10 février 2011

Débat télévisé pour la municipalité de Renens

Hier soir, le téléspectateur vaudois a pu assister à un débat en direct, organisé par 24 Heures et La Télé dans le cadre de la campagne électorale 2011, pour l'élection à la Municipalité de Renens. L'intégralité de l'émission est disponible sur le site de La Télé.

Le mécanisme de l'émission était connu par avance: 6 sièges autour de la table, une place par parti, et trois périodes à aborder: passé/bilan, présent/projets, avenir/vision. Les producteurs de l'émission conseillaient aux partis de garder un seul intervenant pour toute l'émission; suivant leur avis, je me suis retrouvé seul pour défendre les couleurs de l'UDC, mon collègue Jérôme Tendon restant dans le public. Les Verts étaient représentés par Tinetta Maystre et le parti local Zone Libre par Ali Hemma Devries. Les autres partis choisirent de faire tourner leurs candidats; se succédèrent donc Marianne Huguenin et Jean-Pierre Rouyet pour le groupe Fourmi Rouge (branche locale du Parti Ouvrier Populaire vaudois, extrême gauche), Myriam Romano-Malagrifa et Jean-François Clément pour le Parti Socialiste, et Jean-Marc Dupuis et Rosana Joliat Herrera pour le Parti Libéral Radical.

A noter que Roland Delapierre, candidat à la municipalité sous les couleurs de l'Union Démocratique Fédérale, dû malheureusement se contenter d'une place dans le public, même s'il put intervenir à trois reprises.

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3..2..1.. Direct!

Cette soirée représentait mon deuxième passage à la télévision et ma première expérience d'une "vraie" émission, longue, de type débat. Une heure vingt d'antenne en direct! Mais en fin de compte, entre les reportages émaillant la soirée et un temps de parole coupé en six, chacun d'entre nous ne parla que quelques minutes - moins encore pour ceux ayant choisi de partager leur siège.

Tout le monde se doutait que la polémique n'éclaterait que sur des points soulevés ou discutés par l'UDC. Il était clair qu'on ne pouvait guère s'attendre à des prises de bec spectaculaires entre socialistes, extrême-gauche et écologistes, ni d'ailleurs avec le PLR renanais dont les griffes me semblaient bien émoussées. Restait l'UDC, l'infréquentable loup de la fable! Les journalistes espéraient une soirée vivante et je pense qu'ils n'ont pas été déçus.

Ce passage télévisé m'a confirmé deux ou trois choses dont je me doutais.

Par exemple, que la politesse n'est pas affaire de réciprocité. Rien que dans le tour de table de présentation, Mme Huguenin m'attaquait déjà, offensive aussi frontale que prévisible, probablement destinée à marquer son territoire. J'eus droit plus tard aux attaques personnelles insidieuses ("mais combien gagne ce monsieur?") et en fait, je ne fus que rarement en position d'ouvrir la bouche sans qu'un contradicteur ne cherche à me couper la parole ou ne parle en même temps que moi - sans que ces interruptions ne se retranscrivent nécessairement à l'antenne, grâce au filtrage des micros en régie. Bien que je m'y attende, cela rendit l'exercice assez désagréable.

Mais surtout, j'ai découvert un niveau de mauvaise foi insoupçonné. Entendons-nous bien: je n'ai pas la prétention de détenir la vérité absolue, et tous les avis sont dans la nature. Mais hors des tergiversations philosophiques sur le verre à moitié plein ou à moitié vide, on peut se poser la question factuelle de la quantité d'eau contenue dans le verre, par exemple. Ce genre de propos ne devrait pas porter à polémique, n'est-ce pas? Hélas!

Le plus gros écueil de la soirée concerna l'endettement de Renens. Le second représentant du Parti Socialiste, Jean-François Clément, municipal en charge des finances et ambulancier de formation, me soutint mordicus que la ville se désendettait, ce qui est une esbroufe de première. L'exemple final de ce "désendettement" tenait à l'année 2009, où les emprunts à long terme de la ville avaient baissé par rapport à l'année précédente et ne représentaient "plus que" 45 millions (une paille!)... Pourtant, même lui savait parfaitement que l'endettement à long terme pour 2010 remontait à 73.5 millions, et celui budgété pour fin 2011 faisait état de 92.5 millions. Sans compter que l'embellie relative de 2009 était liée à des éléments exceptionnels, la commune n'ayant pas toujours du patrimoine à vendre pour rendre son bilan plus présentable - un point important que je n'eus pas la présence d'esprit de rappeler.

Comment puis-je affirmer cela et citer tous ces chiffres? Parce que l'information vient de ses services!

Les compte-rendus officiels des séances du Conseil Communal et les rapports de gestion annuels constituent l'essentiel de mes sources sur le fonctionnement de Renens. Ces données ont été présentés à l'assemblée, et abondamment discutées. Personne ne les ignore, personne n'oserait les nier.

Sauf sur le plateau-télé d'un débat en direct, apparemment.

On peut discuter de l'endettement tout à fait sainement. Est-ce que c'est une bonne chose? Est-ce que c'est nécessaire? Est-ce que le sacrifice des intérêts à payer à long terme justifie le gain immédiat? M. Clément était infiniment plus sincère et honnête lorsqu'il expliqua que, selon son point de vue, la redistribution de richesse était essentielle. Voilà de quoi débattre. Mais prétendre que blanc c'est noir et que la situation financière de la ville s'embellit alors qu'en fait elle creuse des dettes comme jamais, ça m'a un peu soufflé, pour le coup. Je ne m'attendais pas à des propos aussi divergents de la réalité, pour rester poli.

Ma prestation était éminemment perfectible, certes. Je n'ai pas livré mes formules les plus percutantes, j'ai accordé trop de bonne foi à mes contradicteurs, mon regard était dispersé, je ne connaissais pas assez mes notes pour mentionner mes chiffres aussi naturellement qu'il aurait fallu. Le débat était de toutes façons bien trop court pour tous les points à aborder. C'est le métier qui rentre!

Ce soir, c'est Lausanne qui s'y colle. Jetez-y un oeil, ça change du téléjournal de la TSR.