08 janvier 2016

La guerre Irano-Saoudienne n'aura pas lieu

Entre chiites et sunnites l'année a mal commencé. Le 2 janvier, l'Arabie saoudite annonce l'exécution de 47 personnes. Bon début face aux 90 mises à mort de 2014. Au milieu d'une quarantaine d'individus liés à divers mouvements terroristes, on compte également le cheikh chiite Al-Nimr, dans le collimateur de la dynastie des Saoud depuis le lancement d'un mouvement de protestation dans l'Est du pays en 2011. Fort logiquement au pays du sabre, un tribunal de Riyad le condamna à mort pour sédition, désobéissance au souverain et port d'armes.

Les Iraniens - chiites - protestent. Et manifestent. Et incendient la représentation diplomatique saoudienne à Téhéran, face à des forces de police locale aussi impuissantes que peu motivées. L'Arabie Saoudite proteste à son tour en rompant les relations diplomatiques avec l'Iran. Le Bahrein fait de même. L'escalade continue ces derniers jours - l'Arabie saoudite interrompt toutes ses liaisons aériennes avec Téhéran. L'ambassade iranienne à Saana au Yémen est touchée par un bombardement lors d'un raid aérien saoudien, provoquant un blessé. L'Iran interdit l'importation et le transit des produits saoudiens, ainsi que la participation de ses citoyens au petit pèlerinage de la Mecque...

Certains s'inquiètent ou s'effraient d'un futur affrontement entre les deux pôles de la région, les sunnites d'Arabie Saoudite contre les chiites d'Iran. Et comme toujours en pareil cas, on commence par compter les forces en présence. Des infographies informative circulent sur Internet, comme celle-ci issue du Figaro:

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Infographie Le Figaro (cliquez pour agrandir)

L'affrontement verbal entre deux régimes autoritaires ne peut mener qu'à une dangereuse surenchère. La région est en crise ; l'Iran à cause de son programme nucléaire qui le prive de l'accès au marché international, l'Arabie Saoudite à cause de l'effondrement des cours du pétrole. Les deux pays sont déjà en guerre - l'Iran contre l'Etat Islamique par le biais de son allié syrien et du Hezbollah libanais, l'Arabie contre la rébellion des Houthis qui secoue le Yémen.

Sur le papier, l'Arabie Saoudite semble plus vaste et avec plus d'alliés - de la Turquie au Maghreb, la plupart des pays musulmans se réclament du sunnisme. Mais combien d'entre eux prendraient effectivement les armes dans une coalition contre l'Iran? Considérée seule, l'Arabie Saoudite est une terre aride bien peu peuplée. Une part importante de la population saoudienne vit de la rente pétrolière, soutenue par une énorme population immigrée vivant dans des conditions proches de l'esclavage, et parfois au-delà. Ce n'est vraisemblablement pas un pays dont la population se lancerait volontiers dans une aventure militaire incertaine.

Bien que forte du nombre, l'Iran n'a pas davantage de raisons de franchir le détroit d'Ormuz. Le seul pays qui lui soit favorable est l'Irak où la population chiite est majoritaire, quoi que grandement mise à mal par l’État Islamique. Ne disposant pas encore d'un territoire sanctuarisé par l'arme nucléaire, la crise intervient trop tôt ; et une avancée sur le territoire inviolable du sanctuaire sunnite pourrait mobiliser l'entier du monde musulman contre le pays. Hormis la guerre des mots, l'Iran ne peut guère intervenir que dans les pays du croissant chiite - l'Irak, la Syrie, le Liban.

Alors, c'est vrai, les armes circulent et ne demandent qu'à parler. Les Russes sont alliés avec la Syrie et l'Iran, les Américains soutiennent les Saoud depuis des décennies contre vents et marées... La région ressemble à une poudrière qui n'est pas sans rappeler celle des Balkans à l'aube de la Première Guerre mondiale, provoquée par l'assassinat d'un prince héritier à Sarajevo. Mais même avec de nombreuses rancœurs et la volonté d'en découdre, il y a loin entre le cheikh chiite Al-Nimr et l'archiduc François-Ferdinand.

Malgré tous les discours vindicatifs prononcés de part et d'autre, chaque régime de la région vise avant tout sa propre survie. Les gardiens de la révolution iraniens ne veulent pas davantage la guerre que la dynastie affaiblie des Saoud. La guerre implique une débauche de moyens et des victimes innombrables. Celles-ci sont injustifiables sans la perspective de gains conséquents. Quels pourraient être ces gains? Toute capture de champs pétroliers pourrait être impossible à défendre et exposerait dangereusement l'entier des capacités de production de chaque belligérant - rien n'est plus facile à mettre hors-service qu'un pipeline ou une raffinerie - sans compter les mesures de rétorsion internationales. L'affrontement stérile Iran-Irak des années 80 est encore dans les mémoires.

L'éradication de l'ennemi ancestral sunnite ou chiite est tout aussi fantasmée. Les deux frères ennemis de l'islam comptent des centaines de millions de croyants chacun et se répartissent dans des dizaines de pays. Sur le plan gouvernemental, il ne reste guère que la perspective d'une victoire morale bien peu significative.

L'idée d'une guerre mondiale entre les deux principaux états chiites et sunnites ne me paraît pas pour demain. La perspective d'une guerre civile généralisée et de basse intensité, elle, semble bien plus probable.

En guerre depuis la succession du mythique Mahomet, chiites et sunnites représentent deux branches religieuses irréconciliables sur la nature de l'islam. Les sunnites voient la volonté divine dans l'autorité du "calife", qui est aussi le chef de L’État ; les chiites, eux, ne la reconnaissent que dans les descendants de la famille du prophète. Couplée à la modeste tolérance de l'islam face à toute divergence doctrinaire, l'histoire entre chiite et sunnites peut se résumer en une guerre civile quasiment continue, quoique d'intensité variable, interrompue seulement par des menaces plus urgentes.

L'intolérance intrinsèque de l'islam a amené une répartition hétérogène entre sunnites et chiites au sein d'un pays donné. S'il y a 10% de chiites, vous n'en trouverez pas au hasard dans une maison sur dix ; pareille situation aurait tôt fait de dégénérer. A la place on trouve des enclaves, des villages, des vallées exclusivement peuplées des uns ou des autres. Les 15% de chiites du "bastion sunnite" que représente l'Arabie Saoudite sont ainsi regroupés sur la zone côtière du Golfe Persique, et quasiment absents du reste du pays.

Si en temps de paix ces enclaves permettent à des populations qui ne se supportent pas de vivre côte-à-côte, en temps de crise leur existence facilite les massacres de masse: on sait où trouver l'ennemi. A l'inverse, lorsque les populations sont relativement mélangées comme en Irak, la suspicion est généralisée et les bombes humaines explosent un peu partout sans qu'on ne sache clairement quel camp en est à l'origine.

Les différents régimes de la région se répartissent entre chiites et sunnites mais les regrouper simplement en deux blocs est une erreur d'analyse. Nulle population n'est homogène, et là réside le danger de la surenchère à laquelle s'adonnent Saoudiens et Iraniens - le risque que des groupes radicalisés de chaque pays ne se sentent soudainement investis d'une mission divine et commencent à poser quelques bombes, provoquant immanquablement des mesures de riposte brutales contre les minorités et précipitant lentement mais sûrement le pays dans une guerre civile généralisée.

J'avais déjà décrit ce scénario ici même il y a trois ans:

De la Turquie au Yémen, du Sahelistan aux montagnes afghanes, le monde islamique bascule  progressivement - mais de plus en plus vite - dans le chaos généralisé. La Syrie n'en est que l'éruption la plus visible. Le concept de guerre contre l'Occident lancé par les théoricien du jihad a échappé à tout contrôle. Il devient peu à peu une guerre ouverte, totale, contre tous les ennemis que chacun se désigne en terre d'islam, et Dieu sait s'ils sont nombreux.


Alors que les dirigeants haranguent les foules et chauffent à blanc les manifestants, les exactions continuent de plus belle - contre les sunnites en Iran, contre les chiites en Arabie Saoudite. Croyant renforcer l'unité nationale autour de leur branche de l'islam, les régimes de la région ne font que souffler sur les braises d'une guerre civile qui risque bien de les emporter.

02 janvier 2016

The Big Short - le casse du siècle

Parlons d'économie à travers le cinéma! Un peu après la déferlante Star Wars VII sort en Suisse romande un film discret mais largement plus digne d'intérêt, The Big Short.

cinémaThe Big Short - le casse du siècle décrit l'histoire authentique de quatre individus ayant correctement identifié et anticipé l'effondrement de la bulle immobilière américaine survenue en 2008, qui déclencha d'autres crises à l'échelle mondiale (notamment la crise de la dette publique en Europe) et ouvra une époque de chaos économique dont nous ne sommes toujours pas sortis.

Le réalisateur Adam McKay a fait un excellent film, réunissant pour l'occasion un casting de rêve. Le film met à l'affiche quatre gagnants des Oscars (Christian Bale, Melissa Leo, Marisa Tomei et Brad Pitt) et deux nominés à la même récompense (Steve Carell et Ryan Gosling). Mais la débauche de stars n'est pas tout, et il fallait un talent sans pareil pour rendre intelligible auprès du grand public tous les concepts financiers dont les professionnels de la finance se gargarisent.

Le résultat est un tour de force: les mécanismes du marché immobilier, hypothèques, couvertures de défaillances (les credit default swaps ou CDS), obligations adossées à des actifs (les fameux collateralized debt obligations ou CDO), la titrisation des dettes en tranches de risque, tout cela est passé à la moulinette avec humour et compétence pour les rendre intelligibles auprès du spectateur non-averti. Rien que pour son travail de vulgarisation de la finance, Adam McKay mériterait un Oscar. Mais le film va bien au-delà.

En effet, c'est en expliquant les mécanismes financiers avec lesquelles les banques américaines jouèrent pendant des décennies que le public est amené à réaliser la stupidité, l'arrogance, la vanité et l'avidité des banquiers de Wall Street, habituellement masquées par une façade d'expertise et de jargon incompréhensible. Mais ils ne sont pas les seuls en cause: tout le système est vermoulu.

Le récit peut se découper en trois parties. Lors de la première, nous faisons connaissance avec des personnages hauts en couleurs, qu'il s'agisse de Michael Burry (Christian Bale), un gestionnaire de fonds excentrique et fan de heavy metal, qui découvre que les produits financiers américains assemblés sur les hypothèques sont en réalité des châteaux de cartes proches de l'écroulement, ou Mark Baum (Steve Carell, basé sur l'authentique banquier Steve Eisman) qui s'est lancé dans une croisade personnelle contre l'incompétence et l'arrogance des grandes banques. Et tout ce petit monde tente le pari complètement fou de miser sur une baisse, voire un effondrement du marché immobilier américain.

La suite est encore plus intéressante puisque la crise immobilière éclate... Et le système résiste. Il ne se passe rien. Les parieurs ont-ils raté quelque chose? Pourquoi les assurances anti-incendies auxquelles ils ont souscrit ne se déclenchent pas alors que les flammes lèchent la façade? Auront-ils raison ou seront-ils ruinés trop tôt? Ce passage du film est passionnant non seulement parce qu'il montre à quel point il est difficile de nager à contre-courant de l'opinion dominante (pareille lutte laissera des traces) mais également à quel point le système est corrompu de la base au sommet. La SEC, l'autorité de régulation, couche avec les banques qu'elle est sensée surveiller ; les agences de notation se font concurrence pour donner leur blanc-seing à des produits financiers complètement pourris ; les banques se refilent entre elles ou à leurs clients des portefeuilles toxiques juste pour s'en débarrasser ; et les médias, loin de dévoiler les fraudes, les cachent pour maintenir leurs "bonnes relations" avec Wall Street.

La dernière partie appartient en quelque sorte à l'histoire puisque la catastrophe financière éclate au grand jour et que les banques elles-mêmes tremblent sur leurs bases. Bien qu'ayant eu raison de bout en bout, nos héros sont contraints de se retirer du marché baissier qui les a rendu riches: à quoi bon détenir un contrat qui vaut une fortune si la banque sensée l'honorer fait faillite?

Mais hormis quelques rares exceptions les banques seront finalement sauvées en dépit de preuves écrasantes de leur malhonnêteté par les politiciens, c'est-à-dire le contribuable américain. Magie du Too Big To Fail! Lui, en revanche, n'aura pas cette chance: dix millions d'Américains perdront leur emploi, six millions leur maison, et d'innombrables familles y perdront leurs économies ou leurs avoirs de retraite.

The Big Short laisse un goût amer. Tiré du livre éponyme de Michael Lewis, c'est une œuvre magistrale, drôle, sympathique, mais aussi historiquement exacte et finalement tragique. Les banques sont devenues encore plus riches aujourd'hui, et en rien plus honnêtes, alors que 46 millions de gens vivent toujours avec des bons alimentaires aux États-Unis.

A noter que le pitch "le casse du siècle" a été rajouté juste pour la version française, laissant entendre que les personnages principaux sont en quelque sorte des arnaqueurs ; il n'en est rien, au contraire, et s'ils réussissent par leur intelligence, leur audace mais également leur intégrité à faire des bénéfices à travers la crise, ils ne représentent qu'une goutte d'eau de profit dans l'océan de pertes d'une bulle immobilière qui éclate et qui aurait éclaté quoi qu'il advienne.

La bande-annonce du film:

Si vous voulez comprendre comment des manipulateurs financiers cyniques ont oublié toute notion prudentielle pour augmenter leur bonus annuel - fichant en l'air l'économie occidentale au passage - allez voir The Big Short. Une plongée en eaux profondes dans l'univers des banquiers irresponsables pour le prix d'une simple place de cinéma!

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24 novembre 2015

Chaos dans le ciel syrien

Parmi toutes les factions investies dans la guerre en Syrie, la Turquie est sans doute celle dont l'attitude est la plus ambiguë. Mais le jeu trouble d'Erdogan vient d'être révélé ce mardi avec la destruction en vol d'un SU-24 russe, abattu par la chasse turque.

Les Russes décrivent la perte de leur appareil comme une agression. Les Turcs prétendent qu'ils agissaient dans leur bon droit. A cette heure, toutes les informations sont à prendre au conditionnel.

L'avion, en mission de bombardement contre des forces salafistes d'al-Nosra au nord-ouest de la Syrie, à proximité de la ville de Lattaquié, aurait franchi l'espace aérien turc, selon les Turcs, suivant la trajectoire en rouge ci-dessous avant d'être abattu par deux F-16 de l'armée turque:

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Par le biais de leur Ministre de la Défense, les autorités russes annoncent quant à elles que l'appareil était 100% du temps en vol au-dessus du territoire syrien et qu'elles ont les moyens de le prouver. Selon un média turc le SU-24 aurait reçu "des avertissements pendant une dizaine de minutes" avant d'être attaqué, alors que les trajectoires ci-dessus, à supposer qu'elles soient correctes, ne laissent présager que quelques secondes de survol du territoire turc à la vitesse de vol d'un jet. L'appareil s'est d'ailleurs écrasé en territoire syrien.

Mais la crise ne s'arrête pas là. Citant l'AFP:

L'équipage de l'avion s'est éjecté. Selon les informations préliminaires, "un des pilotes est mort dans les airs alors qu'on lui tirait dessus depuis le sol", a précisé le général Sergueï Roudskoï, selon des propos retransmis à la télévision.

Un soldat russe a en outre été tué lors d'une opération de sauvetage avortée des deux pilotes de l'avion, lorsqu'un des hélicoptères du commando a lui-même été la cible de tirs, a aussi annoncé l'état-major russe.


En outre, les informations fournies par l'agence de presse sont lacunaires. Si un des pilotes a bel et bien été tué alors qu'il descendait en parachute (ce qui constitue un crime de guerre), il l'a été par des rebelles d'Alwiya al-Ashar qui ont d'ailleurs immédiatement posté une vidéo de son cadavre porté en triomphe. Et si un hélicoptère russe envoyé au secours a été abattu à son tour, c'est à travers un autre mouvement rebelle - la Première Division Côtière de l'Armée Libre de Syrie - cette fois-ci à l'aide d'un missile fourni par... Les Américains, rapporte le Telegraph britannique:

Si le tir est confirmé, le missile filoguidé a probablement été fourni à travers le même programme logistique soutenu par la Turquie et les États-Unis qui a servi à équiper [la milice] Alwiya al-Ashar.

L'utilisation de ces missiles filoguidés de fabrication américaine a augmenté de 800% depuis que la Russie a entamé des opérations aériennes contre eux fin septembre, ralentissant les offensives du régime [de Damas] en détruisant des douzaines de tanks et d'autres véhicules blindés.

 
Vladimir Poutine a assuré que la destruction d'un bombardier russe par un F-16 turc aurait de "fâcheuses conséquences" et qualifia la perte de l'appareil de "coup de poignard dans le dos" qui aurait été porté contre la Russie "par les complices des terroristes". En soirée, Tayyip Erdogan affirma que "tout le monde doit respecter le droit de la Turquie à protéger ses frontières" tout en dénonçant fermement "l'intensification des attaques contre les Turkmènes". Barack Obama aurait jeté de l'huile sur le feu en affirmant que "tout cela ne serait pas arrivé si les Russes s'attaquaient à l'Etat Islamique plutôt qu'à défendre le régime syrien". Hollande et les Européens cherchent à calmer le jeu...

Pour la première fois peut-être depuis le début du conflit syrien, les positions des uns et des autres semblent remarquablement claires, en particulier celle de la Turquie:

  • Ankara profite de sa position au sein de l'OTAN et de la lutte générale contre Daesh pour mener une purge contre les Kurdes - dans et hors de ses frontières - et soutenir les minorités turques au nord de la Syrie, tout en maintenant face à l'Etat Islamique une complaisance proche de la complicité ;
  • la Russie défend le régime de Bachar el-Assad contre les nombreuses factions qui s'opposent à lui, dont l'Etat Islamique ;
  • les Américains équipent les "rebelles modérés" - dont le front al-Nosra affilié à al-Quaeda, la milice Alwiya al-Ashar et d'autres, les modérés sont ce qu'ils sont dans la région - en espérant que ces groupes lutteront contre Damas et l'Etat Islamique, alors que ces armes sont vraisemblablement employées contre tout le monde et s'égarent joyeusement dans la nature.

Derrière la complexité apparente de la situation, en simplifiant, nous assistons une fois de plus à une guerre entre deux pôles: les chiites de l'Iran, de Syrie et du Hezbollah contre les sunnites de Turquie, d'Arabie Saoudite et de l'Etat Islamique de l'autre.

Par le biais des circonstances et de leur histoire, les Russes sont apparentés au premier groupe, aux côtés des Kurdes et du régime de Bachar el-Assad ; mais comparées à celle des Européens et des Américains, leurs alliances sont limpides. Europe et Etats-Unis essayent l'impossible compromis de ménager leurs alliances locales, leur crédibilité politique et leur opinion publique tout en récoltant des progrès sur le terrain. Au final et sous l'impulsion d'Obama, les Américains se retrouvent à équiper des "rebelles modérés" qui n'existent que dans l'imagination des états-majors avec des armes semant le chaos partout dans la région, y compris en Irak entre les mains de l'Etat Islamique que chacun affirme combattre.

Tant que ces alliances étranges ne sont pas clairement posées sur la table et remises en question - y compris l'appartenance de la Turquie à l'OTAN - il est illusoire d'espérer le moindre progrès dans la région. En attendant, la situation reste instable et le risque d'escalade très réel.

05 novembre 2015

La Chine découvre que les enfants sont l'avenir

"Les familles chinoises pourront avoir plusieurs enfants: une révolution pour la 2e économie du monde." C'est en ces termes que le site d'information belge RTL évoque la fin de la politique de l'enfant unique en Chine le 29 octobre, selon un communiqué du Parti communiste rapporté par l'agence Chine nouvelle. Et je vous passe les majuscules.

La Politique de l'Enfant Unique a droit à sa page Wikipedia, convenablement actualisée ; elle se décrit donc comme une "politique publique" de "contrôle des naissances" et courut de 1979 à 2015. Les termes diplomatiques employés par l'encyclopédie en ligne ne peuvent évidemment pas transmettre la violence de cette politique. Tout au plus évoque-t-elle des "méthodes autoritaires"...

Le contexte de la Politique de l'Enfant Unique est lié à des idées en vogue: malthusianisme (il y aura trop de bouches à nourrir), hausse du niveau de vie (transmission du patrimoine à un plus petit nombre d'héritiers), et même multiculturalisme (les minorités ethniques ne sont quasiment pas concernées). La Politique de l'Enfant Unique est donc une barrière totalement artificielle dressée sur le chemin de la plus grande ethnie de Chine par le Parti Unique qui contrôle le pays.

On a coutume de dire que la domestication désigne l'état dans lequel la reproduction des animaux est contrôlée par un maître humain ; de ce point de vue, le Parti Communiste Chinois a formellement réussi la domestication de l'Humanité sur son territoire.

Après trente ans, les ravages sont indiscutables. L'indice de fécondité est aujourd'hui de 1,4 enfant par femme. Le nombre de personnes en âge de travailler ne cesse de diminuer, cette population perdant 3,7 millions de personnes l'an dernier. Quant aux personnes âgées, elles représentent désormais plus de 15% de la population.

La démographie est une science lente, mais exacte. En 2050, un Chinois sur trois aura plus de 60 ans. Cette tendance, qui ira croissant, rendra impossible toute forme de "solidarité" intergénérationnelle telle que celles conduites à travers les politiques étatiques de redistribution. Aucune classe active n'arrivera à assumer le fardeau d'un tel entretien. Pour assurer leur retraite, les Chinois ne pourront compter que sur la générosité des enfants qu'ils n'ont pas eu.

Après des décennies de complaisance et malgré leur imperméabilité dogmatique à toute réalité, les autorités communistes ont malgré tout, peu à peu, saisi l'ampleur du problème. La Politique de l'Enfant Unique a donc été progressivement "assouplie" - pour les couples dont les deux, voire un seul membre, était lui-même issu d'une famille soumise à la Politique de l'Enfant Unique ; pour les campagnes, lorsque le premier enfant était une fille ; et aujourd'hui, pour la Chine toute entière, sans restriction.

Malheureusement, c'est trop peu, et trop tard.

Le problème n'est pas dans le raz-de-marée de personnes âgées auquel la Chine devra faire face dans les prochaines décennies. Il n'est pas non plus dans le déséquilibre des sexes où les filles moins "prestigieuses" étaient régulièrement tuées avant ou après la naissance, laissant des millions de mâles sans compagne potentielle. Il s'est logé dans la psyché la plus intime d'un peuple entier.

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Un million de fœtus féminins étaient avortés chaque année
à cause de la
Politique de l'Enfant Unique.

On ne peut tout simplement pas être soumis à un lavage de cerveau de trente ans et en sortir indemne. Pendant des décennies, l'école, les politiciens, les médias, les lois, les élites ont façonné l'esprit des Chinoises et des Chinois pour leur faire comprendre que l'idée d'une descendance était néfaste. Les enfants étaient décriés jusque dans des campagnes publicitaires. Les couples enfreignant la Politique de l'Enfant Unique étaient sévèrement punis et dénoncés publiquement.

S'il est bien un domaine dans lequel les communistes excellent, c'est le lavage de cerveau. Ils y ont mis les moyens, et ils ont réussi. Nombre de Chinois ne veulent plus d'enfant - du tout. Enfants uniques choyés par leurs parents, ils ont été pourri-gâtés depuis leur premier jour et ne conçoivent plus l'idée du moindre sacrifice matériel pour la génération suivante. L'égocentrisme absolu ne s'autorise pas la concurrence d'une éventuelle descendance.

Même les couples cédant à leur désir d'enfant ne s'imaginent pas avec une fratrie à gérer. Leurs parents se sont sacrifiés pour leur donner un niveau de vie décent ; comment imaginer parvenir à atteindre des résultats identiques en devant gérer non pas un seul mais deux, voire trois bambins? Comment mener une carrière, céder à ses caprices consuméristes et se livrer en même temps aux sacrifices qu'implique une famille? L'hypothèse est totalement impensable, d'autant plus que nombre de couples chinois doivent déjà soutenir des parents âgés.

Pourtant, il les faudrait, ces fameuses familles avec deux ou trois enfants. Il en faudrait des centaines de millions.

Avec une certaine ironie, on peut espérer que le talent des communistes à laver le cerveau de leurs concitoyens marche tout aussi bien dans l'autre sens. Mais même ce talent a des limites. Il faut vingt ans pour bâtir une nouvelle génération. Le travail de désendoctrinement commence à peine. La Chine n'a plus assez de temps. De plus, la mission est autrement plus délicate: il est plus facile de supprimer des enfants jugés surnuméraires et de clouer des familles au pilori que d'inciter les êtres humains à se reproduire, ce qui implique des valeurs positives de continuité et de confiance dans l'avenir... Pas vraiment le genre de partition que savent jouer les nervis du Parti Unique chinois.

Comme le résume une formule limpide, la Chine sera vieille avant d'être riche. Le socialisme l'aura anéantie avec plus de certitude que n'importe quelle catastrophe naturelle.

Il y a des raisons de s'attarder sur l'abandon de la Politique de l'Enfant Unique. Il relève de l'événement planétaire de par l'importance du pays. Mais il permet également de jeter un regard en arrière sur des décennies d'ingénierie sociale et leurs conséquences, un aspect du problème qui rebute quelque peu des éditorialistes européens peu enclins à transposer ces questions à nos contrées. Cette approche est pourtant nécessaire.

On notera ainsi un terme totalement absent du débat démographique en Chine: l'immigration. On ne peut affirmer que les dignitaires du parti soient hermétiques à l'idée, mais elle n'a tout simplement aucune viabilité: quel pays du monde pourrait, en pratique, fournir les cohortes infinies des millions d'immigrés productifs nécessaires à l'entretien des générations chinoises vieillissantes? A travers son seul poids démographique, la Chine est arrivée au terme du jeu de l'avion immigrationniste que d'aucuns plaident pour l'Europe.

La Chine montre que les politiques d'ingénierie sociale étatiques mènent invariablement au désastre. Dans un dernier sursaut de lucidité, elle indique finalement le chemin à suivre: s'il faut assurer l'existence de générations futures pour la population d'un pays, les autochtones sont probablement les personnes les mieux placées pour le faire.

28 octobre 2015

Charcuterie et Roundup

Quel point commun entre une belle assiette valaisanne et une bouteille d'herbicide au glyphosate? A priori, aucun, sauf depuis ces derniers jours où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de décréter que la consommation de charcuterie était "cancérigène" et celle de la viande rouge était "probablement cancérigène".

cancer,oms
Tremblez, mortels...

Les réseaux sociaux ont rapidement réagi avec humour, ce qui était probablement la meilleure chose à faire. D'autres s'inquiètent: les professionnels du secteur se demandent à partir de quand il leur faudra apposer un avertissement "ATTENTION: LA CHARCUTERIE TUE" sur leurs saucissons, à moins bien sûr que les bureaucrates ne se contentent, comme d'habitude, d'introduire une nouvelle taxe.

La méthodologie est discutable. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS s'est basé sur "plus de 800 études" - le grand nombre est sensé forcer le respect - pour établir ses conclusions, essentiellement d'ordre statistique. Et c'est là que le bât blesse.

Diverses substances sont ainsi classées en quatre catégories:

  • Catégorie 1: lien prouvé entre cancer et l'objet en question. On y trouvera la cigarette, l'amiante, l'alcool, etc.
  • Catégorie 2: divisée en deux sous-catégories ; 2A tout d'abord, contenant tout ce qui a un effet "probablement cancérigène" pour l'homme, mais établi sur la base de tests et d'études sur des animaux alors que les résultats des tests sur l'homme sont limités. 2B regroupe ce qui est "peut-être cancérigène" pour l'homme ; les preuves sont limitées et même les résultats des études sur des animaux ne sont "pas suffisants" pour conclure.
  • Catégorie 3: les études ne permettent pas de pencher dans un sens ou dans l'autre.
  • Catégorie 4: étudié mais ne cause pas de cancer chez l'humain.A noter que la Catégorie 4 s'intitule "probablement pas cancérigène pour l'humain": même l'acquittement laisse planer un petit doute...

Forcément, avec un piano à quatre notes, la mélodie jouée par l'OMS ne fait pas dans la nuance. Hormis la première catégorie, le classement ne fait qu'établir divers degrés de suspicion. Il ne tient compte ni du degré d'exposition (faut-il côtoyer la substance quotidiennement ou suffit-il de la croiser une fois dans sa vie?), ni de l'accroissement de la probabilité d'un cancer (5% et 100% d'augmentation des risques de cancer sont-ils des dangers du même ordre?). Il expose seulement l'existence d'une corrélation prouvée.

Concernant la charcuterie, le Dr Kurt Straif du CIRC donne des clés de lecture de cette probabilité:

"Concrètement, chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée quotidiennement augmente le risque de cancer colorectal de 18%."


Si vous mangez, chaque jour, 50 grammes de viande transformée, vous avez 18% de chances de plus de développer un cancer colorectal que votre voisin accro au tofu. Autrement dit, si vous vous privez totalement de charcuterie tout au long de votre vie, vous n'aurez que 16% de chances de moins de développer un cancer colorectal. Présentée de cette façon, l'abstinence charcutière ne semble pas offrir des garanties terribles...

Ce n'est pas tout d'établir un risque, il faut aussi le mettre en perspective. Pour prendre l'exemple de la France, grande consommatrice de charcuterie devant l'éternel, le cancer du côlon frappe en moyenne 36,3 hommes sur 100'000 chaque année (statistiques  2011). Ces chiffres sont en augmentation régulière alors que vieillit une population qui a eu progressivement accès à une nourriture riche et abondante dans la seconde moitié du XXe siècle. Mais là encore, on est assez loin du fléau biblique.

Et que se passe-t-il enfin si vous vous écartez de la norme statistique? Si vous mangez le double de viande transformée, mais trois jours par semaine? Si vous n'en mangez pas fréquemment mais que vous vous lâchez une fois par an à la fête de la Saint-Martin? Si vous en mangiez 200 g par jour pendant des années mais que vous avez baissé votre consommation depuis dix ans?

On ne sait pas.

L'instrumentalisation

Tout au plus peut-on voir dans la classification de l'OMS un message de modération: non, il n'est probablement pas bon pour la santé de s'empiffrer quotidiennement de charcuterie et de saucisses - et ce, bien avant de souffrir d'un cancer du côlon. Mais on se doutait de ce genre de choses sans les publications du Centre international de recherche sur le cancer.

Bien que l'idée ravisse les végétariens et autres défenseurs de la cause animale, la qualification de la charcuterie en catégorie 1 n'en fait pas un produit dangereux. L'inscription de la viande rouge en catégorie 2 - qui n'implique pas de certitude - ne l'est pas davantage. Mais cette annonce est plus troublante sachant qu'elle ne nous apprend rien. Il aurait été plus prudent d'attendre plus de preuves et surtout plus de précision (taux de cuisson, fréquence de consommation, sous-types de viande...) plutôt que d'inscrire une catégorie aussi vaste.

En réalité, les nouvelles classifications semblent surtout servir à susciter un énorme retentissement médiatique au service des idéologies du moment.

Gonflés de leur propre sentiment d'importance, les membres de l'OMS, les lobbies écologistes et les médias s'imaginent peut-être que l'émargement de la viande rouge en catégorie 2 aura une influence sur sa consommation mondiale. A mon avis nous risquons plus de voir une perte de crédibilité de l'échelle elle-même. Les gens se diront qu'ils consomment quotidiennement une substance étiquetée "catégorie 2" (à supposer qu'ils se rappellent encore de cette information dans une semaine) et que, finalement, cela n'a guère d'importance.

L'approche simpliste des probabilités cancérigènes dessert non seulement la cause de la science et de l'OMS, mais jusqu'aux lobbies qui militent pour les instrumentaliser.

Rappelons-nous qu'en mai de cette année, le même CIRC classait en catégorie 2 le glyphosate, désherbant connu mondialement sous la marque Roundup, sur la base de seulement quatre études. Le Roundup est produit entre autres par Monsanto, ce qui en fait une cible de choix pour les activistes écologistes - et ce même si la molécule est tombée dans le domaine public il y a quinze ans. Sourds à toute modération, les activistes du Monde criaient au triomphe. En Suisse les deux grands distributeurs Coop et Migros retirèrent les produits à base de glyphosate de leur assortiment de jardinage.

Maintenant que la viande rouge est classée dans la même catégorie que le glyphosate, que vont faire Coop et Migros?!

Hypocrisie quand tu nous tiens!

En général, l'approche la plus raisonnable serait de cesser tout sectarisme et de laisser les consommateurs adultes décider ; rappelons d'ailleurs que les grands distributeurs vendent aussi des cigarettes, alors que le tabac est en catégorie 1... Tout comme la charcuterie désormais!

La catégorie 2 (2A et 2B) du CICR ressemble de plus en plus à une poubelle. Nous trouvons non seulement les produits potentiellement dangereux pour des professionnels mais aussi toutes les substances contre lesquelles luttent les activistes du moment sans que leur nocivité ne puisse être prouvée.

A côté de produits chimiques industriels se trouvent donc les poussières de menuiserie, les implants chirurgicaux, les contraceptifs, les anabolisants, l'huile de friture ou encore l'exposition au réseau téléphonique mobile!

Et, depuis quelques jours, la viande rouge.

Bien que lacunaire par de nombreux aspects, le classement de l'OMS a une certaine utilité pour inciter à la prudence les utilisateurs professionnels de nombreuses substances potentiellement cancérigènes. En revanche, lorsqu'elle concerne des produits de consommation courante dont l'exposition n'augmente que très faiblement le risque, l'échelle perd en pertinence. Son utilisation paraît alors motivée davantage par des objectifs politiques que par des préoccupations de santé publique.

24 septembre 2015

De la grandeur du Conseil des Droits de l'Homme

Il y a deux jours de cela, vous n'aviez probablement jamais entendu parler d'Ali Mohammed al-Nimr. Le portrait du jeune Saoudien s'affiche désormais partout. Les médias font leur travail, mais un peu tard: cela fait un an déjà qu'il a été condamné à mort. Son dernier appel vient d'être rejeté. Il peut donc être exécuté à tout moment. Et pas de n'importe quelle façon:

Le condamné sera décapité. Son corps sera ensuite monté sur une croix et exposé publiquement jusqu'au pourrissement de ses chairs.


ali mohammed al-nimr,arabie saoudite,justice,onuEn réparation de quoi la justice d'un pays peut exiger cette débauche de barbarie? De quel crime inqualifiable Ali Mohammed al-Nimr s'est-il rendu coupable?

Il a manifesté.

Il aurait - le conditionnel est de rigueur - participé à une manifestation en 2012 dans la région de Qatif et, employant toujours le conditionnel, aurait lancé des projectiles en direction des policiers. Il est difficile de savoir avec exactitude de quoi il retourne malgré ses aveux complets, ceux-ci lui ayant été extorqués sous la torture.

Ali Mohammed al-Nimr était mineur au moment des faits. Il était encore mineur lorsqu'il fut torturé par les autorités du royaume pour lui faire avouer tout ce que ses geôliers voulaient entendre.

Dire qu'il suffit de contempler l'Arabie Saoudite pour se retrouver au Moyen-Âge serait une insulte vis-à-vis du Moyen-Âge. Il y a une explication derrière la sévérité de la sentence à l'encontre du jeune homme: il est le neveu d'un des plus fervents opposants au régime, le dignitaire religieux Nimr Baqer Al-Nimr. Comme ce dernier, Ali Mohammed est chiite, une minorité bien peu tolérée au pays du sunnisme absolu. Il s'agit donc de tuer le neveu pour frapper l'oncle. En Arabie Saoudite, on ne fait pas dans la dentelle.

Peut-être verrons-nous des manifestations spontanées de part le monde pour tenter de sauver la vie d'Ali Mohammed al-Nimr, mais je n'y crois pas trop ; d'expérience - et sans même effleurer l'à-propos du verdict dans cette affaire - les manifestants contre la peine de mort se font plutôt rares lorsque le pays désigné n'est pas les Etats-Unis. Les Saoudiens ont pourtant le sabre leste: depuis le début de l'année, le royaume a déjà exécuté 134 condamnés.

Tout au plus voyons-nous quelques manifestations de mauvaise humeur surgies de certains officiels des Nations unies, à Genève. Le timing choisi par la justice saoudienne est mauvais: le lundi, on nomine l'Arabie Saoudite à la tête d'un groupe stratégique du Conseil des droits de l’homme, et le jeudi de la même semaine, on décapite et on crucifie jusqu'au pourrissement des chairs. Quel agenda chargé!

Notez bien que depuis la première condamnation du jeune Ali Mohammed, les vaillants diplomates de nos instances internationales auraient pu se pencher davantage sur le royaume des Al Saoud. Ils savaient très bien ce qui s'y passait. Quelques-unes des 2'208 victimes de la peine de mort depuis 1985 - parmi lesquelles plus d'un millier d’étrangers, de mineurs et de handicapés mentaux - auraient pu amener une petite enquête. Même récemment nos bureaucrates ont des piqûres de rappel sur les droits de l'homme, comme les 10 ans de prison et les mille coups de fouet infligés à Raif Badawi, un abominable blogueur.

Ils n'ont rien fait.

Et ils ne feront rien.

C'est pour cela et nulle autre chose que le hasard de la date de la décision de justice saoudienne déplaît en haut lieu: une coïncidence de l'actualité met sous le feu des projecteurs l'inaction et la corruption si caractéristiques des organisations internationales. Voilà ce qui les dérange et rien d'autre - et certainement pas ce qu'il adviendra d'Ali Mohammed al-Nimr.

Alors, faites-vous bien à cette idée: l'Arabie Saoudite est membre de plein droit du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, comme 46 autres pays, comme le Pakistan qui prodiguait récemment encore ses bons conseils à la Suisse. Et non seulement un membre de plein droit mais un membre respecté, puisque désormais à la présidence du comité qui nomme ses experts. Trois fois rien en somme!

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On avait dit "Droits de l'Homme", alors pour le reste on verra plus tard.

Il paraît qu'il y a encore des gens pour avoir la foi dans les nids de vipères que sont les institutions internationales. On en trouve de grands fans jusque dans le gouvernement helvétique. Ils pensent que ces bureaucraties supranationales sont l'avenir de l'humanité. Suivant ce qui leur tient lieu de logique, leur suggestion la plus appropriée pour sauver Ali Mohammed al-Nimr aujourd'hui serait probablement... De convoquer le Conseil des droits de l'homme.