15 mars 2016

Allemagne, un parfum de changement

L'étrange explosion d'un véhicule à Berlin ce mardi aura eu lieu trop tard pour justifier un changement soudain de l'opinion publique. Les citoyens allemands ont voté ce dimanche dans trois régions et pour Angela Merkel - "Mutti" comme la surnommaient les Allemands à une époque insouciante - le temps du retour à la réalité est venu.

Le  week-end aurait dû être l'occasion d'échéances électorales tout à fait habituelles, trois Länder allemands renouvelant leurs autorités. Mais après une campagne fut dominée par les inquiétudes des Allemands autour de l'afflux de réfugiés, les choses ne se passèrent pas exactement comme prévu.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryEn Bade-Wurtemberg (ouest), un fief historique de la CDU de Mme Merkel, les conservateurs furent devancés par les Verts. Comme ces derniers sont encore plus pro-immigration que la Chancelière, il est évident que ce score s'explique avant tout parce que les électeurs traditionnels de la CDU ont choisi de rester chez eux. Il s'agit donc plus d'une démobilisation que d'un réel changement d'opinion.

En Rhénanie-Palatinat (ouest), Land de l'ex-chancelier Helmut Kohl, le scénario fut pratiquement identique: la CDU se vit battre par les sociaux-démocrates selon la même logique.

Pour voir du nouveau, il faut s'attarder sur le Saxe-Anhalt (est) où le jeune parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) se plaça deuxième (24%) en talonnant la CDU (29%) - permettant bien commodément aux médias d'annoncer une "victoire" de la CDU dans la région, histoire de ménager la casse auprès de l'opinion publique.

L'Alternative pour l'Allemagne a donc créé la surprise, et a d'ailleurs réussi à rentrer au Parlement dans chacun des trois Länder concernés par le scrutin de dimanche. L'AfD est désormais présent dans la moitié d'entre eux.

Les médias et les élites allemandes sont quelque peu déconcertées par la percée de ce parti vieux d'à peine trois ans. Ils n'ont rien su faire d'autre que de déballer les mots-clef habituels de leur boîte à outils - "populisme", "racisme", "droite dure", "extrémisme" - et dénigrent bien entendu l'ampleur du changement à l'œuvre. Il est pourtant bien là: autour de 40 % de personnes qui ne s’intéressent habituellement pas à la politique sont allées voter pour l’AfD. Alors qu'il paraît de plus en plus évident que l'insouciance politique ne mène qu'à la catastrophe, l'attrait renouvelé des Allemands pour leur système démocratique profitera certainement aux tenants d'une ligne politique différente.

angela merkel,immigration,allemagne,élections,alternative pour l'allemagne,frauke petryFrauke Petry, dirigeante du parti, a beau être une femme (zut, il faudra remettre le sexisme sur son étagère...) mère de quatre enfants et clamer que "l'AfD n'est pas un parti raciste et ne le sera jamais", il n'y a personne pour en rendre compte. La politicienne a décliné poliment mais fermement une alliance avec le mouvement Pegida: peu importe, pour nos journalistes de garde, ce n'est qu'une façon d'abuser le chaland. Dans un procès de l'inquisition médiatique, tout comportement contraire à l'acte d'accusation ne montre rien d'autre qu'un esprit retors prêt à toutes les manipulations pour échapper à sa juste condamnation.

L'explication du nouveau succès de l'AfD s'explique pourtant fort simplement, par la bouche même de sa présidente:

"Nous aimons notre pays, nous voulons que notre culture soit protégée. On respecte les autres cultures mais nous ne voulons pas qu'elles nous dominent."


Et c'est en français qu'elle répond aux journalistes de France2:

"Je ne crois pas que l'islam [soit] compatible avec la culture allemande. L'islam traditionnel est très différent de la culture européenne."


Vraiment un retour aux heures des plus sombres de notre Histoire. En guise d'appel à la violence Mme Petry lance ce furieux assaut sur les faux réfugiés qui affluent en Allemagne:

"Si la frontière est franchie illégalement, si celui qui commet cette infraction ne se soumet pas aux sommations, on peut, selon la loi et en dernier recours, faire usage d'armes à feu."


Évoquer la loi, des sommations, un geste de dernier recours! On est glacé par cette démonstration d'extrémisme.

Conçu à la base comme un mouvement politique opposé à la monnaie unique et à l'uniformisation européenne voulues par Bruxelles et Berlin, l'AfD s'est désormais emparé du dossier de la crise des migrants, menace plus pressante révélée depuis. Les cyniques taxeront pareille attitude d'opportunisme, mais il s'agit avant tout d'offre politique. Quel sens y a-t-il à voter si tous les partis, tous les candidats proposent peu ou prou la même chose?

Sur cet aspect comme bien d'autres, l'Alternative pour l'Allemagne porte bien son nom et montre que la contestation s'empare même de bastion pro-européens et pro-migrants théoriquement imprenables. Il y a d'autres chemins que ceux de l'invasion applaudie et célébrée par les élites, et qui vire peu à peu au désastre.

Et pendant que la Chancelière Angela Merkel, affirmant à qui veut l'entendre qu'il n'y a pas de plan B, marchande avec la Turquie un impossible accord de réadmission avec les milliards des contribuables, les rues allemandes s'emplissent de manifestants appelant à sa démission.

Le plan B pourrait bien être un changement de Chancelière.

10 mars 2016

Le PLR renanais s'encouble

Empêtré dans les conséquences de ses propres intrigues, le PLR de Renens se prépare à une grosse crise interne au soir du 20 mars à l'issue du second tour des élections municipales.

Plongeons-nous dans les profondeurs troubles de la politique locale...

Le contexte du Premier Tour

Tous les partis de Renens (POP, PS, Verts, PLR, UDC) partirent en ordre dispersé, donnant lieu à un ballottage général. Il était donc prévu que les forces se rassemblent à gauche comme à droite. Quelle allait être la nouvelle répartition des forces politiques face à la composition sortante, 2 POP, 2 PS, 1 Vert et 2 PLR, soit 5+2, cinq de gauche et deux de centre-droit?

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Dramatis personae (montage 24Heures - cliquez pour agrandir)

Chaque camp devait faire face à ses propres défis. La gauche devait composer avec une coalition disparate mêlant ambition socialiste, volonté de maintien du POP et sauvetage du siège écologiste. Les composantes de la gauche plurielle devraient trouver la quadrature du cercle pour composer leur ticket à cinq sièges.

La droite devait s'unir de son côté, le PLR ayant finalement accepté une alliance pour le second tour pour enfin tenter de prendre un siège à la gauche - probablement le siège vert ou le second siège du POP. M. Gruber n'ambitionnant de toute façon pas d'être Municipal, il était prévu qu'il se retire pour nous laisser sur un ticket à trois.

Évidemment, rien ne se passa comme prévu.

Le PS, faiseur de rois contrarié

Les résultats du premier tour furent conforme aux attentes jusque dans le mauvais score de l'écologiste sortante, Mme Maystre. Elle arriva en septième position, derrière le PLR, avec seulement deux voix d'avance sur la huitième, la candidate du POP choisie pour remplacer Marianne Huguenin. Le décor d'une lutte fratricide POP-Vert pour l'obtention de ce siège était donc planté.

La droite unie avait une chance réelle de s'en emparer.

Prenant finement conscience du danger, le PS proposa un deal au PLR. Qu'il accepte de renoncer à l'affrontement et la gauche reconduirait la formule 5+2 ; qu'il s'allie dans une coalition de droite pour tenter un troisième siège et la gauche riposterait en s'attaquant à son tour à un des siens. La mêlée générale pourrait donc tout aussi bien déboucher sur une formule 5+2 que 4+3 ou 6+1.

Pesant gains et pertes potentiels, le comité du PLR accepta (dans le plus grand secret) la proposition socialiste. Il refusa dès lors toute alliance avec l'UDC. Il nous conseilla même de renoncer à nous lancer au second tour pour obtenir une élection tacite! Ce manque de combativité pour des raisons que nous ne soupçonnions pas entraîna une profonde déception dans nos rangs. Partant divisée, la droite n'avait aucune chance de conquérir un nouveau siège.

Malheureusement pour les comploteurs, même à gauche les choses ne se passèrent pas comme prévu. Le POP refusa d'abandonner un siège aux socialistes, déclenchant une crise interne. Les palabres entre partis de gauche s'étalèrent de six heures à minuit le lundi soir. Sous la pression d'un POP intransigeant, la seule solution trouvée fut de passer à un ticket à 6. Au nom de l'apaisement, l'équilibre de la Municipalité passerait à 6+1. Le siège capturé au PLR reviendrait à une candidate d'extrême-gauche, Karine Clerc, probablement bien moins conciliante avec les socialistes que l'élu sortant qu'elle remplacerait...

Contre toute attente, le PS se retrouva à renier les promesses tenues au PLR alors que celui-ci avait tenu sa part du marché. Ambiance!

Le PLR empêtré dans ses compromissions

Le dépôt des candidatures pour le second tour fut plutôt houleux, le PLR découvrant qu'il avait été perdant sur tous les fronts. Non seulement il n'attaquerait pas la gauche (ce à quoi il s'était engagé) mais en plus il perdrait un siège là où seule une alliance avec l'UDC aurait pu lui donner une chance de se maintenir. Perdant-perdant.

Différents protagonistes passèrent donc leurs nerfs sur Facebook, révélant au passage le pot-aux-roses:

PLR_renens_compromis.png

Les "5 promis face aux 2 PLR" ? Que de beaux engagements entre prétendus adversaires! S'il était besoin, le PS confirma par la plume de Mme Romano-Malagrifa:

PLR_renens_compromis2.png

Chacun certifie la main sur le cœur qu'il était pour garder la formule 5+2, morte dès le dépôt des listes...

Outre la belle entente entre adversaires politiques, les pièces du puzzle tombent en place sur la législature écoulée.

Nous nous étions demandé cinq ans durant pourquoi le PLR était une si piètre force d'opposition. Nous avons désormais la réponse. Depuis cinq ans, le PLR se donne le rôle de membre de la majorité. Les Municipaux du PLR avaient une si haute vision de cette "belle équipe unie" qu'ils finirent par se bercer de leur propre discours. Tombant des nues en découvrant que leur partenaire PS leur préfère la gauche plurielle, ils subissent un douloureux retour à la réalité.

L'entente PLR-PS explique bien des aberrations dont nous avons été témoins. Le manque de combativité des Municipaux PLR. La complaisance du groupe PLR votant main dans la main avec la gauche au Conseil Communal pour approuver budgets, dépenses et même l'augmentation de salaire des Municipaux. Pendant toute une législature, le PLR renanais s'est bel et bien comporté comme le partenaire de coalition des socialistes!

L'opposition, la vraie

Placés dans ce contexte, entendre les mêmes clamer aujourd'hui qu'il faudrait voter PLR au nom de la "santé financière de la ville" ou de la "sécurité" relève d'une hypocrisie que seuls ceux qui suivent les votes au Conseil communal peuvent apprécier pleinement.

Tout le PLR n'est pas à jeter, évidemment ; certains voyaient d'un bon œil la création d'une section UDC en ville et m'encouragèrent même à me lancer en politique pour dynamiser la droite locale. Ils n'auraient jamais imaginé le niveau de compromission atteint par les édiles de leur propre parti avec leurs prétendus adversaires de gauche.

Que les choses soient claires: le 20 mars la droite de Renens n'aura plus qu'un siège. Dans cette ville la gauche est encore plus forte qu'à Lausanne, c'est tout dire! Le seul enjeu de cette élection, le seul suspense en quelque sorte, consiste à savoir qui occupera ce septième siège. Il n'y a que trois candidats en lice, deux PLR et un UDC. L'incertitude électorale se produira donc uniquement à l'intérieur de la droite.

Bien entendu, une campagne digne de ce nom amène son lot de coup pourris jusqu'à la dernière seconde. Les deux sortants du PLR savent compter ; n'ayant absolument aucune chance de sauver leurs deux sièges, leurs appels "solennels" sonnent bien creux. Ils ne visent qu'à siphonner les voix de la droite pour couper l'herbe à l'UDC, car là se situe pour eux la menace. Les électeurs déçus par leur pseudo-opposition pourraient se tourner vers l'UDC.

De par leurs compromissions avec la gauche, j'estime que MM. Dupuis et Golaz sont discrédités. Quoi qu'il advienne, leurs carrières politiques respectives s'achèvent le 20 mars. L'un sera éjecté, l'autre réduit dans ce qui sera probablement son dernier mandat au rôle de croupion d'une Municipalité massivement à gauche. Il est évidemment possible qu'ils soient évincés tous les deux.

Le choix en revient aux électeurs de droite de Renens. Souhaitent-ils perpétuer ce système de fausse opposition en soutenant le PLR, ou créer une réelle alternative avec l'UDC? Contraindre le PLR à un passage dans l'opposition le forcerait à se régénérer et enfin adopter une politique de droite. Il serait temps!

Il faudra probablement attendre 2021 pour voir émerger au niveau municipal une véritable opposition à Renens, entre une UDC expérimentée et un PLR enfin débarrassé de ses manigances politiques. Cela fait bien loin.

Mise à jour (11 mars): un débat sur le second tour a eu lieu jeudi soir sur La Télé, dans lequel j'ai pu lâcher quelques vérités bien senties.

Pour ceux qui n'ont pas une heure à perdre à regarder cette émission, voici le timing de mes interventions:

08:51 Analyse du premier tour
12:33 Les propos de Jean-Marc Dupuis et une petite riposte...
26:52 Développement urbain et fiscalité
39:32 RIE III
46:40 Des impôts élevés qui rapportent peu, un dilemme renanais

05 mars 2016

Violons la Constitution en toute décontraction

Il fallait se pincer pour y croire: deux ans après le vote du 9 février contre l'immigration de masse, le gouvernement suisse signe à Bruxelles l'extension de l'accord sur la libre-circulation des personnes à la Croatie.

constitution,simonetta sommarugaEn toute décontraction et alors qu'il jure en être le gardien lors de sa prise de fonction, le gouvernement suisse vient donc de violer la Constitution de son propre pays.

Vraiment.

Examinons l'article 121a de la Constitution fédérale, approuvé par le peuple en 2014:

Art. 121a Gestion de l’immigration

1 La Suisse gère de manière autonome l'immigration des étrangers.

2 Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité.

3 Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers. Les critères déterminants pour l’octroi d’autorisations de séjour sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source de revenus suffisante et autonome.

4 Aucun traité international contraire au présent article ne sera conclu.

5 La loi règle les modalités.


L'alinéa 4 est limpide. Aucun traité international contraire au présent article ne sera conclu. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement suisse de faire le contraire sciemment au vu et au su de tous ce vendredi.

Je ne suis pas juriste, mais je crois qu'il faut avoir l'esprit méchamment tordu pour penser que la signature d'un traité de libre-circulation avec un pays tiers soit compatible avec ce fameux alinéa. Et savez-vous qui pense comme moi? Le Conseil Fédéral.

Pas le Conseil Fédéral de ce vendredi, bien sûr. Le Conseil Fédéral de 2014. Cet alinéa et le reste de l'article constitutionnel sont si clairs qu'ils amenèrent le Conseil Fédéral d'alors à renoncer à signer l'extension de la libre-circulation à la Croatie. Cette décision lourde de sens trahissait une nouvelle trajectoire suivie à regret: le référendum sur ce traité était initialement agendé plus tard la même année.

Après l'approbation de l'Initiative contre l'immigration de masse, le Conseil Fédéral avait compris que ce traité diplomatique était devenu sans objet, jetant incidemment l'Union Européenne dans une impasse totale. Notons également qu'à l'époque on considérait que la libre-circulation avec la Croatie devrait être validée par les citoyens. Le gouvernement d'aujourd'hui ne s'embarrasse même plus de ces détails.

Que s'est-il passé depuis sur le plan institutionnel? Rien du tout. Aucun accord-cadre liant la Suisse à l'UE n'a été signé et encore moins approuvé. Aucune initiative populaire n'a retourné le vote contre l'immigration de masse. Au Conseil fédéral, Guy Parmelin a fini par succéder à Evelyn Widmer-Schlumpf, mais les autres sont toujours en place, les mêmes qu'avant.

On a beau tourner le problème dans tous les sens, il n'y a rien, rien de rien, qui autorise le Conseil fédéral à établir un traité que la Constitution lui interdit explicitement de signer.

Non seulement le gouvernement vient donc de violer la Constitution de son propre pays, mais il se le permet dans l'indifférence générale. Il suffit de voir l'interview hallucinante de complaisance de Mme Simonetta Sommaruga par la RTS pour comprendre que pas un journaliste n'osera même évoquer la question.

Nous sommes d'accord, ce traité diplomatique avec la Croatie et les 45 millions de francs de cadeau qui l'accompagnent s'inscrivent dans l'optique de dénouer la situation avec l'Union Européenne afin de trouver une solution institutionnelle avec elle sur l'immigration - un plan que les médias trouvent bien mal engagé. Mais même s'il l'était, la question n'est pas là: quels que soient les objectifs politiques poursuivis par le Conseil Fédéral, ils devraient rester en tout temps conformes à la Constitution fédérale, la plus haute norme juridique du pays.

Une semaine après une votation cruciale sur le renvoi des criminels étrangers où tous avaient fait front commun contre le texte au nom du respect des institutions, le cynisme de la classe politique helvétique semble sans limite.

03 mars 2016

Initiative de Mise en Œuvre: les raisons de l'échec

Dimanche 28 février, les citoyens suisses rejetèrent à 58,9% de Non une Initiative visant à concrétiser un texte qu'ils avaient eux-mêmes plébiscités à 53,5% en 2010.

Cet affrontement entre les pro et les anti se mena à tous les niveaux possibles - politique, médiatique, sociétal - et pourrait bien définir le futur de la communication politique en Suisse. Aussi, mieux vaut étudier cette épopée en détail.

La conclusion d'une longue saga

Sans revenir sur les innombrables péripéties autour de ce texte, le peuple approuva en 2010 une initiative UDC demandant un renvoi automatique des étrangers criminels. L'automaticité était au cœur du projet et la principale pomme de discorde entre les initiants et la classe politique. Le contre-projet du Parlement, différant de l'initiative sur ce point essentiel, ne trouva pas grâce aux yeux des citoyens.

Menée par Simmonetta Sommaruga, la classe politique helvétique n'entendit pas rester sur cet échec. Elle trouva une solution en ôtant l'automaticité du renvoi lors de la transcription de l'initiative en loi d'application. L'UDC se retrouva alors dans la situation ubuesque de combattre la loi d'application de sa propre initiative!

affiche_mise_en_oeuvre.jpg

Il aurait sans doute été bien trop confus pour le citoyen de se retrouver face à un référendum dans ces circonstances, référendum dont le "succès" aurait en plus ramené au statu quo ante du vote de 2010, privant l'UDC de sa victoire.

Le parti trouva la riposte en lançant non pas un référendum, mais une deuxième initiative, qui inscrivait directement dans la Constitution les crimes entraînant un renvoi (immédiat ou après récidive, selon les fautes commises) et constituait selon l'UDC une transcription fidèle de l'intention du texte approuvé en votation populaire.

A ce stade, il faut noter que le second texte n'avait à priori pas vocation à passer devant le peuple ; il était essentiellement conçu pour mettre la pression sur le Parlement, montrant qu'une stricte interprétation du renvoi des criminels étrangers était parfaitement possible.

Les conseillers nationaux et les conseillers aux États ne s'en laissèrent pas compter. Tenant mordicus à laisser l'entière marge de manœuvre aux juges, la même qui permet aujourd'hui d'empêcher quasiment tout renvoi, ils refusèrent de plier. Sa menace brandie en vain, l'UDC n'eut d'autre choix que de poursuivre sur sa lancée et ce qui n'était au début qu'un texte de travail se retrouva finalement porté devant le peuple avec le résultat que l'on sait...

Il est clair que si l'UDC avait eu dès le départ l'objectif de conduire l'Initiative de Mise en Œuvre jusqu'à une votation finale, elle aurait sans doute été rédigée différemment. Le parti fut en quelque sorte pris à son propre piège. Mais cela n'explique pas tout. Partant du principe que l'Initiative de Mise en Œuvre traduit fidèlement l'Initiative pour le Renvoi des Étrangers Criminels de 2010, l'échec devant le peuple n'avait rien d'automatique. Les premiers sondages donnaient même une sérieuse avance aux partisans du texte.

Comment expliquer ce revirement?

Des adversaires qui apprennent de leurs erreurs...

Les opposants à l'Initiative de Mise en Œuvre avaient un énorme avantage: le score du scrutin de 2010 comme point de départ, associé à d'innombrables analyses post-mortem sur les raisons du vote des citoyens. Ils avaient devant les yeux une véritable cartographie de l'opinion publique, de sa structure, de ses points de résistance et de ses faiblesses.

dsinein_plakat_fr.pngLe plan du champ de bataille étant déployé devant eux, ils comprirent assez vite qu'il suffisait seulement de retourner grosso-modo 5% des citoyens favorables d'alors pour faire basculer le résultat. Bien décidé à ne pas laisser se reproduire les erreurs du passé, ils savaient aussi qu'il leur faudrait mener campagne différemment. Ils rivalisèrent donc d'inventivité dans leur façon de communiquer.

En plus de traiter la proposition de l'UDC par l'indignation et le mépris habituels - les vieilles recettes ne meurent jamais - les adversaires du texte déplacèrent le débat sur le terrain de la société civile et du prétendu respect des institutions. Est-ce à dire que les 40% de citoyens partisans du texte n'appartenaient pas à la société civile? Qu'en votant démocratiquement sur une initiative populaire ils ne respectaient pas la démocratie directe?! Aucun éditorialiste pour poser ces questions...

On vit au contraire émerger autant d'officines politiques présentées comme "apolitiques" et drapées de l'intérêt supérieur monter au front pour "dénoncer" la nouvelle proposition de l'UDC, appels complaisamment répétés par des médias trop heureux de relayer la propagande sans avoir à l'inventer eux-mêmes.

Bien entendu, ces officines étaient totalement politiques, soit comme émanations de la classe politique elle-même, soit avec un intérêt direct ou indirect à la poursuite de la gabegie actuelle en matière de criminalité étrangère (par exemple parce qu'ils en vivent professionnellement, ou pour ne pas déplaire à la libre-circulation si bien vue de l'Union Européenne). Leur multiplication pléthorique en devint presque caricaturale. Pour un aperçu - non-exhaustif - des groupes de pression tentant d'influer sur le vote populaire on aura compté:

suisse-nazi_landolt.jpgCe feu roulant de reproches et de menaces était définitivement intimidant et on se demandait même si le citoyen avait encore matière à décider. Mais pour l'Homo helvéticus moyen, peu intéressé à la politique et sans opinion particulière sur le sujet, l'illusion était parfaite: on avait vraiment l'impression d'une mobilisation de toute une frange de la société face à une UDC qui tentait par son initiative - parfaitement respectueuse de la démocratie directe faut-il le rappeler - de fomenter un véritable coup d’État.

La mobilisation eut également lieu sur les réseaux sociaux, l'objectif étant de créer un buzz mineur mais suffisamment important pour être relayé par les médias, qui se chargeraient de lui donner un écho encore plus large.

La campagne enthousiaste et globale des adversaires de l'initiative donna lieu malgré tout à quelques dérapages ; pensons à Martin Landolt du PBD qui ne trouva rien de mieux que de traiter de nazi les partisans de l'initiative, drapeau suisse nazifié à l'appui - et persistant dans l'excès en allant jusqu'à placarder son visuel en gare de Zurich.

Mais ces écarts, bien rapidement pardonnés puisque provenant du bon camp, ne furent que des aspects mineurs dans une campagne d'opposition bien menée.

...Et une UDC qui se laisse vivre

Le premier parti de Suisse partait d'une situation globalement favorable: une situation nationale et internationale lui donnant raison sur toute la ligne, une initiative remportée en 2010 et des moyens financiers conséquents pour une campagne cruciale.

Dans une hallucinante décision qui restera dans les annales des mauvais choix tactiques, certains stratèges de l'UDC pensèrent sans doute que pour l'emporter il suffirait de répéter la campagne de 2010. Grossière erreur. Comment croire qu'on puisse gagner deux parties de suite en jouant les mêmes cartes?

Les citoyens eurent donc la surprise de revoir resurgir un visuel de campagne vieux de six ans, la fameuse affiche du "mouton noir" qui avait en son temps déclenché un tollé médiatique parfaitement artificiel.

Et ce fut tout.

Pire encore, l'UDC refusa d'attiser la polémique et mena une campagne discrète, limite "bon enfant". Disparues, les affiches sur "Ivan S. le violeur". Effacés, les encarts dans la presse. Les Suisses n'eurent droit qu'à des tout-ménages estampillés UDC (avec les deux moutons) ce qui les amena à les jeter tout aussi sec à la poubelle, non seulement parce qu'ils avaient été dressés à bannir ce visuel, mais aussi parce que ce matériel ne répondait pas suffisamment aux reproches formulés par les adversaires de l'initiative.

On avait l'impression que l'UDC ressortait du matériel d'archive.

Bien sûr, le parti ne resta pas inactif face à une campagne prenant la mauvaise direction. Il tenta tant bien que mal de corriger le tir, notamment en prenant pour exemple les agressions sexuelles de Cologne, expliquant que pareils individus seraient expulsés avec l'initiative alors qu'ils sont protégés de tout refoulement selon droit actuel. Las! C'était trop peu, trop tard pour espérer reprendre l'avantage.

Lendemain de bataille

Victorieux face à un texte qui semblait un temps destiné à l'emporter, les éditorialistes laissèrent éclater une joie sauvage. Le temps n'était pas à l'apaisement, mais à la curée. Tant pis pour les 53,5% de Suisses qui approuvèrent le texte de 2010 et ceux qui soutinrent à 40% celui de ce dimanche.

Pourtant, l'UDC n'a pas démérité. Le nombre de citoyens soutenant le texte est similaire à celui qui obtint une majorité en 2010. La différence a globalement joué dans la mobilisation de citoyens qui, habituellement, ne votent pas. Nombre d'entre eux, particulièrement les jeunes, ont été sensibles aux thématiques liées à l'expulsion pour de "petits délits", ce qui est un fieffé mensonge. Le mensonge paie donc dans une votation. C'est fort mauvais signe, car il est probable qu'il sera utilisé encore plus souvent à l'avenir.

Comme l'écrit Roger Koppel, "Non sans surprise, les adversaires extrêmement bien mobilisés de l'UDC ont vaincu l'UDC avec un thème de l'UDC dans le style de l'UDC, parfois même encore plus dur. S'il est vrai que le plagiat est la plus haute forme de reconnaissance, la question se pose de savoir qui a vraiment gagné le week-end dernier."

En effet, si l'UDC annonçait près de dix mille renvois de criminels étrangers par an, le Parlement et le Conseil Fédéral en annonçaient environ quatre mille avec la nouvelle loi qui s'appliquera à la place. Les six mille de différence représentent les étrangers criminels qui pourront éventuellement récidiver dans le pays - et encore, seulement si les vainqueurs de dimanche n'ont pas exagéré leurs chiffres.

Les adversaires du texte ont promis l'impossible, plus de sécurité avec moins de renvois.

Il n'est pas du tout certain que le peuple suisse y trouve son compte, évidemment, ce qui met les adversaires de renvois "inhumains" en face de leurs responsabilités. Les victimes continueront à s'accumuler ; et lorsque surgiront de nouveaux faits divers impliquant des étrangers qui auraient été depuis longtemps renvoyés si l'initiative avait été acceptée, le grand public aura du mal à rester dupe. Se sentant floué, il pourrait éprouver quelque colère.

Qu'on se le tienne pour dit, désormais, chaque texte proposé par l'UDC sera probablement "nuisible à l’État de Droit", "injuste", "excessif" et "brisera nos institutions". La campagne du 28 février change sans doute pour longtemps la manière de communiquer en Suisse: les adversaires de l'UDC ont embrassé et répliqué sans retenue les méthodes qu'ils dénonçaient il y a peu, marque d'une hypocrisie sans complexe. L'appel illusoire d'une prétendue "société civile" sera réutilisé à l'envi jusqu'à ce que les citoyens rejettent un concept antinomique au scrutin démocratique - à moins que la lassitude n'y mette un terme en premier.

Il n'est pas dit que la nouvelle martingale soit garante de futurs succès. L'UDC a en effet rassemblé bien au-delà de son électorat habituel. Imperméable au ras-de-marée de propagande, résistante au matraquage continu de l'opinion pendant des semaines, une frange rebelle de la population a décidé de soutenir envers et contre tout le renvoi inconditionnel des criminels étrangers.

Non seulement ces citoyens qui pensent aux victimes sont plutôt nombreux, mais ils démontrent avant tout une remarquable imperméabilité aux tentatives de manipulation de l'opinion, comme des bactéries résistantes à toute forme d'antibiotique. Probablement perdus à jamais pour nos bien-pensants, ils pourraient former la prochaine extension de l'électorat des Démocrates du Centre.

Les vainqueurs du 28 février ont donc quelques motifs d'inquiétude à avoir.

01 mars 2016

Renens, la Nuit des Couteaux à Beurre

Sur l'échelle strictement locale, le 28 février fut également l'occasion du premier tour des élections communales vaudoises. Le scrutin eut une saveur particulière à Renens, quatrième ville du canton, puisqu'à l'inverse de Lausanne les jeux était ouverts, chaque parti se lançant séparément à la Municipalité.

Il s'agit donc d'une analyse un peu plus exhaustive que celle, sommaire, que j'ai pu livrer sur le plateau de La Télé dimanche soir.

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A l'aube du dépouillement.

Commençons par les résultats du Conseil Communal.

Conseil Communal (80 sièges)
  2016 2011
Parti Socialiste 24 (+6) 18 (-3)
PLR 20 (+1) 19 (-4)
POP - Fourmis Rouges 17 (-6) 23 (+3)
UDC 10 (-) 10 (+10)
Les Verts 9 (-1) 10 (-1)

Les chiffres entre parenthèses renvoient à l'évolution vis-à-vis du scrutin précédent. La variation indiquée entre parenthèse pour 2011 (montrant l'écart avec 2006) doit être relativisée, une liste de cinq sièges disparaissant lors de cette élection.

L'extrême-gauche POP / Fourmis Rouges subit la loi d'un Parti Socialiste hégémonique au sein de la gauche plurielle. Le PLR grignote un siège aux Verts. Au coude-à-coude avec eux en 2011, l'UDC prend la tête. La stabilité du parti est plutôt une bonne surprise pour ces élections qui ont vu l'UDC affronter un vent contraire avec le mauvais score vaudois de l'Initiative de Mise en Œuvre. Merci aux électeurs qui nous ont fait confiance!

Il n'y a guère de glissement gauche-droite au Conseil Communal de Renens, mais le premier tour de l'élection à la Municipalité s'avère plus instructif.

Municipalité (7 sièges)
  2016 2011
Jean-François Clément (PS) 1'634 2'163
Myriam Romano-Malagrifa (PS) 1'587 2'113
Patricia Zurcher Maquignaz (PS) 1'344 -
Didier Divorne (POP) 1'281 -
Olivier Golaz (PLR) 1'279 911
Jean-Marc Dupuis (PLR) 1'188 777
Tinetta Maystre (Les Verts) 1'073 2'040
Karine Clerc (POP) 1'071 -
Florian Gruber (PLR) 1'036 -
Johnson Bastidas (POP) 952 -
Nathalie Jaccard (Les Verts) 761 -
Stéphane Montabert (UDC) 678 504
Gérard Duperrex (UDC) 606 -
Roland Delapierre (PEV) 144 -

Les résultats sont donnés par ordre décroissant. La comparaison avec les scores de 2011 est purement indicative: à l'époque, la gauche partait unie avec un ticket de cinq candidats (2 POP, 2 PS et 1 Vert) qui furent tous élus dès le premier tour. Il n'y eut pas de second tour à Renens, les deux candidats du PLR Olivier Golaz et Jean-Marc Dupuis obtenant leurs sièges tacitement.

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Dans le premier tour ci-dessus, chacun des six sortants emmena avec lui un ou plusieurs colistiers qui purent profiter de sa notoriété - la fameuse "prime au sortant". Les partis représentés à la Municipalité n'eurent donc aucun mal à occuper le haut du classement. Les six sortants et leurs cinq colistiers occupent fort logiquement les onze premières places. L'UDC vient ensuite, selon un résultat somme toute assez logique. J'obtiens un score personnel d'un peu moins de 16%, à comparer aux 38,5% engrangés par Jean-François Clément.

L'intérêt de cette élection à Renens portait surtout sur la recomposition de la gauche. En avançant trois candidats tout en annonçant briguer le poste de Syndic, les socialistes affichèrent leurs ambitions - et leur appétit. Ce premier tour ouvert permit de mesurer la force réelle de chaque parti. La figure historique du POP Marianne Huguenin s'étant retirée du jeu, les candidats socialistes dominèrent largement. Le "tout-juste-sortant" Didier Divorne, en poste depuis moins d'un an, se fit distancer alors qu'il est encore le mieux placé de son groupe. Vinrent ensuite les candidats du PLR. La Municipale verte se vit sévèrement sanctionnée, obtenant le plus petit score parmi les sortants, derrière la droite.

Renens, à la lausannoise

Lundi soir, les groupes politiques définirent donc leur stratégie pour la conquête des sept sièges de la Municipalité. Le terme de Nuit des Longs couteaux est sans doute trop ambitieux pour les petites cuisines de la politique renanaise!

Approché dès le dimanche par l'UDC pour une alliance électorale formelle au second tour, le PLR refusa sèchement. Contrairement aux discussions qui avaient pu avoir lieu en amont, ses responsables expliquèrent alors que leur objectif était de conserver leurs deux sièges et qu'ils n'auraient "rien à gagner" à déterrer la hache de guerre avec la majorité de gauche. Les électeurs de droite apprécieront. Bien entendu, cette fin de non recevoir douchait tout espoir d'un troisième siège de droite à la Municipalité, marque d'un rééquilibrage nécessaire. Écœuré par cette passivité, c'est avec un certain dégoût que je ressortis de cette entrevue déconcertante.

De leur côté, lundi soir, dans une ambiance de veillée d'armes, les trois partis de gauche installés dans trois salles différentes de la Salle de Spectacle de Renens tinrent conseil jusque tard dans la nuit. Le résultat du premier tour les avait en effet placés devant une situation apparemment inextricable. Compte tenu de ses cinq sièges sortants, comment respecter les vœux de toute la gauche plurielle? Le souhait du POP de garder la tête haute, le PS d'obtenir les trois sièges auxquels il prétendait et les Verts de préserver leur unique Municipale, gage de leur participation dans une alliance de gauche?

La continuité aurait voulu que le POP concède le transfert d'un siège municipal au PS, mais ajouté à la perte de la syndicature, cela commençait à faire beaucoup. J'imagine qu'à un moment quelqu'un s'interrogea naïvement à haute voix: "Au nom de quoi infliger ce sacrifice à la gauche? Pour que le PLR continue d'occuper joyeusement les deux derniers sièges de la Municipalité?"

Pas besoin d'être devin pour comprendre que la réponse était dans la question. L'équilibre d'une gauche renanaise "apaisée" passerait par la prise d'un siège de la minorité de droite. Toute la gauche serait satisfaite: le POP trouverait la continuité, les Verts le salut et le PS la victoire. Cette idée fut confortée par l'exemple de Lausanne où, la veille, un ticket de la gauche unie rafla 6 sièges municipaux dès le premier tour.

Il faut préciser que ce scénario avait été envisagé et expliqué au PLR par votre serviteur, mais le comité de ce parti refusa d'en tenir compte. Des rumeurs vraisemblables laissent entendre que des responsables de gauche auraient "promis" au PLR qu'il garderait ses deux sièges minoritaires s'il ne s'alliait pas avec l'UDC. Mais, en revanche, qu'il fasse mine d'attaquer un siège de la gauche dans une alliance PLR-UDC et la gauche le "punirait" en lui prenant un de ses deux sièges. Et le PLR aurait servilement acquiescé à ces conditions!

Mal lui en prit.

Le coup de Jarnac de la gauche s'explique facilement: quitte à trahir quelqu'un, les gauchistes préféreront toujours prendre pour cible la droite plutôt qu'un des leurs. Douloureuse leçon que le PLR de Renens vient, un peu tard, de comprendre!

En route pour le second tour!

L'assemblée de l'UDC se passa sereinement: comme le PLR nous avait fermé la porte, nous n'avions plus d'autre choix que de partir seuls. Même sans savoir ce qui se tramait, eu égard à nos électeurs, il eut été impensable de priver la population renanaise d'un second tour.

Mon co-listier Gérard Duperrex, arrivé deuxième, se retira avec élégance. Je fus fort logiquement acclamé pour me lancer.

Le second tour pour la Municipalité de Renens verra donc s'affronter:

  • Une liste "Renens, rose rouge vert" avec:
    • Jean-François Clément (PS)
    • Myriam Romano-Malagrifa (PS)
    • Patricia Zurcher Maquignaz (PS)
    • Didier Divorne (POP)
    • Karine Clerc (POP)
    • Tinetta Maystre (Les Verts)
  •  Une liste PLR avec:
    • Olivier Golaz (PLR)
    • Jean-Marc Dupuis (PLR)
  •  Une liste UDC avec:
    • Stéphane Montabert (UDC)

Neuf noms pour sept sièges. Il y aura des perdants. Autant dire qu'avec une droite désunie, nous ouvrons un boulevard pour que la gauche s'empare de six sièges à la Municipalité, laissant un strapontin à la droite.

Les électeurs de droite de Renens seront sans doute déçus, mais ils doivent savoir que le refus de l'alliance est le fait du PLR. Nous sommes les premiers à le regretter. Nous avons tendu la main au PLR et nous souhaitions faire un ticket commun au second tour, mais notre offre fut déclinée. Mis devant le fait accompli du coup de force de la gauche, ces messieurs du PLR ne pensèrent même pas à nous contacter ce matin, car pour qu'un désastre soit complet, il fallait également renoncer à tout plan de rechange...

Calculer ce qu'on a à perdre et se compromettre ne mène à rien. La leçon est rude mais nécessaire. Tout au plus peut-on espérer que le PLR sorte assagi de cette cure d'amaigrissement à l'exécutif. Je me réjouis de pouvoir en discuter avec MM. Golaz ou Dupuis sur les bancs du Conseil Communal, selon lequel y siégera à nouveau au soir du 20 mars.

28 février 2016

28 février: Oui à la libre-circulation des criminels!

Ce 28 février était un jour important de votation avec quatre objets fédéraux.

Référendum contre le projet de percement d'un second tube au Gothard (évoqué ici): le peuple était amené à se prononcer sur la stratégie prévalant lors des travaux de réfection du Tunnel du Gothard. Reliant les cantons d'Uri et du Tessin, l'unique tube routier doit être fermé pour réfection pendant trois ans. Après de nombreuses tergiversations, le Conseil Fédéral opta pour le percement d'un second tube qui permettrait de résoudre pour toujours les lancinantes questions d'entretien et d'améliorer la sécurité. Le vote portait sur de nombreux autres aspects comme l'intérêt porté au Tessin, la politique des transports ou l'Initiative des Alpes.

La gauche à l'origine du référendum fut en fer de lance sur ce dossier. Si ce n'est en Suisse romande, la sauce eut malgré tout mal à prendre: les Suisses comprenaient fort bien que malgré la propagande anti-mobilité le percement d'un second tube au Gothard n'était pas de l'argent "dilapidé", sachant qu'il y aurait au bout des travaux une solution pérenne pour un ouvrage routier d'importance internationale. La Suisse n'aurait plus à souffrir de tragédies comme l'accident de 2001 qui coûta la vie à onze personnes.

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Au final, le projet est accepté par 57% des citoyens. Les Tessinois votèrent à 57,8% pour et les Uranais à 55%, dans la moyenne.

Initiative "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires": Le texte lancé par les Jeunes Socialistes ne faisait que traduire l'incompréhension totale des mécanismes du marché par les militants de ce parti, et en particulier ceux ayant trait aux denrées alimentaire, une des plus anciennes activités économiques de l'humanité. L'initiative étant promise à un échec cinglant dès les premiers sondages, elle ne gardait qu'un intérêt anecdotique en termes de mobilisation. Le résultat est là, avec 59,9% d'opinions défavorables. Je vous épargne une carte quasiment rouge vif, seuls le Jura et Bâle-Ville l'ayant soutenue.

Tout négoce alimentaire n'était pas formellement interdit par le texte des Jeunes Socialistes. En interdisant la "spéculation sur les denrées alimentaires", il aurait fallu réglementer les bénéfices réalisés sur ces transactions, c'est-à-dire mettre en place toute la bureaucratie nécessaire à cet examen. La division entre "transactions spéculatives" et "transactions non-spéculatives" aurait entraîné un imbroglio juridique inextricable et de nombreux recours. De plus, dans le cas d'une loi trop contraignante, les acteurs concernés auraient tôt fait de simplement partir pour des cieux plus cléments, privant la Suisse d'emplois et de recettes fiscales.

Mais, puisqu'ils partaient du bon sentiment de vouloir lutter contre la faim, j'invite la prochaine fois les militants socialistes à plutôt critiquer les divers régimes d'extrême-gauche présents, passés et à venir de par le monde (Venezuela, Pérou, Ethiopie) qui ruinent et affament leur population plus sûrement que n'importe quelle spéculation boursière. S'ils veulent vraiment lutter contre la faim, il y là bien du travail.

L'initiative "Pour le couple et la famille - Non à la pénalisation du mariage": l'initiative visait à stopper la pénalisation fiscale des couples mariés tant au niveau des rentes AVS que de l'impôt fédéral direct. Politiquement, elle eut le mérite de démonter que le PDC est encore capable de lancer une initiative et que l'UDC, loin du sectarisme dont on l'accuse régulièrement, est capable de soutenir un texte correct fut-il issu d'une formation politique concurrente (on attend la réciproque...)

Comme souvent l'enthousiasme initial du début de campagne alla s'amenuisant au fil du temps. Le texte mobilisa contre lui les bruyants lobbies LGBT car il formalise dans la Constitution le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme, bien que cela corresponde à la pratique actuelle dans le droit helvétique ; et la gauche vit dans la réduction des injustices fiscales une possible réduction d'impôts pour les couples les plus riches, un véritable chiffon rouge agité devant ses yeux - même si l'inégalité de traitement des couples mariés est dénoncée par le Tribunal Fédéral depuis 1984.

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Au final, l'initiative est refusée du bout des lèvres par une Suisse divisée. 50,8% des votants la refusent, bien qu'elle passe l'écueil de la majorité des cantons en emportant le soutien de dix-huit d'entre eux.

L'Initiative de Mise en Œuvre du Renvoi des Criminels Étrangers (évoquée ici): last but not least, le texte de l'UDC était le phare de cette élection et sans conteste l'enjeu le plus symbolique. Il est au-delà de ce modeste compte-rendu de relater toute la campagne et les raisons de son refus, qui feront l'objet d'une analyse séparée.

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Pour l'instant, bornons-nous à rapporter que l'initiative fut sèchement rejetée avec 58,9% de Non, bien qu'elle passe la rampe dans six cantons. Le Oui le plus fort est d'ailleurs venu du Tessin avec 59,4% d'approbation.

Le rejet de l'Initiative de Mise en Œuvre fait passer à la place la loi d'application concoctée par le Parlement suite à l'initiative de 2010. Cette loi subordonne les renvois aux "cas de rigueur". Autrement dit, la justice continuera sur la lancée de la pratique actuelle: n'importe quel motif d'empêcher le renvoi d'un criminel étranger, si ténu soit-il, permettra à celui-ci de continuer à vivre en Suisse. Et d'y récidiver, ou de rencontrer à nouveau une de ses victimes... Mais qu'importe la sécurité de la population lorsqu'il s'agit d'infliger une défaite politique à l'UDC!

Il n'est pas moins ironique de constater que ce refus tombe la semaine même où l'Allemagne décide de son côté d'expulser même les requérants d'asile criminels. Les gens n'ont sans doute pas réalisé qu'ils venaient de revenir sur leur décision de 2010 et de vider cette première initiative de l'essentiel de sa substance.

En résumé, le peuple suisse vient d'approuver la libre-circulation des criminels. Espérons pour lui qu'il n'en souffre pas trop, car la saga vient sans doute de se terminer. Ayons juste une pensée émue pour les futures victimes des récidivistes, et les contribuables qui continueront à grands frais à bâtir des prisons sous-dimensionnées.

 


 

Ce 28 février représente une nouvelle victoire de la classe politique face au peuple. Trois initiatives furent repoussées et un référendum rejeté, selon l'avis du gouvernement et du Parlement - et expliquent finalement un résultat relativement sans surprise.

Grisé par le succès de quelques initiatives qui réussirent ponctuellement à survivre au barrage médiatico-politique, certains analystes (moi le premier!) ont tendance à espérer que les choses changent, que le peuple suisse s'éveille enfin et prenne son destin en main. C'est oublier un peu vite l'équilibre statique de la classe politique dans les instances élues à tous les niveaux. L'immobilisme est une des composantes principales de la politique helvétique.

Alors que les élections fédérales sont encore fraîches, ce scrutin est là pour nous le rappeler.