02 mai 2017

UDC Vaud et Verts-libéraux s'allient !

Autres temps, autres mœurs. Réunis à l'hôtel de ville de Bussigny lundi soir, les délégués de l'UDC Vaud ont accepté une stratégie originale et audacieuse dans l'espoir d'envoyer leur candidat Jacques Nicolet au Conseil d'État au second tour.

L'ambiance de ce début de congrès était relativement morose. Certes, aucune catastrophe à déplorer comme celles qui émaillèrent les élections valaisannes ou neuchâteloises, mais le parti agrarien était en recul avec la perte de deux sièges au Grand Conseil. Quelques candidatures prometteuses échouèrent à passer la rampe comme Lena Lio fâchée des Verts-libéraux, ou Christine Bussat de la Marche Blanche. La dynamique du PLR et les scandales et divisions qui affectèrent l'UDC Vaud expliquèrent ces douleurs, sans les apaiser.

Le Premier tour de l'élection au Conseil d'État incarna au contraire une sorte de soulagement. Certes, Jacques Nicolet restait dans une position délicate, mais avec 40% des suffrages il n'était pas battu d'avance comme les médias et la gauche le prévoyaient, et faisait même un score étonnamment bon. Les sortants socialistes élus au premier tour obtenaient moins que leurs homologues PLR. Nuria Gorrite fut la moins bien réélue des sortantes et Cesla Amarelle réalisa une contre-performance. Les chances de victoire de Jacques Nicolet restaient maigres, mais pas nulles.

Dans cet esprit, les responsables de l'alliance PLR-UDC se réunirent dès 6h30 du matin lundi pour élaborer une stratégie politique en vue du second tour. Plusieurs stratégies drastiques furent évoquées (introniser un nouveau candidat PLR sur le ticket, changer de candidat UDC...) et balayées tout aussi vite. La seule option réaliste restant sur la table fut celle d'une alliance avec les Verts-libéraux. Restait à la soumettre aux délégués UDC lors de leur congrès d'hier soir.

Après le choc initial de la révélation de cette nouvelle stratégie, les membres dans la salle écoutèrent patiemment les nombreux orateurs venus défendre la cause de l'alliance. Jacques Nicolet, Kevin Grangier et Michaël Buffat soutinrent le projet ; ils furent épaulés plus tard dans la soirée par plusieurs ténors du PLR venus appuyer la nécessité de cette solution.

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Olivier Français succède à Philippe Leuba à la tribune pour plaider une alliance élargie.

Bien que réticent de prime abord, il me sembla progressivement que cette alliance faisait sens. Listons quelques arguments délivrés au cours de la soirée.

L'UDC a refusé une alliance avec les Verts-libéraux au premier tour. Plusieurs délégués argumentèrent que le second tour était une nouvelle élection à part entière dans laquelle il fallait repartir de zéro ; c'est d'autant plus vrai que les partis peuvent carrément changer de candidat entre les deux scrutins, comme le firent d'ailleurs les Verts-libéraux en troquant François Pointet pour Isabelle Chevalley. L'alliance avec les Verts-libéraux avait été refusée pour le premier tour, mais à l'époque le PS n'avait pas encore choisi ses candidats et beaucoup espéraient que les socialistes viennent avec une personnalité moins clivante que l'extrémiste Cesla Amarelle (par ailleurs lauréate du Dhimmi d'or 2016). Le "Tout sauf Amarelle" aura amené nombre de délégués à une plus grande ouverture d'esprit.

Les Verts-libéraux votent trop à gauche. D'autres avancèrent des divergences quant aux éoliennes ou tout simplement la stratégie énergétique 2050, soutenue par les Verts-libéraux et combattue par l'UDC. On y répondit d'une part que le PLR était exactement dans le même cas de figure, mais que le partenaire traditionnel de l'UDC lui était également opposé sur nombre de dossiers (renvoi des criminels étrangers, immigration de masse, relations avec l'UE...) sans pour autant empêcher les rapprochements électoraux.

Le PLR est-il un partenaire fiable? Si on ne peut pas présager de la réaction individuelle de chaque citoyen, Philippe Leuba rétorqua que 85% des électeurs du PLR jouèrent le jeu et votèrent en bloc pour l'alliance de centre-droit, bien mieux que ce que les sondages annonçaient. Comme preuve de la bonne foi de son parti, le Conseiller d'État rappela également que lors du premier tour le PLR avait déjà proposé une alliance élargie PLR-UDC-Verts-libéraux, mais y renonça face au refus de l'UDC. Les délégués libéraux-radicaux se plièrent à ces conditions... Et choisirent l'UDC comme partenaire.

Les électeurs PLR se mobiliseront-ils? Bien que certains pensent que le "PLR a tout gagné", ce n'est pas exact. Il y a encore dans la balance la majorité au Conseil d'État et la présidence de celui-ci. Une victoire de la droite permettrait enfin de libérer le Canton de la paralysie qui le frappe depuis cinq ans en opposant son Grand Conseil à droite à son Conseil d'État à gauche. L'alliance élargie permet de relancer l'intérêt pour l'élection (il n'y a qu'à lire les titres de la presse aujourd'hui!) et pourrait donc mobiliser un public plus large, ce qui est le but.

Et si tout cela ne sert qu'à faire élire Isabelle Chevalley? D'aucuns reconnurent que face à la perspective d'une Cesla Amarelle, même ce cas de figure serait plus favorable au Canton. La logique électorale et les résultats du premier tour montrent que les blocs UDC et PLR réunis - même sans biffer personne - ne suffisent pas à rassembler une majorité. La seule et unique chance d'amener une majorité de droite au Conseil d'État est d'élargir la base électorale. Le ticket commun du second tour est une alliance de raison.

Toutes les configurations issues de ce nouveau ticket PLR-UDC-Verts-libéraux sont meilleures qu'un échec solitaire de Jacques Nicolet ; deux candidats de centre-droit affronteront deux candidates de gauche. L'élection de Mme Chevalley ou de Jacques Nicolet, ou, rêvons, des deux, sera toujours un résultat supérieur à la victoire de la gauche!

Bien que certains délégués expriment leurs doutes en public (et soient donc abondamment cités dans la presse) les trois quarts des interventions, parfois suivies d'applaudissements nourris, furent en faveur de la solution de l'alliance. Le résultat ne se fit donc pas attendre avec une écrasante majorité en faveur de cette option - 110 voix pour, 2 contre et 17 abstentions.

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Préavis du Comité Central:
- Acceptez-vous de créer une liste PLR-UDC-Verts-libéraux pour le 2e tour
de l'élection au
Conseil d'État comportant le nom du candidat
de l'UDC et du candidat des Verts-libéraux?

Le choix d'hier soir aura pour effet de faire apparaître le ticket Nicolet-Chevalley sous trois dénominations de parti dans le livret de vote (PLR, UDC et Verts-libéraux). De plus, l'accord modifie le fragile équilibre du Grand Conseil en poussant les députés centristes de ce parti dans les rangs d'une alliance plus solide de centre-droit. Enfin, les citoyens vaudois auront appris ce matin que Guillaume "Toto" Morand se lance pour le second tour au Conseil d'Etat ; le trublion d'extrême-gauche, fort de ses 9% de dimanche, jouera donc les trouble-fêtes dans une élection plus incertaine que prévu.

Les candidats étant désormais choisis, le centre-droit part avec de réelles chances pour le second tour du Conseil d'État. Nous verrons si les citoyens valident la stratégie de l'UDC dans sa volonté d'ouverture au centre.

30 avril 2017

Vaud: guerre de positions entre la droite et la gauche

Les élections vaudoises ont eu lieu ce dimanche. Le Grand Conseil est sous toit. La composition du Conseil d'État sera quant à elle finalisée lors d'un second tour prévu pour le 21 mai.

C'est dans la grande Salle de Spectacle de Renens que votre humble serviteur passa une bonne partie de son dimanche, convoqué comme des dizaines d'autres personnes au dépouillement. Candidat au Grand Conseil sur la liste UDC du district de l'Ouest Lausannois, je partageais ma table avec M. François Delaquis, sympathique candidat sur la liste socialiste, et nous travaillâmes de concert au comptage des bulletins.

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Le jour du dépouillement, juste avant le début des opérations.
(cliquez pour agrandir)

L'opération, lente et procédurière, permet le contact le plus direct qui soit avec la volonté des électeurs - la fameuse vérité lue au fond des urnes. La gauche fit un carton à Renens, mais il s'agit d'un de ses bastions depuis vingt ans. À titre personnel, je remercie les 1'282 électeurs de l'Ouest Lausannois qui me firent confiance, me plaçant en tête de mon parti à Renens et cinquième sur l'ensemble du district. Le résultat s'avère insuffisant pour m'ouvrir les portes d'une carrière cantonale, mais reste honorable au vu de ma modeste campagne!

Sur l'ensemble du canton, les résultats sont nuancés, comme en témoigne la répartition politique du nouveau Grand Conseil.

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Diverses formations politiques gagnent et perdent quelques plumes sans que les équilibres fondamentaux ne soient bouleversés. À gauche, le PS perd trois sièges en faveur des Verts (+2) et du centre. En perte de vitesse, l'extrême-gauche parvient à se maintenir. À droite, l'UDC perd deux sièges, le PLR en gagne trois.

Si on peut saluer la progression du PLR, le maintien de l'UDC est relativement satisfaisant dans la mesure où le parti a dû affronter de nombreuses crises internes (largement par sa faute d'ailleurs) comme la gestion pitoyable de l'affaire Fabienne Despot - qui n'a pas été réélue - et la crise artificielle amenant à l'éviction de Claude-Alain Voiblet et, dans la foulée, la création d'un nouveau parti concurrent de l'UDC en Ville de Lausanne. Dans la guérilla entre les deux formations UDC et Parti Libéral Conservateur, CA Voiblet ne réussit d'ailleurs pas le pari de se faire élire au Grand Conseil sous ses nouvelles couleurs. C'eût été un exploit. Pour l'UDC vaudoise, l'exploit aurait été d'atteindre les 30 sièges espérés.

La majorité relative du Grand Conseil, figurée par la ligne pointillée ci-dessus, reste donc à droite. Les réserves d'usage s'appliquent: non seulement cette majorité est fortement tributaire de l'assiduité des députés, mais on peut aussi douter de la solidité de la fibre bourgeoise de nombreux élus du centre-droit. Ceci dit, la gauche souffre de ses divisions, et au centre la multiplication des formations croupion amènera à un gros travail de persuasion et d'alliance sur le moindre dossier.

Il faudra donc du recul et de la discipline dans les rangs de la droite, et beaucoup, car le Conseil d'État se profile toujours vers une majorité de gauche. Cinq élus sortants - deux socialistes, trois PLR - sont réélus dès le premier tour, laissant deux places vacantes aux trois derniers candidats sérieux: Béatrice Métraux (Verts), Cesla Amarelle (PS) et Jacques Nicolet (UDC). L'un d'eux restera sur le carreau au soir du second.

À moins d'une improbable alliance de la onzième heure entre l'UDC et les Verts Libéraux, le choix dépendra donc de la mobilisation et de la discipline des électeurs, en particulier des électeurs du PLR. Comme les sondages le montrèrent et comme mes propres observations le confirmèrent, de nombreux sympathisants libéraux-radicaux décidèrent de biffer l'agriculteur de Lignerolle du bulletin de vote de l'alliance du centre-droit. Agissant ainsi, ils ouvrent une voie royale à un nouvel exécutif de gauche dans le canton.

M. Nicolet n'est pas parfait et n'a pas prétention de l'être, et j'imagine la réticence de nombreux électeurs PLR à tolérer sa présence sur leur bulletin. Mais est-ce vraiment une stratégie pertinente si l'effet est de propulser à sa place une Cesla Amarelle ou réélire une Béatrice Métraux? Le comprendront-ils? Réponse le 21 mai.

26 avril 2017

RASA se retourne contre ses auteurs

Après un long suspense le Conseil Fédéral vient de livrer sa décision: il n'y aura finalement pas de contre-projet à l'initiative RASA. La réponse vient le dernier jour du délai légal pour pareille annonce et traduit le malaise dont sont empreintes les hautes sphères.

L'initiative RASA pour Raus aus der Sackgasse, "pour sortir de l'impasse", visait à annuler le vote du 9 février 2014 et l'initiative victorieuse de l'UDC contre l'immigration de masse. Au lieu de trahir la volonté populaire comme le fit le Conseil Fédéral en mettant en place une fausse stratégie d'application, les initiants respectèrent la démocratie de façon irréprochable en suivant un principe simple: ce que le peuple fait, il peut le défaire.

Ce principe dérange les élites au plus haut point.

initiative,immigrationEn effet, imaginer que le peuple puisse défaire ce qu'il a fait - en d'autres termes, changer d'avis et le faire savoir - est un principe à double tranchant. S'il permet éventuellement de "sortir de l'impasse" la Suisse face au choix effectué le 9 février, il permet également de revenir sur d'autres autorisations accordées, comme la libre-circulation, voire les accords bilatéraux entiers. Pour une classe politique dont la satisfaction ne se mesure qu'à l'aune des compliments ou des remontrances venues de Bruxelles, pareille incertitude est tout bonnement intolérable.

C'est au nom de cette "stabilité institutionnelle" bien pratique que le Conseil Fédéral chercha à tout prix à doter l'initiative RASA de non pas un, mais carrément deux contre-projets. L'idée était de noyer le poisson dans la confusion générale, concoctant un amas législatif mal ficelé qui aurait au mieux amené le comité à retirer son texte, et au pire échoué devant le peuple avec une campagne incompréhensible quant à ses enjeux (toute ressemblance avec RIE III est purement fortuite.)

Malheureusement, le plan génial de Simonetta Sommaruga se heurta à deux écueils, plus qu'il n'en fallait pour envoyer le tout par le fond.

  • Les contre-projets ne réussirent pas à passer la rampe au National.
  • Le comité RASA, fort de ses 100'000 signatures, refuse obstinément de retirer son texte.

Les manœuvres politiques ne sont pas toujours couronnées de succès. En l'occurrence, le Parlement a désormais un an pour traiter l'initiative RASA - c'est-à-dire, la soutenir ou non - avant qu'elle ne soit soumise au vote populaire.

Le piège se referme donc. En termes législatifs, RASA est l'opposé exact de l'initiative contre l'immigration de masse. Celle-ci rajoutait l'article 121a à la Constitution, RASA se propose de l'enlever. Aucune fioriture là-dedans, la simplicité était le but.

Autrement dit, le peuple va être amené confirmer ou non son vote du 9 février 2014 - bien la dernière chose que souhaitent nos élus!

Depuis 2014 la situation migratoire ne s'est guère arrangée. Le Temps relaie les doutes exprimés dans les couloirs de Berne: d'après une majorité des partis, RASA est jugée aujourd'hui "encombrante et vouée à un échec retentissant dans les urnes". Et de transmettre ensuite un message limpide: "le comité d’initiative peut retirer son texte jusqu’au jour où le Conseil fédéral fixe la date du vote populaire." Alors, messieurs, qu'attendez-vous?

Jusqu'ici, on voit mal au nom de quelles avancées obtenues le comité d’initiative déciderait de se retirer. La seule menace crédible est celle d'un rejet massif de RASA dans les urnes. Non seulement la votation viendrait alors renforcer le camp du vote du 9 février - un comble! - mais elle tomberait probablement quelque part durant l'année 2019, soit en pleine année électorale. L'actualité fédérale sera chargée avec d'autres objets sur la table, comme l'initiative UDC sur la primauté du droit suisse sur le droit international ou une future initiative de l'ASIN demandant l'abrogation de l'accord sur la libre-circulation des personnes.

Nul doute que le téléphone d'Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel et membre du comité d'initiative, doit souvent sonner ces jours. La pression sur ses épaules est maximale. Nous verrons si les gauchistes à l'origine de RASA se rangent à la realpolitik de leurs aînés du Parlement, ou défendent jusqu'aux bout la démocratie directe dont ils se réclament.

23 avril 2017

Un premier tour historique

Le premier tour des présidentielles a lieu - avec les résultats que le grand public a pu découvrir dès 20h avec les premières estimations. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont qualifiés pour le second tour.

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La participation s'éleva à 77%, en baisse de quasiment deux points par rapport à 2012.

Les évaluations successive, mais non définitives, établissent un score de 23,7% pour Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche! et 21,7% pour Marine Le Pen du Front National. Leurs deux poursuivants François Fillon (19,8%) et Jean-Luc Mélenchon (19,5%) sont distancés. Benoît Hamon, candidat officiel du PS, est relégué en cinquième position avec seulement 6,5%. Nicolas Dupont-Aignan du mouvement Debout la France semble réussir son pari d'atteindre 5%. Le score des cinq autres candidats est anecdotique.

Le score est à comparer avec ce que les instituts de sondage annonçaient au 17 avril encore, où les quatre candidats de tête semblaient tenir dans un mouchoir de poche.

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Le contraste est donc relativement élevé avec les résultats d'aujourd'hui.

Une fin de campagne sous le signe du terrorisme

L'actualité terroriste s'est bel et bien invitée dans la campagne à deux reprises. Le 18 avril, une première tentative d'attentat est déjouée à Marseille:

Les deux suspects étaient en possession de trois kilos d'explosifs de type TATP, d'armes en grande quantité et d'un drapeau de l'organisation djihadiste État islamique. Ils sont soupçonnés d'avoir voulu préparer un attentat "imminent". (...) Mahiedine Merabet, 29 ans, et Clément Baur, 23 ans, ont été interpellés dans le cadre d'une enquête en flagrance ouverte à Paris pour association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste.


L'attentat était imminent car l'explosif typiquement employé par les agents de l'État Islamique à partir de produits ménagers courants se dégrade rapidement. Les deux individus arrêtés, délinquants multirécidivistes de nationalité française, s'étaient connus en prison ; ils étaient suivis par les services de renseignement depuis leur libération. En décembre 2016 le domicile de Mahiedine Merabet fut perquisitionné. On y trouva du matériel de propagande islamique. Clément Baur était quant à lui membre du Mouvement des Jeunes Socialistes - et décida d'illustrer par l'exemple la porosité entre différentes formes de lutte...

Resté au stade de la tentative, ce projet d'attentat ne fut sans doute pas couvert comme il l'aurait dû par des médias soucieux de ne pas "faire le jeu" de Marine Le Pen. Malheureusement, ils furent dépassés par une nouvelle attaque le soir du 20 aux Champs Élysées à Paris. Le soir même, les candidats livraient chacun leur credo dans "15 minutes pour convaincre" sur France2. Par tirage au sort, Marine Le Pen eut droit à la dernière place dans l'émission. Elle eut le courage d'abandonner un discours préparé pour improviser et laisser parler son cœur:

J'avais pensé parler mondialisation et enjeux de civilisation et puis j'ai appris que le cauchemar recommençait. Une fois encore. J'ai été saisie par la tristesse et par la colère sourde. La colère sourde parce que je suis étreinte par le sentiment que tout n'est pas fait pour mettre nos compatriotes à l'abri. J'ai entendu des mots de compassion pour les forces de l'ordre mais je pense qu'il faut aller plus loin: les policiers attendent des moyens pour se défendre et combattre le terrorisme islamiste. Je ne veux pas que l'on dise à notre jeunesse qu'elle vivra durablement avec ce danger. Il faut s'attaquer aux racines du mal: c'est fini le laxisme et la naïveté. On ne peut pas laisser ce pays impuissant à les défendre. C'est cela que vous, Français, vous devez exiger et choisir.


Ce soir-là, elle gagna sans aucun doute une stature présidentielle.

Un OVNI politique mis sur orbite

Marine Le Pen se réjouissait d'affronter Emmanuel Macron au second tour: les deux candidats incarnent en effet des positions diamétralement opposées sur le chemin que doit prendre la société française. Macron est pro-européen, Marine souverainiste. Macron méprise la France et son histoire, Marine célèbre ses racines charnelles. Macron défend l'immigration, Marine les frontières. Macron est issu de la finance mondialisée, Marine rejette ce modèle - on pourrait continuer longtemps.

Emmanuel Macron représente la poursuite du Hollandisme par d'autres moyens. Après avoir compris que le Parti Socialiste traditionnel était perdu, le Président soutint la candidature de son nouveau poulain avec autant de discrétion que possible pour ne pas le souiller de sa propre impopularité. Macron est une construction, un golem politique, un candidat hors-sol conçu de toute pièce par des spin doctors, des cabinets de marketing et des conseillers en communication. Porté par sa complicité avec les patrons des grands groupes de presse, Macron récolta des soutiens de plus en plus nombreux alors que les vaincus de la politique comprenaient qu'ils avaient une deuxième chance en misant sur l'outsider.

Rassemblant les espoirs les plus contradictoires, Emmanuel Macron incarne la rupture fréquentable et il est en passe de réussir son pari. Ce soir à l'Élysée, le Président Hollande peut savourer sa réussite - il vient d'envoyer son héritier sur orbite. La plus grande difficulté de Macron était de passer le Premier tour. Il est désormais en position de force contre Marine Le Pen au second, une adversaire contre laquelle l'ambiguïté vaporeuse a toutes les chances de l'emporter. Bien malin qui peut dire ce qui sortira vraiment de son quinquennat.

Les partis bouleversés

La victoire relative d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen sonnent le glas des deux grands partis traditionnels de la droite et de la gauche, Les Républicains et le Parti Socialiste. Ces formations majeures sont toutes deux balayées de l'élection au premier tour, ce qui constitue une première historique. Celle-ci s'ajoute à de nombreuses autres du même ordre, comme un Président renonçant à sa réélection ou l'échec de tous les candidats qui se sont soumis à l'exercice de la primaire.

Affirmons-le franchement, François Fillon aura fait une campagne lamentable. Rattrapé par son passé de politicien avide, il mit des semaines à se dépêtrer du complot dans lequel il était tombé sans jamais tenter de réparer ses torts moraux, torts d'autant plus graves qu'ils se présentait en incarnation de la vertu. Mais les diverses machinations dont il fut victime ne doivent pas cacher une erreur stratégique monumentale, se tromper de cible. Alors qu'Emmanuel Macron était la vraie menace contre sa candidature, François Fillon finit de saboter toutes ses chances de succès en réservant ses attaques les plus virulentes contre Marine Le Pen. Il aura le temps de méditer sur ses échecs alors que sa carrière politique s'achève.

À gauche, Benoît Hamon avait le mérite de ne rien espérer ; il devint assez évident pour tout le monde, lui y compris, qu'il n'avait pas la moindre chance. S'ensuivit un énième tango avec l'extrême-gauche du rebelle institutionnel Jean-Luc Mélenchon pour savoir lequel des deux phagocyterait l'autre - un ballet aussi inutile que mortel, sachant qu'aucun des deux n'avait la moindre chance de passer l'épaule avec un concurrent broutant le même pré électoral.

Conscient de l'impasse, ni l'un ni l'autre ne pouvait pourtant renoncer. Benoît Hamon s'étant victorieusement soumis à la sélection des primaires, se retirer aurait désavoué le rôle du PS au sein de la gauche, détruit sa légitimité péniblement acquise, et saboté son avenir dans le parti. La situation de Jean-Luc Mélenchon n'était pas meilleure. Le candidat vieillissant de l'extrême-gauche voyait peut-être enfin le pouvoir à sa portée ; dominant le PS dans les sondages, critique constant du PS, il avait brûlé tous les ponts.

Le champion choisi par la famille socialiste se devait de galoper jusqu'au précipice, le tribun de l'extrême-gauche s'imaginait élu du destin ; les deux déchantent et entraînent avec eux leurs familles politiques dans les profondeurs. La gauche française est en miettes.

La fin de la Cinquième République

Aussi crucial que soit le résultat de ce premier tour, il ne représente pas réellement la fin du régime de la Ve République telle que la France la connaît depuis de Gaulle. Le coup de grâce viendra en juin.

Les deux grands partis politiques PS et LR ont récolté le soutien de formations plus petites à l'élection présidentielle en concédant des droits d'exclusivité sur diverses circonscriptions lors des élections législatives. Emmanuel Macron s'est quant à lui allié à un Modem ressuscité pour obtenir un semblant d'assise électorale - qui sera âprement négocié avec les divers frondeurs du PS et autres rescapés de la déroute socialiste. À droite, le Front National profitera de la dynamique de campagne de Marine Le Pen, qu'on n'imagine au pire perdre avec un score honorable, sans comparaison avec celui de son père face à Jacques Chirac en 2002.

Rajoutons à cela des règles électorales calibrées pour éliminer dans chaque circonscription les partis les plus faibles et on peut avoir une petite idée du morcellement qui surviendra lors des législatives. Les états-majors des partis travaillent sans doute déjà à établir ces cartes électorales sur la base des résultats de chaque bureau de vote pour ces présidentielles. Leur conclusion sera sans appel: aucun parti n'aura la majorité législative.

En s'accrochant aux usages de la Ve République, la France sera ingouvernable.

Il faudra donc inventer autre chose. Discuter. Former des coalitions. Négocier. Partager le pouvoir. Des partis politiques qui ont passé les dernières décennies à se mépriser et à s'ignorer royalement vont devoir réussir à s'asseoir autour d'une même table et trouver des points de convergence, un programme commun. Il faudra convaincre, écouter, expliquer, sans plus d'invective ni d'anathème. Et c'est une très bonne chose - la meilleure qui puisse arriver à la France depuis longtemps.

18 avril 2017

La Turquie recule d'un siècle

Recep Tayyip Erdogan a remporté son pari. Selon les résultats définitifs, 51,4% des Turcs ont approuvé dimanche sa réforme.

Edo_victoire.jpgLa presse évoque une victoire "étriquée". On peut le comprendre: après avoir bourré les urnes et passé les derniers mois à museler, emprisonner et torturer toute forme d'opposition, c'est finalement un piètre résultat. Mais une petite victoire est une victoire tout de même. Fussent-ils acquis avec un mince vernis de légitimité, de nouveaux pouvoirs sont disponibles. Ils vont rapidement être employés.

Le régime instauré par Mustafa Kemal Atatürk touche à sa fin. Après neuf décennies de régime parlementaire, Recep Tayyip Erdogan a transformé le pays en "République présidentielle" en intégrant 18 amendements à la Constitution. Rien ne sert de jouer sur les mots ; nulle République digne de ce nom ne fonctionne selon les règles qui régissent la Turquie désormais. Le poste de Premier Ministre disparaît. Le Président concentre entre ses mains l'essentiel des pouvoirs exécutifs. Il peut dissoudre le Parlement et prendre des décrets quasiment sans limite. Erdogan s'est fait élire dictateur. Il pourra occuper ce poste au moins jusqu'en 2029.

Vote_turc_2017.png

Aux manipulations électorales près, la carte du résultat du scrutin montre les divisions de la Turquie d'aujourd'hui. À l'ouest, le littoral touristique et les grandes villes ont rejeté la réforme, les yeux tournés vers l'Europe et le développement. Même chose à l'est dans les régions à majorité kurde, qui ne comprennent que trop bien que les prochains coups de fouets seront pour elles. Au centre, la Turquie anatolienne rurale a voté massivement pour - elle pense ne rien avoir à perdre et méprise les autres composantes du pays.

La réforme fait des satisfaits et des malheureux. Parmi les satisfaits, les islamistes, qui célèbrent la victoire d'un des leurs. Erdogan n'a jamais été rien d'autre qu'un agent de l'islam et s'est toujours présenté ainsi, tout comme son parti. Le terme "d'islamo-conservateur" a été inventé par les médias européens pour éviter le mot "islamiste" et calmer l'opinion publique pendant que les élites du continent faisaient la danse du ventre devant le sultan pour s'attirer ses bonnes grâces. Erdogan a toujours été imprégné par le discours religieux et le marie avec talent au politique, dans la grande tradition de l'islam où les deux notions ne se distinguent pas. Faisant fréquemment référence dans ses discours au sultan Mehmet II, qui conquit Constantinople en 1453, il exprime son mépris de l'Europe et déplore la perte des territoires ottomans.

Recep Tayyip Erdogan considère les immigrés turcs en Europe comme l'avant-garde de sa reconquête délirante de l'Empire Ottoman. Les résultats du scrutin auprès de la diaspora semblent lui donner raison. Selon des résultats fournis par l'agence Anadolu, les Turcs d'Europe ont voté à plus de 58% pour renforcer les pouvoirs du maître d'Ankara, soit bien davantage que les Turcs de Turquie. La diaspora suisse fait meilleure figure avec "seulement" 41% de supportes d'Erdogan, mais ce résultat contraste avec les trois millions de Turcs d'Allemagne qui ont voté massivement à 63,2% pour lui, alors que ceux d'Autriche font encore mieux avec 72,7% de soutien.

Rétrospectivement, Erdogan a bien eu raison de venir faire campagne en Europe, car c'est là que se trouvent ses plus ardents supporters.

Après le miroir aux alouettes du printemps arabe, ce scrutin jette une fois de plus le trouble sur l'intégration des immigrés musulmans et leur imprégnation des hautes valeurs que prétend incarner le continent - la séparation des pouvoirs, le refus de l'absolutisme, l'État de droit, la liberté religieuse, la liberté d'expression... Certaines réformes prônées par Erdogan entrent directement en conflit avec l'agenda européen, comme la suppression de la peine de mort interdite dans l'article 2 de la convention européenne des droits de l'homme approuvée par les 47 membres du Conseil de l'Europe. Cela n'empêche pas le Président turc de promettre depuis longtemps son retour "pour bientôt". Il trépigne d'envie d'accorder aux putschistes de l'été 2016 une justice définitive.

On peut bien sûr regretter la décision sortie des urnes en Turquie, mais elle a le mérite de clarifier la situation. Peut-être Européens et Turcs arrêteront-ils de prétendre que la Turquie est vouée à intégrer l'Union Européenne alors qu'elle n'a fait que s'en éloigner depuis vingt ans. Peut-être que l'OTAN finira par jeter un œil critique sur la place de la Turquie au sein de l'alliance.

Le futur de la Turquie et de ses habitants est malheureusement sombre. La longue lutte de Mustafa Kemal Atatürk pour libérer son pays de l'obscurantisme musulman aura finalement échoué, alors que l'islamisation de la société redouble. Mais le plus inquiétant est bien sûr à l'est du pays. Les aventures militaires en Syrie et les répressions anti-Kurdes étaient déjà la marque d'un régime volontariste ; Erdogan va évidemment persévérer dans cette voie avec ses nouveaux pouvoirs avec, à terme, des conséquences incertaines sur la paix civile.

13 avril 2017

Le terrorisme islamique à l'assaut de la planète foot

Opposé à Monaco en quart de finale aller de Ligue de Champions, le Borussia Dortmund (BVB) a été battu 2-3 dans son antre du Signal Iduna Park. Les joueurs du club allemand avaient quelques excuses, comme d'avoir échappé à un attentat islamiste la veille. L'entraîneur du club Thomas Tuchel s'indigna d'ailleurs des circonstances du match:

Après l’attaque, nous aurions aimé avoir plus de temps pour digérer tout cela. Et on ne nous a pas laissé de temps. On nous a dit, demain vous devez jouer. Nous nous sommes sentis ignorés. On ne nous a pas demandé notre avis, ils ont décidé ça à l’UEFA en Suisse. Quelques minutes après l’attaque, on nous a dit qu’on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus.


allemagne,terrorisme,islamIl s'agissait en effet d'un peu plus qu'une canette de bière. Mardi, le jour du match prévu dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne, le bus du BVB se mit en route depuis l'hôtel de l'équipe pour gagner le stade à une dizaine de kilomètres de distance. Le Parisien relate ce qui arriva ensuite:

À peine arrivé au coin de la rue, à 19h15, [le bus du BVB] est secoué par trois fortes explosions, qui font éclater plusieurs pans du double-vitrage. Il s'agirait de bombes artisanales, dissimulées dans des haies et actionnées au passage du bus. Le parquet précise que les engins utilisés avaient une "puissance explosive" de 100 mètres et contenaient "des tiges métalliques", dont l'une s'est figée dans un repose-tête d'un siège à l'intérieur du bus.


Le défenseur Marc Bartra fut blessé au bras et à l'épaule - il passa au bloc opératoire dans la nuit - ainsi qu'un policier qui accompagnait l'équipe.

Les enquêteurs ne révélèrent pas immédiatement la piste islamiste tant le mode opératoire était différent des précédents attentats. Malgré une revendication fantaisiste de réseaux "antifascistes" sur Internet, la responsabilité islamiste fut tout de même établie, notamment à cause de trois lettres retrouvées près des explosifs. Comportant des mentions comme "Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux", elles réclamaient que l'Allemagne cesse de participer à la lutte contre le groupe État islamique dans le cadre de la coalition internationale et retire les chasseurs Tornados allemands opérant depuis la Turquie. Les auteurs évoquèrent également l'attentat contre le marché de Noël de Berlin, et désignèrent les sportifs comme des "cibles" pour l'État islamique.

Les lettres furent publiées en intégralité par la Süddeutsche Zeitung mercredi matin.

Terrorisme islamique évolué?

L'attentat de Dortmund représente un virage dans le terrorisme islamique en Europe.

Le contraste avec les récents assauts à coup de camion n'en est que plus marquant. Au contraire d'attaques plus ou moins improvisée et violentes, ou d'illuminés légèrement demeurés beuglant "Allah akbar" avant de succomber sous les balles des forces de l'ordre, le mode opératoire frappe par sa sophistication: trois bombes déclenchées à distances le long du parcours d'un véhicule clairement désigné. N'eussent été blindées les vitres du bus, le bilan aurait été bien plus lourd. L'idée que des groupes islamistes aient désormais l'idée et la capacité de frapper des véhicules précis lors de leurs trajets réguliers est particulièrement inquiétante. Le volume de cibles potentielles est proprement ahurissant. Comment se protéger d'un tel risque?

En l'absence de kamikaze portant commodément ses papiers d'identité sur lui, l'enquête avance moins vite qu'à l'accoutumée. Depuis l'explosion la police allemande ne chôme pas, mais pour l'heure le réseau à l'origine de l'attaque est loin d'être démantelé ; au plus a-t-on arrêté quelques suspects dont les responsabilités ne sont pas clairement établies.

L'attentat de Dortmund implique forcément plusieurs personnes pour le repérage, la fabrication et la mise en place des explosifs et du dispositif de mise à feu, et le déclenchement de l'installation au moment opportun. Le groupe à l'origine de l'attaque dispose de connaissances techniques. Personne n'essaye même plus de caser le sempiternel "loup solitaire". De plus, ces djihadistes-là ne cherchent pas, dans un premier temps, le sacrifice violent dans la confrontation avec l'ennemi. Ils sont donc capables de mettre en place des opérations plus recherchées et avec un impact médiatique réel, au-delà de leur rédemption personnelle et des prétendues vierges censées les attendre dans l'au-delà.

Le Foot comme cible

En revanche, ce n'est pas la première fois que les islamistes s'en prennent au monde du football. Lors des attentats de Paris de novembre 2015, les morts sur les terrasses des cafés et le massacre du Bataclan ne doivent pas éclipser que la première cible de cette soirée funeste fut le Stade de France lors d'une rencontre internationale de football entre l'Allemagne et la France. Trois terroristes se firent exploser dans les premiers attentats-suicide commis sur le sol français. Les kamikazes avaient l'intention de pénétrer dans le stade pour y perpétrer leur acte mais échouèrent à quatre reprises.

Ce soir-là, François Hollande faisait partie des spectateurs, mais la présence de l'homme d'État sur place n'était peut-être pas connue des terroristes lors de la préparation de l'opération. Aucune ambiguïté de la sorte contre l'équipe du Borussia Dortmund ; les poseurs de bombe visaient le football lui-même. Cela n'a rien de surprenant.

Le football professionnel incarne un grand nombre de valeurs que les islamistes abhorrent: l'argent, le consumérisme, le spectacle, l'attachement à une équipe, le catholicisme (lorsque des joueurs font un signe de croix avant un coup de pied arrêté ou après un but), la consommation d'alcool chez des supporters, les jolies femmes dans le public, l'entraide au sein d'une équipe de sportifs de tous horizons et de toutes confessions, et même d'inadmissibles compromissions avec la loi religieuse en matière de ramadan.

Mais le football professionnel a une autre facette, son audience gigantesque. La Ligue de Champions est la troisième compétition la plus suivie dans le monde après la Coupe du Monde et l'Euro - deux autres célébrations du football. L'attentat contre le Borussia Dortmund donna lieu à un simple retard de 24 heures dans le coup d'envoi du match mais eut déjà un impact sur la vie de centaines de millions de personnes, les spectateurs venus au stade, les innombrables téléspectateurs, et donna lieu à autant de discussions autour des machines à café le lendemain.

Les bombes qui frappèrent l'équipe du BVB étaient conçues pour tuer. Les joueurs ne durent leur salut qu'à la résistance des vitres de leur bus. Imagine-t-on l'impact qu'aurait eu l'attentat s'il s'était soldé par un bain de sang?

Le mélange de prestige et d'audience du football professionnel en fait une cible de choix pour d'éventuelles opérations terroristes, touchant la société civile plus que n'importe quelle attaque localisée. Le mode opératoire de l'attentat contre le Borussia Dortmund montre d'énormes vulnérabilités qui vont singulièrement compliquer la tâche de ceux qui essayent de protéger les vedettes de notre temps.

En attendant, une ou plusieurs cellules terroristes islamistes opèrent en toute quiétude en Allemagne. Pour Mme Merkel, il devient de plus en plus difficile de jouer les ingénues.

Mise à jour (21 avril): l'auteur de l'attaque aurait été arrêté: il s'agirait d'un germano-russe de 28 ans, Sergej W., qui aurait agi pour des motifs "financiers" et non terroristes. Aucune complicité n'a été pour l'heure établie. L'auteur aurait voulu spéculer pour faire baisser le prix de l'action du club de Dortmund et s'enrichir en pariant sur leur baisse. La revendication terroriste aurait été délibérément placée pour entraîner les enquêteurs sur une fausse piste.

C'est donc un soulagement de constater que les terroristes islamiques ne sont pas derrière cette attaque vicieuse de joueurs de football professionnels, même si l'actualité récente nous montre qu'ils continuent à frapper ou à vouloir frapper un peu partout sur le continent.