21 mai 2017

Utopie Énergétique 2050 et autres histoires

Le peuple suisse s'est exprimé ce dimanche sur un unique objet fédéral: la nouvelle Loi sur l'Énergie (LEne). Mieux connue sous son appellation marketing de Stratégie Énergétique 2050, la loi était soutenue par l'ensemble de l'échiquier politique à l'exception de l'UDC, à l'origine du référendum. Elle passe la rampe avec facilité, récoltant 58,2% des voix.

votation du 21 mai 2017,énergie,jacques nicoletLe concept d'une vision à 33 ans de là a déjà été abordée en ces lieux. Ce monstre législatif de 77 articles divisés en 14 chapitres aura de profondes incidences sur la production et la consommation d'énergie en Suisse, qu'il s'agisse des ménages ou des entreprises. Pour ne citer que quelques-unes des 16 raisons de s'y opposer:

  • Le « nouveau départ » prévoit une réduction de la consommation d'énergie annuelle par habitant de 43% en Suisse d'ici 2035, sur la base du niveau de l'an 2000. Cela signifierait un retour aux années soixante!
  • Pour compenser en partie l'abandon injustifié de l'énergie nucléaire, [les partisans de la nouvelle loi] aimeraient construire un millier de centrales d'énergie éolienne. Ces implantations défigurent le paysage, sont mortelles pour les oiseaux, ne fonctionnent que s'il y a du vent (la Suisse n'est pas les Pays-Bas!) et on ne peut pas stocker l'électricité. Vous ne pouvez pas convertir la maison rustique de grand-père en chalet de vacances car il ne faut pas toucher aux sites protégés, mais implanter des milliers de ventilateurs avec des pales de 100 mètres c'est positif? Vous plaisantez?
  • A partir de 2029, les systèmes de chauffage à combustible seront interdits. Il est évident que le coût de remplacement des équipements (pourtant) entièrement fonctionnels sera payé par les propriétaires d'une maison, respectivement les locataires des appartements.
  • Les Suisses seront matraqués afin de réduire volontairement leur consommation d'énergie de 43% au cours des 17 prochaines années. Cependant, dans le reste du monde, des milliards de personnes consommeront toujours plus d'énergie. A quoi servira, au niveau mondial, le sacrifice pesant et couteux imposé aux Suisses? Réponse: à rien! Seulement à permettre à quelques représentants de la partitocratie de se balader, enflés comme des dindes, de dire que, grâce à lui/à elle, les Suisses sont "les premiers de la classe" dans le domaine de l'énergie. Le Roi Soleil compresse les citoyens de taxes pour se faire beau aux yeux du monde avec son palais royal fastueux de Versailles. Le principe est le même.


Et, reprenant l'interrogation de Lorenzo Quadri, "comment le PLR a pu approuver cette loi « politiquement correcte » qui se trouve à mi-chemin entre la fable et la catastrophe programmée reste un mystère pour moi."

Les Suisses ont décidé dans la joie et la bonne humeur que la suppression de l'électricité nucléaire pourrait se faire sans douleur, mais, bizarrement, ressentent la nécessité de se doter d'un véritable arsenal législatif contre la consommation d'énergie pour y parvenir. Nous aurons bien le temps de constater dans les 33 prochaines années comment la douce transition énergétique, critiquée jusqu'en Allemagne, se transformera en enfer quotidien pour les Helvètes - et ruinera leur industrie.

Doris Leuthard, à l'origine de la loi, aura 87 ans en 2050.

 


 

Ailleurs, dans le Canton de Vaud, le ticket de gauche est sorti grand vainqueur de l'élection. Béatrice Métraux retrouve son siège au Conseil d'État, accompagnée de la socialiste d'extrême-gauche Cesla Amarelle, Dhimmi d'or 2016, immigrationniste forcenée et farouche ennemie de la démocratie directe. Malgré l'apparente continuité dans la répartition des sièges, le Canton souffrira sans aucun doute d'un virage massif vers la gauche.

Le ticket de centre-droit de Jacques Nicolet et Isabelle Chevalley n'a pas réussi à passer la rampe. La partie était difficile mais la victoire possible ; les états d'âme des électeurs de centre-droit (chiffres à venir) auront probablement précipité la victoire de la gauche. Comme l'affirma avec une hautaine suffisance un électeur PLR au Marché de Renens, "moi il y a trois lettres pour lesquelles je ne voterai jamais, U, D, C." Qu'il se réjouisse donc ce soir de l'élection de Mme Amarelle!

Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis, dit-on, mais ce verdict serait bien sévère pour les nombreux militants et responsables du PLR - au premier chef desquels les trois Conseillers d'État réélus! - qui se battirent sincèrement jusqu'au dernier moment pour essayer de faire pencher la balance. A l'inverse des sympathisants du PLR, ils étaient conscients des enjeux.

 


 

Dans le reste de la Suisse, les Genevois viennent une nouvelle fois de refuser la hausse des tarifs de leurs transports publics, infligeant une gifle réjouissante à leur classe politique. Les écoliers zurichois continueront d’apprendre deux langues étrangères, l’anglais et le français, avant d’entrer au secondaire, leurs parents ayant refusé à plus de 60% une initiative demandant une seule langue dans ce cycle. Enfin, les Bernois ont refusé à 54,3% un crédit de 105 millions de francs pour l’octroi de l’aide sociale en matière d’asile, estimant que les fonds de la Confédération étaient largement suffisants.

Un panel complet des objets soumis au vote ce 21 mai se trouve ici.

28 novembre 2016

Les Suisses disent "Oui, mais" au nucléaire

Les résultats de la votation du 27 novembre sont sous toit: à une large majorité, les Suisses rejettent l'initiative "Pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire (Initiative "Sortir du nucléaire")", évoquée ici.

Tout au long de la campagne, les médias donnèrent au projet une popularité bien plus importante que celle qui fut mesurée dimanche. Pourtant, l'échec de l'initiative était prévisible: brutale, dirigiste et enfermée dans l'idéologie, elle n'avait que bien peu de chances de réunir une majorité du peuple et des cantons. Cela n'empêcha pas les initiants d'y croire jusqu'à midi. Puis d'espérer avoir au moins la majorité du vote populaire. Puis d'espérer une "défaite honorable"... Avec 54,2% de Non, le contrat est-il rempli?

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La carte des résultats

Seuls six cantons approuvent l'initiative des Verts. 1,3 millions de personnes ont rejeté l'initiative contre 1 million qui l'ont acceptée. Selon le Matin,

La composition des camps est proche de celle qu'a connue la première initiative sur l'énergie nucléaire rejetée de justesse en 1979, avec 51% de non. La différence entre les régions était toutefois encore plus marquée lors du premier vote antinucléaire.

En 1984, les cantons latins et le Tessin, sauf Fribourg et le Valais, ont soutenu l'initiative  «pour un avenir sans nouvelles centrales nucléaires ». Dans la partie francophone, le oui ne l'a pas emporté auprès du peuple avec 49,9%, mais a fait tout de même mieux que la moyenne nationale de 45%.

En 2003, les positions exprimées par les deux régions de Suisse se sont rapprochées sur la prolongation du moratoire et « moratoire plus ». Avant de refaire le grand écart dimanche, avec une majorité entre 54 et 59% de oui, exprimés à Neuchâtel, Vaud, Jura et Genève.


On peut donc dire que le rejet du nucléaire est historiquement faible en Suisse - en dépit du nucléaire-bashing constamment servi sur les plateaux de télévision par les invités des rédactions. En outre, et les médias l'ont pour une fois relevé, les cantons qui disposent de centrales ont rejeté le texte plus massivement que la moyenne: Non à 60,5% pour Soleure ou à 56,2% pour Berne (1 réacteur dans chaque canton), Non à 63% en Argovie (3 réacteurs). Le sentiment d'insécurité abondamment distillé par les écologistes contre le nucléaire a non seulement échoué à prendre racine dans l'opinion, mais a été largement contrebalancé par les avantages économiques tirés par l'exploitation de l'atome.

"Je n'ai aucun doute que l'initiative arbitraire des écologistes sera rejetée. Toutefois, quelle que soit l'intensité de la gifle infligée par les urnes, la nouvelle débâcle sera présentée comme une victoire," écrivais-je il y a quelques semaines. Les premières analyses vont évidemment dans ce sens, car nombre de journalistes y ont immanquablement vu le signe d'un soutien de la Stratégie Énergétique 2050 - la prochaine bataille sur le thème de l'énergie.

Il faut bien le reconnaître, beaucoup de politiciens anti-nucléaires ont préféré combattre le texte des écologistes pour des raisons tactiques, préférant la sortie "progressive" du nucléaire de la Stratégie Énergétique 2050 à la sortie "brutale" prônée par les Verts. Mais la partie n'est pas jouée, car comme le font remarquer des élus de l'UDC, la Stratégie Énergétique 2050 porte sur bien davantage que l'arrêt progressif du nucléaire - un ensemble fiscal complexe de nouvelles taxes, de subventionnements et d'incitations visant à diminuer la consommation énergétique des ménages. Un vrai modèle de société!

Les prochaines échéances sur le nucléaire auront donc lieu dès 2017 si l'UDC parvient à convoquer un référendum. En attendant, je conseille aux déçus des résultats de ce week-end de souscrire à un contrat d'approvisionnement énergétique "vert" proposé par leur fournisseur si ce n'est pas déjà fait ; toutes les sociétés électriques suisses en proposent aujourd'hui. C'est un peu plus cher, peut-être, mais rien d'autre que la mise en pratique - à une échelle fort modeste - de ce qui était proposé ce week-end.

06 novembre 2016

Sortir du nucléaire, n'importe comment

Le 27 novembre, les Suisses se prononceront sur l'initiative écologiste "Pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire (Initiative "Sortir du nucléaire")".

L'initiative demande l'interdiction de la construction de nouvelles centrales et de limiter à 45 ans la durée d'exploitation légale de celles déjà en service. Bien entendu, tout cela est enrobé d'un "souhait" exprimé à la Confédération - ça ne mange pas de pain - en matière de limitation de consommation d'énergie, d'efficacité énergétique, de promotion des énergies renouvelables et de chant des petits oiseaux.

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Centrale de Mühleberg

Le titre de l'initiative est malheureusement mensonger ; en cas d'approbation, il ne s'agirait pas d'une sortie programmée du nucléaire, mais d'une sortie décrétée du nucléaire, la plus grande part étant laissée à l'improvisation. Trois des cinq réacteurs nucléaires helvétiques devraient fermer avant l'hiver 2017 (Beznau 1 et 2 et Mühleberg). Ni l'efficacité énergétique, ni les énergies renouvelables ne seraient évidemment en mesure de compenser le trou dans la production à si brève échéance. En l'occurrence, et quitte à espérer que les écologistes n'ont pas la pénurie en tête, le choix serait donc entre dépendre du nucléaire français ou du charbon allemand - au prix qu'il plaira à nos nouveaux maîtres.

Les entreprises semi-publiques propriétaires de ces centrales, soudainement victimes d'un gigantesque manque à gagner, pourraient se retourner contre la Confédération pour combler cette perte et exiger des compensations en milliards, d'autant plus qu'elles devraient alors y ajouter des coûts de démantèlement. L'addition sera évidemment pour le contribuable, le consommateur, ou plus vraisemblablement les deux. Elle sera salée.

Les campagnes de votation sur l'énergie mettent toujours l'accent sur le citoyen, puisqu'il faut le convaincre, et en grand nombre. On voit donc surgir les simplifications les plus échevelées destinées à frapper les esprits. Par exemple, substituer une source d'énergie par une autre comme dans un jeu de bonneteau - hop le nucléaire, hop le solaire, hop les éoliennes! - comme si chacune était rigoureusement équivalente. Comme si les 36% de part de marché du nucléaire dans l'approvisionnement énergétique suisse pouvaient être remplacés du jour au lendemain par les 6% péniblement atteints par les énergies thermiques, éoliennes, solaires et de biomasse combinées. Comme si l'érection de la moindre éolienne sur le précieux sol du pays n'était pas un chemin de croix face à l'opposition résolue et compréhensible des défenseurs du paysage. Comme si la construction d'éoliennes ne devait pas s'accompagner de celle de coûteuses et polluantes centrales à gaz pour suppléer à leur rendement déficient lorsque le vent ne souffle pas, ou pas assez.

Le citoyen suisse moyen n'aime peut-être pas le nucléaire, mais il a tout de même une vague idée du prix exorbitant qu'il dépense déjà en énergie taxée et n'a certainement pas envie de doubler ou de tripler la mise pour faire plaisir à une coterie d'extrémistes très loin de vivre selon leurs préceptes.

Malgré tout, le débat centré sur la facture énergétique des foyers occulte l'essentiel - car l'énergie se consomme dans bien d'autres domaines que l'éclairage domestique et la télévision. Les CFF sont d'énormes consommateurs d'énergie. Les entreprises industrielles tout autant. Pour ces acteurs-là, l'initiative des écologistes bouleverserait leurs coûts. Les CFF n'auraient sans doute guère de scrupules à infliger une nouvelle hausse de tarif à leurs clients asservis, mais d'autres n'auraient le choix qu'entre délocaliser ou mettre la clef sous la porte, avec la casse sociale que l'on imagine.

Aussi, je n'ose même pas évoquer la suite de l'histoire jusqu'en 2050 tant cette fable n'a pas de sens - sauf à essayer de se figurer comment une Suisse ruinée et en crise pourrait essayer de s'infliger quelques impôts supplémentaires pour subventionner des entreprises d'isolation ou du courant "durable" hors de prix et intermittent.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, je ne suis pas un apôtre du nucléaire - mais j'abhorre l'irrationalité dans le discours énergétique (ainsi que dans la plupart des discours, je le concède). Une politique énergétique intelligente ouvre un espace où coexistent différentes sources d'approvisionnement, non parce qu'elles correspondent aux lubies changeantes des individus au pouvoir, mais parce qu'elles ont chacune leurs propres mérites. Elles s'imposent ou s'effacent non par décret mais selon les évolutions technologiques, les disponibilités et les coûts.

Il n'y a aucune justification à l'arrêt immédiat de centrales nucléaires après 45 ans, pas plus que pour n'importe quelle autre source d'énergie. Proposerait-on la même chose pour un barrage?

Les équipements vieillissent, mais peuvent être convenablement entretenus et remplacés ; les technologies de détection et de prévention évoluent sans cesse ; et si d'aventure le réacteur d'une centrale devait finalement être jugé trop cher à réparer, alors son emplacement constituerait certainement le lieu le plus approprié pour bâtir son successeur de la génération suivante.

Le nucléaire n'est pas une technologie dépassée, il évolue constamment - à l'inverse du discours ranci des écologistes à son encontre. Aujourd'hui, le nucléaire a le vent en poupe. Plus de 70 réacteurs sont en construction dans le monde. Les rares pays à suivre l'exemple de l'Allemagne s'en mordent les doigts. Le Japon a remis ses centrales en marche. Même "l'esprit Fukushima" constamment invoqué ici n'a pas réussi à persister là-bas. Les Japonais ont bien compris que leur prospérité venait aussi d'une énergie bon marché, fiable et abondante.

Je n'ai aucun doute que l'initiative arbitraire des écologistes sera rejetée. Toutefois, quelle que soit l'intensité de la gifle infligée par les urnes, la nouvelle débâcle sera présentée comme une victoire. Ainsi va la vie médiatico-politique en Helvétie.

02 septembre 2015

L'argent reste (gaspillé) ici

Ces derniers jours voient fleurir sur les murs de la Suisse une étrange campagne, "l'argent reste ici". Variante, "les emplois restent ici". Le graphisme simple s'associe à un slogan apparemment pétri de bon sens pour un impact maximum. Mais qu'en est-il du fond?

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...Mais dans les poches de qui?

Le peu d'information de l'annonce renvoie à un site reprenant et développant le thème de la campagne: produire davantage d'énergie locale pour moins dépendre de l'étranger - étranger mentionné à travers des régimes néfastes et corrompus comme l'Azerbaïdjan ou la Libye, histoire de bien marquer les esprits. Personne ne relèvera que nos principaux fournisseurs d'énergie sont l'Allemagne et la France, dont le degré de probité soutiendra la comparaison même auprès des plus cyniques.

La Suisse ne produit que 20% d'énergie autochtone et doit importer le reste ; "les choses doivent changer", proclame le site, "dans l'intérêt de notre indépendance et de la sécurité de l'approvisionnement." Et de glisser entre deux applaudissements à la Confédération un objectif à l'horizon 2035 voire 2050 - ça ne mange pas de pain - pour augmenter la part d'énergie indigène dans le mélange...

On voit bien que nous sommes en campagne électorale pour les élections fédérales. Les lobbies sortent du bois. Celui-ci est une émanation de Swisscleantech, mais en grattant à peine d'autres acteurs surgissent: Swissolar, l'association des professionnels de l'énergie solaire ; la fondation suisse de l'énergie, une petite association militant pour la société limitée à 2000 watts ; et enfin des habitués de l'influence de couloir, à savoir WWF, Pro Natura et Greenpeace, toujours les mêmes.

Une petite liste des acteurs de Swisscleantech se révèle elle aussi instructive ; on y trouve par exemple le fabricant d'automobiles Renault ou Ikéa, dont la production industrielle a été délocalisée en Chine... Toujours crédible d'avoir ce genre de sponsor pour une campagne invitant à produire local!

Évidemment, si ça a l'odeur, la couleur et le goût du protectionnisme, ça pourrait bien être du protectionnisme. Et c'est exactement le cas ici.

Le protectionnisme, sophisme à la mode

L'absurdité du protectionnisme sensé préserver la population de "déséquilibres économiques" a été maintes fois démontrée. Je préfère renvoyer le lecteur curieux au célèbre texte de Frédéric Bastiat sur la Pétition des marchands de chandelle qui n'a pas pris une ride en un siècle et demi.

Si la Suisse importe 80% de son énergie, c'est à travers un phénomène vieux comme le monde qu'on appelle le commerce. Le commerce n'a rien de néfaste ; il permet d'obtenir des biens que l'on aurait la plus grande peine à produire soi-même. Il en est de l'énergie comme du reste.

Les professionnels de la communication font encore appel au protectionnisme en 2015 parce qu'il continue de faire mouche auprès des naïfs. Celui qui n'y prend pas garde a instinctivement l'impression que les barrières érigées contre les produits étrangers (qu'il s'agisse d'énergie ou de marchandises) favoriseront effectivement la production locale ; ce qu'il ne réalise pas, c'est que cette production locale se développe à travers des prix surfaits et que ces prix s'exerceront aux dépends de son propre pouvoir d'achat.

Et en guise de prix surfaits, le Suisse a une certaine expérience.

La gabegie des producteurs d'énergie helvétiques, un aperçu de l'infini

Introduisons un reportage récent de la RTS qui est, dans sa catégorie, un modèle du genre.

Le reportage commence par annoncer de but en blanc que les tarifs de l'électricité augmenteront l'an prochain puis décrit les déboires financiers d'Alpiq. La relation de cause à effet est trop évidente entre une entreprise publique mal gérée et une clientèle captive mais on ne s'étendra évidemment pas sur ce petit détail...

Alpiq va mal parce que l'Europe injecte "trop de courant" dans le réseau suisse, entend-on. Autrement dit, les Européens se battent pour nous vendre leur surplus d'énergie à des prix plancher et c'est un problème!

Mais le téléspectateur n'aura pas le temps de relever la contradiction que déjà la voix off lâche son argument-clé: Alpiq n'a pas assez cru à l'énergie renouvelable. Cette explication - qui ne veut strictement rien dire - sera martelée pendant toute la seconde moitié du reportage.

Même si l'ensemble de la séquence est un énorme morceau de propagande, quelques chiffres passent rapidement et font frémir. Pour commencer, la situation d'Alpiq: de 21 modestes millions de bénéfice en 2014, la société passe à un déficit de 886 millions de francs sur les six premiers mois de l'année 2015!! Il est temps de se poser quelques questions en effet!

"Mais ces sociétés brassent des milliards", rétorquerez-vous peut-être. Vous auriez tort: des milliards certes, mais pas tant que ça. 3,3 milliards de chiffre d'affaire annuel seulement... Et déjà un tiers de ce montant perdu dans les six premiers mois de l'année! Combien de temps pourrait se maintenir en activité un boulanger perdant un tiers du prix sur chaque baguette de pain vendue?

La raison est lâchée à demi-mot: Alpiq joue sur le marché de gros européen et les prix se sont effondrés à cause de la surproduction allemande. Vraiment effondrés, et dans des proportions qui dépassent toutes les explications vaseuses à base de Franc Fort qu'on essaye évidemment de glisser dans la conversation. Jugez plutôt:

  • En 2008, le Kilowatt-Heure se négociait à 23 centimes ;
  • En 2015, il se négocie à... 4 centimes.

On est assez au-delà des simples variations entre le franc et l'euro. Avez-vous vu votre facture d'électricité divisée par six? Bien sûr que non. Vous pourriez, mais heureusement, la magie du monopole permet d'empêcher le consommateur de bénéficier de cette vilaine concurrence! L'argent reste ici on vous dit!

Mais pas dans vos poches!

La Suisse, îlot de cherté

La campagne de lobbyisme de Swisscleantech est dictée par le calendrier électoral mais tombe bien mal au vu des nombreux scandales qui touchent le marché de l'électricité en Suisse, comme le rendement garanti du réseau électrique, et, bien sûr, une facture gavée de taxes.

N'en déplaise aux journalistes engagés, la production industrielle d'électricité est un exercice difficile qui implique de la prudence et de la finesse pour être rentable ; il ne suffit pas de scander "Renouvelable! Renouvelable!" pour que l'argent jaillisse comme par miracle...

Si le vent permettait de faire fortune à tous les coups cela se saurait depuis longtemps, et ce ne sont pas les Services Industriels Genevois qui me contrediront. Les éoliennes allemandes ne sont rentables que parce que l'électricité qu'elles produisent est subventionnée. Ils s'agit donc de prix manipulés, un cas de dumping on ne peut plus clair mais que nos édiles souhaitent plus imiter que dénoncer.

Derrière l'appel à "garder l'argent ici" et "garder les emplois ici" il n'y a que la volonté de perpétuer un système qui empêche les consommateurs - particuliers et entreprises - de bénéficier des meilleurs prix.

L'électricité reste en Suisse un monopole coûteux et mal géré. Le choix entre l'électricité éolienne, nucléaire ou thermique est illusoire si la décision est imposée d'en haut. Il en est de même pour le lieu de production de cette électricité, local ou à l'étranger. Ces décisions devraient revenir à chaque consommateur, pas à une classe politique sous l'influence des lobbies, qu'ils soient nucléaires ou écologistes.

10 juillet 2013

Le crépuscule du photovoltaïque

Pas en Suisse, rassurez-vous, mais bien en Allemagne. Dès 2018 et probablement avant, le gouvernement arrêtera de subventionner l'énergie solaire:

Le ministre conservateur Peter Altmaier avait fixé l'an dernier un plafond de capacité solaire installée au-delà duquel les pouvoirs publics arrêteraient de subventionner cette énergie. Il a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que ce seuil de 52 gigawatts serait vraisemblablement atteint en 2017, au plus tard en 2018.


Le ministre de l'Environnement Peter Altmaier - un conservateur précise la dépêche, qu'on puisse identifier l'ennemi - ne fait rien d'autre que d'appliquer les contrats jusqu'à leur terme. Les subventions au photovoltaïque auraient-elles vocation à être éternelles? L'admettre reviendrait à avouer que ce type d'énergie ne sera jamais compétitif. Le compromis politique consiste à lancer la machine en y brûlant de l'argent jusqu'à un certain point. Or, le niveau d'équipement recherché est en passe d'être atteint:

A l'heure actuelle, les panneaux solaires installés en Allemagne ont une capacité cumulée de 34 gigawatts. Le régime de subventions - sous forme d'un prix garanti payé aux producteurs solaires pour chaque kilowatt-heure produit - a conduit à un véritable boom ces dernières années, particuliers et agriculteurs notamment se découvrant des vocations de producteur photovoltaïque. Le prix très bas des panneaux solaires en provenance d'Asie a aussi contribué à cet engouement.


Ah, l'engouement pour le solaire avec des prix d'Asie, quelle élégante tournure!

solaire_cassé.jpgLa semaine dernière, l'entreprise photovoltaïque Conergy de Hambourg a déposé le bilan après plusieurs restructurations, mettant un dernier lot de 1'200 employés allemands sur le carreau. La société existait depuis 1998 et avait un chiffre d'affaire de 473 millions d'euros. Cette faillite s'ajoute à celle de nombreuses autres: Q-Cells (1'700 postes supprimés), First Solar (1'200 postes supprimés), Odesun (260 postes supprimés), le spécialiste bavarois du solaire thermique Solar Millenium, l'entreprise berlinoise Solon, la firme de Westphalie Solarhybrid...

Qu'il est ensoleillé le secteur photovoltaïque allemand!

On voit donc une application concrète du fameux argument des "emplois verts". On savait que chacun de ces "emplois verts" détruit 3,7 emplois dans le privé en moyenne, mais on réalise également que ledit emploi vert a plus de chances d'apparaître dans une usine chinoise que dans un atelier européen, compétitivité oblige.

L'énergie photovoltaïque pas plus que l'éolienne ne contribuent à un approvisionnement sûr. Les aléas de la météo obligent les producteurs d'énergie sérieux à utiliser des sources d'énergie alternatives pour les situations défavorables, autrement dit, des centrales à gaz. Il faut en outre reconstruire entièrement le réseau électrique pour tenir compte de la répartition des sources d'énergie en fonction du vent ou de l'ensoleillement.

La transition énergétique allemande prévoit une utilisation de renouvelable à hauteur de 80% d'ici 2050 ; comme pour toute planification délirante, l'économie du pays aura jeté l'éponge bien avant. Selon le directeur du conglomérat industriel Siemens, l'Allemagne a englouti jusqu'à maintenant 216 milliards d'euros dans les renouvelables. Et pour quel résultat? L'Allemagne a un des prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Cela plombe la compétitivité de toutes les industries allemandes. La fameuse transition énergétique allemande, à peine entamée, est déjà un échec retentissant, au point de s'inviter dans la campagne électorale de Mme Merkel.

Les Allemands voient d'un mauvais oeil la litanie sans fin des dépôts de bilan des entreprises du secteur solaire alors qu'ils se saignent aux quatre veines pour payer l'installation de panneaux photovoltaïques et payent plus cher leur énergie pour subventionner la maigre production d'électricité de ceux-ci. Mais tous ont bien compris que l'engouement pour le renouvelable n'existe qu'à travers les subventions, c'est-à-dire des prix maintenus artificiellement bas grâce à des taxes spéciales sur les sources d'énergie efficaces.

On cherchera en vain la relation entre la subvention au photovoltaïque et l'amélioration de l'efficacité des cellules. Au contraire, l'argent public est un oreiller de paresse amenant les gens à s'équiper de panneaux peu performants et les industriels à corrompre les politiciens plutôt qu'à investir dans la recherche.

Perdant sur toute la ligne - fiabilité de l'approvisionnement, emploi, coût de l'énergie, déficit publics - le gouvernement allemand a décidé de jeter l'éponge. En annonçant le non-renouvellement de la subvention au photovoltaïque, le ministre de l'Environnement Peter Altmaier n'a rien fait d'autre qu'entériner une situation économique prévalant sur l'idéologie énergétique. L'expérience est close. Les nouvelles unités de production photovoltaïques en Allemagne devront être installées sans subventions ; autant dire qu'elles ne verront jamais le jour.

Les lubies écologistes sont tout simplement devenues inabordables, même pour l'Allemagne. Mais la Suisse, elle, a encore de l'argent à jeter par les fenêtres.

29 novembre 2012

Pétrole 2.0

Le pic pétrolier et autres théories fumeuses intéressent au plus haut points des écologistes et certains médias, inquiets pour le devenir d'une société de consommation vouée à une pénurie certaine selon eux - ce qui est pour le moins paradoxal, vu leur souhait affiché d'en finir avec elle.

C'est comme s'ils se hâtaient au chevet du malade non pour lui souhaiter un prompt rétablissement, mais plutôt pour assister au spectacle de son dernier souffle...

énergie,recherche scientifique,pétrolePour les fossoyeurs de l'âge du pétrole, la perspective d'une technologie permettant de recycler le plastique en pétrole est indéniablement une mauvaise nouvelle. Or, cette technologie existe. Elle est novatrice, certes, mais pas si récente - elle existe depuis six ans.

Comment? Vous n'en aviez jamais entendu parler? Comme c'est bizarre...

Réussissant par on ne sait quel miracle à franchir l'épais brouillard médiatique, une dépêche de l'AFP intitulée l'alchimiste américain qui refait de l'or noir avec du plastique (un titre avec tout ce qu'il faut de fantaisie romantique dedans) révèle à l'occasion du salon lyonnais de l'environnement Pollutec ces nouveautés dont on ne parle habituellement jamais:

La technique d'Agilyx, [née aux Etats-Unis,] permet de traiter n'importe quel plastique, même le plus vieux ou le plus sale pour lequel un recycleur ferait la fine bouche.

D'abord broyé, le dit plastique est ensuite placé dans une grande cartouche, chauffé pour être transformé en gaz, puis refroidi avec de l'eau, le pétrole étant ensuite séparé en remontant à la surface.

Au final, plus de 75% du poids de départ est transformé en pétrole brut de synthèse, prêt à être raffiné comme n'importe quel or noir saoudien ou russe. Le reste se partage en gaz et dans un déchet final (moins de 10%).

 

Agilyx est une petite société de 60 employés promise à une croissance rapide. Plusieurs usines sont en chantier aux Etats-Unis. Elle n'est pas seule sur ce créneau en plein essor, s'y trouvent aussi le britannique Cymar ou l'américain Vadxx Energy. Il y a clairement un marché à prendre.

Les décharges de plastique deviennent des champs de pétrole en devenir. Jon Angin, le vice-président de la société, explique: "Ce qui nous intéresse nous, ce ne sont pas les plastiques qui sont recyclés aujourd'hui, ce sont les plastiques dont personne d'autre ne veut et qui finissent généralement à la décharge." On parle donc bien de déchets non valorisés.

Le rendement est impressionnant: dix tonnes de plastique rendent environ cinquante barils de pérole. La consommation d'énergie est de dix barils ; l'opération de de recyclage permet donc un rendement net de quarante barils en équivalent pétrole. La production mondiale de déchets plastique étant estimée à 280 millions de tonnes en 2011, il y a donc un potentiel de 70 millions de barils de pétrole recyclés annuels selon la méthode développée par Agilyx, sans compter le volume de déchets existant...

Et le plastique issu de ce nouveau pétrole pourrait encore être recyclé!

Mieux, le pétrole recyclé de cette façon est d'excellente tenue, de nombreuses impuretés ayant été retirées lors de la première transformation en matière plastique. "C'est un brut de bonne qualité qu'on pourrait qualifier de léger, souvent recherché par les raffineries", explique François Badoual, directeur de Total Energy Ventures, un des actionnaires de la jeune société.

Nous ne sommes pas dans l'univers évanescent des dotcom et des cours boursiers bâtis sur du vent, mais dans le domaine industriel. C'est du concret. Au cours actuel du brut, l'entreprise est déjà rentable.

Entre le pétrole recyclé de plastique, le pétrole issu de biomasse, le pétrole issu de sables bitumeux et bien d'autres techniques qui restent à découvrir, la thèse de l'épuisement des ressources apparaît de plus en plus sous un jour fallacieux, car incapable d'intégrer l'inventivité de l'esprit humain.

Et c'est plutôt une bonne nouvelle - mis à part pour ceux qui espèrent en secret la pénurie de pétrole et chérissent l'idée du crépuscule de notre mode de vie. Ceux-là ne manqueront pas de trouver tous les défauts du monde même au recyclage du plastique!