16 octobre 2014

Un petit jeudi noir bien serré

Jeudi. Octobre. Nous ne sommes pas en 1987 et encore moins en 1929 mais aujourd'hui, encore, les bourses dévissent. Jeudi noir, alors? Il y a encore de la marge avant que la période que nous vivons ne s'inscrive dans l'histoire, mais le recul est net. Les marchés financiers n'aiment pas qu'on leur rappelle la réalité, surtout quand elle n'est pas agréable à entendre.

crise,detteCette réalité inconfortable est évoquée par de nombreux indices et intervenants au premier rang desquels Angela Merkel, qui déclara aujourd'hui "l'importance du pacte de stabilité" à ses yeux - c'est-à-dire, un comportement responsable aux antipodes de la frénésie de dépense des régimes de la zone euro. Et d'enfoncer le clou: la crise de l'euro n'est pas finie.

Comment aurions-nous pu croire qu'elle le soit alors que l'Europe se débat dans le chômage, la croissance en berne, les déficits publics, l'endettement? Certes, l'inflation est pour l'instant maîtrisée, c'est bien la seule chose que les Banque Centrales soient d'ailleurs parvenues à contenir. Mais le reste part à vau-l'eau.

Il serait facile de mettre la responsabilité de cette chute boursière sur les épaules, certes larges, de la Chancelière. Mais la chute a commencé hier avec des chiffres attestant de troubles en Chine et surtout d'une reprise américaine pas si solide que cela. Stocks en hausse, ventes de détail et activités industrielles en baisse, l'économie américaine semble engluée dans la mélasse - exactement comme l'Europe en fait.

Aux mauvais chiffres américains succédèrent de mauvais indicateurs allemands, laissant paraître le spectre d'une stagnation économique associée à une déflation monétaire. Aujourd'hui, l'Espagne rate un emprunt à dix ans: les créanciers ne se sont pas bousculés à l'horizon. Les propositions n'ont atteint qu'une fois et demie la somme demandée et les taux d'intérêt sont en hausse. Ailleurs en Europe des emprunts sur de telles durées ne sont carrément plus possibles, car les taux s'envolent: 9% à nouveau pour les taux à dix ans de la fameuse Grèce "sortie d'affaire". Les taux italiens, portugais et français se tendent également.

Jouons-nous à nous faire peur? Est-ce le début de la Grande Fin ou un petit accident de parcours, vite étouffé par l'odeur enivrante des billets neufs? La meilleure tenue de Wall Street en fin de journée tend à accréditer la seconde hypothèse. La perte des indices est encore relativement faible, et vraisemblablement passagère.

Il n'empêche, peu de gens oseront prétendre à des lendemains qui chantent. Le calme actuel est fragile. Le niveau élevé des bourses est dé-corrélé de l'activité économique. Les dettes s'accumulent, l'Allemagne, locomotive de la zone euro, s'attend à une nouvelle récession. Le budget français pourrait être retoqué par Bruxelles à la fin du mois, et s'il ne l'est pas, n'être accepté qu'avec un marchandage de réformes qui jetteront la France syndicaliste et corporatiste dans la rue. La bataille s'annonce toujours plus rude entre les tenants d'une dépense maîtrisée, Bundesbank en tête, et les partisans keynésiens du déficit illimité.

Si ce jeudi n'est finalement qu'un jeudi à peine gris sombre, deux choses sont en revanche certaines: une sérieuse correction boursière nous pend au nez, proche, et aux proportions catastrophiques ; et un "chyprage" se prépare sur les épargnants, au moins en France. Il n'est pas anodin d'entendre une intervenante de C dans l'air d'hier, économiste de surcroît, annoncer qu'elle avait clôturé son assurance-vie...

Parce qu'un jour, toutes ces dettes, il faudra bien que quelqu'un les paie.

21:53 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : crise, dette |  Facebook

09 octobre 2014

Sympathique Ecopop

Contre l'establishment politico-médiatique qui nous martèle tout le mal qu'il en pense jour après jour jusqu'au 30 novembre, contre le Conseil Fédéral, contre le Parlement, contre mon parti même, je soutiens l'initiative Ecopop.

prise de position,votation du 30 novembre 2014septembre 2013,ecopop,initiativeThomas Minder s'est sans doute senti bien seul au Conseil des Etats en étant l'unique sénateur à soutenir le texte. Mais n'exagérons rien. Le rejet d'Ecopop par les partis n'est pas aussi unanime qu'il n'y paraît. Au sein de l'UDC Vaud, par exemple, le texte ne fut rejeté que de justesse en congrès par 25 Non contre 21 Oui et 13 abstentions. Sur le plan fédéral, l'ASIN a décidé de soutenir Ecopop. Elle sera évidemment suivie par une bonne partie des écologistes, quels que soient les mots d'ordre lancés par les dirigeants du parti. Le rejet d'Ecopop est pour l'instant bien plus le reflet du sentiment des élites - qui dominent les médias - que de celui de la population.

Ecopop part d'un raisonnement simple: les problèmes du monde - et en particulier de la Suisse - sont dus à la surpopulation. Elle s'applique à trouver une solution locale à travers la limitation de l'immigration pour préserver les ressources naturelles, et ailleurs en orientant 10% de l'aide au développement suisse pour promouvoir une planification familiale volontaire. Pourquoi pas, ce sera toujours ça de moins dépensé en Mercedes neuves par des tyrans corrompus.

Ecopop repose sur une logique malthusienne, donc évidemment fausse, comme démontré maintes fois à travers les siècles.

La pensée malthusienne part toujours du principe qu'il n'existe qu'une quantité limitée de quelque chose (travail, ressources naturelles...) et que, face à une augmentation continue de la population qui consomme cette ressource, une "pénurie inévitable" s'ensuivra. Les tenants de ce credo réclament ensuite des mesures drastiques à prendre au plus vite pour enrayer la trajectoire. Simple, séduisant, et faux.

L'erreur est dans le postulat de base, l'idée que les ressources soient en quantité limitée. Entre les approvisionnements alternatifs, les progrès technologiques diminuant la consommation, le recyclage ou bien d'autres solutions sorties de l'inventivité humaine, cela ne s'est jamais vérifié, même pour des ressources prétendument rares comme le pétrole. De plus, les êtres humains ne sont pas des robots et face à la rareté, ils adaptent leur comportement en conséquence.

"Certes", répondrez-vous avec un soupçon de méfiance, "mais qu'en est-il de notre cadre de vie? Nos campagnes, nos beaux pâturages? On ne peut pas tout de même construire à l'infini!" Et vous auriez raison - à ceci près que nous sommes très, très loin de cette situation. Comme le le relevais à l'occasion d'une autre votation, la Suisse est peu peuplée. Le seul canton de Genève pourrait accueillir toute la population helvétique sans être densifié davantage que la ville de Genève que nous connaissons aujourd'hui...

L'idée que notre pays ait atteint le sommet de sa densité démographique supportable est parfaitement risible. Quant au fameux "mètre-carré bétonné par seconde" dont on nous rebat les oreilles, à ce rythme il faudrait presque quatre siècles pour urbaniser le seul plateau suisse!

Alors pourquoi apporter mon modeste soutien à ce texte? Parce qu'il faut analyser Ecopop non selon ses postulats de départ (complètement délirants) mais selon ses effets. C'est un principe intellectuel de base:

Un projet politique ne doit pas être jugé selon ses intentions mais selon ses conséquences.


Il en va d'Ecopop comme du reste. Quelque chose de bon peut-il sortir d'une idée fausse? Je pense que oui et c'est là tout le sel de cette initiative.

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Contrairement à ce qu'on tente de faire croire aux citoyens ces temps-ci, Ecopop n'a rien d'apocalyptique. La Suisse peut tout à fait vivre, et même bien vivre, avec un solde net d'immigration de 0,2% annuels. Certains chefs d'entreprise seront peut-être un peu gênés au moment de recruter au sein des habitants déjà installés au lieu de les importer à vil prix d'une Europe en crise. Peut-être même devront-ils s'atteler à nouveau à former la population locale, rendez-vous compte! Certains projets d'aménagement pharaoniques lancés par les politiques et payés par les contribuables seront peut-être stoppés. Il faudra tenir compte de l'immigration réelle et surveiller les allées et venues de tout ce petit monde, comme ces hordes de demandeurs d'asile venus d’Érythrée ou de Syrie qui semblent apparaître spontanément en Suisse comme par téléportation.

Mais les véritables effets d'Ecopop sont ailleurs. L'initiative représenterait une authentique catastrophe pour nos élites, dépassant largement en magnitude celle du 9 février.

La Suisse serait forcée de se doter à nouveau d'une police des frontières digne de ce nom. Le dogme du multiculturalisme en prendrait un coup avec l'instauration d'une véritable immigration choisie. Le robinet des (faux) requérants d'asile serait coupé, mettant en péril les milliers d'emplois de fonctionnaires et assimilés qui vivent en Suisse de l'industrie de l'immigration illégale et de la misère humaine. Un grand coup de marteau viendrait planter pour de bon le dernier clou du cercueil de la participation de la Suisse à cette absurdité qu'est "l'Espace Schengen", mettant une fois de plus la construction européenne en défaut.

La Suisse redeviendra un eldorado de sécurité et de tranquillité en abandonnant une croissance artificielle basée sur la seule augmentation du nombre de bouches à nourrir, à vêtir, à loger, à soigner, à indemniser, à subventionner. Elle pourra pour une fois concentrer ses efforts sur sa propre population.

La démocratie directe helvétique sera citée en exemple par tous les Européens. La Suisse sera l'envie de tous les peuples, et suscitera une haine d'une intensité toute aussi forte à Bruxelles.

Cela peinera beaucoup à Berne.

Le jeu en vaut-il la chandelle? On peut répondre à cette question en en posant une autre. Considérant le peu d'empressement du gouvernement à respecter les décisions populaires en matière de renvoi des criminels étrangers, d'abus dans le droit d'asile ou d'arrêt de l'immigration de masse, avons-nous vraiment le choix?

Si le peuple baisse les bras sur Ecopop, il y a toutes les chances que la classe politique in corpore, après avoir poussé un soupir de soulagement, ne se dise que finalement les gens ne veulent pas "aller trop loin" et... Cessent séance tenante toute avancée sur les initiatives précédemment citées. Ils clameront juste que depuis, les citoyens ont changé d'avis, en attendant quelques années qu'une nouvelle votation ne vienne montrer le contraire. Le risque est bien réel, et si Ecopop est refusée nous verrons ces analyses livrées en prêt-à-penser dès le 30 novembre au soir.

Alors, Oui à Ecopop. Et je ne vous ferai pas l'affront de lancer des pseudo-stratégies politiques style "je soutiens Ecopop mais je souhaite en réalité qu'elle échoue" ou "obtenons une forte minorité pour Ecopop pour faire pression sur le gouvernement". Peut-être certains lancent ainsi des calculs qui leur échappent, des desseins stratégiques illisibles, à moins qu'il ne s'agisse simplement d'apparaître au coté des vainqueurs le dimanche soir quel que soit le résultat sorti des urnes. Ce n'est pas mon cas. Je souhaite qu'Ecopop passe la rampe, franchement. Cette position est le résultat d'un calcul politique si clair qu'il tient en une seule phrase: les conséquences désastreuses d'Ecopop sont préférables aux conséquences désastreuses de l'absence d'Ecopop.

06 octobre 2014

Les trois défis de la Suisse

Affirmer que nous vivons des temps historiques est présenté comme un lieu commun ; pourtant, chacun d'entre nous le ressent. Ce siècle verra la conclusion de nombreux phénomènes dont les effets sont aujourd'hui croissants: la menace globale que représente l'islam, la lente mort de la monnaie papier, la ruine des social-démocraties, l'accroissement de zones de guérilla globales...

Les écologistes travaillent sans relâche à effrayer le grand public sur la base dune hystérie climatique de plus en plus risible. Mais pourquoi promettre l'apocalypse pour 2100 lorsque la plupart des pays qui nous environnent ne franchiront sans doute pas la moitié du siècle sous leur forme actuelle?

Le XXIe siècle sera celui d'une immense recomposition du pouvoir, de l'économie, des influences, des populations. Les crises forcent une redistribution des cartes et les peuples, inquiets, se demandent s'ils auront une bonne main... Qu'en sera-t-il de la Suisse? Survivra-t-elle aux prochains bouleversements dans deux, cinq, dix ans, pour en sortir plus forte ou au moins préserver son intégrité?

A mes yeux, tout dépend de la façon dont elle aborde trois défis déjà lancés aujourd'hui. Qu'elle échoue à relever un seul d'entre eux et son destin risque de rejoindre celui, peu enviable, de la plupart des autres pays européens.

Reprendre le contrôle des frontières

L'adhésion de la Suisse à l'Espace Schengen aura sans doute été le dernier geste d'enthousiasme crédule concédé par le peuple à une classe politique europhile. Depuis des années la population en paye le prix. Loin d'apporter la prospérité promise, l'ouverture des frontières entraîna une dégradation nette de la qualité de vie helvétique.

groupe-refugies.jpgPression sur les loyers, pression sur les salaires, insécurité: il aura fallu du temps avant que les yeux ne se décillent. Le vote contre les minarets fut sans doute le déclencheur d'un mouvement de libération restaurant la dignité des habitants du pays face à des étrangers important leur mode de vie plutôt que de s'assimiler. De nombreuses autres votations confirmèrent la volonté populaire, les citoyens refusant les innombrables abus sur l'asile, demandant le renvoi des criminels étrangers, renonçant à l'immigration de masse.

Ces efforts ne furent entendus ni par le Parlement ni par le Conseil Fédéral, bien au contraire. Berne n'écoute pas et ne veut rien savoir, quelle que soit la façon dont la situation évolue.

Malgré quelques victoires tactiques, la lutte pour la reprise du contrôle des frontières est emblématique des difficultés qui attendent les Suisses. Il ne suffit pas de comprendre un problème, de vouloir le résoudre et de voter pour la mise en place de solutions: il faut aussi en bout de chaîne des élus responsables, acceptant de jouer le jeu de la démocratie et d'appliquer des décisions sorties des urnes. Or, ce n'est pas le cas.

Aussi, malgré tout ce que le peuple a pu voter ces dernières années, les frontières restent toujours grandes ouvertes. Les faux requérants d'asile sont accueillis par milliers. Aucun quota à l'immigration n'a été réellement instauré. Le regroupement familial bat son plein. Les prisons débordent de criminels étrangers que les autorités ne tiennent absolument pas à renvoyer. Les industries du droit de recours et de l'accueil des étrangers continuent à vivre grassement de l'argent des contribuables, et pendant ce temps police et justice abandonnent des quartiers entiers aux revendeurs de drogue.

Reprendre le contrôle de la monnaie

Le XXe siècle a vu deux guerres mondiales et plusieurs génocides, mais aussi l'essor sans précédent de la monnaie papier à l'échelle mondiale - une monnaie purement scripturale, sans aucune contrepartie. Le XXIe siècle verra son effondrement.

money-hole.jpgLes monnaies papier d'hier comme d'aujourd'hui ont une valeur intrinsèquement nulle ; elles ne reposent que sur l'autorité (voire l'autoritarisme) de l'Etat et la crédulité des acteurs dans le système ainsi mis en place. Bien entendu le seul intérêt d'une monnaie scripturale est la création de monnaie ex nihilo, elle-même préalable à toutes les manipulations monétaires. Celles-ci se traduisent invariablement en une succession de bulles et de crises économiques alors que la quantité en circulation enfle toujours davantage, jusqu'à l'effondrement total du système.

La particularité de notre époque n'est pas d'avoir instauré une monnaie-papier mais d'avoir permis à ce système intrinsèquement vicié de tenir si longtemps.

Malgré la résilience de celui-ci et les innombrables expédients qu'inventent presque quotidiennement les banquiers centraux, le régime monétaire est sur sa fin. Il paraît inconcevable que l'Europe puisse tenir des décennies dans le chaos de surendettement, de course à l'inflation, de croissance nulle et de chômage élevé dans lesquels elle se débat actuellement. Et rien n'indique évidemment une sortie par le haut, bien au contraire.

Sur de nombreux aspects mais en particulier sur le plan économique, le monde de demain sera multipolaire. Nombre de pays se préparent aujourd'hui à la fin prévisible de la domination du dollar sur les échanges financiers mondiaux. Certains n'envisagent que de manipuler leur monnaie de façon encore plus éhontée mais d'autres, comme la Chine, ont des ambitions plus solides et une stratégie à long terme.

Nous n'en sommes pour l'instant qu'au début de la guerre des monnaies. Les années qui vont suivre mèneront au chaos. Le nouveau système qui émergera ne sera pas basé sur la confiance - dont on ne sait que trop avec quelle facilité les politiciens en abusent - mais sur la transparence et des valeurs non manipulables, au premier rang desquelles règnera l'or physique.

La Suisse n'est pas bien placée dans le nouveau paradigme qui s'annonce. Coffre-fort du monde, elle avait une monnaie convertible-or jusqu'à ce que les pressions de banquiers peu scrupuleux n'enjoignent, au tournant du siècle, la classe politique à y renoncer. La BNS solda 60% des réserves d'or suisses dans les années 2000, alors que le cours du métal enregistrait un plus bas historique. Depuis, crise aidant, la BNS a résolument arrimé le Franc Suisse à l'euro, monnaie fiduciaire en perdition, sous les applaudissements des naïfs.

Contrairement au contrôle des frontières, le contrôle de la monnaie suscite peu de débats. C'est d'autant plus étonnant que le sujet est absolument crucial pour la future prospérité du pays et le patrimoine des Suisses en général.

En fin de compte, un seul vote est décelable à l'horizon sur ce sujet, l'initiative sur l'or soumise aux citoyens le 30 novembre 2014. Si elle passe la rampe, la Suisse aura une petite chance de reprendre le contrôle de sa monnaie et d'en reconstruire la crédibilité sur une base saine, préparant le pays à la redistribution d'influence qui surviendra au sommet de la crise monétaire. Si elle échoue, le Franc Suisse rejoindra pour de bon l'Euro, le Dollar et toutes les autres monnaies-papier dans les poubelles de l'histoire.

Au vu du développement de la crise je doute fort que le peuple suisse ait le luxe d'attendre quelques années pour revenir sur le sujet. Il sera simplement trop tard.

Reprendre le contrôle de la démocratie

La Suisse est-elle encore une démocratie directe? Clairement plus - depuis quelques années déjà. Alors que le fossé entre le peuple et les élus se transforme en gouffre, cette évolution est de plus en plus visible aux yeux du grand public.

La classe politique helvétique a établi l'infériorité du droit suisse face aux accords internationaux et au diktat d'organisations nationales non-démocratiques. Le jugement de tribunaux étrangers comme la CEDH l'emporte sur les plus hautes juridictions fédérales. Dès lors que le gouvernement peut espérer s'attirer les bonnes grâce des élites mondiales, toutes les compromissions au droit national sont acceptables: le secret bancaire ou d'autres spécificités suisses sont ainsi sacrifiées sans contrepartie.

Reprendre le contrôle de la démocratie est sans doute la plus difficile et la plus essentielle des batailles que le peuple suisse aura à livrer à l'avenir. En effet, entre les accords diplomatiques prétendument gravés dans le marbres et le mythique "droit international",  la classe politique ne manque pas d'excuses pour faire obstacle à la volonté du peuple. Nul doute par exemple que les frontières resteront grandes ouvertes aussi longtemps que cette interprétation prévaudra à Berne.

La tâche est donc immense. Pour s'atteler au problème, on pense naturellement à l'initiative UDC pour la primauté du droit national. Elle n'est pas mauvaise mais il est à craindre qu'elle n'arrive trop tard. La récolte de signature n'a même pas encore commencé. Le temps que le texte soit voté et ses conclusions appliquées, il n'y aura peut-être plus grand-chose à sauver.

Pour réellement reprendre le contrôle de la démocratie, la responsabilité incombe au citoyen, non lors des votations, mais lors des élections.

Il ne sert pas à grand-chose d'approuver ponctuellement une initiative soumise au vote et d'envoyer au gouvernement une brochette de politiciens dont les positions sont diamétralement opposées - et qui cultivent le mépris des décisions populaires par-dessus le marché. Comment s'étonner que les gens ne votent plus?

En ce sens, les élections fédérales de 2015 seront un test beaucoup plus parlant sur la maturité politique des citoyens helvétiques que toute initiative ; et la composition du futur parlement suisse sera instructive quant aux chances de survie de la Suisse à la tempête qui se prépare en Europe, et qui laissera nombre de pays sur le carreau.

Première publication sur lesobservateurs.ch.

01 octobre 2014

Pour quelques milliards de plus

La dette française a atteint 2000 milliards d'euros, un symbole dont le gouvernement se serait bien passé.

Si François Hollande se dit inquiet et déterminé - et ce n'est même pas une plaisanterie - le président fait aussi preuve d'une certaine hypocrisie. La tendance est connue depuis fort longtemps et on ne peut décemment imaginer qu'il n'ait pas été au courant. Selon l'Institut Montaigne, le montant avait été atteint au mois d'août dans l'indifférence générale, vacances obligent. Aujourd'hui la nouvelle vient du très officiel INSEE, l'institut français de la statistique, et ne peut donc plus être ignorée.

Cela équivaut à 95,1% du PIB, les critères de Maastricht - 60% - ont été explosés depuis longtemps. Les 100% du PIB, un autre symbole fort, seront franchis dans un an ou deux.

france,dette,failliteUne dette élevée n'est pas forcément un problème fatal si elle est aussi stable ; le gouvernement a alors une petite marge de manœuvre pour tenter de dégager un bénéfice primaire et essayer de réduire cette dette, fut-ce lentement.

Ce n'est pas le cas de la France. Celle-ci emprunte déjà aujourd'hui pour payer les intérêts. La dette française se creuse donc sous son propre poids.

La situation correspond donc à une accélération du processus - ce n'est pas pour rien que l'on parle de la "spirale" de l'endettement. Et bien sûr, depuis des décennies, aucune volonté politique n'est jamais venue pour tenter de tenir le budget de l'Etat. Il est tellement plus facile d'être populaire en achetant des électeurs avec de l'argent qu'on n'a pas!

La dette publique française se situait à 12% du PIB en 1974. En 1981, à la veille du passage "de l'ombre à la lumière" avec l'élection de François Mitterrand, elle était à 20%. En 1994, celle-ci atteignait 50%. La progression se fit à un rythme plus lent pendant quelques années grâce à un cycle mondial plus dynamique ; mais le mouvement ne s'arrêta pas et la dette dépassa les 60% du PIB, la fameuse limite du critère de Maastricht, en 2002. Douze ans plus tard nous en sommes désormais à 95%.

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Une autre façon de réaliser la progression de cette dette est à travers son montant, aujourd'hui 2000 milliards d'euros. Sachant que la Ve République française a été fondée en 1958, quand la France en était-elle endettée à hauteur de 1000 milliards d'euros (ou équivalents)? Quelque part à mi-chemin entre 1958 et 2014, pensez-vous peut-être? Vous n'y êtes pas. Le cap des 1000 milliards d'euros fut franchi en 2004.

La dette publique française a doublé en seulement dix ans.

Poursuivons notre réflexion. Quel sera le niveau de la dette dans dix ans? Trois mille milliards, selon une évolution linéaire? Quatre mille milliards, selon une progression géométrique? Bien malin qui peut le dire. Mais selon moi ces estimations sont de toute façon fausses, car les montants n'obéiront pas à de simples règles mathématiques. Il est plus que probable qu'il se passe quelque chose durant les prochaines années - et tout porte à croire que ce ne sera pas joli-joli.

Ne vous laissez pas leurrer par le calme apparent de la surface ou les taux d'intérêt rassurants (et manipulés) auxquels la France parvient à emprunter sur les marchés financiers. La dynamique du système est instable. Tout pourrait basculer très vite à n'importe quel moment - encore plus aujourd'hui, alors que l'endettement français repose essentiellement sur la confiance.

Depuis des décennies les libéraux tentent d'alerter l'opinion sur les dangers de la dette publique, dans l'indifférence générale et les ricanements de mépris d'une classe politique accro au Keynésianisme. Les dénégations et les sautes d'humeur n'empêcheront pas la vague de la dette de tout emporter sur son passage.

Je fais partie des déçus de François Hollande mais pour des raisons probablement différentes du plus grand nombre. "L'expérience empirique montre que lorsque la rigueur survient, un président et un gouvernement de gauche sont plus à même de faire passer la pilule des réformes auprès de leurs administrés", écrivais-je à la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 2012, plein d'espoir naïf. J'imaginais que François Hollande aurait peut-être, au pied du mur, la stature d'un véritable homme d'état capable de faire les douloureuses réformes que d'autres se contentent formuler timidement, et uniquement lorsqu'ils sont dans l'opposition.

Mais depuis nous avons vu de quoi était capable François Hollande: de rien. L'énergie de l'homme est entièrement tournée vers la communication, la gestion de crise et le placement de ses pions pour donner le change et espérer conserver le pouvoir en 2017.

Ce qui doit donc arriver arrivera.

28 septembre 2014

Un röstigraben bien commode

Ce week-end la Suisse a voté, et comme souvent, les initiatives proposées ont été sèchement refusées.

Pour une caisse publique d'assurance-maladie (évoquée ici): l'initiative était clairement l'objet-phare du week-end. L'offensive de la gauche pour étatiser encore davantage le système de santé public connut un échec cinglant avec 61,9% de Non.

caisse_unique.png

La carte des résultats montre à quel point nous sommes loin d'une double majorité du peuple et des cantons. Certains journalistes s'empressèrent d'évoquer l'éternel röstigraben, c'est-à-dire une sensibilité différente entre les Romands et les Alémaniques, en oubliant fort commodément le Valais et son refus massif du texte.

Les Alémaniques, ultra-libéraux légèrement bornés, empêchèrent donc encore une fois les Romands progressistes et généreux d'accéder au nirvana socialiste du tout-Etat. Je simplife à peine.

Entendons-nous bien: si ces nuances existent elles sont plus subtiles qu'on pourrait le croire. D'ailleurs l'analyse plus fine d'Alain Rebetez à l'antenne de la RTS révèla autre chose: l'effet du porte-monnaie! Parmi les dix cantons où les primes d'assurance-maladie sont les plus élevées on trouve les quatre cantons romands à avoir voté Oui, mais aussi les cantons alémaniques où le rejet a été le plus faible. Et sa conclusion:

On peut dire qu'il y a dans les explications d'abord un phénomène culturel, les Romands quand ils ont un problème se tournent volontiers vers l'Etat alors que les Alémaniques s'en méfient, et puis il y a un facteur un peu plus pragmatique au fond, ceux qui payent les primes les plus élevées, qui en souffrent le plus, eh bien c'est ceux-là qui sont les plus enclins à remettre en cause le système.


Si cette analyse est juste, elle est aussi inquiétante: elle montre qu'à partir d'un certain niveau d'inconfort financier lié aux coûts de la santé, certains électeurs sont prêts à gober n'importe quelle promesse pour faire baisser les primes - l'idée étant ici de faire payer d'abord les autres cantons, puis ensuite les "riches"... Mais toujours de faire payer un d'autre à sa place. Triste mentalité!

Les socialistes dont Pierre-Yves Maillard furent nombreux à relever la progression de leurs idées par rapport à la dernière tentative socialiste d'une nationalisation de la santé - "pour une caisse maladie unique et sociale", refusée en 2007 avec 71,9% de Non. Si le camp du Oui a progressé de dix points, il faut relever que le projet soumis au vote ce week-end était différent, puisque dans un premier temps tout au moins, il ne prévoyait pas de faire de la prime d'assurance un impôt en liant son montant aux revenus.

Malgré tout, il paraît relativement clair que médiatiquement et politiquement la gauche a marqué quelques points. L'idée de permettre des caisse publiques cantonales fait aussi son chemin ; cocasse de voir des adeptes de la centralisation caresser l'espoir d'un socialisme cantonal lorsque sa version fédérale paraît hors d'atteinte...

Les questions de fond de la santé ne sont évidemment toujours pas résolues. Le nombre d'individus qui ne paient plus leurs primes ne cesse d'augmenter, les coûts de la santé sont en roue libre, les primes étranglent petit à petit la classe moyenne. La droite suisse a gagné un peu de temps mais si elle ne s'attelle pas au problème avec un minimum de rigueur et de compétence, une majorité d'électeurs pourrait à terme finir par céder au chant des sirènes de la gauche.

Stop à la TVA discriminatoire pour la restauration: la première initiative lancée par GastroSuisse, l'organisation faîtière de la branche, a fait chou blanc avec 71,5% de Non. Les initiants visaient à ce que le taux de TVA soit unifié entre les commerces à l'emporter (où il est à 2,5%) et les restaurants traditionnels (où il est à 8%).

La campagne fut de peu d'ampleur mais les adversaires du texte n'eurent aucun mal à marteler un certain nombre de contre-vérités ; par exemple l'idée que l'Etat perdrait de l'argent en forçant une TVA à 2,5% sur toutes les activités de restauration (alors que l'initiative n'évoquait qu'une TVA unifiée pour éviter les distorsions de concurrence, sans articuler de chiffre) ou que le nouveaux taux s'appliquerait à la moindre nourriture vendue en supermarché, juste un fieffé mensonge.

Gageons que GastroSuisse, qui ne compte pas s'arrêter là, aura acquis avec cette votation une sérieuse expérience sur ce qu'il faut faire et ne pas faire en se lançant dans l'arène politique.

Ce week-end fut également l'occasion de quelques votes cantonaux. Les Genevois dirent donc Non à un tunnel sous-marin lancé par l'UDC et le MCG pour désengorger le centre-ville de Genève, présageant de magnifiques embouteillages sur le pont du Mont-Blanc pendant encore plusieurs décennies ; les Tessinois suivirent la Lega et refusèrent un crédit de 3,5 millions de dépenses de prestige pour une participation cantonale à l'Exposition Universelle 2015 de Milan ; Bâle-Campagne refusa de fusionner avec Bâle-Ville pour rester deux demi-cantons distincts ; les Schwyzois se prononcèrent pour une augmentation des impôts ; enfin, à Neuchâtel, le PLR allié de circonstance à la gauche n'eut aucun mal à souffler à l'UDC le siège du démissionnaire Yvan Perrin.

La Suisse démocratique continue son petit bonhomme de chemin lorsque les questions ne sont pas trop gênantes pour les élites internationales. Mais tout de même, on peut s'étonner d'un taux de participation de moins de 47%, alors que, par exemple, absolument tout le monde est soumis aux lourdes primes de son assurance-maladie. N'aurait-on pas pu espérer davantage de mobilisation?

Lorsque moins d'un citoyen sur deux prend la peine de se déplacer pour une question qui pèse en moyenne 420 francs mensuels par personne sur le budget de son ménage, on est légitimement en droit de s'inquiéter.

19 septembre 2014

L'Ecosse rate l'indépendance

55,3% de non à l'indépendance, et un taux de participation de 84,6%: l’Écosse ne sera pas un pays indépendant.

chateau_ecosse.jpgCouvrant environ un tiers du territoire du Royaume-Uni, l'Écosse est une contrée particulière. Il suffit d'évoquer son nom pour que les images affluent spontanément - les Highlands, les falaises et les lochs, la pluie et la brume, les kilts et la cornemuse, le saumon, le whisky. Quel pays européen d'une taille comparable peut se targuer d'une telle notoriété?

Ce jeudi 18 septembre avait tout de la date historique. Les Écossais auraient pu mettre un terme à une entente commencée il y a 307 ans. Bien entendu, la décision se serait prise tout à fait démocratiquement selon des modalités discutées depuis des mois entre Londres et Édimbourg. Mais certains rendez-vous avec l'histoire sont fait pour être ratés.

Rétrospectivement, la campagne ne se lança vraiment que dans sa dernière ligne droite lorsqu'un sondage montra pour la première fois le Oui en tête.

Les médias francophones ne se sont pas trop étendus sur le sujet mais la population écossaise est très, très à gauche - un héritage historique de l'époque de Margaret Thatcher . Les indépendantistes avaient ainsi pour idée de créer dans leur nouveau pays un régime social-démocrate selon le modèle de l'Europe du Nord, un projet empêché par le "carcan libéral de Londres".

scotland_yes.jpgNous vîmes donc David Cameron lutter avec la dernière énergie pour maintenir l'intégrité du Royaume-Uni... Contre ses propres intérêts. On comprend bien le peu d'envie qu'il avait de passer à la postérité comme le Premier Ministre qui aurait laissé filer l'Écosse, mais sur le plan politique l'opération aurait été extraordinairement bénéfique: privé des bataillons gauchistes venus du nord, les travaillistes auraient été vaincus par les conservateurs pendant au moins une génération.

Il fut également piquant d'entendre M. Cameron lancer de vibrants plaidoyers pour l'unité alors qu'il a dans ses cartons un projet de référendum pour quitter l'Union Européenne...

Parlant d'UE, celle-ci fit également preuve de bien peu de clairvoyance: l'indépendance écossaise aurait grandement affaibli le Royaume-Uni alors que celui-ci est perçu comme l'enfant terrible de l'Europe. Mieux encore, la régionalisation des pays en entités plus petites aurait comparativement renforcé son pouvoir.

Les institutions et les hommes politiques ne furent pas les seuls à raisonner à l'envers ; même la reine Elisabeth II en fut de son couplet, implorant les citoyens de ne pas devenir "la dernière reine d'Écosse" alors même que le pays à nouveau indépendant aurait été de plein droit membre du Commonwealth.

Il ne fait guère de doute que l'incertitude économique a pesé. Quid de la manne pétrolière de Mer du Nord? De la monnaie? Le niveau de vie des Écossais se serait-il amélioré ou non avec l'indépendance? Les deux camps s'affrontèrent à coup de chiffres sans apporter de démonstration vraiment décisive. Cela amena évidemment les indécis à opter pour le statu-quo.

On peut malgré tout tirer trois enseignements de cette tentative ratée d'indépendance de l'Écosse.

cameron_annoyed.jpg1. Le processus affecte tout le Royaume-Uni. "C'est un processus, pas un événement", commentaient les politiciens écossais. Comme l'explique l'historien franco-écossais Keith Dixon dans les colonnes de Libération, "l'indépendance n'apparaît plus comme un saut dans l'inconnu". Les indépendantistes obtinrent avec ce scrutin des concessions majeures de Londres en termes d'autonomie fiscale, que réclament désormais aussi le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. David Cameron n'a pas d'autre choix que de les leur accorder.

2. Le processus affecte toute l'Europe. Les Écossais auraient pu marquer le pas en montrant qu'une indépendance démocratiquement acquise est possible, et ensuite prouver qu'elle peut se concrétiser sans catastrophe. La tentative a avorté mais le score reste serré et le processus sera cité en exemple par tous les mouvements indépendantistes (Catalogne, Vénitie, Lombardie, Pays basque...) qui ont les mêmes projets: Oui, on peut voter pour l'indépendance.

3. L'indépendance écossaise surviendra certainement. D'ici moins de vingt ans sans doute. Comme le relève Zerohedge, l'analyse des votants montre diverses choses mais l'une d'elle saute aux yeux:

  • Électeurs de 16-17 ans: Oui à 71%, Non à  29%
  • Électeurs de 65 ans et plus: Oui à 27%, Non à 73%

On voit très bien qui privilégie l'audace et qui privilégie la sécurité. Mais cette façon de considérer l'indépendance n'est pas la bonne: pareille décision représente de toute façon un saut dans l'inconnu. Il est vain de chercher à tout planifier, et il est tout aussi vain de croire que la sécurité des retraites sera assurée où que ce soit en Europe sur les décennies à venir avec la crise financière dans laquelle se débat le continent. Les choix audacieux ne sont pas toujours mauvais.

Le prochain vote indépendantiste viendra de la Catalogne le 9 novembre.