18 juin 2012

Non, non et non!

Alors que la Grèce jouait à se faire peur et que la France absorbait la vague rose, la Suisse votait également ce week-end. Trois objets fédéraux furent sèchement rejetés, comme le montre le tableau suivant:

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Les résultats (basés sur une infographie du Matin)

Epargne-logement: une fois de plus et sans surprise, le peuple suisse a rejeté l'épargne-logement, sur le principe du "ça profiterait plus à d'autres qu'à moi". Dans les autres arguments en faveur du non, on pourrait indifféremment inclure:

  • Les effets de seuil introduits par la législation ;
  • Le fait que dans un marché étranglé par les interdictions de construire comme en Suisse, une augmentation de l'offre ne peut se traduire que par une augmentation du prix moyen ;
  • Une complexité fiscale accrue et une orientation fiscale injuste de l'épargne (pourquoi favoriser davantage l'épargne pour l'acquisition d'un logement plutôt que celle visant à rassembler le capital de départ d'une entreprise, les études de ses enfants ou un projet d'école en Inde?)

...Mais honnêtement, pour rationnels soient-ils, je doute que ces arguments- aient vraiment touché. Pour atteindre un refus aussi net il faut susciter des sentiments ; et l'idée qu'un voisin, un collègue de travail ou un autre membre de sa propre famille puisse se voir faciliter sous certaines condition le financement d'un projet d'acquisition de logement a dû être proprement insupportable à une bonne partie des électeurs.

Initiative de l'ASIN "La Parole au Peuple": l'Asin visait à renforcer les droits du souverain face à des accords internationaux en obligeant à soumettre à référendum tout traités portant sur des "domaines importants", entraînant une nouvelle dépense de plus d’un milliard ou des frais récurrents de plus de 100 millions de francs. Comme j'ai pu l'expliquer par ailleurs, nous avons assisté à une lutte du haut contre le bas, la classe politique suisse défendant bec et ongles ses prérogatives en matière de droit international.

Ne nous leurrons pas, l'initiative n'avait aucune chance de passer la rampe. Elle était beaucoup trop abstraite pour mobiliser les foules, même si son échec aurait pu être moins net. Le seul fait marquant de la campagne aura été de révéler l'engagement d'economiesuisse contre la démocratie directe. L'organisation faîtière du patronat - en fait phagocytée par quelques grands comptes internationaux - aura montré sa défiance vis-à-vis de cette spécificité suisse: il est vrai que la fréquence accrue de votes du souverain sur tel ou tel accord international aurait ajouté quelque incertitude à la marche des affaires ; mais l'intensité de l'implication de l'organisation dans une votation qui ne la concernait pas directement est quelque chose de nouveau.

Réseaux de Soin: dans l'objectif de réduire les coûts de la santé, la réforme obligeait les assurés à souscrire à un mécanisme de "réseau de soin" sous peine de pénalités financières. Mal fagotée, mal vendue, bureaucratique et donnant trop de pouvoir aux assurances maladie, la réforme a été promptement balayée. Seul vainqueur du jour, le socialiste Alain Berset, conseiller fédéral de l'intérieur en charge de faire passer un projet de loi dont il avait hérité de son prédécesseur et auquel il s'était opposé comme simple parlementaire. Franc comme un âne qui recule, il se contenta de défendre le projet avec un maximum de mollesse pour le voir gentiment couler... Mission accomplie.

Toute réforme libérale de la santé étant exclue (la-santé-n'est-pas-une-marchandise, n'est-ce pas!) la voie est désormais toute tracée pour la prochaine offensive de la gauche en la matière, une belle grosse caisse assurance unique gérée par l'Etat. Miam!

Voilà, c'était donc un petit week-end de votation sans suspense. Il est vrai qu'avec des taux de rejet dépassant allègrement les 60%, on ne peut pas dire que l'expression des citoyens a donné lieu à la moindre surprise.

Prochaines votations fédérales le 23 septembre.