07 novembre 2018

Les élections de mi-mandat, défaite pour Trump?

L'élection de Trump en 2016 était un accident. Les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 seraient la première échéance permettant au peuple américain (c'est-à-dire aux Américains de gauche) de corriger l'erreur et de revenir à la normalité.

Ces tournures de discours, ces éléments de langage sont ceux délivrés en boucle par tous les médias américains depuis deux ans. Ils sont donc naturellement repris à l'identique par leurs homologues européens.

Les élections de mi-mandat seraient donc l'occasion d'une "Vague Bleue", le bleu étant la couleur du Parti Démocrate. Tous les sondages donnaient une victoire écrasante aux Démocrates dans les deux chambres jusqu'à il y a quelques jours. S'il y avait de la méthode Coué dans le processus, l'idée n'était pas complètement absurde: les Démocrates avaient un fort désir de revanche contre Trump, et les élections de mi-mandat sont traditionnellement mauvaises pour le Président en exercice.

Cependant, le vent commença à tourner quelques heures avant l'élection, les médias souhaitant éviter de reproduire le désastre de la soirée électorale 2016 où ils se ridiculisèrent en s'évertuant à broder sur une victoire d'Hillary Clinton qui ne vint jamais. La Vague Bleue passa de certitude à "forte probabilité" ; puis on parla d'un éventuel "Mur Rouge" qui lui ferait face et lui résisterait, et enfin, après des mois à gloser sur l'évidente victoire démocrate du 6 novembre, on conclut qu'on ne pouvait rien conclure.

Aujourd'hui, les résultats sont enfin tombés. Trump fait mieux que résister ; la Vague Bleue n'a emporté que la Chambre des Représentants, tandis que les Républicains renforcent le contrôle du Sénat. Chaque camp a donc ses raisons de crier victoire. Qu'en est-il vraiment?

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D'abord, Trump fait mieux que tous les Présidents américains depuis Kennedy en renforçant son contrôle sur le Sénat. Le maintien d'une double majorité après des élections de mi-mandat ne s'est pas produit depuis 105 ans - c'eut été beaucoup demander, même pour Trump. Trump résiste beaucoup mieux en 2018 contre les Démocrates dans les élections de mi-mandat qu'Obama en 2010 dans les mêmes circonstances contre les Républicains, lui qui perdit alors les deux Chambres du Congrès.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLa participation fut très élevée, 10% plus haute que les précédentes, mais encore en-deçà des élections présidentielles. Malgré son importance, le scrutin de mi-mandat ne présage de rien quant aux élections présidentielles qui suivront dans deux ans ; là encore, en prenant le précédent d'Obama (et d'autres encore) celui-ci fut réélu facilement après avoir perdu les midterms.

Les Démocrates emportent la Chambre des Représentants. Ils disposent désormais d'un pouvoir de blocage contre les réformes législatives de Trump, et pourront essayer de mener la vie dure aux proches de Trump (ministres et famille) en les convoquant pour des audiences agressives. En revanche, ils n'empêcheront pas Trump de gouverner, pas plus que les Républicains n'empêchèrent Obama de gouverner (par décrets notamment) pendant qu'il était en minorité sur le plan législatif.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLes Républicains gardent le contrôle du Sénat, c'est-à-dire la nomination des juges, tous les juges, et celle des membres du cabinet de l'administration Trump. Celui-ci aura donc les coudées franches pour probablement se débarrasser de Jeff Sessions et Rod Rosenstein, des gens apathiques ou passés à l'ennemi lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les affaires du Parti démocrate sous l'influence Clinton, ou les manipulations orchestrées par les propres services secrets de l'Oncle Sam. On peut donc espérer que l'immobilisme cesse de ce côté. Évidemment, la maîtrise du Sénat voue à l'échec toute tentative d'impeachment lancée par des Démocrates vindicatifs sur la base de faux dossiers montés par des barbouzes du FBI et de la CIA maqués avec la gauche américaine.

En réalité, Trump vient de remporter de beaux succès.

Le premier d'entre eux, c'est d'avoir repris le contrôle du Parti républicain. Les "Never Trumpers" sont éliminés ou réduits à leur plus simple expression (Mitt Romney étant le dernier de ces dinosaures). Les nouveaux élus républicains sont tous des gens qui ont publiquement soutenu Trump et sa politique et veulent l'aider à réussir, et non saboter le reste de son mandat.

Le détail est d'importance, parce que, outre leur majorité au Sénat, les Républicains disposaient de 238 sièges dans la Chambre des Représentants sortante - une majorité confortable, qui ne permit pourtant à Trump de remporter que peu de batailles législatives. Il réussit à passer sa baisse d'impôts mais échoua par exemple à mettre un terme à l'Obamacare - nombre de Républicains de l'une ou l'autre assemblée, dont l'inénarrable John McCain, choisissant de faire échouer leur camp.

Quel est l'intérêt d'avoir une majorité républicaine au Congrès si celui-ci refuse de soutenir les réformes voulues par le Président républicain en exercice? Avec des alliés pareils, pas besoin d'ennemis!

Les Démocrates, eux, font face à d'autres problèmes - notamment un manque de crédibilité sur le plan national. Leurs leaders sont ridiculisés et détestés, principalement depuis leur cirque autour de la nomination du Juge Kavanaugh à la Cour Suprême. Les quatre candidats au Sénat personnellement soutenus par Obama furent tous éliminés. Localement, de nombreux candidats démocrates firent campagne en mettant en avant leur "indépendance d'esprit", leur "insoumission" et leur "liberté de ton" face à l'appareil du Parti Démocrate. Ce sentiment était présent dès les primaires du parti où de nombreux politiciens expérimentés furent gentiment mais fermement mis à la retraite par une jeune garde souvent radicale certes, mais hors des cercles d'influence traditionnels de l'establishment.

Cela pose un vrai problème pour faire émerger un challenger décent dans le but de présenter une alternative à Trump pour les prochaines élections présidentielles, dans seulement deux ans.

De plus, les Démocrates ont clairement affiché et lutté sur des valeurs anti-occidentales et anti-blanches. L'élection de musulmanes dont une voilée (les nouvelles "stars" des médias), les discours de haine contre Trump et les Républicains et la part faite aux minorités revendicatives montrent que le Parti Démocrate de 2018 est celui du socialisme, de la fiscalité, de la division et du racisme. Les discours et les positions extrémistes des nouveaux élus laisseront certainement des traces - jusqu'à l'intérieur du parti, qui devra paradoxalement mettre de l'eau dans son vin puisqu'il détient désormais la majorité à la Chambre des Représentants.

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Les nouvelles gloires de la gauche: Rashida Tlaib, Jared Polis et Ilhan Omar - deux élues musulmanes et un gay.

Les Démocrates sont donc face à l'insoluble défi de devoir composer avec de nouveaux élus indisciplinés et radicaux, tout en faisant des propositions qui devront être acceptées au-delà des frontières partisanes par leurs adversaires républicains.

Ni la propagande des médias ni les prétextes des caciques de gauche ne sauraient faire illusion, et comptons que Trump ne laissera aucun doute là-dessus: les futures obstructions à la bonne marche de l'État fédéral, par exemple sur le budget, seront portées au compte des Démocrates.

La Vague Bleue s'est transformée en vaguelette et elle risque de faire plus de dégâts à gauche qu'à droite. Trump ne s'en sort pas si mal.

04 novembre 2018

Suisse, pays de cocagne

La Suisse est un pays riche.

Ce leitmotiv revient dans la bouche de nombreux élus marqués à gauche lorsqu'il s'agit de dépenser l'argent des contribuables pour telle ou telle politique dispendieuse. En même temps que sa corollaire "...Alors elle peut bien se le permettre."

Au vu des récentes révélations couvrant les frais professionnels des élus de la Ville de Genève, on doit admettre qu'ils ont raison. Ces gens-là ne vivent pas dans la même Suisse que le commun des mortels, mais dans une sorte de Pays de Cocagne. Pour eux la Suisse est effectivement riche, très riche.

Mais ils ne sont pas les seuls à penser ainsi.

Genève, Perle du Bout du Lac

L'affaire commence le 31 octobre avec le rapport de la Cour des Comptes de Genève portant sur les frais professionnels de l’Exécutif et des directeurs de la Municipalité. Un article dans 20 Minutes, intitulé "Natel, taxi, alcool: les frais bling bling de Barazzone", résume les dépenses:

Véritable symbole de la légèreté des mis en cause, Guillaume Barazzone cumule les mauvais points. Il l’a d’ailleurs admis en creux en remboursant près de 30’000 francs (dont 23’000 fr. de téléphonie) à la Ville en septembre. (...) Il a aussi fait passer en frais professionnels pour 3'942 francs de courses de taxi en 2017, certaines effectuées de nuit, depuis et vers des adresses privées. Et c’est toujours la nuit, notamment le week-end, qu’il a facturé des frais de bouche, repas, alcools forts ou bouteilles de champagne de prestige.


Normal que Guillaume Barazzone soit épinglé par la presse: au sein de l'exécutif de la Ville de Genève, l'élu PDC est ce qui tient lieu de personnage le plus à droite, le reste du Conseil Administratif étant composé d'un communiste, de deux socialistes et d'une verte...

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Guillaume Barazzone, "surdoué" de la politique - encore un - est donc cloué au pilori par la presse dans l'espoir de détourner la vindicte populaire des élus plus à gauche et de leurs complices dans l'administration. Ils n'en sont pas moins la cible de critiques acerbes de la Cour des Comptes.

La Verte Esther Alder a [fait] un usage intensif du taxi en 2017. Elle a facturé plus d’une centaine de trajets, pour 3'014 fr., entre son domicile et son bureau ou d’autres lieux, en pleine journée. Et ce, sans pouvoir expliquer l’objet de ces déplacements, alors que la Ville lui paie déjà un abonnement TPG et une place de parking couverte pour son véhicule privé. Ce même garage est aussi reproché à Rémy Pagani, d’Ensemble à Gauche, qui utilise un moyen de transport autre que la voiture et fourni par la Ville pour se rendre au travail.

Le rapport fait enfin état de deux conseillers administratifs, impossibles à identifier, qui ont facturé à la Ville des repas avec des tiers inconnus dans des lieux touristiques à l’étranger ou des buvettes de plage – «des lieux inhabituels pour la fonction», relève la Cour.


Quelle pudeur dans le vocabulaire! On reste pantois devant toutes ces discussions de travail improvisées, la pénible prise de notes en boîtes de nuit, au restaurant et sur la plage, les heures innombrables passées par nos vaillantes élites qui n'hésitent pas à donner de leur personne soirs et week-ends compris pour défendre, en tout lieu et à chaque instant, le meilleur intérêt de la Ville de Genève et des Genevois qui payent leur salaire.

Qui oserait en douter?

Cette abnégation est sans doute à mettre au niveau du sacrifice consenti par les élus de gauche vis-à-vis de leur idéologie. Pensons aux larmes versées sur la planète par la verte Esther Aider à chaque fois qu'elle se déplace en taxi plutôt que d'utiliser les transports publics ou la mobilité douce qu'elle prône pour le monde entier, sauf elle. Pensons à la mansuétude de Sandrine Salerno qui, bien qu'en charge des Finances, renonça à lancer un contrôle interne sur la dérive des frais. De peur de découvrir quelque chose, sans doute?

L'absence de contrôle interne est "peut-être ce qui a le plus surpris" le Bureau du Conseil municipal genevois, qui se dit "consterné" et mentionna aussi "l'obstruction" des membres du Conseil administratif qui entravèrent les investigations de la Cour des Comptes. Parce que ce n'est pas tout d'être en tort ; ces messieurs dames savaient parfaitement ce qu'ils faisaient, et en bons escrocs, essayèrent de couvrir leurs traces. "Pour la première fois, une entité a tenté d’empêcher la Cour de faire son travail", a indiqué le président de la Cour des Comptes Stanislas Zuin.

Contemplons-nous de pauvres gens obligés de triturer leurs frais pour couvrir le trépidant train de vie lié à leur fonction? Même pas. Dans un encadré assassin, 20 Minutes résuma leurs indemnités - révisées en 2017, excusez du peu:


Vraiment, on les plaint. Ne passons pas plus de temps sur Genève ; l'affaire n'en est qu'à ses débuts et la séance du législatif municipal du 13 novembre prochain sera consacrée au rapport. On parle aussi d'étendre les contrôles jusqu'à 2007. La nouvelle pêche pourrait s'avérer miraculeuse.

Voyage, voyages

Les élus aiment bien voyager. L'affaire Maudet défraya la chronique mais il n'est de loin pas le seul politicien à se déplacer à l'étranger. Qui hésiterait face à une excursion tous frais payés par des tiers à l'indéfectible amitié? Guillaume Barazzone alla lui aussi à Abu Dhabi, Pascal Broulis en Russie sur invitation indirecte de Frederik Paulsen, "l'un des principaux contribuables du Canton de Vaud, et de l'entreprise Ferring à Saint-Prex" expliqua la RTS...

M.  Paulsen est aussi consul honoraire de Russie à Lausanne et grand défenseur du régime de Poutine (vous savez, le méchant qui manipule les élections présidentielles américaines). Mais "je peux affirmer qu'il a été traité comme il se doit, selon les règles, sans la moindre faveur", a martelé l'élu vaudois en avant-première de son one-man-show comique. Chacun aura son intime conviction ; mais sachant que M. Broulis est déjà expert en optimisation fiscale, bien qu'il s'en défende, des conseils donnés lors d'un tel voyage peuvent valoir de l'or.

Il est injuste de faire un procès à M. Broulis quand M. Paulsen a des fréquentations éclectiques, comptant aussi Mme Géraldine Savary parmi son cercle de proches. Il rencontra la socialiste vaudoise, épouse à la ville de Grégoire Junod, syndic de Lausanne, lors d'un voyage en Sibérie. "Nous avons manifestement des opinions politiques différentes et malgré tout nous avons développé des relations d'estime réciproque", expliqua la Sénatrice socialiste sans se démonter. Reconnaissons que celle-ci paya de sa poche ce voyage sibérien organisé par le journaliste suisse Eric Hoesli (et voilà les médias impliqués).

À charge de revanche, M. Paulsen paya bel et bien un voyage à la socialiste à Grenade en 2015. Sans doute cette dévorante passion pour le Grand Nord et le vilain réchauffement climatique d'origine humaine, qu'il est toujours préférable de contempler de loin, entre deux trajets en avion, au bord de la piscine d'un grand hôtel avec un verre de piña colada à la main.

1969616772_de38c88ab7_o.jpgM. Paulsen, décidément très généreux, décida aussi de contribuer à ses frais de campagne pour le Conseil des États, à plusieurs reprises. Frederik Paulsen octroya 4'000 francs chacun à Géraldine Savary et à Luc Recordon en 2011, et 5'000 francs chacun en 2015 encore, explique Le Matin. Luc Recordon dit ne pas s'en souvenir, l'homme ne doit pas avoir la mémoire des chiffres.

Il n'y a rien d'illégal là-dedans, même si on notera une volonté de discrétion ; M. Paulsen aurait donné juste ce qu'il fallait pour rester anonyme selon les règles de confidentialité que promeut... Le Parti Socialiste lui-même. Quel heureux hasard!

La belle vie

Entre corruption, morale, éthique et principes idéologiques à géométrie variable, la frontière est difficile à tracer mais le constat est implacable: beaucoup de politiciens helvétiques profitent de leur position sans le moindre scrupule, qu'il s'agisse de flirter avec le trafic d'influence ou simplement de se gaver de l'argent des contribuables.

Détail troublant, aucun politicien estampillé UDC ne se retrouve dans ces affaires. S'ils disposent objectivement d'un plus petit nombre d'élus dans les exécutifs, ils ont aussi une éthique supérieure face à l'argent public. D'aucuns en ricaneront mais, on le sait, si le moindre élu UDC avait commis le dixième de ce qui est récemment révélé par les médias sur les uns ou les autres - légal ou non - son nom aurait été jeté en pâture à la presse et les manifestations se succèderaient jusqu'à ce qu'il démissionne. Le seul exemple de "scandale" est celui de l'affaire Legrix accusé de mobbing et de harcèlement moral et sexuel, bien qu'il fût blanchi par la justice de ces allégations et qu'il n'y ait nul argent en jeu. Le putsch politique fut toutefois couronné de succès puisque l'élu perdit son mandat à La Chaux-de-Fonds.

Certains plaideront en disant que les politiciens concernés ne sont pas "représentatifs" des partis dont ils sont issus - mais il est permis d'en douter compte tenu de l'ampleur des révélations récentes. Le schéma n'est pourtant guère compliqué: les scandales abondent dès qu'on se donne la peine de les chercher, et comme d'habitude les premières pistes viennent de la presse alémanique, les médias romands se contentant d'enchaîner.

Le sens du profit inné de certains politiciens frappe tous les niveaux, du fédéral au cantonal et au communal. Chaque palier de la pyramide helvétique implique des dérives distinctes. Le Parlement permet d'orienter des projets de loi ; les Cantons jouent sur la fiscalité ; les Communes ont toutes les billes dans l'attribution des permis de construire... Les occasions de profiter ou de se laisser corrompre sont aussi vastes que le nombre de citoyens qui portent encore trop haut les politiciens dans leur estime, les jugeant comme une élite aux capacités supérieures.

Pourquoi les scandales sont-ils si fréquents? D'une part, à cause de la culture du secret en Suisse, qui permet à de nombreux profiteurs de prospérer dans la sécurité des ombres ; d'autre part, du manque de curiosité d'organes de contrôles défaillants car trop bienveillants ; enfin, des citoyens eux-mêmes, trop amorphes et ancrés dans leurs habitudes de vote pour oser sanctionner dans les urnes les personnes concernées et les mouvements politiques auxquels elles appartiennent.

Conclusion: la Suisse n'est pas la Suède...

Pour s'en convaincre il suffit d'aller faire un petit tour en Suède, où on ne badine pas avec la morale. Comme le décrit Libération,

[Les Suédois font] preuve de peu de tolérance à l’égard des écarts de comportement de leurs dirigeants. Plusieurs ministres en ont fait l’expérience. A l’automne 2006, après l’arrivée de la coalition libérale au pouvoir, deux membres du gouvernement fraîchement nommées font leur valise. La ministre du Commerce, pour avoir payé au noir la nourrice de ses enfants - et oublié de déclarer la vente de plusieurs centaines d’actions. Et celle de la Culture, qui a omis de s’acquitter de la redevance audiovisuelle pendant seize ans. Montant de la facture : 22'000 couronnes, soit 2'350 euros.

Le scandale le plus retentissant reste cependant «l’affaire Toblerone». Fin 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du gouvernement social-démocrate, est forcée de démissionner pour avoir réglé quelques courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction. Peu importe qu’elle ait immédiatement remboursé la somme.


Non, la Suisse n'est visiblement pas la première de la classe dans toutes les matières. Peut-être que les Suisses devraient s'inspirer davantage du pays nordique sur ce plan précis. En attendant que le miracle du réveil de l'électorat ne survienne, il nous reste le fameux proverbe français:

Les politiciens, c'est comme les couches des bébés ; il faut les changer régulièrement et ce, pour les mêmes raisons.

30 octobre 2018

Juges étrangers: comprendre les enjeux, troisième partie

Plus que quelques semaines avant un vote décisif pour l'avenir de la Suisse. Le premier volet expliquait le contexte de l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" ; le deuxième volet les motivations réelles des adversaires du texte ; et celui-ci décrit les conséquences qui surviendront le 25 novembre.

Il y a trois ans, lors du lancement de la collecte de signature pour l'initiative d'autodétermination, je qualifiais celle-ci de "dernière initiative" - une ultime tentative de restaurer la charpente vermoulue de la Constitution de 1848, trahie de plus en plus ouvertement par les représentants du peuple qui, dit-on, prêteraient serment sur elle au début de leur mandat.

La bataille est aussi désespérée que mal engagée. Le peuple helvétique, hébété et abruti par la propagande (et encore, je n'évoque même pas les innombrables Suisses qui ne se donnent même pas la peine de voter) subit en permanence les adversaires de l'initiative qui prétendent que ce texte "nuirait aux droits humains" ou "obligerait à rompre des centaines de traités internationaux" - des absurdités enfilées comme des perles mais qui deviennent vérités à force d'être martelées sans la moindre contradiction.

Le nœud du problème est pourtant d'une simplicité extrême: cette initiative, ce vote, toute cette lourde mécanique démocratique ne sert en fin de compte qu'à renverser un jugement du Tribunal Fédéral de 2012, qui utilisa l'argument du "droit international" pour refuser de mettre en œuvre la réforme constitutionnelle du renvoi des criminels étrangers.

Dominant tous les canaux médiatiques du matin au soir, les adversaires du texte rivalisent d'hyperbole pour expliquer tout le mal qu'ils pensent de l'initiative d'autodétermination. Ils cachent peu le mépris qu'ils éprouvent face au peuple souverain et à ses choix. Ils peignent le diable sur la muraille en décrivant l'apocalypse si le texte venait à passer, à peu près comme à chaque fois que l'UDC propose quelque chose.

Mais que se passera-t-il si l'initiative est rejetée?

Pensez-vous qu'il ne se passera rien? Vraiment?

Donnez-vous la peine d'y penser quelques minutes.

Nous entrons, à petites touches, dans une Suisse régie par le "droit international". Au cas où vous en doutiez, les exigences de Bruxelles ou les demandes établies par différents traités internationaux mettent une pression toujours plus forte sur les institutions helvétiques, qu'il s'agisse du Parlement ou du gouvernement.

Nous avons vu ce qu'il en était avec le Renvoi des Criminels Étrangers, nous avons un aperçu de ce qu'il en est avec les initiatives contre le voile intégral et d'autres combats à venir.

Une chose est certaine, ni les Conseillers nationaux, ni les Conseillers aux États, ni les Conseillers fédéraux n'apprécient d'être dans le mauvais rôle de ceux qui refusent d'appliquer la volonté du peuple. Ils le font, certes, d'une part parce qu'ils n'ont rien à craindre de lui et d'autre part parce que cela correspond à leur idéologie, mais ils ne le font pas avec plaisir. Ils le ressentent comme une nécessité.

Lorsqu'un être humain se retrouve dans une situation déplaisante, il fait en général son possible pour qu'elle ne se reproduise pas.

Appliquée à la classe politique helvétique, cela correspond simplement à ne plus se retrouver, jamais, dans la peau de quelqu'un qui doit refuser d'appliquer une décision prise par le peuple.

Il faudra donc éviter que le peuple ne puisse prendre une décision qui mette la classe politique dans l'embarras. Comme de voter sur un texte "contraire au droit international", c'est-à-dire à la myriade de traités votés en catimini par la Suisse ou "réinterprétés" à l'envi par des cours de justice chargés de les préciser (a-t-on seulement une vague idée de ce que signifient les Accords de Paris?)

Comme il serait embarrassant de laisser le peuple voter en lui disant qu'il n'a pas vraiment le droit de décider comme il le souhaite - pareille attitude pourrait faire le jeu de l'UDC - le plus simple sera encore de faire en sorte que le vote n'ait pas lieu. Les initiatives jugées "contraires au droit international" seront donc invalidées avant d'être soumise à votation.

Mais pourquoi laisser des initiatives "contraires au droit international" être déposées avec des milliers de signatures pour ensuite les invalider? C'est idiot, et cela risque de provoquer quelques remous auprès de tous les citoyens qui se sont donnés la peine de parapher les textes controversés. Ils pourraient se sentir frustrés, et pareille attitude pourrait faire le jeu de l'UDC. Le plus simple serait sans doute d'invalider les initiatives dès leur dépôt à la Chancellerie fédérale, avant même que la collecte ne commence.

Qui se chargera de cette censure? Un comité d'expert, évidemment. Son organisation est encore à déterminer mais vous pouvez parier qu'il sera convenablement noyauté pour faire en sorte qu'il produise les résultats attendus, tout en respectant scrupuleusement les règles de représentativité des partis au Parlement afin qu'il soit "démocratique".

Ainsi donc, le droit d'initiative sera soigneusement restreint pour que seules les questions "acceptables" puissent être posées. Cela ne devrait pas gêner les mouvements de gauche, toujours avides d'imposer des restrictions ou des obligations à l'ensemble de la population ; mais cela gênera au plus haut point les mouvements politiques souhaitant renforcer les libertés individuelles, qui devront au minimum se livrer à une lourde autocensure pour faire rentrer leurs initiatives dans les critères d'acceptabilité.

votation du 25 novembre 2018,prise de position,initiative,démocratie

Le degré de rejet de l'initiative d'autodétermination le 25 novembre déterminera la vitesse de ce processus. S'il est assez élevé, on pourra peut-être assister à des "suggestions" des décideurs politiques visant à restreindre aussi le droit au référendum. Après tout, il ne serait pas correct d'empêcher des traités internationaux d'être traduits en lois, n'est-ce pas?

Si l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers" passe, la parenthèse ouverte en 2012 par un Tribunal Fédéral vicieux et partisan sera refermée - espérons-le - et le peuple suisse sera de nouveau souverain, jusqu'à la prochaine attaque des élites visant à mettre la Démocratie directe en coupe réglée. La guerre ne sera certainement pas terminée mais ce sera tout de même une jolie victoire.

Si l'initiative est rejetée, ce ne sera pas qu'une occasion manquée, mais la fin de la Démocratie directe telle qu'elle est conçue en Suisse depuis 1848, rien de moins. Ce sera donc, officiellement et validé dans les urnes, un changement de régime.

La Démocratie directe aura tenu 170 ans, ce qui est remarquable, mais elle sera désormais remplacée par autre chose - le contrôle officiel et sans recours des autorités décidant sur quoi le peuple a le droit de voter. La violence et la rapidité du changement en surprendront plus d'un, j'en fais le pari.

Dans tous les cas, le 25 novembre 2018 sera pour la petite Suisse un jour historique.

27 octobre 2018

Juges étrangers: comprendre les enjeux, deuxième partie

Les élites politico-médiatiques du pays sont contre l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" mise en votation le 25 novembre, c'est un fait.

Pourquoi?

Comme expliqué dans le premier volet, les arguments-peurs "d'isolement de la Suisse" ou de "renégociation de centaines de traités internationaux" ne tiennent pas la route. Ils font même hausser le sourcil par leur invraisemblance. N'était-il vraiment pas possible de trouver de meilleures raisons que celles-ci?

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À supposer que les adversaires de l'initiative soient rationnels, cela pose un défi d'analyse. De deux choses l'une:

  • soit les adversaires de l'initiative la combattent pour des motifs inavouables au grand public, et sont donc finalement contraints de reposer sur des arguments qu'ils savent erronés, mais dont ils espèrent qu'ils réussiront quand même, avec une campagne médiatique suffisamment lourde, à emporter l'opinion publique ;
     
  • soit les adversaires de l'initiative ne sont pas rationnels.

Aucune de ces possibilités n'est plaisante mais la première est évidemment la seule réaliste. Reste donc à comprendre quels sont les arguments secrets, et bien réels, qui sont à la fois inavouables pour le grand public, et qui motivent malgré tout les élites politico-médiatiques arc-boutées contre l'initiative.

Malheureusement, il n'y a pas besoin de creuser beaucoup pour découvrir le pot-aux-roses. Pour qui suit vaguement l'actualité politique de ces dernières années, on le voit bien, tous les chemins convergent vers les Accords Bilatéraux signés avec l'Union Européenne.

Cet ensemble de traités, initialement présenté comme une alternative à l'adhésion, est en réalité une "adhésion light" - et elle l'est de moins en moins. Pas une semaine ne passe sans que ne s'empilent les nouvelles exigences de Bruxelles. Droit au chômage, aide sociale, interdiction de la préférence nationale, droit des armes, l'Union Européenne ne cesse de réclamer de nouveaux tributs ou d'imposer de nouvelles restrictions à la Suisse, toujours au nom des Accords Bilatéraux. Le peuple n'a pas le droit et ne doit pas avoir le droit de donner son avis sur ces exigences - imaginez qu'il refuse!

Les Accords Bilatéraux sont l'alpha et l'oméga de la classe politique suisse. Pour elle, ils sont plus importants que tout. Ils lui sacrifieraient la Démocratie directe sans hésiter, et en pratique, ils l'ont déjà fait. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Avez-vous déjà oublié la pétaudière de l'accord-cadre défendu par M. Didier Burkhalter? Sa tentative de reprise par son successeur Ignazio Cassis?

Quelle que soit la façon dont on le tourne, quelle que soit la façon dont on le nomme, le projet "d'accord-cadre" et ses incarnations successives n'ont jamais eu d'autre finalité que de contourner l'obstacle de la Démocratie directe. Il s'agissait de la canaliser, de la limiter et finalement de l'asservir au travers d'un mécanisme - pardon, d'une "procédure de résolution" - faisant en sorte que la Suisse absorbe au final tout ce qui vienne de Bruxelles.

Le cadre n'était là que pour donner les formes et des arguments contre ceux qui, en Suisse, auraient protesté.

Malheureusement pour eux, l'UDC réussit à tirer assez tôt et assez fort sur le projet pour faire capoter les négociations (le Brexit donnant à l'UE d'autres chats à fouetter). Même les plus fervents défenseurs de l'accord-cadre finirent par admettre que "l'obstacle démocratique" (la novlangue pour "une votation") aurait été trop difficile à franchir. Notez bien comme personne, parmi les élites régulièrement invitées sur les plateaux de télévision, ne dit jamais que ce cadre aurait été une violation des droits des citoyens, n'avait pas de légitimité constitutionnelle, ou constituait une soumission inacceptable à un régime étranger! Non, le seul, l'unique problème du plan est qu'il aurait fallu passer par une votation formelle et qu'elle avait toutes les chances d'échouer.

Mais, finalement, pourquoi s'embêter avec un accord-cadre quand il n'y en a pas besoin?

Tout le monde l'admet, un accord-cadre aurait été plus suisse, plus formel, plus propre en ordre. Mais nullement nécessaire. En 2012, l'arrêté du Tribunal Fédéral imposant la supériorité d'une institution étrangère sur la Constitution helvétique parvint exactement au même résultat. Désormais et pour toujours, le Droit international l'emporterait sur la Démocratie directe.

Le Droit international est indéfini, évolutif et non démocratique ; et ce sont là ses principales qualités.

Selon une maxime bien connue, quand votre seul outil est un marteau, tous les problèmes ont une fâcheuse tendance à ressembler à des clous. En Suisse, les Accords Bilatéraux sont ce marteau. Il martèle. Les Accords Bilatéraux sont adorés de part et d'autre de l'échiquier politique conventionnel et employés quasiment quotidiennement.

La gauche officielle les aime parce qu'ils permettent la transformation démographique rapide du pays à travers la libre-circulation et l'immigration illégale. Ils permettent une croissance sans limite de l'État pour dorloter les nouveaux venus, d'autant plus gourmands en aides sociales et autres assistances qu'ils viennent de loin.

La droite affairiste les aime parce qu'ils garantissent l'accès au marché européen et permettent la sous-enchère salariale par le recrutement dans un bassin de 500 millions d'individus. Ils renforcent la construction en Suisse alors qu'il faut loger, nourrir, éduquer et transporter ces centaines de milliers de nouveaux habitants.

La gauche officielle et la droite affairiste les aiment parce qu'ils permettent de mettre en échec la Démocratie directe, soit à titre préventif, comme épouvantail avant une votation ("Attention, voter pour cette initiative / pour ce référendum met en danger les Accords Bilatéraux! Danger!") ou à titre curatif après celle-ci pour en vider la substance (rappelons-nous de l'Initiative contre l'Immigration de Masse comme exemple le plus récent, mais il y en a une demi-douzaine).

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il ne reste que ce petit obstacle du 25 novembre, qui est trop clairement posé pour permettre de tergiversations. Il faut donc que l'obstacle soit franchi, et au vu des sondages, il le sera sans doute. La Suisse entrera-t-elle alors dans une ère de félicité féconde? Je me permets d'en douter, et ce sera l'objet du troisième volet de la couverture de cette initiative.

23 octobre 2018

Juges étrangers: comprendre les enjeux, première partie

Dans un mois les Suisses s'exprimeront sur l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" visant à réinstaurer, comme partout dans le monde sauf en Suisse, la primauté de la Constitution sur les traités internationaux.

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Comme tout ce qui est soutenu par l'UDC est frappé d'anathème, les politiciens anti-UDC et les élites bien-pensantes ne se font pas prier pour expliquer tout le mal qu'elles pensent de cette initiative, et les médias leur déroulent le tapis rouge. Ce sont eux, pourtant, qui ont rendu nécessaire cette initiative, en foulant aux pieds la Constitution à de multiples reprises - initiative des Alpes, internement à vie des criminels dangereux et non-amendables, expulsion des criminels étrangers, lutte contre l'immigration de masse, pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants... Autant de textes approuvés par le peuple mais repoussés, dilués, dénaturés - malgré la clarté du texte constitutionnel - pour rendre inapplicable en pratique la décision prise par le peuple souverain.

"Fossoyeurs de la Démocratie directe", "traîtres", "félons", les noms d'oiseaux ont fréquemment fusé sur les réseaux sociaux ou dans les commentaires des blogs. Pourtant, cette caste de politiciens a eu parfaitement raison: le peuple lui a abondamment pardonné dès l'élection suivante en la reconduisant dans ses mandats. Si l'abus de pouvoir n'est pas sanctionné dans les urnes, pourquoi s'en priver?

Aujourd'hui, les mêmes expliquent qu'il faut voter contre cette initiative - mais cette fois-ci, ils disent la vérité, promis!

Et que disent-ils? Ils brandissent la terreur d'une renégociation de certains traités, ce qui "fermerait complètement toutes les portes de la Suisse sur la scène internationale". On se demande bien pourquoi. La négociation ou la renégociation de traités est le pain quotidien des diplomates. Pensons par exemple à Trump qui se retira de l'ALENA, l'accord de libre-échange nord-américain, pour renégocier à la place l'AEUMC (Accord États-Unis-Mexique-Canada) qui entrera en vigueur en 2019.

Des accords internationaux sont signés et re-signés partout, tout le temps, avec tous les pays du monde, même l'Iran ou la Corée du Nord que peu de gens oseraient qualifier de plus fiables que la Suisse. Véritables commerciaux du monde politique, les diplomates n'hésitent pas à s'aventurer partout et à serrer la main des plus infâmes dictateurs s'ils peuvent poser pour la postérité devant un texte paraphé - fusse-t-il ensuite traité comme un vulgaire morceau de papier. Et même dans ce cas, les diplomates s'empressent de récidiver. L'idée que personne ne veuille plus traiter avec la Suisse est du dernier ridicule, et la Suisse n'a pas plus l'intention de briser "des centaines" de traités.

Mais pour comprendre la perversité de la situation actuelle vis-à-vis des "juges étrangers", il suffit de prendre un exemple.

burkini.jpgImaginons en Suisse que des citoyens férus de paix civile et d'égalité des sexes signent une initiative pour diminuer le prosélytisme musulman dans l'espace public suisse, par exemple en bannissant le burkini.

Imaginons que cette initiative soit plébiscitée par deux tiers des votants.

Imaginons ensuite que quelques Frères musulmans de Suisse, que nous prénommerons Hani ou Tariq par exemple, décident par le biais d'une de leurs épouses soumises de porter l'affaire devant les tribunaux. Ils plaideront que l'initiative est "contraire à la pratique religieuse" (étant entendu qu'une bonne musulmane ne saurait être que voilée en toutes circonstances, n'est-ce pas, tous les pays musulmans vous le confirmeront).

Les procès abondamment médiatisés s'enchaînent, l'affaire remonte en appel jusqu'au Tribunal Fédéral, qui concède que l'article constitutionnel et la loi d'application sont clairs. Pas de burkini en Suisse. Et là, les Frères musulmans actionnent leur joker: pourvoi devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme! Celle-ci n'a plus qu'à casser le jugement du Tribunal Fédéral - et toute la classe politique helvétique se mettra au garde-à-vous pour changer les textes de loi selon la décision de la CEDH.

En termes clairs, l'interdiction du burkini approuvée par le peuple passera à la poubelle.

Ainsi, les traités internationaux permettent d'imposer des choix contraires aux décisions constitutionnelles faites par le peuple suisse - qui n'a plus de "souverain" que le nom.

L'exemple est mauvais, pourriez-vous dire, puisque la France a eu le droit d'interdire la burqa. Mais pour qui se donne la peine de la lire, la décision de la CEDH sur la burqa est en réalité pleine de réticences. De plus, la jurisprudence de la Cour peut "évoluer" sous l'influence d'autres organisations non élues - par exemple si l'ONU pense qu'interdire la burqa est une mauvaise idée, comme ces derniers jours. Êtes-vous tellement sûrs qu'une interdiction du burkini serait validée par la CEDH?

Depuis 2004, la CEDH a condamné la Suisse environ cinq fois par an, et le pays a dû à chaque fois modifier sa législation en conséquence. Le peuple suisse n'a jamais approuvé cette soumission dans les urnes, et les médias sont plutôt discrets sur ces condamnations. Autrement dit, loin d'être un fantasme, la domination des "juges étrangers" sur le droit helvétique est une réalité très concrète aujourd'hui.

L'approche permet de museler efficacement toute initiative "déplaisante" qui parviendrait à passer la rampe. Les médias en parlèrent bien peu durant la campagne, mais plusieurs initiatives récentes, comme les deux initiatives agricoles proposées au peuple en septembre, auraient probablement pu être repoussées au nom du sacro-saint "droit international" si elles avaient été approuvées par le peuple.

La pratique fut instaurée en 2012 par une décision du Tribunal fédéral, qui avait estimé alors que la Convention européenne des Droits de l'homme devait être prise en compte dans (comprendre: avoir priorité sur) l'expulsion des criminels étrangers. Auparavant avait lieu la pratique de "l'arrêt Schubert" du 2 mars 1973, subordonnant un traité de droit public plus ancien à une loi fédérale plus récente en cas de contradiction entre l'un et l'autre - un principe d'autant plus valide que le changement venait d'une initiative populaire. Jusqu'en 2012, en Suisse, la Constitution avait priorité sur le droit international.

L'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" ne demande rien d'autre que de renverser une mauvaise décision prise par le Tribunal Fédéral il y a six ans. Que d'efforts pour si peu de choses! Mais pour les élites et les médias, c'est encore beaucoup trop.

Il y a des calculs politiques derrière cela. Nous verrons lesquels par la suite, dans un deuxième volet, le troisième portant sur les conséquences du vote du 25 novembre.

20 octobre 2018

Elizabeth Warren et l'ADN de la bêtise

Des États-Unis nous viennent une des plus hilarantes mésaventure politique de ces dernières années, je veux parler des "racines amérindiennes" d'Elizabeth Warren.

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Elizabeth Warren, Sénatrice du Massachusetts (vue d'artiste)

Le pari génétique

Pour être désinformé, il suffit de lire la presse francophone, comme Le Figaro par exemple. Prenons un article emblématique sur le sujet. On y lit dans l'en-tête:

Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts, réclame le million de dollars que Donald Trump lui avait promis si elle se soumettait à ce test [pour prouver qu'elle est amérindienne]. La démarche s'est pourtant retournée contre la sénatrice qui est désormais accusée d'instrumentaliser ses origines.


Notez la mise en place du décor: le vilain Trump refuse d'honorer une prétendue promesse de don d'un million de dollars alors que la Sénatrice s'est soumise à un test prouvant qu'elle est amérindienne, et subit en outre la vindicte des méchants qui l'accusent d'instrumentaliser "ses origines". La pauvresse subirait une double peine, c'est vraiment trop injuste.

La réalité est subtilement différente.

Mme Warren, proclamant depuis l'université qu'elle est d'origine cherokee, suscita l'ironie de nombreuses personnes (dont, récemment, le Président américain Donald Trump). S'en prenant verbalement à elle en juillet lors d'un rallye dans le Montana, il expliqua que s'il lui faisait face dans un débat pour la présidentielle de 2020 il lui ferait faire un test génétique pour prouver qu'elle est amérindienne, auquel cas il offrirait un million de dollars à une association caritative choisie par la politicienne...

Décidée à le prendre au mot, la Sénatrice se livra donc à un test ADN en bonne et due forme par le professeur Carlos Bustamente, professeur d'université à Stanford et expert en ADN. Elle publia les résultats prouvant selon elle son ascendance amérindienne sur le Boston Globe et sur son compte Twitter. Elle conclut en réclamant le million de dollar pour une association de femmes amérindiennes.

Warren trébuche sur le sentier de la guerre...

L'opération de comm' aurait pu marcher comme sur des roulettes, à un petit détail près: Elizabeth Warren (et le journaliste du Boston Globe) allèrent trop vite en besogne et se méprirent sur les résultats du test. À leur décharge il est vrai, celui-ci était relativement compliqué avec des résultats s'étalant sur six pages. On aurait toutefois été en mesure d'en attendre davantage d'un journaliste professionnel et d'une Sénatrice jonglant avec des textes de loi de milliers de pages et briguant peut-être l'investiture présidentielle démocrate en 2020.

Toujours est-il que les "racines amérindiennes" d'Elizabeth Warren remonteraient en fait à la dixième génération ou au-delà, soit 1/1024e de son ascendance génétique. Quelques heures après sa première publication, le Boston Globe fut contraint de publier un correctif à son article.

Est-elle encore génétiquement amérindienne, pour le coup? On peut bien sûr le plaider. Peut-être qu'un ancêtre de dixième génération suffit à faire de quelqu'un un "amérindien" sur le plan génétique. Mais alors, quelle est la limite inférieure? Car en prenant pour seuil la proportion de gènes de la Sénatrice, alors toute la population américaine l'est, car le taux de gènes amérindiens de la population blanche américaine, à 0.98%, est deux fois plus élevé que celui de la Sénatrice Warren. Autrement dit, elle est encore moins amérindienne que le blanc américain lambda!

Mieux encore, l'examen détaillé de la méthodologie du professeur Bustamente montra que celui-ci utilisa en réalité des échantillons du Mexique, du Pérou et de la Colombie pour définir le critère "amérindien"... Le test ADN entier flirte avec la fraude.

Devant l'hilarité générale, le Sénateur républicain Lindsay Graham, révélé lors des auditions de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, releva le gant en expliquant qu'il allait faire le même test et qu'il pensait qu'il serait probablement plus amérindien que Warren.

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Lindsay Graham dans une journée comme les autres...

Le coup de grâce fut sans doute délivré par les Amérindiens eux-mêmes. Dans un communiqué de presse, la Nation Cherokee mit les points sur les "i" avec la posture de la Sénatrice:

"[L'annonce d'Elizabeth Warren quant à son héritage génétique amérindien] tourne en plaisanterie les tests ADN et leur usage légitime, tout en déshonorant les gouvernements tribaux et leurs concitoyens, dont l'ascendance est correctement documentée et l'héritage prouvé. Le Sénateur Warren sape les intérêts tribaux avec ses prétentions continuelles d'un héritage tribal."

De Pocahontas à Fauxcahontas

Ne comptez pas sur les médias européens pour rapporter les petits développements de ce qui est devenu "l'affaire Warren". En attendant aux États-Unis, le hashtag #Fauxcahontas prit son envol, de nombreux Internautes s'esclaffant de la mésaventure de la Sénatrice:

"Elizabeth Warren doit remonter sur 10 générations pour trouver une personne non-blanche dans son héritage familial. Warren est extrêmement, extraordinairement, presque entièrement blanche. Beaucoup plus blanche que le blanc moyen. Voilà la vraie nouvelle là-dedans."

"Le truc drôle c'est que Warren pensait que la partie serait facile à gagner. Les blancs peuvent être tellement déconnectés de la réalité..."

"1/1024e, le pourcentage d'héritage génétique amérindien de Warren, est à peu près le même que ses chances d'être un jour élue Présidente des États-Unis."

"Hilarant: le seul ancêtre amérindien de Warren a probablement vécu à l'époque de Pocahontas."


Cependant, "l'obsession cherokee" d'Elizabeth Warren va plus loin que de tourner en ridicule un héritage fantaisiste - c'est aussi l'occasion de démonter une fraude, Mme Warren ayant joué la carte raciale tout au long de son existence pour en tirer des avantages. Benny Johnson se donna la peine de rassembler les faits dans cette affaire:

Elizabeth Warren se présenta comme une Native American (Indienne d'Amérique) dans l'annuaire des Professeurs de Droit de l'Association des Écoles Américaines de Droit, publié entre 1986 et 1995. Après être devenue professeur à l'Université de Pennsylvanie, elle demanda à l'Université de changer son ethnicité enregistrée dans la faculté de "blanche" à "amérindienne". Warren fut reconnue par la faculté de droit de Harvard comme une "femme de couleur". Harvard encouragea l'embauche de Warren comme un moyen de promouvoir la diversité en rajoutant à la faculté une femme avec une expérience de vie "issue des minorités". (...)

Warren soumis de nombreuses recettes dans un livre de cuisine indienne d'Amérique en signant "Elizabeth Warren - Cherokee". Elle n'hésita pas à utiliser un langage offensant et racialement connoté pour défendre son prétendu héritage amérindien, déclarant que sa famille avait "de hautes pommettes" comme "tous les Indiens en ont" (...)

Il est très difficile de plaider que Warren n'a pas commis une escroquerie raciale. Elle a utilisé les avantages prévus dans le système pour promouvoir sa carrière sans la moindre preuve (à ce jour) de son héritage. Les Démocrates qui défendent son comportement sont pour le moins douteux, pour ne pas dire plus.

L'obsession raciale de la Gauche

Pourquoi un test génétique devrait-il déterminer la culture d'une personne? Pourquoi les "minorités" devraient-elles être favorisées et échapper à la promotion au mérite qui a normalement cours dans une société saine? Et si celle-ci ne l'est plus, introduire des quotas raciaux est-elle la meilleure solution?

L'épopée frauduleuse d'Elizabeth Warren et de sa mère amérindienne et sa conclusion ridicule ne sont que la partie émergée d'un iceberg de racisme et de corruption qui imprègne toute l'idéologie démocrate aux États-Unis. Un ancien démocrate sorti de la mainmise du Parti explique ce qu'il en est dans un contexte plus large:

"Franchement la dissonance cognitive de la gauche est terriblement éprouvante pour le psychisme.

Un jour, alors que je me considérais encore comme un liberal, j'ai avalé ma pilule rouge lorsque j'ai réalisé qu'être de gauche revenait à se convaincre continuellement de l'opposé de la vérité sur tous les sujets. Cela inflige de réelles blessures à l'esprit et la culpabilité et la honte associées sont débilitantes.

Les Hommes et les Femmes sont différents, c'est scientifiquement prouvé, mais les gauchistes disent que c'est le contraire qui est vrai.

Des gens avec 1/1024e de sang indien d'Amérique ne sont pas des Amérindiens légitimes, mais selon les Démocrates, ils le sont.

Tuer des enfants à naître est clairement malfaisant, mais à gauche c'est un "droit de la femme".

Il est évident que les hommes et les femmes jouent des rôles importants et différents dans la naissance et l'éducation des enfants, mais les gauchistes nous disent que les familles monoparentales et que l'adoption homosexuelle sont OK, et que les hommes sont des ordures débordantes de "masculinité toxique" (mais rappelez-vous que le genre est une construction sociale).

Il est évident que tous les gens devraient être traités sur un pied d'égalité, mais les gauchistes insistent en disant que la véritable égalité n'est atteignable qu'en scrutant la couleur de peau et le sexe de chacun (bien que le sexe soit toujours une simple opinion) et l'orientation sexuelle et tout le reste et en faisant des quotas de tout ce magma.

Cette foutue liste continue encore et encore. C'est assez pour vous rendre dingue, et c'est ce qui se produit."


En attendant, on souhaite bien du plaisir à Elizabeth Warren pour parvenir à restaurer un minimum de crédibilité. Selon les dernières intentions de vote au sein du parti démocrate, elle se situe à 8% des suffrages pour décrocher l'investiture pour l'élection présidentielle. C'est dommage car un face-à-face avec Donald Trump aurait probablement permis d'aborder le sujet à une heure de grande écoute.