09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

tiananmen.jpg

Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme

Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

24 mai 2019

L'affaire Vincent Lambert

Le débat fait rage en France depuis des mois et même des années autour du sort de Vincent Lambert. "De médicale et familiale, «l’affaire Vincent Lambert», comme il est convenu de l’appeler, est devenue sociétale, religieuse et politique, au beau milieu d’un incroyable feuilleton judiciaire", explique Le Temps, qui pose ensuite le contexte:

Victime d’un accident de voiture le 29 septembre 2008, Vincent Lambert, ancien infirmier psychiatrique aujourd’hui âgé de 42 ans, est «cérébrolésé» et vit dans «un état végétatif chronique irréversible», selon les médecins. Maintenu en vie à l’hôpital de Reims par une sonde lui apportant une alimentation et une hydratation artificielles, il n’est pas dans le coma, ni branché à une quelconque machine. Entre-t-il dans la catégorie des patients concernés par la loi sur la fin de vie en vigueur en France, qui prévoit non pas l’euthanasie, qui demeure illégale, mais la suspension des traitements ainsi que la mise en place d’un processus de sédation profonde en cas d’«obstination déraisonnable», le nom légal de l’acharnement thérapeutique, quand les soins «apparaissent inutiles, disproportionnés ou qu’ils n’ont d’autres effets que le seul maintien artificiel de la vie»?


Dans ce genre de circonstances, où est l'humanité? Est-ce, par empathie, de libérer un être de ses souffrances supposées? Est-ce, par respect pour la vie, de le maintenir dans cet état apparemment sans espoir? Les arguments économiques doivent-ils entrer en ligne de compte? Et ceux que l'on présente sont-ils les seuls? Beaucoup d'encre a coulé sur ce destin symbolique, et continuera à le faire après son dénouement. Je n'ai pas plus de légitimité que n'importe qui sur l'affaire mais, guidé par mon éthique libérale, ma conclusion est simple: Vincent Lambert doit vivre.

Intérêts familiaux

Il ne s'agit pas d'une analyse juridique, mais morale. L'approche juridique - ou plutôt politique et habillée de juridisme pour laver les intervenants de tout sentiment de culpabilité - est celle qui fait et fera foi. Exécutée par la force, elle sera finale lorsque ces messieurs décideront finalement de mettre un terme à la vie de Vincent Lambert - le tout au nom de "l'humanisme". C'est ce qu'il aurait voulu, diront-ils. Et s'il ne l'a pas voulu, c'est ce qu'ont décidé ceux qui décident pour lui. Mais selon quels intérêts décident-ils?

Remise en question à de nombreuses reprises, la survie de Vincent Lambert dépend de multiples preneurs de décision. Sa famille, le corps médical, les tribunaux français, la classe politique et les instances internationales, pour n'en citer que quelques-uns. Tous ces gens et toutes ces organisations ont des points de vue différents, des arguments différents et des objectifs différents. Les médias, par exemple, sont prompts à opposer la "légitimité" de l'épouse de Vincent Lambert face au "catholicisme", forcément étroit, de ses parents, avant de prendre position en faveur de la première.

La famille de Vincent Lambert se déchire sur la question. Son épouse, qui est aussi sa tutrice légale, plaide pour qu’on interrompe les soins apportés à son mari, puisque son état est jugé «irréversible». Ses parents, soutenus par des groupes catholiques traditionalistes (…), jugent que Vincent Lambert n’est pas en fin de vie, ne souffre pas et n’est pas concerné par ce qui ne serait à leurs yeux (sic) qu’un acte d’euthanasie.


Les parents de Vincent, Pierre et Viviane Lambert, ne souhaitent pas que leur fils décède, même réduit à sa condition actuelle. L'espoir fait vivre, et un fils en état végétatif vaut mieux qu'un fils mort. On leur oppose l'argument utilitariste de la collectivisation des coûts: leur décision serait égoïste parce qu'elle fait reposer les conséquences financières et humaines sur le reste de la société.

éthique

L'épouse de Vincent Lambert, Rachel, qui vit depuis dix ans le calvaire d'être mariée à un homme en état végétatif, souhaiterait qu'il finisse par mourir. Son choix plaît à ceux qui partagent l'approche financière de la question, mais l'attitude de cette femme est tout aussi égoïste: elle obtiendra suite à la mort de Vincent des droits (de veuvage, de prétention à l'héritage de ses beaux-parents) qu'elle n'aurait pas pu obtenir autrement, par exemple en divorçant de lui. En choisissant de rester mariée à un homme dont elle demande la mort en tant que tutrice légale, est-elle à ce point admirable? Depuis des années, elle aurait pu tourner la page en divorçant et refaire sa vie en laissant Vincent aux bons soins de ses parents.

La novlangue de l'euthanasie

L'Affaire Vincent Lambert donne lieu à de nombreuses dérives dignes de la novlangue.

On parle "d'euthanasie" pour Vincent Lambert mais sa définition la décrit comme une pratique visant à provoquer le décès d'un individu atteint d'une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales ou physiques intolérable, ce qui n'est pas le cas de notre sujet. Apparemment, il ne souffre pas. Son état est stable et il n'est même pas malade.

On dénonce "l'acharnement thérapeutique", terme inventé pour éviter les frais et les douleurs liés à d'innombrables opérations sur des personnes âgées pour prolonger péniblement leur existence de parfois quelques semaines, mais Vincent Lambert ne suit aucune thérapie. On ne cherche ni à le guérir ni à essayer sur lui le moindre traitement expérimental. Jusqu'à preuve du contraire, des soins d'hygiène et une alimentation par intraveineuse à un patient en condition stable ne constituent pas un "acharnement thérapeutique".

On trouve "indigne" et "indécent" que pour sauver son fils et faire appel à l'opinion publique, sa mère poste sur Facebook une vidéo montrant Vincent bougeant des yeux et pleurant apparemment à l'annonce de sa mise à mort imminente, mais on ne trouve cette mise à mort ni "indigne" ni "indécente".

On dénonce "l'acharnement" de certains individus, dont sa mère, à perpétuer la vie de Vincent Lambert, alors que sa mise à mort par arrêt des soins, ce qui revient à le laisser mourir de faim et de soif pendant plusieurs jours, est présenté comme le sommet de l'humanisme…

Une analyse éthique libérale

Comme la plupart d'entre nous, Vincent Lambert n'a jamais couché sur le papier ses volontés face à la situation terrible qui est la sienne aujourd'hui. Pour différentes raisons évoquées plus haut, personne n'est vraiment "neutre" lorsqu'il s'agit de décider en son nom - soit des intérêts interviennent, soit notre empathie colore notre analyse. Même dans un cercle d'amis, une discussion sur la meilleure option à prendre suscitera rarement l'unanimité. La réalité est que d'un point de vue moral nous n'avons pas vraiment le choix de décider à la place de Vincent Lambert. Nous pouvons décider pour nous autant qu'il nous plaît, mais cela n'est d'aucune aide pour un tiers.

S'il avait eu assez encore assez de discernement, Vincent aurait-il souhaité être débranché? Nous n'aurons jamais la réponse à cette question ; mais le silence est en soi une réponse. En l'absence de décision, le choix par défaut prévaut. Et le choix par défaut de la vie est en général de continuer. Le suicide n'existe pratiquement pas à l'état naturel, sauf peut-être dans le cycle de vie de certains insectes. Mais même le plus petit animal se battra jusqu'à ses dernières forces pour échapper à la noyade ou se dérober à un prédateur - sans se dire que "de toute façon ma vie est fichue". La volonté de vivre est inscrite au plus profond de nos gènes. Peut-être certains transcendent-ils leur nature animale en choisissant consciemment de mourir, mais qu'ils aient ou non assez de recul pour se livrer à cette réflexion, ils n'ont aucune légitimité pour étendre leur choix à l'humanité toute entière.

La vie de Vincent Lambert lui appartient. Même dans son état, elle continue de lui appartenir. Certes, il dépend de soins médicaux continus pour sa survie, mais ce n'est pas différent de n'importe quelle créature dépendant de son environnement pour vivre et se nourrir. La seule différence est que l'environnement de Vincent Lambert est la société humaine et que celle-ci peut évoluer de deux façons différentes, l'une lui permettant de survivre et l'autre le condamnant à mourir de faim et de soif. C'est notre choix, pas le sien.

C'est vrai, dans des époques pas si lointaines, ces questions ne se posaient même pas - un homme comme Vincent Lambert serait mort, point. Dans un futur proche, elles pourraient bien ne plus se poser non plus. Mais même si le "cas Lambert" est réglé, de nouveaux cas limite surviendront alors: les personnes très âgées, les personnes atteintes de maladies incurables, les grands handicapés… L'eugénisme ressort le bout de son nez.

Les médias font de grands efforts pour éviter d'employer ce mot très négativement connoté depuis le XXe siècle mais l'élimination physique d'individus ne correspondant pas à la norme officielle a toujours eu bonne presse au sein des régimes collectivistes, qu'ils soient nazis, communistes ou, comme aujourd'hui, socio-démocrates. L'impotent, le faible, le vieux, le malade, l'improductif sont des "poids morts" de la société et il s'en faut de peu qu'ils ne deviennent des morts tout court. Le verdict est encore plus tentant si leur faiblesse n'est pas transitoire.

Le degré de civilisation d'une société se mesure à la protection donnée à ses éléments les plus faibles, qu'il s'agisse d'enfants à naître ou d'accidentés réduits à un état végétatif permanent. J'ose l'écrire, la France et bien d'autres pays, même dans leur état de ruine avancée, ont encore largement les moyens de pourvoir à la vie de Vincent Lambert jusqu'à ce qu'il meure de vieillesse. Ceux qui en doutent sont de mauvaise foi ou placent d'autres priorités devant la sauvegarde d'une vie humaine. Leurs raisons ne regardent qu'eux, mais n'ont aucun rapport avec la réalité économique. Si quelques milliers ou millions d'euros manquent à l'appel, ce n'est certainement pas chez les Vincent Lambert qu'il faut aller les chercher en premier.

Vincent Lambert est un symbole, mais pas un cas isolé. 1'500 personnes, rien qu'en France, seraient dans le même état végétatif. La conclusion de ce cas aura des répercussions sur des milliers de familles. Et sous le régime de nos politiciens actuels nous savons déjà tous comment il se finira - tout comme il s'est fini, aux États-Unis, pour Terri Schiavo. Prisonnière de son corps, elle agonisa sans manger ni boire pendant 14 jours après lesquels elle rendit l'âme de déshydratation. Là encore, "l'humanisme" fit une nouvelle victime.

Vincent Lambert doit mourir. C'est pour son bien.

28 avril 2019

Avengers: Social Justice Warriors Endgame

Le dernier volet des aventures des Avengers est sorti sur les écrans romands ces jours. Voilà donc une petite critique que ceux qui souhaitent découvrir le film devraient éviter le lire. Non pas que j'y dévoile massivement l'intrigue, mais parce que je n'en dis pas que du bien…

Les Avengers? Une assemblée de super-héros de l'univers des Comics Marvel, réunis comme il se doit pour sauver le monde. En fait Avengers:Endgame est la suite de Avengers:Infinity War de 2018 qui voyait le méchant Thanos tenter de récupérer les Pierres d'Infinités pour détruire la moitié, littéralement, des formes de vies de l'univers. La triste fin de l'épisode précédent ne laissait aucun doute sur l'existence d'une suite, qui clôt d'ailleurs ce cycle du MCU (l'Univers Cinématographique de Marvel). Parce que la transposition des héros au cinéma est un constant renouvellement: les acteurs vieillissent ou se lassent et doivent être remplacés, ce qui donne lieu à autant de remake et de reboot avec de nouveaux interprètes pour nos héros favoris, ou ici, des passages de témoin sur lesquels je reviendrai.

cinéma
Une partie de l'affiche du film. La surface prise par chaque personnage
est-elle proportionnelle à sa présence à l'écran? Mystère…

Alors, Avengers:Endgame est-il un bon film? En quelques mot: non, c'est une distraction qui ne restera pas dans les mémoires (en tout cas bien moins que son prédécesseur). Si le film est spectaculaire dans ses scènes d'action et réussit la prouesse de laisser se développer l'intrigue en impliquant une dizaine de personnages principaux sans donner trop l'impression de calculer le temps d'antenne façon CSA, il pèche par quelques aspects pas complètement anecdotiques, comme le scénario, le placement de produits, et surtout les SJW.

Les placements de produits ont étés repérés depuis longtemps mais en l'espèce certains sont aussi subtils qu'un Hulk dans un magasin de porcelaine. Impossible de ressortir d'Avengers:Endgame sans comprendre que les super-héros badass roulent en Audi et que Fortnite est le jeu à la mode, c'en est presque gênant.

Pourtant, ces placements commerciaux ne sont que péchés véniels comparés à un scénario plus troué qu'un emmental. La faute à la "solution ultime" de toutes les intrigues inextricables: le voyage dans le temps, bien sûr! Tout le monde avait compris bien avant le début du film qu'on passerait probablement par là (seul cheminement praticable pour sauver tous les héros morts lors de l'opus précédent) et si les protagonistes d'Avengers:Endgame font mine de s'inquiéter des conséquences de leurs sauts temporels, l'intrigue déraille suffisamment vite et suffisamment profondément pour que le résultat final n'ait plus le moindre sens. Ceux qui ont vu le film confirmeront. Dans la ligne temporelle "reconstruite", Thanos n'a même plus mis la main sur une seule Pierre d'Infinité! Toute l'intrigue en devient parfaitement absurde.

Arrivent les Social Justice Warriors

Mais qu'en est-il finalement des Social Justice Warriors évoqués plus haut? Et qu'est-ce qu'un Social Justice Warrior (SJW pour les intimes) pour commencer? Le qualificatif désigne les "héros de la justice sociale", un terme moqueur inventé pour dénigrer les militants défendant toutes les causes à la mode du moment. On comptera pêle-mêle dans les rangs des SJW:

  • des végans ;
  • des pro-LGBT ;
  • des féministes pro-islam (ou des gays pro-islam ou toute autre combinaison improbable) ;
  • des hystériques du réchauffement climatique (qui prennent l'avion pour leurs loisirs) ;
  • des adeptes de la sexualité alternative et de ses innombrables variantes (asexué, intersexe, sexe fluide etc.) ;
  • des partisans du changement de sexe des enfants ;
  • des défenseurs des droits de "minorités opprimées" uniquement dans les pays occidentaux…

La liste n'est pas exhaustive. On ne s'étonnera pas que ces SJW se retrouvent massivement à gauche et à l'extrême-gauche.

cinéma

Notez bien qu'il n'y a rien de mal à "défendre" et à "lutter" en faveur de telles causes. Ce qui distingue un SJW d'un individu normal est, outre une perception totalement sélective de la réalité, sa propension à s'offenser de tout et ses réactions hystériques. Pour résumer, les SJW sont l'incarnation la plus extrémiste qui soit du politiquement correct, ce qui en fait des absurdités vivantes. Incapables de tolérer l'existence d'une opinion contraire et emportés dans leur indignation, ils sont aussi incapables d'argumenter.

Naturellement, leurs accoutrements souvent caractéristiques (bijoux "ethniques", couleurs de cheveux surnaturelles, style vestimentaire étrange, etc.) et leur comportement en font une cible de choix dans les mèmes, la guerre de la culture que la gauche a perdue.

cinéma,sjw

Rien de cela ne porterait à conséquence si, par un mélange de fascination et d'entrisme, les SJW ne se retrouvaient aux plus hauts niveaux de certaines entreprises comme les GAFA, les éditeurs de jeux vidéo ou les studios de cinéma… Comme ceux de Marvel.

Séquences SJW

Des thèmes de prédilection des SJW se retrouvent ainsi insérés de force dans Avengers:Endgame, d'une façon si peu subtile qu'elle ne laisse aucun doute, même auprès de spectateurs peu au courant du phénomène.

L'icône super-héroïque de ce mouvement est évidemment Capitaine Marvel, une super-héroïne portée à l'écran précisément pour être la championne de tous les SJW. Arrivée tardivement (l'unique film qui l'introduit dans l'univers Marvel est sorti un mois avant Avengers:Endgame), Capitaine Marvel a une relation distante avec le noyau des Avengers mais ses apparitions ne laissent aucun doute: elle est la plus puissante de tous les super-héros du plateau. Son super-pouvoir est en quelque sorte d'être supérieure à tout le monde.

Évidemment, Capitaine Marvel n'a pas de faiblesse (comme l'alcoolisme de Thor ou la colère de Hulk) puisque l'imperfection est anathème à la définition d'un super-héros SJW. A l'instar de Rey dans Star Wars, elle se révèle parfaite en tout, et peu importe que cela en fasse un personnage peu sympathique auquel il soit difficile de s'identifier.

Bien que d'une puissance décisive, elle intervient tardivement dans le combat contre Thanos - parce qu'elle "n'a pas que ça à faire", étant donnée qu'elle est chargée de l'univers entier et pas de la petite Terre, comprenez-vous. La réplique a si peu de sens que même nos super-héros ne trouvent rien à répondre. 

Capitaine Marvel se retrouve également à lancer une réplique "on va s'en occuper!" en parlant du méchant, suivie d'un plan large où se retrouvent une dizaine de super-héros et de combattants… Uniquement féminins, au beau milieu d'un champ de bataille. La scène "Girl Power" est par trop incongrue et irréaliste pour ne pas avoir été pensée dans les moindres détails par un scénariste SJW lui-même.

Le féminisme n'est pas le seul thème des SWJ. Le Grand Remplacement en fait aussi partie et le film en est l'illustration parfaite, Avengers:Endgame étant aussi l'occasion d'un passage de témoins entre une ancienne et une nouvelle génération de héros. Le prochain Capitaine America est un noir. Le prochain Iron Man est une noire. Le prochain Thor est une femme noire (étant entendu que dans la mythologie nordique sauce Hollywood les Walkyries sont incarnées par des femmes noires).

On n'ose imaginer l'outrage cinématographique mondial si Black Panther avait cédé le trône du Wakanda à un blanc…

Fin de Cycle

Après un blackout médiatique de 48 heures les médias parlent d'Avengers:Endgame et si le jugement des critiques est globalement bon, celui du public est plus mitigé. Il est difficile de juger le film comme pleinement réussi - les carences scénaristiques fragilisent ce qui aurait pu et dû être la conclusion satisfaisante d'une vingtaine de films.

Toutes proportions gardées, les séquences SJW qui donnent leur titre à ce billet ne sont qu'une partie mineure de l'œuvre ; mais il suffit d'un plan ou d'une réplique ratée dans un film où chaque seconde d'image a été pleinement réfléchie pour briser l'immersion du spectateur, et son sentiment d'évasion.

Rien ne dit que les films suivants seront des échecs commerciaux ; mais si la trajectoire entamée avec Captain Marvel se poursuit, il est probable que le grand public se lasse et que le prochain cycle du MCU fasse mourir peu à peu la franchise à la façon de Star Wars, elle aussi rachetée par Disney. Mais dans ce cas Disney n'est pas la seule société à blâmer ; l'éditeur de Comics Marvel est lui-même responsable du virage féministe/raciste donné à ses personnages, qui ont contribué au déclin des Comics avant que le cinéma ne leur donne un second souffle.

Les super-héros ne se sont pas réinventés dans la bonne direction.

20:40 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, sjw |  Facebook

24 mars 2019

Donald Trump blanchi de l'accusation de collusion avec la Russie

L'affaire traînait comme une douleur lancinante de l'élection de Trump: le Président des États-Unis n'avait pas remporté l'élection présidentielle de façon honnête mais en la manipulant, grâce à l'aide de désinformation en provenance de la Russie.

trump_mueller.jpg

Beaucoup de mensonges ont été proférés depuis le début de cette chasse aux sorcières commencée il y a plus de deux ans, et comme celle-ci vire désormais à l'eau de boudin pour les Démocrates qui en sont à l'origine, on peut s'attendre dès lundi à un nouveau narrative visant à donner de nouveaux angles d'attaque à l'opposition. Une archive de la page Wikipédia en rapport avec cette affaire permettra de voir "l'évolution de la vérité" officielle... En attendant, faisons le point de la situation.

L'enquête

Robert Mueller, nommé le 17 mai 2017 par le Procureur Général Adjoint Rod Rosenstein (voir ici pour les liens entre les deux personnages) dispose de moyens immenses pour enquêter sur la "possible collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump dans le cadre de l'élection de 2016".

La Croix nous donne un aperçu des moyens dont disposait en 2018 le Procureur Spécial:

Robert Mueller (...) dirige une équipe de 16 permanents, des spécialistes de la Russie, de la criminalité organisée, de la fraude fiscale et du blanchiment d’argent, du contre-espionnage, du piratage informatique et de la cybercriminalité, issus du FBI ou recrutés à l’extérieur pour leurs compétences particulières. Le procureur et ses collaborateurs travaillent avec l’appui des services du FBI.


Leur cible?

Le champ d’investigation de l’enquête couvre cinq domaines : les transactions financières de l’entourage de Donald Trump, en particulier les activités de consultant en Ukraine de son ancien directeur de campagne Paul Manafort et les pratiques commerciales de son avocat personnel Michael Cohen ; l’interférence russe dans la campagne de 2016, à travers notamment la diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, le piratage des boîtes mails du parti démocrate et du directeur de campagne d’Hillary Clinton et leur publication ; les contacts et la coordination éventuelle entre l’entourage de Donald Trump et des personnes travaillant pour la Russie pendant la campagne électorale ; les contacts entre les Russes et des représentants de Donald Trump pendant la période de transition entre son élection et son entrée en fonction ; l’entrave à la justice, c’est-à-dire les éventuelles actions de Donald Trump et de son entourage pour entraver l’enquête, comme le limogeage du directeur du FBI James Comey en mai 2017.


Des moyens immenses donc, mais pour parvenir à quoi?

Beaucoup de filets, peu de prises

Les résultats concrets de l'enquête de Robert Mueller sont maigres, pour ne pas dire inexistants. Quatre collaborateurs de la campagne de Trump sont formellement inculpés, principalement pour fraude fiscale, blanchiment d’argent et fausses déclarations au FBI, mais aucun pour des activités ayant trait à la raison pour laquelle l'enquête a été ouverte, c'est-à-dire une collusion avec la Russie.

George Papadopoulos, un collaborateur mineur, est condamné à quatorze jours (!) de prison. Alex van der Zwaan, un avocat néerlandais, à trente jours de prison. Michael Flynn, bref conseiller à la sécurité du gouvernement Trump et unique affilié démocrate de son équipe, et Rick Gates, collaborateur de Paul Manafort, sont en attente de jugement, pour des délits de parjure pour le premier et de la fraude fiscale pour le second. Michaël Cohen, ancien avocat de Trump, retourne sa veste et témoigne devant le Congrès - alors même qu'il est mis sous accusation de parjure - pour charger son ancien patron, le traitant désormais de "tricheur", de "raciste" et de "menteur", des termes repris comme du petit lait par les médias. Même lui, pourtant, admet ne pas avoir de "preuves concrètes" d'une collusion avec les Russes.

Le plus gros poisson pêché - et le plus lourdement puni - est Paul Manafort, directeur de campagne de Trump pendant la première moitié de l'année 2016. Il est condamné à travers plusieurs chefs d'accusation à plus de sept ans de prison. Mais, là encore, les faits qui lui valent l'incarcération ont trait à de la fraude fiscale et des délits sans rapport avec l'ingérence russe. En outre, ils sont antérieurs à sa collaboration avec le magnat de l'immobilier.

Sur le plan des chiffres, l'enquête de Robert Mueller semble impressionnante: plus de 200 poursuites pénales et l'inculpation de 34 individus, dont 29 agents russes et trois entreprises. Ces chiffres ont été et seront encore repris par les Démocrates et les médias pour la présenter comme un succès. Malheureusement pour un public avide de sensations, poursuite pénale et inculpation ne veulent pas forcément dire condamnation ; et surtout, rien n'a été jusqu'ici trouvé qui confirme la raison pour laquelle le Procureur Spécial a été nommé, c'est-à-dire, rappelons-le encore, la moindre trace de collusion entre la Russie et l'équipe de Donald Trump ou Donald Trump lui-même.

0000003512_ZENA-classeur-ouvert-2-HD.jpg

On peut penser que Mueller ait été juste à deux doigts de trouver quelque chose de vraiment juteux, un bon gros scandale reliant Trump à Moscou, ou pourquoi pas, pire encore. L'hypothèse fera les délices de tous les amateurs de théories du complot ; comptons bien sur les nombreux "experts" invités sur les plateaux de télévision pour orienter la pensée du grand public en ce sens.

Malheureusement, cette analyse ne tient pas debout. D'une part, Robert Mueller enquête pratiquement sans limite depuis presque deux ans et dispose d'une quantité d'information immense ; rappelons qu'Obama espionna toute la campagne Trump (sur la base de faux documents) bien avant que celui-ci ne soit élu. Si ces archives avaient produit quoi que ce soit d'utile contre Trump, le filon aurait été exploité depuis longtemps. De plus, la grande porosité entretenue à dessein entre l'équipe de Mueller et les médias - certains furent carrément avertis à l'avance de cibles d'arrestations pour venir préparer leurs caméras - laisse à penser que si la fameuse piste prometteuse avait existé, le grand public en aurait déjà entendu parler. Mueller en aurait eu besoin pour relancer son enquête.

L'hypothèse la plus vraisemblable est que Mueller n'a rien trouvé. Nous aurons le fin mot de l'histoire lorsque le rapport sera rendu public, ce qui se produira rapidement. Mais même en attendant ce moment, nous savons déjà que le Procureur Spécial a capitulé. Deux faits indiscutables nous le prouvent.

Premièrement, Robert Mueller a affirmé qu'il n'y aura pas de nouvelles inculpations, c'est-à-dire que son enquête n'a pas produit d'éléments suffisants pour inquiéter qui que ce soit de plus que les gens déjà poursuivis. Ni Trump, ni les membres de sa famille, ni les membres de son gouvernement, ni ses proches collaborateurs ne sont donc soupçonnés de quoi que ce soit de crédible.

Deuxièmement, dans une lettre envoyée aux membres du Congrès, le Procureur Général William Barr, première personne à lire le rapport, précise qu'il n'y a pas eu d'obstruction à la justice de la part du Président Trump. Le principal argument que les Démocrates pensaient employer pour poursuivre leur guérilla judiciaire vient de faire long feu.

On peut toujours chanter que la vérité est ailleurs, mais il est de plus en plus difficile de ne pas passer pour un illuminé...

Deux ans de mensonges et un retour de bâton bien mérité

Depuis le lendemain de l'élection de Trump et l'émergence de ce soi-disant "complot russe", les médias américains alignés sur les Démocrates (et les médias internationaux reprenant le tout avec empressement) ont bâti de toute pièce un mensonge colossal et s'en sont servi pour créer une atmosphère détestable. Trump n'était pas le Président légitime des États-Unis. Il avait volé son élection. Chaque jour apportait son lot de nouvelles révélations. Chaque jour, l'étau se resserrait. Chaque jour était un pas de plus vers la destitution de l'imposteur.

Au-delà des mensonges, ces assertions contribuèrent à diviser la société américaine comme jamais. Il y avait d'un côté "ceux qui savaient", appuyés par les médias, cultivant leur haine de Trump et pensant que sa destitution était imminente, et de l'autre les "naïfs" ou les "croyants", supporters de Trump évidemment en faute, accusés non seulement de soutenir un Président illégitime mais en plus d'être devenus les alliés de fait d'intérêts étrangers. Finalement, ces accusations de "complot russe" mirent à mal les relations entre deux puissances nucléaires.

Pour un bon compte-rendu de cette situation et de l'importance des conclusions du rapport Mueller, le présentateur vedette Tucker Carlson de Fox News fit un résumé remarquable des enjeux.

Voici une traduction des meilleurs passages de la vidéo, dont on peut trouver une transcription complète.

Pour le moment, nous aimerions prendre un instant pour mettre en perspective cette histoire tentaculaire. Notre travail dans cette émission est de nous rappeler les choses, de créer un enregistrement de ce qui s'est passé dans ce pays au cours des dernières années et de ce qui lui est arrivé. Nos petits-enfants voudront savoir. Si la gauche l'emporte, ils ne verront jamais ces détails. Tout sera blanchi à la chaux, comme beaucoup d'autres passages de notre histoire. Alors rappelons-nous, pour mémoire, des buts de l'enquête de Robert Mueller, pourquoi un Procureur Spécial a été nommé au départ. Il ne s'agissait pas de savoir si le Président avait trafiqué des abattements d'impôts sur ses déclarations de revenus d'il y a trente ans. Il ne s'agissait pas de savoir s'il voulait construire un autre hôtel dans un pays étranger. Dès le premier jour, l'enquête de Mueller se justifiait par une seule question: Donald Trump a-t-il commis une collusion avec le gouvernement russe pour voler l'élection présidentielle de 2016? Le Président a-t-il trahi son pays? Pendant près de trois ans, les Démocrates nous ont dit qu'il l'avait effectivement fait.

Beto O'Rourke: "Il ne fait aucun doute que même s'il n'y avait pas collusion, il y avait au moins une tentative de collusion."

Adam Schiff: "Je pense qu'il existe de nombreuses preuves de collusion ou de complot exposées à la vue de tous."

Maxine Waters: "Il y a encore beaucoup à apprendre à ce sujet. Je crois qu'il y a eu collusion."

John Podesta : "Ça sent de plus en plus une odeur de collusion."

Nancy Pelosi: "Nous avons vu des preuves irréfutables de la campagne Trump: la famille Trump avait bien l'intention de s'entendre avec la Russie en fin de compte."

Si vous avez vécu dans ce pays, il est difficile d'avoir manqué les accusations comme celles que vous venez d'entendre. Maxine Waters est une personne inconséquente, un festival sur pieds. Mais Nancy Pelosi n'est pas du même calibre. Elle préside la Chambre des Représentants. Elle est troisième dans l'ordre de succession de la Présidence. Adam Schiff est Président du comité du renseignement de la Chambre. Il est au courant des informations les plus secrètes que possède notre gouvernement. John Podesta a été le chef d'état-major d'une Maison Blanche et le conseiller principal d'une autre. Beto O'Rourke a collecté plus d'argent que tous les autres candidats à la présidence en 2020. Ces gens ne sont pas des personnages périphériques. Ce sont les membres les plus éminentes du parti démocrate actuel . Nous les avons pris au sérieux. Nous nous sommes sentis obligés de comprendre pourquoi ils traitaient le Président des États-Unis de traître.


Il y a encore bien davantage dans la séquence de 11 minutes, y compris une couverture médiatique stupéfiante incluant des commentateurs comparant Trump à Benedict Arnold et suggérant ouvertement qu'il soit pendu.

Rien de tout cela n'était accidentel ni ne survint par erreur. Dès l'instant où Donald Trump prit ses fonctions, les Démocrates et les médias mirent en branle un récit qu'ils souhaitaient désespérément voir devenir vrai. Ils ne furent jamais réellement préoccupés par l'état du pays. À la place, ils cherchaient simplement une excuse pour destituer Trump de ses fonctions car ils n'aimaient pas le résultat des élections de 2016.

Le plan était d'une simplicité extrême: creuser jusqu'à trouver quelque chose. Piéger des collaborateurs sur des accusations de parjure ou des faits sans rapport avec une collusion, puis leur faire miroiter une amnistie et les faire chanter pour atteindre le domino suivant, et ainsi de suite jusqu'à Trump. Tout le monde étant corrompu à New York, le magnat de l'immobilier devait bien avoir quelque chose à cacher. Au pire, si vraiment aucun lien avec la Russie n'était déterré, on pourrait toujours l'accuser d'obstruction à la justice. Mais malgré deux ans d'enquête, rien n'y fit.

Maintenant que le pseudo-récit est en train de s'effondrer, il devrait y avoir des répercussions. Tucker poursuit sur cette voie:

Tout ceci doit avoir des conséquences. Une fois le rapport Mueller publié et qu'il devient incontestable que, quels que soient ses défauts, Donald Trump n’a pas collaboré avec les Russes, les nombreuses personnes qui ont prétendu de manière persistante et sans la moindre preuve qu’il avait collaboré avec les Russes doivent être punies. Non pas inculpées ni emprisonnées, mais obligées de s'excuser et de porter un regard critique quant à leur propre comportement.

Si des Républicains avaient passé trois années entières à prétendre de façon erronée que Barack Obama agisse en collusion avec le gouvernement iranien, ceux qui l'auraient prétendu pourraient-ils continuer à travailler dans la politique ou dans les médias? C’est une question rhétorique.


Que ces gens soient licenciés ou non, ils ne devraient plus avoir la moindre crédibilité après un tel fiasco. Tout journaliste, homme politique démocrate ou ancien responsable de la CIA perpétuant ce mensonge et refusant un mea culpa sincère ne devrait plus jamais être pris au sérieux. Il devrait également y avoir une véritable enquête sur la légalité de ce qui s'est passé et les personnes qui ont divulgué des informations classifiées pour nourrir cette farce. Si John Brennan et Adam Schiff organisaient des fuites vers CNN, comme on le soupçonne depuis longtemps, ils devraient être tenus pour responsables devant la loi. Si des responsables de l'Administration Obama ont utilisé de faux prétextes et révélés des individus de façon sélectives pour forcer une enquête partisane, cela devrait entraîner des conséquences réelles. Si les responsables du FBI ont menti à un tribunal, cela ne peut pas être simplement écarté d'un revers de la main.

Rien de tout cela n'est une vengeance judiciaire contre des ennemis politiques. C'est le besoin essentiel d'un système de justice fonctionnant de façon équitable et impartiale. Ce triste épisode de l'histoire américaine a été profondément préjudiciable, entraînant des disputes et des violences publiques alors que les membres du mouvement #resistTrump se déchaînaient, poussés par un récit qui n’avait jamais eu de fondement factuel. 67% des Démocrates pensent aujourd'hui encore que Trump a non seulement collaboré avec la Russie, mais que celle-ci a changé le résultat des votes. C'est complètement fou et le résultat direct de mensonges quotidiens sur des faits avancés sans la moindre preuve.

Crédibilité en miettes

Nous ne devons jamais oublier ce qui vient de se passer. Alors même que le Rapport Mueller est remis au Gouvernement des États-Unis, les médias commencent à en diminuer l'importance ou à passer gentiment à autre chose. C'est trop facile.

Pendant deux ans, ils ont surfé sur la vague du complot russe, ils ont érigé des autels à Robert Mueller et lui ont brûlé des cierges. Ils ont menti continuellement au grand public comme des arracheurs de dents, sans retenue et sans remords.

Tous les politiciens, tous les médias, tous les éditorialistes, tous les experts, tous les leaders d'opinion sur Twitter et tous les membres du grand public qui ont gobé sans hésitation cette fable débile de complot russe se sont officiellement discrédités à vie. L'autorité et la crédibilité restent uniquement entre les mains de la minorité qui avait gardé assez de sang-froid pendant ce tsunami de propagande sans précédent.

Et il est temps pour la justice américaine de se remettre au travail et de déterminer les responsabilités de ce qu'il faut bien appeler, comme Trump le fait depuis deux ans, une chasse aux sorcières.

20 mars 2019

De Christchurch à Utrecht

Christchurch en Nouvelle-Zélande. Un "extrémiste de droite", Brenton Tarrant, ouvre le feu dans deux mosquées de la ville, provoquant 50 morts et autant de blessés, des victimes de 3 à 77 ans. Il s'agit du massacre le plus meurtrier en temps de paix dans ce pays depuis plus d'un siècle.

Dans la tête d'un terroriste anti-musulman

Brenton Tarrant a préparé son coup. Peu avant la tuerie - qu'il filme et diffuse en direct sur les réseaux sociaux - il publie en ligne un manifeste de 74 pages expliquant qui il est et pourquoi il a conduit cette attaque, tout en affirmant avoir été inspiré par le tueur norvégien Anders Breivik.

Capture.JPG
Le tireur a marqué les noms de suprémacistes blancs sur ses armes et ses chargeurs

Le texte contient un dialogue avec lui-même à travers une série de questions réponses, la première d'entre elle demandant: "qui êtes-vous"? Citant l'Independent:

"Je suis un homme blanc ordinaire, âgé de 28 ans. Né en Australie d'une famille de travailleurs à bas revenus.

Mes parents sont d'origine écossaise, irlandaise et anglaise. J'ai eu une enfance ordinaire, sans grand problème. J'avais peu d'intérêt pour l'enseignement dispensé à l'école, parvenant tout juste à décrocher mon diplôme."

Il ajoute: "Je suis juste un homme blanc ordinaire, d'une famille ordinaire. Qui a décidé de se mettre debout pour donner un futur à son peuple."
Il se décrit comme une personne "renfermée et principalement introvertie" et admet qu'il est raciste, ajoutant qu'il est "éco-fasciste par nature".


Éco-fascisme? Selon Tarrant, les maux de l’humanité sont tous causés par la surpopulation. Et les peuples ethniquement européens seraient les seuls à ne pas "surpeupler la planète". Quant au choix de sa cible, elle est essentiellement due au hasard:

Selon lui, la Nouvelle-Zélande n'était pas le premier choix pour une attaque ; il dit qu'il y vint temporairement seulement pour planifier son coup et s'entraîner.
Sur la planification de l'attentat, il écrit: "J'ai commencé à planifier le concept de l'attaque il y a environ deux ans et l'attaque précisément contre les lieux de Christchurch trois mois avant."


Il donne aussi son avis sur l'actualité politique.

Quant à savoir s'il soutient le Brexit, il écrit: "Oui, bien que pas pour  les raisons politiques officielles. La vérité est que, finalement, les gens doivent faire face au fait que cela n’avait rien à voir avec l’économie.

C'était le peuple anglais ripostant contre l'immigration de masse, les changements culturels et le globalisme, et c'était une chose grande et merveilleuse."

Quant à savoir s'il soutient le Président Trump, il écrit: "Comme le symbole d'une identité blanche renouvelée dans un but commun? Certainement. Comme législateur et leader? Mon Dieu non."


D'autres détails filtrent dans la presse anglaise, notamment l'Indépendant:

Brenton Tarrant affirme également que son idée d'attaque lui a été inspirée par les attentats islamistes, pour se "venger" d'un attentat terroriste commis en Suède et faisant une jeune fille parmi les victimes.

"Deux ans avant l'attaque [de Christchurch], cela a radicalement changé mon point de vue. La période allait d'avril 2017 à mai 2017", écrit-il. "Le premier événement qui a marqué le début du changement a été l'attaque terroriste de Stockholm le 7 avril 2017. Je ne pouvais plus tourner le dos à la violence. Quelque chose était différent cette fois. Cette différence était entre Ebba Akerlund... Ebba se rendait à pied à la rencontre de sa mère après l'école quand elle fut assassinée par un attaquant islamiste."

Expliquant son plan pour le massacre, le tireur écrit qu'il agit "avant tout pour montrer aux envahisseurs que nos terres ne seront jamais leurs terres, que nos foyers sont à nous, et que, aussi longtemps que vit un homme blanc, ils ne conquerront JAMAIS nos terres et ne remplaceront jamais nos peuples."


Radicalisé en France. La "seconde étape" de sa radicalisation vient d'un séjour en France. Citant Ouest-France:

La victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen lors de la présidentielle française de 2017, est celle, selon lui, d’un "ancien banquier internationaliste, mondialiste, anti-blanc" contre une "mollassonne" et "timide". Il juge d’ailleurs le parti de Marine Le Pen "complètement incapable de créer un réel changement".

Il fait le portrait d'une France peuplée d’envahisseurs "non-blancs", qu’importe la taille de la ville. Les Français y sont décrits comme "pessimistes", le pays comme "en perte de culture et d’identité" et l'auteur du Manifeste déplore la pauvreté des "solutions politiques offertes".


En observant dans un cimetière militaire "les croix blanches" à l’horizon, Brenton Tarrant dit avoir "éclaté en sanglots", précise LCI.

D'autres détails filtrent encore dans les médias, mais sont moins rapportés. Le terroriste conçoit parfaitement la possibilité qu'il meure au cours de l'attaque. Mais s'il y survit, dit-il, il se fera un plaisir de "contribuer à être à la charge de l'État tout le reste de sa vie," une façon supplémentaire d'afficher sa haine des gouvernements comme celui de Nouvelle-Zélande.

Manque de chance, le pays a aboli la peine de mort pour tous les crimes en 1989. Et maintenant des gens manifestent pour la rétablir. Apparemment l'idée que certains crimes méritent une peine adéquate (re)fait gentiment son chemin.

Traitement médiatique

Les quelques extraits ci-dessus montrent que le terroriste, son acte et sa personnalité ont intéressé les médias aux plus haut point, bien qu'ils soient gênés de "faire de la publicité" à l'acte et à son auteur. Les médias évoquent la réaction de Néo-zélandais qui offriraient des millions de dollars de dons aux victimes, se couvriraient la tête ou achèteraient en réaction de la viande halal. On attendra la symétrie des musulmans qui offriraient des millions de dollars à des victimes de l'islam, rejetteraient le voile ou achèteraient du porc comme protestation après un attentat islamiste...

Il ne fallut que quelques heures avant que la polémique sur le contrôle des armes ne surgisse. "Ils n'apprennent jamais", se lamenta Leesa K. Donner sur LibertyNation.

La Nouvelle-Zélande applique déjà une politique assez stricte de contrôle des armes à feu. Posséder une arme au pays des Kiwis n’est pas un droit, mais un privilège accordé à ceux qui sont prêts à obéir à toutes les lois sur les armes à feu. Et elles sont nombreuses. Tout le monde doit avoir une licence et faire vérifier ses antécédents. Ils doivent tous suivre un cours sur la sécurité - la possession légale d'une arme à feu est un processus long et ardu. Si vous pouvez imaginer une loi sur le contrôle des armes à feu, la Nouvelle-Zélande l'a probablement déjà dans ses tablettes.


1,2 millions de citoyens disposent déjà d'une arme, dans un pays vaste et peu peuplé qui contient plus de moutons que d'humains. Il ne sera pas facile de désarmer tout le monde ; mais comme le rappelle la chroniqueuse, "cela n'aurait eu aucun effet sur la tuerie de Christchurch de toute façon".

L'ONU devient d'extrême-droite. Suivant un scénario rodé, l'assassin est associé aux personnalités politiques gênantes du moment ; les médias français sont à deux doigts d'accuser Marine Le Pen de complicité dans la tuerie. Ici, pas de déséquilibré, pas de "piste terroriste possible", pas de padamalgam - c'est tout le contraire.

Le manifeste du terroriste est aussi jeté aux orties, puisqu'il expose la théorie du Grand Remplacement qui ne saurait être qu'un délire issu de l'esprit fiévreux d'un militant d'extrême-droite. Dommage que celle-ci soit officiellement disponible sur le site de l'ONU sans compter les innombrables déclarations des responsables de l'organisation encourageant les migrations massive de population du Tiers-monde comme moyen "d'équilibrer" la démographie de l'occident vieillissant.

Pendant ce temps au Nigeria... Certains internautes pointent du doigt un certain déséquilibre: ainsi, Breitbart.com rapporte que 120 chrétiens ont été tués au Nigeria par des islamistes durant les trois dernières semaines. Quels médias mainstream ont évoqué ces massacres? La réponse est rapide: aucun.

Les réseaux sociaux font l'objet de furieuses polémiques. Un Internaute s'insurge ainsi que 122 attentats terroristes islamistes aient eu lieu dans les 30 derniers jours, provoquant 859 morts dans 21 pays. Mais Facebook veille à ce que l'information ne s'affiche pas facilement:

ergdsfgadad.png
L'outrage semble surtout être vis-à-vis des opinions politiques de Facebook...

Et si l'ont prend des statistiques plus anciennes, on en serait à 34'717 morts  dans le monde depuis le 11 septembre 2001 - en prenant uniquement en compte les attentats islamistes terroristes identifiés comme tels et non pas les attaques, coups de poignards, écrasement par véhicule et autre égorgements proférés par de simples "déséquilibrés".

"Peut-être que la vie des musulmans vaut plus que celle des chrétiens?" demandent des Internautes. Je ne pense pas que cela soit le cas, simplement parce que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste. Selon moi, la particularité de la tuerie de Christchurch vient de la personnalité du tueur et de ses motivations.

Les services de sécurité du monde entier sont sur la sellette, et la Nouvelle-Zélande ne fait pas exception. Elle emploie d'immenses ressources pour mener la vie dure à Kim Dotcom de Megaupload, doubla son budget depuis 2012, mais s'avéra incapable de déceler un profil comme celui du terroriste de Christchurch. Alors, à quoi sert tout cet argent?

Dans la tête d'un terroriste musulman

L'attaque terroriste de Christchurch monopolisa les médias, mais elle ne fut même pas la dernière de ces jours. Une actualité chasse l'autre, comme on dit. Lui succéda, le 18 mars, une "fusillade" à Utrecht, aux Pays-Bas. L'auteur serait un certain Gökmen Tanis, Turc de 37 ans passé par la Tchétchénie et en contact avec des individus partis faire le djihad au sein de l'État Islamique.

tram outside.jpg

Bien que le mode opératoire et la personnalité du tueur fassent partie des grands classiques, on parla longtemps d'acte terroriste "possible", l'autre possibilité étant le "déséquilibre", tant il est commun de se promener en ville en ouvrant le feu sur les individus croisés en chemin.

On n'en sait encore peu sur Gökmen Tanis, mais certains détails de son passage à l'acte sont clairs, même si les médias évitent d'en parler. Le passage à l'acte de Gökmen Tanis à Utrecht pourrait être consécutif à celui de Brenton Tarrant à Christchurch.

Autrement dit, face à un déséquilibré ouvrant le feu sur des musulmans innocents, un autre déséquilibré à l'autre bout du monde ouvrirait le feu sur des civils innocents.

Ainsi, Gökmen Tanis aurait publié sur un compte Twitter lui appartenant une photographie du fusil utilisé par le tireur de Nouvelle Zélande.

Une guerre civile qui ne dit pas son nom

Un autre Bretton Tarrant serait difficile à déceler tant il fut banal avant son passage à l'acte. Il existe probablement des centaines de milliers, voire des millions de Bretton Tarrant d'avant Christchurch de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

De même, il existe des centaines de milliers, voire des millions de Gökmen Tanis d'avant Utrecht de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

Le but de l'exercice n'est pas de compter la proportion des uns et des autres, mais de comprendre que les Bretton Tarrant et les Gökmen Tanis sont tous deux persuadés d'être en guerre, une guerre totale. Ils n'hésitent pas à s'attaquer à des civils désarmés dans des tueries plus ou moins improvisées, fut-ce à 20'000 kilomètres l'un de l'autre, dans un échange mortel.

Les gens normaux sont saisis d'horreur face à leurs actes, mais une partie de l'opinion publique peut aussi penser que nous nous dirigeons petit à petit vers une guerre civile en bonne et due forme. Elle éclatera réellement si une proportion suffisante de gens le pensent ainsi - en particulier des leaders politiques - peu importe le désir de paix de la majorité.

La masse critique n'est pas encore atteinte, mais lorsque les opérations punitives commencent à s'enchaîner de part et d'autre du globe, la trajectoire devient franchement inquiétante.

03 mars 2019

Censure et contre-censure

Sur Internet la liberté d'expression se réduit comme peau de chagrin, mais tout n'est pas perdu.

Facebook, pris encore une fois dans un scandale de manipulation

La duplicité de Facebook a été dévoilée le 27 février par Project Veritas, un site spécialisé dans la traque de la corruption. Grâce à un lanceur d'alerte employé de Facebook, le site dévoile preuve à l'appui les mécanismes internes du géant de l'Internet pour filtrer les contenus politiquement déplaisants et les utilisateurs en relation.

facebook,liberté d'expression,censure

Le lanceur d'alertes, amenant avec lui des preuves sous la forme de documentation et de photos d'écran, révèle que le réseau social géant a "pour habitude" de supprimer des pages politiquement connotées à droite. Le réseau social ne s'appuie ni sur un filtrage manuel ni sur des signalements d'utilisateurs mais sur un processus systématique, automatisé et appuyé par une batterie de programmes, notamment le logiciel d'intelligence artificielle "Sigma".

Sigma analyse les mots-clés associés par exemple à une vidéo et peut ensuite déclencher une "dégradation" de la publication, appelée ActionDeboostLiveDistribution. Équivalent à un coefficient de visibilité négatif, cette dégradation diminue la fréquence de présence de la vidéo dans les flux de nouvelles des autres utilisateurs, supprime les options de partage, et désactive les notifications interactives liées à sa présence.

Le lanceur d'alertes put citer de nombreuses personnalités conservatrices ciblées par Facebook, comme le comédien et commentateur de droite Steven Crowder, qui obtint en 2016 un accord financier extra-judiciaire avec Facebook après avoir dénoncé une limitation arbitraire de la visibilité de ses vidéos. Il ne put en revanche citer aucune personnalité de gauche ciblée par cette politique.

L'Intelligence artificielle Sigma, développée à l'origine pour détecter des publications invitant au suicide ou à l'automutilation, a semble-t-il trouvé bien d'autres sujets à traiter. L'outil s'inscrit dans la stratégie développée dans un document de Facebook écrit par deux ingénieurs, Seiji Yamamoto et Eduardo Arino de la Rubia, visant à combattre les "abus coordonnés" sur la plateforme. La définition de ces abus est de plus en plus élastique ; s'y rattachent désormais les publications "qui ne sont pas à proprement parler des discours de haine mais qui s'en rapprochent", c'est-à-dire, alors qu'aucune définition juridique n'existe pour un discours de haine, de choses "qui pourraient offenser quelqu'un". Vaste programme...

Qu'on se rassure, la définition d'une offense est politiquement orientée d'emblée grâce au vocabulaire employé. Ainsi, évoquer les Social Justice Warriors, surnom donné à ces militants engagés dans toutes les causes de la gauche, est un marqueur immédiat d'évaluation négative. Même chose pour ceux qui emploient le terme de pilule rouge: il est important, aux yeux des ingénieurs de Facebook, que nul utilisateur ne soit "amené à remettre en question sa représentation de la réalité" à travers la plateforme. On se croirait en pleine dystopie.

Les médias habituels sont évidemment muets sur le sujet: cela correspond tant à leur propre point de vue! Mais la liberté de penser trouve toujours un chemin...

Gab, la riposte

Né en 2016, Gab (via Gab.ai ou Gab.com) est un réseau social particulier car réduit à sa plus simple expression. Son intitulé de mission est limpide:

"Un réseau social qui promeut la liberté d'expression, la liberté individuelle et le libre flux d'information en ligne."


Pour lire un peu de prêt-à-penser sur Gab, rien de mieux qu'une visite sur Wikipédia:

Gab est un service de réseautage social en ligne basé à Austin, au Texas, créé pour servir d'alternative aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Reddit.

[Il] permet à ses utilisateurs de lire et d'écrire des messages comportant jusqu'à 300 caractères, appelé « gabs ». Le site propose également des fonctionnalités multimédia et s'est donné pour mission de servir ses « utilisateurs et la liberté de parole en premier ».

Il gagne en audience après la tuerie de la synagogue de Pittsburgh, le terroriste antisémite ayant un profil vérifié sur le site. Gab cible une audience marquée à l’extrême droite, comme les néo-nazis, les conservateurs (sic!), l'alt-right et les suprématistes blancs. Plusieurs figures de ces mouvements y sont par ailleurs actives, comme Richard B. Spencer, Mike Cernovich, ou Alex Jones.


On admirera la tournure... Typique de Wikipédia, dirons-nous, de la description du réseau social. L'utilisation de la tuerie de Pittsburgh contre Gab est particulièrement savoureuse: non seulement Gab désactiva le profil de l'utilisateur dès qu'il eut connaissance de son identité, mais si un tel argument était recevable pour détruire un réseau social, alors Facebook ou Twitter devaient être mis hors ligne séance tenante pour héberger des milliers de comptes liés à des terroristes, des tueurs en série ou des extrémistes musulmans (lire ici et ici pour quelques exemples).

Néanmoins, l'argument fut aussi facilement reçu que Gab était une menace - une menace contre l'approche corporatiste et contrôlée de la diffusion d'information sur les réseaux sociaux. Dire que Gab fut combattu est bien en-deçà de la vérité. D'importantes manœuvres eurent lieu pour lui couper l'accès à ses serveurs du jour au lendemain, pour couper son financement et pour empêcher ses utilisateurs de l'employer. Aujourd'hui encore l'application mobile Gab a été retirée tant de l'App Store que du Play Store - sans aucune explication ni d'Apple ni de Google.

facebook,liberté d'expression,censure

Rien dans ce que fait ou propose Gab n'est contraire à la loi. Contrairement aux mensonges délibérément propagés, on ne peut pas dire n'importe quoi sur Gab. La société est basée au Texas et obéit donc à la législation américaine en matière de liberté d'expression. Celle-ci est vaste, c'est vrai, mais ni infinie, ni incontrôlée.

Des individus peu recommandables sont allés sur Gab après avoir été bannis d'autres réseaux sociaux, c'est incontestable. Mais d'autres individus parfaitement recommandables ont aussi été bannis des réseaux sociaux à cause de leurs opinions politiques, dans une chasse aux sorcières qui ne semble pas avoir de limite. De nombreux utilisateurs concernés comprennent donc que le contrôle des GAFA sur Internet prend une tournure de plus en plus inquiétante et qu'il devient nécessaire de s'inscrire sur Gab.

Gab rencontre donc un certain succès. Gab a désormais ses propres serveurs, son propre gestionnaire de domaine, son propre processus de paiement et résiste à des attaques de déni de service quotidiennes. Suivant l'adage du "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort", il a surmonté tant de tentatives pour l'éteindre qu'on peut estimer qu'il devrait tenir debout encore longtemps.

Voire, de riposter.

Dissenter, le gant est jeté

Si les patrons de Facebook ou de Google détestaient Gab, ils ont désormais une bonne raison de le haïr: Gab Dissenter.

facebook,liberté d'expression,censureGab Dissenter - ou simplement Dissenter - est un nouveau service récemment lancé par Gab. Il permet tout simplement de commenter n'importe quelle page Internet au sein de la communauté Gab.

Comment cela fonctionne-t-il? Rien de plus simple. Il suffit d'installer sur son navigateur le plug-in Dissenter et ensuite, depuis n'importe quelle page du web, de cliquer sur l'icône et d'écrire son commentaire ou de consulter ceux des autres utilisateurs. On peut aussi, naturellement, voter pour les commentaires d'autrui ou y répondre. D'autres fonctionnalités sont prévues comme de permettre d'intégrer directement les commentaires dans un site.

Du point de vue technique, c'est absolument imparable: l'identité unique d'une page est reconnue de la même façon par Dissenter qu'elle l'est par les robots des moteurs de recherche. Autrement dit, à moins de saboter sa visibilité pour ne plus apparaître sur Google, personne ne peut empêcher les utilisateurs de Dissenter de commenter la page.

Alors que le service n'est même pas vieux d'une semaine, les commentaires Dissenter apparaissent déjà sur des lieux normalement fermés aux commentaires - qu'il s'agisse de vidéos YouTube, de pages de Wikipédia ou d'articles de presse suscitant des réactions qui ne s'inscrivent pas dans la pensée officielle.

Dissenter n'a rien de révolutionnaire ; un service comme hypothes.is permet déjà le même genre d'annotation de site web. Même Google proposa un service équivalent appelé Sidewiki dix ans plus tôt, mais qui fut abandonné faute d'avoir décollé. Car ce n'est pas tout que de proposer un service, il faut que celui-ci atteigne son public ; et à l'heure actuelle, l'initiative de Dissenter tape dans le mille.

Il faudra peut-être un peu plus de temps pour que Dissenter perce en langue francophone mais cela viendra, ne serait-ce qu'à cause de la frustration accumulée par les Internautes face à des articles fermés aux commentaires sur 24Heures ou 20 Minutes, pour ne prendre que l'exemple de la presse romande.

Conclusion

Il y a plusieurs façons de contrôler l'information sur Internet, mais celle qui prévaut aujourd'hui sur la plupart des médias en ligne se résume en une phrase: "comme certains utilisateurs disent des choses déplaisantes, nous devons désactiver les commentaires pour tout le monde".

En suivant exactement la même logique, puisque Hitler buvait de l'eau, il faudrait interdire la consommation d'eau. On voit à quel point l'argument ne tient pas debout. Celui qui enfreint la loi doit être puni, il n'y a aucune raison de censurer l'opinion de tout le monde... À moins que l'idée ne soit justement de contrôler par la force les "opinions acceptables" qu'un média souhaite laisser afficher sur ses pages. Les rédactions choisissent l'option nucléaire dès que la discussion risque d'aller hors des sentiers balisés. Une alternative comme Dissenter pourrait leur faire perdre aussi cette bataille.

L'idée que la censure soit nécessaire pour "lutter contre l'extrême-droite", fantasme ou réalité, revient à dire que des gens réellement convaincus d'opinions racistes, extrémistes, xénophobes, antisémites, nazies ou autres ne pourraient se voir opposer des arguments solides dans le cadre de la liberté d'expression. L'argument est absurde: ces opinions ont précisément reculé à des époques où la liberté d'expression était bien plus répandue qu'aujourd'hui.

En revanche, on comprend bien mieux l'utilité de la censure lorsque l'anathème de l'extrême-droite n'est qu'un prétexte jeté au visage d'adversaires politiques pour mieux les réduire au silence.