Bruxelles. Malgré leur victoire parfois éclatante, les partis eurosceptiques restent très minoritaires au sein du Parlement Européen. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'ils réussissent à s'entendre ; un groupe parlementaire européen doit représenter 7 nationalités différentes. Les différences entre le UKIP anglais, le Front National français ou le N-VA belge n'ont rien de cosmétique.

Ces explications de circonstances ne doivent pas cacher l'axiome fondamental de la construction européenne qui explique à lui seul pourquoi rien ne changera de ce côté-là: l'Union Européenne se bâtit sans les peuples.

Le Parlement Européen n'a pratiquement aucun pouvoir. Outre son organisation incroyablement inefficace - qu'on imagine la qualité des débats entre 751 députés européens dans plus d'une dizaine de langues! - ses capacités législatives sont extrêmement limitées. Il ne peut pas proposer de loi et doit composer à égalité avec un Conseil de l'Europe non-élu. Le pouvoir de ces deux institutions s'efface lui-même devant les prérogatives de la Commission Européenne.

La situation institutionnelle de l'UE ne doit rien au hasard. L'UE s'est construite sur l'idée que les peuples étaient intimement liés aux notions de patriotisme et de nation, deux concepts combattus avec énergie par les élites aux sources de l'institution. Impossible pourtant de nier les dernières apparences de la démocratie; la solution vint sous la forme d'un simulacre de pouvoir législatif, un parlement inutile où des politiciens sur le retour - mais élus par les citoyens de toute l'Union - pourraient éventuellement couler une retraite paisible. Le Parlement Européen était né.

L'élection d'un Parlement Européen est donc un exercice amusant, mais sans conséquence. La construction européenne se poursuivra quelle que soit la composition sortie des urnes, comme nous le verrons assez vite.

La poussée des euro-sceptiques a tout de même eu quelques effets, mais il s'agit surtout de conséquences nationales.

Passons rapidement sur la Belgique, encore une fois en quête d'un gouvernement, pour nous attarder sur les deux pays où quelque chose s'est réellement passé ce week-end: la France et le Royaume-Uni.

élections,parlement européen,marine le pen,nigel farrageSi l'UE a été secouée par un séisme, la France en a clairement été l'épicentre. Les sondages montraient une poussée du Front National de Marine Le Pen, mais le scrutin lui a offert une première place avec les honneurs.

En vieux renards de la politique, divers porte-paroles et analystes ont tenté de nier l'évidence, citant par exemple le faible taux de participation. Outre une approche inquiétante pour leurs propres formations politiques - si 56% des Français sont restés chez eux et que le FN n'a eu "que" 24,5% des voix de ceux qui se sont déplacés, que penser alors des 14,5% du PS ? - cela supposerait que les abstentionnistes appartiennent aux autres partis ; les sondages montrent qu'il n'en est rien. L'abstentionnisme a touché toutes les formations politiques sans en épargner aucune.

Le Front National est désormais le premier parti de France. C'est un fait indiscutable. L'UMP est au second plan et le PS loin derrière. Voilà qui doit semer le trouble à l'Elysée: la perspective d'un second tour entre François Hollande et Marine Le Pen en 2017 s'éloigne. Cette configuration, la seule à donner une chance de réélection à un président conspué de toute part, impliquait que le PS parvienne au second tour; le maigre espoir semble très compromis. Incapable une fois parvenue au pouvoir, la gauche française aura été laminée en un temps record.

élections,parlement européen,marine le pen,nigel farrageLe bipartisme n'a pas éclaté qu'en France. Au Royaume-Uni, le UKIP ("You Keep"), le parti pour l'indépendance, est arrivé en tête du scrutin, battant à la fois travaillistes et conservateurs - un résultat inédit depuis 1906, ce qui donne une idée de l'exploit. Nigel Farage est réputé pour ses interventions au Parlement Européen, où il ne cesse de dénoncer l'incurie de l'assemblée et l'absurdité constructiviste du projet européen ; parfaitement respectable, M. Farage ne saurait être le sujet d'une tentative de diabolisation en règle. Les Anglais ne seront pas dupes et pareille manœuvre arrive trop tard. Il y a donc fort à croire qu'un boulevard politique s'ouvre devant lui, même s'il aura peut-être plus de mal à faire un score aussi important aux élections générales de 2015.

Le véritable danger pour l'Union Européenne vient de là. Les conservateurs de M. Cameron pensaient avoir fait l'essentiel en promettant vaguement un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE en 2017 ; le UKIP vient de leur couper l'herbe sous le pied. Non seulement ce référendum aura bien lieu, mais il surviendra peut-être même plus tôt et la décision de quitter l'UE pourrait l'emporter. Le départ des Britanniques fera s'effondrer l'Union Européenne comme un château de cartes. Comme le dit M. Farage:

"Je ne veux pas seulement que la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne, je veux que l'Europe abandonne l'Union européenne (...) Je ne crois pas que ce drapeau, cet hymne, et ce président dont personne ne connaît vraiment le nom représentent ce que l'Europe devrait être".

"Je pense que jusqu'à maintenant l'intégration européenne, que vous le vouliez ou non, semblait inévitable et je pense que ce sentiment va disparaître avec les résultats de ce soir."


Ceux qui espèrent quoi que ce soit d'un Parlement Européen en seront pour leurs frais. Heureusement, ce n'est pas la seule façon d'en finir avec cette bureaucratie absurde.

23 mai 2014

Drogue et prostitution pour sauver le PIB

Rapportée par le Huffington Post, on pourrait croire la nouvelle directement sortie d'une rubrique insolite: l'institut officiel de statistique italien, l'ISTAT, se chargera dès la rentrée d'intégrer les données de "l'économie souterraine", drogue et prostitution, dans ses calculs de la performance économique italienne...

Les revenus estimés du trafic de substances illicites et du sexe tarifé devraient ainsi gonfler la croissance du Produit Intérieur Brut d'un pourcent de plus que prévu, à 2,4%. Un pourcent!

mensonge.jpgN'allez pas croire que ce léger changement statistique soit l'effet d'une magouille décidée en douce dans les couloirs de Rome. Au contraire, la péninsule italienne ne fait que suivre les instructions du Parlement Européen. En février, celui-ci a demandé aux Etats-membres de comptabiliser l'économie souterraine dans le PIB dès septembre 2014. Par souci d'équité, affirme-t-on.

Certains membres de l'UE - les Pays-Bas pour ne pas les nommer - disposent en effet des revenus officiels liés à la consommation du cannabis, légale dans leur pays. Ils comptabilisent donc cette activité économique dans les chiffres de leur PIB, à l'inversent de ceux qui interdisent cette pratique. Mais, on s'en doute, interdire la vente de drogue n'empêche certainement pas l'activité économique correspondante d'avoir lieu... Voilà qui "fausse" donc la mesure du PIB.

Lorsqu'on sait que le PIB gouverne la répartition des contributions au budget européen, on comprend mieux l'intérêt de ces discussions. C'est une histoire de gros sous. Mais cela va plus loin, car si un PIB plus élevé signifie une contribution plus haute au budget européen, il permet aussi d'embellir artificiellement la situation économique d'un pays. Les avantages semblent largement l'emporter sur les inconvénients dans l'esprit de nos gouvernants, et tant pis pour la morale juridique:

[Selon Eurostat,] les PIB finlandais et suédois pourraient augmenter de 4 à 5 points grâce à la prise en compte des nouveaux chiffres. Les Etats-Unis, qui ont appliqué ce calcul dès juillet 2013, avaient connu une hausse de 3% de leur produit intérieur brut, tandis que la Grèce avait vu le sien bondir de 25% en 2006, grâce à la prise en considération de la prostitution et du blanchiment d'argent.

En 2012, la banque nationale italienne estimait même que les revenus de la drogue et de la prostitution représentaient l'équivalent de 10,9% du PIB. Dans son calcul, l'Italie prend déjà en compte depuis 2008 les revenus des entreprises qui ne payent pas d'impôt pour un montant qui représente entre 16 et 17% du PIB annuel.


Prostitution, commerce de drogue, blanchiment d'argent, mafia: on a la croissance qu'on peut!

Malheureusement, comme son nom l'indique, l'économie souterraine est souterraine. Cette lapalissade reflète la gageure consistant à évaluer correctement des données essentiellement occultes. Difficile d'envoyer des réviseurs de compte examiner la trésorerie d'un gang de vendeurs de drogue. Pas de cabinet d'audit non plus pour les filières de trafic d'êtres humains, les travailleurs au noir, les receleurs de cambriolages, les fraudeurs à la TVA, les maisons de jeu clandestines ou les vendeurs à la sauvette sur les marchés...

On peut bien sûr extrapoler à partir des rapports de police, des sondages, ou l'examen des eaux usées qui révèle parfois quelques surprises, mais cela reste des approximations. L'ISTAT se plaint ainsi qu'il soit "très difficile" d'estimer la valeur d'activités illégales et donc non déclarées par définition, sans pour autant y renoncer. Si les statisticiens sont irrités, les politiciens voient une aubaine. L'économie occulte et son évolution invérifiable feront d'excellentes variables d'ajustement.

L'économie souterraine existe, c'est un fait, et sa prise en compte revient à donner une image plus réaliste de l'activité économique d'un pays, nonobstant les énormes problèmes d'exactitude soulevés plus haut. Mais comment tolérer que la "bonne santé" d'un pays soit mesurée à l'aide d'activités que l'Etat s'applique justement à combattre?

La schizophrénie guette, puisqu'il sera d'autant plus difficile de lutter contre une activité illicite qu'elle contribue au PIB national... On fait ressortir au grand jour - et sous un éclairage favorable - des activités que l'on s'évertue à juguler, une autre façon de retomber sur l'absurdité des taxes sur les activités illégales. Comme le résume le député conservateur britannique Mark Garnier à l'aide d'une formule limpide, "on demande aux gouvernements de quantifier l'ampleur de l'échec de leur politique."

In fine, le plus gros problème tient à l'évolution de cette économie souterraine. Même si de temps à autre il sera tentant de la faire décroître pour accentuer la mauvaise santé d'un pays - par exemple lorsqu'un gouvernement d'alternance se fait un plaisir de tailler un costume à l'équipe sortante, ou lorsqu'il s'agit de plaider une rallonge auprès de diverses institutions internationales - la plupart du temps les politiciens seront juste enclins à accentuer le poids de l'économie souterraine dans les chiffres finaux, juste pour rendre présentable un PIB où l'économie officielle est sans cesse mise à mal par leurs propres efforts.

Des libéraux pourraient penser que cette "reconnaissance" de l'économie souterraine poussera les politiciens à cesser de punir des vices qui ne sont pas des crimes ; je pense que tout au contraire ils seront enclin à rendre illégal encore plus d'activités économiques, de façon à les pousser dans le caveau obscur de l'économie souterraine d'où ils pourront tirer tous les chiffres qu'ils veulent au moment de faire le bilan. De plus, bien des activités illicites ne respectent pas non plus le droit de propriété.

Au delà de l'anecdote, l'intégration de l'économie souterraine dans le PIB - ou la recherche de nouveaux indicateurs exotiques pour mesurer l'état d'un pays - s'apparente moins à la recherche de la vérité, une vérité mesurable et comparable, qu'à une fuite en avant. Devant l'impossibilité d'arriver à des résultats positifs, il semble que la classe politique occidentale cherche de nouvelles façons de maquiller ses piètres performances.

La prochaine fois que vous entendrez des politiciens annoncer joyeusement que la croissance "repart à la hausse", demandez-vous combien de tonnes de drogue ont été écoulées.

Mise à jour (6 juin): dans un article du Figaro, Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque, livre le pot-aux-roses: "Une hausse du PIB permettrait mécaniquement aux États de repasser sous la barre des 3% de déficit public requis par l'UE". Voilà donc pourquoi il est tellement important de gonfler le PIB!

19 mai 2014

Ni Gripen ni salaire minimum

Ce dimanche, 56% des citoyens se sont déplacé pour s'exprimer sur plusieurs objets fédéraux et cantonaux. Le résultat est historique: pas moins de deux initiatives populaire ont passé la rampe.

Référendum contre le Gripen (longuement évoqué ici ou ): le projet d'acquisition du futur chasseur suédois est refusé par 53,4% des votants. C'est une demi-surprise: d'un côté, la première fois qu'une demande d'équipement de l'armée ne passe pas la rampe, et de l'autre, la conclusion d'une campagne où les adversaires du Gripen ont fait la course en tête du début à la fin. La carte des votes montre un clivage romand-alémanique assez marqué.

Gripen_vote.png

La presse unanimement engagée contre le Gripen se délecte de "l'échec personnel" d'Ueli Maurer. Aujourd'hui encore on appelle à demi-mot à sa démission et on annonce fièrement le rejet de "son" avion, comme si le choix de ce modèle était le fait d'un seul homme et les conséquences limitées à sa carrière politique. Les analyses livrées par les intervenants pro-Gripen dès dimanche laissent tout aussi songeur: le peuple aurait rejeté le Gripen pour "se venger" du vote du 9 février, surtout en Romandie, et cherché à jouer un bon tour à un conseiller fédéral UDC.

Cette analyse, si elle est exacte, serait terrible: le peuple ne serait plus capable d'appréhender les enjeux militaires sur le long terme, ramenant les questions stratégiques à des bisbilles politiciennes et des querelles de cour d'école. Rappelons que les avions militaires servent pendant des décennies, bien au-delà du mandat d'un politicien ou d'un autre, et surtout de la situation géopolitique qui préside à son acquisition.

Dès les premières tendances en faveur du Non connues, l'inénarrable écologiste Christian van Singer clama que l'argent du Gripen devrait être dévolu à tout un tas de choses (éducation-aide-sociale-santé...) le plus loin possible de l'armée, dans l'objectif avéré de lui ôter le maximum de moyens. Les adeptes de l'armée-doit-répondre-aux-nouvelles-menaces-style-cyberguerre en seront pour leurs frais. Idem pour le camp bourgeois le-Gripen-n'est-pas-le-meilleur-avion: en rejetant dédaigneusement l'acquisition d'une poignée d'exemplaire de l'appareil le moins cher, ces gens pensaient-ils vraiment que l'armée pourrait un jour disposer d'avions plus performants et plus coûteux comme le Rafale? La gauche et le GSsA ne seront décidément jamais à court d'idiots utiles!

L'armée suisse, elle, entre désormais dans une terre inconnue ; terre qui n'a visiblement plus grand-chose à voir avec la défense physique du territoire. Peut-on encore appeler "armée" un groupe d'hommes en uniformes dont les missions semblent se réduire à l'aide en cas d'inondation et à l'encadrement de la Patrouille des Glaciers?

Face à ce résultat lourd de sens dans une Europe à l'avenir indéchiffrable, les autres objets semblent anecdotiques, même s'ils ont chacun leur importance. Mais nul besoin d'ajouter d'autres cartes des votes, la Suisse étant monochrome dans tous les cas.

L'initiative pour un salaire minimum (évoquée ici) a été sèchement rejetée. Le projet de l'union syndicale suisse de 4'000 francs par mois a rassemblé 76,3% contre lui, une véritable déconvenue pour une gauche syndicale qui ne semble même pas avoir réussi à mobiliser ses propres rangs. Le rejet est encore plus fort que pour des textes utopiques comme l'initiative 1:12.

Beaucoup a été dit sur ce projet, asséné comme un marteau sur l'économie sans tenir compte des particularités locales, du coût de la vie ou des difficultés de telle ou telle branche économique. On ne peut qu'espérer que devant un résultat aussi lisible les syndicalistes comprennent le message et reviennent enfin à la table des négociations entre partenaires sociaux, avec un soupçon de réalisme.

L'initiative pour que les pédophiles ne travaillent plus avec les enfants (évoquée ici) a enfin été adoptée, à l'issue d'une campagne très dure où la classe politico-médiatique a constamment asséné des mensonges sur le texte de la Marche Blanche, jusqu'au Conseil Fédéral lui-même.

Qui souhaiterait que des pédophiles condamnés puissent travailler à nouveau avec des enfants? Contre toute attente, seuls 63.5% des électeurs ont admis cette évidence. C'est assez inquiétant quant au sens des priorités - ou au niveau de crédulité - de la minorité battue dans les urnes, en espérant qu'il ne s'agisse pas de quelque chose de pire encore.

Encore une fois, la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga va avoir la tâche difficile de concocter une loi d'application donnant le change aux initiants et ménageant le courroux du Veau d'or de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, devant lequel toutes les élites suisses se prosternent...

L'initiative pour la médecine de famille a elle aussi été plébiscitée avec des scores jamais vus, 88% d'approbation en moyenne. Les Suisses ont exprimé leur attachement à la médecine de famille et à l'importance d'une couverture médicale dans le pays, mais il est à craindre qu'ils aient en fait approuvé tout autre chose.

Attendons la loi d'application pour y voir plus clair.

Ces quatre objets fédéraux ont retenu l'attention de l'actualité mais de nombreux objets cantonaux étaient soumis au vote, à vous de trier le bon grain de l'ivraie:

  •  Les Genevois refusent de financer de 5 parkings relais d’intérêt transfrontalier situés en France voisine, un coup d'arrêt au colonialisme transfrontalier de la cité du bout du lac. Ils ont aussi rejeté une hausse du tarif des transports publics et, plus important encore, retiré cette responsabilité du gouvernement pour la confier au parlement.
  • La centrale nucléaire de Mühleberg ne sera pas arrêtée immédiatement comme le réclamaient les écologistes bernois.
  • La région viticole de Lavaux ne se transformera pas en musée à ciel ouvert. Contre toute attente (et mes propres pronostics) les Vaudois ont massivement préféré le contre-projet du gouvernement à l'absolutisme de Franz Weber, permettant une survie de l'activité viticole de la région.
  • Les Tessinois ont aussi retoqué une initiative de salaire minimum, cantonale celle-ci.
  • Les Lucernois acceptent que des sociétés privées puissent octroyer des prêts aux étudiants ne remplissant pas les critères cantonaux d'octroi de bourse.
  •  A Neuchâtel, les autorités ont obtenu le feu vert pour l'implantation de cinq parcs éoliens, autorisant l'enlaidissement de leurs crêtes et acceptant à terme que 20% de l'énergie du canton dépende du bon vouloir des vents.

En une seule journée de votation, les Suisses se sont prononcé sur plus de sujets que la plupart des autres peuples européens en une décennie!

15 mai 2014

Les martyres existent encore

...Mais il faut les chercher du côté du Soudan, où la religion de Mahomet fait encore des siennes, comme nous l'apprend une dépêche glaçante:

Une chrétienne soudanaise condamnée à mort pour apostasie

Khartoum - Un tribunal de Khartoum a condamné jeudi une chrétienne soudanaise de 27 ans à la peine de mort pour apostasie, malgré les appels d'ambassades occidentales à un respect de sa liberté religieuse.

La jeune femme, enceinte de huit mois, est actuellement détenue avec son fils de 20 mois, selon Amnesty International qui a demandé sa libération immédiate.

Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi mais vous avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison, a déclaré le juge, Abbas Mohammed Al-Khalifa, s'adressant à la femme avec le nom de famille de son père, un musulman.

Meriam Yahia Ibrahim Ishag --son nom chrétien-- a également été condamnée à 100 coups de fouet pour adultère.

A l'énoncé du verdict, la jeune femme est restée impassible.

Auparavant, au cours de l'audience, après une longue intervention d'un chef religieux musulman qui a cherché à la convaincre, elle avait dit calmement au juge: Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie.

 

islam,soudan,justiceRappelons que selon l'islam tout enfant de musulman est musulman de naissance ; quiconque décide de quitter la seule vraie religion ( de paix, d'amour, de tolérance, etc ... ) devient apostat, passible de la peine de mort, peine qui n'a rien de théorique.

Vingt-sept ans, mère de famille, enceinte du deuxième, condamnée à la pendaison pour avouer sa foi chrétienne. Ce triste spectacle ne vient pas d'Afrique mais bien des profondeurs obscures d'un Moyen-âge dont l'islam n'est toujours pas sorti.

13 mai 2014

Ukraine, minuit moins cinq

Ce dimanche 11 mai, la population de l'Est de l'Ukraine était invitée à décider du projet d'autonomie du Donbass, région composée des provinces de Donetsk et de Lougansk. 7,3 millions de personnes étaient appelées aux urnes. L'objectif était de se prononcer sur la "souveraineté étatique" de ces républiques autoproclamées et entériner la rébellion qui perdure depuis des semaines.

ukraine,russie,guerre,manoeuvres politiquesLe oui l'a emporté à 89% à Donetsk et à 94% à Lougansk. Le taux de participation a atteint 75%.

Riche de sa longue tradition de mépris pour la démocratie, l'Union Européenne s'empressa de décréter par la voix de Catherine Ashton, porte-parole de sa diplomatie, que les résultats ne valaient rien. On le sait, en Europe et jusqu'en Suisse, les décisions populaires ne comptent pas lorsque leur résultat n'est pas convenable, auquel cas le choix réel se décide entre l'oubli pur et simple du scrutin, ou sa répétition à une date ultérieure jusqu'à ce que la bonne réponse sorte des urnes.

Pas un journaliste pour faire remarquer à Mme Ashton qu'elle est encore moins légitime que la décision des pro-russes en Ukraine, n'ayant été élue par personne.

A Kiev, capitale d'un pays en déliquescence conquise par des révolutionnaires aux accointances troubles, le ministère des affaires étrangères du régime fantoche prétendit que le référendum était "juridiquement nul" et n'aurait "aucune conséquence juridique pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Il y a des humoristes qui s'ignorent.

Oleksandr Tourtchynov, président par intérim avec lui-même, annonça quant à lui que cette consultation n'était qu'une "farce criminelle" financée par la Russie. M. Tourtchynov ne vise que le maintien de l'ordre jusqu'au 25 mai, environ et la farce criminelle de sa propre réélection financée et adoubée par l'UE.

Là encore, pas un journaliste pour lui demander par qui il avait été élu.

La démocratie ukrainienne est si belle que chacun s'en réclame tant qu'il se charge du scrutin. Mais une communication décente implique un minimum de cohérence: si l'Est rebelle de l'Ukraine est trop proche de la guerre civile pour organiser dans le calme un vote le 11 mai sur quelque objet que ce soit, on ne voit pas très bien par quel miracle il serait capable d'atteindre exactement le même objectif deux semaines plus tard pour une prétendue élection présidentielle.

On comprend bien le message en filigrane: il y a les bons scrutins (la présidentielle) et les mauvais (l'indépendance). M. Tourtchynov a brillamment gagné ses galons de grand démocrate européen.

D'où une supposition: M. Tourtchynov préparait peut-être une consultation populaire au cours de laquelle la situation à l'Est aurait été tellement confuse que les votes de la région n'auraient pu être décemment comptabilisés. On peut tracer le lien avec la guérilla incohérente qu'infligent actuellement quelques commandos ukrainiens aux villes de l'Est. Malheureusement pour lui, les insurgés pro-russes lui coupèrent l'herbe sous le pied avec une grande intelligence en procédant à leur propre consultation avant cette date, dans le calme, et avec des résultats remarquables.

Bien entendu, il n'y avait pas "d'observateurs internationaux" de l'OSCE, nous dit-on. Depuis quand leur présence est-elle le gage de quoi que ce soit? En verra-t-on dans les banlieues françaises pour les élections européennes? Combien en aurait-il fallu pour surveiller les votes de sept millions de personnes? Quelle garantie aurait pu avoir la population locale de leur objectivité à eux?

Retenons bien tous les reproches adressés aux indépendantistes de l'Est afin de voir de quelle légitimité l'élection présidentielle pourra se prévaloir...

En réalité, peu importe ses imperfections et la mauvaise foi de ceux que son résultat dérange, le scrutin du 11 mai marque un tournant décisif dans l'effondrement de l'Ukraine. Depuis, nous pouvons conclure deux choses.

ukraine,russie,guerre,manoeuvres politiques1. Moscou ne fait pas tout. Ancien du KGB, Vladimir Poutine est un président manipulateur et sans le moindre scrupule, mais l'ampleur de la fraude nécessaire pour organiser un faux scrutin avec un résultat pareil est inenvisageable. Les médias russes offrent un éclairage particulier de la crise ukrainienne, dira-t-on poliment, mais celui-ci se compare largement à la désinformation continuelle des médias d'Europe de l'Ouest sur la même crise, dont l'épisode récent des vrais-faux espions de l'OSCE est le plus emblématique.

La Russie a une armée, des forces spéciales et des services secrets, mais rien qui suffise à investir une zone de cent mille kilomètres carrés et des villes de plusieurs milliers d'habitants sans que personne ne puisse prouver leur implication, ni susciter la moindre riposte locale. Il faut se rendre à l'évidence, la population pro-russe - ou amenée à le devenir face aux pitoyables rodomontades de Kiev - rejoint de son plein gré le giron de la Russie.

2. La guerre va éclater. Aucun Ukrainien ne veut d'une guerre civile, mais les dirigeants autoproclamés de la place Maïdan en ont décidé autrement. Fort de l'appui qu'ils pensent tirer de l'Union Européenne et des Américains, il ne laisseront probablement pas les provinces de l'Est leur échapper. Les tentatives de restaurer une armée de conscription ont lamentablement échoué? Peu importe, ils utilisent désormais des mercenaires de l'ex-Blackwater. Les prêts du FMI arrivent à point nommé pour payer la solde...

L'embrasement du conflit semble déjà écrit. Une montée en puissance progressive de la riposte de Kiev contre ce qui est qualifié de "principaux foyers d'insurrection terroriste" ; des débordements et quelques tueries de civils plus ou moins accidentelles amenant les dirigeants des provinces séparatistes à implorer l'aide de Moscou ; Vladimir Poutine répondant à cet appel, sachant qu'il est impensable pour les Russes d'assister au massacre de compatriotes de langue et de culture juste à leur frontière. Les militaires du Kremlin entreront dans l'Est de l'Ukraine, accueillis comme des libérateurs...

Sur la version ukrainienne de l'horloge de la fin du monde, il est minuit moins cinq, minuit étant le déclenchement d'une guerre.

A ce stade, on voit mal comment quiconque pourrait l'empêcher.

10 mai 2014

Le Hamburger Altermondialiste

Che Guevara cuisinait-il des hamburgers? Probablement pas. Mais l'aurait-il fait qu'on aurait pu assez facilement se le représenter comme la mascotte de Holy Cow!, une chaîne suisse de restauration rapide au marketing politiquement engagé, jugez plutôt:

alimentation
La révolution du fast-food, parce qu'il faut bien commencer quelque part.

Il est possible que l'idée de révolution ne soit qu'un clin d'oeil face à une cuisine résolument nouvelle, à moins qu'il ne s'agisse d'un réel engagement politique. Quelle meilleure façon de savoir que d'aller vérifier? Et naturellement, de comparer avec le symbole de l'américanisme mondialisé triomphant - en tout cas dans l'esprit de ses contempteurs - j'ai nommé McDonald's bien sûr!

La franchise choisie pour mon évaluation est idéalement située. L'intérieur est spartiate. Le mobilier se résume à de rustiques tables en bois et à des bancs, sans doute l'esprit "repas commun" cher aux guérilleros sur la brèche. Au mur, un portrait noir et blanc nous apprend qu'un certain Jean-Pierre fournit la viande à l'enseigne. Comme nous ne connaissons de lui que son prénom, la profession de foi ne vaut pas grand-chose.

C'est l'heure de pointe. Il y a du monde. Une seule caisse est ouverte. Les prix sont affichés sur un grand panneau façon tableau noir. Premier constat: c'est très cher. Le hamburger le plus basique est à 9.90 CHF, 15.90 avec frites et boisson. La plupart des offres avec un assaisonnement spécial de la viande font monter l'addition à 19.90. Certes, la portion de bœuf est correcte, 165g, mais on atteint largement le tarif du plat du jour dans un restaurant traditionnel.

Perdu dans mes réflexions, me voilà devant le caissier. Je commande un menu.

- Vous prenez quoi comme boisson?
- Coca.
- (regard qui en dit long) Nous ne servons pas de "Coca", monsieur.
- Ah... Mais pourquoi?
- Seulement des produits locaux. Jus de pomme, eau minérale, bière...
- Va pour un jus de pomme.

Je suis d'humeur taquine. Je reviens à la charge:

- Vous savez, lui dis-je, le Coca vendu en Suisse est intégralement fabriqué en Suisse.

Mon interlocuteur est un peu désarçonné. S'il annonce probablement cent fois par jour qu'il n'a pas de Coca-cola, il ne doit pas souvent tomber sur des revêches dans mon genre.

- Mais, finit-il par articuler, ce n'est pas pareil.
- Pourquoi?
- C'est, euh, une société américaine.
- Ah. C'est donc ça le problème.
- Tout à fait. Nous privilégions les sociétés locales, conclut-il avec le sourire de quelqu'un qui retombe sur ses pieds.

alimentationChe Guevara n'est pas là que pour la décoration, me dis-je en mon for intérieur. Je reçois ma commande des mains d'un cuistot tatoué, dans un panier en osier garni d'une simple serviette. Si le cuisinier porte des gants en latex, l'hygiène n'a pas l'air d'être une préoccupation majeure. Mon impression est confirmée en salle. Le sol et les murs sont douteux. Le plateau de la table, poisseux, est couvert de miettes (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Le nettoyage ne doit pas être trop intensif.

Bon point, serviettes et condiments sont en libre-service. À ce tarif, c'est la moindre des choses. Contrairement à la profession de foi du caissier, les clients ont à leur disposition du ketchup Heinz, marque américaine emblématique. Teresa Heinz, richissime héritière de la marque, est l'épouse de John Kerry, ancien candidat démocrate à la présidentielle et secrétaire d'Etat au sein de l'administration Obama. Soit l'acharnement à n'employer que des compagnies locale a ses limites, soit l'orientation politique de la famille Heinz est une qualité rédemptoire.

Les frites sont épaisses et peu savoureuses, le hamburger de taille correcte mais d'un goût quelconque. Évidemment, il ne ressemble pas du tout à la photo, mais McDonald's est un habitué des mensonges du genre. En mangeant j'observe les alentours du coin de l'oeil ; je ne compte que deux cuisiniers et un caissier. Il y a peut-être d'autres salariés, bien sûr, mais l'enseigne semble employer très peu de personnel. Rien à voir avec la ruche d'équipiers s'agitant dans un McDo aux heures de pointe.

Où passe l'argent? Pas dans l'aménagement intérieur ni la main-d’œuvre visiblement. Les produits? Sans doute pas: peu de gens le savent - ou l'admettent - mais McDonald's emploie lui aussi essentiellement des produits locaux. Cela signifie que, contrairement à la propagande établie, l'origine locale de la nourriture n'est pas un élément déterminant du prix final. La conclusion s'impose: l'argent semble passer avant tout dans la marge de la firme. Le hamburger altermondialiste a certainement une rentabilité élevée.

En tout cas, mon expérience culinaire s'avère décevante. Je ne dis pas que le hamburger est pire que chez McDonald's, mais certainement pas très différent au bout du compte, et bien plus cher.

Consultant le site web de Holy Cow! le curieux pourra découvrir que la marque dispose aujourd'hui de sept succursales, dont deux en France à Lille et à Rouen. Les vendeurs du cru clament-ils qu'il ne se fournissent qu'en France? Si oui, il faudrait savoir pourquoi les fournisseurs français sont acceptables pour une succursale française et non pour la Suisse, et réciproquement...

C'est un peu le problème qui attend au tournant n'importe quelle firme reposant sa communication marketing sur la xénophobie, pardon, la consommation locale: dès que ses enseignes traversent une frontière, le discours s'effondre dans ses contradictions.

Heureusement, le grand public ne se pose pas tant de questions. Les passants voient la révolution du hamburger, Che Guevara en cuisine, et payent joyeusement le double en se disant qu'au moins ils ne sont pas chez McDonald's.

Holy Cow! tient définitivement un créneau.