10 janvier 2015

Où est Charlie?

je_suis_charlie.jpgDepuis son invention par un journaliste lyonnais quelques heures après l'attentat du 7 janvier, la bannière de soutien "Je suis Charlie" a connu un succès planétaire, devenant le signe de ralliement de millions de personnes. Elle se répandit non seulement sur les réseaux sociaux mais aussi physiquement, brandie comme pancarte lors des manifestations.

Alors, je l'affirme, je suis Charlie. Vous êtes probablement Charlie. Nous sommes tous Charlie. Enfin, presque tous.

Mais que signifie vraiment "être Charlie", à propos ? On associera au slogan un message de solidarité, la défense de la liberté d'expression, le rejet du terrorisme... Mais quoi d'autre encore ? Et est-on seulement d'accord sur cette définition sommaire ?

Dès que l'on creuse un peu les problèmes se posent. Chacun viendra avec sa propre conception - situation pour le moins déroutante pour un message d'unité.  Pour y voir plus clair dans cette pléthore d'opinions, on peut commencer par écarter tous ceux qui ne sont pas Charlie bien que s'en réclamant.

Prenons la classe politique, par exemple. Elle n'est pas à l'origine du message. Elle a raté la première manche de la réaction publique. Spectatrice impuissante de la mobilisation populaire dans la rue et les réseaux sociaux, elle est aujourd'hui avide de reprendre la main. Quelle meilleure façon d'y parvenir qu'une grande manifestation, une "marche républicaine" au premier rang de laquelle les politiciens pourront parader ? Mais attention: pas avec tout le monde ! Des partis républicains de tous bords, des syndicats, des associations... Et pas le Front national de Marine Le Pen.

La tolérance et l'unité s'étendent à des fédérations musulmanes aux postures pour le moins floues sur le terrorisme - elles affirment le rejeter, mais est-ce sur le fond ou sur la forme ? - et ce malgré les liens idéologiques évidents entre les islamistes et le coran sur lequel elles s'appuient, mais pas à un parti politique de premier plan dont le message a toujours été de lutter contre l'islamisme ! Quelle belle leçon de tolérance et de pluralisme !

Non, définitivement, la classe politique française n'est pas Charlie.

La presse, alors ? Hélas ! Si le niveau de retentissement médiatique de l'attentat contre Charlie Hebdo est inégalé, le doute subsiste - fortement. Assiste-t-on à une authentique défense de la liberté d'expression ou simplement à la réaction de défense d'une caste qui se sent menacée ? Le combat concerne-t-il liberté d'expression ou la liberté de la presse, c'est-à-dire la sécurité exclusive des journalistes ?

La réponse prend la forme d'un vide sous nos yeux: des caricatures de Mahomet brillant par leur absence. En 2005 la plupart de nos quotidiens refusèrent de reprendre les caricatures par solidarité avec le journal danois Jyllands-Posten, plaçant en première ligne les courageuses exceptions comme Charlie Hebdo. A cette occasion, ils firent une éclatante démonstration de lâcheté en cédant aux revendications de la rue arabe dans divers pays du Tiers-monde, dont bien peu d'habitants seraient à même de simplement situer le Danemark sur une carte.

L'attentat contre Charlie Hebdo aurait pu leur donner une occasion de se racheter, mais les vit au contraire persévérer dans la soumission, s'infligeant une autocensure sans limite. Les caricatures de Mahomet ne sont pas montrées, les couvertures corrosives de Charlie Hebdo sont coupées au montage ou floutées lorsque ce ne sont pas des éditorialistes qui fustigent "l'irresponsabilité" de l'équipe éditoriale désormais décimée. Ce n'était sans doute pas assez de les voir tomber sous les balles de fous de dieu, il fallait encore fouler au pied leur mémoire... Alors non, défendant une vision toute corporatiste de la liberté d'expression, les médias ne sont pas Charlie.

A ce stade, allons au fond des choses admettre une vérité gênante: même Charlie Hebdo n'était pas Charlie. Aveu difficile au milieu d'un deuil lourd comme celui que nous traversons, mais néanmoins la stricte vérité. Charb était apparemment capable de beaux moments de lucidité mais lui et d'autres membres de la rédaction étaient aussi communistes convaincus, une idéologie pas franchement compatible avec la liberté d'expression ni la liberté tout court. Et à ceux qui voudraient un peu vite minimiser cet aspect de leur personnalité ou glisser ce petit détail sous le tapis de l'histoire, rappelons un épisode de l'épopée Charlie Hebdo tel que relaté dans un vieil article de Libération:

Le 26 avril [1996], Cavanna, Val et Charb (trois piliers du journal Charlie Hebdo) débarquent en estafette dans une annexe du ministère de l'Intérieur. Dans leur coffre, des cartons remplis de signatures qu'ils apportent à un conseiller de Jean-Louis Debré. En huit mois, 173 704 personnes ont répondu à l'appel «pionnier» de l'hebdomadaire pour demander l'interdiction du Front national. (...)

Fin juin 1995, Cabu dessine, à la une de Charlie Hebdo, Jean-Marie Le Pen menottes aux mains entre deux policiers. En titre: «Que faire contre le Front national ? L'interdire !» (...)


La liberté d'expression dont se réclamaient les membres de Charlie Hebdo était visiblement à géométrie variable: valable pour eux mais à retirer à leurs adversaires politiques. Désolé pour leurs nombreux sympathisants posthumes, ils n'étaient même pas Charlie eux-mêmes, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes.

La foule alors ? Les innombrables manifestants descendus dans la rue ces jours-ci pour s'indigner ? Il serait difficile de ne les accuser de ne pas être Charlie, quelque part. Et pourtant. Seraient-ils descendus en nombre si la rédaction décimée par les islamistes avait été celle de Minute - cinq attentats dans son histoire, dont un collaborateur torturé plusieurs jours - ou de Valeurs Actuelles ?

Ils sont Charlie aujourd'hui. Étaient-ils Zemmour hier ? Dieudonné avant-hier ?

Et où étaient-ils, ces nobles défenseurs de la liberté d'expression dont chacun se réclame aujourd'hui, lorsqu'il fallait défendre des gens dont ils ne partageaient pas vraiment les idées ? Éprouvaient-ils la moindre gêne lorsque des manifestants chrétiens opposés au mariage gay se faisaient molester gratuitement par la police ?

Il est compréhensible d'éprouver un sentiment de solidarité envers des gens avec qui on est d'accord, mais de grâce, n'appelons pas cela "défendre la liberté d'expression". N'appelons pas cela "être Charlie", à moins de vouloir ôter toute forme de noblesse à ce qualificatif.

Parmi la foule anonyme qui célèbre l'esprit passé de Charlie Hebdo, beaucoup pensent qu'il faut être Charlie aujourd'hui parce que la liberté d'expression est menacée par le terrorisme islamique. Mais est-il ok, alors, de menacer la liberté d'expression par d'autres moyens ? Que dire d'un gouvernement en butte à la liberté d'expression à travers ses lois, par exemple ? Que penser d'une chasse aux sorcières politico-médiatique orchestrée contre les trublions du régime ?

Si quelqu'un ne défend le droit de s'exprimer que pour les opinions qui lui plaisent, alors c'est un partisan. S'il prétend en plus défendre la liberté d'expression, c'est alors un hypocrite. Défendre la liberté d'expression, pour de vrai, revient à tolérer et accepter que puissent être exprimées dans l'espace public les opinions les plus révoltantes face aux convictions propres de chacun. Le débat authentique ne peut naître qu'à travers la confrontation des idées. La vérité est à ce prix. Qu'on s'y refuse et le débat n'est plus qu'un simulacre. Les arguments, les opinions et les pensées ne sont pas des crimes ; seuls les actes le sont.

La plupart des Charlie qui défilent dans la rue ou sur les réseaux sont des Charlie de pacotille dont l'engagement ne résiste pas au moindre examen rigoureux. Ils s'indigneront dès demain contre le prochain chroniqueur dénoncé par la presse bien-pensante. Ils mériteraient pourtant de pousser leur réflexion plus loin.

Défendre la liberté d'expression, être Charlie, c'est accepter qu'on puisse affirmer que les Américains ne sont pas allés sur la lune, que les chambres à gaz n'existaient pas, que la guillotine est une belle invention, que le réchauffement climatique est une foutaise, que l'islam est la religion la plus con, que les juifs dominent le monde, que la pédophilie est une pratique sexuelle saine, que Dieu a créé la terre en sept jours, que Charlie Hebdo était un torchon, que le 11 septembre est un complot, qu'il y a des cultures inférieures à d'autres et j'en passe - aussi choquante la moindre de ces opinion puisse être pour chacun.

Être Charlie, c'est avoir compris l'enjeu : rejeter la violence ou la menace de la violence contre la précieuse liberté d'expression, que le carcan vienne du gouvernement, d'un autre pays, des médias établis, d'autorités religieuses ou de terroristes.

Voilà, à mon avis, ce que signifie être Charlie. Comprenez-le, n'hésitez pas à en discuter, et posez-vous ensuite la question: avez-vous, alors, le courage de l'être ?

07 janvier 2015

Massacre à Charlie Hebdo

Si vous aviez suggéré à Cabu, un dessinateur plus ancien que le Club Dorothée, qu'il mourrait début 2015 sous les balles d'une bande d'islamistes en maraude, il aurait sans doute éclaté de rire.

france,terrorisme,islam,médias,liberté d'expressionC'est pourtant ce qu'il vient d'advenir aujourd'hui à Paris dans les locaux de Charlie Hebdo. Les dessinateurs Charb, Wolinski, Cabu et Tignous sont morts. Parmi les autres victimes, deux policiers dont un chargé de la sécurité de la place. L'attaque fut planifiée le mercredi en fin de matinée lors d'une réunion de rédaction, s'assurant de la présence de toutes les cibles. Les assaillants déjouèrent les codes de sécurité, purent tirer sur leurs victimes pendant plusieurs minutes et parvinrent même à s'enfuir. A l'heure où ces lignes sont écrites, ils courent toujours, insulte finale aux forces de police.

Mené à Paris en plein jour et contre la caste ô combien soudée des journalistes, l'attentat a reçu une résonance médiatique maximale à l'échelle mondiale.

La France avait pu se croire à l'abri mais cette sécurité était illusoire. Trop longtemps le danger terroriste islamique était nié ou minimisé. Les jeunes fous partaient en Syrie et n'en reviendraient pas ou seraient arrêtés à leur retour, pensait-on. On n'aurait à craindre que de rares attaques de "loups solitaires" impossibles à profiler. La réputation des services de renseignement était sans tache, Vigipirate - instauré en 1995 - ferait le reste. Dans l'esprit des gens, les attentats envisagés sur sol français auraient porté avant tout contre des intérêts étrangers installés sur le sol hexagonal - des ambassades étrangères, des synagogues, des juifs et leurs écoles. Pas vraiment des français "normaux", encore moins des journalistes, et surtout pas des gauchistes. Ces perspectives étaient tout simplement inenvisageables.

La France se réveille d'une somnolence coupable. Le réveil est rude.

De nombreuses personnalités musulmanes se sont immédiatement mises en mode damage control pour limiter la casse médiatique, chantant sur tous les tons que ces terroristes se réclamant de l'islam portent tort à l'image de la communauté musulmane. C'est évidemment vrai. En revanche, aucun n'expliquera jamais en quoi ces islamistes auraient eu tort selon leur religion d'agir ainsi, et pour cause: violence et agression sont des valeurs fondamentales de l'islam.

Rien ne dit que les islamistes seront rapidement retrouvés. Ils peuvent compter sur d'innombrables sympathisants. Il suffit de voir comment certains ont réagi sur Twitter:

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Certains s'indignent moyennement, dira-t-on

Tout le monde n'aimait pas Charlie Hebdo, et parmi ces gens certains n'aimaient pas Charlie Hebdo à cause des caricatures anti-islamique qu'il publiait souvent. Il existe dans notre société actuelle des règles non-écrites en matière d'humour: il est autorisé de se moquer des catholiques, des politiciens de droite, des politiciens de gauche (avec tendresse ou seulement s'ils sont vraiment détestés), des hétérosexuels, des Américains et des riches. Il est nettement plus malaisé de se moquer des homosexuels, des immigrés, des arabes, des noirs, des juifs, des journalistes ou, enfin, des musulmans.

terrorisme,liberté d'expression,islamSi Charlie Hebdo tenait un peu la ligne ci-dessus, il empiéta fortement hors de la zone de confort humoristique en abordant le sujet des caricatures de Mahomet, puis en osant régulièrement en remettre une couche. Le rappel au règlement vient de tomber. Quelqu'un osera-t-il encore se moquer de l'islam demain? Des caricaturistes prendront-ils toujours leur plume pour faire une satire de Mahomet ou de toutes les absurdités contenues dans le coran? Voilà la question que tous les journalistes avides d'introspection devraient poser à leurs confrères sur les plateaux de télévision, voilà la question que Darius Rochebin ne posera pas au dessinateur Barrigue dans son interview au journal ce soir.

Les caricaturistes et autres dessinateurs de presse se définissent volontiers comme des rebelles courageux ; nous verrons, demain et les autres jours, ce qu'il en est. En France et dans les autres pays européens, se moquer de l'islam ne comporte pas exactement les mêmes risques que tourner en ridicule le Pape François. Remerciez des décennies de politique migratoire. Quant à la liberté d'expression érigée aujourd'hui en principe fondamental, il est on ne peut plus savoureux d'en entendre tant de bien en France ou en Suisse de la part de gens qui en sont les fossoyeurs.

Lorsque François Hollande s'est rendu sur les lieux, il n'était pas accompagné d'un officier du renseignement, d'un général de l'armée ou même d'un préfet de police ; il était avec de son conseiller personnel en communication. Voilà le genre de réponse immédiate que nos autorités sont capables de délivrer. Comme d'autres lieux jugés sensibles, les locaux de Charlie Hebdo étaient sous la protection d'une surveillance policière discrète ; pas de quoi stopper l'assaut surprise d'une équipe d'islamistes soigneusement préparée, cependant. Cela relativise quelque peu le sentiment de sécurité que les autorités tentent d'instiller en plaçant le plan Vigipirate au niveau "alerte attentat" - à moins que ce ne soit "rouge clignotant", "feu divin" ou n'importe quelle autre dénomination que le service marketing du gouvernement aura jugé appropriée.

Charlie Hebdo était un journal satirique aussi irrévérencieux que provocant. Je pensais un moment à un titre digne de lui et de son prédécesseur Hara-Kiri, comme "Gags en rafale à Charlie Hebdo: Douze morts" mais combien de gens se seraient offusqué avec raison de cet hommage douteux? L'humour n'est pas drôle lorsque l'on parle de la mort des siens et que les corps sont encore chauds. Mais si les cadavres du jour s'étaient compté dans une église ou dans les locaux de Minute, le journal d'extrême-droite honni, Charlie Hebdo n'aurait guère hésité à faire dans la faute de goût.

C'est là sans doute que se révèle la véritable leçon du jour: être de gauche ne protège pas des islamistes. Vous êtes encarté chez les socialistes ou les communistes? Vous êtes ami du "peuple palestinien"? Vous exécrez les juifs et souhaitez tout le mal du monde à un type comme Zemmour? Pas de problème. Vous aurez droit à la mort à votre tour, comme tous les autres chiens d'infidèles.

La leçon est certainement choquante pour beaucoup de belles âmes à Paris et ailleurs, qui pensaient peut-être qu'arborer un keffieh, cuisiner "exotique" et célébrer la diversité les sauveraient de la folie meurtrière des islamistes. Il n'en est rien. Projetant trop loin son goût partagé pour la destruction de la civilisation occidentale, le gauchiste de base peu regardant sur ses amitiés pourvu que l'autre haïsse l'Occident autant que lui oublie que les musulmans (et les islamistes en particulier) n'ont rien de cool. Ils sont croyants, et n'allez pas brandir votre athéisme sous le nez. Ils ne tolèrent pas le mariage gay. Ils ne veulent rien entendre de l'égalité homme-femme. Ils ne pardonnent pas - et pratiquent volontiers la mutilation, la décapitation, la lapidation et d'autres peines lourdes et sans rémission, assez loin des jours-amende-avec-sursis dont nos progressistes post-modernes sont si friands.

Le massacre de l'équipe éditoriale de Charlie Hebdo est là pour le rappeler. La gauche se berce d'illusions en croyant partager des valeurs avec ces gens-là, c'est ce que crient des gens comme Riposte Laïque depuis des années à la gauche officielle - celle-là même dont les spins doctors et autres spécialistes en communication travaillent d'arrache-pied pour remodeler la réalité. Dès demain, ils nous expliqueront que le massacre qui vient d'avoir lieu dans les locaux de Charlie Hebdo par des islamistes aux cris de Allah Akbar n'a rien à voir avec l'islam.

Ils endormiront le peuple, ils savent le faire - jusqu'à la prochaine attaque.

04 janvier 2015

Pour les Fêtes, prenez un peu de langue de bois

Certains lecteurs curieux du Figaro seront comme moi tombés sur une chronique au titre cinglant - Oui-oui au pays du déficit et du chômage - évoquant un site encore plus curieux, édité par le gouvernement français, le "kit repas famille".

Je préviens, c'est du lourd.

Le Kit Repas Famille (ou encore #KitRepasFamille en langue 2.0) est une espèce de pense-bête sensé donner réponse à tout sur chaque sujet politique qui viendra immanquablement à émerger pendant un repas en société - et comment répondre pour montrer que le pouvoir socialiste a plus d'un tour dans son sac, non mais!

 A mi-chemin entre le bingo et le jeu de l'oie, le style et les sujets abordés montrent qu'on est dans le plus grand professionnalisme:

kit_repas_famille.jpg
(cliquez sur l'image pour agrandir)

Sous chaque vignette, un argumentaire résumé destiné à prouver que le Gouvernement Travaille™ et que si les résultats ne sont pas là ils ne sauraient tarder. La version web donne accès à des liens vers un argumentaire "avancé" pour les plus masochistes ; les autres pourront se limiter à une version à découper et à coller pour avoir judicieusement le petit manuel socialiste dans la poche au moment opportun:

- Moi, je le dis franchement, je n'arrive plus à boucler mes fins de mois.

- ...

- Qu'est-ce que tu fais Dédé à regarder ton pantalon ? On dirait que tu as trouvé un rat au fond de ta poche ?

- (Dédé, s'éclaircissant la voix) Mais non tu es beaucoup plus riche que ce que tu crois! Le Gouvernement a pris une série de mesures pour le pouvoir d'achat : baisse de l'impôt sur le revenu pour certains ménages, réforme du mode de calcul du prix du gaz et de l'électricité, frais d'agences immobilières réduits (divisés par 2 à Paris), encadrement des loyers à la relocation...

- Certains ménages, pour sûr, mais certainement pas le nôtre. Et qu'est-ce que tu me chantes sur les frais d'agence immobilière à Paris? On vit à Tourcoing depuis seize ans! Quant au calcul du gaz et de l'électricité, tu m'excuseras mais ça monte...

- ...Sans compter la loi consommation qui permet de réduire le prix de bien des choses : assurance emprunteur, produits à lentilles, tests de grossesse...

- Dédé ? Qu'est-ce que tu baragouines sur ces machins d'assurance dont je n'ai jamais entendu parler ? Des produits à lentilles ? Des tests de grossesse ? Tu es sûr que tout va bien ? Tu crois que ces machins changent notre pouvoir d'achat au quotidien ?

- Je... Euh... (Dédé fouille nerveusement les petites fiches dans sa poche alors qu'une vague de sueur le submerge)


Oui, bon, on ne peut pas gagner à tous les coups.

La propagande gouvernementale française semble sans limite. On cherchera en vain par quel texte de loi l'Etat socialiste s'alloue ainsi l'argent des contribuables pour faire son autopromotion. Quant aux diplômés communicants derrière l'opération de comm, on dénichera une photo possible de la fine équipe au détour d'une page non trouvée sur le site, probablement en pleine séance de brainstorming.

Les réponses choisies mélangent allègrement le vrai et le faux. Ainsi, à l'assertion "les Français travaillent moins que les autres" le gouvernement répond que la productivité horaire française est supérieure à ses équivalents allemands ou anglais - ce qui est rigoureusement exact. Avec un Etat obèse représentant 57% du PIB du pays et le carcan des 35 heures, le secteur privé n'a pas d'autre choix que de lutter comme un lion pour éviter l'effondrement immédiat, une simple question de survie. Mais cette vérité-là n'est évidemment pas bonne à rappeler. Alors, à la place, on a droit à une statistique invraisemblable comme seuls des énarques peuvent en pondre:

"En 2 ans, 1 société sur 6 a introduit des produits nouveaux qui n'existaient pas sur le marché."


Produits nouveaux, quelle étrange définition! Selon quels critères ? Quel marché ? Par des "sociétés" de quelle taille ? Avec quel taux de réussite ? Et pourquoi sur une période de deux ans ? Ramener cette mesure improbable à une société sur 12 en rythme annuel faisait moins vendeur, sans doute...

On notera le mélange pêle-mêle de catégories rigoureusement opposées, comme "le problème c'est l'austérité / le problème c'est que l'Etat dépense trop", ou encore "l'Etat ne fait rien pour les patrons / l'Etat fait tout pour les patrons". Les auteurs ne s'en cachent même pas, plaçant ces thèmes les uns à coté des autres sans doute pour susciter une forme d'humour.

Le résultat suscite un certain malaise. Quelqu'un qui défend quelque chose et son contraire ne peut pas être de bonne foi. A moins de renoncer à la santé mentale, ou à toute représentation réaliste de la réalité.

Mais ce paradoxe est au cœur du socialisme - le mythe d'une perception de la réalité plus forte que la réalité elle-même. Le socialisme se joue des mots et les mots représentent d'ailleurs son seul domaine d'existence. Pour que le socialisme réussisse il suffit en théorie que suffisamment de croyants sincères se forcent à scander "tous ensemble tous ensemble" dans une incantation (les manifestations, autre symbolisme de la gauche, sont une autre célébration propice au phénomène) et alors, selon le dogme, la réalité pliera.

L'insécurité est un "sentiment" - il suffit de la nier, et nous nous sentirons en sécurité. La croissance est "dans les esprits". La consommation dépend du "moral" des ménages plus que de leur réelle situation économique. La courbe - parlons plutôt de ligne droite - du chômage s'inversera par la force de la volonté du Président et de son équipe...

C'est le règne de la pensée magique, mais cette pensée magique est le seul domaine d'influence du socialisme. Si la prospérité pouvait se payer de mots le socialisme et ses avatars auraient été couronnés de succès depuis longtemps. Nous savons qu'il n'en est rien ; mais inlassablement, parce que c'est sa seule façon d'agir, le socialisme essaye de formater les esprits, d'embellir la perception de la réalité, de faire passer des vessies pour des lanternes. Un travail de bénédictin pour lequel toutes les bonnes volontés sont requises, au point de devoir fournir un kit de prêt-à-penser en langue de bois jusque dans les repas familiaux lors des fêtes de fin d'années.

Pitoyable de devoir en arriver là, et tout aussi pitoyable de penser que pareille opération puisse sauver la France du naufrage.

27 décembre 2014

Islamofolie

France, gendarmerie du Roussillon, dans l’Isère, à la limite de l’Ardèche: Trois blessés dans une gendarmerie "par un déséquilibré armé d’un couteau criant Allah Akbar". L'homme, trentenaire employé dans une société de chimie, se livra à cette attaque trois jours après être rentré d'un pelérinage à la Mecque, voyage au cours duquel "il avait considérablement changé de comportement de l’avis même de ses proches", comme le rapportent les journalistes d'un quotidien régional. Mais c'était en mai 2013 - médiatiquement, autant dire le siècle passé.

france,islam,terrorisme,folieFrance, Joué-lès-Tour, attaque d'un commissariat cette fois-ci, encore aux cris de Allah Akbar. Le 20 décembre, il y a quelques jours à peine. Le forcené blesse trois policiers avant d'être abattu. Les premiers éléments de l'enquête privilégient la piste de l'islamisme radical pour expliquer les motivations de Bertrand Nzohabonayo, l'agresseur, converti à l'islam trois ans plus tôt. Il avait publié une photo du drapeau de l'organisation Etat islamique sur son profil Facebook deux jours avant de passer à l'acte.

France, Dijon, le lendemain. Un "déséquilibré" fonce dans la foule avec sa Clio, fauchant onze passants, encore une fois aux cris de Allah Akbar. Mais tout va bien: c'est un simple déséquilibré, suivi en hôpital psychiatrique, explique une source policière.

France, Nantes, le 22 décembre. Une voiture folle fonce sur le marché de Noël en faisant plusieurs blessés. A noter que le marché, situé en zone piétonne, n'est accessible aux véhicules qu'avec un badge permettant d'abaisser des bornes. Mais le lendemain, tout va bien: c'était un simple conducteur ivre - 1,80g d'alcool par litre de sang - et les cris de Allah Akbar n'étaient que le fait de Mohammed qui passait par là et avait laissé s'échapper, un peu fort, une exclamation de circonstance alors qu'il tentait de venir en aide... Au conducteur.

Le point commun entre tous ces événements? Ils n'ont aucun rapport avec l'islam.

Croire autrement serait faire preuve de simplisme, voyez-vous. Les journalistes de garde ont immédiatement entamé un ingrat travail de mise en contexte pour expliquer par exemple dans le cas de l'attaque du commissariat de Joué-lès-Tours que les motivations de l'individu n'ont rien à voir avec le terrorisme islamique. Depuis, ils vont plus loin, allant jusqu'à proclamer qu'aucune de ces attaques n'a le moindre rapport ni avec des actes de mimétisme, ni avec une quelconque loi des séries, ni avec le terrorisme islamique bien évidemment.

La faute à pas de chance, en somme. Ne riez pas, avec quelques semaines de ce matraquage (si l'actualité n'offre pas de piqûre de rappel) le message passera comme une lettre à la poste. L'homme qui s'avisera d'aborder en société le sujet des islamistes européens se verra immédiatement rabroué par force haussements de sourcils et les commentaires assassins qui vont de pair: "ce sont des malheureux qui ont besoin de notre aide, voyons."

Mais quelque part, et malgré tous les efforts visant à la faire paraître autrement, la réalité existe. Comme l'explique dans les colonnes du Figaro Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris et directeur général du CAT (Centre d'analyse du terrorisme), les attaques subies par la France sont indiscutablement des actes de terrorisme: 

On a affaire à une attaque criminelle sur des civils ou des symboles de l'Etat, au nom d'une cause symbolisée par le cri «Allah Akbar». Le mode opératoire, de plus, correspond exactement au message diffusé depuis septembre par l'Etat islamique, qui demande à tous ceux qui ne peuvent le rejoindre de frapper les pays de la coalition, dont la France, sur leur propre territoire.


La France n'est pas le seul pays frappé. Rappelons les attentats subis par le Canada en 2014 (deux soldats tués par une voiture, et un tireur fou au Parlement d'Ottawa) qui ont marqué la population locale au point de définir ces deux événements comme les nouvelles les plus importantes de l'année. D'autres pays du monde, jusqu'en Australie, ont subi des attaques selon des procédés remarquablement similaires: prises d'otage, tireur fou, assaut avec une voiture... Et toujours des revendications islamistes. A chaque fois on nous parle de loup solitaire. Une meute de loups solitaires!

Le terrorisme frappe les esprits. Il plonge les victimes dans la prostration et diffuse un sentiment de panique à travers toute une population. Ces conséquences psychologiques constituent son principal objectif. Le terrorisme - islamique ou autre - ne vise pas à détruire une population entière, il en serait bien incapable, mais à susciter stupeur et passivité auprès de tout le monde, étouffant peu à peu toute velléité de résistance individuelle. Chacun n'ambitionne plus rien d'autre que de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

Qu'il soit accompli par des faibles d'esprit n'a guère d'importance ; la question n'a d'intérêt que pour les tribunaux et les juges d'application des peines. Là encore, les islamistes ont une longueur d'avance puisque tous les kamikazes sont par définition suicidaires... Un exemple parmi tant d'autres de l'inadéquation entre la justice occidentale et l'état d'esprit médiéval de fanatiques légèrement débiles cherchant le salut dans le sacrifice. Si d'aventure un authentique malade est partant, il n'aura quant à lui qu'à crier la formule magique au sommet de son délire pour donner une dimension politique à son acte pathologique.

Suivant une longue dérive hygiéniste de la justice occidentale où les formes les plus extrêmes du mal ne sauraient être que les conséquences d'une forme d'affection de l'esprit, l'avis d'un psychiatre pèse bien plus sur l'issue d'un procès que les plaidoiries du procureur. Le résultat? Si vous êtes fou, vous pouvez tout vous permettre.

La synergie entre islamisme et maladie mentale est promise à un bel avenir. Elle garantit aux terroristes - s'ils survivent à l'excitation du moment - d'avoir une porte de sortie des plus agréable avec aménagements de peine, soins particuliers et d'immenses efforts de réintégration, le tout payé par l'argent de ceux qu'ils combattent. Difficile de faire mieux.

Que nous réserve l'avenir? Là encore le docte M. de Montbrial nous donne un plaisant aperçu de la vie qui nous attend dans nos sociétés vaincues, tant que nous refuserons de réaliser que nous sommes en guerre:

Chacun doit continuer à vivre normalement, en s'habituant toutefois à être particulièrement vigilant dans les lieux publics.


La prochaine fois que vous entendrez des coups de feu et des détonation aux cris de Allah Akbar, n'appelez pas la police mais juste une ambulance: un pauvre hère dans les alentours a visiblement besoin de soins.

Si les islamistes sont aisément défaussés comme fous, nos gouvernements souffrent, eux, de déni. Le mal n'est pas moins grave.

18 décembre 2014

Quand Greenpeace détruit le Patrimoine Mondial

Un "attentat" - c'est par ces mots que le ministère de la Culture péruvien a qualifié l'action de Greenpeace, dont des activistes ont pénétré vendredi le site archéologique protégé de Nazca, au sud du pays, et l'ont endommagé. Mais ce n'est pas le genre de nouvelles qui fera les gros titres en Suisse: un entrefilet sur le site d'information continue de la RTS et... C'est tout. Qui oserait ternir la réputation de l'organisation sous nos latitudes?

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Le géoglyphe du Colibri, avant.

Le site de Nazca au Pérou est mondialement connu pour abriter des géoglyphes, de fameuses figures tracées sur le sol représentant des animaux stylisés ou des formes géométriques, s'étendant sur des centaines de mètres. Les tracés sillonnent le désert sur plus de 500 km2. Créées entre -500 et 500 de notre ère, on suppose qu'elles auraient servi des buts rituels mal connus. Ne pouvant être convenablement contemplées que depuis les airs, les mystérieuses circonstances qui ont donné lieu à leur création ont suscité les hypothèses les plus folles.

Inscrites au Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'UNESCO depuis 1994, les grandes figures sont aussi vastes que fragiles ; elles ont été tracées en retirant du sol du désert les cailloux rougeâtres qui le recouvrent pour laisser paraître la couche de sable en-dessous. La conservation de ces traces ne s'explique que par la sécheresse - le désert de Nazca est une des zones les plus arides du monde - et une préservation sans compromis de ces œuvres à l'époque moderne.

greenpeace,pérouPour éviter d'effacer les lignes, l'accès au site est sévèrement réglementé. Les rares visiteurs admis, comme les scientifiques, doivent s'équiper de semelles spéciales, des sortes de raquettes de mousse, pour diminuer la pression que leur poids exerce sur le sol ; le but est d'éviter de bousculer les cailloux ou de chasser le sable mis à jour, ce qui reviendrait à effacer les lignes dans les deux cas.

Des précautions dont Greenpeace n'a eu que faire.

Présente à Lima dans le cadre de la conférence de l'ONU sur le climat réunissant 190 pays, l'organisation a envoyé une équipe d'activistes dans le désert de Nazca avec pour mission de déployer un slogan pour frapper les esprits: "C'est le temps du changement, le futur est renouvelable" ("Time for Change, Future is renewable -- Greenpeace" en version originale)

Sans aucun respect pour le site, agissant sans autorisation, le groupe de 12 à 15 personnes aurait pénétré dans la zone chaussées de bottes et de chaussures de sport. Les images sont sans équivoque:

greenpeace,pérou
Greenpeace détruit l'environnement pour préserver le patrimoine, ou l'inverse, on s'y perd un peu

Ce faisant, les militants ont laissé des traces. Leur cheminement est visible par vue aérienne. Les dégâts les plus importants se trouvent sur la zone où ils installèrent leur slogan ; les marques en sont encore nettement perceptible même une fois les lettres "temporaires" retirées. Beaucoup plus grave, ils ont irrémédiablement endommagé la figure dite "du colibri" en coupant à travers elle pour atteindre la zone qu'ils visaient!

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Une ligne du Colibri après le passage des militants de Greenpeace

L'opération de communication s'est transformée en désastre. Le Pérou, dont le gouvernement était traditionnellement allié à Greenpeace, contemple désormais l'organisation avec horreur. Le directeur exécutif de Greenpeace Kumi Naidoo ira prochainement à Lima pour s'excuser personnellement auprès du gouvernement péruvien mais cela ne suffira pas: celui-ci a décidé de lancer une plainte pénale pour identifier et arrêter les activistes avant qu'ils ne quittent le pays.

Le gouvernement péruvien a clairement annoncé que l'enquête ne s'arrêterait pas aux exécutants mais qu'ils remonteraient aussi haut que nécessaire pour faire la lumière sur les donneurs d'ordre à l'origine de cette opération.

Kumi Naidoo explique que l'organisation fera "tout ce qu'elle peut" pour réparer son erreur ; encore faudrait-il que cela soit possible... Il n'est pas aisé pour Greenpeace de se retrouver tout d'un coup sur la sellette des destructeurs de l'environnement.

15 décembre 2014

Zurich: les casseurs sont de sortie

"Comment cela est-il possible dans un pays parfait?" demande un internaute face à la déferlante de violence qui a eu lieu à Zurich dans la nuit de vendredi à samedi. Que lui répondre? Que ses prémisses sont peut-être fausses?

zurich_emeutes.jpgLa Suisse n'a rien de parfaite, ni même de calme. La violence la plus bestiale menace sous une surface en apparence apaisée. Malgré la rigueur des nuits de décembre, des centaines de casseurs d'extrême-gauche en ont fait la démonstration au centre de Zurich en dévastant tout sur leur passage:


[La manifestation non-autorisée, comportant quelque 200 manifestants, masqués et armés de barres de fer, de bâtons et de pointeurs laser et pour la plupart issus de la gauche autonome,] a fait non seulement plusieurs centaines de milliers de francs de dégâts matériels, mais des personnes ont aussi été blessées. Selon la police municipale, sept agents ont dû être hospitalisés pour des lésions aux yeux et à l'ouïe. Les émeutiers ont agi dans les 3e et 4e arrondissements de la ville et ont "délibérément attaqué" les forces de l'ordre, écrit samedi 13 décembre la police. (...)

Les manifestants ont également détruit de nombreuses vitrines, pillé des magasins, mis le feu à des voitures et à des conteneurs.(...) Plusieurs véhicules d'intervention ainsi que des locaux de la police ont été sérieusement endommagés. Les manifestants ont également brisé toutes les vitres d'un restaurant bondé, dont les clients apeurés ont dû se réfugier au sous-sol et dans une arrière-salle.


Le Matin semble prendre beaucoup de recul par rapport à la nouvelle: il ne s'en fait l'écho que le lundi suivant, y compris dans sa version électronique, qui n'est pas soumise aux impératifs de délai de la version papier. Il est difficile de ne pas y voir une certaine volonté d'apaisement face aux événements, hypothèse confortée par l'absence de tout éditorial indigné face à la brutalité des casseurs. Imagine-t-on la réaction médiatique si ces brutes avaient arborés une signalétique d'extrême-droite? Seulement, pour trouver trois cent sympathisants d'extrême-droite se livrant à une guérilla urbaine il faut se lever tôt... On a pourtant un aperçu du déferlement de violence exercé par les émeutiers:

Les policiers ont été visés par des jets de pierres et d'engins pyrotechniques. Une torche a été lancée dans une voiture de patrouille et l'équipement d'une policière a pris feu. Elle est heureusement indemne, écrit la police.


La Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) a exprimé sa consternation face à cette "haine aveugle et destructrice" et réclamé qu'une telle agression soit qualifiée de tentative de meurtre. Pour que Mario Cortesi, porte-parole de la police municipale, en vienne à concéder qu'il n'a "jamais vu cela depuis dix ans" on devine que certains paliers ont été franchis.

Que réclamaient les "manifestants"? De "reprendre le contrôle de la rue", selon un communiqué délivré sur Indymedia. "Nous reprenons possession de la rue pour protester contre l’embourgeoisement progressif de la ville et la destruction des projets alternatifs", indiquaient les activistes. En tête du "cortège" des manifestants arboraient ainsi une banderole massive ornée de l'inscription en anglais Reclaim the Streets (reprenons possession des rues).

Difficile de croire à un message destiné au public alors que la manifestation était dès le départ prévue de nuit. Tout dépend de ce que l'on entend par "possession", je suppose. Il faut reconnaître que dans les faits, nos activistes anticapitalistes n'ont pour le moins pas perdu le sens de l'intérêt matériel, comme en témoignent les annonces de dégâts enregistrées à la suite de leurs exactions. Au milieu des vitrines brisées et des voitures incendiées, un bijoutier a ainsi signalé s'être fait voler "pour 100'000 francs de bijoux", sans doute des altermondialistes coquets, et aussi que "neuf automates à billets des transports publics ont été endommagés" - sans doute une odieuse méprise face au vivrensemble communautaire et festif que nous garantissent les transports publics...

Qu'a fait la police? A part prendre des coups et éteindre les vêtements en feu de ses membres, rien. Ou si peu. Les policiers ont dû utiliser des canons à eau. On attend les plaintes des personnes mouillées par grand froid.

Malgré des heures d'affrontement on compte seulement quatre arrestations de suspects âgés de 20 à 36 ans. Deux sont "de Suisse" (sic), un de la Principauté du Liechtenstein et le quatrième du Royaume-Uni, nous expliquent les médias fiers de pouvoir brandir pour l'occasion un échantillon représentatif d'une criminalité de terroir.

Les Zurichois traumatisés par cette nuit de barbarie peuvent dormir tranquille ; plus que 196 émeutiers en liberté dans les rues! La justice prévaudra!

Ne tirons pas à boulets rouges sur la police zurichoise ; elle a certainement ramassé plus que sa part de projectiles lors des dernières nuits. La faiblesse du nombre d'arrestations s'explique peut-être par des ordres venus d'en haut. Zurich est en effet une ville fièrement à gauche, et les édiles de gauche ont souvent beaucoup de compréhension pour l'enthousiasme de leurs petits camarades rebelles, une jeunesse à laquelle ils ont souvent appartenu. Pensons à la façon dont les élus de gauche - dont Mme Savary - s'apposèrent à Berne à la motion de M. Fehr de l'UDC pour interdire les cagoules lors des manifestations!

Comme le fait remarquer un internaute avec ironie, "les Zurichois ont les autorités laxistes qu'ils méritent". Il est vrai que l'embourgeoisement continu de la ville avec des quartiers écolo-compatibles et friches industrielles réaménagées repoussent peu à peu les limites d'une zone de non-droit où s'ébattaient encore joyeusement squats altermondialistes et autres salles de concert citoyennes improvisées. Les habitants de ces secteurs n'entendent pas laisser leur place aux bobos.

Nous assistons donc à une opposition entre deux courants de gauche. Quand la croissance bourgeoise-bohème empiète sur les plates-bandes de la gauche radicale, il y a forcément des frictions - frictions qui engendrent de la chaleur qui entraîne à son tour des incendies. Quoi de plus normal au bout du compte! Mais rassurons-nous, à la fin tout cela sera certainement payé par le contribuable.