16 septembre 2018

Bonne santé de l'économie américaine: merci Obama?

Le dernier débat économico-politique du moment: la bonne santé de l'économie américaine serait à mettre au crédit du Président sortant, Barack Obama, et non à celle de son Président actuel, Donald Trump. La polémique surgit avec un timing tout à fait judicieux alors que se profilent les élections de mi-mandat.

barack-obama-11530968525cgpqnawypv.pngPour découvrir ce dernier narrative venu d'outre-atlantique, il suffit de lire la presse francophone, laquelle reprend sans retenue les médias américains pourvu qu'ils fussent marqués à gauche. Ainsi, dans Le Devoir, on lit en toute objectivité que Barack Obama, "relativement discret depuis son départ de la Maison-Blanche", est "sorti de sa réserve (...) pour mettre les points sur les i."

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire pareil panégyrique sans s'étrangler. Notez comme le journaliste présente Barack Obama, quelqu'un qui se sent "obligé de réagir" face aux mensonges de Trump. Au nom de la Vérité, le vieux guerrier pétri de sagesse sort bien malgré lui de sa paisible retraite... Retraite dans laquelle, il faut bien le dire, l'ex-président n'est jamais rentré. Et qu'annonce le 44e président des États-Unis depuis l'Illinois?

Barack Obama a d’abord rappelé le contexte : lorsqu’il avait pris ses fonctions en 2009, l’économie américaine perdait 800 000 emplois chaque mois. C’était la crise mondiale, avec des effets inédits depuis la Seconde Guerre mondiale. Donald Trump est, lui, arrivé dans une économie assainie. « Quand j’ai quitté mes fonctions, le revenu des ménages était proche d’un record […] et les salaires augmentaient », a fait valoir Obama. « Quand j’entends combien l’économie se porte bien, je dis : rappelons-nous quand la reprise a commencé. Je suis heureux que cela se poursuive, mais quand on entend parler de miracle économique […], je dois leur rappeler que les chiffres relatifs à l’emploi sont assez proches de ce qu’ils étaient en 2015 et 2016. »


On enchaîne avec les prétendus "experts" qui tentent de donner vie à cette version des faits:

« Il n’y a aucun doute que le crédit est à mettre au compte d’un mélange » des deux présidences, estime Douglas Holtz-Eakin, ancien directeur du Bureau du budget du Congrès. (...)

« Les chiffres montrent clairement que l’expansion a démarré sous le président Obama […] et Trump surfe sur les tendances dont il a hérité », a, de son côté, avancé Jared Bernstein, l’ancien conseiller économique du vice-président d’Obama, Joseph Biden.


Je suis le premier à admettre que Barack Obama accéda à la présidence dans une économie en crise, et dont il ne portait personnellement aucune responsabilité. Son idéologie, en revanche, était largement partie prenante dans le désastre, notamment à cause de l'octroi forcé de crédits immobiliers, pour des raisons raciales ou politiques, à des personnes manifestement insolvables. Et tout cela remonte à dix ans aujourd'hui.

Comme d'habitude, le New York Times est le fer de lance de la réécriture historique du moment, écrivant que "la reprise économique commencée sous Obama est maintenant présentée comme celle de Trump". L'article commence par admettre que sur pratiquement chaque critère mesurable l'économie américaine se porte bien, et passe les 1'400 mots suivants à expliquer que cette embellie n'a rien à voir avec l'agenda économique de Trump.

Que le New York Times présente une opinion politiquement marquée comme une vérité est son droit le plus strict, mais cela n'a rien à voir avec de l'information. Les propres archives du journal sont disponibles et abondantes pour se rappeler, il n'y a pas si longtemps, quelles étaient les perspectives économiques alors que Barack Obama s'apprêtait à transmettre le flambeau de la présidence à son successeur démocrate Hillary Clinton - un travail de vérification dont l'Investor's Business Daily se donne la peine.

La crise des subprimes survint au début du premier des deux mandats de Barack Obama. Il disposa de huit ans pour essayer de redresser la barre. Or en 2016 l'économie était encore en stagnation. La reprise après la crise était la plus faible depuis la Grande Dépression de 1929.

En fait, le New York Times lui-même décrivit l'économie sous Obama de cette façon en 2016:

"Pendant trois trimestres de suite, le taux de croissance de l'économie a oscillé autour d'un maigre 1%. Lors du dernier trimestre 2015 et du premier trimestre 2016, l'économie a cru à un faible taux de 0,9% et 0,8% respectivement, en rythme annuel. Les premières estimations pour le deuxième trimestre de cette année, annoncées vendredi, présagent d'un décevant 1,2%."


Le taux de croissance ne fit guère mieux pendant les trois derniers trimestres de 2016. Et le 27 janvier 2017, après que le gouvernement annonce que la croissance pour l'ensemble de 2016 atteignait un piètre 1,6% - le taux le plus faible depuis 5 ans - le New York Times rendit compte que "le Président Trump visait un taux de croissance juste un peu plus élevé." Le bureau bipartisan du Congrès sur le budget prévoyait une croissance de 1,9%.

La croissance fut d'une faiblesse si persistante pendant les deux mandats d'Obama que les journalistes commencèrent à préparer le grand public en évoquant une "stagnation permanente". Ils disaient que l'Amérique entrait dans une longue période de croissance faible et stable, résultante d'une lente hausse de la population et de la productivité. En août 2016, le New York Times déclara que "la réalité sous-jacente de la croissance faible hantera quiconque remporte la Maison Blanche."

Le mois suivant, CBS News annonça "qu'avec la croissance américaine en berne pendant plusieurs années, de nombreux économistes en viennent à penser que le pays est entré dans une période prolongée où toute croissance sera plus faible qu'elle ne fut par le passé."

En d'autres termes, il n'y avait aucune prédiction d'envolée de l'économie sur le radar de quiconque lorsque Trump prit place dans le Bureau Ovale. Maintenant que l'économie dépasse les attentes de tout le monde, les critiques de Trump prétendent que les ingrédients étaient déjà dans le gâteau, et le gâteau déjà dans le four.

donald_trump_PNG29.pngC'est vrai, l'activité économique dépend de paramètres mondiaux sur lesquels même le Président des États-Unis n'a pas prise. Mais l'Amérique va plutôt mieux que le reste du monde aujourd'hui.

Un mauvais Président peut ralentir, voire définitivement oblitérer l'activité économique de son pays en empilant des lois destructrices les unes après les autres - voyez le Venezuela pour la feuille de route. Un bon Président ne peut pas créer la croissance par sa seule volonté, mais peut faire en sorte que le cadre légal, fiscal et juridique devienne favorable à la création d'entreprises et aux profits. L'activité économique croît alors, et avec elle l'emploi et les salaires ; et à terme, même les rentrées fiscales augmentent.

C'est l'éternelle division entre les socialistes qui veulent changer la façon dont on distribue les parts de gâteau, et les libéraux qui font augmenter la taille du gâteau - pour tout le monde.

Quoi qu'en disent les acrimonieux médias occidentaux, les Américains se reconnaissent bien davantage dans la seconde catégorie que la première. Ainsi, l'optimisme grandit à travers la société américaine lorsque Trump remporta l'élection face à son adversaire Hillary Clinton et ses "enthousiasmantes" perspectives de stagnation. Maintenant que Trump a mis en place de nombreuses dérégulations et que la baisse de la fiscalité est sous toit, nous devrions continuer à voir une croissance américaine solide.

Les médias travaillent sans cesse à faire rentrer leur narrative dans les esprits, mais pour l'instant ils échouent. Les sondages montrent clairement que le grand public donne crédit à Trump pour l'embellie économique que traversent les États-Unis. Ils ont raison, et les médias ont tort.

12 septembre 2018

L'Union Européenne tombe le masque

Les rédactions travaillent d'arrache-pied ce soir pour présenter dans la presse et les médias du lendemain les explications mesurées, raisonnables et parfaitement digestes pour le grand public justifiant la mise au ban de la Hongrie cet après-midi.

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La plupart des journalistes ne cherchent nullement à creuser le sujet. S'ils se donnent la peine d'interviewer des Hongrois, ce dont je doute, ils se limiteront à des membres de l'opposition au gouvernement Orbán ou à des "hommes de la rue" soigneusement sélectionnés. La bouche en cul-de-poule, ils ne cherchent qu'à justifier les exactions de ceux qui exercent sur eux une si étrange fascination depuis Bruxelles, et il est probable qu'ils aient commencé à rédiger leurs articles avant même le vote sanction du Parlement Européen contre la Hongrie.

Ceux qui veulent avoir le point de vue de l'UE n'ont qu'à ouvrir n'importe quel journal, zapper sur n'importe quelle chaîne de télévision, lire n'importe quel éditorial. Ils liront ceci:

Le Parlement européen a dénoncé mercredi la menace "systémique" pesant sur les valeurs de l'UE en Hongrie, et activé une rare procédure qui pourrait à terme conduire à des sanctions contre Budapest.

C'est la première fois que le Parlement européen use de son droit d'initiative pour demander au Conseil (les Etats membres) de se prononcer sur la situation de l’État de droit d'un pays membre.


ue,hongrie,viktor orban,fascisme,manoeuvres politiquesIls liront que tout ceci repose sur le "rapport Judith Sargentini", une écologiste néerlandaise qui établit une longue liste de "préoccupations" portant sur le bafouement des libertés et valeurs prônées par l'UE dans la presse, au sein des universités, contre les minorités, contre les migrants, mais aussi en matière de corruption et d'indépendance de la justice. Ils ne verront nulle part que M. Orbán a déjà répondu à ce rapport à charge, rédigée par une adversaire politique d'extrême-gauche et ses alliés, "des gens qui ne sont pas au clair avec un certain nombre de faits élémentaires" et qui "ont annulé l’envoi d’une délégation en Hongrie." Le Parlement votera donc en fonction d'une enquête partielle et partiale, mais peu importe, car il est très improbable que les eurodéputés se soient donné la peine de lire le rapport. Ils n'auront pas davantage lu le document hongrois de 108 pages détaillant les 37 erreurs factuelles les plus sérieuses dudit rapport.

Ils verront sans doute aussi la belle infographie de l'AFP, qui explique à quel point le processus est progressif, balisé, raisonnable.

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Nous sommes dans un théâtre d'ombres. En coulisses, les dés ont été jetés depuis longtemps. Tout le monde le sait - les eurodéputés, la Commission européenne, les journalistes qui couvrent l'événement, et même Viktor Orbán et son gouvernement. La seule animosité réelle est à l'encontre du chef d'État hongrois qui a l'outrecuidance de dire ouvertement au public, depuis son siège d'accusé, que le procès n'est qu'un simulacre. Les comédiens n'aiment pas qu'on gâche le spectacle au beau milieu de la représentation.

Penser que l'Union Européenne défend un quelconque État de droit est du dernier comique. Le seul État de droit que soutient l'Union Européenne est celui de la soumission totale envers elle et ceux qui la dirigent, comme le trio Merkel-Macron-Junker et la caste de technocrates non-élus qui parle à travers eux.

Comme à son habitude, Nigel Farage résume de façon limpide ce qui vient de se passer et quels sont les enjeux:

Monsieur Orbán il y a, Dieu merci, au moins un dirigeant européen qui est prêt à se tenir debout pour défendre ses principes, sa Nation, sa culture et son peuple. Face à des intimidations aussi extrêmes, Dieu merci, vous êtes là! C'est le moins que je puisse dire. Je suis certain que cela rappellera de mauvais souvenirs aux Hongrois d'un certain âge. Nous sommes face à un simulacre de procès dans lequel une poignée de prétendues entités politiques se lèvent, pointent du doigt et hurlent, prenant plaisir à exprimer leur haine tout l'après-midi. Et le procureur en chef, le Commissaire qui ne provient pas d'un gouvernement élu, a l'impudence de vous donner des leçons de démocratie - "Vous ne savez pas de quoi vous parlez". Le fait que vous ayez au moins 50% des voix dans votre pays et que personne n'ait jamais voté pour Timmermans ou ne puisse le révoquer semble lui avoir échappé. Il vous dit aussi que vous ne sélectionnez pas vos juges de manière correcte et que vous devez changer les choses. Voici un homme qui est l'un des patrons de la Commission européenne et qui nomme Martin Selmays, son poulain, à l'encontre de toutes les lois qui existent ici.

Ce qui se passe en réalité, Monsieur Orbán, c'est la mise à jour de la doctrine Brejnev de la "souveraineté limitée". Il ne sert à rien de prétendre au sein de cette Union que vous êtes indépendant, que vous dirigez vous-même votre pays. L'Article 7 constitue la nouvelle méthode pour adopter ceci. Ils veulent vous retirer le droit de vote. Ils veulent vous supprimer l'accès aux fonds européens. Tout cela parce que vous avez eu l'audace de résister à George Soros, l'homme qui a investi 15 milliards de dollars à travers le monde pour tenter de détruire les États-nations et de se débarrasser des formes traditionnelles de notre démocratie. Et en Hongrie bien sûr, il a dépensé de l'argent pour promouvoir l'immigration illégale dans votre pays. Et vous vous êtes opposé à lui, de manière assez juste, en lui fermant la porte. J'aurais aimé que nous fassions pareil.

Monsieur Orbán, vous persistez à dire que vous souhaitez rester membre de cette Union  européenne. Mais ce n'est pas simplement votre pays qui a été insulté aujourd'hui, vous l'avez été aussi. Il est temps de faire preuve de logique. Rejoignez le club du Brexit, vous allez adorer!


Bien sûr, de nombreuses étapes restent à franchir le long du chemin de "l'article 7" et peut-être ne seront-elles pas toutes franchies au bout du compte ; mais c'est peu probable. Tout le monde y travaille à Bruxelles.

Prenons la mesure de ce qui vient de changer.

L'Union Européenne dévoile ouvertement son mépris des démocraties nationales. Le rapport Judith Sargentini n'est qu'un prétexte qui n'abuse personne. Aujourd'hui, l'Union Européenne vient de condamner un de ses membres pour l'outrecuidance principale de ne pas vouloir être un pays d’immigration - et d'avoir refusé de se soumettre aux diktats des commissaires de Bruxelles. Peu importe que ce refus ait été soutenu par la population hongroise. Elle ne compte pas. S'il y avait une Armée européenne, Jean-Claude Junker mourrait d'envie d'envoyer quelques chars à Budapest.

Le Parti populaire européen (PPE), principale formation politique du Parlement Européen avec 218 eurodéputés, vient de voler en éclats. Il accueillait en son sein le Fidesz de Viktor Orbán. Ce qui tenait lieu de "centre-droit" dans l'hémicycle vient de s'écrouler avec fracas. Divisé, le PPE n'est même pas parvenu à donner des consignes de vote à l'interne, alors que l'accusé était issu de ses propres rangs. Selon la liste des votes, 115 eurodéputés PPE ont voté pour la résolution, 28 se sont abstenus et 57 ont voté contre. Car le PPE est aussi celui de la CDU de la chancelière allemande Angela Merkel, des Républicains en France et du parti chrétien-social de Jean-Claude Juncker. Autant dire que son existence en tant qu'entité politique vient de se terminer, ce qui fera très plaisir à toute la gauche européenne... Jusqu'aux prochaines élections, naturellement.

L'Union Européenne vient de faire un grand pas vers sa dislocation. Malgré leurs racines européennes et leur communauté de valeurs avec les nations occidentales, les Hongrois sont décriés et moqués comme des mercenaires, des profiteurs et des passagers clandestins de l'Union Européenne - des gens qui prennent l'argent des fonds européens et ne "jouent pas le jeu" (entendez, le jeu de la soumission) lorsqu'on exige d'eux, par exemple, d'accepter des quotas de migrants. En Hongrie, ce mépris laissera durablement des traces, d'autant plus que les Hongrois estiment avoir joué leur rôle en défendant les frontières extérieures de l'Union de l'invasion migratoire.

Les autres pays du Groupe de Visegrád bloqueront peut-être le processus - ils ne savent que trop bien qu'ils sont les suivants sur la liste - mais si la démarche arrive à son terme, les Hongrois pourraient prendre l'UE à son propre jeu. À quoi bon rester dans une Union qui n'a à proposer qu'insultes, mépris et asservissement? La question d'une sortie de l'UE pourrait se poser.

L'Union Européenne n'est pas belle aujourd'hui. Elle a montré son vrai visage - vindicatif, haineux, intolérant, déformé par un rictus de mépris. L'UE prétend chasser la corruption chez ses membres alors qu'elle est un havre de corruption. Elle prétend préserver la diversité alors qu'elle écrase la dissidence. Elle prétend corriger la démocratie alors qu'elle n'a rien de démocratique. Il faut être fou pour être séduit par cette organisation.

Comment les élites de la Suisse ont-elles souhaité vouloir entrer là-dedans, et le souhaitent encore?

09 septembre 2018

Initiatives alimentaires et science de l'enfumage

Il suffit d'une distribution de tracts au détour d'une gare pour que le quidam se rappelle brusquement que la rentrée ne concerne pas que les écoliers. Le 23 septembre, dans deux semaines déjà, les citoyens seront amenés à se prononcer sur divers objets - dont pas moins de deux ont trait à l'agriculture et à l'alimentation en Suisse.

Les deux initiatives ont des noms à rallonge très "marketing". La première s'intitule officiellement "Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques", la seconde s'intitulant quant à elle "Pour la souveraineté alimentaire - l'agriculture nous concerne tous!". Par esprit de simplification, nous appellerons la première "Aliments équitables" et la seconde "Souveraineté alimentaire".

L'initiative sur les Aliments équitables, lancée par les Verts, fait double emploi avec de nombreuses dispositions légales déjà mises en place en Suisse sur l'écologie, la qualité de l'eau, le droit du travail ou le bien-être des animaux. Elle suppose que les aliments en Suisse ne seraient pas "équitables" alors que de nombreux labels permettent déjà au consommateur de choisir ses aliments en toute connaissance de cause.

En revanche, l'établissement de nouvelles normes fédérales et ensuite leur vérification par des fonctionnaires poserait rapidement de nombreux problèmes de coût, de bureaucratie, de subsidiarité, et enfin de compatibilité avec les accords internationaux - lesquels sont d'habitude érigés en religion par les promoteurs mêmes de l'initiative. Ce dernier aspect du texte est sans doute le plus amusant et pourrait presque amener à voter pour l'initiative rien que pour la confusion qui s'ensuivrait.

L'initiative sur les Aliments équitables demande en effet que soient conformes aux normes suisses tous les aliments qui y sont importés. Non seulement cette disposition serait démolie par principe dès le lendemain du vote par le Conseil Fédéral par peur de Bruxelles (sur le thème habituel du "non ne le faites pas sinon c'est la fin des Accords bilatéraux, la fin du monde, etc.") mais en pratique on se demande bien comment les fonctionnaires fédéraux pourraient vérifier que l'agneau de Nouvelle-Zélande ou la moussaka grecque soient bien produits selon les "standards de qualité alimentaire de la Confédération", lesquels sont bafoués depuis aussi longtemps qu'on importe de la viande halal en Suisse.

votation du 23 septembre 2018,prise de position,écologie,alimentation,agriculture,initiativeMalheureusement pour nous, l'initiative sur les Aliments équitables est encore la plus douce des deux, l'initiative de Souveraineté alimentaire étant encore plus dirigiste. Elle exige une réglementation totale de l'agriculture, de la transformation des aliments, la régulation des prix, et de nombreux autres aspects encore. On pourrait dire qu'elle résume l'agriculture à l'image d'Épinal du début du XXe siècle, avec de petites exploitations agricoles familiales perdues sur les flancs des montagnes. On peut aimer ou non cette image, mais est-elle compatible avec les exigences alimentaires de la Suisse du XXIe siècle, que ce soit en qualité ou en quantité? Évidemment, elle n'est pas plus compatible avec les réglementations européennes que la première.

Il suffit de lire l'écriture épicène du matériel de campagne des promoteurs de l'initiative pour savoir où on se situe ; l'examen des organisations amies - Greenpeace, le PS, SolidaritéS, Uniterre ou l'Association Transport et Environnement - montre clairement que le vent du collectivisme porte le texte.

Les deux initiatives se ressemblent par certains aspects et beaucoup de gens voteront pour les deux probablement sans chercher à comprendre leurs nuances. Les mêmes citoyens auront sans doute oublié qu'ils ont voté pas plus tard qu'en septembre 2017 sur une modification constitutionnelle de "sécurité alimentaire" qui est encore loin d'avoir été traduite en textes de loi. Bref, l'alimentation et l'agriculture semblent être un filon politique porteur dont le capital sympathie ne demande qu'à être exploité - et il l'est sans vergogne.

Le Conseil national a rejeté les deux initiatives avec de fortes majorités. C'est moins par rejet de leur contenu vis-à-vis de l'agriculture et de l'alimentation que par la peur ontologique que ces deux initiatives inspirent, puisqu'elles sont frontalement incompatibles avec les accords de circulation des marchandises actuellement en vigueur avec nos voisins de l'Union Européenne, voire avec l'Organisation Mondiale du Commerce.

C'est donc avec délectation que l'on assiste au spectacle de gens qui réclament des protections constitutionnelles pour leur marotte du moment, alors que par ailleurs ils soutiennent la primauté des traités internationaux sur la Constitution.

Bêtise? Improbable. Hypocrisie? Certainement. Les promoteurs de ces textes n'hésitent pas à aller aussi loin que possible dans la rupture avec les traités d'autant plus facilement qu'ils savent que le Conseil Fédéral ne mettra jamais en œuvre les aspects constitutionnels conflictuels avec, par exemple, les Accords Bilatéraux. Si le Oui l'emporte, entendra-t-on des écologistes dire qu'il faut couper les ponts avec l'Union Européenne pour permettre la concrétisation de leur initiative?

Mais admettons qu'ils soient sincères. Les initiatives alimentaires seraient alors la matérialisation législative de la schizophrénie de gauche selon laquelle la Constitution est inférieure au droit international ou supérieure à celui-ci selon l'attrait ou le dégoût que chaque article inspire à nos utopistes de service. On aime le droit international et on l'invoque pour interdire le renvoi des criminels étrangers, mais on fait comme s'il n'existait pas le jour où on veut imposer du bio/équitable/local/de saison dans toutes les assiettes de Suisse.

On pourrait résumer en reprenant la boutade d'Éric Zemmour:

« Les écologistes sont partisans du local pour les salades et du global pour les hommes. Ils dénoncent le libre-échange, mais refusent la fermeture des frontières aux migrants »


L'analyse des contradictions de la gauche nous entraînerait sans doute trop loin. Pour ma part, je me contenterai évidemment d'un double Non dans l'urne.

02 septembre 2018

Pierre Maudet et l'ombre de la corruption

La carrière de M. Maudet, le "surdoué de la politique genevoise", vient de subir un brutal coup d'arrêt ce jeudi avec un communiqué du Ministère public demandant sa mise en prévention pour acceptation d'un avantage.

Pierre Maudet risque jusqu'à trois ans de prison.

Dans son communiqué, le Ministère public genevois a détaillé ses motifs avec un rare luxe de détails et demandé la levée de l'immunité dont dispose le chef du gouvernement genevois. La Tribune de Genève, en pointe sur ce scandale politique du bout du lac, résume une partie de l'affaire:

L’élu PLR [reconnaît] s’être rendu à Abu Dhabi pour assister à un Grand Prix de Formule 1 – sans être spécialement un fan – avec sa famille, son chef de cabinet et un autre ami, l’entrepreneur genevois d’origine libanaise Antoine Daher, lequel s’occupait d’organiser le voyage. Un package comprenant le vol, le logement à l’Emirates Palace et l’accès à l’événement avait été payé, selon le magistrat, par un certain «Saïd Bustany, d’origine libanaise, un ami de longue date d’Antoine Daher» (...)

Sachant qu’on lui offrait ce cadeau, Pierre Maudet avait, plusieurs jours avant son départ, décidé de faire un don de 4000 francs aux Églises. Comme pour se dédouaner. Le montant total du voyage s’élevait pourtant à plusieurs dizaines de milliers de francs, d’après un calcul des médias. Sur place, Pierre Maudet avait rencontré, par hasard selon lui, l’homme fort du pays, le prince héritier des Émirats. Puis il s’était entretenu avec de hauts dignitaires sur des sujets politiques, tel que relaté dans un article de l’agence d’information officielle du gouvernement.


Le Conseiller d'État a toujours plaidé que ce voyage était privé. Il fut désavoué par le Parlement en juin, qui estima que le voyage relevait des fonctions publiques de l'élu. À ce premier désaveu s'en rajouta un second, de la Justice cette fois-ci, et beaucoup plus sérieux, car Pierre Maudet a menti à plusieurs reprises. Le communiqué révisé par Stéphane Grodecki, premier procureur et directeur de la procédure, Olivier Jornot, procureur général, et Yves Bertossa, premier procureur, fait état de nombreuses entorses à la vérité:

Les éléments de preuve recueillis semblent indiquer que Pierre Maudet, en sa qualité expressément mentionnée de conseiller d’État, sa famille et son chef de cabinet ont été formellement invités », indique leur communiqué. Ce n’est pas tout. «La Maison du prince héritier a pris à sa charge le coût des vols en classe affaires et l’hébergement, soit un montant de plusieurs dizaines de milliers de francs.» Selon nos informations, les bureaux du haut dignitaire ont adressé l’invitation à Pierre Maudet, conseiller d’État, et lui ont même précisé que tout lui était payé.

Pire. «En particulier, le dénommé Saïd Bustany n’a joué aucun rôle dans le financement du voyage, sa mention ayant été décidée par les intéressés en 2018, dans le but de dissimuler la véritable source de financement.» Pour le Parquet, Pierre Maudet aurait donc menti.

Autre élément livré: «Des personnes et sociétés actives à Genève dans l’immobilier, en contact régulier avec Pierre Maudet et son chef de cabinet, ont activement pris part à la mise sur pied de ce voyage.» Selon nos informations, il ne s’agit pas seulement d’Antoine Daher, mais aussi d’autres personnes d’origine libanaise retrouvées sur place: Magid Khoury, un acteur immobilier très actif notamment à Genève, Philippe Ghanem, une grande figure de la finance basée à Abu Dhabi, et son père, Charbel Ghanem, un financier ayant défrayé la chronique en France dans les années 80 et 90.

Pour le trio de procureurs, «ces éléments, qui diffèrent très sensiblement (sic) des informations données par Pierre Maudet et son chef de cabinet au Ministère public» jusqu’à présent, «ont conduit ce dernier à ouvrir formellement l’instruction contre le chef de cabinet et à souhaiter entendre Pierre Maudet en qualité de prévenu d’acceptation d’un avantage».


Pierre Maudet a donc menti délibérément sur 1) la nature du voyage, 2) le financement du voyage, et 3) les buts du voyage. Le Parquet dispose, pour le prouver, de nombreux "éléments de preuve". L'immunité dont dispose l'élu sera rapidement levée, et le scandale ne fait sans doute que commencer.

genève,pierre maudet,corruptionPierre Maudet avait de nombreux thuriféraires, jusqu'aux citoyens genevois qui votèrent pour lui en masse pour le faire élire dès le premier tour des élections cantonales. Ces gens-là devraient passer quelques minutes d'introspection quant à leurs choix politiques.

Peut-être persisteront-ils dans l'aveuglement et déclareront que Pierre Maudet n'a rien fait, ou n'est coupable d'aucun détournement, ou que ses errements n'ont pas eu d'effet sur le contribuable - en attendant que l'on découvre les éléments venant contredire toutes ces postures. Tout comme ils se sont fait balader depuis le début du scandale, la minimisation réussira juste à les faire passer pour des imbéciles.

Ces mêmes personnes se persuadent sans doute qu'il est normal pour un membre de gouvernement cantonal de se faire inviter "pour rien" par un lointain chef d'État étranger, lequel a comme par hasard des intérêts financiers importants dans l'attribution des marchés publics de l'Aéroport de Genève, et gageons que ce ne sont pas les seuls. Ou peut-être pensent-ils réellement que le monde est plein de nababs qui invitent des gens avec leur famille tous frais payés dans des hôtels de luxe, pour le simple plaisir d'offrir?

Ces mêmes personnes estiment peut-être aussi qu'il est tout aussi normal de mentir pour se couvrir, d'inventer de faux prétextes et de présenter comme "fortuites" des réunions politiques planifiées depuis longtemps. Bref. Soit ces gens sont d'une naïveté au-delà de toute rédemption, soit ils sont dotés d'une moralité aussi douteuse que celle de M. Maudet - et du même sens de l'hypocrisie.

Cette dernière possibilité est hélas! plausible. Genève est régulièrement secouée par des scandales de corruption divers et variés. Certains pourraient en déduire que la Cité de Calvin est corrompue jusqu'à la moelle ; le verdict est sans doute exagéré, mais on ne pourra guère parer Genève d'une pureté virginale en la matière.

Il y a quelques temps, dans ces colonnes, je qualifiais M. Maudet de "politicien français - de passeport, de style et d'ambition" ; son ascendance genevoise manquait à ce portrait.

Le plus amusant est que M. Maudet se soit longtemps présenté comme un redresseur de torts. Le problème posé à l'électeur face à tous les gens qui avancent ainsi est de déceler s'ils cherchent à mettre un terme à des dérives ou à remplacer ceux qu'ils dénoncent. Comme dit une fameuse boutade, "je souhaite mettre un terme à la corruption, ou en profiter au moins autant que les autres!"

M. Maudet est-il corrompu? C'est à la justice d'en juger, et plus tard, au citoyen. Il paraît difficile de ne pas voir dans le voyage à Abu Dhabi la définition même d'une opération de corruption, jusqu'au mensonge employé par le politicien pour tenter de se couvrir. Pierre Maudet lança ses énormes bobards avec l'aplomb d'un Cahuzac, mais c'est dans le style du personnage. En revanche, l'enfumage fut rapidement dissipé, montrant une grande inexpérience en ce domaine. Cela joue plutôt en sa faveur: le petiot n'est pas encore à l'aise pour bétonner ses alibis.

La corruption est affaire de degrés. On ne reçoit les honneurs suprêmes qu'à la suite d'une longue carrière de compromissions, d'appels d'offre truqués et de renvois d'ascenseur. La corruption dépend aussi du poids de l'État. Un État limité n'offre guère de prises pour négocier, un État omniprésent par son poids économique et régulatoire présente d'innombrables opportunités de corruption. Dans cette perspective, Genève et les autres Cantons romands sont sans doute les plus vulnérables de Suisse.

Venant d'un pays très corrompu, la France, je sais quels efforts peut mettre en place le législateur pour essayer de juguler la corruption, et punir durement ceux qu'il parvient à attraper. En Suisse, c'est tout le contraire: la grande faiblesse des institutions helvétiques est d'avoir une haute opinion de la chose politique. Les citoyens pensent qu'il suffit que leurs élus prêtent serment pour que les règles soient respectées dans l'esprit sinon dans la lettre - une attitude pieuse mais peu compatible avec la nature humaine. Face à des organes de contrôle défaillants, le risque est grand qu'un individu passe entre les mailles du filet et s'en donne ensuite à cœur-joie en toute impunité.

Pierre Maudet est au moins un menteur, c'est un fait désormais incontestable, mais pour le reste, il faudra attendre les conclusions de l'enquête à venir. Sa démission est probable. En guise de fin de carrière, le "surdoué de la politique genevoise" aura, comme principal fait d'armes, offert à la gauche genevoise la majorité au Conseil d'État à l'occasion de l'élection complémentaire visant à le remplacer.

29 août 2018

Sur la Route de la Servitude, Vaud tente l'échappée

Ce mardi était un jour important, historique même, pour le Canton de Vaud. Et qui dit jour historique répond Pierre-Yves Maillard. On sait tous qu'il ne faut pas tirer sur le messager quand il apporte de mauvaises nouvelles, mais quand le message est de sucre et de miel, alors il est bon d'être le messager, bien cadré par les photographes.

De quelles bonnes nouvelles le Conseiller d'État pouvait-il donc se prévaloir? Du "plafonnement" des primes d'assurance-maladie à 12% du revenu dans le Canton, dès le mois de septembre, et même à 10% dès 2019. "C'est un moment important", annonça Pierre-Yves Maillard.

Le canton a donné des exemples de l'impact du nouveau dispositif d'aide. Par exemple, une famille à Lausanne (deux adultes et deux enfants) avec un revenu déterminant de 90'000 francs qui paie aujourd'hui 1'080 francs pour la LaMal ne reçoit aucun subside. Ses dépenses représentent un taux d'effort de 14,4%.

Dès le 1er septembre, cette famille pourra toucher 180 francs de subside mensuel, ce qui réduira son taux d'effort à 12%. A partir de janvier 2019, le subside mensuel s'élèvera à 330 francs. La mesure de plafonnement aura alors atteint son but: la famille consacrera 10% de son revenu déterminant à ses primes d'assurance-maladie.

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De l'argent gratuit! Qui ne serait pas d'accord pour recevoir un peu d'argent gratuit? Le système est tellement simple qu'il en est génial. On se demande d'ailleurs pourquoi les pingres qui nous gouvernent ont égoïstement décidé d'une limite à 12% et à 10%. Elle pourrait baisser de 2% chaque année, par exemple, jusqu'à 0%, et on en aurait enfin fini avec cette coûteuse assurance maladie lancée par la gauche il y a bien longtemps. Mieux encore, on pourrait continuer à baisser de 2% les années suivantes, et ainsi, passant dans le négatif, donner de l'argent aux assurés. Payer 0.- d'assurance-maladie et toucher quelques centaines de francs par mois, franchement, qui serait assez stupide pour dire non?

Avec l'argent gratuit, tout est possible. Dommage qu'il n'existe pas.

Les citoyens vaudois avec un organe fonctionnel entre les deux oreilles - ils sont de moins en moins nombreux - se doutent bien qu'il y a une arnaque quelque part. Les subsides versés pour les primes d'assurance-maladie viendront du budget de l'État, c'est-à-dire, des contribuables eux-mêmes.

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Cela fonctionnera-t-il dans le Canton de Vaud?

Voyons rapidement les chiffres:

Cette politique, qui devrait toucher plus de 70'000 personnes dès l'an prochain, a un coût, a reconnu le conseiller d’État. La part des 10% dans l'ensemble des subsides se situera entre 50 et 60 millions de francs, auxquels il faut ajouter 10 millions pour le volet à 12% de fin 2018.

 
Des chiffres sous-évalués ("Ces sommes sont proches, mais tout de même supérieures à l'estimation annoncée lors du vote sur la RIE III" précise-t-on) et qui ne tiennent pas compte de l'augmentation annuelle des primes, elles-mêmes le reflet de coûts de la santé hors de contrôle en Suisse.

Le nombre de "subsidiés" va donc augmenter mécaniquement au cours des années qui viennent - dans beaucoup de communes, notamment Lausanne et Renens, ils représentent déjà une majorité - en même temps que les montants des subsides reçus par chaque famille. La conjugaison de ces deux effets fera rapidement exploser l'enveloppe destinée à les soulager et donc, in fine, les impôts.

Bien entendu, le marxiste de votre entourage (qui n'a pas un marxiste dans son entourage?) viendra rapidement éructer que "ce sont aux riches de payer" (sauf ceux qui sont membres du Parti, cela va de soi). Et c'est vrai: avec la progressivité de l'impôt, les riches paieront une facture bien plus élevée, que ce soit en valeur absolue ou en proportion de leurs revenus. Après quelques années de finances dans le rouge, lorsque les Vaudois réclameront furieusement une hausse d'impôt pour "préserver leurs subsides", les vilains riches seront dans le collimateur.

Mais Vaud n'est qu'un modeste Canton, et c'est là où le bât blesse. Il suffira pour un "riche" de faire quelques kilomètres pour se retrouver sous des cieux fiscaux plus cléments - et plus la matraque fiscale sera menaçante, plus l'incitation sera forte. Le résultat, on le connaît puisqu'il est le même depuis les décennies que la gauche applique ses recettes une fois au pouvoir: l'addition sera pour la classe moyenne.

Peu importe. Pour la gauche, c'est carton plein: des dizaines de milliers de familles vont désormais avoir le sentiment que leur survie économique dépend du bon vouloir de l'État social(iste) et voteront en conséquence ; des centaines de nouveaux fonctionnaires vont être embauchés pour gérer toute la paperasse et voteront en conséquence ; et lorsque le système s'effondrera dans quelques années, il aura fait illusion suffisamment longtemps pour qu'on accuse quelqu'un d'autre du naufrage.

"Le but politique est atteint", annonça fièrement Pierre-Yves Maillard mardi. On ne saurait mieux dire. La droite vaudoise - ou plutôt ce qui en tient lieu - est en échec et mat. Cela méritait bien une conférence de presse, le qualificatif de jour historique, et de nombreux sourires.

23 août 2018

Les socialistes de Renens découvrent le communautarisme

Le verdict est tombé: acquittement. Fadhil*, Conseiller communal socialiste, n'est pas reconnu coupable par la justice vaudoise de s'être livré à de la "captation de vote" lors des dernières élections à Renens.

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L'histoire remonte aux élections communales de 2016. Au-delà des résultats généraux, dont il fut rendu compte dans ce billet, le dépouillement donna lieu à une étrangeté: des dizaines de bulletins de vote socialistes biffés de la même façon avec quatre ou cinq "cibles désignées", éventuellement assortis du cumul de Fadhil. Le soupçon de manipulation est courageusement révélé au grand jour par une dénonciation anonyme... Comme l'explique alors 24Heures,

[Fadhil, candidat PS sortant], aurait manipulé des bulletins de vote pour favoriser sa réélection au détriment de rivaux de son propre parti, qui ont d’ailleurs perdu leur siège. Un recomptage est ordonné, de même qu’une enquête administrative du Canton. Conclusion: le résultat du scrutin est revu, deux élus sont réintégrés, mais l’élection de [Fadhil] est confirmée et l’enquête ne parvient pas à établir l’existence d’irrégularités.


Bien que les faits ne soient susceptibles que d'une amende, la fraude potentielle est ici suffisamment importante - on parle de 120 votes - pour attirer l'attention de tous les acteurs du Canton, médias, Conseil d'État, justice. Le procureur Christian Buffat s'empare de l'affaire et monte un dossier.

Avec l’aide d’autres personnes, que le Ministère public n’a pas pu identifier à ce jour, [l'élu socialiste] aurait cumulé son propre nom et biffé de manière systématique les noms de cinq autres candidats du PS renanais.

L’acte d’accusation précise que [Fadhil] aurait remis ces bulletins notamment à des électeurs de la communauté kurde, qu’il aurait personnellement approchés pour les amener à voter.


Le procès a lieu cette semaine, et voit passer le témoignage à charge de l'ancienne syndique communiste de Renens Mme Huguenin. La Municipale socialiste Patricia Zurcher Maquignaz fait quant à elle état de pratiques locales courantes dans la falsification d'élections:

Selon elle, [l'accusé aurait accédé] à la présidence de l’association des jardins familiaux de Renens à l’issue d’un vote où le nombre de bulletins était supérieur au nombre de membres inscrits. «Elle n’était pas présente, a répliqué [Fadhil]. Chaque fois que je réussis quelque chose, on m’accuse.»


Malgré les nombreux témoignages à charge, les preuves matérielles sont insuffisantes et le tribunal prononce l'acquittement. Il ne s'agit guère d'une surprise ; dès avril 2016, à la suite d’une enquête administrative, le Conseil d'État avait nié toute irrégularité, estimant que «le fait que quelques candidats aient été systématiquement biffés et d’autres régulièrement ajoutés ne permet pas de conclure à une fraude». La vraie fraude, c'est à partir de combien de bulletins Mesdames et Messieurs du Conseil d'État?

Maintenant que Fadhil est blanchi par la justice, il retrouve de plein droit sa place au sein du PS renanais. Entre une Municipale témoignant contre lui et des élus socialistes victimes de ces bulletins biffés mais élus tout de même, l'ambiance des prochaines séances de groupe du Parti Socialiste risque d'être encore plus lourde que pendant ces deux dernières années.

Mais toute cette histoire n'est pas là que pour rendre compte des turpitudes de la vie politique renanaise. Quelle que soit la véracité qu'on accorde à la version des uns et des autres, elles ont en commun que des dizaines d'électeurs de la communauté kurde de Renens ont accepté de suivre les instructions de l'un d'eux, et l'ont fait avec une remarquable discipline. Leur nombre a fini par peser sur le résultat de l'élection elle-même. Cette approche risque de renforcer les nombreuses tensions communautaires à Renens, celles entre les Turcs et les Kurdes n'étant pas des moindres.

La "personnalisation" du communautarisme n'était sans doute pas ce qu'avaient en tête les socialistes suisses lorsqu'ils choisirent de courtiser le vote des étrangers. Au lieu de réunir les électeurs sur des valeurs helvétiques communes comme le fait l'UDC, le parti socialiste se trouve dans une impasse. En jouant la carte des minorités, il se condamne: impossible d'être l'agrégat de toutes les minorités. Le résultat des rapports de force ethnique aura tôt fait de transformer les listes électorales socialistes en champ de bataille où chaque communauté luttera pour la suprématie en doublant les siens et en biffant le reste. Cette trajectoire ne peut que nuire aux candidats d'origine suisses, qui seront les premières victimes du feu croisé des uns et des autres.

Nul doute que les stratèges socialistes vont désormais surveiller de près les statistiques des bulletins modifiés lors des prochaines élections - et pas qu'à Renens.

*prénom d'emprunt, pour la forme.