20 décembre 2019

Les jouets des militaires

Une petite touche de désinformation nous vient du 20 Minutes, comme ça, en passant:

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Photo d'écran 20 Minutes

Notez bien la photo d'illustration de l'article: une maquette en plastique entre les mains d'un personnage vêtu de ce qui semble être une tenue militaire.

L'article remonte au jeudi 19 décembre. Il contient sa propre galerie d'images, où cette photo ne figure évidemment pas. Cela signifie que si la rédaction de 20 Minutes avait souhaité une photo d'illustration, elle n'avait qu'à se servir, sans fournir le moindre effort.

La photo d'illustration présentée sur les pages qui renvoient à l'article est donc le résultat d'une volonté de présenter le sujet sous un certain jour.

Pour ceux qui se demanderaient pourquoi on choisit de représenter des avions de combat sous la forme de maquette en plastique entre les mains d'un militaire, je les renvoie à la campagne qui eut lieu en 2014 pour l'achat d'avions Gripen. La campagne des socialistes, dont on connaît l'aversion pour toute armée qui n'est pas rouge, avait constamment dénoncé des "jouets de luxe pour les pilotes militaires".

L'argument des jouets avait été mentionné à d'innombrables reprises au cours de la campagne. Il est encore ressorti aujourd'hui alors que le besoin de remplacement de la maigre flotte aérienne vieillissante helvétique se fait de plus en plus ressentir.

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Une affiche de la campagne de 2014 où là encore l'avion de combat était présenté comme un jouet - un simple pliage de billet de banque.

Il ne s'agit donc absolument pas d'une "image d'illustration". Elle n'a rien d'anodin. Elle vise à imprégner l'esprit du lecteur à un niveau quasiment subconscient en lui faisant associer le jouet et l'appareil militaire, de façon à mieux orienter son choix lorsqu'il lui faudra prendre parti lors du prochain débat public sur le sujet.

La propagande, ça se travaille, et comptons sur les médias suisses pour la travailler quotidiennement.

13 décembre 2019

La victoire de Boris Johnson

La presse avait belle mine ce matin. Après des semaines de Fake News, les résultats des élections anglaises ont fini par tomber: les Conservateurs remportent une victoire historique.

Pour nous en rendre compte, citons Le Figaro:

Boris Johnson a réussi son pari. Les conservateurs se sont dotés hier d’une écrasante majorité, sans précédent depuis l’ère Thatcher. Ils remportent une majorité absolue de 365 sièges sur les 650 de la chambre basse du Parlement, soit 48 sièges de plus, une victoire historique, à l'issue des législatives anticipées de jeudi. Selon les résultats définitifs rendus publics ce vendredi, l'opposition travailliste a perdu 59 sièges, avec 203 députés, lors de ce scrutin centré sur la mise en œuvre du Brexit. Les nationalistes écossais du SNP remportent 48 sièges, les Libéraux-démocrates 11, les unionistes nord-irlandais du DUP, 8. Le taux de participation a été de 67,3%.


Il s'agit d'un premier article, neutre et factuel, rendant compte des scores et de leur comparaison. Les Travaillistes enregistrent leur plus mauvais score depuis... 1935. Le marxiste Jeremy Corbin a été mis en déroute, sa carrière politique est terminée. À la victoire des Conservateurs pro-Brexit s'ajoutent les défaites particulières de nombre de ténors de l'opposition:

Des têtes importantes sont tombées. La patronne des Libéraux-démocrates, Jo Swinson, a été battue dans sa circonscription d'East Dunbartonshire, dans l'ouest de l'Ecosse (...). Leur promesse d'annuler le divorce sans nouveau référendum a été jugée antidémocratique, même parmi les europhiles. Les Lib-Dems étaient pourtant arrivés à la deuxième place aux élections européennes de mai dernier, obtenant 20,3% des voix.

La nuit a été rude aussi pour les députés conservateurs frondeurs, qui s’étaient levés contre Boris Johnson en septembre. L’ancien ministre de la Justice David Gauke ou l’ex-attorney general Dominic Grieve, qui se présentaient comme candidats indépendants, ont ainsi été battus. Tout comme Sam Gyimah et Antoinette Sandbach, qui avaient fait défection chez les Lib-Dems. Seuls les frondeurs qui avaient retrouvé l’investiture, comme Greg Clark et Stephen Hammond, ont été réélus.


Et même si, plus tard dans la journée, les rédactions reprendront du poil de la bête pour recommencer leur ronde de piaillements de mauvaise augure, cet épisode de clarté aura été salutaire au milieu d'un océan de désinformation inondant pratiquement tous les médias depuis des semaines.

Rappelons-nous! Boris allait échouer, c'était probable. Il n'aurait pas sa majorité, ou l'aurait à peine. L'écart avec les Travaillistes se réduisait. L'avance des Conservateurs fondait. Boris était nerveux et menait une campagne loufoque. L'ombre planait sur les élections. On pourrait trouver des milliers d'articles chargés de faire vivre la flamme d'espoir du camp anti-Brexit...

Las! depuis trois ans et demi et le vote du Brexit, les Anglais ont toujours persisté. À l'inverse de leur classe politique. Choix de l'establishment, Theresa May ne fut rien d'autre que l'agent de Bruxelles, chargée de faire digérer un traité colonial à ses propres troupes, lesquelles se rebellèrent. A-t-on déjà oublié pendant combien de mois les médias ont vendu aux Anglais et aux Européens que l'accord qu'elle avait ramené de Bruxelles était à la fois "le meilleur possible" et "impossible à renégocier"?

En provoquant des élections anticipées à partir d'une position vaseuse, Mme May réussit une des plus calamiteuses dissolutions du Parlement. Elle laissa le Royaume-Uni à peu près ingouvernable - entre des Remainers divisés et des Brexiters qui l'étaient tout autant.

Le plus grand mérite de Boris Johnson n'est pas d'avoir repris le rôle de Premier Ministre mais d'avoir assaini la vie politique britannique. Il eut à affronter des factieux dans son propre parti, des élus qui firent défection en changeant d'étiquette. Il affronta la traîtrise de caciques qui communiquèrent ses plans aux médias et à ses adversaires politiques. Il affronta des juges partisans. Il affronta sa propre famille.

Et il affronta les médias.

Tant "d'experts" qui nous ont expliquaient que M. Johnson était un pitre, qu'il allait prendre une raclée, que le référendum était une erreur et qu'il fallait en organiser un deuxième... Tant d'articles de médias bien-pensants voulant nous faire croire depuis longtemps que les Anglais ne voulaient plus de ce Brexit...

On ne peut que constater que les "analyses", tribunes et autres prédictions des chroniqueurs, experts, éditorialistes, observateurs, directeurs de "think tanks" et autres spécialistes sur ce sujet, comme sur bien d’autres, sont totalement démenties.

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On peut le dire, la victoire électorale des Conservateurs jeudi 12 décembre est avant tout celle d'un homme. un homme imparfait mais sincère, qui s'est battu contre vents et marée depuis des années au nom d'une démocratie que tous ses adversaires n'avaient en permanence à la bouche que pour mieux la trahir par leurs actes.

Boris Johnson montre que la volonté et l'intégrité permettent de soulever des montagnes.

Même si l'Europe "se félicite" des résultats d'aujourd'hui, les rires sont jaunes dans les couloirs du Parlement européen. Désormais la sortie anglaise de l'UE ne semble plus faire de doute. Il restera des points à régler, à commencer par la "relation future" des Européens avec un Royaume-Uni redevenu souverain, mais gageons pour Boris Johnson que le plus dur est derrière lui.

Ceux qui pensent que l'Union Européenne a encore des moyens de pression sur le Royaume-Uni se trompent, comme ils se trompent toujours. L'UE ne fait plus rêver personne depuis longtemps. Boris Johnson va négocier un accord très avantageux avec une UE qui ne peut se passer ni du marché britannique ni de son armée. Il va économiser sa contribution à l'UE. Il concluera un accord commercial préférentiel avec les USA.

le "sens de l'Histoire" a singulièrement évolué. Encore un populiste est porté au pouvoir, après Trump, Orban, Salvini (bientôt de retour au pouvoir), Bolsonaro et bien d'autres.

10 décembre 2019

Une histoire de banane...

La Banane collée au mur d'Art Basel à Miami Beach est devenue un phénomène mondial. Mais cette histoire recèle encore bien des surprises.

Marché de l'art devenu fou, gaspillage de nouveau riche, blanchiment d'argent devant tout le monde, les commentaires ont fusé lorsque la nouvelle "œuvre" de Maurizio Cattelan - une banane scotchée à un mur, intitulée "Comedian" - a trouvé preneur pour 120'000 dollars.

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Le buzz s'accentua encore dimanche lorsque la banane fut mangée. Comme le relate 20 Minutes:

[David Datuna], qui se décrit comme un artiste américain d'origine géorgienne installé à New York, décolle la banane du mur blanc, la pèle et la mange devant une foule de curieux. Il y voit une «performance artistique» qu'il intitule «Hungry Artist» («Artiste ayant faim»), avant de se faire escorter à l'abri des regards par la sécurité.

Le préjudice n'est que très relatif, selon la galerie Emmanuel Perrotin, qui a vendu "Comedian». «Il n'a pas détruit l’œuvre. La banane, c'est l'idée», a expliqué son directeur des relations avec les musées Lucien Terras, au quotidien «Miami Herald». (...) Toute la valeur réside en effet dans le certificat d'authenticité, le fruit étant censé se faire remplacer régulièrement plutôt que de pourrir. D'ailleurs, au bout d'un quart d'heure une nouvelle banane était scotchée au mur.


Tout est bien qui finit bien, on rigole (et on se demande pourquoi Maurizio Cattelan n'a pas directement vendu un certificat d'authenticité pour un mètre-cube d'air en suspension, s'épargnant ainsi la recherche d'un fruit et d'une section de ruban adhésif).

Quelle audace! Quelle folie! Quel homme!

Mais il y a davantage en termes de prise de risques.

Alors que la banane scotchée fut remplacée plusieurs fois et finit par quitter son emplacement, plus tard, un autre artiste, Rod Webber, vit une opportunité. Il traversa la foule jusqu'au mur blanc le plus célèbre de l'exposition, et commença à griffonner un message avec un doigt enduit de rouge à lèvres: "Epstien (sic) didn't kill himself" (Epstein ne s'est pas suicidé).

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Photo via Twitter/@GiancarloSopo | Capture d'écran via Facebook/Rod Webber

La réaction de la galerie fut immédiate: la sécurité s'empressa de couvrir le graffiti pour en cacher la vue au public, alors que Rod Webber fut arrêté. Voilà pour la liberté artistique! Voilà pour la liberté d'expression!

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Une réaction sur Twitter

La sécurité lui avait intimé d'arrêter mais il refusa de s'exécuter, arguant que David Datuna, le mangeur de banane, n'avait pas été puni pour son acte (Art Basel exprima dans un communiqué qu'il avait "violé le règlement du festival et fut escorté à l'extérieur" mais il ne fut pas autrement inquiété.)

Rod Webber fut accusé de vandalisme mineur mais passa tout de même la nuit de dimanche à lundi en prison. Il en fut libéré à cinq heures du matin. Il témoigna dans un des rares journaux à évoquer l'histoire qu'il avait été à son avis injustement traité, alors qu'il tentait seulement de "perpétuer l'esprit du week-end."

Pourquoi a-t-il été traité différemment? Selon lui, "c'est parce que je ne suis pas assez célèbre", explique-t-il, "ou je ne fais pas partie d'une opération de comm' planifiée d'avance, ce qui était probablement le cas, et je les ai mis en face de leurs foutaises."

Ironiquement, Webber n'a pas d'avis particulier sur la mort d'Epstein. Mais il défend une approche culturelle du pouvoir des mèmes, et reconnaît que celui d'Epstein est particulièrement saisissant. Il essaya même de se présenter comme candidat à une élection locale sous le nom de Rod "EspteinDidntKillHimself" Webber sur les bulletins de vote, mais sans succès.

Cette histoire de banane est finalement très instructive, puisqu'elle permet de situer le curseur sur ce qui constitue aujourd'hui une "transgression".

La transgression n'est pas dans la vente hors de prix d'une banane scotchée à un(e) parvenu(e) avec plus d'argent que de bon sens. Elle n'est pas dans la pseudo-destruction de cette œuvre par un autre "artiste". Elle l'est dans un message polémique griffonné sur un mur.

On peut mesurer la transgression au silence soudain des médias principaux sur ce qui s'est passé à Art Basel. Les reportages s'enchaînaient avec force envoyés spéciaux et sondages, et puis soudain, rideau. Notez par exemple que 20 Minutes accordait encore un article lundi - donc après cet épisode - au mangeur de banane, mais sans piper mot du slogan sur Epstein. Même Fox News botta en touche en évoquant une "foule incontrôlable" autour de la banane scotchée, et rien de plus.

Epstein s'est-il réellement suicidé? De nombreux indices tendent à faire penser que non (oh, j'oubliais, son banquier s'est aussi suicidé). En fait, il n'y a guère de faits prouvant la version officielle du suicide - seulement les conclusions contestées du médecin légiste qui examina le corps.

La mort d'Epstein est donc l'inverse d'une théorie du complot. Dans une théorie du complot, l'illuminé parvient à "croire" malgré tous les indices contraires ; mais dans le cas d'Epstein, c'est le grand public qui est invité à "croire" malgré tous les indices contraires. La version officielle est donc particulièrement fragile, et les médias deux fois plus vigilants - quelqu'un a-t-il dit irritables? - sur le sujet. Il est instructif de constater à quel point les autorités artistico-politico-médiatiques agissent de concert, sur un sujet aussi banal qu'un graffiti sur un mur dans une exposition d'art moderne, afin d'empêcher le grand public de voir un message discordant.

À la force de frappe des médias de masse s'oppose la guérilla des mèmes ; "Epstein ne s'est pas suicidé" se retrouve à la télévision, dans des arrangements de chaussettes, dans des panneaux de commerce ou sur des canettes de bière.

Epstein a beau s'être "suicidé", on ne parvient pas à le faire disparaître.

05 décembre 2019

Manipulation idéologique, un cas d'école

Dans le Canton de Vaud, un professeur d'école "dérape": il invite ses élèves à encourager leurs parents à voter pour son candidat favori à l'élection complémentaire pour la Municipalité de Rolle, explique 24Heures.

"Difficile de s’imaginer la scène tellement elle paraît surréaliste", prétend le journaliste de service. Au contraire, bien au contraire.

L'affaire remonte à 2016.

[Un enseignant de français] a fait la promotion de son candidat favori à des élèves du secondaire pendant un cours de français. Comme ceux-ci n’ont pas le droit de vote, le prof les a invités à encourager leurs parents à glisser dans l'urne la liste du socialiste Philippe Blaser. Il aurait même promis des carambars en guise de récompense.


Que tous ceux qui s'étonnent que le candidat favori du professeur soit socialiste lèvent la main... L'histoire se finit "bien" puisque le candidat PLR l'a quand même emporté avec 160 voix d'avance. Et puis le professeur s'est excusé dans une lettre envoyée aux parents. L'antenne locale du parti en profite pour étaler sa magnanimité - ou sa pusillanimité, on ne sait pas:

"Nous ne voulions pas faire toute une histoire pour des carambars", assure Christian Hay, [président] de la section locale. (...) Nous nous étions mis d’accord de la laisser couler. Nous ne voulions pas attaquer l’enseignant mis en cause car il est excellent, d’une qualité supérieure à la moyenne."


...Et honoris causa en sciences politiques, sans doute.

Aujourd'hui, on "s'étonne" du bruit autour de cette affaire lorsqu'une élue PLR, Josephine Byrne Garelli, se permet de relater les faits devant l’Exécutif communal. M'est avis que cette histoire n'a rien d'une anecdote si elle termine entre les pages d'un quotidien.

On eut aimé découvrir la réaction généreuse du PLR si son candidat avait été battu d'une dizaine de voix.

On eut aimé découvrir la réaction généreuse des autorités, des médias et de l'administration scolaire si le professeur avait fait ainsi campagne pour un candidat de l'UDC.

Rien de bien grave, apparemment, à ce qu'un individu politiquement engagé profite de la relation de pouvoir dont il dispose de par son poste de professeur pour imposer son idéologie à ses élèves. Rien de grave à ce qu'il essaye d'acheter des votes, fut-ce avec des bonbons. Rien de grave à ce qu'il encourage des enfants à influer sur les choix politiques de leurs parents.

Le professeur n'a pas été autrement inquiété. Il a juste compris qu'il devrait désormais se montrer un peu plus subtil dans sa démarche. Mais ce n'est qu'un excès de plus entre un autre prof de français à Genève ou la manifestation obligatoire pour le climat... Sans que les responsables n'aient à souffrir de la moindre conséquence.

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Rares sont les affaires qui parviennent à franchir le brouillard médiatique ; mais intéressez-vous aux livres scolaires et aux cours de vos enfants, c'est édifiant.

03 décembre 2019

Urgences: Les Suisses Après Les Autres

L'UDC Vaud navigue en pleine science-fiction avec sa dernière déclaration d'intention "Les Suisses d'Abord". Non, l'air du temps est Aux Suisses Après.

Exagération? C'est oublier un peu vite le projet d'initiative parlementaire d'aujourd'hui, qui vise à instaurer une taxe de 50 francs pour quiconque se rend aux urgences à l'hôpital:

La proposition entend imposer une taxe de 50 francs pour toute admission aux urgences hospitalières. Celle-ci ne serait pas imputée sur la franchise ou la participation aux coûts. Les enfants et les adolescents, de même que les patients envoyés par un médecin et les malades dont le traitement nécessite par la suite une hospitalisation, pourraient en être exemptés.


Comprenez bien: ces 50 francs seront payés en plus de votre franchise. Les exemptions sont discutées - comprendre: limitées à un tout petit nombre d'exceptions dont le patient devra péniblement prouver qu'elles s'appliquent. N'oubliez pas vos deux dernières fiches de paye la prochaine fois que vous allez aux urgences.

Si tout le monde à Berne s'accorde à dire que les "cas importants" ne devraient pas être concernés, qui sera capable de déterminer que l'on a affaire à un cas important ou non? À partir de quel moment le quidam sans formation médicale et souffrant d'une douleur à la poitrine est-il censé savoir s'il fait un infarctus ou s'il a une simple côte démise? Faire la différence entre un mal de tête bizarre et un AVC? Estimer la gravité d'une crise d'asthme ou d'un choc anaphylactique?

Les gens qui subissent une "simple fracture" le vendredi devront-ils rentrer chez eux avec le bras cassé pour attendre la semaine suivante et espérer voir, peut-être, leur médecin de famille? Et si la fracture n'est qu'une foulure? Et comment le savoir?

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Bien sûr, beaucoup de gens paieront leur Djizîa de 50 francs au Système de Santé en serrant le poing dans la poche - les Suisses sont champions du monde de serrage de poing dans la poche - et auront ensuite le plaisir de se faire insulter pour être venu aux urgences dans un cas "bagatelle".

Et puis il y a aussi ceux pour qui 50.- font une vraie différence à la fin du mois, tout le monde n'est pas Conseiller national n'est-ce pas, et parmi ceux-là certains renonceront à venir aux urgences alors qu'ils auraient dû. Et ils en mourront. D'autres ne mourront pas, mais devront faute de soins adéquats délivrés à temps subir des traitements bien plus onéreux et complexes qui infligeront des frais autrement plus conséquents sur le système de santé collectif.

Dans une époque où chacun n'a que le mot "prévention" aux lèvres, instaurer une taxe d'office sur les services hospitaliers d'urgence est un recul de plusieurs décennies. À quand un numéro surtaxé pour les ambulances?

Alors, et je peux en témoigner, les urgences sont constamment engorgées de patients qui pourraient peut-être aller ailleurs, ou attendre le prochain jour ouvrable. Lorsque vous allez aux urgences, vous regardez peut-être sévèrement les autres patients qui patientent (comme leur nom l'indique...) Mais que pense-t-ils de vous? Mais voilà, il y a des jeunes parents paniqués, et plein d'autres gens qui n'ont même pas de médecin de famille, et une infinité de bonnes excuses.

Les services d'urgence, mis en place pour traiter des cas de vie ou de mort, sont devenus depuis longtemps de la simple médecine sans rendez-vous.

Et alors? Si telle est la direction souhaitée par le grand public, la bonne réponse est de s'adapter. Les Suisses l'ont très bien fait en commençant par "juger de la priorité des cas" dès l'entrée au service, souvent par une simple infirmière. De nombreuses autres pistes d'optimisation sont encore en friches. La gestion des dossiers gagnerait à être bien plus intelligemment informatisée pour éviter que chaque médecin ne doive passer plus de temps à saisir de la paperasse qu'à ausculter son patient. Si 80% des cas relèvent de la "bobologie", alors leur gestion administrative devrait être réglée en vingt secondes. En attendant, les cas réellement graves continuent d'être prioritaires.

Mais non, tout cela trop simple. Réfléchir, s'adapter, changer des procédures... Il est tellement plus facile de punir le malade!

On m'accusera d'aller trop vite. Il est vrai que le dossier n'a été que "discuté" aujourd'hui par le nouveau Conseil National dans sa première session de la législature. Mais la majorité a bien été acquise pour cette initiative d'un Vert Libéral, et le Conseil des État semble tout aussi bien orienté à son endroit. Cela nous promet du beau pour les quatre ans qui viennent.

Mais ce n'est pas encore le pire, nous y venons. Juste une question pour la route: pensez-vous que les pseudo-réfugiés et autre NEM paieront les 50.- lorsqu'ils viennent aux urgences? Et si par miracle ils devaient s'en acquitter, in fine, qui pensez-vous qui les paiera vraiment? Les réponses sont évidentes... Les Suisses (et les étrangers qui ont l'audace de vivre en situation régulière sur le sol helvétique) deviennent des patients de deuxième catégorie dans leur propre système de santé. Et voilà pourquoi après cette loi vexatoire les urgences seront encore encombrées. On prend les paris?

En attendant, préparez vos liasses de billets de cinquante.

29 novembre 2019

La bataille du Black Friday

Le Black Friday s'achève et les camps comptent leurs divisions.

"Est-il tolérable de tant dépenser alors que la planète souffre de la sur-consommation?"

"Venez faire de bonnes affaires!"

"Le consumérisme-roi me dégoûte!"

Les opinions sont aussi variées que tranchées.

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La contre-offensive des Sensibilisés

Sur le plan médiatique, les adversaires du Black Friday tiennent clairement le haut du pavé cette année. L'idéologie écolo-marxiste des militants dans les rues se marie fort bien avec la haine de soi entretenue dans les rédactions de presse. Le mode de vie occidental est la source de tous les maux de l'humanité (on cherchera en vain un rebelle "d'extinction rébellion" décidé à s'en prendre à la Chine) et le Black Friday en est le symbole, deux fois honni parce qu'il nous vient des États-Unis. Et puis on le sait bien, les commerçants sont des voleurs, nous rappellent aimablement les journalistes. C'est évident, puisque le profit est immoral. Le seul bon commerçant est celui qui vend sans se plaindre et à prix coûtant la production du kolkhoze.

Suivant cet air du temps si subtilement distillé, les commerçants rivalisent de veulerie pour s'atténuer les foudres des élites anticapitalistes officielles. En phase avec l'électorat local, la Migros lausannoise ouvre ses portes à des militants qui offrent plaisamment des sacs en papier roses à ceux qui le souhaitent. Le concept? Vous prenez le sac rose, vous le remplissez comme vous voulez, vous le payez, et ensuite, en ressortant... Vous le donnez, avec son contenu. Vous choisissez ce dont vous êtes délesté, et la Migros se fait sa marge commerciale en passant! Une vraie solidarité gagnant-gagnant!

Mais, objectera l'esprit chagrin, pourquoi ne pas donner directement l'argent des commissions récoltées dans le fameux sac rose? Ceux-qui-sont-dans-le-besoin seraient-ils donc incapables de faire les courses eux-mêmes? Quel est l'intérêt à décider à leur place? Demandent-ils donc à être inondés de courge de saison, de savon hydratant et de beurre demi-sel par de parfaits inconnus?

Essayons avec des bibles, pour voir!

Ailleurs, comme dans la librairie Payot, on s'aligne sur les directives officielles: par opposition au Black Friday, on défend le Fair Friday - la lutte sur le plan sémantique étant le prolongement de la lutte politique, camarade! Le concept, cette fois-ci? La facture du client est arrondie vers le haut (le client choisit à quel point il veut se faire délester) d'une somme qui sera offerte à Caritas, l'association... engagée, dira-t-on pudiquement.

Mais, objectera encore l'esprit décidément chagrin, si c'est pour donner à Caritas, pourquoi s'embêter à acheter un livre en même temps? Et pourquoi forcément à Caritas? D'autres associations, comme l'Aide Suisse aux Montagnards, auraient bien besoin d'un coup de pouce (en plus, agir local, ça fait moins de CO2, n'est-ce pas!)

Ces initiatives récoltent-elles un franc succès? Si on s'en tient aux analyses des médias, c'est évident ; mais chacun sait à quel point ils sont objectifs et de bonne foi... Et bien peu de commerçants avoueront leurs chiffres, à commencer par ceux qui se livrent au Black Friday "traditionnel".

L'abjecte réalité du consumérisme

C'est tout le paradoxe du Black Friday dans les médias. Ils lancent reportage sur reportage sur les alternatives et les initiatives personnelles face à cette célébration de la bonne affaire, pendant que tout l'espace publicitaire disponible dégouline de publicité pour des offres spéciales valables uniquement lors du Black Friday.

Les journalistes s'enorgueillissent de mépriser le capitalisme, mais lui prostituent volontiers tout l'espace publicitaire dont ils disposent.

Le commun des mortels - le vrai, pas les olibrius auxquels les reporters tendent sans arrêt le micro - ne se pose pas toutes ces questions. Le Black Friday est l'occasion de respirer un peu dans l'îlot de cherté helvétique et il récolte un franc succès, même atténué par rapport à sa version d'outre-Atlantique.

Bien sûr, il y a des aigrefins, de faux soldes, et tout ce que les pratiques commerciales habituelles permettent aux franges de la loi. Et il y a en face des pigeons avec plus d'argent que de jugeote, qui ne gardent pas leurs économies bien longtemps. Et alors? Ces groupes existeront toujours. Mais à côté, il y a de véritables bonnes affaires, un mois avant Noël. L'occasion de s'offrir enfin cet écran ou cet ordinateur qu'on attend de remplacer depuis des années. L'occasion de renégocier tous ces abonnements téléphoniques à la limite de l'extorsion en faisant, enfin, jouer la concurrence.

L'occasion de profiter un peu de ce fameux pouvoir d'achat dont on finissait par douter qu'il existe encore!

Les discours sont très bien, mais la réalité, c'est mieux. La grande majorité des consommateurs n'a rien à faire des jeunes embrigadés qui paradent dans le vide avec leurs pancartes de travaux pratiques d'arts plastiques. Vous détestez le Black Friday? Mais tant mieux! Tant mieux! Fuyez-le! Rentrez chez vous, faites-vous une tisane, et macérez votre haine en vous masturbant sombrement!

C'est là que réside toute la magie du Black Friday, et à vrai dire toute la magie du capitalisme en général: personne n'est obligé d'acheter. C'est un libre choix, individuel, personnel.

Les commerçants ont le choix de se lancer dans une opération "Black Friday". Les consommateurs ont le choix d'y répondre comme ils le souhaitent. Si les commerçants perdaient de l'argent - la publicité n'est pas donnée ce jour-là et les marges sont rognées - ils y renonceraient. Peut-être le Black Friday passera-t-il de mode.

Mais les adversaires du Black Friday ne l'entendent pas de cette oreille. Ils haïssent la liberté individuelle. Peu leur importe de ne pas consommer ce jour-là - il faut en priver tout le monde. Alors, ils veulent l'interdire, comme en France par exemple. Nul doute que le (mauvais) exemple français fera des émules, comme à chaque fois.

Voilà le danger de ces petits fascistes en herbe. La logique à l’œuvre pour barrer la route au Black Friday aura tôt fait de déborder sur bien d'autres aspects de votre existence. Voilà pourquoi le Black Friday doit être défendu, même si vous n'achetez rien.