13 mars 2017

Marche Turque

La campagne du Président Erdogan en Europe révèle les failles et les contradictions du Vieux Continent, en plus de faire tomber les masques du régime aujourd'hui à la tête de la Turquie. Une remise à plat salutaire.

turquie,diplomatie,pays-bas,allemagne,liberté d'expressionContinuation logique de la purge entamée depuis le coup d'état manqué de juillet 2016, Recep Tayyip Erdogan souhaite réformer la Constitution turque pour renforcer encore son pouvoir. Le référendum "vise à faire du président un dictateur légal afin d'adapter la loi à la pratique", résume avec malice Yvan Perrin avant d'enfoncer le clou:

"Erdogan réclame la liberté de parole pour lui chez les autres alors qu'il interdit la liberté de parole chez lui pour les autres."


L'islamiste modéré est donc en campagne, et par les hasards de l'immigration de masse se retrouve à courtiser la gigantesque diaspora turque installée sur le Vieux Continent. Le référendum sera en effet très disputé et toutes les voix comptent. En Europe, les réactions des autorités sont contrastées, comme le rapporte Le Monde.

En Allemagne où résident désormais près de trois millions de Turcs (sans compter les réfugiés et autres migrants aux nationalités approximatives) le Ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maizière a affirmé qu'une "campagne électorale turque n'a rien à faire ici, en Allemagne." Joignant le geste à la parole,

[Plusieurs] meetings ont été annulés début mars dans plusieurs villes. Le ministre turc de la justice a annulé un déplacement dans le pays et le président s'est emporté jusqu'à évoquer des « pratiques nazies » de la part de Berlin. Angela Merkel a répliqué en expliquant qu'en Allemagne la décision d’autoriser ou non ces meetings ne relevait pas de l'État fédéral, mais des compétences des communes.


Une façon comme une autre de botter en touche avec hypocrisie: je ne veux pas de vous chez moi, mais l'interdiction ne vient pas de moi. Mais en rappelant une fois de plus le péché originel allemand, le président turc ne s'est pas fait que des amis.

Aux Pays-Bas, un avion transportant le ministre turc des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu venu pour un meeting de soutien dut faire demi-tour alors qu’il allait se poser à Rotterdam. La ministre de la famille Fatma Betül Sayan Kaya subit le même affront par voie de terre en se voyant reconduire en voiture d'où elle était venue, en Allemagne. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, invoqua pour l'occasion un risque à l’ordre public et déclara que "ces rassemblements ne doivent pas contribuer à des tensions dans notre société."

Mais le raidissement soudain de M. Rutte pourrait ne pas être totalement sincère. En proie à une campagne électorale délicate dans son propre pays, il risque de voir triompher le parti anti-islam de Geert Wilders pas plus tard que ce mercredi 15 mars. Une crise avec la Turquie était bien la dernière chose à espérer au beau milieu de la dernière ligne droite, mais au pied du mur Mark Rutte choisit finalement de s'aligner sur son concurrent, au risque de perturber les électeurs. Un journal belge le révèle, il y a désormais le bon et le mauvais populisme - comme les chasseurs.

Bien que les Pays-Bas ne comportent "que" 400'000 citoyens turcs enregistrés, l'affront ne pouvait pas rester impuni: pour un dictateur, il n'est de pire crime que celui de lèse-majesté. Les Néerlandais eurent donc eux aussi droit au "heures les plus sombres", M. Erdogan les accusant d'être des "fascistes" influencés par les "vestiges du nazisme"...

Si ces deux pays sont les plus souvent évoqués dans les médias ils ne sont pas les seuls: l'Autriche et la Suède ont aussi annulé des meetings de campagne turcs. La France en a accepté plusieurs, s'attirant les foudres des candidats de droite à la campagne présidentielle (française celle-ci), le gouvernement sortant se justifiant quant à lui par l'absence de troubles à l'ordre public.

Enfin, la Suisse se retrouve l'arrière-train entre deux chaises, ne sachant ni s'il faut interdire la campagne référendaire de la Turquie au nom de troubles de l'ordre public, ni s'il faut la permettre au nom de la liberté d'expression. Mais en réalité la Suisse n'a que faire de l'un comme de l'autre, elle cherche comme d'habitude à ne fâcher personne.

Cafouillage généralisé

Le référendum turc et la campagne qui l'accompagnent sont salutaires, car ils permettent de faire tomber bien des masques.

En Europe, comme d'habitude, la cacophonie et la confusion règnent. La Turquie est membre de l'OTAN et un pays "allié" de l'Europe, envers lequel on fait miroiter depuis des décennies la perspective d'une adhésion tout en sachant très bien qu'elle n'aura jamais lieu. Et comme les Turcs le savent aussi, on les amadoue à coup de milliards de subventions. Celles-ci ont reçu une sérieuse rallonge depuis que les Européens tentent maladroitement de déléguer la gestion des frontières extérieures de l'Union au pays tiers par lequel transitent les principales hordes de migrants, tout en critiquant la dérive autoritaire du président et en l'empêchant de faire campagne. Comment un tel plan pourrait échouer?

Au sein des populations européennes, la campagne du président Erdogan montre la véritable cinquième colonne que représentent les Turcs installés sur le continent depuis plusieurs décennies: ce ne sont que manifestations de force, avalanche de drapeaux turcs, fierté communautariste et pogroms contre les minorités haïes (Kurdes, partisans désignés de l'ennemi Fethullah Gülen...) Et on nous parle encore d'intégration?

En Turquie, le référendum montre la crispation du pouvoir et la fin de course du prétendu islamisme modéré d'un président bien décidé à renverser tout ce qu'il reste de l'héritage laïque de Mustafa Kemal Atatürk, et à massacrer les minorités divergentes. Mais l'ironie de la situation est de voir venir le pouvoir autoritaire turc courtiser sa propre diaspora dans l'espoir de mieux transformer en enfer le pays qu'ils ont quitté (mais auquel ils vouent encore visiblement leur allégeance).

Rarement une campagne référendaire sera mieux tombée, alors que des élections générales se profilent en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Si l'on peut bien remercier M. Erdogan pour une chose, c'est pour son sens du timing.

22 décembre 2016

L'État allemand, entre aveuglement et incompétence

Dure période de Noël pour nos amis allemands ; ils découvrent, effarés, que non seulement leur pays est en première ligne face à l'islamisme, mais que les autorités chargées de veiller sur leur sécurité sont aussi incompétentes que leur gouvernement.

attentat_berlin.jpg"La polémique ne cesse de prendre de l'ampleur", résume avec pudeur Le Matin pour parler de la vague d'indignation qui étreint l'Allemagne après la fuite d'Anis Amri, l'auteur présumé de l'attentat. Il faut dire que la gestion du dossier a été proprement accablante à tous les niveaux.

Police - Alors que le portefeuille et les papiers d'identité d'Anis Amri avaient été découverts dans le poids lourd qui a ravagé un marché de Noël, la police de Berlin a préféré concentrer ses efforts sur un suspect pakistanais suivi à distance par un témoin depuis le lieu du crime. Ce demandeur d'asile fut lavé de tout soupçon mais au prix d'un précieux temps perdu. Même si on imagine que les enquêteurs se sont intéressés à M. Amri dès la découverte de ses papiers sous le siège du conducteur, ils n'ont lâché son nom que lorsque leur premier suspect a été mis hors de cause.

Moralité, le terroriste a une bonne longueur d'avance. La police envoya 150 policiers perquisitionner sans succès une de ses dernières planques connues, un foyer de réfugiés dans l'ouest de l'Allemagne, à Emmerich, où Anis Amri aurait séjourné il y a quelques mois. Mais lorsque les forces de l'ordre en arrivent à proposer une récompense de 100'000 euros pour tout indice permettant son arrestation, on peut imaginer qu'elles ne disposent plus de la moindre piste sérieuse.

Justice - Anis Amri disposait déjà d'un important casier judiciaire.

L'homme était très connu par les services de police et faisait l'objet d'une enquête pour un projet d'attentat. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il y a été condamné pour l'incendie volontaire d'une école. (...) Il devait quitter le territoire allemand avant le 30 juin 2016, mais l'homme a pris 8 identités différentes et déménagé de nombreuses fois.


Débouté de sa demande d'asile en juin 2016, il ne fut pas expulsé d'Allemagne, officiellement en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Les autorités de Tunisie n'auraient pas reconnu la validité des papiers d'identité de l'individu - et ce, bien qu'il ait été là-bas condamné à cinq ans de prison par contumace.

"Pourquoi une personne comme le suspect tunisien a pu jouer au chat et à la souris avec les autorités en charge de son expulsion?", demande le quotidien local Darmstädter Echo. La réponse est des plus consternantes: constatant l'impossibilité de le renvoyer en Tunisie, la justice allemande le laissa tout simplement libre.

Services de Renseignement - Anis Amri n'a rien non plus du sempiternel "loup solitaire". Âgé de 24 ans selon l'une de ses nombreuses identités, il faisait partie d'un groupe de Tunisiens comportant entre autres l'homme qui fonça sur la foule lors de l'attentat de Nice et un autre qui assassinat de sang-froid des touristes sur une plage de Tunisie. Et les autorités allemandes le savaient.

Anis Amri était pourtant bien connu [du centre de lutte antiterroriste]. Pendant l'essentiel de l'année 2016, il avait été placé sous surveillance à Berlin car suspecté de préparer un cambriolage pour financer l'achat d'armes automatiques et un attentat. (...)


L'enquête fut abandonnée en septembre faute d'éléments probants. Pourtant, il avait fait l'objet d'un signalement en novembre encore.

"Le fait que l'État Islamique revendique l'attaque avant l'arrestation de l'exécutant donne à penser que ce dernier est en contact avec un membre de l'organisation" explique Amarnath Amarasingam, un expert sur l'extrémisme de l'Université George Washington. On estime à au moins 6'000 le nombre de Tunisiens qui ont rejoint les rangs de l'EI, ce qui fait d'eux la nationalité la plus représentée au sein du groupe. Nombre d'entre eux s'entraînèrent en Libye voisine, les autres parvinrent jusqu'en Syrie et en Irak.

Peu de mystère et beaucoup de bêtise

Pourquoi viser l'Allemagne, ce pays tellement ouvert aux flux de migrants musulmans qu'il en a provoqué le chaos dans toute l'Europe? Pourquoi en vouloir à Mme Wir schaffen das! Merkel en donnant ainsi des points à ses adversaires politiques de l'AfD? Poser la question revient à admettre qu'on ne comprend pas la mentalité des terroristes affiliés à l'EI. Pour eux, chacun est coupable - et punissable de mort - à partir du moment où il vit en Occident. Les croyances et opinions n'ont pas d'importance. Même les musulmans locaux sont perçus comme des tièdes et des hypocrites dangereusement compromis. Allah reconnaîtra les siens.

anis_amri.jpgDe même, la présence de documents d'identité directement sur les lieux du crime n'a rien de surprenant. Les assaillants de Charlie Hebdo procédèrent ainsi, de même que l'un des terroristes des attentats de Paris et que le conducteur qui fonça dans la foule à Nice. Dans tous ces cas les terroristes furent tués. Les islamistes cherchent à mourir en commettant leur forfait. Laisser ses documents sur place facilite l'identification du coupable et permet une revendication d'autant plus forte. C'est aussi une quête égocentrique de célébrité à titre posthume - la proportion de selfies que les assassins laissent derrière eux avant de commettre leur forfait en est tout à fait symptomatique.

Il est probable qu'en fonçant sur le Marché de Noël de Berlin, Anis Amri s'était préparé à vivre ses derniers instants. Il s'imaginait sans doute finir criblé de balles comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel après sa folle course sur la Promenade des Anglais. Il fut sans doute le premier surpris de constater qu'après avoir semé le chaos, seuls des cris de panique et les sanglots se firent entendre. Pas de mise en joue par un militaire ou un policier, pas le moindre impact de balle sur la carrosserie du poids lourd finalement immobilisé. Il put quitter son camion à pied et disparaître à la faveur de l'agitation, en toute simplicité. En tout état de cause, Anis Amri ne s'attendait certainement pas à ce que la police allemande le gratifie de 48 heures de tranquillité supplémentaire, un joli cadeau de Noël aux islamistes en période de fêtes.

Même les terroristes sont surpris par la naïveté des autorités allemandes.

Mise à jour (23 décembre): Le suspect a été abattu à Milan en Italie. L'homme le plus recherché d'Europe aura réussi à franchir au moins deux frontières en toute impunité pendant sa traque.

Mise à jour (25 décembre): Malgré les dénégations des officiels, on apprend que M. Amri a résidé deux semaines en Suisse. Et les médias (américains seulement bien sûr) révèlent que les quelques heures d'avance accordées au terroriste en cavale l'ont été par M. Till Steffen, Sénateur de la Ville de Hambourg et président de l'autorité judiciaire. M. Seffen - politicien écologiste - craignait que la diffusion du portrait de M. Amri un peu partout ne provoque des commentaires "racistes" sur Facebook. On voit le sens des priorités de nos élites.

Pendant plusieurs heures, la police allemande a donc cherché à appréhender Anis Amri mais en toute discrétion, sans se faire trop remarquer, et ce n'est qu'une fois que le suspect lui a complètement échappé (et a réussi à franchir les frontières franco-allemandes et franco-italiennes) que les enjeux de sécurité semblent avoir dépassé ceux de la communication de crise. Bravo M. Steffen!

08 décembre 2016

Aylan et Maria

Il s'appelait Aylan Kurdi. En septembre 2015, son corps fut retrouvé noyé sur une plage de Turquie après le chavirage de l'embarcation qui devait le mener, lui et sa famille, jusqu'en Grèce. Les images du petit enfant noyé, le visage sans vie léché par les vagues, firent le tour du monde et la couverture de tous les journaux. Au 19h30 de la RTS, on relaya la séquence vidéo sans retenue, se délectant d'infliger tant de mauvaise conscience à tous ces Suisses mal-pensants.

Car voyez-vous, les gens qui s'opposaient aux migrants, faux réfugiés et passeurs, étaient complices de la mort du petit Aylan. On le leur fit bien comprendre. C'était eux qui devaient se livrer aux reproches et à l'introspection, et non son père au rôle trouble, envoyant sa famille en pleine tempête en rognant sur les gilets de sauvetage alors que pas un ne savait nager.

allemagne,médias,mensonge,criminalité,immigrationUn an plus tard, nous avons Maria.

Elle s'appelait Maria Ladenburger. En octobre 2016, son corps fut retrouvé noyé sur la berge du Dreisam à Fribourg-en-Brisgau (Baden-Württemberg) en Allemagne. Violée avant d'être noyée, Maria, dix-neuf ans, était étudiante en médecine et travaillait comme volontaire pour le centre des réfugiés locaux. Fille d'un haut-fonctionnaire de l'Union Européenne, Clemens Ladenburger, conseiller juridique de la Commission Européenne, elle militait comme son père pour un accueil plus grand encore des hordes d'immigrés clandestins qui prennent d'assaut le continent européen depuis un an et demi.

Son agresseur fut arrêté début décembre - Hussein Khavari, un demandeur d'asile théoriquement âgé de 17 ans, arrivé en provenance d'Afghanistan comme "mineur non accompagné" en 2015 et vivant depuis en famille d'accueil. Son ADN fut formellement identifié comme celui du violeur. Son vélo fut retrouvé à 500m du lieu de l'assassinat et des images de vidéosurveillance montrent qu'il tenta de changer son apparence après le meurtre.

La police soupçonne également Hussein Khavari du viol et du meurtre de Carolin G., assassinée près d'Endingen, à 30 kilomètres de Fribourg, trois semaines après la mort de Maria Ladenburger. Cependant, aucune trace d'ADN n'a été retrouvée sur cette scène de crime. Mais quels que soient les actes dont il est accusé, M. Khavari ne pourra subir de peine d'emprisonnement supérieure à dix ans, en vertu du droit pénal allemand envers les mineurs. Il faut préserver ses chances de réinsertion, voyez-vous.

Les médias allemands choisirent de ne pas parler du meurtre de Maria. Certains avancèrent qu'il s'agissait avant tout d'un fait-divers régional. D'autres, moins hypocrites quant à leurs motifs, expliquèrent qu'ils craignaient de donner des munitions aux adversaires de la politique d'accueil fermement tenue par la Chancelière allemande Angela Merkel. C'est une attitude tout à fait responsable: rien de plus odieux que d'exploiter la mort d'un(e) innocent(e) à des fins politiques. Aucun média digne de ce nom ne s'abaisserait à une telle félonie ; tous se contentent de seulement rapporter les faits lorsqu'ils le méritent, avec pudeur et sobriété, comme dans l'affaire Aylan Kurdi.

S'exprimant donc sur un simple fait-divers régional qui ne demandait aucune attention particulière, plusieurs responsables politiques allemands comme Sigmar Gabriel, ministre de l'économie, se sentirent malgré tout obligés de venir plaider que "de tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d'Afghanistan ou de Syrie n'arrive". Dont acte, même si des événements comme les attaques de Cologne de ce début d'année bousculent un peu les statistiques.

Au final, il est regrettable que les médias ne se soient pas étendus davantage sur l'assassinat de Maria car c'est une belle histoire de persévérance et de pardon. Pendant la messe d'enterrement de sa fille, M. Ladenburger organisa une petite quête pour aider à financer des associations d'accueil de migrants. Nul doute qu'un peu avant de se faire violer et noyer par un réfugié afghan, c'est sans doute ce qu'elle aurait voulu.

05 octobre 2016

La Deutsche Bank tousse, la finance s'enrhume

deutsche_bank_building.jpgSale temps pour la Deutsche Bank. Le premier établissement bancaire allemand est dans la tourmente - créant un "risque systémique qui effraye le monde financier" selon la RTS. Elle fait remonter les déboires de la banque à moins de trois semaines:

La crise actuelle a été déclenchée mi-septembre par la somme de 14 milliards de dollars réclamée par la justice américaine à la banque allemande pour solder un ancien litige aux États-Unis lié à la crise des subprimes.


Dans le même article, les journalistes précisent pourtant que le cours boursier de l'établissement a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l'année. Le phénomène est donc plus ancien. En fait, la banque perd des plumes depuis quasiment six ans:

deutsche_bank_cours_2003-2016.png

Après un rebond consécutif à la crise des subprimes, le parcours de la Deutsche Bank ressemble à une lente agonie.

Profits financiers, dette juridique

Après être tombée au fond du trou en 2009, l'action de la Deutsche Bank remonta jusqu'à un plus haut en 2010 mais n'a fait que descendre depuis. Pourquoi? Des erreurs dans la banque d'investissement, selon plusieurs analystes. Mais les pouvoirs publics ont aussi leur rôle.

En 1990, la banque chercha à grossir à travers des acquisitions. Elle acheta la banque britannique Morgan Grenfell en 1989 puis l'américaine Bankers Trust en 1999, ouvrant ainsi la voie dans la place new-yorkaise. Les affaires étaient profitables, mais risquées: avant la crise des subprimes, la banque opérait avec seulement 2% de fonds propres, une véritable danse sur le fil du rasoir.

Le management de la banque ne se contentait pas de bâtir une rentabilité financière aussi solide qu'un château de cartes ; l'attitude des dirigeants envers les lois fut pour le moins désinvolte. La banque fut ainsi condamnée en 2015 à une amende de 2,5 milliards de dollars pour avoir participé à une manipulation du taux interbancaire Libor aux États-Unis. Elle régla par ailleurs un accord négocié avec le régulateur des services financiers de New York (DFS) et la Réserve fédérale (Fed) pour cause de non-respect de l'embargo financier américain contre la Syrie et l'Iran. Elle est récemment accusée de faux comptes en Italie.

La récente amende en discussion, d'un montant présumé de 14 milliards de dollars, vient solder les responsabilités de la banque pour avoir vendu des crédits immobiliers à risque, les fameux subprimes menant à la crise de 2008.

Pendant des décennies, la Deutsche Bank multiplia les profits mais s'impliqua aussi dans de nombreux errements judiciaires qu'elle ne pouvait pas ignorer éternellement. L'addition se chiffre lourdement aujourd'hui.

Quand les règles prudentielles hâtent la chute

Tout cela pourrait peut-être se résumer à une simple question d'argent, ressource dont les grandes banques sont supposées disposer à profusion. Mais depuis 2008 et la crise, justement, les règles du jeu ont changé afin de prévenir l'impact des faillites bancaires. Elles ont un nom: Bâle III.

Les accords de Bâle prévoient une plus grande "résistance" des banques, notamment en exigeant davantage de fonds propres pour prémunir l'établissement contre tout mouvement de panique. Jérôme Legras, directeur de la recherche au sein de la société de gestion Axiom AI, explique:

"Deutsche Bank opérait avant la crise en 2007-2008 avec des fonds propres durs autour de 2%, alors qu'on demande aujourd'hui aux banques 12%. Quand on multiplie par six les exigences de fonds propres, ça fait dégringoler la rentabilité."


Malgré deux augmentations de capital en octobre 2010 et en juin 2014, les fonds propres de la Deutsche Bank continuèrent à s'étioler:

La banque d'investissement, qui générait encore 70% des profits de Deutsche Bank en 2007 selon le magazine Spiegel, est aujourd'hui "non rentable", ajoute Jérôme Legras, qui pointe le "tsunami réglementaire" qui a fait exploser ses coûts dans le sillage de la crise.


Aujourd'hui banque est à la recherche de nouveaux capitaux, et il en faudra - non seulement pour respecter la réglementation Bâle III, mais aussi pour solder les multiples amendes accumulées au cours des années de jouissance financière débridée...

Too big to save

Depuis des années, les taux d'intérêt des banques centrales ont diminué jusqu'à des montants nuls voire négatifs. Cela a considérablement affecté la rentabilité des banques et leur modèle d'affaire traditionnel. Comment réaliser des profits lorsque les intérêts sont au mieux symboliques? Toutes les banques de la place sont confrontées à ce défi. La Deutsche Bank choisit sans hésitation d'aller les chercher en bourse - avec les instruments financiers les plus risqués qui soient, options et produits dérivés.

Ayant bâti son nouveau modèle d'affaire sur la spéculation, il y eut quelque chose d'ironique à entendre le patron de la banque John Cryan accuser "certaines forces de marché" pour justifier la récente dégringolade du titre. "Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer de voir une banque qui a fait de la spéculation un modèle de développement venir maintenant se poser en victime de la spéculation", releva le ministre social-démocrate allemand Sigmar Gabriel, avant de fustiger la stratégie de "dirigeants irresponsables" de la banque.

L'image de l'arroseur arrosé est peut-être plaisante, mais n'apporte aucune solution. Éreintée par une semaine noire en bourse, la Deutsche Bank doit trouver une montagne d'argent frais. Les milliards d'amende infligés par les autorités américaines ressemblent à un coup de grâce.

Qui pourra lui venir en aide? Pas l'Allemagne, apparemment. Angela Merkel a exclu toute assistance, selon les nouveaux plans de sauvetage en vigueur dans l'UE au nom desquels les actionnaires et les créditeurs doivent passer à la caisse les premiers. "On ne peut pas changer les règles tous les six mois", a rappelé la Chancelière.

merkel_unhappy.jpgLa fermeté de la politicienne s'explique moins par le respect des règles diligentées par l'Allemagne que par l'impopularité de cette option auprès de l'opinion publique. Le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) doit jusqu'à son existence à la protestation populaire contre les sauvetages bancaires - la crise des migrants ne vint que plus tard.

Compte tenu de l'ascendant de l'AfD dans les dernières élections, une capitulation du gouvernement Merkel sur le dossier de la Deutsche Bank signifierait sans aucun doute la fin de la carrière politique de la Chancelière. A moins de patienter jusqu'à sa réélection en 2017, mais la Deutsche Bank tiendra-t-elle jusque-là?

En réalité, quels que soient les plans élaborés en coulisses, il n'est même pas certain que Berlin ait les moyens de sauver la banque. La Deutsche Bank est huit fois plus grosse que Lehman Brothers. Et à quoi pourrait servir l'apport de capitaux si la lancinante question de la rentabilité de l'établissement n'est pas réglée?

Risque systémique

La Deutsche Bank appartient clairement au club des établissements too big to fail - et pourrait même appartenir à celui des too big to save. L'exposition de l'établissement aux produits dérivés se montait fin 2015 à hauteur de 46'000 milliards d'euros, soit plus de treize fois le PIB de l'Allemagne. Certains analystes évoquent aujourd'hui une exposition de trente-cinq fois le PIB de l'Allemagne.

Non seulement des fonds ont pris des positions pour protéger leurs intérêts face à un effondrement total du cours de l'action (via les Credit-Default-Swaps ou CDS), mais d'autres ont entrepris de transférer leurs avoirs ailleurs - une hémorragie financière aggravant encore la situation de la banque.

En l'état actuel, le destin de la Deutsche Bank semble scellé. Mais s'il y a quelque chose que le monde financier a bien compris depuis 2008, c'est que toutes les règles du jeu peuvent être changées si l'urgence le demande. Les options sur la table sont donc probablement plus nombreuses qu'on ne le pense.

Un nouveau fonds européen sera-t-il créé? Angela Merkel changera-t-elle son fusil d'épaule en impliquant directement l'Allemagne? Le salut viendra-t-il de la BCE au nom de la "stabilité"? Pour l'heure, nul ne le sait, mais le graphique des dépendances interbancaires montre que l'inaction ne sera sans doute pas l'option privilégiée.

systemic_risk_GSIBs.png
Schéma des dépendances entre les Banques Globales d'Importance Systémique
(cliquez pour agrandir)

 

05 septembre 2016

Test négatif pour Angela

En Allemagne, le renouvellement des autorités du Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est) a eu lieu ce week-end. La Chancelière Angela Merkel en ressort durablement affaiblie. Mais elle n'est de loin pas la seule.

Election-regionale-Pomeranie-occidentale.jpg

La débandade était annoncée depuis longtemps. Il y a quelques jours encore 24Heures se faisait l'écho de la préoccupation allemande dans un article dont le chapeau ressemblait à un exercice d'aveuglement volontaire:

Un an après l’arrivée d’un million de réfugiés, Angela Merkel affronte une flambée populiste, prête à se manifester dans les urnes.


Oui, on se demande bien quelle mouche a piqué les électeurs... D'autant plus que le scrutin tombait quasiment le jour de l'anniversaire du tristement célèbre "Wir schaffen das!" de la Chancelière, son invitation hallucinante à laisser l'Allemagne se faire envahir par des migrants économiques revendicatifs et illettrés - avec l'arrière-pensée totalement absurde qu'ils sauveraient le modèle social-démocrate allemand.

A la place, les Allemands sont atterrés par les attentats islamistes sur leur sol - dont un kamikaze, une première sur sol germanique - et l'explosion des violences faites aux femmes, dont la presse a le plus grand mal à cacher l'ampleur. Et la plupart de tous ces braves gens ne sont là que depuis un an! On se demande quel visage aura l'Allemagne dans une génération, et ce qu'il restera de la paix civile qui part déjà en lambeaux aujourd'hui.

Stupidité? Incompétence? En tout cas, faute politique gravissime. Le "On va y arriver" de Mme Merkel se transforma rapidement en "On va arriver à la virer" chez les citoyens, et ceux-ci pourraient avoir plus de chance de succès que celle-là.

Invités à analyser le résultat du scrutin, les journalistes sont nombreux à se faire l'écho d'experts perdus devant le résultat:

Malgré le taux d’étrangers le plus bas du pays (1,5%) et seulement quelques milliers de réfugiés [sic], les gens du Mecklembourg ont été séduits par la campagne populiste et xénophobe de l’AfD. Or, l’extrême droite n’a pas dénoncé la fermeture d’écoles ou de quelques lignes de bus mais bien la politique migratoire de la chancelière. «Nous nous battons pour que l’Allemagne reste aux Allemands et pour que l’Europe ne devienne pas un califat», a répété la tête de liste, Leif-Erik Holm.

Les électeurs de cette région côtière sur la Baltique, où la densité démographique est la plus faible d’Allemagne, n’avaient aucune raison de sanctionner leur gouvernement sortant, une alliance entre conservateurs de la CDU et sociaux-démocrates du SPD. En dix ans, le chômage a été divisé par deux et le tourisme est en plein développement.


Inexplicable, vous dis-je! Apparemment, avoir peu d'étrangers sur place et une économie tournant à peu près rond devrait rendre l'électeur apathique et aveugle à toute forme de projection dans l'avenir. Combien d'années d'études faut-il avoir au compteur pour ne pas parvenir à comprendre que les électeurs ont voté pour garder ce qu'ils avaient? Qu'ils se satisfaisaient grandement de leur existence avec un emploi décent, une faible densité de population, peu de criminalité et une composition ethnique viable? Qu'ils réalisaient très bien qu'il faudra dire adieu à tout cela, leur cadre de vie s'écroulant comme un château de cartes grâce à la généreuse politique d'accueil que Mme Merkel lança aux frais du contribuable allemand?

Dans quelques années, les Allemands de Bavière et d'autres régions exposée - en tout cas, ceux qui n'auront pas réussi à déménager - envieront avec amertume la vie paisible dont disposent aujourd'hui encore leurs concitoyens de Poméranie occidentale.

Le revirement de l'électorat est absolument colossal. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a gagné 21% des suffrages en étant parti de rien en 2011 - le parti n'existait même pas. L'érosion de toutes les autres formations politiques donne un aperçu tout à fait lisible de l'électorat votant désormais pour l'AfD:

  • -5,2% pour le SPD ;
  • -3,6% pour la CDU d'Angela "On va y arriver!" Merkel ;
  • -6,3% pour l'extrême-gauche Die Linke ;
  • -3,7% pour les écologistes, qui évitent leur élimination d'un cheveu ;
  • -3% pour les néo-nazis du NPD, qui, eux, sont éjectés du parlement du Land.

La somme fait 21,8%, soit à peu près le score de l'AfD (21,4%).

Les analystes sont nombreux à pointer du doigt "l'humiliation" d'Angela Merkel, non seulement parce que la CDU passe en troisième position, mais aussi parce que ces résultats sont obtenus dans un fief historique de la Chancelière, là où elle commença sa carrière politique.

L'histoire est belle, le symbole fort, mais le portrait simpliste: la CDU d'Angela Merkel est le parti qui a quasiment le mieux résisté à l'ascension de l'AfD. Pratiquement tous les partis ont perdu davantage de plumes, et si on représente ces variations en proportion de leur base électorale de 2011, l'effet est encore plus marqué: deux écologistes sur cinq ont viré de bord pour l'AfD, un extrémiste de gauche sur trois, et 14% des socialistes ; en face, 15% des chrétiens démocrates. Bien entendu, il s'agit d'une approximation, en particulier parce que la participation a été 10% plus élevée que lors du scrutin précédent, mais il serait absurde de supposer que cette variation justifie à elle seule la percée de l'AfD.

L'effet est d'autant plus spectaculaire qu'il affecte de petits partis ; on pourrait ainsi dire qu'un sympathisant du NPD sur deux a aussi voté pour l'AfD, et cette affirmation est sans doute correcte, mais sans pertinence pour expliquer le score de l'AfD dans sa globalité. Au vu du nombre d'électeurs concernés, la source du succès de l'AfD se trouve clairement dans une population qui votait à gauche en 2011.

L'AfD se construit sur les ruines de la gauche. Cela n'a rien de surprenant, considérant la façon dont elle a délaissé son électorat traditionnel en faveur de celui des immigrés musulmans, jugés plus prometteurs ; de là découlent d'ailleurs les innombrables compromissions de la gauche avec les migrants et leurs revendications (louvoiements auxquels nous assistons également en Suisse).

Sachant d'où viennent les électeurs de l'AfD, les dirigeants politiques allemands de gauche feraient bien de se livrer à un peu d'introspection au lieu de traiter "d'extrémistes de droite" et autres noms d'oiseaux des gens qui sont, selon toute vraisemblance, leur électorat historique.

24 juillet 2016

Petits Mensonges Munichois

Le Vivrensemble est un objectif si noble qu'il exige parfois des sacrifices, comme celui de la vérité, par exemple. Au terme d'une période difficile, la tuerie de Munich oblige en effet les médias et les politiques à un effort particulier d'habillage des faits pour rendre l'horreur de la situation, sinon convenable, au moins conforme à la vision dominante.

Les neuf morts et les seize blessés seront donc victimes de l'extrême-droite. Dans ce contexte particulier, naturellement, l'amalgame est vivement conseillé. Ainsi, la RTS n'hésite pas à intituler un de ses reportages "l'Ombre de Breivik" ; mais elle n'est de loin pas le seul média à verser dans cette présentation du récit.

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Le Matin choisit soigneusement ses illustrations d'article.

Pourquoi cette piste? Les autorités sont sauvées par le calendrier. La tuerie de Munich correspond au triste anniversaire des cinq ans du massacre sur l'île d'Utøya par Anders Behring Breivik. Et... C'est à peu près tout. Pour l'heure, pas de trace du manifeste du nazi chez l'adolescent et sur son ordinateur, pas de consultation avérée de sites en rapport. Il y aurait bien l'arme employée, un Glock de 9 mm, qui aurait été une des armes de l'arsenal de Breivik, mais c'est un pistolet répandu.

Le tueur de 18 ans aurait créé une fausse page Facebook pour inciter des jeunes à venir profiter de bons de réduction à un restaurant McDonald's tout proche pour avoir davantage de cibles. La plupart des victimes sont des jeunes. On est là encore très loin du mode opératoire de Breivik et de sa tuerie soigneusement orchestrée visant des cibles politiques, la jeunesse travailliste du pays.

La "piste Breivik" semble bien légère, et il n'est pas sûr que le grand public morde à l'hameçon. Le seul point commun avec le Norvégien est dans l'exécution d'une attaque indiscriminée: l'adolescent, souffrant apparemment de troubles psychiatriques, aurait peut-être éprouvé une fascination morbide pour les tueries collectives. Outre les inévitables "jeux vidéo violents" stigmatisés par la presse, il possédait des livres et des articles de journaux en rapport avec ces dernières, qui incluaient évidemment l'épisode des 77 victimes de Breivik. Mais à notre époque les tueries de masse ne sont pas le seul apanage de néo-nazis, loin de là.

Pour forcer le lien de la fusillade de Munich avec la tuerie d'Utøya, il fallait non seulement préparer l'opinion pour cette thèse, mais aussi couper les liens de l'agresseur avec la principale source d'attentats de notre époque, l'islam. Les premiers pas furent faciles: apparemment, le tueur n'avait pas de lien avec l’État Islamique, pas de drapeau noir chez lui, ne laissa pas de revendications. Il n'était donc ni un agent dormant, ni un "loup solitaire", ouf. Mais il restait quelques soucis.

Pour commencer, son nom un peu trop connoté, Ali Sonboly. Au fil des articles Ali Sonboly devint donc Ali "David" Sonboly, puis "David Ali" Sonboly, puis enfin, parfois, "David" Sonboly tout court. Pourtant Ali est bien son prénom d'usage, puisque c'est celui qu'il affichait sur sa page Facebook avant qu'elle ne soit désactivée:

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Un germano-iranien parfaitement intégré.

Ensuite, deuxième souci, les témoins. Malgré les cris, la fuite éperdue, le bruit des tirs, plusieurs témoins entendirent distinctement que notre jeune homme criait en donnant la mort: "Allah akbar", bien sûr. Mais pour en avoir la confirmation, il faut aller chercher dans la presse britannique:

Dans une vidéo il fut filmé en train de sortir des toilettes d'un restaurant McDonald's avant d'ouvrir le feu sur des enfants. On rapporte qu'il cria "Allah akbar" avant de leur tirer dessus à courte portée.


Les journalistes d'outre-Manche disposent des mêmes informations de base que leurs collègues du continent, mais ces derniers se bornèrent à dire que le tireur avait dit "quelque chose". Il en va du vivre-ensemble, comprenez-vous?

Un échange entre un Bavarois sur un balcon et le tueur peu avant qu'il ne se donne la mort donne une idée de la confusion mentale du jeune homme. Il en avait apparemment contre les Turcs car il aurait été victime de harcèlement de leur part à l'école. Parmi les morts figurent trois Kosovars, trois Turcs et un Grec, mais il est difficile d'en tirer des conclusions au vu de la population du quartier et du facteur aléatoire d'un tir dans la foule.

Héritier du communautarisme germanique, Ali Sonboly est né en Allemagne mais ne se sentait visiblement pas réellement Allemand. Son statut de germano-iranien était source de frictions avec d'autres communautés de son quartier. Il souffrait d'une grave dépression pour laquelle il était en traitement, mais échafauda un plan inspiré d'autres tueries de masse où il donnerait libre court à ses pulsions vengeresses dans un final spectaculaire.

Il attira ses victimes, se procura une arme au numéro de série effacé et des centaines de munitions - comment un adolescent asocial peut-il avoir si facilement accès à ce genre de matériel? - puis se lança dans la tuerie. Il n'était pas en lien avec l’État islamique, n'était pas revendicatif comme les islamistes, ni un réfugié syrien traumatisé par la guerre ; il choisit néanmoins d'évacuer son mal-être avec un maximum de violence.

Plutôt que d'essayer à tout prix d'en faire un néo-nazi au même titre que Breivik, les autorités allemandes seraient plus inspirées de se livrer à davantage d'introspection sur le racisme intra-communautaire et les tensions qu'il provoque au sein des banlieues pauvres allemandes. Elles poussèrent à bout un jeune homme en l'amenant à choisir d'évacuer son mal-être selon la violente tradition musulmane de résolution des conflits, en vidant des chargeurs sur des innocents au cri de "Allah akbar". Car si Anders Behring Breivik était heureusement un cas isolé, ce n'est certainement pas le cas d'adolescents comme Ali Sonboly.

Mise à jour (24 juillet): l'enquête avance à grands pas et on en sait davantage sur le tueur. Le lien avec Breivik est finalement avéré, Ali Sonboly utilisait son portrait pour son profil Whatsapp et se serait procuré son manifeste sur son compte Twitter (?). Mais la fascination semblait moins politique que technique, car liée aux tueries de masse en général - l'adolescent avait même fait un voyage pour se rendre sur les lieux d'un tel acte en Allemagne.

On sait qu'il aurait planifié son attaque un an à l'avance, ce qui contredit toute hypothèse d'une soudaine crise de folie. On s'en doutait déjà largement au vu de la planification nécessaire à son geste (armes et munitions, appels sur Facebook à se rendre au fast-food où il avait prévu de frapper).

Or, Ali Sonboly, scolarisé dans l'école mal famée d'un quartier pauvre, était maltraité par les autres élèves immigrés, à cause de sa voix haut perchée et d'une légère claudication. Il aurait été passé à tabac sous les yeux de sa propre classe par deux "camarades". On comprend un peu mieux le verdict de "dépression" des autorités médicales, plus promptes à rendre un avis médical que de désamorcer les causes du mal-être...

L'hypothèse d'une vengeance nihiliste - le fameux "Amok" sur lequel l'adolescent possédait de la littérature - semble de plus en plus vraisemblable. Ali Sonboly aurait voulu se venger de la société, et y serait parvenu dans la mesure de ses moyens. Mais gageons que les médias continueront de se délecter de ses liens avec Breivik plutôt que de poser des questions plus gênantes sur les laissés pour compte du multiculturalisme.

Mise à jour (25 juillet): la "piste Breivik" se dégonfle progressivement. Le tueur a lui-même rédigé un texte avant son passage à l'acte mais la police refuse d'en dévoiler le contenu. Il ne semble finalement pas y avoir de trace du manifeste de Breivik chez Ali Sonboly. Les autorités semblent elles-mêmes faire machine arrière. Citant une dépêche:

"De son côté, le ministère de l'Intérieur allemand, cité par l'agence Reuters, s'est montré beaucoup plus réservé quant à cette piste ["d'adulation" de Breivik], estimant qu'il était trop pour faire le lien entre les deux tueries. Des documents et l'historique de navigation du tueur de Munich montrent toutefois qu'il avait un intérêt tout particulier pour les fusillades, y compris celle d'Anders Behring Breivik."


Il faut dire que malheureusement, l'actualité en Allemagne a donné d'autres motifs d'urgence à la population, toujours en rapport avec l'islam.