29 décembre 2018

Réflexions sur la double-nationalité

"La double-nationalité est devenue chose normale", claironne le site d'information étatique Swissinfo. L'article repose sur un dossier sur la double-nationalité établi par la Commission fédérale des migrations (CFM) et publié un peu plus tôt dans l'année.

Visages.jpgVisages de binationaux, en couverture du rapport de la CFM.

Le document, très synthétique, contient des de statistiques et des discussions politiques autour du thème de la double-nationalité, mais commence par un constat relativement indiscutable: une partie croissante de la population ne peut plus être désignée par les simples catégories "Suisse" ou "étranger" - tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Suisse.

Aujourd’hui, un Suisse sur quatre, que ce soit dans le pays ou à l’étranger, possède au moins une nationalité supplémentaire. Ce chiffre serait même plus important car les données disponibles se basent uniquement sur les personnes de plus de 15 ans. Chez les Suisses vivant à l’étranger, le pourcentage de binationaux est d’environ 75 pourcent.


Un quart des Suisses de passeport résident en Suisse sont donc double-nationaux, et trois quarts à l'étranger, ce qui éclaire d'un jour nouveau la composition de la fameuse "Cinquième Suisse" vis-à-vis des quatre autres.

La double-nationalité pose la question de la loyauté. Comment tranchera un binational sur un arbitrage entre ses deux pays d'appartenance? De quel pays se réclamera-t-il lors d'une compétition sportive où ils se font face? Et, sur un plan plus dramatique, si un conflit devait les opposer? "Double-nationalité, double-fidélité", résume Frank Leutenegger sur LesObservateurs.ch. À l'heure où les binationaux forment des contingents importants au sein de l'armée de milice helvétique et disposent comme les autres d'une arme militaire en dotation, la question a des implications nettement plus concrètes qu'une discussion sur le sexe des anges.

Un pied dans chaque pays, mais un seul cœur

Il n'existe pas de binational "50-50". Une des deux nationalités a toujours préséance dans l'esprit d'un binational, reste à savoir laquelle. Certains choisissent la nationalité helvétique pour les avantages qu'elle procure, l'impossibilité d'être expulsé du pays ou les facilités en cas de voyage. Ces Suisses de papier privilégient leur nationalité d'origine et n'ont que peu d'estime, ou pas d'estime du tout, pour le passeport rouge à croix blanche. Ils le voient d'un œil purement utilitaire. Au contraire, d'autres franchissent le pas en ressentant une communauté de destin avec les Suisses qui les ont accueillis. Ils regardent alors leur nationalité d'origine comme un reliquat de leur histoire personnelle. Ces Suisses vous diront qu'une nationalité acquise en toute conscience a plus de poids qu'une nationalité innée. Bien sûr, d'autres encore sont binationaux de naissance, et là, bien malin qui peut dire où ira leur allégeance.

On peut discuter à l'infini des Suisses binationaux, de leurs convictions intimes, de leurs priorités, de leur orientation politique. Il est facile pour des conservateurs d'y voir le visage de l'ennemi ; pourtant, en 2017 en Allemagne, les Allemands naturalisés (donc binationaux, l'acquisition de la nationalité allemande n'impliquant pas de perdre celle d'origine) furent plus nombreux à voter pour l'AfD (14%) que les Allemands de souche (13%). L'écart est faible mais permet de battre en brèche l'idée que les binationaux seraient systématiquement en faveur de plus d'immigration incontrôlée, de plus de redistribution aveugle, de plus de pillage de la société hôte. Certains individus voient tout simplement plus loin que le bout de leur nez et n'ont pas envie que leur pays et celui de leur descendance dégénère pour se retrouver au niveau de celui qu'ils ont choisi de quitter. On peut aussi penser, sur le cas allemand, qu'ils ne se sentent pas autant culpabilisés par la propagande anti-AfD des médias ressassant en permanence les "heures sombres de l'histoire", et gardent donc une plus grande liberté intellectuelle pour arrêter leur vote.

En tant que binational, inscrit à l'UDC avant même d'avoir reçu la nationalité suisse, je pourrais facilement me citer en exemple d'individu cherchant à défendre la démocratie directe, l'indépendance et la neutralité du pays malgré son origine étrangère. Il suffit pourtant de se remémorer l'existence d'autres binationaux dans l'arène politique - Ada Marra, Pierre Maudet, Olivier Français, Claude Béglé, Lisa Mazzone, Claude Janiak, Cédric Wermuth et bien d'autres - pour se rendre compte que les contre-exemples sont malheureusement légions.

La question de la loyauté d'un binational poussa le Conseiller fédéral PLR Ignacio Cassis à renoncer à son passeport italien avant d'accéder à son poste. "Nous avons des ambassadeurs suisses dans le monde, à qui on demande de n'avoir que la nationalité suisse. Je peux mal m'imaginer que leur chef puisse en avoir deux, ce ne serait pas cohérent", s'est-il justifié en invoquant une règle - périmée - du DFAE. Si rien ne l'y obligeait dans la loi, sa démarche montre que la question de la double-nationalité suscite un débat aux plus hauts niveaux.

Super-Citoyens

La double-nationalité a l'incomparable avantage de la simplicité administrative: chaque pays considère ses ressortissants comme des citoyens pleins et entiers et ne se soucie pas du reste. Vérifier qu'un citoyen dispose de sa nationalité et d'aucune autre serait une tâche potentiellement très complexe, et, compte tenu du nombre et du manque de coopération de nombreux États de la planète, probablement impossible à garantir.

Reste que dans la pratique, la double-nationalité offre d'immenses avantages et pratiquement aucun inconvénient. Un citoyen binational brise la règle démocratique de base "une personne égale une voix" en pouvant voter dans deux pays. Il peut voyager avec l'un ou l'autre passeport, à sa convenance. En voyage, il peut se réfugier ou faire appel aux missions diplomatiques de deux pays différents. En cas d'inculpation un État dont il est citoyen peut lui retirer son passeport pour l'empêcher de quitter le pays, mais il suffit que le binational ait gardé un second passeport pour se rendre où il veut comme bon lui semble - et échappe ainsi à la justice. Et si les choses tournent mal il pourra toujours faire appel à l'État de sa deuxième nationalité pour intercéder auprès du premier... Autant d'options hors d'atteinte des citoyens normaux, attachés à un seul pays.

L'acquisition de la nationalité helvétique est longue, mais sans risque: hormis l'effort investi dans la démarche, échouer n'entraîne aucune conséquence. Réussir ouvre en revanche de nombreuses options personnelles, y compris pour sa descendance. Autrement dit, l'approche rationnelle de la nationalité consiste à essayer de devenir binational, et plus encore si les circonstances le permettent. Bien entendu, on peut se demander quel sera le degré de solidarité avec les populations autochtones d'un individu collectionnant les passeports.

Avec la généralisation de la multi-nationalité, nous assistons peut-être à l'émergence d'une réelle caste transnationale (ou se percevant comme telle) au sein de laquelle les États-nations ne sont que des reliquats du passé, même s'il faut parfois faire preuve d'un peu d'hypocrisie pour décrocher un sésame supplémentaire. Ces gens, très nombreux en Suisse, sont-ils le futur ou une anomalie de l'histoire ?

Restreindre la double-nationalité?

Depuis 1992, la Suisse n'oblige plus les candidats à la naturalisation à renoncer à leur nationalité d'origine. La volonté de réformer cette approche revient régulièrement sur le devant de la scène, mais un quart de siècle de pratique rend quasiment impossible tout retour en arrière. Les juges de Mon-Repos - ou leurs supérieurs de la CEDH - s'empresseraient de retoquer une loi interdisant la double-nationalité au nom de l'inégalité entre les nouveaux naturalisés et les binationaux existants. Quant à forcer tous les binationaux à renoncer à l'une ou l'autre de leurs nationalités et à s'assurer que c'est chose faite, bonne chance.

Les autres options ne sont malheureusement pas meilleures. Certains brandissent comme la Panacée l'idée d'interdire l'accès à des mandats politiques à de tels individus. Outre l'éternel défi de la vérification, l'approche elle-même est une fausse bonne idée: l'interdiction faite à un individu de se présenter à une élection devant le peuple est une restriction des droits populaires. Cela revient à limiter le choix des citoyens, donc à diminuer leur responsabilité. Les promoteurs de telles initiatives aimeraient bien que les gens n'élisent pas par exemple des candidats faisant le jeu du communautarisme, et c'est compréhensible, mais s'y prendre de cette façon revient à reconnaître sa défaite. Si les électeurs eux-mêmes sont incapables de faire le tri et choisissent en masse des candidats en vertu de leurs nationalités étrangères, le mal est déjà fait - ces gens n'auraient jamais dû obtenir le droit de vote en premier lieu.

De plus, et on touche à nouveau au problème de la nationalité de cœur, un passeport n'est jamais qu'un simple document administratif. Il serait facile pour les politiciens concernés de renoncer à diverses nationalités supplétives pour respecter la lettre d'une telle loi sans que personne ne soit dupe. Un communautariste kurde convaincu pourrait sans hésiter renoncer à son passeport turc, par exemple, pour continuer à se présenter comme le héraut de sa communauté.

Non seulement il n'y a pas de solution simple, mais il est peut-être tout simplement trop tard. Avec 25% du corps électoral au bénéfice d'une double-nationalité sans compter la cinquième suisse, une minorité probablement très motivée pour préserver ses avantages, toute approche démocratique pour refermer la porte aux binationaux est probablement vouée à l'échec. De plus, le mouvement qui proposera un tel texte rassemblera l'unanimité contre lui et aura droit à tous les noms (nationalisme ranci, fermeture d'esprit et cætera) pendant le chemin de croix jusqu'à la défaite.

Je ne vois franchement pas quel sursaut pourrait retourner par miracle la majorité de l'opinion sur un tel sujet. La question aurait peut-être eu une autre issue si une initiative avait abordé de front la question assez tôt, mais après vingt-six ans de pratique de double-nationalité, l'urgence est difficile à plaider.

Serais-je devenu suisse si j'avais dû renoncer à ma nationalité française? Sans hésiter. D'autres auraient-il hésité ou renoncé? Certainement. Mais indépendamment du nombre et de la couleur des passeports, ce sont les convictions et l'engagement qui doivent prévaloir lorsque le temps est venu pour le peuple suisse d'élire ses représentants. Les partis patriotiques gardent toute leur pertinence lorsqu'ils attirent l'attention de l'électorat sur les loyautés transfrontalières de certains candidats, binationaux ou non.

Aux électeurs d'avoir assez de maturité pour voter ensuite en conséquence.

26 mars 2017

Candidat au Grand Conseil !

Le marché de Renens hier matin a été l'occasion pour les différentes sections UDC de l'Ouest Lausannois de lancer formellement la campagne électorale pour les Élections Cantonales 2017, qui verront le renouvellement du Grand Conseil vaudois et du Conseil d'État.

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Fabien Deillon et votre humble serviteur (cliquez pour agrandir)

Les enjeux de cette législature sont importants, avec une fragile majorité de droite au Grand Conseil face à un Conseil d'État à majorité de gauche. Chacun sent bien que cette étrange situation vaudoise a quelque chose de transitoire. Quelques voix pourraient suffire à renverser le rapport de force - soit en donnant à la gauche une majorité au Grand Conseil cohérente avec sa force au Conseil d'État, soit en ramenant enfin celui-ci dans le giron de la droite.

L'élection de Jacques Nicolet aux côtés des trois Conseillers d'État sortants Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba revêt donc un caractère essentiel. Quelles que soient les réserves de certains électeurs de centre-droit à l'encontre de l'agriculteur de Lignerolle, il faut bien comprendre que le siège qu'il vise échoira à Cesla Amarelle ou Béatrice Métraux en cas d'échec - tout en offrant à la gauche une majorité renouvelée. L'issue du scrutin dépend largement de la capacité des électeurs du PLR à saisir ces enjeux.

Au Grand Conseil, les choses sont plus simples: l'élection se joue à la proportionnelle dans chaque district. Sur les quatorze sièges dévolus à l'Ouest Lausannois, l'UDC n'en a que deux ; la marge de progression est donc importante. La liste, tirée par les sortants Michel Miéville d'Écublens et Fabien Deillon de Prilly, un de mes mentors, pourrait arracher un troisième siège en vertu de la progression des idées de notre parti dans la population et de notre alliance avec le PLR.

C'est donc une période haletante de campagne qui s'ouvre jusqu'au 30 avril, les partis allant à la rencontre des citoyens. Sur les marchés, les stands rivalisent d'inventivité - barbecue, fleurs, bonbons et autres verres de vin blanc se distribuent dans la bonne humeur au milieu d'un foisonnement d'affiches et de slogans. Mais derrière l'apparente superficialité de ces contacts les enjeux cantonaux sont importants: reconnaissance de l'islam comme religion officielle, éducation, exécution des renvois des requérants d'asile déboutés, charge fiscale et politique d'aménagement du territoire, pour n'en citer que quelques-uns.

Je me retrouve donc parmi nos quatorze valeureux candidats, et j'espère que ce modeste blog vous aura permis au cours de ces dernières années de vous faire une idée de mes opinions politique et de mon engagement sur divers sujets. Si vous pensez que certains candidats le méritent, n'hésitez pas à doubler leur nom sur les bulletins de vote! Nous verrons bientôt si mon horizon politique est destiné à dépasser Renens, chef-lieu de notre district.

Au cours de ces prochaines semaines vous pourrez me retrouver sur les divers marchés de l'Ouest Lausannois: Bussigny le 1er avril, Renens les 8 et 15, Écublens le 22. Souhaitez-moi bonne chance!

08 septembre 2014

De l'indoctrination politique à l'école

Avec un sens du buzz dont ils sont coutumiers, les Jeunes UDC ont lancé en grande pompe un site en ligne visant à dénoncer les professeurs utilisant leurs cours comme une tribune politique, l'objectif affiché étant de mettre un terme à "l'indoctrination".

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Cris et glapissements dans l'assistance! Il n'en fallait pas davantage pour que les journalistes du Matin - traitant eux-même l'actualité avec une indépendance idéologique à toute épreuve - ne partent en guerre contre le site, d'abord en relatant son existence comme un acte d'accusation, puis en lançant un "débat" orienté aux conclusions choisies en assaisonnant le tout d'un éditorial assassin.

Raphaël Pomey, auteur du premier article indigné, se lance ainsi dans une diatribe échevelée, s'étranglant que les Jeunes UDC présentent le réchauffement climatique comme un mythe et décrivant comme "digne des pires régimes autoritaires" (!) le fait d'envoyer une lettre de protestation aux individus ainsi accusés... L'hyperbole est en solde.

Pour relever le niveau de la presse romande on notera le traitement nettement plus factuel de l'information par le quotidien 20 Minutes, livrant d'ailleurs autant d'exemples édifiants par le biais des commentaires des lecteurs. Il faut dire que le public du journal gratuit, souvent adolescent, est certainement plus souvent au contact de la problématique soulevée.

L'UDC n'a rien contre les professeurs ne serait-ce que parce que certains de ses plus célèbres représentants, comme le Conseiller d'Etat Oskar Freysinger, sont issus de ce milieu. D'ailleurs, loin de réduction délibérément choisie par une certaine presse, les Jeunes UDC se défendent eux-mêmes de vouloir "traquer les profs gauchistes":

Il incombe [aux professeurs d'école] de dispenser des cours aussi neutres que possibles, se concentrant sur la transmission du savoir et la formation d’un esprit critique chez les jeunes. 

Le projet des Jeunes UDC ne remet pas ces valeurs en cause! Les cours de citoyenneté doivent perdurer, les débats politiques en classe également, et les professeurs ne doivent pas avoir peur à tout instant d’être "dénoncé". Ce n’est pas ce que propose la plateforme "écoles libres". 

Cette plateforme s’attaque aux abus manifestes. Les cas relevés concernent des situation inacceptables, telles que des cours d’histoire de la Seconde Guerre Mondiale où l’UDC aurait été assimilée au parti nazi, des manques de bonne foi évidents visant à convaincre des élèves de la véracité d’une idée politique ou encore la présence d’un portait de Lénine en salle de classes. Il s’agit là d’exemples réels qui ne doivent pas continuer: les faire connaître est un moyen certain de les faire cesser.


L'immense majorité des professeurs fait son travail correctement, avec dévouement et en gardant ses opinions politiques pour elle, qu'elles soient de gauche ou de droite. C'est exactement ce qu'on lui demande. Mais cette majorité n'est pas l'unanimité.

J'ai fait ma scolarité en France. Le pire y a côtoyé le meilleur, du brillant professeur de mathématiques "ancienne école" distillant ses cours en blouse blanche à l'enseignante d'histoire-géographie au maoïsme affiché, faisant circuler en classe des photos de propagande chinoise sur le bonheur des travailleurs aux champs sous un régime communiste. Ce ne sont que deux exemples parmi bien d'autres, certains à peine croyables.

Tout cela est bel et bien arrivé, mais il y a fort longtemps et dans un autre pays.

Cependant, je ne peux pas me résoudre à croire que la nature humaine change du tout au tout simplement en traversant une frontière. Pourquoi aurais-je enduré en France tant de classes tenues par des enseignants faillibles alors que l'école suisse serait miraculeusement protégée de ces dérives? Les professeurs helvétiques prêtent-ils serment? Appartiennent-ils à une espèce supérieure, ontologiquement capable de garder ses opinions politiques au vestiaire? Sont-ils au moins surveillés sur cet aspect de leurs cours?

Il est évident que non. Choix des thèmes de dissertation, des œuvres littéraires à étudier, traitement de l'histoire ou de l'actualité... Les possibilités d'une dérive idéologique de l'enseignant sur ses élèves sont légions. Elles sont encore renforcées par l'ascendant qu’exerce un adulte en situation de domination. Il paraît immanquable que ces dérives surviennent, bien qu'elles restent la plupart du temps dans le domaine du tolérable. Mais ce n'est pas toujours le cas et les conséquences peuvent être parfois dramatiques - par exemple, lorsqu'elles affectent directement les notes et donc les perspectives d'avenir d'un élève.

Freie-schulen.ch est une expérience intéressante. Le site constitue une menace vis-à-vis de tous ceux qui confondent pupitre et tribune de part son existence même. Il fait donc œuvre de salut en forçant peut-être certains enseignants à prendre du recul, même si aucune dénonciation n'y est jamais enregistrée.

Les journalistes n'en ont cure: ils se contentent pour la plupart de dénoncer la "chasse aux profs gauchistes". Il n'est pas anodin que la résistance s'organise autour de cette catégorie précise, un joli deux-poids-deux-mesures que relève avec beaucoup de finesse le vice-président des jeunes UDC:

Lorsqu’un enseignant chrétien raconte ses convictions à ses élèves, les réactions négatives ne se font pas attendre. Certains politiciens n’hésitent pas, à ce sujet, à dénoncer les cas publiquement et à se battre pour la neutralité confessionnelle des écoles. Ce combat est aussi visible pour ce qui est de la présence ou non de crucifix dans les écoles. 

Pourquoi donc les mêmes personnes s’indignent-elles quand on s’attaque à la présence d’un portrait de Lénine dans une salle de classe? (...)

 
Et la classe médiatique de s'abîmer dans un silence épais.

Lorsqu'un professeur exprime ses opinions personnelles en classe il y a les dérives inacceptables... Et puis, il y a les autres.

03 septembre 2014

Calcul Terre-à-Terre

"Si tout le monde vivait comme vous..." Qui n'a jamais entendu pareille critique, destinée à culpabiliser le chaland sur son mode de vie? Ce concept a été popularisé et officialisé à l'échelle mondiale par le Club de Rome puis les écologistes à travers l'empreinte carbone - le "poids écologique" que chacun ferait peser sur l'environnement.

L'idée revient à dire que chaque steak que nous mangeons, chaque pneu que nous usons, chaque kilowatt-heure que nous consommons vient forcément de quelque part. En utilisant des indicateurs plus poussés, par exemple la surface agricole nécessaire à la croissance du bœuf à l'origine dudit steak, on peut théoriquement déterminer la quantité de ressources nécessaire au train de vie de chacun.

Autant l'avouer tout de suite, le concept n'a pas le moindre sens académique et encore moins de calculabilité. Comment tenir compte de la qualité des semences, des engrais employés dans la production agricole? Comment évaluer la quantité de pétrole présente dans la croûte terrestre alors que les réserves augmentent continuellement du fait des avancées technologiques? Comment calculer l'empreinte carbone d'une séance de cinéma? Comment évaluer, même, ce que la Terre serait capable ou non de supporter? Il paraîtra évident à tout le monde - sauf aux écologistes et aux membres du Club de Rome naturellement - que la Terre de 2014 permet de subvenir aux besoins de ses milliards d'habitants bien mieux qu'à n'importe quelle époque précédente. Le progrès technologique et l'inventivité humaine font partie des quelques variables laissées de côté.

Qu'importe à nos écologistes de combat. Ils ont devant eux un fantastique outil marketing et n'hésitent pas à s'en servir, grossissant le trait au besoin. Pour obtenir une culpabilisation de masse, on ne va pas faire dans le détail, n'est-ce pas?

Le site du WWF EcoGuru permet donc ainsi à tout-un-chacun de mesurer sa fameuse "empreinte écologique". C'est mignon tout plein avec des arcs-en-ciels et des nuages et une petite Terre heureuse quand il n'y a pas trop d'humains dessus...

Je me livre à l'exercice. Pays, Suisse. Je choisis ensuite calculate your footprint et réponds à une série de 11 questions. Et à la fin, le score final tombe, forcément mauvais:

 wwf,mensonges,écologie
Espèce d'ordure! Alors qu'on n'a qu'une seule Terre!

Je me doute bien que je suis un piètre écologiste - ne serait-ce que parce que j'ai eu l'impudence de faire des enfants. J'essaye tout de même quelques efforts dans la mesure de mes moyens. Mais le papier recyclé, voyez-vous, je ne fais pas vraiment attention. Est-ce tellement important? Les questions sont pour le moins étonnantes, et laissent pour la plupart une certaine marge d'interprétation. C'est de bonne guerre, mais bon, obtenir à partir de cela un score précis au dixième de Terre laisse songeur - comme quelqu'un essayant au billard un coup en trois bandes en se servant, pour viser, des indications de son horoscope.

Mais imaginons un instant que je sois un être écologiquement supérieur comme ceux que nous entendons parfois - d'insupportables donneurs de leçons qui prétendent vivre d'eau claire et de soleil, comme de belles plantes vertes. Se faire passer pour un écologiste parfait est assez facile sur le site du WWF puisque l'ordre des réponses est toujours le même, la meilleure étant en haut. On apprendra ainsi qu'un écologiste parfait:

  • vit dans un "petit appartement" (sauf exception) ;
  • ...Lequel a une excellente isolation ;
  • ...Et se chauffe à l'électricité "verte" ;
  • Mais il utilise "peu" l'électricité par ailleurs ;
  • N'emploie que du papier recyclé ;
  • Ne mange que de la nourriture végétale fraîche et de saison, produite localement, et jamais viande ni poisson ;
  • N'utilise pas ou "très peu" son éventuelle voiture ;
  • N'utilise jamais les transports en commun ;
  • Reste chez lui pour les vacances.

Triste existence. Décidément, l'image de la plante verte n'avait finalement rien d'excessif.

wwf,mensonges,écologiePourtant l'écologiste helvétique parfait (s'il existe) aura tout de même la surprise de constater que son comportement exemplaire lui fait encore une empreinte carbone d'environ 1 Terre, selon le nombre de personnes qu'il torture avec qui il partage son domicile.

Comparé aux "statistiques mondiales" le résultat fait hausser le sourcil. Comment ces diables d'asiatiques peuvent-ils être en moyenne à 0,7, soit quasiment un tiers de Terre en moins, alors que, dit-on, les Japonais osent manger du poisson? Et les Philippins sont-ils donc de si grands consommateurs d'électricité "verte"?

La bizarrerie est rapidement éclaircie en retentant le test selon différentes régions: les résultats sont simplement pondérés par pays.

Si vous êtes un écologiste parfait en Suisse, vous tournerez avec environ une Terre. Mais si vous êtes un écologiste tout aussi parfait aux Etats-Unis, pas de bol, vous aurez tout de même une empreinte de 1,6 planètes. Culpabilité collective, dirons-nous. A l'inverse, le même comportement au Yémen limitera votre empreinte carbone à 0,4 planètes, ce qui laisse de la marge pour quelques excursions en business class à divers Sommets de la Terre.

Évidement, je suppose que peu de Yéménites ont une maison avec une excellente isolation, la chance d'avoir des transports en commun ou même un accès à l'énergie verte - pour les veinards qui parviennent déjà à avoir l'électricité. Mais ce n'est pas un problème pour le WWF et son "calcul d'empreinte": vivons tous comme des Yéménites et la Terre sera sauvée!

D'une certaine façon, il est plus facile d'avoir un comportement écologiquement adéquat lorsque votre environnement vous force à vivre comme un animal. La pauvreté nous ramène à l'état de nature. En termes de protection de l'environnement c'est plutôt démenti par les faits mais le WWF n'en a cure ; il n'hésite pas à forcer cette conclusion en biaisant ses calculs selon la richesse du pays habité. Vivre de façon écologique revient avant tout à vivre dans un pays pauvre. Le comportement individuel n'intervient qu'après.

De cette constatation découle une conséquence pratique: il est beaucoup facile de ruiner un pays que d'éduquer à la cause verte les consciences de toute une population.

Voilà soudainement expliqué le positionnement politique des élus écologistes, et d'un seul coup tout est beaucoup plus clair.

10 mai 2014

Le Hamburger Altermondialiste

Che Guevara cuisinait-il des hamburgers? Probablement pas. Mais l'aurait-il fait qu'on aurait pu assez facilement se le représenter comme la mascotte de Holy Cow!, une chaîne suisse de restauration rapide au marketing politiquement engagé, jugez plutôt:

alimentation
La révolution du fast-food, parce qu'il faut bien commencer quelque part.

Il est possible que l'idée de révolution ne soit qu'un clin d'oeil face à une cuisine résolument nouvelle, à moins qu'il ne s'agisse d'un réel engagement politique. Quelle meilleure façon de savoir que d'aller vérifier? Et naturellement, de comparer avec le symbole de l'américanisme mondialisé triomphant - en tout cas dans l'esprit de ses contempteurs - j'ai nommé McDonald's bien sûr!

La franchise choisie pour mon évaluation est idéalement située. L'intérieur est spartiate. Le mobilier se résume à de rustiques tables en bois et à des bancs, sans doute l'esprit "repas commun" cher aux guérilleros sur la brèche. Au mur, un portrait noir et blanc nous apprend qu'un certain Jean-Pierre fournit la viande à l'enseigne. Comme nous ne connaissons de lui que son prénom, la profession de foi ne vaut pas grand-chose.

C'est l'heure de pointe. Il y a du monde. Une seule caisse est ouverte. Les prix sont affichés sur un grand panneau façon tableau noir. Premier constat: c'est très cher. Le hamburger le plus basique est à 9.90 CHF, 15.90 avec frites et boisson. La plupart des offres avec un assaisonnement spécial de la viande font monter l'addition à 19.90. Certes, la portion de bœuf est correcte, 165g, mais on atteint largement le tarif du plat du jour dans un restaurant traditionnel.

Perdu dans mes réflexions, me voilà devant le caissier. Je commande un menu.

- Vous prenez quoi comme boisson?
- Coca.
- (regard qui en dit long) Nous ne servons pas de "Coca", monsieur.
- Ah... Mais pourquoi?
- Seulement des produits locaux. Jus de pomme, eau minérale, bière...
- Va pour un jus de pomme.

Je suis d'humeur taquine. Je reviens à la charge:

- Vous savez, lui dis-je, le Coca vendu en Suisse est intégralement fabriqué en Suisse.

Mon interlocuteur est un peu désarçonné. S'il annonce probablement cent fois par jour qu'il n'a pas de Coca-cola, il ne doit pas souvent tomber sur des revêches dans mon genre.

- Mais, finit-il par articuler, ce n'est pas pareil.
- Pourquoi?
- C'est, euh, une société américaine.
- Ah. C'est donc ça le problème.
- Tout à fait. Nous privilégions les sociétés locales, conclut-il avec le sourire de quelqu'un qui retombe sur ses pieds.

alimentationChe Guevara n'est pas là que pour la décoration, me dis-je en mon for intérieur. Je reçois ma commande des mains d'un cuistot tatoué, dans un panier en osier garni d'une simple serviette. Si le cuisinier porte des gants en latex, l'hygiène n'a pas l'air d'être une préoccupation majeure. Mon impression est confirmée en salle. Le sol et les murs sont douteux. Le plateau de la table, poisseux, est couvert de miettes (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Le nettoyage ne doit pas être trop intensif.

Bon point, serviettes et condiments sont en libre-service. À ce tarif, c'est la moindre des choses. Contrairement à la profession de foi du caissier, les clients ont à leur disposition du ketchup Heinz, marque américaine emblématique. Teresa Heinz, richissime héritière de la marque, est l'épouse de John Kerry, ancien candidat démocrate à la présidentielle et secrétaire d'Etat au sein de l'administration Obama. Soit l'acharnement à n'employer que des compagnies locale a ses limites, soit l'orientation politique de la famille Heinz est une qualité rédemptoire.

Les frites sont épaisses et peu savoureuses, le hamburger de taille correcte mais d'un goût quelconque. Évidemment, il ne ressemble pas du tout à la photo, mais McDonald's est un habitué des mensonges du genre. En mangeant j'observe les alentours du coin de l'oeil ; je ne compte que deux cuisiniers et un caissier. Il y a peut-être d'autres salariés, bien sûr, mais l'enseigne semble employer très peu de personnel. Rien à voir avec la ruche d'équipiers s'agitant dans un McDo aux heures de pointe.

Où passe l'argent? Pas dans l'aménagement intérieur ni la main-d’œuvre visiblement. Les produits? Sans doute pas: peu de gens le savent - ou l'admettent - mais McDonald's emploie lui aussi essentiellement des produits locaux. Cela signifie que, contrairement à la propagande établie, l'origine locale de la nourriture n'est pas un élément déterminant du prix final. La conclusion s'impose: l'argent semble passer avant tout dans la marge de la firme. Le hamburger altermondialiste a certainement une rentabilité élevée.

En tout cas, mon expérience culinaire s'avère décevante. Je ne dis pas que le hamburger est pire que chez McDonald's, mais certainement pas très différent au bout du compte, et bien plus cher.

Consultant le site web de Holy Cow! le curieux pourra découvrir que la marque dispose aujourd'hui de sept succursales, dont deux en France à Lille et à Rouen. Les vendeurs du cru clament-ils qu'il ne se fournissent qu'en France? Si oui, il faudrait savoir pourquoi les fournisseurs français sont acceptables pour une succursale française et non pour la Suisse, et réciproquement...

C'est un peu le problème qui attend au tournant n'importe quelle firme reposant sa communication marketing sur la xénophobie, pardon, la consommation locale: dès que ses enseignes traversent une frontière, le discours s'effondre dans ses contradictions.

Heureusement, le grand public ne se pose pas tant de questions. Les passants voient la révolution du hamburger, Che Guevara en cuisine, et payent joyeusement le double en se disant qu'au moins ils ne sont pas chez McDonald's.

Holy Cow! tient définitivement un créneau.

05 avril 2012

Blog, an II

Profitons du calme du week-end pascal pour présenter les statistiques annuelles de ce blog.

Depuis l'an dernier, le nombre de lecteurs a considérablement augmenté (+50%) et le nombre de visites a pratiquement doublé. Si la courbe n'est plus aussi raide qu'auparavant, le blog stephanemontabert.blog.24heures.ch affiche une belle progression, comme l'illustre ce graphique:

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Cette année a vu la publication de 84 notes (contre 80 dans sa première année), soit toujours une et demie par semaine en moyenne. Au mois de mars de cette année, ce blog a totalisé 3'473 visiteurs uniques, 9'701 visites, et 47'307 pages visualisées.

Les commentaires sont en baisse - 1000 environ, contre environ 1300 l'an dernier avec une audience moindre! - ce qui n'a rien d'étonnant, puisque je suis passé il y a presque un an à une approbation manuelle avant affichage des commentaires. Cela ralentit le rythme de publication de ceux-ci, mais les insultes et les attaques ad hominem ont rendu la chose nécessaire. Ce n'est pas que ma propre interprétation: a titre d'anecdote, sachez que je me suis récemment fait remonter les bretelles par le service web de 24Heures, rien de moins, pour avoir laissé passer un commentaire trop insultant!

Rappelez-vous, pour commenter, soyez courtois et collez au sujet. Pensez à l'effet que produira votre propos. Essayez aussi, dans la mesure du possible, d'être concis. Rien de pire que d'avoir des gens qui répondent les uns aux autres en copiant-collant des pavés de textes. Il est vrai que l'interface choisie par mon hébergeur, qui ne permet ni l'organisation en fil ni la moindre citation ou mise en forme, ne facilite rien, mais il faut bien faire avec.

Finalement, les chiffres ci-dessus, pour sympathique soient-ils, ne reflètent pas l'entière réalité de la popularité de mes modestes écrits. En effet, j'ai l'immense honneur d'avoir été intégré dans le site d'information Contrepoints, dont les statistiques font frémir. Je n'ai pas l'intention de quitter 24Heures pour cette nouvelle plate-forme, où mes meilleurs billets, commentés par un public très différent, paraissent avec un ou deux jours de retard (et parfois agrémentés d'une excellente illustration de René Le Honzec!) mais c'est toujours agréable, quoiqu'un rien intimidant, de se retrouver au milieu de plumes comme celles de h16, Charles Gave ou Guy Sorman.

En attendant, merci à tous ceux qui me lisent ici et là, et entamons sous les meilleurs auspices cette troisième année!