21 mai 2017

Utopie Énergétique 2050 et autres histoires

Le peuple suisse s'est exprimé ce dimanche sur un unique objet fédéral: la nouvelle Loi sur l'Énergie (LEne). Mieux connue sous son appellation marketing de Stratégie Énergétique 2050, la loi était soutenue par l'ensemble de l'échiquier politique à l'exception de l'UDC, à l'origine du référendum. Elle passe la rampe avec facilité, récoltant 58,2% des voix.

votation du 21 mai 2017,énergie,jacques nicoletLe concept d'une vision à 33 ans de là a déjà été abordée en ces lieux. Ce monstre législatif de 77 articles divisés en 14 chapitres aura de profondes incidences sur la production et la consommation d'énergie en Suisse, qu'il s'agisse des ménages ou des entreprises. Pour ne citer que quelques-unes des 16 raisons de s'y opposer:

  • Le « nouveau départ » prévoit une réduction de la consommation d'énergie annuelle par habitant de 43% en Suisse d'ici 2035, sur la base du niveau de l'an 2000. Cela signifierait un retour aux années soixante!
  • Pour compenser en partie l'abandon injustifié de l'énergie nucléaire, [les partisans de la nouvelle loi] aimeraient construire un millier de centrales d'énergie éolienne. Ces implantations défigurent le paysage, sont mortelles pour les oiseaux, ne fonctionnent que s'il y a du vent (la Suisse n'est pas les Pays-Bas!) et on ne peut pas stocker l'électricité. Vous ne pouvez pas convertir la maison rustique de grand-père en chalet de vacances car il ne faut pas toucher aux sites protégés, mais implanter des milliers de ventilateurs avec des pales de 100 mètres c'est positif? Vous plaisantez?
  • A partir de 2029, les systèmes de chauffage à combustible seront interdits. Il est évident que le coût de remplacement des équipements (pourtant) entièrement fonctionnels sera payé par les propriétaires d'une maison, respectivement les locataires des appartements.
  • Les Suisses seront matraqués afin de réduire volontairement leur consommation d'énergie de 43% au cours des 17 prochaines années. Cependant, dans le reste du monde, des milliards de personnes consommeront toujours plus d'énergie. A quoi servira, au niveau mondial, le sacrifice pesant et couteux imposé aux Suisses? Réponse: à rien! Seulement à permettre à quelques représentants de la partitocratie de se balader, enflés comme des dindes, de dire que, grâce à lui/à elle, les Suisses sont "les premiers de la classe" dans le domaine de l'énergie. Le Roi Soleil compresse les citoyens de taxes pour se faire beau aux yeux du monde avec son palais royal fastueux de Versailles. Le principe est le même.


Et, reprenant l'interrogation de Lorenzo Quadri, "comment le PLR a pu approuver cette loi « politiquement correcte » qui se trouve à mi-chemin entre la fable et la catastrophe programmée reste un mystère pour moi."

Les Suisses ont décidé dans la joie et la bonne humeur que la suppression de l'électricité nucléaire pourrait se faire sans douleur, mais, bizarrement, ressentent la nécessité de se doter d'un véritable arsenal législatif contre la consommation d'énergie pour y parvenir. Nous aurons bien le temps de constater dans les 33 prochaines années comment la douce transition énergétique, critiquée jusqu'en Allemagne, se transformera en enfer quotidien pour les Helvètes - et ruinera leur industrie.

Doris Leuthard, à l'origine de la loi, aura 87 ans en 2050.

 


 

Ailleurs, dans le Canton de Vaud, le ticket de gauche est sorti grand vainqueur de l'élection. Béatrice Métraux retrouve son siège au Conseil d'État, accompagnée de la socialiste d'extrême-gauche Cesla Amarelle, Dhimmi d'or 2016, immigrationniste forcenée et farouche ennemie de la démocratie directe. Malgré l'apparente continuité dans la répartition des sièges, le Canton souffrira sans aucun doute d'un virage massif vers la gauche.

Le ticket de centre-droit de Jacques Nicolet et Isabelle Chevalley n'a pas réussi à passer la rampe. La partie était difficile mais la victoire possible ; les états d'âme des électeurs de centre-droit (chiffres à venir) auront probablement précipité la victoire de la gauche. Comme l'affirma avec une hautaine suffisance un électeur PLR au Marché de Renens, "moi il y a trois lettres pour lesquelles je ne voterai jamais, U, D, C." Qu'il se réjouisse donc ce soir de l'élection de Mme Amarelle!

Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis, dit-on, mais ce verdict serait bien sévère pour les nombreux militants et responsables du PLR - au premier chef desquels les trois Conseillers d'État réélus! - qui se battirent sincèrement jusqu'au dernier moment pour essayer de faire pencher la balance. A l'inverse des sympathisants du PLR, ils étaient conscients des enjeux.

 


 

Dans le reste de la Suisse, les Genevois viennent une nouvelle fois de refuser la hausse des tarifs de leurs transports publics, infligeant une gifle réjouissante à leur classe politique. Les écoliers zurichois continueront d’apprendre deux langues étrangères, l’anglais et le français, avant d’entrer au secondaire, leurs parents ayant refusé à plus de 60% une initiative demandant une seule langue dans ce cycle. Enfin, les Bernois ont refusé à 54,3% un crédit de 105 millions de francs pour l’octroi de l’aide sociale en matière d’asile, estimant que les fonds de la Confédération étaient largement suffisants.

Un panel complet des objets soumis au vote ce 21 mai se trouve ici.

18 mai 2017

Biffer ou gagner: les Vaudois à l'heure du choix

Dans quelques jours le dénouement de ces élections vaudoises 2017 aura lieu - avec à la clef la couleur politique de la majorité au Conseil d'État. Qui l'emportera? Le ticket socialo-écologiste Amarelle/Métraux ou le ticket UDC-vert-libéral Nicolet/Chevalley?

Le premier choix est celui de la poursuite de la majorité de gauche au Conseil d'État. En reconduisant Béatrice Métraux et en adoubant Cesla Amarelle en remplacement d'Anne-Catherine Lyon, l'équilibre des forces resterait apparemment inchangé. Cependant, la substitution de la relativement modérée Mme Lyon par une des personnalités les plus à gauche du Parti Socialiste, Mme Amarelle, aurait de lourdes conséquences. Maniant avec talent le double-langage, Cesla Amarelle sait adapter son discours à ses interlocuteurs - et même la réalité. Mais ceux qui l'ont pratiquée à Berne le savent bien, en dépit des paroles apaisantes, lors des prises de décisions ils sont en face de la plus hargneuse des idéologues.

Bien que rien ne change dans la couleur des sièges, l'élection de cette personnalité clivante, méprisant la démocratie directe et arc-boutée dans l'accueil migratoire, garantit un net virage à gauche du Conseil d'État.

Le second choix est celui d'un retour à la normalité. Ce retour à la normale s'inscrit dans la logique de représentativité des courants politiques du Grand Conseil, mise à mal depuis le décès de M. Jean-Claude Mermoud en 2011. Jacques Nicolet, agriculteur de Lignerolle, incarne cette ligne.

La gauche montant aux barricades dès que son emprise est menacée, le retour à un équilibre au Conseil d'État est donc l'enjeu d'une haute lutte. Pour forcer la décision, les forces du centre-droit (Vert-libéraux, PLR et UDC) se sont ralliées au ticket initialement prévu pour le premier tour, lançant dans l'arène Isabelle Chevalley aux côtés de M. Nicolet pour le second.

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M. Nicolet et Mme Chevalley, le ticket du centre-droit, sur nos stands du marché de Renens.

Cette alliance - pourtant prévue de longue date! - fait pousser de hauts cris à gauche, ce qui me fait dire que l'idée n'est pas mauvaise. Le choix de rassembler les deux noms sur un seul ticket a été abondamment discuté lors du Congrès de l'UDC Vaud et la décision mûrement réfléchie. Toutes les questions ont été abordées.

La gauche ne va elle-même pas si bien: Mme Amarelle obtint au premier tour un score décevant. Le maintien au second tour du trublion d'extrême-gauche Guillaume Morand risque bien de retirer de précieuses voix au ticket Amarelle/Métraux. La perspective d'un retour à l'équilibre de centre-droit au Conseil d'État est donc réelle, et dynamise la campagne.

Épaulés par un PLR très engagé pour faire revenir la majorité à droite, la campagne du second tour est renouvelée. La mobilisation est au maximum ; nous nous réjouissons d'ailleurs d'accueillir à nouveau M. Nicolet et Mme Chevalley au Marché de Renens le 20 mai.

Les électeurs se mobiliseront-ils? Et s'ils se mobilisent, accepteront-ils de jouer le jeu d'un ticket de centre-droit?

L'élection se jouera là-dessus. La gauche est très forte dans la discipline de vote. Peu importe les (nombreuses) tensions entre écologistes et socialistes, les sympathisants de gauche savent mettre leur poing dans la poche le jour du scrutin pour arracher le pouvoir. À droite, on est plus volage: on panache, on biffe, on réorganise, on se fait plaisir, comme si au mépris de la loi des grands nombres l'électeur lambda s'imaginait que la composition du Conseil d'État ne dépend que de lui. Cette attitude presque poétique se paye lourdement dans les urnes.

La réalité est plus prosaïque. Face aux forces en présence, la seule chance de l'alliance de centre-droit de l'emporter est de voter bloc. Qu'ils soient PLR, UDC ou Verts-libéraux, si les électeurs commencent à biffer Mme Chevalley ou M. Nicolet pour quelque raison que ce soit, le résultat sera immédiat: aucun des deux ne sera élu.

Les statistiques du vote seront bien sûr scrutées de près par les états-majors politiques en vue de futures alliances, mais ne nous leurrons pas. Si les électeurs de centre-droit ne sont pas capables d'autodiscipline, la majorité de droite du Conseil d'État ne sera pas retrouvée.

16 mai 2017

Stratégie Énergétique 1984

Faisons un peu de politique-fiction. Dans un univers à peine parallèle, nous sommes, nous aussi, en 2017. Notre monde est identique à un détail près: dans le passé, le peuple suisse, dans sa grande sagesse, décida de voter bien des années plus tôt un programme ambitieux sur sa Stratégie Énergétique. Cette année-là, en 1984 exactement, le peuple suisse érigea une ligne de conduite progressive en matière de production, de consommation et de taxation de l'énergie, dont les derniers effets se déploient aujourd'hui.

Pourquoi 1984, demanderez-vous? Cela n'a pas de rapport avec le roman au titre éponyme. Mais 33 années séparent 1984 de 2017 - le même intervalle qui sépare 2017 de 2050, où nous attend la fin de l'application de la Stratégie Énergétique sur laquelle nous votons le 21 mai.

1984, ça fait loin. Nombre d'entre vous n'étaient pas encore nés. Les autres vivaient leurs premières années. Mais déjà l'écologie - l'écologie politique s'entend - s'immisçait dans toute la sphère médiatique. À l'époque, les écologistes allemands (des communistes recyclés, le parti communiste étant alors interdit en RFA) tiraient la sonnette d'alarme contre les pluies acides prétendument provoquées par les usines du pays, montrant quelques photos d'arbres à la cime rabougrie et expliquant qu'il s'agissait du signe annonciateur de la mort de la Nature.

1984, c'était plus de dix ans après les sinistres prédictions du Club de Rome - un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu'en développement. L'assemblée au CV irréprochable publia en 1972 un célèbre opus, "Halte à la croissance ? : Rapport sur les limites de la croissance", décrétant la pénurie prochaine et inéluctable du pétrole, de l'argent, du chrome, du zinc, de l'étain, du plomb, du cuivre, de l'uranium, du nickel et de quelques autres ressources, le tout assorti de dates précises et scientifiquement calculées. Il fallait changer radicalement notre mode de vie pour nous épargner l'Apocalypse:

Si rien n’était fait pour contrôler la croissance de la population mondiale (3,8 milliards d’individus à l'époque), nous allions bientôt assister à une gigantesque catastrophe économique, écologique et humaine ; les terres cultivables viendraient à manquer, les ressources naturelles seraient épuisées et la pollution rendrait toute vie sur terre pratiquement impossible.

(...) Prenons l’exemple du pétrole : à l’époque où le Club de Rome publie The Limits to Growth, on évaluait les réserves prouvées de pétrole à quelque chose comme 583 milliards de barils et la consommation annuelle tournait à environ 18,8 milliards de barils par an ; de là, en posant l’hypothèse d’une consommation stable de pétrole, on estimait que le stock serait épuisé 31 ans plus tard ; c’est-à-dire en 2003.


Quatorze ans après la date fatidique, les producteurs se battent pour essayer de faire remonter les prix...

4794857_6_a841_dans-les-annees-1970.jpgEn 1984, certains croyaient mordicus au Refroidissement Climatique:

L'hypothèse d'un refroidissement climatique connut un certain succès dans les années 1970. Ainsi, le journal américain Newsweek, dans son édition du 28 avril 1975, publia dans sa rubrique science un article à retentissement intitulé "The cooling world". Le 24 juin 1974, Time avait également couvert ce sujet. Cette question nourrit les écrits de nombreux auteurs, dont les écrits du physicien Carl Sagan ou le livre The Weather Conspiracy: The Coming of the New Ice Age. Le Los Angeles Times titra pour sa part en 1978 "No End in Sight to 30-Year Cooling Trend in Northern Hemisphere". De même, Lowell Ponte consacrait à la question un ouvrage en 1976, intitulé The Cooling.


Il faut bien comprendre que chacun de ces thèmes était parfaitement validé par la doxa en place. C'était scien-ti-fique.

On pourrait continuer longtemps.

Évidemment, il est facile de se moquer des errements des générations précédentes. Elles ne disposaient pas des moyens technologiques avancés de notre époque - de même que nous n'avons pas la technologie et la compréhension dont nos descendants disposeront.

Et c'est pour cette raison qu'il est certainement absurde de légiférer sur les décennies à venir alors que nos connaissances sur le monde évoluent. En 1984, une Stratégie Énergétique proposée au peuple aurait probablement préconisé un rationnement de l'essence, une taxe évolutive sur tous les matériaux menacés de pénurie à l'échelle mondiale, et une obligation de surdimensionnement des chaudières pour faire face au refroidissement climatique.

Que penserions-nous aujourd'hui de belles âmes approuvant en 1984, sur la base des données et des théories scientifiques disponibles, un carcan législatif contraignant et décalé sur les trente années suivantes? Nous les trouverions naïves et pétries d'orgueil. Certains porteraient un regard bienveillant face à leur désir de bien faire, tout en regrettant leur fourvoiement et l'appauvrissement généralisé qui s'ensuivit. D'autres porteraient un jugement plus sévère, soulignant les erreurs de raisonnements, les estimations fantaisistes, la fausse urgence, ou les profiteurs cyniques se gavant de profits aux dépens du plus grand nombre grâce aux aménagements d'une loi inutile.

En fait, ces gens porteraient sur leurs ancêtres le même regard que porteront sur nous les Suisses de 2050, une fois la Stratégie Énergétique du même nom adoptée ce 21 mai.

02 mai 2017

UDC Vaud et Verts-libéraux s'allient !

Autres temps, autres mœurs. Réunis à l'hôtel de ville de Bussigny lundi soir, les délégués de l'UDC Vaud ont accepté une stratégie originale et audacieuse dans l'espoir d'envoyer leur candidat Jacques Nicolet au Conseil d'État au second tour.

L'ambiance de ce début de congrès était relativement morose. Certes, aucune catastrophe à déplorer comme celles qui émaillèrent les élections valaisannes ou neuchâteloises, mais le parti agrarien était en recul avec la perte de deux sièges au Grand Conseil. Quelques candidatures prometteuses échouèrent à passer la rampe comme Lena Lio fâchée des Verts-libéraux, ou Christine Bussat de la Marche Blanche. La dynamique du PLR et les scandales et divisions qui affectèrent l'UDC Vaud expliquèrent ces douleurs, sans les apaiser.

Le Premier tour de l'élection au Conseil d'État incarna au contraire une sorte de soulagement. Certes, Jacques Nicolet restait dans une position délicate, mais avec 40% des suffrages il n'était pas battu d'avance comme les médias et la gauche le prévoyaient, et faisait même un score étonnamment bon. Les sortants socialistes élus au premier tour obtenaient moins que leurs homologues PLR. Nuria Gorrite fut la moins bien réélue des sortantes et Cesla Amarelle réalisa une contre-performance. Les chances de victoire de Jacques Nicolet restaient maigres, mais pas nulles.

Dans cet esprit, les responsables de l'alliance PLR-UDC se réunirent dès 6h30 du matin lundi pour élaborer une stratégie politique en vue du second tour. Plusieurs stratégies drastiques furent évoquées (introniser un nouveau candidat PLR sur le ticket, changer de candidat UDC...) et balayées tout aussi vite. La seule option réaliste restant sur la table fut celle d'une alliance avec les Verts-libéraux. Restait à la soumettre aux délégués UDC lors de leur congrès d'hier soir.

Après le choc initial de la révélation de cette nouvelle stratégie, les membres dans la salle écoutèrent patiemment les nombreux orateurs venus défendre la cause de l'alliance. Jacques Nicolet, Kevin Grangier et Michaël Buffat soutinrent le projet ; ils furent épaulés plus tard dans la soirée par plusieurs ténors du PLR venus appuyer la nécessité de cette solution.

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Olivier Français succède à Philippe Leuba à la tribune pour plaider une alliance élargie.

Bien que réticent de prime abord, il me sembla progressivement que cette alliance faisait sens. Listons quelques arguments délivrés au cours de la soirée.

L'UDC a refusé une alliance avec les Verts-libéraux au premier tour. Plusieurs délégués argumentèrent que le second tour était une nouvelle élection à part entière dans laquelle il fallait repartir de zéro ; c'est d'autant plus vrai que les partis peuvent carrément changer de candidat entre les deux scrutins, comme le firent d'ailleurs les Verts-libéraux en troquant François Pointet pour Isabelle Chevalley. L'alliance avec les Verts-libéraux avait été refusée pour le premier tour, mais à l'époque le PS n'avait pas encore choisi ses candidats et beaucoup espéraient que les socialistes viennent avec une personnalité moins clivante que l'extrémiste Cesla Amarelle (par ailleurs lauréate du Dhimmi d'or 2016). Le "Tout sauf Amarelle" aura amené nombre de délégués à une plus grande ouverture d'esprit.

Les Verts-libéraux votent trop à gauche. D'autres avancèrent des divergences quant aux éoliennes ou tout simplement la stratégie énergétique 2050, soutenue par les Verts-libéraux et combattue par l'UDC. On y répondit d'une part que le PLR était exactement dans le même cas de figure, mais que le partenaire traditionnel de l'UDC lui était également opposé sur nombre de dossiers (renvoi des criminels étrangers, immigration de masse, relations avec l'UE...) sans pour autant empêcher les rapprochements électoraux.

Le PLR est-il un partenaire fiable? Si on ne peut pas présager de la réaction individuelle de chaque citoyen, Philippe Leuba rétorqua que 85% des électeurs du PLR jouèrent le jeu et votèrent en bloc pour l'alliance de centre-droit, bien mieux que ce que les sondages annonçaient. Comme preuve de la bonne foi de son parti, le Conseiller d'État rappela également que lors du premier tour le PLR avait déjà proposé une alliance élargie PLR-UDC-Verts-libéraux, mais y renonça face au refus de l'UDC. Les délégués libéraux-radicaux se plièrent à ces conditions... Et choisirent l'UDC comme partenaire.

Les électeurs PLR se mobiliseront-ils? Bien que certains pensent que le "PLR a tout gagné", ce n'est pas exact. Il y a encore dans la balance la majorité au Conseil d'État et la présidence de celui-ci. Une victoire de la droite permettrait enfin de libérer le Canton de la paralysie qui le frappe depuis cinq ans en opposant son Grand Conseil à droite à son Conseil d'État à gauche. L'alliance élargie permet de relancer l'intérêt pour l'élection (il n'y a qu'à lire les titres de la presse aujourd'hui!) et pourrait donc mobiliser un public plus large, ce qui est le but.

Et si tout cela ne sert qu'à faire élire Isabelle Chevalley? D'aucuns reconnurent que face à la perspective d'une Cesla Amarelle, même ce cas de figure serait plus favorable au Canton. La logique électorale et les résultats du premier tour montrent que les blocs UDC et PLR réunis - même sans biffer personne - ne suffisent pas à rassembler une majorité. La seule et unique chance d'amener une majorité de droite au Conseil d'État est d'élargir la base électorale. Le ticket commun du second tour est une alliance de raison.

Toutes les configurations issues de ce nouveau ticket PLR-UDC-Verts-libéraux sont meilleures qu'un échec solitaire de Jacques Nicolet ; deux candidats de centre-droit affronteront deux candidates de gauche. L'élection de Mme Chevalley ou de Jacques Nicolet, ou, rêvons, des deux, sera toujours un résultat supérieur à la victoire de la gauche!

Bien que certains délégués expriment leurs doutes en public (et soient donc abondamment cités dans la presse) les trois quarts des interventions, parfois suivies d'applaudissements nourris, furent en faveur de la solution de l'alliance. Le résultat ne se fit donc pas attendre avec une écrasante majorité en faveur de cette option - 110 voix pour, 2 contre et 17 abstentions.

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Préavis du Comité Central:
- Acceptez-vous de créer une liste PLR-UDC-Verts-libéraux pour le 2e tour
de l'élection au
Conseil d'État comportant le nom du candidat
de l'UDC et du candidat des Verts-libéraux?

Le choix d'hier soir aura pour effet de faire apparaître le ticket Nicolet-Chevalley sous trois dénominations de parti dans le livret de vote (PLR, UDC et Verts-libéraux). De plus, l'accord modifie le fragile équilibre du Grand Conseil en poussant les députés centristes de ce parti dans les rangs d'une alliance plus solide de centre-droit. Enfin, les citoyens vaudois auront appris ce matin que Guillaume "Toto" Morand se lance pour le second tour au Conseil d'Etat ; le trublion d'extrême-gauche, fort de ses 9% de dimanche, jouera donc les trouble-fêtes dans une élection plus incertaine que prévu.

Les candidats étant désormais choisis, le centre-droit part avec de réelles chances pour le second tour du Conseil d'État. Nous verrons si les citoyens valident la stratégie de l'UDC dans sa volonté d'ouverture au centre.

30 avril 2017

Vaud: guerre de positions entre la droite et la gauche

Les élections vaudoises ont eu lieu ce dimanche. Le Grand Conseil est sous toit. La composition du Conseil d'État sera quant à elle finalisée lors d'un second tour prévu pour le 21 mai.

C'est dans la grande Salle de Spectacle de Renens que votre humble serviteur passa une bonne partie de son dimanche, convoqué comme des dizaines d'autres personnes au dépouillement. Candidat au Grand Conseil sur la liste UDC du district de l'Ouest Lausannois, je partageais ma table avec M. François Delaquis, sympathique candidat sur la liste socialiste, et nous travaillâmes de concert au comptage des bulletins.

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Le jour du dépouillement, juste avant le début des opérations.
(cliquez pour agrandir)

L'opération, lente et procédurière, permet le contact le plus direct qui soit avec la volonté des électeurs - la fameuse vérité lue au fond des urnes. La gauche fit un carton à Renens, mais il s'agit d'un de ses bastions depuis vingt ans. À titre personnel, je remercie les 1'282 électeurs de l'Ouest Lausannois qui me firent confiance, me plaçant en tête de mon parti à Renens et cinquième sur l'ensemble du district. Le résultat s'avère insuffisant pour m'ouvrir les portes d'une carrière cantonale, mais reste honorable au vu de ma modeste campagne!

Sur l'ensemble du canton, les résultats sont nuancés, comme en témoigne la répartition politique du nouveau Grand Conseil.

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Diverses formations politiques gagnent et perdent quelques plumes sans que les équilibres fondamentaux ne soient bouleversés. À gauche, le PS perd trois sièges en faveur des Verts (+2) et du centre. En perte de vitesse, l'extrême-gauche parvient à se maintenir. À droite, l'UDC perd deux sièges, le PLR en gagne trois.

Si on peut saluer la progression du PLR, le maintien de l'UDC est relativement satisfaisant dans la mesure où le parti a dû affronter de nombreuses crises internes (largement par sa faute d'ailleurs) comme la gestion pitoyable de l'affaire Fabienne Despot - qui n'a pas été réélue - et la crise artificielle amenant à l'éviction de Claude-Alain Voiblet et, dans la foulée, la création d'un nouveau parti concurrent de l'UDC en Ville de Lausanne. Dans la guérilla entre les deux formations UDC et Parti Libéral Conservateur, CA Voiblet ne réussit d'ailleurs pas le pari de se faire élire au Grand Conseil sous ses nouvelles couleurs. C'eût été un exploit. Pour l'UDC vaudoise, l'exploit aurait été d'atteindre les 30 sièges espérés.

La majorité relative du Grand Conseil, figurée par la ligne pointillée ci-dessus, reste donc à droite. Les réserves d'usage s'appliquent: non seulement cette majorité est fortement tributaire de l'assiduité des députés, mais on peut aussi douter de la solidité de la fibre bourgeoise de nombreux élus du centre-droit. Ceci dit, la gauche souffre de ses divisions, et au centre la multiplication des formations croupion amènera à un gros travail de persuasion et d'alliance sur le moindre dossier.

Il faudra donc du recul et de la discipline dans les rangs de la droite, et beaucoup, car le Conseil d'État se profile toujours vers une majorité de gauche. Cinq élus sortants - deux socialistes, trois PLR - sont réélus dès le premier tour, laissant deux places vacantes aux trois derniers candidats sérieux: Béatrice Métraux (Verts), Cesla Amarelle (PS) et Jacques Nicolet (UDC). L'un d'eux restera sur le carreau au soir du second.

À moins d'une improbable alliance de la onzième heure entre l'UDC et les Verts Libéraux, le choix dépendra donc de la mobilisation et de la discipline des électeurs, en particulier des électeurs du PLR. Comme les sondages le montrèrent et comme mes propres observations le confirmèrent, de nombreux sympathisants libéraux-radicaux décidèrent de biffer l'agriculteur de Lignerolle du bulletin de vote de l'alliance du centre-droit. Agissant ainsi, ils ouvrent une voie royale à un nouvel exécutif de gauche dans le canton.

M. Nicolet n'est pas parfait et n'a pas prétention de l'être, et j'imagine la réticence de nombreux électeurs PLR à tolérer sa présence sur leur bulletin. Mais est-ce vraiment une stratégie pertinente si l'effet est de propulser à sa place une Cesla Amarelle ou réélire une Béatrice Métraux? Le comprendront-ils? Réponse le 21 mai.

26 avril 2017

RASA se retourne contre ses auteurs

Après un long suspense le Conseil Fédéral vient de livrer sa décision: il n'y aura finalement pas de contre-projet à l'initiative RASA. La réponse vient le dernier jour du délai légal pour pareille annonce et traduit le malaise dont sont empreintes les hautes sphères.

L'initiative RASA pour Raus aus der Sackgasse, "pour sortir de l'impasse", visait à annuler le vote du 9 février 2014 et l'initiative victorieuse de l'UDC contre l'immigration de masse. Au lieu de trahir la volonté populaire comme le fit le Conseil Fédéral en mettant en place une fausse stratégie d'application, les initiants respectèrent la démocratie de façon irréprochable en suivant un principe simple: ce que le peuple fait, il peut le défaire.

Ce principe dérange les élites au plus haut point.

initiative,immigrationEn effet, imaginer que le peuple puisse défaire ce qu'il a fait - en d'autres termes, changer d'avis et le faire savoir - est un principe à double tranchant. S'il permet éventuellement de "sortir de l'impasse" la Suisse face au choix effectué le 9 février, il permet également de revenir sur d'autres autorisations accordées, comme la libre-circulation, voire les accords bilatéraux entiers. Pour une classe politique dont la satisfaction ne se mesure qu'à l'aune des compliments ou des remontrances venues de Bruxelles, pareille incertitude est tout bonnement intolérable.

C'est au nom de cette "stabilité institutionnelle" bien pratique que le Conseil Fédéral chercha à tout prix à doter l'initiative RASA de non pas un, mais carrément deux contre-projets. L'idée était de noyer le poisson dans la confusion générale, concoctant un amas législatif mal ficelé qui aurait au mieux amené le comité à retirer son texte, et au pire échoué devant le peuple avec une campagne incompréhensible quant à ses enjeux (toute ressemblance avec RIE III est purement fortuite.)

Malheureusement, le plan génial de Simonetta Sommaruga se heurta à deux écueils, plus qu'il n'en fallait pour envoyer le tout par le fond.

  • Les contre-projets ne réussirent pas à passer la rampe au National.
  • Le comité RASA, fort de ses 100'000 signatures, refuse obstinément de retirer son texte.

Les manœuvres politiques ne sont pas toujours couronnées de succès. En l'occurrence, le Parlement a désormais un an pour traiter l'initiative RASA - c'est-à-dire, la soutenir ou non - avant qu'elle ne soit soumise au vote populaire.

Le piège se referme donc. En termes législatifs, RASA est l'opposé exact de l'initiative contre l'immigration de masse. Celle-ci rajoutait l'article 121a à la Constitution, RASA se propose de l'enlever. Aucune fioriture là-dedans, la simplicité était le but.

Autrement dit, le peuple va être amené confirmer ou non son vote du 9 février 2014 - bien la dernière chose que souhaitent nos élus!

Depuis 2014 la situation migratoire ne s'est guère arrangée. Le Temps relaie les doutes exprimés dans les couloirs de Berne: d'après une majorité des partis, RASA est jugée aujourd'hui "encombrante et vouée à un échec retentissant dans les urnes". Et de transmettre ensuite un message limpide: "le comité d’initiative peut retirer son texte jusqu’au jour où le Conseil fédéral fixe la date du vote populaire." Alors, messieurs, qu'attendez-vous?

Jusqu'ici, on voit mal au nom de quelles avancées obtenues le comité d’initiative déciderait de se retirer. La seule menace crédible est celle d'un rejet massif de RASA dans les urnes. Non seulement la votation viendrait alors renforcer le camp du vote du 9 février - un comble! - mais elle tomberait probablement quelque part durant l'année 2019, soit en pleine année électorale. L'actualité fédérale sera chargée avec d'autres objets sur la table, comme l'initiative UDC sur la primauté du droit suisse sur le droit international ou une future initiative de l'ASIN demandant l'abrogation de l'accord sur la libre-circulation des personnes.

Nul doute que le téléphone d'Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel et membre du comité d'initiative, doit souvent sonner ces jours. La pression sur ses épaules est maximale. Nous verrons si les gauchistes à l'origine de RASA se rangent à la realpolitik de leurs aînés du Parlement, ou défendent jusqu'aux bout la démocratie directe dont ils se réclament.