14 juin 2019

Combats de femmes

Aujourd'hui, jour de l'anniversaire de Donald Trump, les syndicalistes et les gauchistes de Suisse (pardon pour le pléonasme) choisirent de décréter la Grève des Femmes.

La Grève des Femmes fut un événement organisé avec une précision toute helvétique, avec programme imposé, couleur imposée, lieux imposés et festivités imposées. Certains slogans furent imposés, mais pas tous, lors des ateliers créatifs de pancartes : on sait rester souple, tout de même.

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La Grève des Femmes dans le monde entier.

Certains quotidiens comme Le Temps firent l'effort didactique d'expliquer la Grève des Femmes urbi et orbi, mais quel intérêt? Personne ne lit Le Temps hors des frontières, et bien peu encore en Romandie. Ce genre d'article n'a aucune vocation informative ; il vise seulement à donner une bouffée d'orgueil à ceux qui pensent être les phares du monde...

C'en est presque dommage: une vraie Grève des Femmes mondiale aurait eu une certaine allure. Il aurait fallu une réelle audace pour monter une Grève des Femmes à Ryad ou à Nouakchott. Cela aurait suscité un réel respect, et une réelle prise de risques, comme en témoigne cette galerie de portraits de femmes, brûlées à l'acide, qui ont eu l'audace de s'opposer au patriarcat là où celui-ci est une réalité:

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Si vous n'aimez pas le système patriarcal occidental, vous allez adorer celui-là.

Ces dames (toutes des Pakistanaises si de tels détails vous intéressent) ne demandaient pas un salaire égal, mais juste de ne pas être violées ni mariées de force. Quel égoïsme!

Eh oui, loin des fantasmes du syndicalisme nombriliste, il y a bien des lieux dans le monde où la lutte pour l'égalité des femmes est un combat réel, et loin d'être acquis. Ne vous inquiétez pas, grâce à l'enrichissement multiculturel, ces défis sont bientôt à notre porte.

Voilà à quoi je pense lorsque quelqu'un évoque devant moi "l'égalité des sexes". Pas vous? Dans ce cas, peut-être que vous devriez consulter autre chose que les nouvelles locales et de saison.

Mais revenons au luxueux combat du jour.

L'opération Grève des Femmes fut, bien entendu, un "succès". Comment pourrait-il en être autrement? Les médias décrètent les vainqueurs et ils étaient tous acquis à la cause dès le début. Les pigistes les plus malins auront écrit leurs articles bien avant la date fatidique. Depuis quelques jours, ils se vautrent dans la facilité: l'organisation de l'événement, l'excitation avant le jour J, les comptes-rendus "minute par minute" (comme face à une situation de crise) et, ces prochains jours, l'incontournable débriefing avec les interviews de ceux-pour-qui-ça-a-tout-changé et les organisatrices émues qui annoncent, poing brandi, qu'on fera évidemment encore mieux l'année prochaine.

De la vraie news débitée à rythme industriel, droit sortie de sa boîte de conserve.

Une bonne partie sera probablement réutilisable l'année prochaine, il n'y aura qu'à changer la date. Et si la ficelle est trop grosse on fera des rétrospectives Que sont-elles devenues? et le tour sera joué.

Attardons-nous sur le "succès" de la Grève des Femmes. Que signifie-t-il? Combien de femmes ont été augmentées aujourd'hui suite à leur décrochage professionnel et à leurs manifestations revendicatives? Probablement aucune. Niveau politique, il n'y a rien à obtenir non plus: l'égalité est inscrite dans la loi depuis des lustres. Et il me semble peu probable que des employeurs voient d'un meilleur œil les femmes descendues dans la rue ce 14 juin.

visuelfC3A9ministeensemble63-448x293.pngJe n'ai pas réussi à voir grand-chose de la Grève des Femmes. En déambulant à Genève, j'ai juste aperçu un groupe d'une dizaine de femmes qui avait "séquestré" avec des rubans violets une place - revendiquant avec des affichettes la captation de l'espace public, sans trop concevoir le rapport avec leur cause. Les pauvres femmes tentaient de faire un pique-nique (que je suppose citoyen, festif et de combat) mais sous la pluie le résultat était assez pitoyable. Assises comme elles étaient sur des bouts de tissus trempés à ouvrir leurs tupperwares solidaires tout en tenant des parapluies, elles donnaient plus l'impression de lutter contre les éléments que contre le Patriarcat.

Je me disais: quelle magie tout de même que cette mobilisation qui force des gens à pique-niquer sous la pluie alors qu'il aurait été tellement plus sympathique, si ces femmes se connaissaient, de se livrer à ce genre d'activité un jour de beau temps! Mais il n'y aurait pas eu le petit côté politique qui transcende le tout, j'imagine. C'est clair qu'en les voyant, le Patriarcat reculait, pris de terreur.

Plus tard, une femme me fit une remarque astucieuse: "j'ai quand même l'impression que ces histoires de grève pour le climat ou de grève pour les femmes sont des détournements artificiels... Comme si on montait des sujets de toute pièce pour cristalliser le mécontentement en le détournant des vrais problèmes..."

Il est vrai que la dérive des coûts des loyers ou de l'assurance-maladie obligatoire dépassent de beaucoup tout ce que les statisticiens pourront jamais essayer de prouver comme différence salariale entre les sexes, mais aborder ce sujet n'est politiquement pas porteur pour les politiciens de gauche, alors laissons tomber, voulez-vous?

À la place, scandez avec moi: Grève des Femmes! Grève des Femmes!

Verrons-nous un monde - allez, juste une Suisse - où les femmes n'accepteront plus de se laisser instrumentaliser par la gauche et les syndicats? Ça, ce serait une véritable révolution.

12 juin 2019

Comment le Brexit est devenu inévitable

Brexit "dur", Brexit "souple", Brexit repoussé sine die, les Anglais ne savent plus à quel saint se vouer.

Pourtant, alors que Theresa May tire sa révérence, la situation politique outre-Manche permet de se livrer au jeu des pronostics. Voici les miens:

  • Boris Johnson sera le prochain Premier Ministre ;
  • le Brexit sera probablement un Brexit sans accord, mais sans que cela soit certain à ce stade ;
  • le Brexit interviendra le 31 octobre 2019.

"Les prévisions sont difficiles, surtout quand elles concernent l'avenir" disait l'humoriste Pierre Dac. Comment lancer de telles hypothèses dans le brouillard (londonien) actuel, où pas un analyste politique ne parvient à déceler quoi que ce soit?

L'entrée en lice de M. Johnson

Le moins que l'on puisse dire c'est que Boris Johnson aura attendu son heure. Entré au niveau national de la politique en 2008 en prenant la Mairie de Londres, Boris est toujours resté ambigu sur sa volonté de participer à la course pour le rôle de Premier Ministre, essentiellement parce qu'il était conscient de la faiblesse de ses chances. Il abandonna ainsi à mi-parcours en 2013. Bien que Tory, donc membre du parti le plus puissant au Parlement britannique, il sait qu'il n'est pas aimé des hautes sphères du parti. Trop incontrôlable, trop fougueux, trop politiquement incorrect. Ce qui séduit l'opinion dégoûte la bonne société. Ses cheveux désordonnés couleur paille et ses saillies en interview lui donnent des similitudes rédhibitoires avec un certain Donald Trump, sans compter qu'il avait aussi la nationalité américaine jusqu'en 2016...

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Dix candidats se bousculent pour succéder à Theresa May. Une pléthore. La sélection se déroulera sur plusieurs semaines avec des débats télévisés et des éliminations progressives des moins bien notés. S'il parvient en finale, le poste de Premier Ministre ne fait aucun doute - le vote sera alors entre les mains des quelque 160'000 membres du Parti conservateur, auprès desquels le politicien hors norme est très populaire.

Les bookmakers et les éditorialistes s'interrogent: se peut-il que Boris Johnson échoue avant? Qu'un vote de sanction des premiers tours de scrutin, dans lesquels le résultat est uniquement entre les mains des députés conservateurs, le fasse échouer? Les ennemis de Boris Johnson sont nombreux à l'espérer. Mais ils se trompent. Ils raisonnent avec un logiciel périmé, un mode de pensée qui était celui de Theresa May et d'un monde dépassé par le Brexit.

Tout a changé au Royaume-Uni. Deux élections ont complètement recomposé la classe politique.

Les élections européennes

La victoire du Parti du Brexit aux élections européennes d'outre-manche ont fait les gros titres, mais ce n'est pas encore assez. Le résultat de Nigel Farage est un séisme politique inédit. Connu pour ses spectaculaires interventions au Parlement Européen, Nigel Farage avait décidé de retourner à la vie civile et d'abandonner le UKIP (dont il s'était distancié) mais la gestion catastrophique du Brexit par le gouvernement May l'amena à réviser ses positions. Il décida donc de repartir dans l'arène politique pour que la majorité qui avait clairement décidé en 2016 que le Royaume-Uni quitte l'UE ne soit pas spoliée de sa décision.

À la surprise générale, mais d'une façon conforme aux sondages, le Parti du Brexit lancé en avril 2019 remporta un succès phénoménal. Il arriva en tête dans presque toutes les régions d'Angleterre - sauf Londres, qu'on peut difficilement encore qualifier "d'anglaise" au sens ethnique du terme.

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Score et variation des partis lors des élections européennes.

Le graphique ci-dessus montre une intéressante variation de l'électorat. En 2014, le UKIP avait fait une percée remarquable mais cinq and plus tard il s'effondre totalement, ses électeurs se reportant massivement sur le nouveau Parti du Brexit. Les citoyens ont donc clairement suivi le leader du Brexit sans éprouver de fidélité envers un parti. Mais le transfert massif du UKIP vers le Parti du Brexit n'explique pas tout ; le nouveau parti a encore siphonné 7% d'électeurs supplémentaires aux dépens des autres formations. Les Libéraux Démocrates progressent sensiblement alors qu'ils étaient en perte de vitesse, signe là encore d'un vote sanction contre le dualisme gauche-droite installé aux commandes depuis des générations. Les Conservateurs sont relégués à une humiliante cinquième place. Les Travaillistes sont aussi de grands perdants de l'élection, leurs pertes n'étant que peu compensées par la modeste hausse des écologistes.

Les états-majors politiques des partis historiques sont sortis sonnés de l'élection européenne. Peut-être se sont-ils dit que ce n'était qu'un très mauvais moment à passer? Après tout, 2014 vit la percé du UKIP sans que la politique intérieure anglaise, la seule qui soit réellement importante, n'en soit durablement affectée. Pendant les cinq ans qui suivirent le UKIP ne parvint pas à décrocher le moindre siège de député. Mais l'élection complémentaire de Peterborough vint rapidement doucher leurs espoirs.

La complémentaire de Peterborough

Fiona Oluyinka Onasanya était députée travailliste pour la circonscription de Peterborough depuis 2017. Selon Wikipédia, "après avoir été reconnue coupable d'entrave à la justice en décembre 2018, elle est radiée du parti. Condamnée à trois mois de prison en janvier 2019, elle perd son siège de députée le 1er mai, une pétition de rappel ayant réuni le nombre de signatures nécessaire." Son éviction amena logiquement à la tenue d'une élection complémentaire.

Premier scrutin d'importance nationale après la raclée des européennes, les partis traditionnels firent feu de tout bois à Peterborough pour essayer de conjurer le sort des élections précédentes. Le chef des Travaillistes Jeremy Corbyn se rendit sur place pour faire campagne, de même que l'ancien Premier Ministre Gordon Brown et des ténors des Conservateurs comme Boris Johnson et Jeremy Hunt. Seule Theresa May fut absente, pour des raisons bien compréhensibles.

Au bout du compte, les Travaillistes gardèrent leur siège, ce qui permit à Jeremy Corbyn de fanfaronner devant les médias. Il déclara que la victoire de son parti était le signe que la "politique de la division" ne triompherait pas, et d'autres formules plaisantes que des journalistes épris de facilité s'empressèrent de recopier dans les médias locaux et étrangers. Si l'humeur était joyeuse pour les Travaillistes, il est probable que les sourires aient surtout été de façade, car les résultats détaillés de l'élection montrent une toute autre histoire.

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Score et variation des partis lors de l'élection législative complémentaire de Peterborough.

Les Travaillistes gagnent, certes, mais de justesse avec seulement 2% d'avance. Ils perdent 17% par rapport au scrutin de 2017. Le Parti du Brexit, qui se présentait pour la première fois, arrache directement 29% des votes. Les Conservateurs perdent 25% des voix, plus de la moitié de leur force électorale. La poussée des Libéraux Démocrates se confirme. Les autres ramassent les miettes.

La complémentaire de Peterborough illustre un changement fondamental dans la politique britannique: la percée du Parti du Brexit se confirme aussi lors d'élections locales. Les chefs politiques peuvent peut-être se réjouir que le siège soit resté chez un des deux champions historiques, chacun sait en son for intérieur que c'est juste un heureux accident. Si pareille configuration se reproduit lors des prochains scrutins nationaux, les élections tourneront au bain de sang. Le Parti du Brexit va réaliser un véritable raz-de-marée aux dépens des Travaillistes et des Conservateurs, menaçant jusqu'à leur existence même au plan national.

Le Brexit, vite!

Les histoires de "backstop Irlandais", les innombrables votes sur le même Traité de Brexit indigeste concocté par Theresa May en connivence avec Bruxelles, tout cela n'a plus aucune importance. Les états-majors travaillistes et conservateurs viennent soudainement de réaliser que leurs atermoiements et leurs joutes politiques stériles au cours des années écoulées n'ont profité ni à l'un ni à l'autre comme chacun l'espérait, mais à un nouveau venu mené par Nigel Farage et qui pourrait bien les emporter tous les deux.

De "thème" politique lancinant donnant lieu à d'innombrables subtilités picrocholines étalées sur des mois, le Brexit est devenu du jour au lendemain une patate chaude d'une variété mortelle. La classe politique britannique tient désormais à s'en débarrasser au plus vite, en espérant que le Parti du Brexit s'évapore dans la foulée.

Voilà pourquoi Boris Johnson risque fort d'être élu Premier Ministre en juillet. Il n'est pas sûr qu'il arrive à négocier un nouvel accord - quoi qu'au pied du mur les technocrates de Bruxelles se découvrent soudain des réserves de négociations insoupçonnées - mais il y a de bonnes chances qu'il parvienne à faire sortir le Royaume-Uni de l'UE d'une façon ou d'une autre et le plus vite possible.

Pour défendre les intérêts anglais il ne sera pas très difficile de faire mieux que Mme May, mais quel que soit le deal que Boris ramène du continent on peut s'attendre à ce que celui-ci déclenche l'enthousiasme soudain tant des Conservateurs que des Travaillistes. En l'état, toute prolongation du délai de Brexit et toute perspective de traîner en longueur pour faire un nouveau référendum vient de partir à la poubelle.

Et si Bruxelles tente de jouer à son petit jeu habituel, il est même possible que les Anglais choisissent de partir sans rien au 31 octobre - laissant l'Union Européenne avec ses piaillements de basse-cour et une belle ardoise se comptant en milliards d'euros.

Le grand public anglais s'est lassé des atermoiements interminables de sa classe politique durant les dernières années. Il ne se gêne plus pour le dire. Tout d'un coup, grâce à des citoyens anglais bien plus matures que leurs élus, chacun semble réaliser qu'il est important que le Brexit soit un succès pour tout le monde, et surtout, qu'il ait enfin lieu.

Voilà des nouvelles plutôt réjouissantes.

09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

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Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

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Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

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Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

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Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

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Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

01 juin 2019

Un Parlement Européen ingouvernable

Les élections européennes sont sous toit depuis dimanche dernier. Elles laissent présager d'une belle pagaille de cinq ans à Bruxelles.

Certains, comme Guy Millière, se désolent que le "réveil des peuples" n'ait pas eu lieu. D'autres, médias en tête, se réjouissent que la terrible "vague populiste" n'ait pas été au rendez-vous, ou qu'elle fut moindre que ce que craignaient les rédactions, et qu'elle soit contrebalancée par une "percée verte" dans la droite ligne de l'activisme écolo-militant redoublé de ces dernières semaines.

Tous ces gens se trompent.

Vu des États-Unis, on peut se méprendre ; mais même aux États-Unis, l'élection de Trump en 2016 s'est jouée à peu de choses. En réalité, le "réveil des peuples" n'a eu lieu nulle part. Le constat est implacable: au sein de nos sociétés démocratiques occidentales se trouve une proportion énorme et irréductibles d'électeurs perdus. Ces gens appartiennent à deux catégories bien distinctes, les amorphes et les complices.

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Facile à reconnaître, les amorphes sont les plus nombreux, des citoyens naïfs, bienveillants, et fiers de constituer la masse du troupeau. Lecteurs assidus des médias mainstream, ils se contentent de suivre le mot d'ordre des autorités et se font un devoir de répéter en boucle les arguments des élites - ils n'en connaissent pas d'autres. Ils méprisent avec enthousiasme les groupes qu'on leur a dit de mépriser et lisent religieusement les articles qui demandent s'il faut avoir "peur" de ceci ou cela. Souhaitant être du côté des "gagnants" lors des élections, ils votent régulièrement contre leur intérêt mais le réalisent après coup. Les plus éveillés d'entre eux sont constamment déçus de ceux pour qui ils ont voté mais, telles les femmes battues, n'en reviennent pas moins au bercail à chaque échéance, persuadés que les fautifs ont fait amende honorable et que, cette fois, ils changeront vraiment de politique.

Les complices, eux, sont très motivés. Les politiques mortifères pour leur pays (immigration de masse, surendettement de l'État, dissolution dans l'UE, islamisation...) ne les effraient pas le moins du monde, ou du moins pas à court terme, parce qu'ils en profitent directement ou se pensent protégés de leurs effets ; et selon la doctrine de Keynes, "à long terme nous sommes tous morts", alors on fait avec. Fonctionnaires ou travaillant dans une profession réglementée, ils vivent en ville et dépendent de l'État dans une écrasante proportion. Ils ont avantageusement remplacé les socialo-communistes par Macron et les Verts. Ils pensent que le vivre-ensemble est quelque chose de "génial" mais font des pieds et des mains pour que le peu d'enfants qu'ils ont échappent à la carte scolaire et à la mixité qu'ils prônent pour le bas peuple. Rongés par le cynisme et la doublepensée, ils s'efforcent de ne pas côtoyer des gens "qui pensent autrement". Ils glissent leur bulletin dans l'urne en estimant que, même si tout empire, leur statut les assure de rester parmi les mieux lotis.

La proportion amorphes/complices et leur force cumulée est très différente selon chaque pays. À l'Ouest, ils ont longtemps constitué une majorité, et même lorsqu'ils reculent ils participent à des minorités conséquentes. Mais il faut examiner un peu plus en détail le résultat des élections européennes pour comprendre. Si le réveil des peuples n'est pas une vue de l'esprit, il intervient à un rythme différent selon les régions d'Europe.

Le groupe de Visegrad

Les pays de l'Est ont vécu suffisamment longtemps sous le joug du totalitarisme pour en reconnaître un quand ils le voient - fusse-t-il "light" comme celui de l'Union Européenne d'aujourd'hui. Pour une analyse détaillé, le Visegrad Post fait œuvre utile en détaillant pays par pays. En résumé:

[En Hongrie, on assiste à une victoire] écrasante et sans surprise du Fidesz, le parti national-conservateur de Viktor Orbán, avec 52,30% des suffrages. Pour le Premier ministre hongrois, en guerre ouverte avec le monde « libéral » et l’élite bruxelloise, cette victoire absolue lui offre encore une fois un argument de légitimité démocratique pour continuer sa politique – anti-immigration, pro-chrétienne, pro-famille – et s’impliquer plus encore dans la politique à l’échelle continentale. (...)


Si le scrutin Slovaque est plus difficile à décrypter, celui de la République Tchèque impressionne: le parti libéral-conservateur du Premier Ministre ouvre le bal, suivi du parti libéral-conservateur et eurocritique ODS, du parti pirate (contre la régulation d'Internet), d'un autre parti libéral-conservateur TOP 09 ("Tradition, responsabilité, prospérité"), et enfin du parti Liberté et Démocratie Directe, "patriotique, anti-Islam, anti-immigration et fortement critique de l’UE" explique le Visegrad Post. Et ce sont les cinq premiers!

En Pologne, première victoire du PiS à une élection européenne, améliorant son score par rapport à 2014 (+11,32%). Le parti national-conservateur au pouvoir depuis l’automne 2015 comptait sur ces élections, à six mois du scrutin législatif, pour prendre la mesure de sa capacité de mobilisation. C’est chose faite et le résultat est plus que satisfaisant pour le PiS. Conforté par ce résultat dans leur politique à échelle européenne, le PiS, parti leader du groupe CRE, entend bien se faire entendre plus que jamais à Bruxelles.


Dans tous ces pays la participation est en forte hausse, et ce n'est visiblement pas pour chanter les louanges de Bruxelles.

France, pays de toutes les magouilles

Macron est un margoulin ; on le sait depuis l'élection à la Présidentielle où il réussit à éliminer son plus dangereux concurrent, François Fillon, avec des révélations très anciennes mais fort opportunes, récoltées à travers de solides amitiés à Bercy lorsque le jeune Macron était ministre de l'industrie.

Pour lancer un scandale, tout est dans le timing, comme l'annonce en France des hausses du tarif de l'électricité juste après les élections européennes. Certaines fois il échappe aux meilleurs, comme dans l'affaire Benalla, mais ici l'enjeu était d'importance et Emmanuel a fait de son mieux. Un attentat au colis piégé à Lyon à quelques heures du scrutin? Le principal suspect fut interpellé dès dimanche mais, au vu de son patronyme, on préféra taire tout détail sur l'affaire jusqu'au lendemain pour ne pas interférer sur l'humeur populaire...

Les Français ont donc voté dans l'œil du cyclone médiatique, entre un attentat islamiste passé sous silence et une hausse d'impôt prévue quelques jours plus tard. Dans cette France travaillée soigneusement pour être apaisée, le Rassemblement National arrive en tête. La carte est impressionnante.

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir, ou ici pour les résultats complets)

Le Président Macron s'était personnellement engagé à placer La République En Marche devant le Rassemblement National ; son échec est patent. "On ne peut pas annoncer qu'on a gagné quand on finit deuxième", lâcha Edouard Philippe au soir de l'élection. Les médias sont prompts à rappeler que le score en pourcentage du RN est inférieur à celui du Front National de 2014, il est en réalité supérieur en termes de bulletins rentrés, grâce à une participation plus élevée. Alors, on s'engueule.

On peut le dire, en France, la plupart des complices et des amorphes se retrouvent derrière LAREM. Ils représentent un socle à peu près irréductible de 20% des électeurs. Ils constituent le même groupe que ceux dont on se demandait comment ils arrivaient à soutenir encore Hollande à la fin de son calamiteux quinquennat.

La fragmentation des résultats confirme le premier tour des présidentielles: en France le bipartisme est mort. Les socialistes historiques suivent le chemin des dinosaures, les restes du centre-droit s'évaporent dans l'insignifiance. Même la révolution hurlée par le tribun Mélenchon prend un coup de vieux. Seuls les Écologistes tirent leur épingle du jeu mais l'hystérie climatique ne pourra pas durer éternellement. Elle se marie mal avec la gestion réaliste d'un pays ; les militants idéalistes d'aujourd'hui seront les déçus de demain et les adversaires aigris d'après-demain...

Tous les scrutins, toutes les institutions étaient manipulés pour écraser les concurrents du PS et de l'UMP historiques ; mais désormais le RN est l'acteur majeur de la politique française. Il promet de rafler la mise à chaque nouvelle élection. Plus aucune magouille électorale ne permettra de le juguler. Mairies (le RN arrive en tête dans 70% des communes!), conseils régionaux, sénat, vont progressivement tomber dans l'escarcelle du RN. La revanche du duel Macron-Le Pen lors de l'élection présidentielle de 2022 s'avérera bien plus inconfortable pour le candidat de Bruxelles, et il faudra plus qu'une rediffusion de La Grande Vadrouille entre les deux tours pour faire obstacle au mouvement de Madame Le Pen.

L'Italie derrière Salvini

matteo-salvini-rally-european-parliament-elections.jpgDans la péninsule le vote européen était l'occasion de mesurer la force respective des membres de la coalition au pouvoir, Ligue du Nord et Mouvement Cinq Étoiles. Le résultat est supérieur à ce qu'annonçaient les sondages: la Ligue prend la tête et fait plus du double de son partenaire de coalition (34,26% contre 17,06%). Même Le Monde parle d'humiliation. Le Mouvement Cinq Étoiles a perdu seize points en un an.

[Face] à une telle déroute, les ficelles de la rhétorique politicienne ne sont d’aucun secours : avec à peine 17 % des suffrages, contre près de 33 % en mars, et surtout 4,5 millions de votants alors qu’ils étaient 11 millions lors des législatives, le verdict des urnes est sans ambiguïté. Luigi Di Maio peut avancer qu’il s’agit d’« apprendre », que « le mouvement court un marathon, pas un 100 mètres », ces mots ne tromperont personne : seul devant une nuée de photographes, il est apparu dans la peau du condamné, quémandant à ses ennemis – et surtout à ses amis – la chose la plus rare et la plus précieuse en politique : un peu de temps.

En disposera-t-il vraiment ? Rien n’est moins sûr, tant la très opaque direction du M5S doit donner un signal fort à ce qui lui reste de base militante, alors qu’elle est confrontée à la crise la plus grave de sa jeune histoire. Les défaites des derniers mois dans des élections locales avaient été présentées comme des épiphénomènes, et attribuées au manque de cadres. Cette fois, ces arguties ne sont d’aucun secours.


Les résultats italiens sont importants car le pays est stratégique sur plusieurs plans. L'Italie reste en première ligne face à l'assaut d'immigration clandestine que subit l'Europe. Le pays est un des plus endettés et sa dette publique reste fragile, mais c'est aussi un membre fondateur de l'Euro. Et Matteo est un des plus farouches adversaires d'Angela Merkel. La prochaine crise de l'UE pourrait bien venir de la botte italienne.

La colère anglaise

Lorsque les Français sont en colère ils enfilent des gilets jaunes et occupent des ronds-points avec des revendications plus ou moins cohérentes, illustrant ainsi des décennies de ravages de l'Éducation Nationale sur l'esprit logique. Les Anglais font autrement: ils votent.

farage_happy.jpgLa victoire de Nigel Farage est étourdissante, et montre la maturité démocratique du peuple anglais face à une classe politique défaillante. Malgré toutes les manipulations d'une Theresa May sur le départ après avoir perdu deux ans à essayer de faire signer par les députés anglais le traité colonial qu'elle avait négocié en secret avec l'UE (parfois même dans le dos des ministres de son propre gouvernement!) les Anglais se sont lassés de cette trahison et ne se sont pas gênés pour le dire.

Les Anglais ne se sont sentis liés par aucune loyauté, aucune habitude, et n'ont plus montré la moindre crédulité. Ils ont voté en masse pour un parti qui n'existait pas il y a quelques mois, le parti du Brexit. Le 20 janvier, Nigel Farage déclare au Guardian: "Si le gouvernement revient sur sa parole et trahit les millions de personnes qui ont voté pour le Brexit, il nous faut un parti prêt à se lever et à se battre pour l'obtenir. Je suis tout à fait prêt pour l’extension ou la révocation de l’article 50 et, si cela se produit, je reviendrai à la charge."

Chose dite, chose faite. Nigel Farage ne se sent plus solidaire de son ancien parti le UKIP, dont la ligne s'est éloignée de la question européenne. Le parti du Brexit est officiellement lancé le 5 février. Trois mois plus tard, voilà le résultat du scrutin:

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Le Brexit est en tête avec 31,6% des voix. Les Libéraux Démocrates arrivent en deuxième position avec 20,3%. Les Travaillistes suivent avec 14,1%, puis viennent les écologistes avec 12,1%. Les Conservateurs de l'incompétente Mme May viennent en cinquième position avec 9,1%, une gifle méritée. 40% des Conservateurs, déçus de l'absence de leadership du gouvernement sur le Brexit, auraient choisi de voter pour le parti du même nom.

Évidemment, et les éditorialistes sont nombreux à le noter, le vote massif en faveur du Brexit augmente les chances d'une sortie sans accord. Les futures relations entre le Royaume-Uni et l'UE se règleront devant l'OMC. Cette perspective n'est pas pour déplaire à Nigel Farage, qui clame qu'une sortie sans accord vaut mieux que pas de sortie du tout, mais il est aussi possible que les Anglais parviennent à renégocier un traité plus équilibré avec l'UE pendant les quelques mois qu'il leur reste.

La perspective d'une sortie de l'UE du Royaume-Uni semble acquise même sur le continent. Tous les partis politiques visent avec appétit les sièges anglais qu'ils s'apprêtent à reprendre au Parlement européen... Nigel Farage se prépare à faire le plus court mandat de Député Européen de l'histoire. Ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont!

L'Europe sans gouvernail

Le Parlement Européen s'apprête à devenir ingouvernable - les blocs sont émiettés et même à l'intérieur de chacun, comme le PPE, les dissensions sont proches de la rupture. Ce n'est pas un problème en soi, puisque le Parlement n'a presque pas de pouvoir. Il ne peut pas proposer de textes de loi, ce privilège est réservé à la Commission européenne. Sur certains thèmes, il approuve ou rejette certains textes sans pouvoir les amender. Sur d'autres, il n'a qu'un avis consultatif. Il ne peut pas non plus décider de la révision des traités, dont le pouvoir revient aux états membres.

Voilà pourquoi, in fine, ces élections européennes n'ont pas plus d'importance que les précédentes. Mais elles donnent un indicateur précieux de la température politique de plusieurs pays européens, et certains atteignent clairement le point d'ébullition.

14 mai 2019

Peuple désarmé, peuple vaincu?

Le 19 mai le peuple décidera ou non de voter pour le prochain tour de vis sur le contrôle des armes - et de poursuivre sur la voie de la domination étrangère de la Suisse.

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Les choses sont claires. (cliquez pour agrandir)

La loi est intitulée "Mise en oeuvre d'une modification de la directive de l'UE sur les armes (Développement de l'acquis de Shengen)." Elle est donc présentée comme une sorte d'évolution logique, naturelle et convenable de quelque chose de positif - alors même que la libre-circulation, le principal acquis de Shengen, étrangle la Suisse. Que ce soit à travers l'immigration de masse, la sous-enchère salariale ou le bétonnage du pays, ce pays n'en finit pas de péricliter pendant que les Suisses, trop occupés à gérer au quotidien leur survie de working poors, désertent les urnes.

Selon les sondages, l'approbation du texte atteindrait 66%, soit deux électeurs sur trois. Il faut avoir subi un lavage de cerveau de grande ampleur pour penser du bien des accords de Shengen et une dose plus grande encore pour vouloir en redemander. Mais ce profil est désormais banal en Suisse. Les arguments avancés pour soutenir le texte - lutte contre le terrorisme, fichage - ne s'appuient sur aucune étude. Pas un seul attentat en Europe n'a été commis avec une arme obtenue légalement. L'interdiction de certains types d'armes ne désarmera que les honnêtes gens, comme d'habitude.

Les autorités ne se donnent même plus la peine de ciseler de petits mensonges, de trafiquer quelques statistiques, ils n'en ont aucune. Le seul argument en faveur de la révision de la loi est que celle-ci est exigée par l'UE. Le principe de soumission rend toute contestation caduque.

Face à eux, les membres de ProTell - qui ne demandent rien d'autre que le maintien du droit actuel - sont présentés comme des esprits étroits, bornés et passéistes. La tradition suisse des armes? Le tir sportif? Aucune importance. Le rouleau-compresseur est en marche et tous les obstacles seront aplanis. Les bureaucrates de Bruxelles aux commandes le savent d'autant mieux que la révision de la loi inclut de futures provisions qui restreindront encore plus le droit sur les armes tout en rendant bien plus difficile, voire impossible, toute nouvelle tentative d'opposition par référendum. 

Pourtant, on s'en fiche des armes, pas vrai? La plupart des gens ne possèdent pas d'armes, n'en ont jamais possédées et ne chercheront jamais à en avoir une. Pour toutes ces raisons, ils n'hésiteront pas une seconde à glisser un Oui dans l'urne. Ils ne comprennent pas le sens profond lié au droit de posséder une arme - la distinction entre le citoyen et le sujet, plus importante encore que le droit de vote. Le droit des armes fait partie du contrat social - c'était même l'un des tous premiers billets sur ce blog, en 2011. À l'époque déjà, le sujet avait attiré une polémique nourrie.

Depuis, l'importance - symbolique d'abord, concrète ensuite - de pouvoir posséder des armes s'est maintes fois vérifié, comme par exemple au Venezuela où le dictateur Maduro s'est chargé de désarmer le peuple avant que les sbires du régime n'ouvrent le feu sur la foule désormais à leur merci. "Il n'y eut pas de plus fervents adeptes du contrôle des armes que les nazis" écrivais-je en 2011. Les nazis, et bien d'autres, unis dans l'idée que la marche vers le désarmement est essentielle pour pouvoir mettre une population en coupe réglée.

La Suisse avance le long de ce chemin, à son rythme. Les jours de l'opposition au Moloch européen de 1992 semblent bien loin. Il y eut quelques sursauts - le vote sur les minarets, le renvoi des criminels étrangers, le rejet de l'immigration de masse... - mais ils semblent désormais plus des anecdotes où les citoyens furent surpris de leur propre audace que d'une volonté manifeste de défendre sa liberté dans la durée et peu importe les pressions extérieures.

On le sait depuis Bertold Brecht, "puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple." C'est la feuille de route depuis plus de vingt-cinq ans, et elle est appliquée à la lettre. Entre l'immigration de masse, les naturalisations de masse, la culpabilisation de masse, deux tiers des Suisses ne prennent même plus le chemin des urnes. On peut dire que la mission est accomplie. Le peuple helvétique vote sa dissolution, son désarmement étant une étape essentielle dans le processus. L'idée a été bien comprise à Berne et à Bruxelles.

"Le pouvoir est là où sont les armes." -- Lénine


Rêvons à une heureuse surprise jusqu'au soir du 19 mai, une victoire sur le fil qui repoussera l'échéance de quelques années ; mais même si la mobilisation de ProTell force le respect, même si des noyaux durs de tradition subsisteront, ces Suisses-là auront compris qu'ils sont une minorité dans leur propre pays.

11 mai 2019

Fraude électorale: le ver est dans le fruit

La Cité de Calvin fait à nouveau parler d'elle, et pas en bien. Cette fois-ci, l'actualité se concentre sur une affaire de fraude électorale, dévoilée jeudi sur le site web du quotidien 20 Minutes.

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Depuis l'enquête avance à grands pas. Une perquisition a été menée dans les locaux du Service des votations. La RTS dévoile pour une fois davantage d'information que la presse:

Le témoignage de ces employées, qui vivent dans la peur depuis plusieurs années, fait état d’un procédé élaboré qui aurait été utilisé par le suspect. Selon les informations de la RTS, il possédait les clés des locaux où se trouvaient les bulletins reçus et les enveloppes vierges.

L’homme aurait détruit certains bulletins pour les remplacer par d’autres, modifiés par ses soins. Il en aurait également ajouté aux urnes, aurait fait disparaître des cartes de vote, et aurait gardé pour lui certains bulletins vides et non conformes qui auraient dû être retournés à leur expéditeur.

Plusieurs centaines de voix au total auraient été concernées et des écarts auraient été régulièrement constatés entre le nombre de cartes de vote et les bulletins comptabilisés. Ne sachant plus quoi faire, les employées du service disent avoir alors détruit des bulletins au hasard, pour équilibrer le tout.

Une ancienne employée qui aurait participé à la fraude parle d'une rémunération de 50 francs par vote, et aurait même reçu une offre de 1000 francs pour 100 bulletins.


"Impossible de dire si cela est vrai et qui était le ou les commanditaire(s) éventuel(s)", poursuit le journaliste qui se veut rassurant. Le lecteur reste inquiet. Comme souvent, il faut recouper les informations parcellaires distillées dans différents médias pour se faire une idée. Si la RTS prétend que "les enquêteurs n'ont trouvé aucun élément accablant" au domicile du collaborateur de 33 ans soupçonné de fraude électorale, l'histoire ne s'arrête pas là. Les policiers ont bien déniché des enveloppes de vote concernant le scrutin du 19 mai dans un tiroir du collaborateur dans les locaux du Service des Votations.

Contrairement aux dénégations initiales, le scrutin du 19 mai est donc d'ores et déjà compromis à Genève. Précisons que si les objets fédéraux sont à ce stade relativement épargnés, Genève ne suffisant que rarement à faire pencher la balance à l'échelle suisse, le sujet reste d'importance à l'échelle locale. Les Genevois votent sur pas moins de 7 objets cantonaux dimanche prochain, plus deux questions subsidiaires destinée à départager des doubles approbations.

Il n'y a pas besoin de bourrer les urnes pour faire pencher la balance ; sous le régime démocratique, quelques dixièmes de pourcent suffisent parfois à changer le résultat d'un vote. En l'espèce, le suspect a bien un historique fourni de manipulations:

[Selon deux employées du Service des Votations] au moins quatre scrutins cantonaux et communaux auraient été manipulés: d’abord, l'élection de Pierre Maudet l'an dernier, lors de laquelle le conseiller d'Etat PLR avait été élu dès le premier tour. L'une des collaboratrices dit avoir vu une succession de 30 bulletins identiques avec le seul nom de l'édile dans un tas de 50.

Il y a ensuite la loi sur la police, acceptée à 50 voix près en 2015. Dans ce cas, des bulletins auraient été jetés par l'homme interpellé jeudi. L'une des auxiliaires assure que cela a changé le résultat du vote.

Les derniers exemples cités par les témoins sont l'initiative pour le remboursement des soins dentaires, refusée à 54% en février dernier, et des votes à Chêne-Bougeries, en mars 2018. Selon les deux employées, tout cela durerait depuis 2011 au moins.

Il semblerait que très peu de personnes en interne aient été au courant de ces agissements. Par ailleurs, le suspect n'hésitait pas à intimider ceux qui mettaient le nez dans ses affaires et il jouissait de protection en haut lieu, affirment les deux employées.


Des manipulations de vote affectant les résultats de scrutins disputés, une élection faussée, des témoignages de votes moyennant paiement, un manipulateur malhonnête au Service des Votations bénéficiant de protection en haut lieu… Les médias se veulent rassurants, mais peut-on se le permettre?

Un système vulnérable

Genève recule sur le vote électronique, qui inquiète le grand public à cause de son manque de sécurité et de l'absence de possibilités de recomptage ; mais ces inquiétudes ne sont rien face à celles qui se concrétisent depuis longtemps autour du vote par correspondance.

Il y a des années de cela, lorsque je découvrais "l'envers du décor" de la démocratie helvétique dans ma ville de Renens (où certaine affaires ont eu lieu), je me souviens avoir jeté un œil critique sur le dépouillement. Le processus allant de la collecte des enveloppes à la saisie des résultats globaux dans le système informatique cantonal me paraissait vulnérable en de nombreux points.

Les recomptages de bout en bout sont possibles, mais quand sont-ils effectués? Jamais, ou seulement en cas de soupçons de fraude. Il n'y a aucun échantillonnage aléatoire à l'échelle d'un bureau de vote. Cela signifie que si les manipulateurs restent suffisamment discrets - ce qui n'a pas été le cas à Genève - ils ne sont jamais inquiétés.

"Ce qui compte ce n'est pas le vote, c'est comment on compte les votes." -- Joseph Staline, Communiste, Criminel contre l'humanité, Homme d'état (1879 - 1953)


Interrogeant une employée du Greffe communal de Renens sur la possibilité de manipuler les enveloppes avant le jour du dépouillement, la brave femme fut interloquée par mon inquiétude. Elle me répondit que toute manipulation de ce genre était impensable puisque les personnes ayant accès aux urnes étaient assermentées. On voit désormais la naïveté d'une telle posture - une naïveté typiquement suisse, ajouterais-je. L'idée que les gens soient d'une honnêteté sans faille et résistent à toute volonté de manipulation des votes simplement parce qu'ils l'ont promis.

On roule des yeux devant une conception aussi candide de la nature humaine.

Un tel monde serait assurément agréable à vivre, je n'en doute pas, mais il n'existe pas. Les gens mentent, même quand ils ont prêté serment. Ceux qui acquièrent des positions de pouvoir en abusent. Les humains cèdent à la tentation. La respectabilité durement acquise sert ensuite, parfois, aux comportements les plus vils.

Triste tableau, je le concède, et heureusement atténué par quelques exceptions. Mais un homme averti en vaut deux: on peut se prémunir contre la plupart des manipulations. Mettre des mécanismes de pesée électronique dans les urnes pour déceler toute altération du contenu. Installer des caméras dans les locaux et vérifier les accès. Obliger les opérations à être effectuées sous surveillance, avec "quatre yeux".

L'enquête n'en est qu'à ses débuts et j'espère bien que des gens finiront par se mettre à table, car je doute que ce ne soit, comme on tente de nous le présenter, que le fait d'un "loup solitaire" aux motivations troubles. Plusieurs témoignages cités plus haut font mention de complicités dans une organisation pensée pour altérer les résultats des votes. Rappelons-nous le commerce des enveloppes, à Genève aussi.

La confiance dans la démocratie est quelque peu érodée au bout du lac. Mais croire qu'il n'y avait dans toute la Suisse qu'un seul et unique manipulateur au Service des Votations de tous les Cantons et Communes du pays et qu'il vient d'être mis hors d'état de nuire, n'est-ce pas aussi un peu naïf?