14 juin 2018

Homophobie: de l'art d'apporter de mauvaises réponses

"Neuchâtel: deux amis roués de coups dénoncent une agression à caractère homophobe", annonce M. Rochebin sur les ondes de la RTS mardi soir. Le reportage de deux minutes raconte la façon dont deux homosexuels neuchâtelois se sont fait prendre à partie, puis molester par un groupe en raison de leur comportement homosexuel affiché en public. Deux minutes soigneusement montées pour provoquer un effet bien précis.

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(image: photo d'écran vidéo RTS)

"Sylvain et Matthis sont roués de coups par deux individus, parce qu'ils sont homosexuels.

Matthis: Moi ils m'ont couru après en me disant, "on va te faire courir sale pédé", voilà, donc c'était déjà pas mal...

Sylvain: Et lorsqu'un ami s'est interposé, ils lui ont dit "vous on va pas vous taper, c'est les pédés qu'on veut".


La journaliste explique encore: "l'agression aura duré cinq minutes dans l'ignorance générale (sic), la police arrivera peu après" (donc quelqu'un a bien a bien dû l'appeler). Et le bilan: traumatisme crânien, perte de connaissance, dents cassées, contusions et bleus.

Les deux jeunes témoigneront de leur indignation sur Facebook, récoltant instantanément un vaste élan de sympathie, qui trouvera écho jusque dans le choix des sujets du journal du soir.

"Matthis: le but de notre intervention c'est pas d'attiser la haine contre ces gens... Moi c'est plutôt défendre la cause...

Sylvain: J'ai pas honte de mettre ça en mon nom, j'ai pas honte de mettre mon visage, de mettre le visage de Matthis... Je veux que ceux qui aient honte, c'est ceux qui tabassent, c'est ceux qui pensent que leurs poings valent mieux que des valeurs ou une liberté..."


Nouvelle mise en contexte avec des statistiques un peu étranges issues de LGBT+ Helpline: 2 agressions verbales ou physiques par semaine - comme si les deux étaient du même ordre de gravité - et 19% rapportées à la police.

On arrive au sujet réel du reportage - Michel Tschank, un responsable d'association interviewé, explique le message en direction des téléspectateurs. "La loi en tant que telle n'incrimine pas l'homophobie, elle incrimine soit la lésion corporelle ou l'insulte, mais l'acte homophobe, qui est pour moi un cas d'aggravation de lésion corporelle ou d'insulte, n'est pas incriminé par la loi, et c'est un problème."

CQFD.

Et puisqu'il reste dix secondes de "reportage", la journaliste en voix off explique qu'il y a justement, à Berne, une discussion en ce moment sur un projet de loi qui permettrait d'attaquer pénalement les infractions liées à l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Quel heureux hasard!

(Plus le temps de placer que l'initiative vient d'un socialiste, mais on s'en serait douté.)

On notera que si la RTS a du temps d'antenne pour dériver fort opportunément sur un projet de loi visant à sanctionner le crimepensée, elle n'en a pas pour parler de l'agression elle-même. Le reportage ne fait aucune mention des agresseurs. Ont-ils été arrêtés? Sont-ils Suisses, et sinon, d'où viennent-ils? Quelle est leur version des faits?

Ce sont des questions légitimes, basiques, qu'un journaliste vaguement conscient de son devoir d'informer devrait livrer au public. Comme la voix off n'évoque ni le contexte ni l'ethnie des agresseurs, on imagine que l'agression n'a pas eu lieu dans une assemblée des Jeunes UDC, auquel cas le traitement médiatique aurait été quelque peu différent.

Pourtant, l'agression est largement décrite sur Facebook: un ami des victimes révèle leur homosexualité à un groupe d'inconnus venus pour fêter un mariage. Deux frères jumeaux décident alors de les tabasser. Des catholiques intégristes? Des fêtards avinés? On n'en saura pas plus.

Dangereuse victimisation

Sans rien changer aux lois, le droit donne déjà aux juges la capacité de différencier la gravité d'une agression. Comme pour toute autre sanction, la peine est décrite sous forme d'intervalle de sentences, visant précisément à estimer, selon chaque cas, du caractère odieux ou anodin d'un coup porté. Les deux protagonistes était-ils engagés dans une dispute, l'agresseur se vengeait-il d'un grief passé, a-t-il agi accidentellement, les coups étaient-ils rendus de part et d'autre?

Cette possibilité est explicitement donnée au juge parce que les cas particuliers sont infinis. Ici, selon le témoignage des victimes, nous sommes clairement dans une agression motivée par l'homophobie. Certains trouveront cela ignoble, d'autres moins, et d'autres encore, plus rares, se poseront la question du contexte de l'homosexualité au milieu des myriades d'autres contextes possibles.

Frapper un homosexuel au motif de son homosexualité est-il plus ou moins grave que de frapper une femme enceinte au motif qu'elle porte un enfant, une personne âgée au motif qu'elle est vieille, un juif au motif qu'il est juif, un blanc au motif de sa couleur de peau?

Nous sommes tous des cas particuliers. Un législateur qui souhaiterait surprotéger une catégorie de la population - pour quelque motif que ce soit - avec des peines supérieures introduirait immanquablement une rupture de l'égalité devant la loi, certains devenant instantanément "plus égaux que d'autres".

Agissant au gré de faits divers montés en épingle, comme ce reportage à Neuchâtel, les politiciens aidés par les journalistes manipulant l'opinion publique auraient tôt fait de changer la loi au moindre fait divers odieux. Ne resteraient au bout du compte que les gens "normaux", banals, ceux qu'on peut finalement tabasser sans risquer grand-chose.

Ne serait-il pas plus simple, et plus sage, de condamner correctement les agressions physiques proprement dites? De punir réellement les coupables au lieu de les relâcher dans la nature avec quelques "jours-amende avec sursis"? De révoquer le cas échéant leur permis de séjour? Il y a déjà fort à faire avant de vouloir changer les lois, par exemple, appliquer celles que le peuple a voté.

Il existe bien un pays dans l'histoire qui a poussé à son paroxysme les peines différenciées selon des critères liés au hasard de la naissance - une minorité ethnique étant protégée des agissements de la majorité ethnique du pays. Peu importe l'origine de l'agresseur, tout crime contre cette minorité ethnique était puni bien plus sévèrement que des agissements équivalents commis à l'encontre d'un membre de la majorité.

Ce pays, c'était l'Afrique du Sud à l'époque de l’apartheid.

Le code pénal différenciait de façon limpide les peines encourues selon que la victime soit blanche ou noire, les crimes contre la minorité blanche étant systématiquement punis plus sévèrement que des crimes commis contre des membres de la majorité noire. Bizarrement, ce modèle de justice suscita peu d'enthousiasme dans les Chancelleries occidentales, qui mirent au point un régime de sanctions internationales visant à faire chuter le régime.

Qui aurait cru à l'époque que, quelques années plus tard, on verrait un peu partout en Europe des politiciens de gauche et leurs alliés dans les médias tenter de faire de même? Lutter pour inscrire dans la loi des Übermensch et des Untermensch légaux sur un principe identique, érigeant désormais la communauté LGBT comme peuple élu...

Mise à jour (15 juin): Comme on pouvait s'y attendre, les versions divergent. Les frères accusés d'agression contestent le caractère homophobe de l'affrontement, expliquant que les deux homosexuels se seraient moqués de certains invités déguisés. La scène s'est déroulée dimanche à 3 heures du matin, à la fin d'une cérémonie de mariage bien arrosée. Certains témoins de la bagarre sont venus démentir les affirmations du couple: aucune insulte homophobe n'aurait été proférée, et les circonstances de la bagarre seraient floues. "Le cas relève-t-il d'une déferlante de violence contre deux jeunes homosexuels, ou de la récupération militante d'une banale bagarre de fin de soirée?" demande 20 Minutes.

S'il s'avère que "l'agression homophobe" est une exagération, aurons-nous droit à un démenti de la RTS?

07 juin 2018

Le crépuscule du Matin

Le Matin est à court de vitamine orange. Malgré d'innombrables mues - changements de format, de pagination, de style ou de logo - la publication historique de la Suisse romande finit par disparaître en version papier le 23 juillet prochain. Nul doute que ces derniers numéros auront un fort tirage, de nombreux Romands souhaitant sans doute garder un pan de l'histoire journalistique locale avec eux.

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(Image Wikipedia Commons)

Car le passage au tout numérique de la publication n'est qu'un cache-misère qui n'abuse personne. 40 suppressions de postes sont prévues.

Dans les colonnes du concurrent 20 Minutes, on se fait lucide: le marché romand de la presse est petit, et avec la concurrence d'Internet, il se rétrécit de plus en plus.

La disparition du Matin papier est la suite logique d'une surabondance de l'offre, estime le spécialiste des médias Philippe Amez-Droz. Mais la nouvelle formule 100% numérique préfigure un nouveau type de financement de contenus journalistiques, selon lui. L'annonce de la disparition du journal papier Le Matin n'est pas anodine.

«C'est un acteur important de la vie des bistrots qui disparaît,» reconnaît le chercheur au Medialab de l'Université de Genève qui a vécu la belle époque de la presse de boulevard. Mais économiquement, il n'y a rien à redire.

Après l'échec du Matin du Soir, entièrement numérique et payant, les pertes à répétition du quotidien orange et la chute dramatique de la publicité dans le print, le sort de l'édition papier du Matin était scellé. «Tamedia a tout essayé. Je les crois», indique Philippe Amez-Droz.


Essayé, pas pu. Excuses commodes pour dédouaner Tamedia. Peu probable que les ex-salariés de la publication s'en contentent. Mais pourtant, ils ont eux-mêmes leur part de responsabilité dans le naufrage - ils étaient à la barre. Qu'est devenu Le Matin depuis ces dernières années, sinon un vague torchon mêlant scandales faciles, presse people, annonces de charme et reprises de buzz Internet avec un temps de retard, délais d'impression oblige? Portrait sévère, mais ô combien réaliste...

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La sélection "typique" d'articles proposée sur le site du Matin aujourd'hui (photo d'écran)

Force est de constater qu'au cours des années, la prétendue valeur ajoutée du Matin était de plus en plus difficile à défendre. Chacun pouvait bien concéder que la rédaction et la mise en page était meilleure que celle d'un 20 Minutes, elles justifiaient mal la plus-value de deux francs réclamée au passage face à la presse gratuite.

Ce que Le Matin n'a jamais essayé, c'est une certitude, c'est de changer la politique de sa ligne éditoriale. Engagé à gauche, arborant fièrement une médaille anti-UDC portée en sautoir, la ligne n'a jamais été remise en question, jusque dans la tombe. Jamais un article sur la Berne fédérale sans sa pique à l'Union Démocratique du Centre et ses représentants. Jamais une évocation des États-Unis sans une critique de Trump. Jamais une mention de l'AfD allemande sans une allusion insidieuse en passant. Et en période de votation, c'était double portion: des sermons livrés jour après jour dans les éditoriaux pour dire aux gens comment "bien" voter, ou se lamenter le lendemain qu'ils ne l'avaient pas fait...

On peut aimer ce genre de journalisme, et alors, on est servi en Suisse romande. Mais les génies aux commandes de Tamedia auraient peut-être pu finir par comprendre qu'une moitié du grand public perpétuellement vilipendée finirait peut-être par arrêter d'acheter le quotidien, diminuant d'autant son lectorat - quelque chose que les abonnements obligatoires des salles d'attente de l'administration ne parviendraient pas à compenser. Eh oui, quand on est constamment insulté, on se lasse.

Je ne réclame pas que Le Matin devienne un canard de droite (il aurait fallu réécrire l'histoire et c'eut été de toute façon impensable) mais l'idée même de cesser les prêches à tout va, d'instaurer un peu de respect pour les camps en présence, de sérénité face aux votes des citoyens, de pluralisme dans les interviews, de cesser le deux-poids deux-mesures selon qu'on soit de droite ou de gauche, aurait été trop demander. Tout comme pour d'autres publications - pensons au Temps - qui sont sur la même trajectoire moribonde, et pour les mêmes raisons.

Non, clairement, tout n'a pas été tenté. Le logotype du titre ou le format des pages n'y changeront rien ; la presse romande se meurt faute de se remettre en question sur le fond.

Dans moins de deux mois, Le Matin ne sera plus qu'un site web inondé de publicité. Les survivants du naufrage embarqués sur le radeau numérique font face à une tempête garantie. Avec la disparition des puissants rappels de la marque (manchettes de journaux sur les caissettes, exemplaire passant de main en main dans les cafés) le quotidien disparaîtra rapidement de l'esprit de ses lecteurs. Le Matin ne sera plus qu'un site web, et sur Internet, la concurrence n'est qu'à un clic de là. Le succès des sites de réinformation comme LesObservateurs.ch montre que le grand public est friand de davantage que des news insipides et superficielles agrémentées d'une rubrique "Les News piquantes où l'actu est passée à la moulinette, sur un ton rieur et décalé".

À moyen terme, la disparition du Matin Dimanche semble elle aussi programmée, faute de pouvoir mutualiser les coûts de l'hebdomadaire avec ceux d'un quotidien. En ce moment, les CV doivent s'empiler auprès des télévisions régionales ou de la bienveillante RTS ; les futurs chômeurs vont eux aussi devoir subir la sous-enchère salariale et la concurrence étrangère. Beaucoup d'ex-journalistes du Matin vont rencontrer une réalité bien différente des discours qu'ils tenaient.

Malgré tout, la chute du Matin reste quelque chose de modeste. Ces derniers jours seulement, Nestlé a annoncé vouloir supprimer 580 postes en Suisse, et la mise en sursis concordataire d'OVS menace 1150 employés. À eux seuls ces deux événements représentent plus de quarante fois les effectifs perdus par Le Matin - et on doute que leur couverture médiatique soit en proportion.

04 juin 2018

Monnaie pleine, initiative à la peine

Parmi les objets soumis au vote le 10 juin, l'un ne laisse que peu de place au doute: l'initiative Monnaie Pleine sera probablement balayée. Les sondages ne lui prédisent pas un grand succès, et cela n'a rien de surprenant si on considère que les médias, le gouvernement, le parlement, et tous les partis politiques lui sont défavorables. Même les banquiers - centraux ou non - lui sont également opposés.

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En fait, il ne semble y avoir personne en faveur du texte, hormis son comité ("porté par un mouvement international, soutenu activement en termes de personnes et de finances depuis l’Allemagne", nous explique le site des adversaires de l'initiative avec les sous-entendus de rigueur) ainsi, bien sûr, que les 100'000 citoyens helvétiques et plus qui ont permis à celle-ci de se concrétiser.

Pourquoi la Monnaie Pleine semble à ce point faire l'unanimité contre elle? Elle serait "chère, risquée, dangereuse et inutile", nous dit-on. Bizarre pour un texte qui ne demande rien d'autre que le retour de la production de monnaie par la seule Banque Nationale Suisse.

En effet, il n'y a absolument rien de révolutionnaire dans la Monnaie Pleine. Pour s'en convaincre, livrons-nous simplement à un petit voyage dans le temps, à une époque où n'existaient ni les smartphones ni les ordinateurs, et où les seules espèces dont chacun pouvait disposer se limitait aux billets et aux pièces sonnantes et trébuchantes.

Pas besoin de reculer loin dans le temps pour atteindre ce passé, qui n'est pas exactement l'aube de la civilisation. Il y a quelques décennies seulement, si un banquier voulait prêter de l'argent à un client pour avoir du rendement, il pouvait lui mettre à disposition une partie de ce que ses autres clients avaient déposé comme épargne dans son établissement, pas plus (faute de quoi notre banquier aurait eu certains problèmes si le lendemain quelqu'un venait retirer son argent pour quelque raison que ce soit). Et si on manquait de billets ou de pièces? Eh bien, c'est à la Banque Nationale Suisse qu'il revenait d'en créer de nouveaux, en accord avec de savants calculs sur l'expansion de l'économie.

Êtes-vous parvenu à vous imaginer ce passé? Oui? Alors, toutes mes félicitations - vous venez de comprendre la situation à laquelle souhaite revenir Monnaie Pleine. Revenir, et non pas venir, car comme nous l'avons vu, nos ancêtres ont vécu durant plus d'un siècle sous le régime de la monnaie pleine:

En 1848, la Constitution fédérale a interdit la production privée des pièces.
Depuis, seule la Confédération peut battre monnaie. Les banques ont alors commencé à imprimer des ”bons pour remboursement des pièces”. Ces billets de banques privés ont rapidement proliféré démesurément. Le peuple a réagi de façon cohérente. Malgré l’opposition des banques, la votation populaire de 1891 a interdit la production privée des billets. Depuis, seule la Banque nationale peut imprimer nos billets.

Mais entretemps, une nouvelle forme de ”bons pour remboursement d’argent liquide” est apparue, à savoir la monnaie scripturale électronique. Ce sont les chiffres qui se trouvent sur nos comptes privés. Ils sont produits virtuellement par les banques, à partir de rien, et constituent aujourd’hui 90% de notre argent (il n’y a plus que 10% d’argent liquide). (...)


monnaie_pleine_oui.jpgEt encore, on part de 1848 parce qu'il faut bien tracer une limite quelque part ; avant cette date, et quitte à remonter jusqu'à l'Empire romain, le droit de battre monnaie a toujours été réservé à une entité étatique, jamais à un organisme privé. La nouveauté n'est pas dans l'initiative mais dans notre époque, où la dématérialisation de la monnaie a rendu possible un système inédit. Lorsque le comité référendaire dit que son initiative ne présente "rien de nouveau", il a parfaitement raison.

Du Pour et du Contre

Écartons donc d'emblée les arguments sur "la nouveauté" et "l'originalité" de l'initiative, qui n'aspire à rien d'autre qu'à un retour à un ordre financier que notre civilisation a connu pendant la plus grande partie de son existence. Si anomalie il y a, elle est bien davantage dans le système actuel où les réserves fractionnaires permettent aux banquiers de jouer avec l'argent des comptes courants sur les marchés financiers comme au casino, pendant que les États sont là pour éponger les dettes avec l'argent des contribuables lorsque les choses vont mal.

Toute ressemblance avec la crise des subprimes est bien sûr totalement fortuite.

Nous sommes bien au-delà de la banque de grand-papa, qui calculait péniblement le risque de défaut de crédit devant un individu venu humblement demander un financement pour une activité, faire face à un coup dur ou acheter une maison avant d'attendre une vie entière d'épargne ; aujourd'hui, les taux d'intérêt sont décrétés par les Banques Centrales, les hypothèques sont regroupées en produits financiers basés sur les notes de risque, les produits dérivés font fureur et on joue short ou long jusqu'aux dettes des États.

Mettre un terme à tout cela provoquerait un certain désordre, pour le dire poliment.

Là encore, le monde se sépare en deux camps: ceux qui pensent que tout cela perdure depuis bien longtemps et que les professionnels du secteur, alliés de circonstance avec les politiciens, feront d'une façon ou d'une autre en sorte que la partie continue ad vitam aeternam ; et ceux qui pensent que les aventures financières n'ont que trop duré et qu'il faut essayer d'arrêter le train fou pendant qu'il en est encore temps, à supposer que ce soit possible.

Mais si le postulat de départ était faux?

Une initiative qui ne va pas assez loin

L'initiative Monnaie Pleine réclame que le droit de création de monnaie - scripturale ou électronique - revienne en intégralité entre les mains de la BNS. Or, si l'initiative passe la BNS peut autoriser les banques à faire "comme avant" (c'est-à-dire comme maintenant) en termes de création de monnaie. Donc un coup d'épée dans l'eau. La BNS n'a aucune obligation de serrer la vis.

De plus, l'initiative part du principe que l'État et à travers lui la direction de la BNS incarnent la meilleure vision de l'intérêt général, de la probité et d'une gestion monétaire saine. Excusez-moi, mais quelle certitude avons-nous que la gestion de la monnaie par la BNS soit meilleure que celles des avoirs des banques privées? Jusqu'ici, tout tend à prouver le contraire.

Durant ces dernières années, non seulement la BNS a créé plus de francs suisses qu'aucune autre entité dans l'histoire, mais elle en a profité pour spéculer en bourse sans le moindre objectif de rendement (pratique!), agit en sous-main pour le compte de la BCE (merci pour l'indépendance du pays!) et eut entre autres un Président mouillé dans une affaire de délit d'initié liée à la politique monétaire de la banque...

Autrement dit, je pense qu'il n'existe pas d'organisme financier plus faillible, incompétent, irresponsable, soumis aux influences idéologiques et éloigné de l'intérêt général que la BNS pour gérer le destin du Franc suisse. Alors, voter pour lui donner les pleins pouvoirs? Beurk, non merci!

L'initiative Monnaie Pleine part du principe que la direction de la BNS serait compétente et bien intentionnée ; l'expérience empirique oblige à en douter. Mais l'idée même qu'il faille un pilote dans l'avion de la monnaie est aujourd'hui remise en question. Dans une époque ancienne, la masse monétaire se limitait à la production des mines d'or - parfois par des acteurs privés - et cette façon de faire garantit une stabilité des prix qui dura pendant des siècles. Aujourd'hui, entre deux crises financières, de nouveaux paradigmes émergent, comme la crypto-monnaie, un monde ouvert, libre et décentralisé, sans le moindre Banquier Central.

L'humanité n'a pas fini d'expérimenter de nouvelles formes de monnaie, Monnaie Pleine ou non.

22 mai 2018

Loteries: Rien ne va plus

Le peuple suisse aura bientôt à se prononcer sur la nouvelle Loi sur les Jeux d'Argent. Si le Oui l'emporte, l'État tentera maladroitement de faire perdurer le système actuel dans les eaux troubles du XXIe siècle. Les sites étrangers de jeu de hasard en ligne seront interdit d'accès à l'internaute helvétique. Les organismes semi-publics de loterie actuels continueront d'arroser de subventions diverses activités culturelles pour justifier les grasses marges opérées dans les mises des joueurs, et l'argent encaissé au passage par les gardiens du temple.

Et si le Non l'emporte? Bizarrement, cela reviendra à peu près au même. Les monopoles d'État disparaîtront, grignotés par le choix et les modalités que proposent des acteurs alternatifs. Le rythme sera juste plus rapide.

La Loi sur les Jeux d'Argent semble donc un de ces compromis perdant-perdant dont la Suisse a le secret. Franchement, espérer que des mastodontes comme la Loterie Romande perdurent sans rien changer à travers les prochaines décennies tient de l'absurde, nouvelle loi ou pas. N'enterrons personne trop vite, mais soyons réalistes: son avenir tient bien plus à ses futures stratégies commerciales et à son efficience, qu'à une loi taillée sur mesure pour étrangler la concurrence.

La question qui se pose est finalement celle-ci: Le marché du jeu évoluera-t-il dans la liberté de choix du consommateur, ou dans la contrainte des interdits?

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Bobo urbaine, brandis ton smartphone: tu es une rebelle du nouveau millénaire.

La future Loi sur les Jeux d'Argent penche clairement pour la seconde option. Concoctée par les élites politiques de Berne, elle est comme à son habitude enrobée de sucre et de douceurs: on luttera davantage contre la dépendance au jeu, on préservera les rentrées de l'État tout en défiscalisant les gains de moins d'un million de francs. Une merveille, vous dis-je, et tant pis si au chapitre des moins bien on doit se livrer à quelques petits coups de canif dans les libertés des uns et des autres, comme la censure des sites internet de pari en ligne à l'étranger.

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100% des perdants ont tenté leur chance.

Dans le camp du Non, on avance en ordre dispersé. Les Jeunes Verts, le Parti pirate et d'autres formations mettent principalement la censure d'Internet en avant contre la loi ; bien que cette approche soit déjà technologiquement dépassée (il suffit d'un smartphone pour contourner les limites...) elle crée malgré tout un dangereux précédent puisque la porte serait ensuite ouverte pour interdire tout un tas d'autres sites, pour tout un tas d'excellentes raisons. Il est assez étonnant de retrouver sur le créneau de la liberté d'expression des Verts d'habitude adeptes de la censure la plus violente et de la mise au pilori de toute opinion contraire, mais pour une fois que cela arrive, ne boudons pas notre plaisir.

Du côté du PLR - et malheureusement de l'UDC - on est plus ambigus, plus gênés. Les lignes de fracture passent au milieu des délégués de chaque parti. Il suffit de lire l'échange hallucinant entre Philippe Nantermod, Conseiller national PLR et opposant à la nouvelle loi, et Philippe Bauer, Conseiller national PLR lui aussi mais partisan de la nouvelle loi, pour s'en convaincre: le PLR est tellement schizophrénique qu'il peut jouer à la fois dans la majorité et l'opposition.

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Non au daltonisme.

Quand on entend un PLR expliquer que la nouvelle loi entraîne un "manque à gagner" pour la collectivité, on se demande si on a bien compris la couleur politique de l'olibrius. Mais celui-ci récidive immédiatement en lâchant de beaux morceaux de bravoure:

"Si vous gagnez de l'argent en travaillant, vous payez l'impôt. C'est assez invraisemblable que lorsque vous gagnez de l'argent en jouant à la loterie, vous n'en payiez pas." -- Philippe Nantermod, théoriquement vice-président du PLR


On ne paye pas d'impôts non plus en donnant de l'argent de poche à son fils, M. Nantermod, ni en faisant des plus-values en capital, ni en travaillant soi-même dans son jardin au lieu d'un jardinier (peut-être un modèle de taxe sur le jardinage à mettre en place sur le modèle de celle sur la valeur locative?) Bref, il y a beaucoup à faire fiscalement quand on est un PLR avec un tel état d'esprit. Au moins cette campagne aura permis de révéler quelques vraies couleurs.

Clairement, on peut aussi être contre la loi pour de mauvaises raisons. Espérons que le reste du comité - comprenant essentiellement des jeunes de divers partis, PLR, UDC, PBD et Verts-Libéraux - relève un peu le niveau.

Pour ma part, vous l'aurez compris, je suis contre cette loi ; elle infantilise le public, instaure le protectionnisme économique et la censure, et fait tout pour perpétuer les vieux monopoles historiques épuisés, en foulant au pied quelques libertés fondamentales. Il me semble que c'est bien suffisant pour glisser un Non dans l'urne.

11 mai 2018

Quand les journalistes appellent à la pénalisation du discours

Dans son éditorial de la Tribune de Genève, Sophie Simon, journaliste Rubrique Genève, rebondit sur la polémique liée aux propos homophobes tenus par l'ancien député PLR René Desbaillets à l'encontre de Thierry Apothéloz sur Facebook.

Facebook_smartphone_application_market_medium.jpgPour ceux qui ignoreraient encore cette histoire gonflée aux amphétamines, elle fut évoquée dans plusieurs quotidiens et même dans un sujet du 19:30 de mardi, au sein d'une actualité pourtant autrement plus chargée. Elle se résume en trois messages postés sur Facebook:

Acte I: "De tout cœur avec toi Luc! Genève préfère les beaux parleurs et les homos. Lamentable!"

Acte II: "Homos est un terme général, mais on y trouve malheureusement un grand nombre de pédophiles."

Acte III: "Hier en commentant les résultats des élections [au Conseil d'État genevois] j'ai eu sur FB des propos inacceptables à l'égard du Conseiller d'État élu hier. Je regrette ceux-ci et lui présente mes excuses ainsi qu'à toutes les personnes que j'ai pu choquer."

Et c'est tout.

D'aucuns dissèquent ces messages en pensant établir le degré de sincérité (ou de sobriété) de M. Desbaillets en rédigeant chacun, ou supputent que le vigneron aurait été sensibles à des appels lancés au boycott de sa production et aurait alors cherché à calmer le jeu.

Thierry-apotheloz-2015.jpgOn pourrait contempler cette "affaire" comme un témoignage de la vacuité des discussions sur Facebook ou de la capacité de nos contemporains de s'indigner de tout et n'importe quoi, mais prenons le parti de nos médias et supposons que nous assistons réellement à quelque chose d'important. L'agresseur est un ancien député et la victime un Conseiller d'État fraîchement élu ; cela suffit apparemment pour en faire un symbole.

Mme Simon s'estime "rassurée" par la condamnation quasi unanime des propos de l'ancien député PLR - on ne se sent bien qu'au milieu du troupeau - et évoque ensuite l'homosexualité de M. Apothéloz en illustrant l'ambiguïté de l'élu qui, "s’il ne cache pas son orientation sexuelle, n’est pas dans l’affichage". Quelle formule alambiquée!

En réalité, et c'est aussi d'ailleurs ainsi que l'affaire est dépeinte par la RTS, M. Apothéloz a bel et bien fait campagne en mettant l'accent sur son homosexualité, comme le font d'ailleurs régulièrement d'autres politiciens, surtout en Suisse alémanique. On pourrait se plaindre que ce genre de détail n'a rien à faire en politique, mais les candidats choisissent librement les aspects de leur personnalité qu'ils décident de présenter. La faute consiste à invoquer ensuite la vie privée:

Nombre de magistrats cantonaux en Suisse ont tu leur préférence sexuelle jusqu’à maintenant. (...) . La sexualité d’un élu ne concerne personne, sauf si elle contredit son discours ou si elle viole la loi.


La sexualité d'un élu ne concerne personne, sauf s'il en fait un étendard. De nombreux aspects d'une personnalité publique peuvent être connus du grand public, et le sont si elle les met en avant. Mais alors, se plaindre d'éventuelles critiques en retour est parfaitement puéril. Si on décide de monter sur un ring armé de certaines valeurs, il faut accepter de prendre des coups au nom de celles-ci.

Plus inquiétant ensuite, la journaliste Rubrique Genève s'immisce sur le terrain politique:

L’appel au boycott des vins Desbaillets est lancé par un Vert. Ce parti ferait bien de balayer devant sa porte. Il a présenté deux candidates au Grand Conseil opposées à l’initiative pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés.

L’enjeu est maintenant fédéral. Les normes pénales contre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle se font attendre. Après leur approbation en commission du National, il faut espérer qu’elles soient adoptées avant le prochain dérapage.


L'appel à la cohérence chez les Verts est étonnant: apparemment, la journaliste ne distingue pas une prise de position face à des insultes contre un élu d'une prise de position politique sur l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés. Pour elle, les deux se valent. Autrement dit, si on n'apprécie pas qu'un élu homosexuel se fasse malmener sur Facebook, on doit militer pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés!

Mais le plus grave est évidemment dans la conclusion, un appel du pied sans nuance à légiférer sur la liberté d'expression, une marotte sortie avec beaucoup trop de régularité pour ne pas soulever quelques soupçons. De puissantes forces sont à la manœuvre. On se moque du politiquement correct mais on en réclame encore quelques louches.

Le texte de Sophie Simon est assez court ; il aurait manqué quelques paragraphes sur la nécessaire définition de l'homophobie - sauf à prétendre qu'un homosexuel n'est pas critiquable en quoi que ce soit, ce qui en ferait un Übermensch légal - et la pesée d'intérêt entre cette nouvelle entorse à la liberté d'expression et l'information du public, un concept dont on aurait pu penser qu'il avait quelque importance pour des journalistes.

Mais ça, c'était il y a bien longtemps.

16 avril 2018

Genève, ou ce qu'il en reste

Les élections ont eu lieu ce dimanche à Genève. Les résultats sont implacables: la gauche a le vent en poupe, Maudet est élu au premier tour, les vilains populistes boivent la tasse et les journalistes sont contents.

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Une offre politique foisonnante de promesses (cliquez pour agrandir)

Je n'eus guère de temps à consacrer à la campagne électorale genevoise, dont la principale particularité était, comme souvent au bout du lac, de pousser à l'extrême des déviances pratiquées par ailleurs. Tel parti proposait rien de moins que le paradis, tel autre l'enfer si ses adversaires l'emportaient. Les primes maladies baisseraient. L'emploi serait retrouvé. Les logements abordables pousseraient comme des champignons - tout en préservant la nature en ville et au-dehors. Et ainsi de suite. Les promesses rendent les fous joyeux, dit-on.

L'extrême-gauche genevoise est solide et préserva ses 9 sièges. Les grands frères socialistes en gagnèrent deux, redevenant la deuxième formation politique du Grand Conseil après l'éclipse de 2013 et la fièvre du MCG. Les Verts marquèrent un véritable triomphe, passant de 10 à 15 sièges - la plus forte progression de tous les partis. Les socialistes honteux du PDC firent mieux que se maintenir et profitèrent de la redistribution générale pour grappiller un siège.

Au centre, le PLR passa de 24 à 28 députés, faisant la course en tête. Pierre Maudet fut le seul candidat de l'exécutif élu dès le premier tour, démontrant ainsi de façon indiscutable l'affection des Genevois pour les politiciens français (de passeport, de style et d'ambition).

C'est évidemment à droite que les scandales prévus arrivèrent. Les querelles intestines - entre les partis et à l'intérieur de ceux-ci - laissent des traces. L'UDC parvint péniblement à 8 sièges (-3) et échappa de peu à l'élimination par la voiture-balai du quorum. Premier candidat de l'UDC au Conseil d'État, Yves Niddegger pointa à la quinzième place, excusez du peu. Je le lis depuis suffisamment longtemps pour affirmer qu'il méritait mieux. Peut-être trop cérébral pour Genève?

L'essentiel de l'affrontement se joua finalement hors du ring entre le MCG d'Éric Stauffer, et Genève En Marche... d'Éric Stauffer également. Le bouillant tribun genevois sait assurer le spectacle. Il y a quelques années, il fondit le Mouvement Citoyen Genevois, essaya sans succès de le faire essaimer ailleurs (qui se rappelle du Mouvement Citoyen Vaudois?) puis s'en lassa et tenta de le quitter, un départ qui se mua en haine féroce envers une créature politique qui ne reconnaissait plus son maître.

Retrouvant du poil de la bête, Éric Stauffer lança pour l'occasion un nouveau mouvement (Genève En Marche, on se demande où le bougre alla chercher tout ça) dans l'objectif avoué de détruire son ancien parti. Las! Un budget de campagne étonnamment élevé et le placard de slogans sur les TPG ne suffirent plus à capter l'attention d'un électorat lassé d'une bataille d'ego virant au soap interminable. Genève En Marche trébucha sur la première d'entre elle en n'atteignant pas le quorum, privant M. Stauffer de sa revanche.

Les dégâts infligés au MCG, eux, furent bien réels. Le parti but la tasse, sa députation passant de 20 à 11 sièges, préservant juste le siège exécutif de Mauro Poggia dans le naufrage. Citons l'analyse de François Bärtschi, secrétaire général du MCG, à la Julie:

«Au MCG, nous venons de vivre deux ans d'attaques internes, de la part d'Éric Stauffer, et externes de la part des députés qui n'ont pas voulu mener une politique unitaire. Nous payons la note de cette situation et l'UDC également. Mais il faut relativiser: notre résultat nous place au même niveau qu'un parti national comme le PDC. Quant à Genève En Marche, cela ne me déplaît pas qu'il n'ait pas le quorum. Il n'a ni militants, ni légitimité, mais seulement du financement et un désir de vengeance. C'est une imposture.»


Le nouveau parlement genevois est donc sous toit.

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Le Canton du bout du lac restera aussi ingouvernable que lors de la législature précédente, le bloc de gauche se sentant pousser des ailes, le PLR étant renforcé au milieu d'alliés affaiblis et méprisés, et entre les deux pôles un marais indéchiffrable.

Les partis affûtent leurs stratégies en vue du second tour de l'élection au Conseil d'État, qui verront probablement un siège de plus revenir à la gauche, mais cela ne devrait pas changer grand-chose à la paralysie si typique du Canton, sauf quand il s'agit de lancer de grands travaux d'une grande laideur.

Les Genevois décidèrent donc ce dimanche de leurs autorités législatives - du moins une fraction des Genevois, car avec 38% de participation électorale, ce scrutin fut un des pires jamais enregistrés. Difficile pourtant de trouver une offre plus variée qu'à Genève. Six Genevois sur dix ne se donnèrent même pas la peine de voter et ne semblent donc pas vraiment s'intéresser à la politique.

J'imagine que c'est parce que Genève va très bien. Les comptes publics sont magnifiques, les caisses de pension saines, on se gare facilement et pour pas cher en ville, le marché du logement s'est assaini, les chômeurs genevois retrouvent aisément du travail et la terrible sous-enchère salariale qui ravage la société a enfin été contenue. Un peu trop beau, dites-vous? Mais, chers amis genevois, si vous aviez l'occasion de voter et que vous ne l'avez pas fait, vous avez perdu le droit de vous plaindre.

Mais foin de polémiques, buvons à la santé de M. Maudet, souhaitons le meilleur pour ce Canton, et continuons à observer ce qu'il devient.