14 septembre 2020

Le retour des avions de combat

Les avions de combat ne volent pas beaucoup en Suisse, mais ils font parler.

Ce 27 septembre sera l'occasion de voter une nouvelle fois sur un projet d'acquisition d'avions de combat pour l'armée helvétique. Cette fois-ci, le peuple est amené à se prononcer sur le projet, et non le modèle d'avion. C'est une évolution par rapport à la votation précédente, en 2012, qui avait vu le peuple refuser le Gripen suédois à la suite de houleuses discussions.

Ce blog existait déjà. J'avais pris position sur le sujet à l'époque et évoqué le point le plus crucial du débat: la Suisse n'a plus d'armée de l'air depuis plus de vingt ans. Elle est incapable de mener une guerre aérienne, quelle qu'elle soit. Sa flotte vieillissante est trop petite. Même si ce budget était approuvé par le peuple, cela n'y changerait rien. Il concerne trop peu de nouveaux appareils.

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Les antimilitaristes de tout poil peuvent aller se recoucher. La question de doter l'armée helvétique d'une composante aérienne performante n'est plus à l'ordre du jour. La question s'est posée il y a plusieurs décennies. La réponse est Non.

Nous discutons ici d'une éventuelle police de l'air.

Une police de l'air est capable de mener, ponctuellement, des opérations de police, c'est-à-dire des missions d'ampleur très limitée et en temps de paix. Escorter un appareil en perdition. Aller à la rencontre d'une menace non identifiée pour rendre compte. Participer à des exercices d'alerte avec nos voisins. Assurer une couverture aérienne lorsque des VIP du monde entier s'invitent à Davos.

Que le Oui ou le Non l'emporte ne m'empêchera pas de dormir - bien moins que la dissolution du peuple suisse, elle aussi en votation le même jour - mais, pour des questions de cohérence, on peut s'interroger.

Quelle image la Suisse donnera-t-elle d'elle-même à ses voisins, si elle leur délègue l'entièreté de sa souveraineté aérienne par le biais d'accords d'entraide? Ceux-ci ne pourraient-il pas relever un certain manque de réciprocité? Quelles cocardes arboreront les chasseurs survolant Davos la prochaine fois que la kermesse mondialiste aura lieu? Ce sont des questions que même les écologistes les plus arc-boutés dans leur mépris de l'uniforme devraient se poser.

En guise de réflexion, nous avons l'intervention de M. Daniel Brélaz au Conseil national. Bien que celle-ci fasse rire au-delà de nos frontières, j'ai eu la surprise de retrouver les mots de l'ancien Syndic écolo de Lausanne dans de nombreuses bouches lors des moindres discussions sur le sujet. Pour mémoire, la vidéo se retrouve sur Facebook avec les trois arguments du politicien:

  1. On traverse la Suisse en 8 minutes pour un jet, des avions n'auraient pas le temps d'intervenir;
  2. La Suisse n'est entourée que de pays amis;
  3. Si des avions ennemis venaient de plus loin (Russie, Chine) et parvenaient jusqu'à nous, cela voudrait dire que l'OTAN aurait "perdu" et ce ne serait pas la Suisse avec ses quinze avions qui changerait quelque chose.

Le point 3 a déjà été évoqué ci-dessus et je rejoins parfaitement M. Brélaz. La votation ne concerne pas l'équipement d'une armée de l'air viable.

Le point 2 est très discutable - surtout si on considère que les avions de chasse durent une trentaine d'année au moins. Il faut l'assurance d'un écologiste capable de prédire le climat en 2100 pour affirmer qu'aucun danger ne pointe à l'horizon à trente ans. Les homo sapiens de base n'ont pas ces capacités.

Mais le point 1 - le plus cité - est le plus dangereusement faux. Non seulement des intercepteurs en état d'alerte sont parfaitement capables d'atteindre des avions en altitude de croisière (à 10 kilomètres d'altitude) en moins de huit minutes depuis le sol, n'en déplaise à M. Brélaz, mais penser que les avions nationaux réagissent au moment où la menace franchit la frontière est une absurdité à la limite de l'insulte. Et le fait que ces fadaises tournent en boucle dans les débats autour du sujet en dit long sur les capacités de réflexion de ceux qui les ânonnent.

Non, les radars helvétiques (ou de n'importe quel pays d'ailleurs) ne s'arrêtent pas aux frontières. La coordination aérienne internationale permet tout à fait d'intercepter un appareil au moment où il atteindrait le territoire national suisse. Parce qu'il aurait été détecté bien avant.

Si on suit le raisonnement de M. Brélaz, aucun pays de taille similaire à la Suisse ne devrait disposer d'avions de combat. L'Autriche en dispose pourtant (15 Eurofighters), la Belgique (59 F-16), les Pays-Bas (61 F-16) ou tout autre pays que je me suis donné la peine de consulter - avec souvent une flotte en meilleur état que celle de la Suisse. Même la Roumanie dispose de 12 F-16 et 35 MIG-21! La Roumanie!

Alors, sur le thème du budget pour l'achat des avions de combat, votez bien comme vous voulez, mais, de grâce, ne répétez pas les fadaises débitées par le premier politicien anti-armée qui passe à la télé.

07 septembre 2020

Quand la Suisse vote sa disparition

Le 27 septembre, le peuple suisse aura l'insigne honneur d'approuver sa dissolution.

Reconnaissons l'inventivité helvétique, matérialisée dans les votations (pour le peuple) ou dans l'association Exit (pour les individus): le libre choix donné à chacun de se supprimer.

Arguties juridiques

L'initiative pour modérer l'immigration proposée le 27 septembre est une absurdité. Le peuple a déjà voté le 9 février 2014 contre l'immigration de masse. Le Oui l'a emporté, mais les électeurs n'ont pas compris la question, a-t-on dit ; et puis la mise en œuvre de l'initiative aurait posé problème, a-t-on ajouté, et enfin, à l'instar de tant d'autres textes, on a fait fi de toute application constitutionnelle, une façon pratique de jeter à la poubelle le choix des citoyens.

Un article aussi simple que "La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers" est devenu une phrase alambiquée et incompréhensible pour la classe politique à Berne, et donc inapplicable. Voilà ce qui se passe quand on élit des avocats!

"Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit!" disait Coluche. La variante suisse est plus subtile: si une votation est gênante, on revote. Les Suisses se sont volontiers gaussés des pays vivant sous le joug de Bruxelles et votant et revotant sur les Accords de Maastricht ou le Traité de Lisbonne, mais à domicile ils ne font pas mieux. Le Renvoi des Criminels étrangers est un bon exemple. On l'approuve, mais ensuite les pouvoirs publics en trahissent autant la lettre que l'esprit. Un second texte tente alors de resserrer les boulons, mais cette fois-ci il échoue. Super! Continuons à garder chez nous les violeurs, les fraudeurs et les escrocs à l'aide sociale! Faites-vous plaisir les gars!

Alors, le 27 septembre 2020, on vote pour confirmer ou infirmer le vote du 9 février 2014. Par une loi non-écrite, mais de portée supérieure à la Constitution, toute initiative déplaisant aux autorités doit être approuvée au moins deux fois. Et ça marche. La manœuvre a fonctionné avec le Renvoi des Criminels étrangers, et tout porte à croire qu'il en sera de même avec l'Immigration de masse.

Pourquoi les citoyens votent-ils différemment à quelques années d'écart? C'est comme si, effrayé de sa propre audace d'avoir osé prendre une décision contraire dans le secret des urnes, le citoyen suisse se rabattait honteusement vers la Bonne Opinion dès que l'occasion se présentait. Vous savez, la Bonne Opinion! Celle martelée par les médias, tous, absolument, du matin au soir, citant pour l'occasion d'innombrables "associations émanant de la société civile" dont on apprend l'existence deux mois avant la votation, et qui disparaissent une semaine après. Vous ne trouverez jamais un journaliste s'enquérir du nombre de leurs membres cotisants, et pour cause...

Selon moi, cette transformation de l'opinion publique entre une première votation et une deuxième - quelques pourcents suffisent à faire basculer la majorité - vient d'un travail de fond des médias. À bon chat, bon rat. Les médias suisses sont peut-être parmi les meilleurs du monde lorsqu'il s'agit de modeler l'opinion de la population. Ils apprennent de leurs erreurs et ajustent le tir, sans relâche, lorsqu'il s'agit de faire passer les messages qu'il faut.

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La relation entre le grand public suisse et ses médias (vue d'artiste)

Le Principe de Réalisme

Avouons-le, la campagne sur l'initiative pour modérer l'immigration est consternante. Du côté de des (dérisoires) partisans et de leurs affiches déchirées par principe, on enfonce les portes ouvertes: la Suisse se bétonne à tour de bras, les transports sont bondés, les mécanismes d'aide sociale s'effondrent, et les Suisses qui ont eu le plaisir de goûter au chômage réalisent que la sous-enchère salariale n'est pas une vue de l'esprit.

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Qui ignore encore tout cela? Personne. Qui souhaite une Suisse contenant 10 millions d'habitants? Personne. Pas même les adversaires de l'initiative!

Mais peu importe, finalement. Le piège se referme grâce au judicieux Principe de Réalisme, une menace cynique qui explique grosso-modo qu'il vaut mieux choisir une mort lente à une mort rapide. La mort rapide, c'est la fâcherie avec Bruxelles, les droits de douane à l'exportation, l'effondrement des accords bilatéraux, la faillite, la famine, l'apocalypse!

La mort lente, eh bien, comment dire, c'est ce que vit la Suisse depuis son passage de l'ombre à la lumière avec l'adoption de la libre-circulation il y a un peu moins de vingt ans. Toujours plus de gens, de criminalité, d'assistance de toute sorte et d'avantages au bénéfice exclusif des étrangers, toujours moins d'argent et d'espaces verts pour tout le monde, une transformation massive de la population-type du pays, jusqu'à ce que vienne votre tour d'en crever.

Cela ne vous fait pas rêver?

L'offensive médiatique contre l'initiative se résume donc à susciter la terreur du plus grand nombre. Les visions de cauchemar délivrées par des "experts" succèdent aux doctes graphiques d'import-export avec l'UE, comme si l'Europe allait se refermer comme une huître si la Suisse avait l'audace de choisir qui vient s'installer chez elle. Le 27 septembre, on ne vote pas pour une initiative. On vote pour la fin du monde, ni plus ni moins.

Qui oserait voter pour la fin du monde?

Nostalgie d'un monde perdu

La déliquescence de la Suisse est avancée. En tant que Français d'origine immigré en Suisse depuis plus de vingt ans, je peux contempler la lente descente aux enfers d'un pays qui fut autrefois souverain, respecté, et prospère.

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Une des affiches mensongères du Comité inter-partis opposé à l'initiative

Certains des plus jeunes qui voteront le 27 septembre n'auront connu au cours de leur adolescence qu'une Suisse ouverte aux quatre vents de la libre-circulation. Ils se préparent à un avenir difficile avec de sombres perspectives d'emploi et de carrière, écrasés par le loyer et les primes d'assurances, sans réaliser qu'il n'en a pas toujours été ainsi.

La libre-circulation a tellement eu le temps de s'installer que ceux qui se rappellent de la Suisse d'avant semblent parler d'une époque surannée. Je suis pourtant arrivé en Suisse à la grande époque des permis de travail, des quotas, des frontières gardées et d'une criminalité pour ainsi dire anecdotique. De vieux immigrés italiens installés à Renens depuis un demi-siècle pourraient vous en conter davantage ; mais tous ces gens sont bien parvenus à s'installer dans le pays sous ce régime, dont ils se souviennent d'ailleurs avec beaucoup de nostalgie.

Les adversaires du texte font comme si toute immigration allait cesser du jour au lendemain avec la fin de la libre-circulation. C'est absurde.

À l'époque des quotas, les autorités politiques travaillaient main dans la main avec les représentants de l'économie pour définir la quantité de main-d’œuvre autorisée à venir en Suisse annuellement dans chaque branche - donc, un arbitrage de ce que la Suisse était en mesure d'absorber, selon de multiples aspects. Jamais les services de santé n'auraient manqué d'aide-soignantes à cause des quotas, par exemple ; c'est ce qui rend l'affiche ci-dessus particulièrement mensongère.

Cette approche âprement négociée avait l'immense avantage de freiner les apôtres de la sous-enchère salariale. On ne pouvait pas faire venir n'importe qui de n'importe où pour faire n'importe quel travail moins cher, comme aujourd'hui. (Et je ne parle même pas de tous les étrangers qui viennent s'installer sans travailler du tout.)

Il fallait trouver certains spécialistes à l'extérieur, certes, une contrainte qui permettait aux jeunes diplômés suisses d'avoir d'excellentes perspectives de carrière, même sans expérience. Les Suisses moins bien formés avaient quant à eux des opportunités d'emploi et de formation, parce qu'on ne pouvait pas se contenter d'aller chercher dans le bassin de l'Union Européenne le moindre serveur, le moindre manutentionnaire, le moindre boutiquier, au moindre prix.

Cela permettait à l'époque des opportunités devenues quasiment impensables aujourd'hui. Former un employé ayant fait ses preuves pour qu'il assume de plus hautes responsabilités. Prendre un jeune prometteur à l'essai dans un poste pour lequel il apprendrait sur le tas. Proposer un emploi à un candidat de cinquante ans et plus.

Aujourd'hui, les employeurs ne se posent plus ces questions. Ils piochent l'individu le plus adapté dans toute l'Europe et les autochtones peuvent aller se faire voir. Les plateformes de petites annonces d'emploi en ligne sont prises d'assaut par 500 millions d'Européens qui savent qu'ils peuvent venir s'installer ici du jour au lendemain, les autorités y pourvoiront. Et si leur salaire n'est pas suffisant pour couvrir leur mode de vie, les mécanismes d'aide sociale financés par les contribuables prendront le relais.

Devant ces rivières d'argent de redistribution, les contribuables qui travaillent encore s'étonnent de voir année après année une pluie ininterrompue de nouvelles taxes...

La trahison de la gauche

L'ancien monde était tiraillé entre le patronat sauce libérale-radicale visant à diminuer le coût de la main-d’œuvre, et la gauche syndicaliste visant à préserver l'emploi et le haut niveau de salaire de ses membres. La droite agrarienne était quant à elle peu concernée par ces débats, tant qu'elle pouvait bénéficier de main d’œuvre saisonnière.

La bascule eut lieu en Suisse comme dans d'autres pays européens lorsque les édiles de la gauche décidèrent d'abandonner les travailleurs modestes au profit des immigrés, perçus comme un profil politiquement plus porteur.

En guise de Damné de la Terre, l'immigré est un meilleur poulain que le travailleur modeste parce que par définition il n'a même pas d'emploi en arrivant. Disponible en quantité illimitée, l'immigré a des besoins encore plus gros (nourriture, logement, vêtements, soins, éducation, formation) et donc d'une bureaucratie bien plus conséquente pour administrer toute cette aide dont il a si cruellement besoin. L'approche matérielle permit aussi à la gauche de vendre plus aisément le paradigme aux barons de l'économie semi-privée, en charge de pourvoir à ce nouveau marché juteux.

La libre-circulation serait l'arme de choix pour mettre en place ce nouvel équilibre. La classe moyenne serait quant à elle le dindon de la farce, obligée de financer par l'impôt sa propre disparition, vilipendée par les médias pour sa mal-pensance, martyrisée au quotidien par des doses de plus en plus fortes de vivre-ensemble...

Honnêtement, la transformation du pays est déjà très avancée. Sur le plan de la pure observation sociologique, il suffit de prendre le train ou le bus aux heures de pointes ; d'écouter les langues parlées autour de soi dans la rue ou au sortir des écoles ; d'égrener la longue litanie des revendications communautaristes ; de contempler les statistiques des prisons ; de contempler les mosquées qui se remplissent et les églises qui se vident - en attendant qu'elles brûlent, comme en France. Certes, ce phénomène concerne bien plus les villes que les campagnes, mais les campagnes ne resteront pas éternellement à l'abri. Elles subiront le même sort que le reste, avec juste un peu de retard.

Le vote du 27 septembre 2020 est un baroud d'honneur, pour ceux qui en ont encore. Il est peu probable d'ailleurs qu'il change quoi que ce soit, même si l'initiative pour modérer l'immigration est acceptée. La classe politique suisse a refusé le vote du 9 février 2014 et les citoyens ne lui en ont pas tenu rigueur ; il est donc tout à fait improbable que le traité de libre-circulation avec l'Union Européenne soit dénoncé, même si le Oui l'emporte.

04 février 2020

Les votes liberticides du 9 février

Le 9 février arrive à grands pas - nous sommes déjà dans la dernière ligne droite de la votation qui présente deux objets au peuple: l'initiative "Davantage de logements abordables", et le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. (Les Vaudois auront aussi la chance de voter pour Juliette.)

prise de position,votation du 9 février 2020Le premier de ces deux textes, "Davantage de logements abordables", semble promis à l'échec selon les sondages. Il n'y a donc pas de raisons de s'y attarder outre mesure. L'initiative issue de la gauche demande grosso modo que 10% des nouveaux logements construits soient à "loyer modéré". Comme d'habitude, mais c'est inévitable lorsqu'on dépose une initiative fédérale, le règlement devra avoir un effet sur toute la Suisse ; les Cantons et Communes qui n'ont pas encore le merveilleux droit de spoliation préemption devront s'en doter afin de mener à bien leur nouvelle mission.

Pour utiliser correctement une formule souvent creuse, l'initiative pointe du doigt les bons problèmes mais y apporte de mauvaises solutions. Ici, le problème est la cherté des loyers. Le logement est cher en Suisse, en particulier dans certains centres urbains. Mais, on le sait parce que l'évolution des prix le montre clairement, cette pression est due à l'immigration de masse depuis 2002 et la libre-circulation (exemple dans le Canton de Vaud). Les gens le savent très bien. Essayer de construire des logements à bas coût (et de qualité inférieure, on ne va pas se mentir) sans s'attaquer au problème de base de l'afflux d'immigrés en Suisse ne résoudra évidemment rien. De plus, et j'en ai des exemples jusque dans ma ville de Renens, l'attribution de ces logements préférentiels ne sera certainement pas à l'avantage des Suisses, mais plutôt à celui des immigrés, forcément plus mal lotis.

Bref, poubelle.

Le second objet porté au vote est nettement plus intéressant, le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. La loi combattue fait de toute "incitation à la haine ou à la discrimination" [C'est moi qui souligne] une personne en fonction de son appartenance sexuelle un crime puni jusqu'à trois ans de prison. Les "LGBTQI+" (selon le dernier acronyme connu) rejoindront donc ainsi le club des populations protégées, comme le sont déjà les étrangers, les personnes de couleur et les musulmans.

(C'est vrai, le texte de loi mentionne de façon large "l'appartenance raciale, ethnique ou religieuse" ou "l'orientation sexuelle", mais j'attends encore la moindre condamnation contre quiconque insulte un Suisse, un blanc, un chrétien, et, à partir du 9 février, un hétérosexuel.)

Le texte est détaillé mais vise très, très large. Un "geste" est ainsi un motif suffisant pour enfreindre la loi...

Je pourrais rappeler que les lois de censure provoquent l'abêtissement du discours et renforcent précisément les préjugés contre les gens qu'elles sont censées défendre, mais ce serait prêcher dans le désert. Ces propos ne toucheront déjà plus grand-monde en Suisse - ce qui reste de son peuple a déjà capitulé.

Le problème n'est pas dans la diffamation ou l'insulte mais dans la pénalisation de la simple critique. Sera-t-elle encore permise? Selon la brochure, l'appréciation en sera laissée au tribunaux - une étape certainement agréable à vivre, même en ressortant acquitté. Les associations en chasse contre les pensées déviantes le savent fort bien. La suite est assez facile à deviner, puisqu'elle a déjà cours dans d'autres pays. La criminalisation de la pensée anti-LGBTQI+ donnera le champ libre à tous les promoteurs de toutes les sexualités les plus invraisemblables (je n'ose parler de perversion) pour en faire la publicité, et surtout, l'imposer aux enfants.

Le 10 février, si je publie ce genre d'image...

prise de position,votation du 9 février 2020
Gay Pride à Dublin, 2019 (source)

...Et que j'estime que ce n'est pas un très bon spectacle à offrir aux mineurs au second plan, serai-je coupable d'une odieuse Crimepensée?

Pourra-t-on encore dire qu'une image de ce genre est malsaine?

Pourra-t-on critiquer la promotion de dessins animés LGBT auprès des plus jeunes?

Pourra-t-on critiquer une école pro-trans où des enfants de 4 ans sont punis pour avoir "attribué un genre" à leurs camarades?

Pourra-t-on critiquer l'enseignement forcé des thèses LGBT jusque dans les écoles catholiques, comme en Irlande?

Comme la plupart des gens, je n'ai que faire des comportements que des adultes consentants adoptent dans leur intimité. Mais ce que nous votons le 9 février va beaucoup plus loin que cela. Il sera intéressant d'ailleurs de voir ce qui se passera lorsque surviendra une confrontation entre deux groupes protégés par la même loi contre la discrimination et l'incitation à la haine - on devine ici la collision inévitable entre les exubérants LGBT et certains musulmans à l'esprit un tout petit peu plus borné sur le sujet. Comme le résume une image:

prise de position,votation du 9 février 2020

Les deux populations étant courtisées à l'identique par les mouvements de gauche, certaines assemblées de parti promettent d'être animées lorsqu'il faudra donner priorité aux uns ou aux autres.

Grâce au vote de la majorité des Suisses, les conséquences à moyen terme du vote de ce dimanche seront très instructives.

23 janvier 2020

Une attaque vicieuse contre la Démocratie directe

Quel point commun entre l'interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle, en vote le 9 février, et l'introduction du congé paternité?

Les deux objets ont fait l'objet d'un référendum. Et pour les deux objets, la récolte de signature paraît parfois... Discutable.

Dans les deux cas, des témoignages font état de discours "mensongers" ou "induisant en erreur" le citoyen pour qu'il appose son paraphe à un référendum dont il ne comprend pas vraiment le sens, ou pire encore, qu'il croie signer en faveur du texte que le référendum appelle à combattre.

Voilà qui interpelle. Alors, après une mise en garde d'usage, creusons le sujet.

Mise en garde d'usage à l'intention des abrutis

Quelque Internaute un peu benêt, ou un troll de passage pensant semer le trouble à bon compte, pourrait m'accuser de vouloir défendre ce genre de pratique. Après tout, je soutiens ces référendums, et donc, toute signature serait bonne à prendre, n'est-ce-pas?
C'est bien mal me connaître. C'est à peu près aussi vraisemblable que de demander à Superman de savourer une bonne soupe à la Kryptonite. C'est bien simple, je déteste le mensonge. Je n'ai pas la prétention d'être infaillible, mais sincère, oui. Le mensonge est un poison dans la formation de l'opinion. Il souille une prise de décision essentielle avec des informations faussées. Je n'ai pas de mots assez durs envers ceux qui manipulent sciemment l'opinion publique.
Ce n'est pas le cas de tout le monde dans la classe politique helvétique, loin s'en faut. Suivant une trajectoire allant Trotski à Junker, de nombreux politiciens proclament avec cynisme que "la fin justifie les moyens" et mentent ou adaptent leurs positions selon l'auditoire.
Moi, non. Je pense que l'intégrité est plus importante. Avec plus de 120 articles portant sur le mot-clé "mensonges" sur ce blog, on peut sans aucun doute dire que le sujet m'interpelle. Je dénonce les mensonges à chaque fois que c'est possible.
Évidemment, je ne me suis jamais abaissé à pareilles pratiques lors de mes propres séances de récolte de signature. Je me suis toujours efforcé de présenter correctement et complètement les enjeux, partant du principe qu'un citoyen convenablement informé sera toujours un meilleur ambassadeur de votre cause qu'un autre que vous prenez pour un abruti en lui racontant des salades.

Je pense également que tous les élus qui ne sont pas de cet avis devraient être débarqués de leur poste par les citoyens dès que leur mandat est remis en jeu. Je regrette que ce ne soit pas le cas, mais si cela arrivait un jour, la politique - en Suisse et ailleurs - s'en trouverait grandement assainie.
Mais c'est une autre histoire.

Pour le texte sur la pénalisation de l'homophobie, les faits sont relatés dans 24 Heures et sur 20 Minutes. Un témoignage est rapporté le 30 mars, vidéo à l'appui, par le biais de Mathias Reynard, l'auteur du texte de loi combattu:

Le socialiste (...) est tombé par hasard sur des militants qui récoltaient des signatures contre son texte. Jusque-là, rien d'anormal. Sauf que ces militants avaient des méthodes carrément malhonnêtes, révélait vendredi «Rhône FM». D'une part, la description du texte présenté était volontairement masquée. Et d'autre part, ces militants prétendaient eux-aussi combattre les discriminations.

Manque de bol, ils ont croisé le chemin de Mathias Reynard en personne, qui a capté la scène en vidéo et l'a dénoncée publiquement. «Quand on n’a pas d’arguments, on utilise le mensonge pour duper les citoyens. Faire signer un texte homophobe en prétendant lutter contre l’homophobie. Quelle honte et quel tort pour la démocratie directe!»


Le lendemain, le quotidien vaudois reprend le sujet et se fait écho de nombreux autres cas:

L’histoire se répète dans de nombreuses villes romandes, de Bienne à Genève, en passant par Lausanne, Morges ou encore Fribourg. (...) «La technique est la même pour chacun», souligne Mathias Reynard. «Il ne s’agit pas d’un démarcheur isolé, mais bien d’une opération pilotée et répandue dans toute la Suisse», renchérit Fanny Noghero.


S'agit-il de manipulation politique ou de manipulation commerciale? Pour les dénonciateurs cités par les journalistes, unanimement à gauche évidemment, la situation ne fait aucun doute: de sournoises forces antidémocratiques, et surtout réactionnaires, sont à l’œuvre pour forcer le référendum. Le contexte relaté dans 24 Heures fait pourtant état d'une autre piste possible, que le journaliste ne prend évidemment pas la peine de suivre: la récolte de signature est le fait d'une association, Incop, travaillant (probablement contre des "dons") pour l'UDF. Le scandale révélé dans la presse mettra d'ailleurs un terme à leur partenariat.

Il est donc tout à fait possible que l'association, qui emploie une cinquantaine d'employés et sans doute des extras pas forcément bien payés, se montre bien peu regardante sur la façon dont tout ce petit monde obtient des signatures. Si des étudiants pratiquant un job alimentaire ramassent quelques francs par paraphe, auront-il tous assez de valeur morale pour ne pas tenter d'arracher une signature de plus avec quelques mensonges?

Incop n'ayant pas eu droit à la parole et aucun employé à l'origine du litige n'ayant été interrogé par les journalistes, nous en sommes à émettre des conjectures.

Deuxième acte et passage à la vitesse supérieure: le Congé Paternité.

Notre affaire rebondit plus tard, en décembre 2019, pour le Congé Paternité. Les faits sont relatés dans le 20 Minutes du 3 décembre et dans 24 Heures trois jours plus tard.

Les rédactions des deux journaux rappellent évidemment l'épisode survenu au printemps mais n'hésitent pas à faire dans la surenchère: "Congé paternité combattu par des signatures volées", titre ainsi le quotidien gratuit. Aucune exagération n'est de trop si elle peut servir à salir l'UDC par ricochet:

A l’origine du référendum, un comité composé notamment de l’UDC Suisse indique ne pas avoir mandaté d’entreprise, même si aucune section romande ne s’est publiquement engagée dans la campagne. «En démocratie directe, il est probablement juste que nous puissions voter sur toutes les questions importantes. C'est aux associations, partis et militants de choisir leurs arguments», répond Susanne Brunner, co-présidente du comité, qui reste sceptique face à ces accusations.


On admire la tournure: les faits sont rapportés à Lausanne et Vevey, où non seulement l'UDC suisse n'a pas mandaté d'entreprise pour collecter des signatures mais où les sections locales ne s'en sont pas données la peine non plus. Le journaliste se permet tout de même de lancer une pique contre "l’association Incop, habituée des récoltes contre rémunération" et "déjà été épinglée pour des faits similaires." Reste qu'Incop ne confirme pas, et le mystère d'un éventuel commanditaire...

À se demander si ces abus existent bien, parce qu'il faut tout de même être un peu endormi pour parapher un texte sans savoir de quoi il s'agit. Je rappelle le format officiel, qui laisse peu de place à la fantaisie:

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(Cliquez pour agrandir)

Finalement peu importe - l'important n'est pas dans un compte-rendu objectif des faits, mais ailleurs. Le puzzle se met en place lorsque 24 Heures précise la finalité de tout ce scandale: "une plainte pénale vise les signatures volées".

Le piège se referme

Lisons les perles de sagesse de Lucie Monnat dans son éditorial consacré à ce sujet:

Scandaleux. C’est l’unique mot qui vient à la bouche lorsque l’on évoque la manière dont certaines entreprises gèrent la récolte de signatures pour des objets politiques. (...) Deux hypothèses: soit ces racoleurs rémunérés à la signature sont malhonnêtes, soit ils n’ont aucune idée ce dont ils parlent. On soupçonne les deux. Dans tous les cas, il s’agit d’une grave atteinte à notre démocratie directe.(...)

Pauvre démocratie que le monde nous jalouse, où les idées politiques semblent avoir été taillées pour ne pas dépasser la longueur d’un tweet.

Même s’ils ne sont pas les commanditaires de la tromperie, les mandataires de ces entreprises, partis ou comités politiques, sont tout aussi responsables. Après tout, bien qu’il ne s’agisse pas de militants, ces récolteurs sont leurs ambassadeurs.

«Faites attention avant de signer!» clament certains. Non, on ne mettra pas la faute sur le citoyen. Des personnes bien informées se sont-elles aussi fait avoir. À présent, la réaction du politique à ces pratiques doit être immédiate et sans appel.

Hasard de calendrier, le «baromètre des préoccupations» de Crédit Suisse publié jeudi révèle une véritable «crise de confiance» dans les institutions du pays. Un signal alarmant. Si la confiance est rompue, c’est tout l’exercice de la démocratie directe qui est mis en question.


Parmi les figures de style obligatoire, une attaque en biais contre Trump (que vient-il faire dans cette galère?), et le ton péremptoire ("Scandaleux. C’est l’unique mot qui vient à la bouche..." ou "Non, on ne mettra pas la faute sur le citoyen.") destiné à canaliser le lecteur dans le sens voulu.

La cerise sur le gâteau est de relier cet épiphénomène à un sondage parlant d'une crise de confiance dans les institutions du pays. Parce que les politiciens qui trahissent la volonté populaire en refusant d'appliquer correctement les lois sur l'immigration, le renvoi des criminels étrangers, ou la fin de l'immigration de masse, tout cela ne compte pour rien! Pas plus que les mensonges du Conseil Fédéral jusque dans les brochures de votation. La seule crise de confiance dans les institutions du pays, ce sont les étudiants qui racontent des salades pour une signature!

Combien de signatures sont concernées, d'ailleurs? Dix? Cent? Mille? La presse détourne le regard de ce petit détail. Il faut plus de 50'000 signatures pour valider un référendum. Même si mille signatures avaient été obtenues par des moyens détournés, ce qui paraît énorme, cela représenterait encore 2% du total seulement, une paille. Et la plupart du temps, les référendums ont des milliers de signatures en trop.

Invalider les référendums

Normalement, un individu avec une centaine de points de QI devrait lire le texte d'initiative ou de référendum qu'il signe, mais admettons. Le droit fédéral actuel ne permet pas de retirer une signature une fois que celle-ci a été apposée au bas d'une demande de référendum ou d'une initiative. C'est une carence dans la loi. Il ne devrait y avoir aucun problème à ce qu'un citoyen dupé demande à retirer sa signature. La charge administrative résultante devrait d'ailleurs faire réfléchir à deux fois quiconque dupe autrui lors de la récolte.

Mais ce n'est pas ce que cherchent la gauche et les journalistes.

Le véritable objectif de toute cette agitation consiste à obtenir l'invalidation complète des référendums.

[Le] Parti socialiste neuchâtelois étudie d’autres pistes pour empoigner le problème des signatures «volées». Si la Chancellerie fédérale établit que le référendum a abouti, il contestera la décision devant le Tribunal fédéral.


Peu importe qu'une, dix, cent ou mille signatures soient concernées. Le PS souhaiterait pouvoir invalider l'entier d'un référendum à partir du moment où quelqu'un estime que son consentement a été obtenu de façon frauduleuse. Tant pis pour les milliers de citoyens qui ont apposé leur paraphe en toute connaissance de cause.

Si les juges y donnent suite, cette interprétation sonnera le glas de tout référendum. Il suffira qu'un collectif de citoyens prétende qu'on a abusé de leur crédulité pour couler le droit de recours que représente le référendum. Quelque chose me dit que cela se produira systématiquement pour les textes déposés par la droite...

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Le danger est bien réel. Le peuple n'aura pas son mot à dire, à aucun moment: le dossier sera entre les mains de la justice (la justice neuchâteloise, pour l'instant, et ce n'est sans doute pas par hasard).

Sans débat, sans vote, sans consultation populaire, les conclusions des juges feront jurisprudence.

La Constitution était la plus haute norme juridique de la Suisse, soutenue dans sa légitimité par les initiatives et les référendums. Elle fut vidée de sa substance lorsque le peuple accepta de la subordonner au nébuleux "droit international". Elle fut trahie par la classe politique lorsque celle-ci vida de son sens les rares initiatives acceptées. La disparition du référendum, qui permettait de s'opposer à une décision de la classe politique, est la suite logique du processus de démolition de la Démocratie directe - le dernier clou dans le cercueil.

Les suites de la manœuvre

Aujourd'hui, nous apprenons par divers titres de presse, dont Le Matin, que les signatures du référendum contre le Congé Paternité aurait été finalement récoltées. Le quotidien donne aussi des nouvelles des procédures en cours:

Les référendaires ont été accusés d'avoir utilisé des méthodes trompeuses et des arguments mensongers pour obtenir les signatures nécessaires. Les récolteurs annonçaient faire signer «pour» le congé paternité ou «à propos» de celui-ci.

Pour Susanne Brunner, le formulaire indiquait clairement «Non au coûteux congé paternité». Les personnes qui le signent sont majeures et elles savent ce qu'elles soutiennent, estime-t-elle. (...)

Le parti socialiste neuchâtelois a réagi et déposé une dénonciation au parquet général de Neuchâtel. Le procureur général a rejeté la plainte jugeant que les tromperies ne sont pas constitutives d'une infraction. La section cantonale pourrait aller plus loin si le référendum était validé par la Chancellerie.


L'affaire est donc toujours pendante, puisque les socialistes neuchâtelois attendent de faire recours.

21 janvier 2020

Trump à Davos, sans filtre

L'événement du jour était évidemment la venue de Donald Trump au forum de Davos.

Qu'en dit la presse romande?

  • "Trump et Greta étaient à Davos ce 21 janvier", explique 24 Heures.
  • "Trump qualifie son procès en destitution de farce", précise 20 Minutes. Le chapeau de l'article rappelle que "le Forum de Davos s'ouvre mardi avec le président américain et la militante écologiste Greta Thunberg, aux visions diamétralement opposées sur les défis environnementaux." L'éventuelle rencontre entre Trump et Greta préoccupait le quotidien au plus haut point il y a une dizaine de jours encore.
  • "Greta Thunberg-Donald Trump: une non-rencontre au sommet", annonce Le Temps.
  • "Trump et Thunberg vedettes du 50e WEF" se réjouit Le Matin.

Trump et Thunberg, Thunberg et Trump, sans cesse, comme si les deux avaient la moindre équivalence. Dans tous ces articles, les journalistes mettent sur le même plan le président élu du plus puissant pays du monde, et une adolescente mineure, pur produit de marketing médiatique, dont le père écrit ses messages sur Facebook et qui n'a strictement rien à proposer.

Et donc, face au gratin le plus prestigieux de la planète (le terme n'est plus galvaudé aujourd'hui puisque la porteuse de couettes suédoise faisait partie des invités) Donald Trump a prononcé un discours.

Le discours n'était pas très bon, forcément. Les commentateurs sont unanimes sur ce point. Pour la RTS, par exemple, il était "clairement destiné à son électorat". Alors que les électeurs américains n'ont que faire du forum de Davos? Et qu'il y avait tant d'entrepreneurs et de politiciens non-américains parmi le public?

Et comme ce discours n'était pas très bon, "bourré d'auto-promotion", "un véritable discours de campagne", on évitera évidemment d'en donner la teneur.

donald trump,médias,mensonges
Copie d'écran YouTube

Hors des selected few de Davos, le grand public sera donc préservé des mots prononcés par le Président américain. Grand bien lui fasse, car il risquerait alors d'entendre quelques détails dérangeants. Mais des vidéos existent, en attendant une transcription officielle. On peut par exemple découvrir ce passage:

L'avenir de l'Amérique... Je savais que nous étions à la veille d'une profonde renaissance économique si nous faisions bien les choses, qui génèrerait une vague d'investissement historique, la croissance des salaires et la création d'emplois. Je savais que si nous libérions le potentiel de notre peuple, si nous réduisions les impôts et la règlementation, et nous l'avons fait à un niveau jamais atteint auparavant dans l'histoire de notre pays dans un laps de temps aussi court, à corriger les accords commerciaux déséquilibrés et à exploiter pleinement l'énergie américaine, que la prospérité reviendrait à un rythme record.

Et c'est exactement ce que nous avons fait.

Et c'est exactement ce qui s'est passé depuis mon élection.

L'Amérique a gagné plus de sept millions d'emplois, un nombre impensable. Plus de trois fois les prévisions du gouvernement. Le taux de chômage est désormais inférieur à 3,5%, c'est le chiffre le plus bas depuis plus de 50 ans. La moyenne du taux de chômage de mon administration est la plus basse jamais enregistrée par un président américain.


Ah, l'économie américaine qui se porte si bien, la bourse au beau fixe (et finance ainsi les retraites des travailleurs américains, les Suisses ne peuvent pas en dire autant avec leur minable BNS et ses taux négatifs!) mais les journalistes diront toujours que c'est grâce à Obama...

Mais entrons dans le vif du sujet - les minorités, par exemple, que ce raciste de Trump piétine de son talon, n'est-ce pas? Ou les riches, pour qui il travaille exclusivement? Poursuivons donc avec cet extrait:

Pour la première fois depuis des décennies, nous ne concentrons plus simplement la richesse entre les mains de quelques-uns, nous concentrons et bâtissons l'économie la plus inclusive jamais créée. Nous élevons des Américains de toutes les religions, de toute couleur de peau. Les taux de chômage chez les Afro-américains, les Américains hispaniques et les Américains d'origine asiatique ont tous atteint des niveaux records. Le chômage des jeunes Afro-américains a atteint le plus bas niveau dans l'histoire de notre pays. La pauvreté afro-américaine a chuté au plus bas taux jamais enregistré.

Le taux de chômage des femmes a atteint son plus bas niveau depuis 1953, et les femmes représentent désormais une majorité de la main-d'œuvre américaine. Pour la première fois, le taux de chômage des anciens combattants a chuté à un niveau record. Le taux de chômage pour les Américains handicapés a atteint le meilleur chiffre de tous les temps. Les travailleurs les plus faibles, sans diplôme d'études secondaires, ont atteint le taux de chômage le plus bas enregistré dans l'histoire des États-Unis. Les salaires augmentent de manière générale et ceux au bas de l'échelle des revenus bénéficient de la plus grosse augmentation de pourcentage de leurs gains, et de loin.

Les salaires de ces travailleurs augmentent plus rapidement que la croissance des salaires des gestionnaires. Les 10% des salaires les moins élevés croissent plus que les 10% des salaires les plus élevés, quelque chose qui ne s'est jamais produit. Les chèques de paie des diplômés du secondaire augmentent plus rapidement que pour les diplômés des universités.

Le simple fait d'entrer sur le marché du travail participe également à l'extraordinaire prospérité de l'Amérique. Depuis que j'ai pris mes fonctions, plus de 2 millions de Millenials ont trouvé un emploi et leurs salaires ont augmenté de près de 5% par an, un chiffre qui était impensable, que personne n'aurait jamais osé articuler il y a trois ans. Un nombre record d'Américains âgés de 25 à 34 ans travaille maintenant. Au cours des huit années qui ont précédé ma prise de fonction, plus de 300'000 personnes en âge de travailler ont quitté le marché du travail. En seulement trois ans de mon administration, 3,5 millions de personnes ont rejoint la population active.

10 millions de personnes ont vu leur bien-être social s'élever en moins de trois ans en célébrant la dignité du travail, un pilier fondamental de notre société. (...) Le Rêve Américain est de retour, plus grand et plus fort que jamais auparavant. Nul n'en profite plus que la classe moyenne américaine. (...) L'Amérique a maintenant gagné en très peu de temps 12'000 nouvelles usines sous mon administration et ce nombre qui augmente rapidement battra le chiffre des 60'000 que nous avons perdues [sous l'administration Obama...]


Voilà ce que dit ce président raciste/fasciste/extrémiste/suprémaciste de son propre peuple et des catégories les moins favorisées.

Voilà ce que les médias européens ne veulent pas que les gens entendent. Que l'Amérique fonctionne, remporte des victoires économiques, se relève, et que le peuple américain en profite. Que les nominations de juges par Trump garantissent que son héritage perdure bien après qu'il a quitté la Maison Blanche. Imaginez! Ils pourraient se mettre à penser que les recettes de Trump fonctionnent! Qu'il est compétent! Qu'il mène son pays vers le succès!

On aimerait un dirigeant européen avec la moitié du bilan de Trump...

Les journalistes ont beau être aux premières loges, ils ne comprennent rien à Trump. Contrairement à ce qu'ils écrivent, Trump n'a pas fait un discours de campagne à destination des citoyens américains, les yeux rivés sur le Cirque de la Destitution. Trump n'est pas venu à Davos pour discutailler des défunts Accords de Paris ni des autres chamailleries climatiques, pas plus que de leurs courtisans affamés de subventions.

Trump est un homme d'affaire et il est venu à Davos pour parler affaires, battant Klaus Schwab à son propre jeu. Ce faisant, il s'est adressé à un parterre d'hommes d'affaire de premier ordre. Il les a avertis de ce qui était en train de se passer aux États-Unis. Et ceux-ci l'ont entendu, soyez-en sûrs. S'il s'est jamais éloigné de son approche analytique, c'est pour livrer un message d'espoir et d'optimisme au lieu des sermons des "prophètes de l'Apocalypse" érigés en messie par des médias complices.

Les moins idiots des invités de Davos - et ne prenez pas pour des idiots les gens qui ont mérité leur place dans ce forum - auront compris au cours de cette demi-heure de Trump sans filtre que celui-ci sera réélu à la fin de l'année. S'ils en doutaient, ils savent désormais pourquoi. Et ils devinent désormais que pour rester dans le coup, il faut investir aux États-Unis, et vite.

"La peur et le doute ne sont pas de bons modes de pensée", rappela Trump, louant "l'innovation technologique plutôt que la régulation." Qui oserait lui donner tort? En attendant, ici, dans un Vieux Continent qui n'a jamais aussi bien porté son nom, on manie la peur et le doute matin et soir, et on régule à tour de bras.

14 janvier 2020

Vaud se lance dans la justice climatique

Surprise et consternation (du grand public), explosion de joie et embrassades (des accusés), les "militants climatiques" ont été acquittés des chefs retenus contre eux, hier au Tribunal de Police au terme d'un jugement hallucinant.

Le procès en première instance faisait suite à leur action du 22 novembre 2018: dans une action coordonnée à Genève, Lausanne et Bâle, des activistes avaient simulé des matches de tennis dans les locaux du Crédit Suisse pour se moquer du sponsoring de Roger Federer et dénoncer l'implication de la banque dans, selon eux, le "financement d'actions nuisibles pour le climat."

Menée par de Lausanne Action Climat (LAC), la situation à Saint-François à Lausanne avait été la plus tendue avec une heure et demie de face à face avec la police, puis une évacuation des locaux par celle-ci. Une douzaine de jeunes refusant d'obtempérer et luttant contre leur déplacement furent identifiés.

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Les banques suisses sont régulièrement victimes de cet activisme, mais cette fois-ci le Crédit Suisse décida de porter plainte. Mal lui en a pris - il avait oublié ce qu'était devenue la justice dans le Canton de Vaud.

Procès-spectacle pour verdict de carnaval

Déterminés à refuser de payer l'amende de 600 francs reçue par chacun, les 200 francs de frais de justice afférents, et de recevoir les 30 jours-amende à 30 francs avec sursis, les accusés préférèrent porter l'affaire devant un tribunal. On comprend désormais pourquoi.

L'ouverture du procès quelques jours plus tôt avait donné le ton. Défendus gracieusement par un collectif d'avocats plus nombreux que les accusés, face à une banque avant tout soucieuse de préserver un tant soit peu son image de marque, les militants n'avaient rien à craindre. Une militante clama crânement "qu'ils avaient tous mieux à faire qu'à être face à la justice" - parce qu'il va de soi qu'on fait face à la justice parce qu'on en a envie, n'est-ce pas! - et comme on pouvait s'y attendre, le procès tourna à la farce, jusqu'à son hilarante conclusion: acquittement pour tout le monde, distribution de câlins, et pause-photo pour la victoire.

Il ne manquait plus que la distribution de pop-corn éco-conscient.

Sale temps pour la justice

Incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, les éditorialistes exultent: "le climat a gagné", clament-ils la bouche en cœur. Hélas! Ce n'est pas le "climat" qui a gagné, mais bien l'activisme politique. Les manifestants ont beau s'en réclamer, la justice climatique est à la justice ce que la musique militaire est à la musique...

En dénonçant ce verdict, les nombreux commentateurs consternés des articles de presse d'aujourd'hui voient plus loin que ces militants écofascistes - un comble pour ces illuminés qui prétendent dicter la marche du monde jusqu'au siècle prochain. Les gens normaux (c'est-à-dire, ni les journalistes, ni les magistrats du Canton de Vaud, et ni ces activistes extrémistes) relèvent que le droit de propriété s'efface devant le galimatias intellectuel des serviteurs de la "cause". L'application des lois devient optionnelle. Les sanctions n'existent plus.

On voudrait ouvrir la porte à plus de comportements dommageables pour l'ensemble de la société qu'on ne s'y prendrait pas autrement. En fait, le lendemain même, d'autres activistes en profitèrent pour investir les locaux de l'UBS, encore à Saint-François...

Une application des lois à bien plaire

La Suisse est un pays où on peut se faire condamner pour un like sur Facebook, où un excès de vitesse - sans le moindre accident - est puni plus sévèrement qu'un homicide par négligence, où déposer ses déchets devant un container plein est passible de prison ferme.

À côté de cela on peut agir comme on veut et en toute impunité contre une banque, ou une autre, ou n'importe quelle entité en fait, et même résister à la police, pour peu que cela soit justifié par "l'urgence climatique". On peut ignorer les lois sur l'immigration et la protection du territoire au nom d'une vague "crise migratoire". Celles sur les coups et blessures si elles sont destinées à des politiciens qui ne pensent pas comme il faut. Même les gouvernements cantonaux décident de ne pas appliquer des lois fédérales.

En Suisse, l'application des lois est devenue discrétionnaire. Elles s'appliquent, ou pas, selon l'orientation politique des parties en présence, la mode, l'opinion des journalistes...

Les militants écofascistes l'ont bien compris: une fois qu'on dispose de l'excuse du moment, c'est open bar.

Pour un Canton qui s'enorgueillissait jusque dans son hymne de "l'amour des lois", la chute est rude.

Malheureusement, les limites existent toujours quelque part. La justice vaudoise d'aujourd'hui a beau fermer complaisamment les yeux, elle ne fait que reculer pour mieux sauter. Une violation de propriété "au nom du climat?" Pas grave! Mais ensuite? Un petit caillassage? Une petite destruction de biens? Un léger incendie de véhicule? Une "échauffourée" avec un peu de sang qui coule? Que faudra-t-il atteindre pour qu'un bon juge oublie un instant les modes du moment et se rappelle un peu la loi qu'il a la charge de faire respecter?

On peut espérer que le pourvoi en appel du Ministère public soit géré de façon plus professionnelle, mais il y a fort à craindre que dans le Canton de Vaud la dérive idéologique du pouvoir judiciaire soit plus profonde qu'il n'y paraît.